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passage, les têtes les plus hautes sont celles qui tombent les qu premières, et elle se hâte de frapper les cœurs les plus vail- au: lants, comme si elle craignait de s’attendrir aux sanglots qui M retentissent autour d’elle. unc : à sit
Pauvre cher Lucien! Eh bien ! non, la mort n’a pas tout .
fait encore. Elle ne nous ôtera pas cette heure où nous
nous rassemblons tous autour de ton lit funèbre avant qu'on & a te descende dans cette fosse glacée quit’attend. Tous, tous
tes amis sont autour de toi en ce moment pour presser encore | E une fois ta pauvre main amaigrie par une année de souffran. | fait ces ; jusqu’à ton dernier jour tu pensas à nous ; jusqu’à | du notre dernier jour, nous penserons À toi ; nous nous rappelle” À Le rons combien tu étais bon, généreux, sympathique, discret: # à L dévoué ; tu ne savais pas que tu avais une santé à conser- M ° ver, et c’est peut-être cela qui t'a fait mourir. Tu te serais!
tué par le travail, si la mort jalouse ne se fût hâtée de mettre! sur ta route un piége inattendu où tu es tombé tout entier, à l'heure où l’avenir t'enveloppait de ses plus brillantes! caresses, et tes amis de leur plus chaude affection. Tu pou-# vais tout espérer et atteindre à tout, car, avec l'âme, tu avaish l'intelligence et la science ; tu brillais au premier rang d'uns groupe d'élite, et la fortune te ménageaît le plus rare de sesh bienfaits, celui de ne pouvoir faire d’envieux. ;
Tu n'as pas eu le temps de rien laisser de toi que le videh irréparable que fait ta mort dans nos rangs et nos éternels! regrets. La renommée avait déjà promené ton nom de bou-* che en bouche, et la gloire t’atteudait avec de frais lauriers. ! mais tu n’as pu arriver jusqu'à elle, et, peut-être, Dieu dédai. gnaîit-il pour toi cette gloire profane, indigne de ses élus : tuf es mort avec la gloire bien plus noble et bien plus haute»k
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quoique moins éclatante, d’une vie sans tache ct d'un nom aussi cher qu'il était pur.
Et, maintenant, qu'es-tu ? Un pauvre corps déjà flétri, une dépouille brisée que nous ne reconnaîtrions peut-être pas si nous la voyions, sur un lit que couvre ton linceul, à côté d'une biére entr’ouverte, et, quelques pas plus loin, le fossoyeur courbé dans l'ombre, qui attend les dernières instruc-
È tions de la mort,
Etvoilà tout ce qui reste d’une vie que tant de chosesavaient faite précieuse et chère, Tu avais tous les dons de l'esprit et du cœur, devant toi une brillante carrière qu’avaient préparée de fortes études, et déjà même tu avais connu le succès à l'heure où tant d’autres se cherchent seulement un chemin. Tout te souriait ; l’espérance te tendait ses larges bras, et pour toi c'étaient ceux d’une mère ; elle ne voulait pas te tromper, toi qui avais été heureux avant d’avoir pu à peine désirer de l’être ; tu étais cher à l'ambition elle-même, cette marûtre qui étouffe sur son sein presque tous ses enfants, et elle t'avait comblé alors même que tu pouvais à peine bégayer son nom.
Subitement, santé, avenir, succès, renommée, tout s'est évanoui. Il.n’y eut d'égal à cette fortune rapide que l’enva. hissement non moins prompt de la mort. Un an t'avait suffi pour élever ton piédestal ; un an a suffi pour qu'il s'écrou. lât sous tes pieds, Mais, dans le calme anxieux qui entourait ta longue maladie, dans le détachement graduel de toutes les choses d'ici-bas, tu avais appris à mépriser la mort, à balancer les choses périssables avec ce qui est immortel, et u t’étonnais du néant des agitations humaines,
Plus grand et plus utile exemple ne nous fut jamais donné, t nous qui te pleurons si amèrement, nous regardons en-
core avec une satisfaction jalouse ton entrée si victorieuse dans l'éternité que tu ne redoutais plus bien des jours avant ta mort, A l'aurore nouvelle tes yeux se sont ouverts avant même de se fermer à la nâle lumière de notre misérable vie, et, avant de quitter. la terre, ton âme dégagée volait déjà libre dans les cieux. Oh! apprends-nous les secrets de cet autre monde si redouté et qui n’est pourtant qu'une Gélivrance, une éclosion au bonheur que nous cherchons en vain parmi les ténèbres que tu as franchies ; fais rayonner dans nos cœurs les immortelles espérances de la tombe ; reste avec nous comme la lumière de notre âme, nous qui allons maintenant te dire adieu et qui nous éloignons pour toujours de ces pauvres restes quisont tout ce que la mort a laissé d’une vie que neus avons si longtemps et si tendrement partagée.
Adieu, dieu, cher ami; nous ne tarderons pas àte rejoindre. Notre jeunesse à nous est déjà aux trois-quarts envolée ; ce qui en reste ne pourra longtemps retarder la mort et son œuvre sera facile, Heureux toutefois d’avoir trouvé dans
la tienne un enseignement et une force qui raniment nos !
défaillances ! Plus heureux encore si, comme toi, nous méritons de laisser après nous d'aussi inconsolables et d’aussi justes regrets ! !
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