‹ Chroniques [microform]Chapitre 21 sur 31 · Ô 4 AUS · texte numérisé non relu

Ô 4 AUS

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core assez pour former des peuples. Ces révolutions, pour la plupart paisibles, n’en sont pas moins profondes, et, pour n'être pas éclatantes, sont peut-être plus décisives, C’est grâce à cette situation unique qui fait du continent américain le rendez-vous et souvent l’2sile de tous les peu: ples, que les questions no sont plus seulement natianales, mais en quelque sorte humaines, intéressant les états du monde entier,

Dans le vieux monde, les révolutions sociales, je ne dis pas politiques, sont des ères qui marquent pour plusieurs siècles des conditions nouvelles de société; le développement y cest successif, restreint, ou tout au moins graduel; en Amérique, c’est par immenses enjambées et par soubresauts que les choses marchent, Les événements arrivent presque imprévus; leur rapidité déroute même les penseurs qui croyaient les voir venir alors qu’ils en sont tout à coup frappés et comme éblouis. Ainsi, qui eût prévu, seulement quelques années d'avance, la soudaineté tragique de la grande gucrre américaine qui éclata en 1861 et qui a embrassé le monde dans ses incalculable « résultats ? Dix ans à peine plus tard, voilà une nouvelle ge: inde forme de l’avenir qui se dessine, à peine entr'aperçue et déjà domi nant l'horizon. Les états de l’ouest au berceau sont devenus un monde géant tout-à-coup, comme ces grands arbres Ges t:opiques qui, en quelques mois, grandissent de trente pieds. L’Ouest s’est non seulement dressé en un jour sur sa couche d'enfant, étendant ses jeunes et vigoureux membres sur la moitié de l’Union américaine, mais le voilà déjà trop à l’étroit dans sa vaste sphère ; ses bras déployés enserrent et absorbent presque les plus vieux états, et lui, à peu près le dernier veau dans la grande république, il en

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est maintenant le plus fort, le dominateur. Il commande, il plie la législation fédérale à sa volonté aussi impérieuse que ses besoins ; il agrandit à sa taille 1es portes du congrès pour y passer en maître et dicte les lois qui feront sa force, dûssent-elles faire la faiblesse ou l’infériorité des états de l'Est et du Sud.

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Cette prodigieuse croissance, dûe à des centaines de mille denouveaux venus, poussés comme un immense ras-de-marée sur les plaines de l’ouest, renverse un équilibre savamment assis et alarme les vieilles populations de la Nouvelle-Angleterre, de la Virginie, des Carolines. L'association, connue sous le nom de Granges et qui compte dans ses rangs cent cinquante mille fermiers, prépare une révolution économique dont il est impossible de prévoir l'étendue cet les conséquences,

Qui-peut dire la destinée prochaine réservée au Dominion canadien par l'énorme grandissement de l'Ouest qui se trouve uni à nous par les lacs, par le St.Laurent, le Nord-Ouest et la Colombie anglaise, plus étroitement encore qu'avec les autres états de l'Union ? C’est à cause de cette croissance inauendue, et qui a renversé tout équilibre, que les combinaisons politiques et les prévoyances d’il y a quelques années à peine sont maintenant en déroute, et qu’il faut avoir une autre vue pour discerner les choses.

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Qui ne se rappelle le cri général d’annexion poussé en 1840 et le manifeste signé à ce sujet par la plupart des hommes,

politiques émineats, plus tard convertis à un loyalisme ombrageux et farouche ? Le traité de réciprocité de 1854 vint jeter pendant dix ans une eau de plus en plus froide sur cette ardeur qu'on appellerait irréfléchie si elle n'avait pas envahi les plus fortes têtes. Puis vint la guerre américaine puisles sympathies sudistes de notre gouvernement d’alorsqui creusèrent tout simplement un abîme entre nous et les Etats. Unis. Ceux-ci se hâtèrent de révoquer le traité de récipro. cité, et le gouvernement canadien y répondit en établissant un système de représailles dans la mesure de ses moyens,

Le système de représailles ! ce mot fait sourire douloureusement, quand on songe à la richesse, au bien-être, à l’exis. tence même d’un jeune peuple qu’il exposait par sa puérile arrogance. C’est depuis les représailles en effet que nous avons perdu tous les ans vingt-cinq à trente mille bras, des plus vigoureux.

De ce système provocateur, c’est notre propre pays quia été la première et la principale victime, et qui s’est coupé les vivres pour jeter une pâture à l'appétit toujours féroce des loyaux.

Savez-vous bien, messieurs, que les chemins de fer canadiens d'alors n'étaient des exploitations possibles et ne pouvaient être sustentés que par le commerce de fret qu'ils com manduient tout le long de la frontière américaine ? Savezvous que c'était le commerce américain qui, seul, avait nécessité le creusement des canaux Welland et du St. Laurent, et qui continuait d'en payer tous les frais de con. struction ? En 1869, le trafic local sur le canal Welland, entre les ports canadiens, n’employait que 195,417 tonneaux, pendant que le même commerce, soit d’un port américain à un autre, soit entre des ports américains et canadiens, exigeait 1,040,000 tonneaux, six fois plus.

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De 1854 à 1865, les Etats-Unis ont admis chez eux, libres de droits, presque toutes les productions des provinces. Nous étions reçus à leur faire concurrence sur leurs propres marchés, et nous leur avons ainsi exporté, en moins de douze ans, pour deux cent quarante millions de produits, tandis qu'ils ne nous en envoyaient que pour cent vingt-cinq millions à peine. Le tous les articles que le Canada pouçait exporter, 96 pour 100 pénétraient dans les Etats-Unis sans payer de droits, tandis qu’ils ne nous en expédiaient que pour 58 pour 100 dans les mêmes conditions, c’est-àdire qu'il restait encore 42 pour cent de produits américains fra és d'impôts à nos frontières,

Et encore, d'après le témoignage de M, Wiikes, délégué de Toronto à Ia Chambre de Commerce du Dominion, ls exportations que se faisaient mutuellement le Canada

et les Etats-Unis, sous le traité ds réciprocité, étaicat de 36 pour cent en notre faveur.

Lorsqu'il y a trois ans, pendant les négociations du traité de Washington, la question de la réciprocité se présenta de nouveau, les américains, formés depuis [eur ouerre civile à une nouvelle école, celle d’une protection impitoyable qui leur avalu un vaste déploiement d'industrie, des usines ct des manufactures élevées sur tous les points du sol, les américains, dis-je, ne semblaient prêts à rien concéder, même après l’abandon de nos pêcheries, à moins que le Canada n'adoptât leur tarif, même contre l'Angleterre, ce qui équivalait à un Zollverein, ou Union douanière, ex-

pression provisoirement employée pour colle d'indépendance. |

Il semblait alors que toute solution des difficultés exis. À tant entre l'Angleterre ct les Etats-Unis était impossible, À moins qu’on posât d’abord comme base des négociations, comme condition inévitable, imposée par les relations des deux pays et nos circonstances particulières, l'indépendance des colonies britanniques. M. Sumner, le grand homme d'Etat américain qui vient de mourir, avait même proposé au Congrès l'acceptation de cette base préalablement à toute négociation, et si sa proposition fut rejetée, ce n'est À pas qu'on en contestât le principe, mais parce que le Congrès n'avait pas voulu exercer de pression sur les commis. saires du traité ou porter atteinte aux usages internatio. naUx,

L'Angleterre, cependant, cela ressortait avec évidence de la voie dans laquelle elle s’était engagée, était prête admettre toutes les réclamations américaines, et son parti était pris de vider une bonne fois toutes les questions, dé. ponger l’ardoise, de nettoyer pour toujours ce passé hargneux qui divisait deux grandes nations, et de se déburrasser de l'avenir, Or, se débarrasser de l'avenir, s’affran. chir de ses périls toujours imminents, toujours malaisés À prévoir, signifiait alors pour la Grande-Bretagne se déta. cher à jamais de ses colonies américaines. Sans cela, les difficultés pendantes seraient à peine résolues qu'il s'en présenterait de nouvelles. L’inconséquence, l'anomalie d’une dépendance coloniale à côté des Etats-Unis, dans un temps où toutes les sociétés cherchent leur place fixe et ne la trouvent que dans l'harmonie entre eux de ieurs rappo:ts géographiques et commerciaux, de leurs aspiration

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Il y a trois ans, messieurs, on sortait encore à peine des grandes époques de crises: les traditions et les animosités étaient vivaces; les souvenirs couvaient sous la cendre chaude ; on ne pouvait presque parler des Etats-Unis sans quimmédiatement fût éveillée l’idée d’annexion, et avec elle le cortége bouillant des antipathies et dés tendances mises en lutte. Entre plusieurs ordres de choses qui cependant ne présentent aucune corrélation nécessaire, s’étabissait inmanquablement une confusion déplorable qui paralysait tout. La politique, qui n'a souvent que des voies tortueuses et des inspirations Zunestes, qui introduit les injustices et l’aveuglement des partis dans les questions ks plus indépendantes, semble n’avoir d'autre objet, en se mêlant à tout, que de jeter le désordre dans les esprits et d'enbrouiller les choses les plus claires. Pour un bon nombre, la réciprocité ou une urion douanière ne signifient autre chose que l'absorption des provinces britanniques pr l’Union américaine : de là le cri immédiatement poussé de loyauté, de dignité nationale, et cette politique qu’a voulu faire prévaloir le gouvernement Macdonald, politi. que consistant à ne dépendre que de nous-mêmes, ‘ to full back on our own resources.”

Depuis trois ans, que les choses ont changé ! La Confé-

dération qui, jusqu'alors, n'avait été qu'un essai et n.êmel

plutôt un expédient, une dernière ressource politique dans la pensée de ses fondateurs, est aujourd’hui solidement assise: les provinces se tiennent entre celles comme une haine dont les anneaux se resserrent de plus en plus: le Canada, comme un jeune aigle qui essaie ses ailes avant de les livrer À l'espace, et s'arrête un instant, au seuil des aystérieuses profondeurs, entre la certitude de son vol, la

liberté des airs et l'nquictude vagac de l’immensité, le Ca.

nada s'est soulevé sur <on nid flottant entre deux Océans, vaste comme un monde; il a dépioyé ses bras avec ces tressaillements, pleins d'assurance à Ja fois, de la force qui ne s’est pas encore exercée; il a pressehti, puis re. connu la destinée incomparable que l’avenir lui réserve, ct il s'est élancé pour la conquérir. Non, le Canada n’a plus . pour maintenant d'être dévoré ou engiouti chaque fois que le non des Etats-Unis se prononce ; le grand fantôme étoilé ne se dresse plus dans un ciel menaçant, la politi que, avec ses meutcs criardes, s'est sauvée des champs qu'elle avait envahis, les préjugés et les inspirations d'u chauvinisme comique s'effacent à la hâte devant les nes. sités de situation et la volonté impéricuse des cireonstances : les questions purement commerciales ont repris leur domaine libre, et les deux confédérations, es plus grandes au monde par l'étendue et peut-être par leu puissance future, vont pouvoir traiter sans ombrageuses défiances de leur bien-être intérieur et des moyens des rendre mutuellement prospères,

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CONFÉRENGES.

Qui, pour pouvoir aborder la question de la réciprocité mumerciale, il fallait la dégager de la politique, de cette kpre qui s'attache à toutes les entreprises les plus étrangres à son action, Les déclarations des chambres de wommerce américaines, depuis le traité de Washington, celles de leurs délégués, venus spécialement aux réunions anauelles de la chambre de commerce du Dominion, ont précijité les négociations qui se poursuivent à cette heure, ont tpani le chemin devant elles, et réduit les politiciens aboyeurs à leur rôle impuissant. Je rappellerai ici ce que M. Hazard, délégué de Buffalo, disait en 1872: “ La frontière qui sépare les Etats-Unis du Canada est une frontière idéale. Le peuple américan est prêt à faire la moitié du chemin, et même plus que cela, au devant du peuple des ec'onies, s’il peut, par ce moyen, arriver à un résultat amical de la question commerciale. En ce qui concerne l'annexion, je ne pense pas que le peuple amériein la désire: quant à l'indépendance, ce n’est pas une afure qui nous regarde; mais ce que nous voulons ardemment, c’est que les deux peuples américain ct canadien soient bientôt unis socialement et commercialement.”

De son côté, M. Hamilton Hill, délégué de Boston et

secrétaire dé la chambre nationale des Etats-Unis, disait l'année dernière à Ottawa : “ Il ne suflit pas que nos bons rapports et notre amitié réciproque soient bien reconnus, mais il faut prendre encore toutes les occasions de manifester ces sentiments. Il se peut qu'il y ait quelques manières de

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voir différentes dans les détails d’un traité de réciprocité, et quant à son étendue et à ses éléments, mais nous sommes tous d'accord aux Etats-Unis, comme vous l’êtes probable. ment en Canada, sur la nécessité d’un traité qui rende libre le commerce entre les deux pays et qui les unisse plus étroite. ment qu’ils le furent jamais, Un fait remarquable, conti. nue M. Hill, c’est que, depuis l'abolition du traité, le commerce n'ait pas cessé d'augmenter tous les ans: il avait reçu, durant l'exercice du traité, ure telle impulsion, que cette impulsion a suffi pour maintenir son allure pendant de longues années après. On pourrait conclure de là qu’il vaut mieux laisser les choses telles qu'elles sont et les affaires se développer suivant leur propre mouvement; et c’est là en effet ce que bon nombre disent, A cela il n’y a qu’une réponse; c'est que, si dans les circonstances. actuelles, le commerce continue d'augmenter, ne le ferait-il pas encore bien d’'avantage si on lui laissait un libre cours à travers la frontière et toutes les facilités possibles d'emploi et de direction ? Si, malsré les désavantages de la situation actuelle, les relations entre les deux pays sont si étroites qu’il leur faille absolument faire des affaires ensemble, que sera-ce donc quand tous les obstacles auront été écartés et les rapports rendus absolument libres ? Personue ne peut regarder une carte d'Amérique sans roconnaître de suite que la nature a placé les deux pays voisins des Etats-Unis et du Canada dans une connexité si intime que les plus bienveillantes et les plus amicales relations de chaque jour leur sont impérieusement commandées.”

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