‹ Chroniques laurentiennes [microforme]Chapitre 34 sur 37 · LES FOINS · texte numérisé non relu

LES FOINS

“Æt les travaux des champs," à [fus d'ux laboureur

Semblaient mieux un plaisir, [qu'une peine, qu'un labeur ;

Mais, surtout des moissons [quand arrivaient le terme,

Les fétes et Les Jeux, accou- [raient à la ferme !'

CHaAUvEAU.

C'est l’époque de la moisson ; le temps des ‘“foins” comme disent nos gens, Déjà dans les

LAURENFSIENNES it

campagnes, faucheurs et faneurs sont À l'œuvre profitant du beau temps. Des prairies, montent dans l'air de chaudes et odorantes efflus 5 de la fenaison ensoleik

L'écho nous apporte les bruits saccadés de ia machine agricole, fauchant au ras le sol par iarges brassées les épis de mil, dont les têtes jaunâtres et orsuei

leuses, aux tiges flexibles en vagues profondes, oscilla ent sous la brise. Par une chaleur tropicale, à ces travaux cham pêtres, prélude d'un gres rendement, femmes et enfan:s, tou

la maisonnée, prennent gaieme

part. C'est vraiment plais de les voir au champ tous ces travailleurs, capitali :s du sol de la

patrie, coiffés du rand chap: iu de paille, mouc! oi au çot armés d'ue fo d rateau, de la x du es s'animan: : l'ouvra

Chacun : sa beso: es uns

Minis. eaats nan esoeinsesause

fanent, étendent le foin vert ; d'autres râclent et mettent en valioches ; ceux-ci, 4 genoux, accroupis sur eux-mêmes, d’un tour de main lient Par bottes l'herbe asséchée ; ceux-là, debout Sur le ‘ voyage,” foulent et char.

gent comble, les longues et lourdes charrettes qui circulent d'un bout du champ 4 l'autre, trainées par un clyde ou percheron, gros cheval de ferme, S'arrêtant devant chaque monceau de cette paille substantielle et nutritive. A voir de loin cet empillement aligné, on dirait es havre-sacs d'un régiment aux manœuvres. Enfin, une dernière fourchetée, et l'on sangle d'une forte corde la mobile récolte, que l'on transportent à Ja grange ouverte portes battantes ; que l’on rentre ainsi et que l'on entasse Par centaines de tonnes dans les

cs

fanis, (greniers-séchoirs,) de la fenaison nouvelle.

Lorsqu'au déclin du jour, le soleil couchant disparait derrière les hautes montagnes, incendiant l'horizon de ses derniers feux, jetant une poussière d'or sur la contrée laurentienne, tous ces braves gens, hommes et bêtes, leur grosse journée faite, rentrent à la ferme. Ils s'en reviennent à la maison, fatigués, harrassés, mais n'ayant rien perdu decette joviale gaieté qui fait le fond du caractère de l'habitant canadien.

Puis les vaches tirées, les porcs et veaux soignés, en un mot le train fait, c'est l’heure du souper.

Ici personne ne se fera prier.

Autour de la table sur laquelle est étendue une nappe propette, s'assemble la famille, agrandie d'un nombre extra de travaillants; du pain, du beurre, du lard, un

ragoût fumant, des crèpes, du sirop, du thé, du lait et de la crème, composent le rural menu et tous de faire honneur au co- Pieux repas. Chacun alors, de raConteravec forces exagérations humoristiques, les incidents de la journée ; Car soitdit en Passant, le Canadien, né S&ascon, aime À blaguer, à taquiner son prochain:

c’est le moindre de ses défauts.

Après le Souper, les jeunes se répandent au dehors, causent, jasent et rient aux éclass sur le Perron de la Porte ; ou encore vont chez des Parents, des amis Voisins, Pendant ce temps-lÀ, le père de famille, qui approche la cinquantaine, à ôté ses bottes Pour se mettre Plus à l'aise; alors, assis dans the chaise d'osier, Son “dernier” sur les genoux, il fume tranquillement sa pipe de plâtre noircie, tout en faisant

part à sa bonne femme qui vague aux derniers soins du ménage : de la belle apparence de la récolte, de ses projets d’avenir, achats et ventes À la ville, la saison prochaine. On dirait qu’elle, la mère, n'écoute pas, qu’elle est distraite par mille autres occupations ; mais non, elle ne perd pas un mot de ce que dit son homme, et de temps à autre, risque des remarques logiques et pleines de bon sens.

À cette familière causerie, à cette jasette, le fiston s’est endormie dans les bras du pater familias et tout en berçant l'héritier de son nom, celui-ci turlutte une vieille chanson ; ou encore raconte aux plus vieux rentrés au logis, une histoire de ma grand'mère, où généralement :

feux-follets, loups-garous, ces âmes perdues par leur faute,

jouent le Principal rôle ans ce monde naïf et Superstitieux de la légende Canadienne,

Alors, dans le calme serein de ces fins de journées d'été, retentit au clocher du village Je son argentin de l’Angelus, Saluant la Vierge Mère, patronne et sauvegarde äu laboureur : sublime invocation, hymne de reconnaissance à Marie qui dota le monde d'un Sauveur !

A la Campagne, les veillées ne son‘ pas longues, on se couche à l'heure des Poules, on se Jève avec le jour. Aussi il est huit heures à Peine, qu'on a déjà récité le chapelet et la prière du soir en famille ; chacun ensuite d'aller se plonger dans les bras de morphée, en Prévision du rude labeur de demain.

Dans ce silence de paix, à la lueur crépusculaire, les criquets

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