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CRÉMAZIE

Un long voile de deuil (par proclamation municipale) s'est

étendu sur notre ville ; voilà bien deux jours que le soleil n'a plus de ces rayons percé les nuages.

Les édifices publics, au-dessus desquels flottent en berne les pavillons anglais, voient leurs façades s'orner de banderoles noires; les sympa‘hiques et ioyaux citadins (comme on les rencontre sv la rue), portent le grand deu: règlementaire, tandis que le beau sexe adopte le chapeau de tulle noire et la rosette de crèpe sur la basque des manteaux de fourrures,

Les croque-morts et marchands de drap, tailleurs (en noir) sont sur les dents; ils voient pièce à pièce s'écouler leur stock funéraire; c'est la baisse des “jobs” en couleur jusqu'à mars prochain.

Une des figures les plus originales du cercle littéraire cana-

Mis di Suns

dien, vient de disparaître paisiblement à son heure dans la personnede M.Arthur Buies. Ce pauvre Buies ! comme ses amis s'exclamaient en apprenant sa mort.

Sa ‘‘Lanterne.” faute de vivifiantes lumières s'était depuis longtemps éteinte ; mais en revanche providentielle, sa belle intelligence à ses derniers moments de sa vie terrestre s'est éclairée du flambeau de la foi.

Notre terrace perd, en lui un de ses habitués, amoureux qu'il était dela grande nature; aujourd'hui c'est à peine si l'on voit quelques silhouettes d'ecclésiastiques ou de laïques longer (quand il ne fait pas grand vent) la rampe de cette promenade idéale dominant tout le Pays d'alentour. En hiver, l'autorité municipale entretient Pour les marcheurs, gens de bureau et

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d'étude en quête d'air et d'espace, ce promenoir en vogue, Un sentier de quinze pieds de large environ, y est tracé, pelleté le long des bancs de neige : sportive attraction en face du château Frontenac, dont Champlain, toujours debout sur son piédestal artistique, salue les ‘hôtes bienvenus.

Du haut de cette plate-forme Dufferin, un merveilleux et pittoresque panorama s'ouvre À nos yeux éblouis par cette blancheur immaculée de la neige qui couvre toutes choses: La vue porte bien loin par delà les montagnes de la première chaîne laurentienne, dont la crête saupoudrée de neiges quasi-éternelles forme une ligne blanchâtre au fond de ‘immense horizon bleu.

Sans se lasser jamais, devant ce spectacle toujours nouveau,

on contemple ravi, depuis la pointe de Ste-Anne jusqu'à St- Ambroise, cette succession de villages, de groupements de fermes et de bouquets d'arbres, sur lesquels avec plaisir l'œil se repose. Autant de clochers d'églises, dont les flèches galvanisées miroitent d'ordinaire aux premiers feux du soleil levant et aux derniers du soleil couchant; autant de pionniers, d'avantpostes de la colonisation et de la civilisation en Canada.

Sur le fleuve en face de la ville les bateaux traversiers, à toutes les demi-heures, transportent passagers et cargaison à travers les mobiles glaces, minuscules banquises qui montent ou descendent au gré du flux ou du reflux de la marée capricieuse. Le pont de l’île d'Orléans est très achalandé ; une longue file de

voitures (en passant devant la chûte Montmorency, célèbre pouvoir d'eau et moteur électrique), entretient les relations hivernales et sociales avec Ste-Pétrouille et le reste du monde civilisé.

Déjà, les faubourgs de Québec ont sauté la rivière St-Charles, sous la poussée industrielle des élévateurs à grains, des compagnies de chemin fer; l'avenir commercial de notre ville se dévoile avec des aperçus mirobolants.

Le travail intellectuel, de son côté, maintient en honneur le culte des lettres et de l'art ; qu'attestent les récentes et remarquables conférences données à l’Université, à l'Institut, et l'intéressante exposition de peintures canadiennes de M. Wickenden, au Frontenac.

31 Janvier 1901.

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