EFFLUVES DU PRINTEMPS
“Quand tout renaît à l'espérance Et que l'hiver fuit loin de nous ! ”
En ces jours de perturbations atmosphériques et miasmatiques devant l'ancienne capitale (attendant avec impatience, l'ouverture de la navigation d'été), le grand fleuve roule ses flots alourdis par d'énormes glaçons: minus-
cules banquises, débris attardés de notre longue hiver qui encombrent le port. Ainsi, ces îlettes flottantes, aux fantaisistes contours, détachées du pont de glace, elles montent et descendent au gré de la marée.
Reflétant dans l'onde glacéeleurs formes blanches, elles semtlent à Plaisir s'éterniser sur nos rives laurentiennes: tantôt s'entassant, S'amoncelant au bout de la jetée Louise ; tantôt cotoyant, Jongeant les quais tout au bas de la falaise escarpée de Lévis.
Est-ce que par hasard, elles ne voudraient plus partir, préférant (soudainement animées) fondre Sur place, ou s'évaporer sur le rivage familier qui leur sert d'a.
sile ?
Bientôt la saison, le soleil, le vent et le courant aidant, ce ne sont pius quelques morceaux,
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mais un amas formidable de glaces à la dérive vers le Goife immense, naturel et glacial réceptacle de cette débâcle printanière. Alors ce n'est pas un simple écoulement de la source à l'embouchure, mais un débordement, un déchaînement, une force brutale et vertigineuse, qu'entrave nulle digue, nulle barrière ; qui (à un moment donné), déverse sur la campagne le trop plein de ses eaux torrentielles et congelées, emportant avec elle chaque année, quelques ponts ou chaussées postés là sur son parcours.
Du sommet des montagnes avoisinantes, des torrents descendent avec fracas de cascade en cascade dans la vallée ; de leur volume d'eau mugissante, viennent grossir cette crue fluviale, C'est l'époque des inon-
dations locales, des “ surprises *” de la saison pour les propriétaires riverains.
Cependant le soleil poursuit toujours son œuvre fécondante.
Sous ses rayons plus ardents, la terrestre croute absorbe, s'amollit, se réchauffe et s'assèche à vue d'œil. Puis suit un temps d'arrêt, moment décisif, entre l'instant passif de la morte saison qui finitet présent actif de la nouvelle qui s'ouvte.
Alors soudain, de cette surface boueuse, de cette substance incrte et noirâtre, trempée de neige fondante, s'échappe une Vapeur blanche, une exhalaison humide et chaude ÿ premier signe sensible de vie organique, après de longs mois de léthargie.
On dirait un nuage d'encens qui, du fonds de la vallée, monte en Spirale dans l'air : symbolique
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rogation de la terre à l'astre roi, qui prépare ei active en son sein d'étonnantes et fructueuses ressources.
Sous l'effet de sa lumière régénératrice, déjà fermentent les germinations promises aux traväailleurs qui non contents du labeur quotidien de leurs robustes bras, requièrent et demandent ce sourire providentiel pour l'avenir abondant de la moisson prochaine,
Jusqu'au fond des forêts l'action solaire se fait sentir : la sève
monte aux arbres, leurs branches se détendent et se couvrent de bourgeons naissants. Quelques fleurs sauvages au bord des haies et des fossés pousseront par touffes : violettes, myosotis et lis de ia vallée, qui vivront ce que vivent les roses leurs sœurs, aux parterres des jardins enclos.
So CHRONIQUES
Pour le moment c'est la saison des ‘‘sucres "” dans la forêt du Nord d'Amérique : au tronc des gigantesques érable: un pratique de profondes incisions, au-dessous desquelles on suspend de petites chaudières, où coulera goutte à goutte le sucré et délectable p: “duit de ce prince de nos bois nationaux. Si la terre bretonne est couverte de chênes ! le sol canadien est couvert d'érables !
Que de joyeux souvenirs d'enfance, ces joviales et ;:
cales coutumes, ces tourne parties de plaisir ‘‘à la cab:
ne rappellent-elles pas à d'un citadin !
Quel plaisir, en effet, quand sous la maisonnette en bois rond, tous réunis, jeunes et vieux parents assemblés pour la fête ‘‘au sucre :’’” Lorsque faisant cercle
UE
autour du chaudron légendaire, on suit, on active des yeux et de nos rires, la lente ébullition du liquide qu'on sirote :
Qu'armé d'une palette, Le bon moment on guette De faire la trempette
À la bonne franquettr |
Enfin, dernier secret de la rustique recette, sur une neige immaculée, en lichettes bronzedorées, on étend l'alléchante tire:
pour lui donner cette consistance et ce goût ‘‘ natif ” qui lui est
propre.
Voici le moment du festin arrivé. À table mes amis : œufs, --êpe: et pain doré au sirop, cassots de tire nouveau de sucre, composent le frugal menu. Sur la in du joyeux repas, une voix mâle entonne la chanson populaire, à laquelle répondent en
chœur les gais convives :
| Mangeons à la gamelle, Ë Vive le son,
Vive Le son
Du chaudron !
‘* Les plus beaux jours ont leur déclin !” La fête terminée, heu-
reux et contents chacun chez eux s'en sont allés.
15 Avril 1901.
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