‹ Chroniques laurentiennes [microforme]Chapitre 18 sur 37 · BOURRASQUES ET AVERSES · texte numérisé non relu

BOURRASQUES ET AVERSES

“La brise qui gémit, remplit [l'âme d'effroi,

“Le jour est monotone et froia [comme une bière.

Déjà, depuis trois jours, le glacial vent du nord-est souffle sur notre ville coutumière de ses intempestives bourrasques. Audessus de nos têtes, le ciel est

gris, les nuages passent rapides, gonflés d’averses fugitives qui préparent la terre au prochain rendemeut.

Sous l'effet de ce terrible coup de vent, les eaux écumantes du fleuve grossissent ; les grands arbres de nes boulevards et de nos jardins plient leur orgueilleuse tête secouée en tous sens ; les lumières électriques, les enseignes oscillent avec un son plaintif sur leurs gonds rouillés ; les portes et les chassis de nos maisons closes, sous la vertigineuse rafale, rendent des bruits sourds. Mais c’est surtout durant la nuit orageuse, que ces sifflements, ces gémissements sonores ont quelque chose d'effrayant ; on dirait que tous les éléments sont déchaînés contre nous.

Et puisque nos sensations intimes ne sont, après tout, que

Ésossomenetseriresssrassnnenenremenmeeensnsssrente

l'écho de la réalité objective : nos rêves prennent la couleur fantastique et superstitieuse de notre imagination surexcitée. C'est l'épisode d'une nuit sous le toit de ‘“Gamache,'” dans la baie de ce nom, qui se répète avec quelques variantes.

Tout de même, au réveil, cela ne nous empêche pas de constater, qu'il est des coins de rues, des ruelles, où maître vent du golfe s'engouffre avec une fureur quasi familière. Entre ces deux rangées de maisons, le terrible enfant du Nord choisit ses victimes : vieilles mâsures à façade délâbrée qui peut-être préfèrent crouler, s'effondrer dans une glorieuse poussière, plutôt que d'être démolies par le fer, la poudre ou le feu.

Ainsi on lisait dans les journaux : “On a trouvé en démo-

lissant une vieille bâtisse une pièce de monnaie portant le millésime (18v2). Encore un coin du vieux Québec qui disparait !”

En face de cette démolition, de cette destruction, nécessité des temps, les paroles d’Ossian nous reviennent à la mémoire :

‘‘Les enfants de la génération future passeront bien vite, une nouvelle surgira ; les hommes Soni comme les vagues de l'océan comme les feuilles innombrables de mon domaine !"”

Devant l'œuvre progressive du F'c démolisseur, citons les paroles d'un écrivain belge à propos des améliorations projetées par le conseil de la Ville de Bruges :

‘““Inclinons-nous, dit-il, c'est la vie qui passe. Poètes, artistes, historiens, nous n'avons pas le droit de garder pour nous, le charme d'un rêve égoïste.

Epousons la vie, plutôt que de la repousser.

“Si touchant, si haut que puisse être le rêve de l'irréel, il faut hélas en détruire la trompeuse illusion. C'est aller à l'encontre de la beauté, que de vouloir empêcher le réveil d’une

race.

‘ Importe-t-il qu'une ville soit morte pour être belle? Rome trois fois ressuscitée, est-elle moins émouvante? C'est la per-

sonne urbaine, dans la réalité de ses passions, de ses combats et de ses rêves !”

Un philosophe-compositeur a remarqué ‘‘ que dans la nature, tous les bruits étaient en mineur.” Nous avons peine à croire que cette assertion musicale ait pour résultat pratique de combattre l'effet discordant des éléments déchaînés au dehors.

Fort heureusement Pour nous, le concert de Mife Marier et l'oratorio de la ‘« Rédemption,"” si artistement rendu, nous ont rappelé le vrai sens de l'harmonie chorale et orchestrale, en attendant qu'à l’heure suprême où suivant :

‘“ Les pas des messagers sur la [montagne (devant nous)

S'ouvrent les Portes éternelles !

28 Avril 1901.

Page 1