‹ Chroniques [microform]Chapitre 22 sur 31 · PE · texte numérisé non relu

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Maintenant, reportons-nous par la pensée aux séances de la eonvention internationale du commerce qui eut lieu à St, Louis, Missouri, il y a bientôt trois ans.

Le rapport du conseil exécutif de la convention, après sêtre entendu sur la ‘ malheureuse condition des choses existant entre les Etats-Unis et le Dominion,” présentait les propositions suivantes comme une base sur laquelle on pût établir quelque règlement définitif entre les deux pays :

1°, Introduction libre en Canada des produits bruts et manufacturés des Etats-Unis, et concession réciproque faite aux produits bruts et manufacturés du Dominion.

29, Uniformité des lois passées dans les deux pays pour le règlement des droits sur les importations et pour la taxation intérieure; le revenu de ces impôts devant être placé dans une caisse commune et divisé proportionnellement à la population ou suivant tout autre moyen équitable.

39, Inscription sur le régistre américain des navires construits en Canada et mêmes priviléges accordés aux dits navires que ceux dont jouissent les navires américains pour le commerce intérieur et étranger,

49, Elargissement des canaux du St. Laurent ct creuscment du fleuve, le Dominion s’engagcant à construire de nouvelles lignes de chemins de fer internationaux auxquels les citoyens américains auront aussi bien accès que ceux du Canada, les Etats-Unis s’obligeant à accorder en échange

aux habitants du Canada les mêmes droits et priviléges que leurs propres citoyens exercent sur les lignes construites dans les limites de leur territoire,

A la suite de ces propositions venait la demande for. melle faite au Congrès de nommer une commission qui s'entendît avec une autre commission également nommée par le Dominion, pour négocier des relations commerciales fondées sur les quatre propositions ci-dessus ou sur toutes autres de même nature et de même portée.

Ce sont ces propositions, messieurs, qui comportaient plus que la réciprocité,mais une véritable union douanière ou zollverein entre nous et les américains, qui ont été, depuis, l'objet de discussions approfondies dans les chambres de commerce, jusqu’à ce qu’enfin elles aient pris une forme pratique et soient entrées dans la voie de l’action par la mission qu’a reçue l'honorable Gcorge Brown de négocier

les bases d’un nouveau traité avec les Etats-Unis.

Les américains sont déterminés à trouver une solution également avantageuse pour eux et pour nous, ct les réduc. tions successives de leur tarif ont fait faire à la question

des progrès considérables, Mais tout n'est pas aplani cncore, comme on va le voir, et la difficulté consiste précisé. ment dans ce tarif que les américains veulent maintenir et que le Canada ne semble pas encore prêt à adopter, parce que de suite surgissent des suscentibilités et des défiances nationales,

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M. Howland, délégué de Toronto à la chambre de commerce du Dominion en 1872, disait au sujet des quatre propositions fondamentales que je viens d'énumérer.

“Le Canada ne peut consentir à l’établissement d’un rollverein pour plusieurs raisons, La première consiste en œ que ce serait faire à la Grande-Bretagne une grande injustice que d'adopter contre elle des droits différentiels, aussi longtemps que subsistera Ja dépendance coloniale, Si l'union douanière était effectuée, il n’y aurait plus pour le Canada qu’à rompre les liens qui l’uttachent à la métropole, æ qu'il n’est nullement disposé à faire. [a deuxième raison, c’est qu’en abandonnant aux Etats-Unis le pouvoir de prélever les droits et de déterminer eux-mêmes la nature de ces droits, le Canada renoncerait à la première des prérogatives d’un peupie libre, celle de faire ses propres lois,

“ L'intention de la convention internationale n'est pas tant d'étendre les relations commerciales que de précipiter l'annexion des provinces anglaises : tel serait en effet le résultat nécessaire d’un zollverein, résultat auquel le peuple des colonies est positivement, décidément opposé, Le Canada a été livré depuis quelques temps à ses propres ressources, à son propre travail; ses habitants sont industrieux et patriotiques, ils ont la ferme conviction qu'ils peuvent for-

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mer pour toujours une nation distincte, ils ont le culte de leur nationalité et ne sont pas prêts à la sacrifier pour faire plaisir aux Américains; enfin, leur devise est Ze Canada pour les Canadiens.”

Je répondrai à cette argumentation en me tenant uni. quement sur son terrain, qui est celui d’une union douanière, et en laissant de côté la question de la réciprocité pure et simple qui est indépendante du tarif,

Lorsque les petits et grands états de l’Allemagne résolurent d'en finir avec le système tracassier des douanes établies à chacune de leurs frontières et de fonder un zollverein, l'Angleterre crut d’abord que son commerce en éprouverait un grand préjudice, mais le résultat a été tout différent, comme l'ont admis eux-mêmes les publicistes de la Grande-Bretagne, parce que, plus un peuple devient riche, plus s'agrandit le cercle de ses affaires, plus son commerce avec l'Angleterre est considérable. Le rêve des économistes a toujours été l'effacement des barrières qui séparent les peuples: ce n’est pas grâce aux résultats obtenus par le zollverein que les allemands ont fondé leur union politique; cette union est tout simplement le fruit des aspirations et des idées de toute l'Allemagne, les états qui la composent n'étant en somme que les parties d’une même nation, ct les divisions qui existaient narfois entre eux ne provenant que de l’antagonisme et de l’ambition de leurs princes. En ce qui concerne le Canada et les Etats- Unis réciproquement, leurs aspirations et leurs vues ne

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sont pas les mêmes. Quoique leurs habitants aient en général une origine commune, ils n’ont pus les mêmes traditions ni le même entraînement vers l'unité politique, ils ne sont pas un seul et même peuple divisé en petits états distincts, et leur fédération purement commerciale ne conduit pas nécessairement à l’union politique. 7: ‘en est pas entre le Canada et les Etats-Unis comme de. provinces anglaises entre elles qui, placées dans la même dépendance et sous la même autorité, ont établi une union à la fois po- ii litique et commerciale, Le libre-échange, qui n'est qu'une | forme du zollverein, peut parfaitement exister entre deux états que rapproche seule la similitude des intérêts, sans que pour cela l’un sacrifie à l’autre sa nationalité ni son indépendance, Mais, par malheur, nous sommes teellment habitués dans notre pays à mêler la politique aux choses qui en sont indépendantes, qu’elle devient un obstacle continuel à tous les développements ct à toutes Îles entreprises,

Eh! messieurs, puisque c’est là un besoin, je ne répugne nullement à le satisfaire, sous forme de digression, et à jeter en passant un regard sur la question politique.

L'annexion ! ah! l'annexion ! question bien brûlante il y a quelques années à peine, aujourd’hui bien éteinte,

L'annexion ! on en a parlé beaucoup à diverses époques de notre histoire, mais rarement en se fondant sur l'esprit véritable qui anime ies groupes si divers de la population des provinces, ŒElle a été presque toujours l'expression

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d'un désir ardent chez les uns, d’une nécessité inévitable aux yeux des autres, mais sans qu'on voulût se rendre compte des modifications ct des tempéraments que le temps pouvait apporter à cette nécessité ct à ce désir, Parce que les juns désiraient l’annexion ct parce que les autres la croyaient nécessaire, il eût fallu, d'après eux, la faire sans délai, au risque de la mal faire ct d’étouffer, pour un temps peut être bien court, des rénugnances qui auraient pu de. venir par la suite fatales à l'Union américaine,

Ce n’est pas ainsi que l’envisageaient les grands hommes d'état américains, Jefferson, Adams, Everitt prévoyaient la réunion éventuelle de toutes les parties de l'Amérique du Nord, mais ils ne voulaient pas devancer les événements, Pou:: eux, précipiter la destinée, c'était la contrarier, ct, au lieu de fruits mûrs, ne recucillir que des fruits amers et semer des germes de démembrement futur. Ils:comptaient par demi-siècles et quarts de siècles et comprenaient toute la nécessité d’une éducation préalable qui habituât les jeunes peuples environnant la république, à ses institutions, à son esprit public, à ses mœurs. Nous, au contraire, nois n'avons presque jamais parlé d’annexion qu’à la manière des enfants qui crisnt après un joujou, à la manière des affamés qui se jettent sur un morceau appétissant, ou bien à la façon de ceux dont les espérances déçues ou l'existence déclassée ne leur font plus trouver de remède et d'avenir que dans une révolution.

Un des faits dominants de l'histoire des Etats-Unis, c'est l'admission successive dans leur sein de tous les territoires de ce continent qui leur ont été nécessaires. En général. ces acquisitions se sont faites paisiblement, le plus souvent

par voie d'achat, Ainsi, en 1893, la Louisiane, embrassant

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CONFÉRENCES, 69 sute la vallée du Mississipi, et dont les Américains avaient basoin comme d’un débouché rour leur grand fleuve sur le volfe du Mexique, est achetée de Îa France pour gas millions de dollars. En 1819, la Floride est achetée de l'Espagne pour sept millions ; en 1845, le Texas, du Mox'e que, sans conditions autres que le paiement de sa cu en 1848, la Californie, le Nouveau-Mexique et L'UtR sont acquis moyennant quinze millions de dollars, En 1854, c’est le tour de l'Arizona, acheté ete du Mexique pour quinze millions aussi ; et, enfin, en 1869, l'Alaska vient srossir la confédération républicaine en laissant, entre lui et le reste de l'Union, la Colombie anglaise, qui, il y à quatre ans à peine, demandait au pareruens Britannique la permission de figurer sur le drapeau étoilé des Etats-

Unis.

Le Canada échappera-t-il à cette attraction que semblent rendre irrésistible sa situation géographique et l'esprit des temps modernes qui pousse aux grandes unités politiques ? Le travail d'agglomération qui se fait en Europe pour tous les peuples ayant quelques traits En quelque aflinité de race ou une étroite liaison è mi se poursuivra-t-il dans le nouveau onde jusqu à ce qu’il atteigne ses dernières limites ? Ne semble-t-il pas que cette lisière comparativement étroite qui sépare la grande masse du continent nord américain d'avec les régions inhabitables, ci qui comprend toutes les possessions anglaises, doive gra. viter autour des Etats-Unis comme les moindres astres autour du foyer lumineux qui donne son nom au système solaire ? J’annexion n'est-elle pas plus qu'un fait politique, mais encore et par dessus tout un fait géographique et

physique ?

Nous sommes annexés déjà par nos rivières, par nos lacs et nos chemins de fer avant de l’être par une convention que ratifieraient des deux parts les vœux du peuple. Tout contrat politique de cette nature ne ferait que sanctionner un état de choses préexistant ct n’apporterait d'autre change. ment à notre condition que celui de la développer merveilleusement, Nous sommes américains déjà par nos mœurs qu'une démocratie progressive a rapidement envahies ; nous le sommes par tous nos intérêts et par les tendancss des sociétés modernes qui germent parmi nous comme des fruits naturels, Vouloir arrêter ce mouvement, c’est remonter le cours des choses, c’est élever à frais inutiles une digue artificicile contre un torrent qui emporte tout sur son passage, c'est vouloir reconstruire, à l'exemple des vicillards puérils, des illusions depuis longtemps disparues.

Oui, messieurs, on peut à bon droit peut-être et à coup sûr argumenter de cette façon, mais il est des considérations d’un autre ordre et d’une portée toute politique, que personne ne peut négliger et dont l'oubli mèncrait droit à la déception.

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Et d'abord, sommes-nous sûrs que les américains désirent l'annexion de nos provinces à leur jeune et déjà vieille république? Non, non; ils veulent notre indépondanct, oui, tous; mais l'annexion ! c’est autre chose. Il y a deux grands partis aux Etats-Unis, deux partis formés par la neture et qui dureront comme cile malgré les victoires passagères de l'un sur l’autre, deux partis indépendants du

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mouvement des choses politiques ct qui subsistent, parce qu'ils sont pour ainsi dire inhérents au sol ct résultent de la situation géographique qui crée des mœurs et des intérêts essentiellement distincts; ces deux partis sont ceux du Nord et du Sud.

Les états du Nord ne veulent pas des annexions faites au Sud, et les états du Sud ne veulent pas des annexions faites au Nord, mais tous ils sc réunissent sous la même bannière quand il s’agit d’éloigner l'Europe de ce continent ct de soir les colonies, qui s’y trouvent encore, affranchies de leurs métrop’ies. Cette volonté, ils la poursuivent régulièrement, sans emportement, sans ardeur bclliqueuse, sans violence diplomatique, mais avec obstination, avec toute la persistance d’un droit incontesté. C’est pour cela qu'ils n'ont nas craint, il y a huit ans, de payer à la Russie jusqu'à sept millions pour le territoire désolé, stérile et glacé d'Aliaska dont ils ne savent en vérité que faire, mais dont l'acquisition a éloigné pour toujours une grande puissance de l'Amérique du Nord. Si jamais les états du Nord voulient nous annexer à eux, ce n’est que lorsqu'ils y seraient contraints pr la nécessité politique, celle de parti, ou par l'impossibilité de continuer leurs relations avec la Grande-Bretagne, tant qu’elle garderait un pied à côté de l'Union Américaine, Or, je crains bien que cette impossibilité ne soit démontrée davantage à quelque occasion prochaine, malgré le grand apaisement apporté de part ct d'autre par le traité de Washington.

D'autre part, il semble que si l'annexion du Canada était désirée par le peuple américain, la presse ne tarderait pas à en faire une question débattue par tous ses organes, à créer à ce sujet une agitation universelle, comme c’est la

pratique invariable aux Etats-Unis, Mais nos voisins con prennent parfaitement qu'ils n’ont aucun besoin de cela, que si l’annexion doit avoir lieu, ce sera par la gravita. tion naturelle, par la marche irrésistible des faits, que la navigation libre du St. Laurent, l'élargissement de nos canaux, l'accès aux «aux canadiennes pour y faire la pêche et le commerce libie sont tout ce qu’il leur faut. En hommes pratiques, ils ne veulent pas précipiter sans profit les événements, ni faire une agitation qui révei:erait de nombreuses susccptibilités et retarderait indéfiniment le résultat au lieu de io hâter. Nous devrions faire comme ceux, avoir leur sagesse, savoir discerner, ne pas voir partout du intentions here ques, laisser ces puérilités aux cs prits étroits, consultez les intérêts du pays, quelque haut que retentissent les criailleries intéressées, et répondre À ceux dont les préjugés malfaisants résistent à toutes les dé, monstrations possibles, comme M. Hugh MeLennan, délégué de Montréal, répondait dans la chambre de commerce du Dominion, à M. Imlach, délégué de Brantford [Ontario]: ‘ Les appels constants À la loyauté sont comme les cris qu’en pousse pour ranimer le courage ; le Canada ést en mesure de conserver son existence indépendante comme nation, si c’est I} son vœu; et ri les américains désirent

nous annexer, ils ne pourront jamais le faïre sans un consentement enticr et libre de notre part,”

En attendant, qu’on rétablisse done la réciprocité qui est l'intérêt actuel des deux pays et que tous deux ils réclament,

CONFÉRENDES. 273 :

isins cotm- Si, disait l’hon, John Young, à la réunion de la Cham- hi | de céla bre de Commercé du Dominion tenue en janvier 1872, si i

Li : A x | à \ cravita- notre charbon, dont la Nouvelle-Ecosse contient des mil- ï . = t À i } Ê ‘à j pit j ts, que la liards de tonnes, si notre minerai de er et de cuivre, si le pet 8, a

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pétrole, le sel, l’ardoise et le gypse pouvaient être exportés librement aux Etats-Unis, la prospérité du Canada en recevrait une impulsion merveilleuse. Quant ïe porte les yeux sur la province de Québec, quand je contemple les vastes rivières qui coulent du nord dans le St, Laurent, toutes pourvues de magnifiques pouvoirs d'eau, et que je vois un peuple impuissant en face de ces dons de la nature, quand je songe que vingt-huit mille canadiens ont émigré l'année dernière aux Etats-Unis pour y chercher de l’em-

lque haut ploi, je me sens près de désespérer; tandis qu'avec un

épondre à zollverein, la province de Québec ne tarderait pas à attirer ï Sa tes les dé. le travail et l'immigration...” ù } À. nan, délé- Ces paroles de l’homme qui, depuis vingt-cinq ans, se || commerce JW consacre à l'étude de notre situation commerciale et aux 4 il ord [On- D moyens d'élever le Canada rapidement au niveau des ! omme les grandes nations, doivent donner pour le moins à réfléchir. anada êst N [n'est pas une classe d'hommes aujourd’hui qui, débarecommo M rassée des préjugés et des mobiles mesquins d’un faux s désirent à loyalisme, ne soit prête à lui faire écho. à FANS Parlant du lac Michigan dont le traité de Washington Lt nous ouvre la libre navigation pendant huit années, au bout hr desquelles nous nous trouverons exactement dans la même Éd

M position qu'auvaravant, l'hon. John Young a émis l’idée que le Canada devrait négocier lui-même les traités où ses

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ocité qui intérêts propres sont en jeu. C’est là l'indépendance éta- . | Le nd D blicen fait eten droit, si ce n’est de nom, Sans doute, 1: |

question se trouverait de la sorte extrêmement simplifiée i

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et ce serait infiniment mieux sous tous les rapports; mais à ceux que ce mot d'indépendance effraie, nous pouvons répondre que la prérogative exercée par l’Angleterre de conclure avec d’autres nations des traités où 12 Canada est spécialement en jeu, ne devient dans la plupart des cas qu’une simple formalité. Cette formalité est désagréable, elle entraîne des délais, elle est fastidieuse, elle nous expose à recevoir le contre-coup de toutes les difficu!tés qui peuvent s'élever entre la métropoie et Iles Etats-Unis, mais enfin elle n’est pas un empêchement absolu, et quand bien même on donnerait en faveur de l'indépendance les raisons les plus concluantes, ces raisons resteraient toujours sans effet tant que l'esprit du peuple n’y serait pas préparé.

Il faut donc rester dans les limites restreintes, mais précises, de la question commerciale, aller aussi loin que possible dans notre sphère d'action, aussi loin que le permet la dépendance coloniale, dégager la réciprocité de toutes les combinaisoïs politiques qui n’y ont pas un rapport nécessaire, en démontrer les innombrables avantages, tant pour nous que pour Îles américains, et se hâter de l’établir en dépit de cette loyauté inintelligente qui examine avant tout les questions au point de vue britannique, plutôt qu'au point de vue du pays même qui doit être notre premier intérêt.

Quand on considère que les Etats-Unis sont de beaucoup je principal marché du Canada, qu’il y exporte ses produits pour une valeur qui dépasse trente-cinq millions, et qu'il

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est obligé d'accepter le prix que les américains veulent en donner, on ne tarde pas à apprécier les bienfaits de la réciprocité commerciale, Ce n'est pas sur le consommateur américain que pèse l'impôt douanier, mais bien sur le producteur des colonies qui est obligé de payer cet impôt à même le prix de vente; voilà la situation exceptionnelle dans laquelle nous sommes. Or, en 1870, le Canada à payé de cette façon aux Etats-Unis pour près de six millions de droits sur une exportation qui n'atteignait pas tout-à-fait vingt-neuf millions. L'année dernière, le Dominion à exporté pour onze millions de produits agricoles seulement, sur lesquels les Etats-Unis ont retiré $2,200,000 de droits, tandis que de notre côté, nous ne percevons aucun droit sur les produits agricoles des Etats-Unis. Le charbon, dont les gisements couvrent dans l'Amérique anglaise une superficie de 6,000 lieues carrées, 1,500 lieues carrées de plus que dans la Grande-Bretagne même, est aussi frappé de droits exhorbitants à la frontière américaine, Les principaux articles que nous exportons sont l'orge, l’avoine, le seigle et le bois qui, tous, sont frappés d’un droit de vingt pour cent au moins. [ly a d’autres articles, tels que les étoffes et les vêtements confectionnés, sur lesquels existe un droit si élevé qu’il équivaut à la prohibition; il sufhrait cependant à ces articles d’un marché libre pour que leur fabrication prît un rapide développement dans un pays où tout le favorise. Il en est ainsi du commerce de chaussures et des constructions navales, de même que pour le charbon dont il y a d'énormes dépôts dans les provinces maritimes. Toutes ces diverses branches d'industrie ne peuvent prendre l'essor dont elles sont susceptibles sans la réciprocité ; la construction des navires surtout en recevrait une impul-

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sion magnifique, parce que les américains trouvent plus avantageux de se servir de navires construits à l'étranger et inscrits sur lours régistres maritimes, que de les con. struire eux-mêmes,

Une raison étrange que donnent, afin de faire contre

mauvaise fortune bon cœur, ceux qui affectent de la répugnance à renouveler les relations commerciales avec les Etats-Unis, c’est que l’abrogation du traité de réciprocité nous a obligés à compter sur nous-mêmes et à ne dépendre que de notre propre industrie, Sans doute il faut bien se consoler avec quelque chose et se faire une raison quand on a perdu sa fortune. Mais la question n'est pas de savoir ce que nous pouvons en étant livrés à nous-mêmes, mais ce que nous ferions avec un marché libre; et cela une fois établi, l’immense disproportion qui existe entre les deux conditions une fois bien comprise, faire tous ses efforts pour reconquérir le bien perdu et assurer la prospérité future.

Les statistiques du commerce démontrent que depuis l'abrogation de la réciprocité, notre commerce avec les Etats-Unis a été beaucoup plus considérable que durant

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l'exercice du traité. Sans doute il nous a bien fallu écouler coûte que coûte nos produits, et, notre commerce général augmentant, l’industrie et la population prenant de l’essor, il en est résulté que nos exportations ont grandi et multiplié avec elles. Du reste, qu’elles que soient les conditions désavantageuses dans lesquelles se trouve le Canada, son commerce doit toujours augmenter, parce qu’il est un pays jeune qui se développe sans cesse. Mais ce n’est pas sur l'augmentation du commerce telle que l'exposent les statistiques, qu’il faut mesurer la prospérité réelle du pays; celui qui ferait ce calcul tomberait dans une dangereuse illusion. Si notre commerce a augmenté de trente ou quarante pour cent depuis l’abrogation de la réciprocité, que n'aurait pas été cette augmentation avec la réciprocité ? Voilà le calcul qu'il faut faire et qui expliquera facilement comment tout ce que nous aurions pu accomplr avec le libre-échange, constitue une perte sèche pour la production nationale. Si notre commerce a augmenté de qua. rante pour cent, et, si dans d’autres conditions, il eût augmenté de quatre-vingt pour cent, c’est quarante pour cent de perdus pour nous, sans compter toutes les pertes indirectes qui résultent pour les diverses branches d'industrie de ce que leur production est forcément limitée,

S'il ne s'agissait pas dans cet écrit de la réciprocité com merciale purement et simplement, je pourrais répondre à une objection souvent faite au zollverein ou union douanière, objection fort plausible et qui consiste dans l’énorme

disproportion apparente entre la condition financière des Etats-Unis et celle du Dominion.

Les américains ont une dette de $2,200,000,000 qui, répartie sur une population de 40,000,000 d’âmes, donne $59 par tête, tandis que la dette du Canada n’est que de $150,000,000. Mais le Canada n’a qu’une population de trois millious quatre cent mille âmes, ce qui fait au moins $30 par tête d’habitant, Si nous ajoutons dix-huit mil. lions pour améliorer Ja navigation de nos canaux comme elle doit l'être, nous nous trouvons à avoir une dette qui représentera $40 par tête: on voit de suite que la dispro. portion diminue considérablement, En outre, l’immigra. tion qui se fait chez nous est comparativement insignifiante, tandis qu’elle est de plusieurs centaines de mille âmes tous les ans aux Etats-Unis; de sorte qu'avant qu'il s'écoule un long temps, les américains se trouveront devoir moins que nous, Ajoutons que les Etats-Unis diminuent leur dette, tandis que la nôtre ne fait qu’augmenter.

La dette publique américaine ayant baissé de près d’un tiers, la plupart des états du Sud ayant retrouvé leur ancienne prospérité, à ce point que ia récolte du coton a été l’année dernière plus forte qu’elle ne le fut jamais, il n'y a plus raison pour les Etats-Unis de maintenir le système formidable de protection établi pour acquitter les obligations de la guerre civile. Aussi, depuis trois ans, les droits ont-ils diuinué de beaucoup sur les matières premières; chaque année, de nouveaux articles s'ajoutent à ceux qui sont admis en franchise ou à ane forte réduction de droits; mais on sent bien que c'est là un moyen beaucoup trop long d’arriver à la réciprocité, et qu’on ne peut pas attendre que le libre échange soit établi artisle par article jusquà

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CONEÉRENCES, 279

ce que la liste en soit complétée peut-être dans un quart de siècle, Ce qu’il nous faut, à nous comme aux Etats. Unis, c’est la réciprocité dans le plus bref délai ; protection contre tous les autres pays, libre-échange avec les amérdéfifns : détruire les douanes à l’intérieur, les élever partout sur la frontière maritime, Par ce moyen seul, notre jeune in dustrie prendra un vaste essor, et les inépuisables produits de nos forêts, des eaux et du sol, auront un libre cours sur un marché qui, avant dix ans, sera le premier marché du monde,

Notre fortune est inséparable de celle des américains; nous ne pouvons pas, traînés à la remorque de l’Angleterre, nous réjouir ni profiter de leur affaiblissement ou de leurs divisions. Krères jumeaux venus sur le sol d'Amérique, mais séparés en naissant, eux ont grandi dans une atmosphère vigoureuse ; nous, retenus au maillot, bercés dans nos langes avec le refrain des commères et sous Île souflle languissant d’un long passé, nous ne faisons que commencer à croître, nous apparaissons au grand jour après deux siècles d'enfance, étonnés que tant de grandeurs entourent un berceau et qu’un avenir aussi illimité que l'espace s'offre à des yeux à reine entr'ouverts. Nous avons vécu toujours, toujours en tutelle, dans la dépendance sous toutes ses formes ; peuple géant de l'avenir, notre berceau a été celui d’un nain subissant pendant deux siècles l'arrêt de son développement; aux rayons de la clarté scientifique, nous avons été le dernier appelé peut-

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