SIÈCLE
^*Paix sur la terre aux hom* mes de bonne volonté."
Les réminiscences d'une messe de minuit fin de siècle à la campagne, ne sont pas "chose banale," pour les amateurs d'art, de poétiques et moralisatrices émotions. C'est encore difficile de
se la représenter dans sa mystique compréhension, son simple et naturel décor, ou même de deviner ce que l'on ga.gne en **renouveau ;" d'aller ainsi, de g-aieté de cœur, s'imprég-ner l'âme d'effluves divines et humaines.
N'est-ce pas qu'elle est belle et qu'elle est chère dans sa naturelle candeur, cette pieuse et ancienne coutume d'une messe commémorative au nouveau-né, le Messie promis et attendu des siècles à l'avance :
"En cette nuit, le Christ est né, Cest dans une étahle qu'il nous est
donné.'
chantent aux quatre coins de l'univers, d'invisibles messagers de la bonne et heureuse nouvellel Au coup de minuit, solennel moment ! on croit entendre dans
les airs le "Gloria irt excelsis Deo," que cariUonjient à toute volée aux échos endormis, les cloches de l'église paroissiale toute illuminée ; autre brillante étoile guidant aux pieds de Vin.
finiment Petit, la foule recueillie des fidèles, rois mages d'un autre âge de foi et de prières.
Chacun quitte sa demeure pour se rendre à l'office divin.
Quelle inoubliable jouissance que cette course en traîneau, le soir, sur la route balisée qu'éclaire seule la blancheur de la neige qui crie ; quelle indicible sentation de glisser figure au vent à travers les champs, sur le verglas desquels miroite le pâle reflet d'un premier quartier de lune! Filant ainsi sur la plaine, parcourant un pays où tout n'est que givre et frimas, on se croit traversan au son des grelots les
steppes du royaume de Santa Claus !
Dans l'ombre de la nuit, le temple saint nous apparaît comme un phare lumineux, et son clocher pointu, semble un doig^t levé vers le ciel, conviant les reg-ards d'en haut sur les rachetables faiblesses de la terre qui prie et qui espère.
Cet instant suprême où le siècle finit où l'autre commence, c'est la fête des petits, des pauvres, des humbles et des riches, qui voyant naître sur la paille le divin enfant Roi des rois, lui apportent comme soulag^ement à ses souffrances voulues: l'encens, la myrrhe et l'or de leurs ferventes prières, symboliques hommages de leurs cœurs compatissants.
Noël 1900.