‹ Chroniques LaurentiennesChapitre 6 sur 25 · SCENES D'HIVER · texte numérisé non relu

SCENES D'HIVER

A contempler sotivent cette noble nature^ Qui égale et charme les yeux.

L'esprit tout reposé se dilate et s'épure Et devient bientôt plus heureux! " A. M. DuvAL.

Québec ce matin, s'est levée toute blanchie, sous la "bordée des Rois," comme nous disent les * 'vieux." Le balai électrique (assourdissante invention), avait toute la nuit circulé rageuse-

ment, pour conserver la voie publique nette d'amoncellements ; seul chemin passable que suivaient à la file, piétons et paroissiens se rendant à la messe.

Avec cela, un froid de Sibérie à faire la fortune de nos marchands de fourures. Aussi, jamais de mémoire d'homme avaiton vu, autant de capots de chat se promener dans nos rues que baricadaient en certains endroits d'énormes bancs de neige.

Toute la journée, les g-ens de Québec et de Lévis oit cru qu'entre les deux rives amies, **le pont déglace allait prendre":

telle était la rumeur qui par la côte Lamontagne, montait en spirale de la Basse à la Haute ville anxieuse.

Que les **temps sont changés"!

Deux fois vingt-quatre heures et la cité de Champlain a fait toilette neuve.

Pareille à une forteresse antique, avec ses donjons, ses hautes murailles, on la voit émerg'eant de la brume épaisse que percent difficilement les premiers rayons d'un soleil à demi caché par les nuag-es, que chasse à l'autre coin de l'horizon, la brise humide et glaciale.

En effet, tout ce qu'il y a dans la cité fantôme est blanc de givre : les arbres, les poteaux et les fils électriques, les enseignes de magasins, les grilles des églises, les ferronneries des fontaines de la Basilique et du rond de chêne ; jusqu'au canon de la Citadelle, dont la gueule refroidie par un siècle de paix, a pris sous la caresse frimassée, la forme d'un bronze d'antan et de ** guerre en dentelles."

Sur le marché Champlain« grouille tout un monde de ven-

deurs et revendeuses qui exhiblent aux acheteurs transis, les ** primeurs " de la saison. Devant les g-laces et les frimas, navires et paquebots, ont laissé désert notre beau port, faisant voite ou filant à toute vapeur, vers de plus propices climats, mais non plus hospitaliers.

Passé les remparts, s'éparpillent dans la campag^ne ou s'étalent en ligne droite le long de la côte de Beaupré, les toits pointus des maisonnettes et des granges, coiffés de capuchons de neige !

A vrai dire : les tempêtes, bordées de neige, heures rêveuses de givre, sont la coutumière triologie, indiquant les heureuses variantes de nos hivers canadiens dont la multiples sports formen*^ en temps de carnaval, la principale vogue et attraction.

F.n ce temps-là surtout, latem-

pérature aidant, les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas !

lo Janvier 1901.

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