CINQUIÈME PARTIE
ffemnxilacï^xûmqneie Tan mil cinq ameitvoxB^ ioncï\ani an premier ie Taffair^ ie messiu flaault JStuart, manmv îr'Slubijang, et itses igeng en Cûlabre»
Pour ne vouloir donner œuvre au vice d'otiosité, qui est commencement de vie voluptueuse, moyen de perdition de bon temps, et fin de damnable misère , mais à quelque exercice vertueux employer mon sens, et mon pouvoir appliquer, j'ai voulu sur les faits des François continuer propos et description ensuivre , sans toutefois vouloir, par amour favoriser les uns , ne par haine dédaigner les autres , mais avancer les vertueux selon le mérite de leurs bien-faits, et réprouver les vicieux selon le reproche de leurs défauts : si sais-je bien que chacun ne sera content de la
:il
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portion des lioiineurs, ne rappaisië au distribuer du vitupère; mais à celui , doit être tout un 9 qui , des loués à bon droit, n'attend loyer profitable avoir, ne, de» blâmées à juste cause, ne craint excès dommageux encourir : aussi est-il convénient à celui qui se glorifie en la louange de son bien-fait, de prendre en patience le châti de son vice. Donc , pour entrer en propos , est vrai que au commencement de cette présente année de grâce i5o5, au port de Rhége en Calabre , arriva le secours d'Espagne , mais ce ne fut pas trois jours après la journée, comme nous autres François dison» volontiers. Que que soit , là furent Espagnols au nombre de trois cents hommes d'armes , quatre cents genétaires et quatre mille hommes de pied, nommés Galliègues, avec hauts bonnets , presque tous déchaux , targuettes et pavois en main , lesquels tous des-cendirent , et dedans Rhége se reposèrent par l'espace de quinze jours ; et là ce pendant leur capitaine , nommé Porte-Carrière , parent du roi d'Espagne , mourut audit lieu de Rhége ; et demeura en son lieu un autre Espagnol , don Ferrand d'Andrade , capitaine des Galliègues et de tout ledit secours. Messire Berault Stuart, seigneur d'Aubigny, sachant par espies la venue de celui secours , s'en alla à la plaine de Terrenove , où lui vinrent à renfort un sien neveu nommé Jean Stuart et le seigneur
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Honorât de Saint-Severin, frère du prince de Bisignane, comme est dit dessus, à tout cinquante hommes d'armes. Avec le seigneur d'Aubigny étoient Adrien de Brimeu , Jannot d'Arbouville, Bernard de Saint-Soudain, messire Jean Chapperon, François Mozin, seigneur de la Grimaudière, et plusieurs autres gentilshommes; et aussi y étoient Yves de Malherbe, Pierre-Louis de Coustance , La Roche et Fontaines , capitaines de gens de pied ; en tout pou voient être deux cent trente hommes d'armes et huit cents piétons ou environ , que François, que Italiens, et là, entour la fête de Pâques , tinrent les champs en attendant la venue des Espagnols , qui dedans Girache-
CondianeetSaint-Georges étoient, s'en allèrent à la ville de Terrenove , et se mirent là en garnison, où le seigneur d'Aubigny les assiégea et prit le bourg sur eux ; toutefois , ne sortirent de la ville pour l'heure , mais se tinrent tout cois. Le secours qui étoit à Rhége se mit aux champs lors et s'envint à Séminare, quatre milles près de Terrenove ; parquoi le seigneur d'Aubigny leva son siège et s'en alla à un village nommé Saint-Martin, un mille près des ennemis , et, avec tous ses gens, de Saint-Martin , s'en alla courir devant Séminare, où les Espagnols étoient, lesquels envoya sommer de combattre : ce que ne voulurent, mais sortirent à l'escarmouche, et là
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se commencèrent à pincer bien étroit; toute-r fois, voyant, le seigneur d'Aubigny, qu'ils ne lui vouloient donner le combat, s'en alla à june autre ville nommée Roserne , et là fit ses •pàques avec ses gens. Le lendemain, sortit de Roserne, et, pour approcher ses ennemis, s'en tira à Joye , et là fut , les fériés de Pàques, attendant que aux champs se missent les Espagnols, dont ceux qui à Terrenove étoient, se joignirent avec leur secours, qui lorsétoit à Séminare , et ainsi étoient plus de quatre cents hommes d'armes et grand nombre de gens de pied, et eux ainsi assemblés, se mirent aux champs, et les François aussi : lesquels se trouvèrent d'un côté et d'autre un vendredi après Pâques, vingt-unième jour d'avril, entre Joye et Séminare, et là, à belle campagne, se voyoient les mis les autres de plus d'un mille loin. Le seigneur d'Aubigny, voyant que heure étoit de besogner, mit ses gens en ordre, et bailla l'avant-garde à Adrien deBrimeu, seigneur d'Humbercourt , très-hardi et moult adroit homme d'armes , auquel bailla soixante hommes d'armes écossois; il voulut conduire la bataille , où mit quatre-vingts hommes d'armes pour soutenir les premiers, s'ils étoient repoussés , ou les renforcer s'ils entroient dedans les ennemis; l'arrière-garde bailla au sieur Honorât de Saint- Severin , Italien , où étoit le demeurant des François à cheval : tous
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les piétons furent mis entre la bataille et l'arrière-garde, à quartier et vis-à-vis des gens de pied espagnols, pour servir à besoin.
Les Espagnols se mirent en trois batailles, dont deux de cheval étoient, et une de piétons. Les capitaines de gens de pied françois étoient tous à cheval devant le front de leurs gens , pour les mettre en besogne aux lieux où métier seroit ; et eux , ainsi mis en bataille, s'approchèrent moult fièrement, et tant, que question fut de donner, dont le seigneur d'Humbercourt, qui menoit l'avant-garde des François, pour montrer à ses gens où dévoient aller, se mit au front de son avant-garde , et la, non comme capitaine, pour seulement ses gens arranger, mais comme soudard, pour exécuter la guerre, prit une grosse lance et voulut prendre le cours pour commencer le bruit; mais le seigneur d'Aubigny, doutant que par trop se hâtât , lui écria , en disant : (c Ne vous hâtez, monseigneur d'Humbercourt, car encore ne sont-ils assez près pour joindre à eux ; je vous prie que, par un peu trop nous avancer, ne retardons tout notre affaire. » A ce ne vouloit entendre, mais charger à toute force; dont lui ditencoreleseigneur d'Aubigny tout doucement : « Monseigneur d'Humbercourt, vous perdrez toutsi vousmarchez;» dont s'arrêta, et ainsi que m'ont dit aucuns de ceux qui làétoient, iisbureiit ensemble sur Icchamp,
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en attendant que les ennemis fussent en lieu pour leur devoir donner, et, lorsqu'ils furent en place marchande , ledit seigneur d'Humbercourt, sans plus attendre, avec tous ses gens, donna des éperons , et alors lui dit le seigneur d'Aubigny : (( Or, allez , que Dieu vous veuille conduire! » Tant rudement allèrent les uns contre les autres, que, au rencontrer des lances, les François firent ouverture grande entre les enneipis, telle que, par le milieu d'eux fut vue la place vide, et ainsi que Yves de Malherbe, qui là étoit pour embesogner les piétons , me dit depuis : les François donnèrent si dur choc, que ceux qu'ils rencontrèrent allèrent, hommes et chevaux, pieds contre mont; tellement que lui-même, comme il dit, vit les fers de leurs chevaux en l'air renversés. Le seigneur d'Aubigny , qui avoit la bataille , transmit Jean Stuart avecla plupart de ses gens, pour renforcer; ainsi qu'il fut à donner, il vit les gens de pied espagnols près de leurs gens de cheval, et doutant qu'ils ne défissent les François, qui premiers a voient donné , se mit au travers d'eux avec quarante hommes d'armes ou environ , ce que ne devoit faire , selon commune opinion , mais charger sur les gens de cheval, car, eux défaits , des piétons eussent eu bon marché. Que fut-ce , les hommes d'armes de la seconde bataille des Espagnols virent que autre renfort n'avoit de Fran-
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çois : tous ensemble chargèrent sur le seigneur d'Humbercourt et ses gens, tellement qu'ils les mirent par terre et commencèrent à crier : Fictonî /^/67oa// Saint-Jacques ! Saint- Jacques! à haute voix. Le seigneur d'Aubigny, voyant celle rupture , voulut mettre l'arrière-garde en avant pour secourir les premiers, dont le seigneur Honorât, Italien, ne recula, mais de lui fit ce qu'il put ; celui qui portoit l'enseigne du seigneur troyen Papecoulde, comme lâche, méchant et efféminé , s'enfuit avec le surplus de larrière^arde, lesquels, en fuyant, rompirent nos gens de pied et se retirèrent à Joye. Le» Espagnols , qui avoient défaite l'avantgarde, s'en allèrent joindre, avec les piétons , où Jean Stuart et ses gens s'étoient mêlés, et là, chargèrent sur les Écossois, tellement, que trois cent-six hommes d'armes desdits Écossois, et soixante archers , que là que à l'autre coûte y moururent, et entre autres, un qui portoit l'enseigne, nommé Gilbert Tournebal, et six de ses parens, lesquels furent tous trouvés morts autour de l'enseigne , laquelle ne voulut onc lâcher; mais , après qu'il fut mort, fut trouvé dessus, la lance où étoit attachée la bannière entre les bras et la bannière entre les dents. Bien sont tels, dignes de louange, qui mieux aiment mourir pour honneur garder, que vivre en honte , reprochés de tache de lâcheté. Les autres furent trouvés
étendus , Tun çà, l'autre là , près de leurs chevaux morts sous eux , et si un Écossois étoit mortd'un côté, unEspagnol ou deux étoient de l'autre : ainsi eurent iceux une partie de laperte, mais la victoire leur demeura. Nos gens de pied furent de tous côtés assaillis, dont les aucuns voulurent tourner le dos, mais ceux qui fuirent furent tous tués par les genétaires ; les autres tinrent tant qu'ils purent , et mêmement un nommé Jean de Montauban, lieutenant de ceux d'Yves de Malherbe, qui onc, pour crainte de mort, ne voulut tourner le dos, mais, avec son enseigne, demeura pied coi et là mourut, la hallebarde au poing , très-vertueusement , avec huit cents d'autres , ainsi que m'a raconté ledit Yves de Malherbe, qui là étoit. Adrien de Brimeu, Jannot d'Arbouville, messire Jean Chapperon , Jean Stuart , François Mozin , et plusieurs autres , furent là pris et emmenés par lesdits Espagnols.
Le seigneur d' Aubigny, comme hors du sens, voyant une partie de ses gens morts , les autres pris , couroit par-ci et par-là, cuidant rallier aucuns François avec lui , et souvent fut avec ses ennemis , qui point ne le connoissoient , pour la poussière dont il étoit tout couvert , et sachant que autre chose pour l'heure ne pouvoit , se retira un peu à part pour se vouloir reposer, comme celui qui bon métier en avoit. Là rencontra Bernard de Saint-Soudain,
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qui avoit donné sur les gens de pied , avec Jean Stuart , et étoit échappé tout blessé avec quelques autres. Auquel se complaignit ledit seigneur d'Aubigny, de ceux qui si lâchement avoient fui , et de la perte qu'il avoit faite , disant : « J'aime mieux mourir ici par la main de mes ennemis, en me défendant , que m'en retourner vaincu entre mes amis , comme fugitif; et de ma mort ne me chaut, mais que à quelque Espagnol j'aie à mon appétit donné un coup de lance ! » Et ce dit , vouloit aller tout seul assaillir ses ennemis, dont celui Bernard de Saint- Soudain l'arrêta et lui dit : « Capitaine , si je savois que à nos ennemis courussiez pour vous faire tuer, je vous jure que plutôt de ma propre main le ferois; et pour ce, ne parlez plus de si folle entreprise; car jà que je puisse , Espagnol, pour cette fois , ne souillera sa main de votre sang. Il ne faut plus tenir ce propos , mais nous retirer autre part, en attendant meilleure fortune , qui toujours adverse ne nous sera. » A ces paroles, se remit un peu le seigneur d'Aubigny, et , avec huit ou dix chevaux , se retira à Presane , où se reposa un peu ; puis s'en alla à Mellite , et de là à La Roque d' Angite , où, après, fut assailli comme sera dit.
Après la victoire qu'avoient eue les Espagnols, ce jour même poursuivirent les François qui s'en étoient retirés à Joye , et là les assié-
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5l8 CHRONK^lTES
gèrent, lesquels se rendirent, par composition d'un quartier de leurs gages , et là firent iceux Espagnols une crudélité qui ne se doit oublier; telle, que , après que les François se furent par composition rendus, ils les mirent tous en basse fosse et en galère; et eux, pour magnifier leur méchant vouloir, après qu'ils eurent bien soupe, se mirent à jouer leurs prisonniers les uns contre les autres, et, entre autres, jouèrent un jeune homme d'armes écossois nommé Baslon; et, après que son maître l'eût joué et perdu, ceux qui l'avoient gagné eurent débat à qui l'auroît , et dirent chacun qu'il en auroit sa part , tellement que à coups de rapière départirent leur butin , et démembrèrent le pauvre gentilhomme, et ce fait, chacun en prit sa pièce : à quants coups en eussent fait autant les François ! Je laisse ce propos pour l'horreur du conte et la vilenie de l'exploit , et dis que, après ce , tout chaudement poursuivirent le seigneur d'Aubigny, et devant La Roque d'Angite allèrent mettre le siège , qui dura long-temps. Ici me faut syn* coper ce propos jusques à temps, pour retourner aux faits de la Fouille , qui , ce temps durant , furent exploités.
DK JEAN d'aUTON.
€mmtnt fouis ÎJ'armognoc, î»u( it ïlcmouts n me-roi à ttaplra pour k roi, fut î>ffait rt mort ^f oûut €f rifljiolfs , en ^ouillf , tt plmimrô outrrs Jvançois rt ailmanîis morts et pris par i« «gpûflnols : sflon If rapport Vamms Jranfois qui la rtoirnt, tt comme, par la tfurur îi'unc Itttrt envoyée à voi îi'€spoflne par <feonsales i^frranî», 0on lifutenant, appert.
La Fortune, qui en toutes choses, fors au pouvoir de vertus, seigneurit, m'a ci taillé de la besogne , mais c'est à l'avancement des Espagnols et au désavantage des François : dont,
pour éclaircir le fait, pour les uns ne veux user de mensonge, ne pour les autres taire vérité, mais dire que, pour la défaite de messire Berault Stuart, seigneur d'Aubignv, toute la Calabre fut pour le roi d'Espagne révoltée et mise en son obéissance , excepté les pays du seigneur Jean-Baptiste de Marsane, prince de Rossane en Calabre et duc de Sesse en terre de Labour, qui grand nombre de bonnes villes et fortes places tenoit , comme Rossane , la cité de Samte-Severine, la place Seresye , Longue- «ocque , la Scale , et plusieurs autres en Ca- 'abre, lesquelles garda et tint pour le roi jusques à l'extrémité, comme je dirai au rang
du propos; mais pour ensuivre Thistoire, fut vrai que les François qui pour lors étoient en Fouille, pour toutes leurs infortunes, ne laissèrent à tenir les champs et à plus aigrement que en propre chance guerroyer leurs ennemis; si que leurs courses , à force de les chasser, leur défendirent, et les vivres à puissance d'armes leur empêchèrent; tant que un jeudi, vingt -huitième jour du mois d'avril , en Tan susdit, comme l'armée des François fut aux champs à trois milles environ de Cérignoles , le capitaine Gonsales Ferrand, voyant que dedans Barlette ne aux autres villes que tenoien t ses gens n'avoit plus de vivres, et mêmement à Barlette que pour trois jours ( ainsi que par ces mêmes lettres disoit) , et que par force lui en fallolt recouvrer ou mourir de faim avec toute son armée, où avoit trois mille Allemands, quatre mille Espagnols et Biscayens , six cents hommes d'armes et huit cents genétaires , sortit de Barlette , et se mit en voie pour vouloir gagner des vivres. Or n'en pouvoit-il avoir plus près qu'à Cérignoles, ou avoit dedans cent cinquante Gascons pour la garder : dont adressa celle part ; devant fit charrier son artillerie et marcher une partie des piétons , une partie des hommes d'armes et des genétaires mit à la bataille, au derrière l'autre partie des gens d'armes et gens de pied avec tout le bagage; en tel ordre prit la
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campagne , et tant alla, que le lendemain, un vendredi, vingt-neuvième jour d'avril, passa à deux milles près de l'ost des François, tirant vers Cérignoles, et jà avoit, cej ou r (selon sa lettre), fait plus de quatorze milles en terre sèche et sans eau, à si grande chaleur que deux hommes d'armes, et quatre Allemands, et deux Espagnols de pied, moururent de chaud et de soif. Sur l'heure de vêpres basses , passèrent les Espagnols, et, eux approchant Cérignoles, le capitaine Gonsales se mit devant pour faire les logis et ordonner de son artillerie. Les François, qui jà savoient leurs ennemis si près d'eux, montèrent à cheval, et firent leurs batailles marcher, et devant envoyèrent leurs coureurs, lesquels furent tantôt à la vue de Gonsales, tant près, qu'il fut contraint de chercher moyen à sauver partie de ses piétons : car tant las étoient pour le grand travail que ce jour a voient pris, que plus rien n'en pou voient; à cause de quoi, délibéra de les mettre en sûreté : dont les logea dedans une vigne près de là , tout à l'entour bien fossoyée et fortifiée à l'avantage, et illec, avec son artillerie qu'il mit sur le bord des fossés et quelque nombre de genétaires, les emparqua. Après ce, retourna derrière, où vit de loin l'armée des François venir en bel ordre , et ses Allemands , qui au derrière étoient, tant travaillés qu'ils se laissoient tom-
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CIlROiMQUES
du propos; mais pour ensuivre l'histoire, fut vrai que les François qui pour lors étoient en Fouille, pour toutes leurs infortunes, ne laissèrent à tenir les champs et à plus aigrement que en propre chance guerroyer leurs ennemis; si que leurs courses , à force de les chasser, leur défendirent, et les vivres à puissance d'armes leur empêchèrent ; tant que un jeudi, vinfft- huitième jour du mois d'avril , en Tan susdit, comme Tarmée des Franc ois fut aux champs à trois milles environ de Cérignoles , le capitaine Gonsales Ferrand, voyant que dedans Barletteneauxautres villes que tenoient ses pens n'avoit plus de vivres, et mèmement à Barlette que pour trois jours ( ainsi que par ces mêmes lettres disoit) , et que par force lui en falloit recouvrer ou mourir de faim avec toute son armée, où avoit trois mille Allemands, quatre mille Espagnols et Biscayens , six cents hommes d'armes et huit cents genétaires, sortit de Barlette , et se mit en voie pour vouloir gagner des vivres. Or n'en pouvoit-il avoir plus près qu'à Cérignoles, où avoit dedans cent cinquante Gascons pour la garder: dont adressa celle part; devant fit charrier son artillerie et marcher une partie des piétons , une partie des hommes d'armes et des genétaires mit à la bataille, au derrière l'autre partie des gens d'armes et gens de pied avec tout le bagage; en tel ordre prit la
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campagne , et tant alla, que le lendemain, un vendredi, vingt-neuvième jour d'avril, passa à deux milles près de l'ost des François, tirant vers Cérignoles, etjà avoit, cejour (selon sa lettre), fait plus de quatorze milles en terre sèche et sans eau, à si grande chaleur que deux hommes d'armes, et quatre Allemands, et deux Espagnols de pied, moururent de chaud et de soif. Sur l'heure de vêpres basses , passèrent les Espagnols, et, eux approchant Cérignoles, le capitaine Gonsales se mit devant pour faire les logis et ordonner de son artillerie. Les François, qui jà savoient leurs ennemis si près d'eux, montèrent à cheval, et firent leurs batailles marcher, et devant envoyèrent leurs coureurs, lesquels furent tantôt à la vue de Gonsales, tant près, qu'il fut contraint de chercher moyen à sauver partie de ses piétons : car tant las étoient pour le grand travail que cejour avoient pris, que plus rien n'en pouvoient; à cause de quoi, délibéra de les mettre en sûreté : dont les logea dedans une vigne près de là, tout à l'entour bien fossoyéeet fortifiée à l'avantage, et illec, avec son artillerie qu'il mit sur le bord des fossés et quelque nombre de genétaires, les emparqua. Après ce, retourna derrière, où vit de loin l'armée des François venir en bel ordre , et ses Allemands , qui au derrière étoient , tant travaillés qu'ils se laissoient tom-
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ber et ne se pouvoient tenir ; dont fit monter les plus lassés derrière les hommes d'armes sur la croupe de leurs chevaux; et, ce fait, avec tous les autres des siens s'en alla jusques au lieu où ses piétons et son artillerie étoient fortifiés, et là dedans se mit, et fit deux escoadres de ses hommes d'armes , lesquels mit à deux côtés, et tous ses gens de pied et genétaires au milieu et autour de la défense de leur fort , avec treize pièces d'artillerie , qu'il fit charger et atitrer droit à la venue des François, lesquels marchoient tout à droit. Or étoit Louis d'Armagnac, duc de Nemours, vice-roi , au front de devant, et, comme celui qui vouloit mettre les autres à chemin , menoit l'avant -garde où pouvoient être plus de deux cent cinquante hommes d'armes; messire Yves d'Alègre avoit la charge de l'arrièregarde, où avoit autour quatre cents hommes d'armes ; au milieu, étoient les gens de pied au nombre de quatre mille, dont étoit chef le seigneur de Chandée, et treize pièces d'artillerie tout à la queue de l'avant-garde , lesquels furent à la vue de leurs ennemis une heure de soleil ou environ; et , lorsqu'il fut question de vouloir faire mêlée, voyant les François que l'heure étoit tarde et leurs ennemis en place avantageuse , tinrent conseil : dont le duc de Nemours appela François d'Urfé , lieutenant du grand-écuyer de France, et Gaspard
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de Coligny, son lieutenant, et le seigneur de Châtellart, lieutenant du seigneur de Chandée lesquels étoient de l'avant - garde , et a voient tenu garnison à Cérignoles, dont connoissoient le fort des ennemis qui près de là éto*ent; lesquels firent rapport au duc de Nemours que le lieu où étoient les Espagnols étoit si fort, que quand, durant la guerre, les gens du pays vouloicnt tenir leur bétail en sûreté , là le mettoient, et dirent que bien le pouvoit savoir le sieur d'Alègre , car souvent y avoit été ; dont le duc de Nemours le transmit quérir, et sur ce, lui demanda son avis. Lequel dit que, sans point de faute, le lieu était bien fort; mais toutefois qu'il n'étoit heure de plus dissimuler, mais donner dedans , et la raison , car le lieu où ils étoient étoit sec, et n'y avoit de plus de six milles près nulles eaux ; parquoi les chevaux seroient moult lâches et trop affoiblis , qui là denieureroient jusques au lendemain; et aussi, qui désempareroient, vu que c'étoit jà près de nuit , quelque désordre ou rupture se pouvoit faire en leur ost. Aussi survint là le seigneur de Chandée, capitaine des Allemands, lesquels l'avoient là envoyé pour dire au duc de Nemours, que, s'il ne donnoit la bataille aux ennemis qui étoient en rencontre, que jamais ne se trouveroient au service du roi ; ïequel de Chandée fit son rapport, disant en
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outre que iceux Allemands étoient délibérés avant donner dedans avec leurs bandes. Là fut pareillement un roi d armes françois, nommé Martin Godebyète , roi d'armes de Champagne, qui dit au duc de Nemours, que, s'il ne donnoit la bataille , il en feroit le rapport au roi, et que s'il ne le faisoit ce seroit le plus mal servi le roi que fit onc capitaine.
Aucuns autres capitaines françois ne furent de cet avis, et mêmement Louis d'Ars, qui étoit à l'avant-garde , disant que l'heure n'étoit bonne , ne le lieu avantageux ; que jà avoient les ennemis trois choses pour eux, qui, communément, font gagner les batailles, c'est a savoir : arroi , haleine et place choisie, ce que n'ont pas ceux qui veulent assaillir; et outre, dit que l'attente jusques au lendemain ne pouvoit plus profiter aux ennemis qu'à eux : car, s'ils avoient défaut d'eau pour leurs chevaux , et suffrette de vivres pour eux , ainsi en avoient les autres qui ce jour avoient travaillé et n'avoient nulles victuailles , dont en auroient toujours du pis. A quoi contredisoit le seigneur d'Alègre , disant, en conclusion , que ceux qui diiTéroient n'en vouloient point manger. Dont le capitaine Louis d'Ars et lui eurent grosses paroles. Parquoi ledit Louis d'Ars finablement leur dit que, au tôt besogner, se montreroient les chauds ouvriers, et, à l'honorable affaire, les vertueux vouloirs.
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Ce pendant que ce conseil tint, la nuit approcha; toutefois, fut dit, et arrêté et commandé de charger sur les ennemis ; et fut , à l'heure, dit au duc de Nemours, par aucuns des siens, qu'il représentoit la personne du roi , et qu'il n'étoit pas convenable qu'il fût du premier danger, vu que l'artillerie des ennemis étoit à la droite avenue des premiers : à quoi fit réponse que au plus peureux survient le plus grand péril , et de lui , puisqu'il plaisoit au roi qu'il fût chef de son armée, que pour ce jour il en feroit à son appétit, et qu'il montreroit à tous qu'il avoit si bon vouloir de servir le roi , que crainte de mort ne le feroit un pas démarcher. Toutefois, premier que vouloir commencer, dépêcha sur-le-champ une poste qu'il envoya au roi pour l'avertir comment Gonsales Ferrand et ses gens, nonobstant l'appointement fait entre lui et le roi d'Espagne, dont bien les avoit avertis, lui présentoit la bataille , qui ne leur seroit refusée. Parquoi fit sonner trompettes et s'en va avec son avant-gardejoindreàses ennemis, lesquels attendirent pied ferme dedans leur fort , et là furent assaiUis moult rudement , car, avec les gens d'armes de l'avant-garde, l'artillerie notre donna d'un côté et les gens de pied; mais peu leur pouvoit nuire l'artillerie pour le rabat du bord du fossé où ils étoient, lesquels, de leur côté, tirèrent tant
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de coups dartilleiie contre nos gens, que friand dommage leur firent, et plusieurs en amassèrent. L'un de leurs canonniers. Italien, eut telle frayeur de ce bruit, que, en cuidant recharger leur artillerie , mit le feu en deux charrettes de trois cents barillets de poudre, où y eut si grand feu , qu'il sembla aux François que tous les Espagnols fussent brûlés : mais peu de dommage leur fit. Or, ctoit ja la nuit si obscure , qu'on ne voyoit combattre qu'à l'éclair du feu de l'artillerie , qui tiroit si très-menu, que tonnerre n'eût là été ouï, et ta^it, que à la parfin les François furent moult blessés de traits dehaquebute et grosse artillerie , et si mal alla le cas , que le duc de Nemours , chef de l'armée de France, eut dedans le corps trois coups de haquebute, dont fut tant afibibli , que sur son cheval ne se pouvoit tenir.
Les hommes d'armes espagnols sortirent et vinrent charger à la course sur les François qui assailloient le fossé, et tant rudement, qu'ils les rompirent. Pas ne sont à oublier aucuns des François dont le compte m'a été fait , tel que , au premier choc , plusieurs allèrent par terre, qui se relevèrent, et contre le fort des ennemis firent merveilles d'armes, desquels furent Pierre Guiffray et Clermont , lesquels furent du combat de Trane , comme j'ai dit, et là, après merveilleux combat , par
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défaut de secours, moururent l'épée au poing ; avec eux mourut un autre jeune gentilhomme moult gaillard homme d'armes, nommé Antoine de Chavannes, neveu du seigneur de Chandée, et un Allemand nommé Hayne Rout, avec plusieurs, lesquels doivent bien être , par mes écrits, commémorés. Là se trouva un autre François nommé Pierre de Bayard, duquel j'ai souvent, par ses bien-faits, tenubonne bouche; qui ne faillit à se montrer entre les autres : car, à la première charge que firent les Espagnols, un d'eux, monté et bardé à l'avantage, hors du rang des autres , se présenta au premier venant, dont celui de Bayard ne lui faillit, mais s'adressèrent l'un contre l'autre, de telle force, qu'il sembloit qu'ils se dussent, à l'atteindre, foudroyer, et, ainsi que les présents m'ont raconté, de si vive atteinte l'asséna celui de Bayard, que, au joindre des bois , de la force du coup démesuré , brisa , jusques auprès de la poignée, sa lance, rompit l'arrêt et renversa homme et cheval , tout en uni monceau, dont puis ne se releva. Le capitaine Louis d'Ars se trouva à cet aflaire, si à point, que, à le voir, sembloit que il y eut bien été , car il y fut blessé , et son cheval, en trois lieux, dont puis mourut entre ses jambes. Aimer de Villars s'en approcha de tant, que au travers du visage eut une balafre qui toujours sera témoin que à celle fois ne
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tourna le côté à sou ennemi. Tout plein d'autres y besognèrent vertueusement. Qui me denianderoit que faisoit lors Tarrière -garde , plusieurs , dignes de foi , m'ont dit que sitôt que les Espagnols eurent faite la première roupte sur Tavant-garde des nôtres, que, sans autre secours leur donner, se retirèrent le couvert; or, ne sais -je si messire Yves d'Alègre, qui, au commencement, eut le bon bruit, laissa ainsi lâchement fuir ses gens, par défaut de les mettre en avant , pour les foulés secourir, ou s'ils s'en allèrent en ce point pour chercher un jour de sûreté et ac^ quérir perpétuelle honte. Ha! les méchants, si, du temps des pères conscrits romains, eussent été atteints d'un défaut tant vicieux, jamais plus n'eussent à leurs gages monté à cheval , mais de pionniers ou à quelque autre vil office ou bas métier eussent servi! Je n'en dirai plus, si n'est qu'ils s'ôtèrent du chemin à leur déshonneur, au dommage de leurs compagnons morts , et à la perte du royaume de Naples, pour le roi. Que que soit, le seigneur de Changée, capitaine des Allemands, y mourut surle-champ; le seigneur de Maubranche, maître d'hôtel du roi , un autre nommé La Couture, et plusieurs autres gens d'armes françois , et bien quatorze cents Allemands et autres gens de pied , et bien quinze ou vingt Italiens qui ne fuirent point comme lâches, mais y mou-^
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rurent comme très-vertueux. Le duc de Nemours, pour l'angoisse des coups mortels qu'il avoit, tomba de dessus son cheval et fut ce , ainsi que les Espagnols commencèrent à donner la chasse aux François : dont quelqu'un le vit par terre et en avertit François d'Urfé , lieutenant de monseigneur le grand-écuyer de France , lequel fit retourner vingt hommes d'armes des siens et quelques archers pour le relever; et, pour donner temps de ce faire à ses gens , se mit entre eux et les Espagnols , avec une partie desdits vingt hommes d'armes, et là soutint le faix jusques il fut remonté , puis parlaàluienlui disant qu'il eûtbon cœur et que encore n'étoient les François défaits; et en ce disant, grand'flotte d'Espagnols survinrent et leur commencèrent à donner la chasse, mais le très-vaillant duc de Nemours ne voulut onc tourner le dos; ains étant ainsi blessé, comme j'ai dit, ses plaies lui recommencèrent à saigner et lui à affaiblir tant, que au milieu de ses ennemis tomba mort l'épée au poing.
Que se doit dire de ce bon chef qui , pour loyalement servir son seigneur, voulut honorablement mourir, si n'est que son nom doit demeurer en bruit perpétuel , ses faits florir en mémoire perdurable, sa vie en louable recommandation , et sa mort en spectacle d'honneur et exemple de vertus? Et à tant le laisse
i! il.
55o CHROMQUES
pour Texaltatioi) de la gloire des preux et au châti de Fopprobre des méchants. Pour dire plus , les François furent chassés par les Espagnols plus de trois milles de pays, où aucuns furent pris, et mêmement Gaspard de Coligny, sieur de Fremente, lequel , en se défendant, fut abattu et pris; au sieur de Châtellart, furent là sous lui tués deux chevaux, et lui recous et remonté par François d'Urfé, sieur d'Orose, qui moult soutint de faix pour ce jour. Et est à savoir que les François ne fuirent pas à bride abattue, mais tout à loisir, en faisant fuite de loup, car toujours regardoient qui les suivoit, et souvent en atteignoient quelqu'un ; mais à la parfin se retirèrent et laissèrent leurs logis et vivres à leurs ennemis , et perdirent leur artillerie dont il y avoit treize bonnes pièces. Les seigneurs italiens, qui avec les François étoient, «'en allèrent à leurs maisons, où là pensèrent être en sûreté , dont les aucuns furent blessés à la rencontre, les autres délogèrent de bonne heure. Des hommes d'armes du parti des François moururent environ cinquante , et quarante furent pris : en cette manière perdirent les François la bataille de Cérignoles pour trop se hâter de donner sur les ennemis , et par défaut d'être de leurs amis secourus. Les François à la fuite ne prirent tous un chemin; mais , les uns çà, les autres là, s'en allèrent où
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ils purent. Le capitaine Louis d'Ars, tout blessé et à pied , se sauva de la bataille : nonobstant la défaite des François, ne voulut reculer pour entrer en pays de sûreté, mais retourna au milieu des pays des ennemis pour là demeurer au danger de fortune , et s'en alla à Venouse , terre du comte de Ligny , son maître, où depuis fit merveilles, comme sera dit.
Messire Yvesd'Alègre, le sieur de Sainte- Colombe, heutenant du duc de Valentinois; François d'Urfé, et d'autres, jusques au nombre de quatre cents chevaux, se retirèrent à Melphe, où s'arrêtèrent un jour seulement, qui fut un samedi , trentième jour d'avril , dont délogèrent le dimanche et s'en allèrent à La Tripaulde, où demeurèrent huit jours, et là vinrent Jacques d'Alègre, fils du sieur d'Alègre; Aimer de Villars, et quelques autres François et Italiens, jusques au nombre de soixante hommes d'armes et peu de gens de pied. Ce pendant, le capitaine Gonsalesfit porter à Barlette et enterrer le duc de Nemours, et là très-honorablement servi comme à prince du sang royal de France appartenoit; lequel duc de Nemours fut trouvé entre les morts, et , comme aucuns m'ont raconté , par le roi d'armes de Champagne , qui avoit été du conseil de donner la bataille, comme j'ai dit dessus : lequel, en le voyant nu entre les au-
très , se mit à plourer et dire aux Espagnols tout plein de grosses injures, en les reprenant de ce que ainsi traitoient le sang royal de France, auquel ne leur appartenoit de toucher ne faire telle injure que de tout nu le laisser. Lesquels Espagnols dirent à celui roi d'armes François, que si pitié lui faisoit nu, que de sa robe le couvrît ; dont se dépouilla de sa cotte d'armes semée de fleurs-de-lis, et sur lui la jeta. Parquoi les Espagnols, voyant celui être désarmé de son lis , le tuèrent , disant que plus de franchise n'avoit ; dont firent œuvre de crudélité, et lui emprise de folie. Le seigneur de Chandée et les autres gentilshommes françois, qui là moururent, furent enterrés à Cérignoles.
Le capitaine Gonsales, sachant que les François se retiroient vers Naples, leur envoya pour les suivre Pètre de Pas avec cinq cents chevaux , lesquels s'en allèrent vers La Tripaulde , où les François étoient; lesquels , tantôt qu'ils surent être poursuivis, délogèrent , tirant le travers de laTerre de Labour sans aller à Naples, mais allèrent à Verse , où demeurèrent deux jours; et toujours à la queue les Espagnols. De Verse furent à Capoue , où les Capouans les firent passer par là entre tous ceux de la ville, qui étoient armés et à grand nombre , pour les assommer s'ils eussent mot sonné. De Capoue, s'en allèrent droit àla rivière
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du Garillan, entre Saint-Germain et Gayette, et là firent un pont sur des bateaux, et passèrent outre : ce fait, eurent les Espagnols à la queue, mais leur défendirent le pont.
in.
Comment mmite (èabvid yaibm, ôixe VU- Donnesi, tîint an ^rroure ies Itancm^ c\)aBBi^ ie CiriignoUô , an (êaxiHan.
Partout coururent nouvelles de la défaite des François à Cérignoles, dont messire Gabriel d'Albret, qui lors étoit à Rome avec le duc de Valentinois, qui sa sœur avoit épousée , pria celui duc de Valentinois qu'il lui baillât des gens d'armes pour aller au secours des François : ce qu'il fit, et lui bailla cent cinquante hommes d'armes et deux mille hommes de pied; dont celui seigneur d'A vannes, tant tôt comme il put, se mit aux champs et s'en alla à ladite rivière du Garillan , où là trouva les François, lesquels renforça de tant, que les Espagnols, qui s'étoient là trouvés et amassés à grand'puissance , n'osèrent approcher de long-temps le bord du pont qui étoit entre les François et eux , mais furent là longuement sans autre chose faire.
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Comment tne$6ire 6erauU Ôtuûrt , sdgnnir V^nbiflng, qui, burant re tempo, éioii améj^ià (a Raque îr*2lngile en Cûlabre, fut pris par leg espagnole.
Dedans La Roque d'Aiiglte, en Calabre, étoit lors assiégé messire Berault Stiiart, Écossois , par les Espagnols, lesquels battirent la muraille et y donnèrent aucuns assauts, mais toujoursétoientrepoussés: car, avec leseifjneur d'Aubigny, s'étoient là assemblés bien deux cents hommes François, qui tinrent plus de trois semaines après la défaite de Cérignoles, don! encore ne savoit rien; mais à la fin , par les Espagnols tenant le siège , en fut averti, ce que ne voulut croire, et, pour le savoir au vrai, demanda sauf-conduit pour deux de ses gens , voulant là les envoyer : ce qu'il eut; dont y transmit Yves de Malherbe et un autre nommé François Chambellant, lesquels furent jusques à Cérignoles, et là surent comme les François étoient défaits et chassés : dont s'en retournèrent, et tout ce contèrent au seigneur d'Aubigny, lequel , voyant que secours ne pouvoit plus avoiret que vivres lui failloient, se rendit au roi et à la reine d'Espagne, et ainsi fut pris et mis entre les
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mains des Espagnols. Le capitaine Malherbe et tous ses autres soudards furent mis en galère et bien maltraités, comme depuis j'ai su par plusieurs d'iceux.
«Tomment le cûpitûtne (êomale^ s'en alla à Viapleg, et fte la prfee îru €l)dteau-neuf et îr'autres places duirit pags.
Tantôt après que les François furent chassés de la Fouille, toutes les villes et châteaux du royaume, réservés Gayette, le Cliàteau-Neuf et celui de TOEuf , Venouse et" quelques autres villes que tenoit le capitaine Louis d'Ars, et une ou deux en Abruzze, pour les Espagnols se révoltèrent; dont le capitaine Gonsales, étant au-dessus du vent avec son armée, s'en alla à Naples, où emmena le seigneur de La Palice prisonnier et les autres François pris par ci-devant , lesquels fit mettre autour de Naples dedans les villes et châteaux, qui là étoient : auquel lieu de Naples fut reçu sans contredit de ceux de la ville; mais deux châ-^ teaux moult forts y avoit, c'est à savoir: le Château-Neuf et le château de l'OEuf en la mer, que tenoient les François; et tantôt que là fut arrivé, sut que les François qui étoient outre leGarillan avoienteu secoursdu seigneur
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d'A vannes ; dont, pour renforcer les siens , y transmit le duc de Terme , Italien , avec grand nombre de gens d'armes ; lesquels s'allèrent ranger avec les autres Espagnols qui làétoient.
En ce même temps, un capitaine de mer François, nommé Pregent de Bidoulx, avec quatre galères , par force faisoit sur mer bonne guerre aux Espagnols , et moult souvent les chassoit et détroussoit; lequel côtoyoit souvent la mer de Naples, et lui, sachant la rencontre de Cérignoles, se doutant queGonsales ne voulsît prendre les châteaux de Naples , malgré tous les Espagnols de mer qui le voulurent empêcher, les avitailla, et grand nombre de Turcs , qu'il avoit pris sur mer au voyage de Métélin, mit dedans, pour aider aux François, qui là étoient : à garder lesdites places , lesquelles fit le capitaine Gonsales assiéger, et premièrement le Château-Neuf, fort à merveilles.
Là dedans étoit pour le roi un capitaine françois nommé Guérin de Tallerand, seigneur de Salères , près Narbonne , avec grosse garnison de François, bonne artillerie et force victuailles, ce qui lui pouvoit bien aider à tenir longuement; toutefois, ainsi que j'ai su par gens de bonne foi , là eut tel désordre , que , durant le siège, toujours demeura un pontlevis abattu, et afin que lever ne se pût, aux deux bouts étoient deux grands clous aigus,
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tichés dedans et cramponnés, en manière qu'il étoit impossible de le savoir lever, et avec ce , la herse de dessus fut tellement attachée , que jamais ne se pouvoit avaler. Je ne veux pas dire pourtant que ce bon capitaine eût vendu la place, ou fait composition aux ennemis, mais, toutefois, si entrèrent-ils par là, et la prirent d'assaut, ce que n'eussent encore fait, si ledit pont eût été levé et la herse abattue! Que que soit, à défendre le pont, entre autres se trouvèrent deux qui firent merveilles, dontl'un étoit nommé messire Antoine Dentis, chevalier napolitain, et l'autre étoit françois; lesquels repoussèrent plusieurs fois les Espagnols à grands coups de hallebarde, et défendirent celui pont longuement, et tant, que au bord de celui pont furent tous deux assommés; si ledit capitaine se fût trouvé à leur secours, comme il devoit, il se fût acquitté de sa foi, qui à ce faire l'obligeoit. Toutefois, à cet affaire ne fut vu ne ouï : dont le château fut pris par les Espagnols, et lui envoyé, ses bagues sauves. Bonnes places fait mauvais bailler à telles gardes.
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(l'A vannes ; dont, pour renforcer les siens , y transmit le duc de Terme , Italien , avec grand nombre de gens d'armes ; lesquels s'allèrent ranger avec les autres Espagnols qui là étoient.
En ce même temps, un capitaine de mer françois, nommé Pregent de Bidoulx, avec quatre galères , par force faisoit sur mer bonne guerre aux Espagnols , et moult souvent les chassoit et détroussoit; lequel côtoyoit souvent la mer deNaples, et lui, sachant la rencontre de Cérignoles, se doutant queGonsales ne voulsît prendre les châteaux de Naples , malgré tous les Espagnols de mer qui le voulurent empêcher, les avitailla, et grand nombre de Turcs , qu'il avoit pris sur mer au voyage de MétéHn, mit dedans, pour aider aux François, qui là étoient : à garder lesdites places , lesquelles fit le capitaine Gonsales assiéger, et premièrement le Château-Neuf, fort à merveilles.
Là dedans étoit pour le roi un capitaine françois nommé Guérin deTallerand, seigneur de Salères , près Narbonne , avec grosse garnison de François, bonne artillerie et force victuailles, ce qui lui pouvoit bien aider à tenir longuement; toutefois, ainsi que j'ai su par gens de bonne foi , là eut tel désordre , que , durant le siège, toujours demeura un pontlevis abattu, et afin que lever ne se pût, aux deux bouts étoient deux grands clous aigus,
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fichés dedans et cramponnés, en manière qu'il étoit impossible de le savoir lever, et avec ce , la herse de dessus fut tellement attachée , que jamais ne se pouvoit avaler. Je ne veux pas dire pourtant que ce bon capitaine eût vendu la place, ou fait composition aux ennemis, mais, toutefois, si entrèrent-ils par là, et la prirent d'assaut, ce que n'eussent encore fait, si ledit pont eût été levé et la herse abattue. Que que soit, à défendre le pont, entre autres se
trouvèrent deux qui firentmerveilles,dontl'uu étoit nommé messire Antoine Dentis, chevalier napolitain, et l'autre étoit françois; lesquels repoussèrent plusieurs fois les Espagnols à grands coups de hallebarde , et défendirent celui pont longuement, et tant, que au bord de celui pont furent tous deux assommés; si ledit capitaine se fût trouvé à leur secours, comme il devoit, il se fût acquitté de sa foi, qui à ce faJre l'obligeoit. Toutefois, à cet affaire ne fut vu ne ouï : dont le château fut pris par les Espagnols, et lui envoyé, ses bagues sauves. Bonnes places fait mauvais bailler à telles gardes.
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Comment le eetjjneur î>':lubiflnj! fut amené à lîûpleô, et miô an €l)ûteau-neuf.
Durant le siège du Castel-Neuf, le capitaine Andrade, Espagnol, s'en vint delà Calabre avec ses gens et le sire d'Aubigny prisonnier vers Naples, et en venant, passèrent devant
Sainte-Séverine, ville duseigneur Jean-Baptiste de Marsanne, bon François, lequel étoit là dedans bien accompagné; si mirent les Espagnols le siège devant, où furent aucuns jours, mais rien ne gagnèrent, car la ville ètoit moult forte et bien gardée , et avec ce , sailloient souventMarsanniens sur les Espagnols; etun jour, comme iceux Espagnols cuidèrent approcher la ville , celui seigneur de Marsanne fit sortir par derrière grand nombre de ses gens, et mettre en embuscade pour surprendre lesdits Espagnols, dont les aucuns d'eux avisèrent celle
amorce, etle plus tôt qu'ilspurentse retirèrent; toutefois, Tembûche sortit sur eux, où plusieurs en tuèrent , et tous les eussent défaits , si leurdite embûche n'eût été découverte; car toute la ville étoit en armes pour les enclore entre leur embûche et les autres. Somme, ils levèrent leur siège et prirent le chemin vers Naples, où à leur venue furent bien accueillis
KifiiiiJIIH
1>E JKAN d'aUTOIV.
de Gonsales Ferrand , lequelfit mettre le seigneur d'Aubigny dedans la grosse tour du Chàteau-Neuf, et là bien garder.
©e la pxm in raetel ie r®€uf, à ïlaples, faite
par les Côpaignolg.
Au castel de l'OEuf de Naples étoit lors capitaine un François nommé Raymonet Pons, et avec lui étoient des Françoiset desTurcs, que Pregent de Bidoulx et le seigneur de TArrote y avoient mis; lequel étoit sur le bord de la mer et fort à merveilles. Toutefois, le capitaine Gonsales Ferrand le fit assaillir par mer et par terre, et miner à tous côtés; mais pourtant ne se voulurent rendre les soudards, et moult bien défendirent la place; tellement que plusieurs des Espagnols y demeurèrent, à coups d'artillerie , de trait et de grosses pierres , qu'ils tiroient à toutes mains. Tant minèrent iceux Espagnols, que tout un grand pan de mur ébranlèrent, où le capitaine Raymonet se mit pourdéfendrece côté, et là, avec grand nombre des siens, se tint à la défense. Les Espagnols, qui, leurs mines avoient faites, et étançonné ce côté de muraille, mirent le feu dessous, dont les élançons furent tantôt brûlés, et la muraille s'en va par terre. Là chut le capitaine
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Jlaymonet Pons, et ceux qui avec lui étoieut, lesquels furent au choir tous brisés et acravantés : dont les Espagnols à toute force assaillirent cette brèche; mais les autres soudards firent ra{je de défendre, tellement que Espagnol ne mon toit, qui ne fût rué bas; de plus, renforcèrent leur assaut, dont les soudards de la place , pour les vouloir échauder, prirent une caque pleine de poudre à canon, et la voulurent jeter sur eux ; mais tant mal leur en advint, que à mettre le feu, se brûlèrent bien trente d'iceux, et eux ainsi affaiblis se rendirent par composition de bagues et de vies sauves : ce que ne leur tinrent les Espagnols, mais en firent mourir les uns, les autres mirent en galères; ce qui fut à eux mal usé de raison , et faussement tenu leur promesse, mais l'impunité de tels forfaits leur fait tous défauts loisibles. Je m'en rapporte à ceux qui entre leurs mains sont chus, dont plusieurs se plaignent amèrement.
Or, advint lors qu'aucuns d'iceux François, voyant le rude traitement qu'on leur faisoit, trouvèrent moyen , par douces paroles et feinte dissimulation, d'aller et venir entre leurs gardes, et tant, que à la fois trouvèrent icelles endormies , en l'heure que de leurs épées même les tuèrent; et en cette manière échappa Bernard de Saint-Soudain , lequel s'en alla à Venouse , au capitaine Louis d'Ars; messire Jean Chap-
DE JEAN d'aUTON. 3/,
peron «quelques autres qui étoient aux frades. Ainsi se sauvèrent et s'en allèrent au Garilan, où étoient lors les François, qui tenoient le passage, et avoient été là vis-à-vis de leurs ennemis plus de quatre semaines, et tant que vivres leur furent courts; dont s'en allèrent à ^ayette, en garnison, où furent assiégés des Espagnols, qui les vivres leur empêchèrent par terre; mais par mer en avoient malgré leur vouloir; car trois capitaines françois y etoientà tout grand navigage, qui tout à plein leur en fournissoient ; et étoient lesdits capitaines nommés, l'un Piègent de Bidoulx, moult craint sur mer, voire jusques en Turquie; l'autre étoit Pierre de Velours, seigneur de LaChapelle-Barronin, et l'autre le seigneur de Lalonde , lesquels en faisoient bonne diligence, large provision, et continuel prochas.
VI II
€mmmt It copitaiiw- Couis H'^rç, nonobstant U inall)eur ics ^tançm, assmblo quflqiw nombvt it 0ouî>orîrs, floflna plusifurg tiillea <>n Co IJonillf, rt souofntffois iéCit gronîi nmbtt ytspainols.
Le capitaine Louis d'Ars, qui ne s'étoit retiré au Garillan comme les autres François ,
mais s'en étoit retourné à Venouse avec un peu de nombre de {jens échappés de Cérifjnoies, c'est à savoir : Joachim de Villars , Marc Le Groing , Jean de Montieux , seigneur de Tary ; Gilbert de Chaux, Antoine du Lo , Jean Cou- Ion , et Bernard de Saint-Soudain, qui étoit sorti de prison, comme j'ai dit, et quelques autres , lesquels se mirent dedans Venouse, et là, peu à peu se fortifièrent bien à point; tellement, que ledit capitaine Louis d'Ars vit bien que ses ennemis ne prendroient la ville, sanshutin; avec ce, pour la garder, recueillit plusieurs malades et blessés qu'il fit là panser et guérir, et grand nombre de prisonniers et pauvres épars que à ses dépens remit sus et adouba, et tant , que de six cents hommes de pied François, gascons, allemands, écossois et autres de tous pays, et deux cents chevaulégers albanois et autres , se trouva accompagné , lesquels soudoya à ses coûts , où il mit le tout de ce qu'il avoit de lui, et que d'autres put emprunter; ce qui fut servir son maître à l'extrême besoin et au grand affaire.
Le capitaine Gonsales , qui lors étoit à Naples, sut le renfort que le capitaine Louis d'Ars avoit à Venouse , dont y envoya un capitaine espagnol nommé don Diego d'Arillano, avec cinq cents hommes de pied galliègues et deux cents genétaircs, lesquels s'en allèrent, entour le commencement du mois de juin , a l'Étoile
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en Fouille, à six ou sept milles près de Venouse; et sachant celui Louis d'Ars leur venue , leur voulut aller donner un alarme, et, avec cent de ses hommes à cheval et deux cents piétons, se mit aux champs et s'en va courir devant ses ennemis , où , devant , envoya un des siens , nommé Jean de Montieux , seigneur de Tary, bien adroit homme d'armes , avec trente chevau-légers, pour aller courir le bétail de l'Étoile , et attirer les Galliègues qui là étoient. Si s'en alla celui de Montieux , tout le grand trot , devers la ville , et le capitaine Louis d'Ars le suivit tout à loisir, et assez près de ladite ville fit son embûche. Tantôt que les premiers coureurs françois approchèrent, tous les Galliègues qui là étoient, et cent genétaires, sortirent sur les coureurs et leur commencèrent à donner la chasse ; et sachant le capitaine Louis d'Ars, par son guet , que ses coureurs étoient pressés , leur transmit une autre escoadre de gens à cheval , pour les renforcer, lesquels se joignirent tous ensemble et escarmouchèrent à l'outrance. Toujours marchoient en pays vers l'embûche des François les Galliègues, avec leurs hauts bonnets, targettes et partisanes, et tantôt qu'ils furent outre l'embûche, les coureurs premiers se vinrent mêler avec eux , et l'embûche sort en donnant dessus si roidement, que genétaires allèrent par terre et Galliègues furent rompus; tellement, que à
deux OU trois charges que leur firent les François, plus de cent cinquante furent étendus sur la dure, et plus de quarante genétaires morts et pris. Or advint une merveille bonne pour le demeurant des autres Espagnols; car, alors qu'on les assommoit comme pourceaux, ainsi que m'a raconté un François nommé Jean Coulon, qui là étoit, une nuée se leva là, tant ténébreuse et obscure, qu'on ne se voyoit l'un l'autre; parquoi plusieurs se sauvèrent, et, n'eût été cette empêche, un seul ne s'en fût allé. Toutefois, y demeurèrent de deux à trois cents, que morts que pris. Les autres s'en retournèrent à l'Étoile, bien effrayés de leur danger et fort marris de leurs pertes. Le capitaine Louis d'Ars, avec ses prisonniers et la dépouille , sans perdre un seul homme , s'en retourna à Venouse.
Dedans les villes de la Cherance , d'Oppide , du Cazal, et deGrez en Fouille, avoit force Espagnols en garnison, lesquels couroient souvent le bétail du pays et faisoient mille maux ; mais, pour en faire bref récit, le capitaine Louis d'Ars , après la défaite des Espagnols de l'Etoile , se mit souvent aux champs , où , à l'une fois , détroussoit ceux de la Cherance, à l'autre , ceux d'Oppide , et à l'autre , ceux du Cazal et de Grez; ne jamais ne dormoit que à toute heure ne fût sur les ennemis, lesquels ne le sa voient surprendre, ne bien souvent
ilîjllfeiill
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OÙ prendre ; car s'il fut au soir en un lieu , comme pour y devoir nuit passer, à dix milles de là étoit au point du jour en la barbe de ses ennemis ; lequel tant de fois leur joua finesse et surprit, que presque tout le pays en nettoya. Or avoit-il avec lui gens qui ne demandoient qu'à gagner, et tous mordants, auxquels départoit également les butins et donnoit toutes les prises , ce qui fait à droit aimer le chef de la guerre, et les soudards d'icelle besogner à point. A ce moyen , étoit suivi de chacun et loué de tous, dont, en peu de temps, eut beaucoup plus de gen« à son service , que sa bourse ne pouvoit payer. Toutefois, tant leur élargissoit son pouvoir, que chacun étoit de lui content. Les Espagnols de l'Étoile furent de très-grand nombre d'autres renforcés, parquoi furent plusieurs fois courir devant et autour de Venouse ; mais , comme j'ai su à la vérité , onc n'y furent fois qu'ils ne fussent lourdement rechassés , tués et pris : qui étoit grand cœur à celui capitaine Louis d'Ars et à ses gens bien aller en besogne, car à toutes rencontres avoient le meilleur. En cette manière de guerre, demeura là celui capitaine françois plus de quatre mois , et jusques à ce que vivres lui fissent désemparer, comme je dirai.
CHROISIQUES
Comment, en ce temps, le roi fit îreuje gvoôsee armées, Tune pour enooger à tlaples, et l'autre en Kouôdillon, eontre les ËspapoU.
Le roi , qui lors étoit à Lyon sur le Rhône, fut averti par ses postes comment son armée , qui étoit au royaume de Naples, étoit défaite, dont fit très-mauvaise chère, et non sans cause. Toutefois , comme prince très-constant contre les divers assauts de fortune adverse , prit reçu de vertus , sous lequel tint pied ferme , tant, que pour la menace de malheur, ne pour le dommage de ses pertes , . n'eut le cœur amolli , ne abaissé le vouloir, mais , plus que devant , mit son pouvoir aux champs et remit sus deux grosses armées , Tune pour envoyer à Naples, l'autre en la comté de Roussillon, contre les Espagnols; et de celle de Naples, fit chef et son lieutenant messire Louis de La Trimoille, seigneur dudit lieu , et vicomte de Thouars , en laquelle armée avoit douze cents hommes d'armes, que François, que Lombards et Italiens; dix mille hommes de pied normands et suisses , et grand nombre de bonne artillerie; laquelle armée se mit en voie entour la fin du mois de juin , par le Dauphiné et Savoie , et par le pay^^ de Piémont et de
DE JEAN d'aUTOIV. 547
Lombardie , tirant vers Rome. De l'armée ordonnée pour aller en Roussillon, fut chef général messire Jean de Rieux, maréchal de Bretagne, sous qui étoient cinq cents hommes d'armes françois , jes deux cents gentilshommes de la maison du roi , en la conduite de François d'Orléans, comte de Dunois; les cent Suisses du roi, et trois mille autres Suisses venant de leur pays , sous la main de messire Guillaume de La Marche, et six mille Gascons ; laquelle armée s'en alla pareillement par le pays de Languedoc et vers Narbonne , jusques à Saulces, une place moult forte à l'entrée de Roussillon, où là mirent le siège, ainsi que vous orrez ci-après au cours du temps.
Comment leg Stancm furent asôiéigés à (feagette, fteg (Êsipaignob , qui perïirent beaucoup îregene et lêt)èrent leur atéfle à leur perte.
Les François qui se retirèrent du Garillan à Gayette étoient au nombre de trois cents hommes d'armes françois et deux mille hommes de pied , tant de ceux qui s'étoient sauvés à Cérignoles que de ceux qui de Rome étoient là venus, avec le sire d'A vannes et dix pièces d'artillerie, dont il y avoit cinq gros canons, une grande coulevrine et qua-
548 CHROiMQUES
tie moyennes , sous la charge d'un François, nommé Perrot d'Oignois, du pays de Gascogne ; prou bons capitaines et chefs de guerre étoient là, François et italiens, comme Gabriel d'Albret , sire d'Avannes ; François, marquis de Saluées , que le roi avoit envoyé là par mer; messire Yves d'Alègre, François d'Urfé, Aymarde Villars, Françoisde Dai lion, Pierre de Bayard, Jacques d'Alègre, seigneur de Millau, et plusieurs autres bons François ; des Italiens, y étoient Honorato Gayetano, duc de Trajettej Troyen Caraiche , prince de Melphe ; Robert de Saint-Severin , prince de Bisignagne; le duc de Sore, le comte de Mellite, le marquis de Licite , et d'autres dont je n'ai su les noms; lesquels tenoient tous pour le roi. Le capitaine Gonsales Ferrande, avec toute son armée et artillerie , mit là son siège. Or, est la ville de Gayette , d'un côté contre le bord de la mer, et d'autre en la plaine terre , et de ce côté est un mont bien haut, nommé le Mont- Roland, pour défendre cette avenue; lequel mont avoient les François par le bas fortifié de terre, de remparts , de gros bois et de fagots, tant, que plus fort étoit que grosse muraille. A cette fortification, nul fut exempt de porter la hotte , car besoin étoit d'y mettre sommaire peine et extrême diligence.
Du côté de la mer étoient Pregent de Bidoulx, îe seigneur de Lalonde et Pierre de Velours,
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capitaines de carraques et galères de France, qui défendoient le passage aux Espagnols et secouroient les François par ce quartier. Toutefois , afin que iceux François, là assiégés, n'eussent plus de fiance à la retraite du navigage de la mer que à la sûreté de la défense de la place, et que, à ce moyen, espérance d'eux sauver leur fît oublier le vouloir de eux défendre, les frustrèrent de cet inconvénient; car tous leurs navires éloignèrent en mer du port defiayette plus de deux milles loin, réservé Pregent, lequel, avec six carraques et cinq galères , dont la Charente , la Cordelière et le Lion en étoient , se mit en un lieu assez près du port, dont pouvoit battre une partie du siège des ennemis ; et là chargea plus de trente pièces d'artillerie, et les emboucha contre les Espagnols. Les François avoient leur artillerie atitrée sur le Mont -Roland, dont pou voient battre tout au travers et le long du siège. Au dehors des murailles de Gayette, un François, nommé Geoffroy Cuyrat, dit Le Familh, fit faire un boulevard à la venue des Espagnols, et celui boulevard avec cinq cents hommes glrdoit contre le pouvoir des Espagnols , et moult leur donnoit d'ennui, et souvent leur faisoit alarmes. Les Espagnols étoient au bas du Mont-Roland, dedans taudis, fossés et tranchées où demeurèrent trois jours, premier que de tirer. Toutefois les François, par mer,
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par terre, leur donnoieiit coups à tort et à travers, tant, que le nez n'osoient montrer, à peine du choc. Au bout de trois jours, commencèrent à battre le fort des François de leur menue artillerie; après , mirent la grosse à l'exploit; tellement que, neuf jours sans cesser, depuis le matin jusques au soir, battirent murailles et remparts, tant, que trois cent soixante-douze pas d'ouverture firent à la muraille. Les canonniers françois, qui sur le Mont-Roland et en mer étoient, déchargèrent coups tant horribles, que tout devant eux étoit foudroyé, et ne jetoient pierre, que plusieurs des Espagnols qui leur étoient en vue à choisir ne fussent affolés ; et tant, que , par le rapport d'aucuns d'eux-mêmes, plus de douze cents hommes d'eux y furent tués , et plus de cinq cents blessés et affolés. Les François qui là étoient n'avoient repos; car le jour étoient aux défenses garder, et la nuit à faire le rempart : les gendarmes tenoient leur ordre, €t les canonniers faisoient l'exploit, tel que c'étoit merveille, et, entre les chefs-d'œuvre des coups d'artillerie , ainsi que depuis par les mêmes canonniers j'ai su moi-même , étant lors à Blois logé en leur quartier, un canonnier espagnol , voyant d'en bas une pièce des François à mont, la bouche ouverte, adressa là tant justement, que d'aventure, comme le canonnier françois mettoit le feu pour tirer
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DE JEAIS D AUTON.
ainsi, la pierre de l'Espagnol entra droit dedans la bouche de la pièce du François , lequel, en mettant le feu, repoussa les deux pierres tant rudement que, à double perte, endommagea les Espagnols. Le roi étoit lors bien averti du siège de Gayette, et que défaut de vivres y avoit; parquoi manda à un de ses capitaines de mer, nommé messire Antoine de Conflans, qui lors étoit à Savone, terre de Gênes, qu'il allât tout à diligence mener vivres à Gayette ; lequel Conflans , ouï le mandement du roi , fit avitailler à Savone et à Gênes ce qu'il put de navires, et tant, qu'il en mit neuf voiles à vent, et se mit à voguer tirant vers un port nommé le Port-Hercule , où là trouva dedans une nef le seigneur Jean Jourdan , prisonnier et détenu par le seigneur de Tran , ambassadeur vers le pape pour le roi ; et avoit ledit seigneur de Tran , à la requête d J pape, fait là mettre celui Jean Jourdan, lequel avoit toujours été bon François, et n'attendoit d'heure en autre , fors que le pape l'envoyât quérir pour lui faire trancher la tête, comme il avoit fait faire à plusieurs autres des Ursins par le duc de Valentinois, qui cruelle exécution en faisoit; et, pour obvier à ce danger, celui capitaine Conflans , voyant ledit seigneur Jean Jourdan , bon et loyal François, sans juste cause être détenu prisonnier et en péril mortel, entra dedans la navire où
il étoit, malgré les gardes, et, comme le plus fort, le prit et l'en emmena avec lui droit à Gayette. Les Espagnols , qui lors étoient sur mer, surent que nos vivres alloient à Gayette , et , pour vouloir iceux empêcher, un capitaine espagnol, nommé Villemarin, prit quinze que galères , que navires armés et artillés à force , et entre le Port-Hercule et Gaéte se trouva au-devant dudit capitaine Conflans ; lequel vit bien qu'il auroit mêlée avec ses ennemis , dont pria ses gens de bien faire, en disant de parole assurée : c( Aux armes, compagnons ! aux armes ! Voyez les Espagnols qui nous approchent pour piller nos biens et nous exiler : si avantageux sont en nombre, efforçons-nous en vertu. Nécessité nous défend ne douter rien leur pouvoir, et commande aux plus contraints assurer leur vouloir et exploiter leur possible; l'espérance de nous sauver par fuite nous est par contraire vent frustrée. Quoi plus? Au combat sommes venus , lequel nous faut à bras étendus commencer et à pied ferme soutenir, et en ce faisant, tout sûrement penser que, si vainqueurs sommes, honneur, profit et plaisir aurons pour notre due récompense ; si par lâcheté sommes défaits, nos biens seront abutinés, nos corps faits appât de poissons, et nos faits pleins de déshonneur. » Et ce dit, celui bon capitaine mit ses gens chacun en ordre le long de la galère où il étoit, et l'ar-
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tillerie fit atitrer droit à la venue des ennemis, dedans la hune fit monter gens et porter du sourre grand'force cailloux pour ruer bas, et amsi attendit pied coi ses ennemis, qui 'de première avenue environnèrent la galère dudit Conflans, et là, à coups d'artillerie et de trait, se battirent longuement, et tant, que plusieurs d'un côté et d'autre furent blessés et tues. Les Espagnols, qui moult grand nombre etoient de tous côtés, approchèrent ladite galère des François, et tant, qu'ils abordèrent et commencèrent à eux gripper aux cordes et monter pour cuider entrer dedans; mais les François , à coups de hallebardes et d'épée les servirent si à point, que, bras, et mains', et têtes, et jambes, leur firent voler en mer, et tellement, que plusieurs allèrent à vau l'eau. Voyant les Espagnols que à celui assaut avoient eu du pis , dirent que encore en donneroient un autre ; ce qu'ils firent , et plus aigre que celui de devant : car, à cette fois, de tous côtés et des plus gens de bien qui là fussent du parti des Espagnols , se prirent aux cordes comme devant, et étoient plus de soixante hommes forts et adroits. Le capitaine Conflans, qui beaucoup de ses gens avoit perdu, pour ce, n'amollit son courage, mais plus qu'onc enhorta ses gens de besogner à profit , car temps en étoit, et tellement, que chacun fit merveilles.
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Les Espafjnols attachés ainsi aux cordes commencèrent à crier : Victori ! victori ! Mais ce fut tout : car les François, durs comme lions , à coups désespérés de fjlaives , de cailloux et de barres de fer, les acravantèrent et repoussèrent en mer, et tel abattis en firent que de ceux qui s'étoient grippés aux cordes , que de ceux des navires, plus de deux cents y demeurèrent morts , et des François y moururent soixante hommes. Ce fait , le capitaine Conflans, malgré tous ses ennemis, passa outre, où jà étoient ses autres galères et navires , qui , durant ledit combat , pensant que celui Conflans leur capitaine fût pris, étoient passés , et ainsi s'en allèrent à Gayette porter leurs vivres, ce que j'ai su par le rapport de celui capitaine Conflans. Or étoit lors le siège devant Gayette,. comme j'ai dit, et venu à tant que à la parfin, au premier jour d'août, firent les Espagnols semblant de vouloir donner un assaut, et sur le point du jour, approchèrent la brèche à grand nombre. Sur ce point, ne doit être oublié messire Gabriel d'Albret, sire d'Avannes, lequel étoit lors à Gayette tant grièvement malade que plus d'un mois avoit gardé le lit ; et lui , sachant par aucun des siens que les Espagnols vouloient donner l'assaut , dit (|ue sans lui ne se donneroit : « Car j'aime mieux mourir, dit-il, l'épée au poing, à la défense de la muraille, pour le
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service du roi, que languir en mon lit. Je couvre -chef en la tête, pour naturelle mort attendre ! » C etoit bien un cœur armé de riches vertus et ennobli de nobles mœurs. Or se fitil porter dedans son lit de camp jusques contre la brèche de la muraille , et là se fit lever et armer, disant : « Si je ne fais à mes ennemis encombre, au moins de nombre servirai -je mes amis; » et là se tint, comme les autres , auxquels donna courage de bien faire et vouloir de mieux tenir. Ainsi approchèrent les Espagnols à grand nombre pour l'assaut renforcer, et en bon vouloir, pour la muraille assaillir; lesquels à l'approcher eurent tant de coups d'artillerie et de trait par terre et par mer, que plus de deux cents y furent atterrés, et les autres tant mal menés que à leur honteux dommage se retirèrent , et levèrent leur siège, et s'en allèrent tenir garnison dedans une petite ville nommée Mole, à quatre milles près de Gayette , et là empêchèrent les vivres par terre à ceux de Gayette, tant, que grand défaut en eurent; toutefois par mer en avoient quelquefois et non pas souvent; car, comme j'ai su, si l'empêchement des ennemis leur nuisoit par terre, le détourber des vents leur contrarioit en mer : ainsi avoient lors les François fortune contraire, et leurs ennemis heureuse prospérité. Que que soit, après que le siège des Espagnols fut levé , le roi, qui
tôt après le sut, voulant toujours ses gens renforcer, transmit là un nommé Casenove par mer avec trois mille Gascons. En ce même temps mourut frère Pierre d'Aubusson, grand - maître de Rhodes, dont les chevaliers de Tordre de Hiérusalem élevèrent frère Mery d'Amboise, grand-prieur de France. Le roi lors partit de Lyon pour s'en aller à Mâcon , et Tarchiduc, qui de fièvres étoit malade, s'en alla en Allemagne devers le roi des Romains, son père : dont les otages qui pour lui avoient été menés à Valenciennes s'en retournèrent en France.
!De la mort î>u pape 2llejeanîrre mime , rt ctmment maître ((&eorgf6Ï'2lmb0iô^, léflat en Ixanee^ B'en alla à Kame .
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Le roi , étant lors à Mâcon , sut par les postes qui alloient et venoient à Rome que le pape Alexandre sixième étoit grièvement malade ; dont le duc de Valentinois , qui là étoit , et plusieurs cardinaux transmirent devers lui pour l'avertir que , si maître Georges d'AmboiseétoitàRome,etqu'iladvîntqu'Alexandre mourût, que la plupart du conclave l'éliroit ; dont fut le roi délibéré lui envoyer , et lui , d'y aller content ; dont advint que le dix-huitième jour du mois d'août, en l'an susdit i5o3 , le
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pape Alexandre sixième mourut à Rome : de la mort duquel parlèrent diversement et au désavantage de sa Sainteté , et en firent non pas élégies de douleur, mais épitaphes opprobrieuses. Je m'en tais pour l'honneur de l'Église, dont il étoit chef, et moi suppôt. Toutefois, comme j'ai su, il mourut bien confès, trèsfidèle et bon catholique ; et après sa mort il demeura le visage et le corps tout ennoircis et très-fétides , et fut dit que les Ursins, au moyen de ce que le duc de Valentinois les avoit moult persécutés, le voulurent aller prendre et jeter dans le Tibre. Toutefois ce ne fut rien ; mais de sa mort fut le roi averti quatre jours après; parquoi dit audit cardinal d'Amboise qu'il étoit requis qu'il y allât , pour le bien du royaume de France et le profit de la chrétienté. Le cardinal Ascaigne , frère du duc Ludovic, étoit lors en France , lequel dit au roi que en cet affaire pouvoit moult ; car il étoit vice-chancelier du pape, et avoit bonne amitié à plusieurs des principaux cardinaux de Rome ; parquoi , s'il lui plaisoit là le transmettre, il promit d'être bon François: ce que le roi lui accorda , et le pria bien fort d'ainsi le faire. Ainsi fut appointé que ledit cardinal d'Amboise feroit ce voyage, auquel bailla le roi or et argent à largesse , et gentilshommes à grand nombre , et voulut que messire Jacques de Crussol avec cent archers de
sa garde le conduisissent jusques à Rome , et en outre manda au sire de la Trimoille, qui jà marchoit avec son armée en pays pour approcher Naples , que tout autour de Rome fît tenir ses gens d'armes, jusques il lui mandat qu'il allât outre : ce qu'il fit, dont moult lui ennuya ; car il se doutoit bien que l'élection du pape retarderoit l'entreprise du voyage ; toutefois advint que celui cardinal d'Amboise se mit en voyage, et |)artit de Màcon le vingttroisième jour du mois d'août, en l'an susdit; avec lui furent les cardinaux Ascaigne et d'Aragon, et grand'compagnie d'autres prélats, gentilshommes et archers de la garde , comme j'ai dit; aussi lui fit compagnie un des maréchaux-des-logis du roi, celui maréchal nommé d'ArizoUes , et deux fourriers. En cet état , s'en alla ledit cardinal , lequel passa par Lyon , par le Dauphiné , et en Savoie , en Piémont jusques à Turin, et là se mit sur la rivière du Pô, par où s'en alla jusques à un mille près de Parme, et droit à Bologne-la- Grasse, où fut honorablement reçu et bien à point traité du gouverneur de la ville , nommé messire Jean BentivoUe , et des autres seigneurs de ladite ville. De là s'en alla passer à Florence, à Sienne, et droit à Rome, où par les chemins rencontra le seigneur Jean Jourdan à un lieu nommé Roussillon : lequel avoit la près de Rome une belle et forte place
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nommée Brachané, et, depuis ledit lieu de Roussillon , accompagna ledit cardinal jusques à Rome, où arriva un dimanche, au soir, et avoit laissé les archers de la garde à quatre ou cinq milles près de Rome, pour ce que là ne vouloit entrer, sinon avec peu de train, sans armes. Après lui s'étoit mis à chemin le cardinal de Ferrare , soi-disant pour lui et des siens en cet affaire, lequel, en chevauchant , sa mule tomba sous lui tant lourdement qu'il se rompit une jambe , parquoi fut arrêté. Au-devant du cardinal d'Amboise, et pour le recevoir, vinrent les cardinaux de Saint-Severin, d'Albret, de Bologne, et celui de Naples, lequel lui fit amener sa mule bien accoutrée et richement phalerée, son chapeau rouge, sa chape et ses habits de cardinal. Là entra sur le soir, tout tard, dont lui furent au-devant plus de dix mille torches et plus de trente mille personnes, qui toutes crièrent : Rouen ! Rouen ! Rouen ! Rouen ! à haute voix, et ainsi le menèrent jusques à la vice -chancellerie, où le cardinal Ascaigne le logea et treize jours entiers le défraya. Je cesserai un peu ce propos pour y rentrer à l'heure due, et dirai que lors étoit l'armée de France tout autour de Rome, à sept ou huit milles près , où fut très-malade messire Louis de la Trimoille , chef de l'armée , et tant, que chacun le jugeoit mort : car la fièvre l'avoit pris
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au chemin à Parme, où toujours lui avoit son accès continu , tant que les médecins n y savoient remède ; dont les gens d'armes François, qui moult Taimoient, furent comme désolés, disant : « Si nous le perdons, nous demeurons sans chef heureux, sans sûre garde et sans bonne conduite. C est celui qui à droit avise les choses et à profit les exécute; c'est celui qui à l'exploit met ses gens en ordonnée police, et au besoin de l'affaire promptement les rallie; c'est celui qui les siens réconforte de paroles et de dons les enrichit ; quoi plus? c'est celui qui rémunère les bienfaits et punit les défauts. » Ainsi se doulousaient les pauvres gens d'armes, de leur chef malade, douteux, sans lui, se tenoient comme privés de bonheur et frustrés de toute prospérité. Ainsi demeura celui tant estimé capitaine avec ses gens, atteint de maladie, dont j'en dirai plus à plein , le temps venu , et à ce rang trancherai deux mots de ce que lors se faisoit par les François en la comté de Roussillon.
Comment U6 Jrancm mirent le siéne icvani Baulces , m Eoussillon , on le roi îr'iPôpaflne en personne, avec flranô'puigsanee, se tvonoa pour leoer leMt ôiége.
J'ai laissé dessus à parler de l'élection du pape et de l'armée de France , qui près de Rome étoit lors, pour dire quelque chose d'un siège que les François mirent en ce temps devant la place de Saulcesen Roussillon : lesquels sortirent de Narbonne à grand triomphe, car les pensionnaires et les gentilshommes de la maison du roi, et plusieurs autres grands seigneurs de France , étoient là ; tant de drap d'or déchiqueté , tant de chevaux bardés, tant d'hommes d'armes et autres bien montés et armés à point, y avoit, avec grand nombre de gens de pied et bonne artillerie , que c'étoit merveille à regarder, dont l'ordre étoit tel , que, sous la charge de messire Jean de Rieux , maréchal de Bretagne, étoit l'armée.
Françoisd'Orléans, seigneur deDunois, avoit
laconduite des pensionnaires et gentilshommes de la maison du roi, où pouvoit avoir trois cents hommes d'armes. Messire Pierre d'Urfé, grand-écuyer de France , étoit là maître de lartillerie; messire Guillaume de la Marck,
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capitaine des Allemands ; messire François de Rochechouart , capitaine du champ; François d'Azay, maréchal-des-logis de lost; messire Jacques de Cloue, commissaire de lartillerie; messire Jacques Guybé, capitaine des cinquante gentilshommes de la reine.
Les capitaines qui menoient les gens d'armes ëtoient premièrement messire Jean de Leme, marquis de Mirepoix et sénéchal de Carcassonne, lequel avoit cinquante hommes d'armes , mille laquais et l'arrière-ban de sa sénéchaussée, où éloient bien deux cents chevaux. Le comte d'Estrac, cinquante hommes d'armes; le capitaine Audet d'Aydie, cinquante hommes d'armes ; le sieur de Bonneval , cinquante hommes d'armes; Robert Potin, les cent hommes d'armes du duc de Bourbon ; le seigneur Duretal , les cent hommes de messire Pierre de Rohan, maréchal de Gvé ; le seigneur de Froisy, les soixante hommes du maréchal de Rieux ; le capitaine Sarron , les cinquante hommes d'armes du marquis de Rothehn; René Pot, sénéchal de Beaucaire, l'arrière-ban de sa sénéchaussée , où pouvoient être trois cent cinquante chevaux ; le cadet de Duras , mille Gascons; le seigneur deCardillac, cinq cents; le seigneur de l'Estrac, cinq cents; le seigneur d'Epanay, cinq cents ; un nommé Cobyac , cinq cents; Jannot du Pin, sieur de Montbrun , cinq cents; le sieur de Sain i-Fergol, cinq cents;
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et autres dont je n'ai su les noms; lesquels capitaines susdits avoient sous eux le nombre de six cents hommes d'armes ou environ , sept mille cinq cents Gascons, trois mille Allemands , et deux mille cinq cents chevau-légers , lesquels s'en allèrent tout droit à Saulces pour mettre le siège. Et est à savoir que Saulces est une place forte à merveilles et de malaisée avenue, laquelle est à l'entrée de la comté de Roussillon, du côté de deçà; et de l'autre , elle a Perpignan à deux lieues près , où étoient lors grand nombre d'Espagnols; autour de là sont montagnes mal accessibles et hautes , et la mer bien près. Là dedans avoit un capitaine espagnol nommé don François Chancho , et , soussacharge, douze cents soudards espagnols' force bonne artillerie , et grand'provision de vivres, et, en somme, tout ce qui là faisoit métier pour la défense de la place : aussi l'avoit-il . prise à garder sur sa vie contre la toute-puissance des François pour un an ; toutefois, elle fut assiégée le douzième jour du mois de septembre, et ce jour, commencèrent les François à faire leurs tranchées , où , trois jours ensuivant, nuit et jour besognèrent pionniers , et avoient la charge desdites tranchées Jannot du Pin, Chariot Jucqueau, messire Jacques de Cloue , et un nommé Tournemine, capitaine de mille pionniers, lesquels y firent telle diligence, que , en trois jours, à
dexti e et à senestre côtés du château , furent les tranchées faites et leur artillerie assise.
Pour secourir et avitailler par mer le siège de Saulces , le roi manda au bâtard René de Savoie, comte de Villars , qui lors étoit en mer vers Marseille, que, à toute diligence, avec gros navigage , tirât celle part : lequel fit avitailler et armer caraques, galères, fustes et galions , à grandYorce , et icelles prit sur la mer de Gènes et en Provence , en nombre une caraque nommée la Justiniane , et le patron nommé Justinian, quatre galères dont les patrons étoient Guyon Mordret, de Tours, Guillaume Boquin , Jenon Texier et Albertinelli; six galions, sous les patrons Galliot Gaudulpho , Francisco Melia , Panthelin des Comptes , LePellegrin, Gaudulpho de La Prea, et Jean du Port-Moris; une fuste de Marseille , le patron Cathellan Gothios ; trois brigantins, leurs patrons messire Lorenzo de Genoa, Michel Bonasola, Chappon de Léonce; deux noies de gabe , les patrons étoient Luca de Villafranca et Denys Scalliers , de Villefranche, près Nice; une caravelle portugalaise, le patron Jacobe Esticq , et une autre caravelle sous le patron maître Mathieu Barbier, de Villefranche, avec dix autres noies fustiers; et tout cedit navigage prêt, ledit bâtard de Savoie partit de Marseille et fit cingler à vent contraire vers la tour de Bouc et au plage d'Ai-
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gues-Mortes, où fut cinq jours pour attendre le bon vent, et voyant que contraire lui étoit, et qu'il étoit métier de tirer avant, fit là demeurer la Justiniane, qui contre vent ne pouvoit aller, et avec le surplus de son effort, se mit en mer, cuidant passer outre malp^ré le pouvoir du vent ; mais deux lieues n'eut fait de mer que, par l'ennui de ventueuse tempête, il ne fût contraint de retourner vers ledit plage d'Aigues-Mortes et là attendre le tranquille temps, qui deux jours après fut doux et propice , parquoi se mit derechef au voyage; et sans détour, et tant sainement s'en alla avec tout son navigage , jusques à un lieu nomme l'Affranguy, près une petite ville nommée Locate , où étoit la descente des navires qui menoient les victuailles au siège, dont n'avoit que deux lieues de pays de là jusques à l'ost. Là se tint celui bâtard de Savoie, avec son effort de mer, pour avitailler l'ost et défendre le passage; et si avoit fait mettre toutes les galères, fustes et galions où étoit son artillerie, si près du bord de la mer, à la venue d'un chemin étroit nommé Le Gro , par où pouvoient passer les Espagnols pour empêcher les vivres des François ou leur faire embûches, que nul , sans sa merci , pouvoit aller outre : ce qui moult assuroit les gens de l'ost et les vivandiers du pays. Après donc que les tranchées furent faites et l'artillerie assise , le ton-
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nerre commença de lous côtes à tonner ; du château tirèrent tant de coups mortels, que, au travers du camp et contre les tranchées, tuèrent fjens et chevaux à {jrand nombre , et entre autres un gentilhomme de ceux de la reine, nommé Louis de Malestroit, un canonnier nommé Robert Salmon, qu'ils atteignirent au-derrière d'un taudis, et plus de vingt des pionniers. Les autres canonniers françois tirèrentcoupscontrelesdéfensesdu château, tant à droit , que tout étoit mis à ras; au bas de la muraille, ne pouvoient guère nuire : car elle avoit d'épaisseur bien trente pieds ou plus, comme disoient ceux qui depuis y furent. Ainsi se continuoit la diablerie des coups enragés; on ne voyoit que morts et affolés le long des tranchées et sur le camp des François, et trébucher murailles et gens, à la défense du château ; et, pour mieux en vue rencontrer les gardes de la place , firent les François une tranchée jusques encontre un rocher où souloit être le vieil château, et là dessus ce roc, assirent deux gros canons , deux grand's coulevrines et d'autres menues pièces, dont ils battirent ceux du château à vue d'œil, où nul osoit montrer la tête à la peine du gage. Tant tirent, que de ce rocher abattirent un taudis contre les murailles du château , où ceux du dedans se garantissoient , et, par trait de temps, continuèrent les tranchées, tant, que
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jusques encontre et dedans les fossés, assirent leur artillerie , et tant battirent les défenses , que par là ne tiroient plus coups ceux du fort, dont furent François maîtres des fossés et talus du château.
Les Espagnols , qui étoient à Perpignan , de jour en jour venoient courir jusques au siège des François, et là bien souvent prenoient bœufs et moutons, et emmenoient les fourrageurs et varlets à la vue des François, et tant, que plus de cinq cents chevaux à diverses fois en emmenèrent; et toutefois nul des François osoit courir sur eux, car le maréchal de Kieux, lieutenant du roi, l'avoit à la peine de la hart défendu; dont plusieurs fois les François qui se sentoient du dommage , et autres pleins de cœur, en murmurèrent, disant qu'ils ne connoissoient point de danger tel , de courir sur leurs ennemis , que le roi en fût de rien intéressé, ne eux dignes d'en être repris, sachant que entre Perpignan et là n'avoit lieu avantageux pour les embûches de leurs adverses; dont aucuns lui remontrèrent et en eurent à lui question, et dirent que le roi n'entendoit point que jusques dedans le camp de ses gens les Espagnols fissent continuelles courses et grandes prises, sans être quelquefois repoussés; mais pour ce, ne s'émut celui chef de l'armée : ainsi toujours usoit de ses défenses. Les François, qui plus ne pou-
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voient souffrir perle , honte et ennui des Espagnols, dirent que quelqu'un d'eux paieroit l'écot. Dont un nommé François de Richemont fit une entreprise sur eux, et sur ce, en parla à plusieurs qui furent tous prêts de besogner : desquels fut le seigneur de Pointièvre , jeune seigneur et moult gentil pour les armes, avec vingt autres hommes d'armes françois et quarante archers montés sur vites chevaux et armés légèrement : ceux se mirent aux champs au point du jour et, au chemin où les Espagnols avoient accoutumé de faire leurs courses, s'embusquèrent, lesquels n'eurent guère là séjour que gens d'Espagne à grosse troupe ne leur fussent en vue , et alloient tôt comme vent, pensant, comme ils avoient de coutume, avoir sur le camp des François moutons à flac pour faire des carbonnades, mais pour cette fois n'en mangèrent point : car, sitôt que entre l'embûche et le camp des François furent-ils , eurent ladite embûche qui leur sortit en queue. Il leur falloit lors retourner dont ils venoient, ou aller vers le camp de leurs ennemis ; parquoi avisèrent que, pour sauver quelqu'un d'eux , se mettroient en aventure de retourner et attendre le choc, qui leur fut tel, que, au rencontrer, allèrent presque tous à terre, dont les uns ne se relevèrent plus et les autres furent pris ; aucuns échappèrent qui , à bride abattue, coururent d'une traitejusquesàPer-
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pigiian , où avertirent leurs compagnons de leur mésavenue , et comment les François avoient pris partie de ceux qui étoient ce jour sortis pour courir, et tué les autres : somme, dix Espagnols genétaires furent ce jour pris et menés au camp des François , et bien autant de morts. En place, de là en avant, les Espagnols ne se trouvèrent que bien peu de fois aux champs ; car tous les jours après ce, couroient les François jusque près de Perpignan. Toujours, sans séjour, battoit notre artillerie et pionniers besognoient à tranchées, et mines; et ce pendant , les Espagnols de Perpignan se mirent tous aux champs et se vinrent présenter devant le camp des François, comme pour vouloir donner ou attendre la bataille. Sur ce, fut entre les capitaines françois conseil tenu et plusieurs choses afférentes au propos alléguées, dont la plupart furent d'avis que la bataille leur devoit être donnée; et mêmement messire François de Rochechouart, capitaine du camp, disant que les Espagnols qui là étoient n etoient à si grand nombre ne si bien artillés que les François, ne tant de gens de bonne estime , et que la plupart d'eux n'étoient que genétaires qui n'attendoient jamais le choc, païquoi pourroientêtre légèrement défaits; et eux vaincus, le château de Saulces ne tiendroit plus guère, ne la comté de Roussillon. Le maréchal de
Uieux ne le voulut permettre, nonobstant que la plupart des capitaines et presque tous en fussent d'avis; parquoi chacun en pensa plusieurs choses et en parla diversement, disant les uns que l'armée ne voulût hasarder, pour ce que le roi ne Tentendoit ; les autres , qu'il aimoit mieux paix que la guerre , et les autres, qu'il avoit intelligence aux ennemis; or prenez lequel qu'il vous plaira des trois. Je passe outre pour dire que tantôt après ce , la fièvre continue le prit, et fut malade tellement, ([ue plus ne pouvoit vaquer aux affaires de la guerre ; dont le roi , qui de ce fut averti , mit en son lieu François d'Orléans , comte de Dunois, qui étoit lors àme des gens d'armes et avoit de quoi tenir maison, et vouloir de largement dépendre. Le roi étoit lors en sa ville de Màcon , où de jour en jour avoit nouvelles du siège de Saulces , messages de Rome et propos de son affaire de Naples; grandes charges avoit lors sur son dos , et maintes pensées en l'entendement , vu les affaires que en tant de lieux avoit; et , comme je fusse lors à Mâcon pour savoir des nouvelles et les recueillir en ma tablette, pour ce que d'autre service que de ma plume ne lui pouvois aider, pour lui donner moyen de divers soûlas et vouloir de remédier à son affaire , lui baillai ce peu d'écrit.
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Roi Irès-chrétien , voulez-vous prospérer Ëa tous vos faits , et vainqueur demeurer Sur les efforts de fortune diverse?
Servir à Dieu et justice honorer, Et bon conseil croire sans différer.
Est le moyen qui ce bien vous disperse ; En ce faisant, n'aurez partie adverse Qui, devant vous, puisse chemin tenir.
Ainsi, pourrez très-heureux devenir.
Bruit acquérir, immortelle mémoire ,' < Titres d'honneur, et sur tous obtenir Nom florissant et louable victoire.
Vos ennemis , feignant confédérer Eux avec vous , ont voulu avérer Leur trahison et volonté perverse ; Dont vous devez à coup délibérer, Leur courir sus, voire sans modérer Votre pouvoir, afin qu'on les renverse , Tant que le faix de la charge se verse Du tout sur eux. Quoi qu'il puisse advenir. Avantageux soyez pour subvenir A tout besoin ; et ce fait, pouvez croire Que vous aurez pour vous entretenir Nom florissant;et louable victoire.
Le bien public vous prie séparer De vos trésors , et chacun se parer Pour y fournir, et que tout s'y exerce, Et , au surplus , vous mande préparer, Pour faire à plein l'injure réparer Qu'a fait la main hostile et controverse : Donnez dedans un choc à la traverse , Tel que jamais n'y faille revenir; Et si ores vous pouvez parvenir A l'au-dessus de ce tout , est notoire Qu'à toujours-mais vous pourrez maintenir Nom florissant et louable victoire.
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Prince, veuillez votre affaire assurer; Car vous devez croire et considérer Qu'à ce filet pend la honte ou la gloire. La main y faut prêter et l'œil virer.
Et puis après sûrement espérer Nom florissant et louable victoire.
Quoi qu'il coûte pour cette œuvre parfaire , Mais qu'à l'honneur de vous se puisse faire , Et au profit de la chose publique , La raison veut que chacun y applique Ce qu'il aura , si ce vient à l'affaire.
Ce n'est pas jeu qui se fasse à refaire , Mais un besoin urgent et nécessaire , Où chacun doit entendre sans réplique Quoi qu'il coûte.
Loyal conseil , sûreté propriétaire Donne aux princes, et vie salutaire Au bien public qui est chose authentique : C'est le droit point et la sûre pratique , Qui vous fera vos ennemis défaire Quoi qu'il coûte.
J'ai ci mis un incident, mais ce n'est que pour diversifier l'œuvre et ébattre les lisants. Pour retourner, me faut dire que lors étoit le château de Saulces environné de François, battu d'artillerie et miné de pionniers ; que fut ce, un pan de mur, du côté du vieux château , fut battu et mis par terre , et trois tours minées; où en ce faisant, les François alloient et venoient par les tranchées aux fossés et aux mines, et entre autres y alloit un nommé
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René Pot, sénéchal de Beaucaire et seigneur de La Roche-Pot , lequel donnoit argent aux pionniers souvent pour les mettre en haleine; et un jour, comme il regardoit besogner les ouvriers, se tint au coin d'une tour devers la fontaine, au découvert de vue, mais armé de toutes pièces , et , sans aviser au danger où il étoit, ne avoir l'œil à la garde de sa sûreté , fut là si longuement , qu'il donna loisir à ses ennemis de le choisir si adroit, que, dune pièce d'artillerie, lui donnèrent par le derrière de la tête tout au travers, dont soudainement chut mort en la place. Or, en fut la perte si grande, que le moins du réciter seroit trop ennuyeux h ouïr; car il mourut en la fleur de sa jeunesse, doué des dons de grâce, de nature et de fortune. Que advint- H? Un boulevard, dont ceux de la place tiroient contre les nôtres, fut battu, et dedans faite grande brèche, parquoi fut dit qu'il seroit assailh ; dont y allèrent aucuns de ceux ducapitaine Audet , et mêmement Pierre de Rivière, seigneur de Byarges, en Poitou; Jean de la Foy'e, et Phihppe deBarzan, lesquels montèrent des premiers à l'un des côtés de la brèche; messire Esprit de Montauban, avec cent Gascons, assaillit de l'autre côté. Or avoient les Espagnols, qui dedans étoient , fait un tour de finesse , tel que , lorsqu'ils virent que les François voulurent donner l'assaut à ce boulevard , semè-
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rent et épandirent force poudre à canon sur une voûte qui dedans étoit à l'entrée de la brèche, et de là firent une traînée jusque dehors de leur côté, et désemparèrent; les François se mirent par la passée, desquels entrèrent aucuns légers Gascons, si hâtifs, qu'ils s'échaudèrent les doigts; car les Espagnols, sitôt qu'ils commencèrent à entrer, mirent le feu en leur traînée , qui soudainement courut jusque dedans le boulevard, là où la poudre étoit, et jà y avoitsix d'iceux Gascons entrés, lesquels , sans provision de remède , furent là brûlés et morts.
Les autres , qui entroient à la foule où messire Esprit de Montauban étoit, et les gens du capitaine Audet, voyant le grand feu qui là dedans étoit, ne se voulurent brûler à la chandelle ; mais s'il y avoit eu bonne presse à l'entrer, plus grande foule fut au saillir, et tant , que ledit Esprit de Montauban se rompit là une jambe et fut emporté malade, dont il mourut regretté de plusieurs ; car c'étoit un très-hardi homme et haut entrepreneur. Que que soit, les François se retirèrent jusque le feu fut éteint, dont puis le regagnèrent. A toute heure, d'un côté et d'autre , tiroit artillerie, tant, que les François, de leur côté, mirent toutes les défenses de la place à bas; tellement, que par les fossés alloient aussi sûrement que par les tranchées , car les gardes de la place ne sa-
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voient par où tirer s'ils ne faisoient des trous par la muraille , ce qu'ils firent, et là recommencèrent à donner sur les François, dont tuèrent un nommé Martinet Baron dedans lesdits fossés , assez vieil homme ; mais avoit été l'un des plus vaillants hommes d'armes qui de son temps se trouvât, car à toutes les guerres et batailles du duc de Bourgogne , lequel en son jeune âge avoit servi, toujours avoit été aux coups départir, et à toutes les rencontres, combats et conquêtes que du temps du roi Louis onzième, du roi Charles huitième, et du roi Louis présentdouzième, s'étoit trouvé toujours loué de quelque nouveau fait d'armes : or est-il demeuré à la poursuite comme advient souvent à qui trop longuement continue le dangereux métier.Un gentilhomme de ceux du roi, nommé Bernard de Camicans, étoit sans cesser dedans les fossés , par les tranchées et aux mines, et là faisoit besogner pionniers à toute force. Un Ecossois , aussi de ceux du roi , fit miner une tour dont venoit sur le camp force coups d'artillerie. Tant fut la batterie continuée et les mines et tranchées grattées, que par l'excessive dépense des poudres , défaut en fut , et par la grand'occision qui fut sur les pionniers, peu de nombre en demeura , et ainsi fut durant le siège question d'argent pour le paiement des Gascons et des pionniers, et pour l'civance de la fourniture des poudres. Dont le roi, étant à
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Mâcon de ce averti, en eut telle question avec ses trésoriers, que en danger furent d'en perdre leurs offices, et hasard de punition corporelle ; car, à eux qui avoient Targent du paiement, donnoit la charge du défaut ; mais à ce beso* gnèrent au mieux de leur pouvoir ; toutefois , à ce moyen , grand nombre de Gascons aisés à mettre aux champs, s'en allèrent du camp. L'artillerie fut lâchement exploitée, et les pionniers aiTaiblis et découragés, sans laquelle aide ne se peut œuvre militaire bonnement commencer, longuement continuer, ne profitablement achever. Que fut-ce , un grand pan de mur fut mis à bas, trois grosses tours minées et étançonnées, prêtes à atterrer, où, ce durant, furent là tués plusieurs, desquels furent messire Charles Jacqueau , homme d'armes de la compagnie du maréchal de Gyé; Denis de Myncourt, canonnier; François Maistre Marc, canonnier aussi; le sieur de Bourquet, commissaire de l'artillerie , et ceux devant nommés , avec plus de deux cents que pionniers que autres gens de pied. Aussi furent dedans et aux défenses de la place , meurtris et affolés plus de six vingts Espagnols, et les autres tant lassés que plus n'en pouvoient; et de fait, eussent été pris d'assaut, ou rendu les armes, si brief n'eussent eu secours, ce qu'ils eurent; car le roi d'Espagne, sachant Tentrenrise du siège , avoit fait diligentement une grosse ar-
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mée, et ce fait, le plus tôt qu'il put, se mit en personne en la voie avec sa gendarmée, et tant se hâta que à heure due arriva, comme je dirai. Or étoit le roi de jour en jour averti de toutes nouvelles , et sut comment ledit roi d'Espagne faisoit son cas pour venir secourir ses gens, dont manda à son armée de Saulces qu'on se hâtât de besogner, et , avec ce , fit marcher en pays quatre cents hommes d'armes qui lors étoient en Bourgogne , et là transmit Jacques de Coligny, seigneur de Châtillon ; messire Robinet de Fremezelles, messire Louis de Maraffin , et autres, pour voir de ses besognes et renforcer son camp. En celui temps étoient de gouverneurs des affaires du roi et de son conseil en cour, messire Pierre de Rohan , qui par sus tous autres avoit le maniement; messire Jean d'Albret, seigneur d'Orval ; messire Louis d'Albuy, seigneur de Piennes, et messire Henri de Neufchâtel, lesquels à toute heure mettoient choses en consultation. Or étoit le roi délibéré lui-même de s'en aller à Narbonne pour renforcer ses gens, et, devant, avoit transmis ses fourriers et gens pour voir si vivres à force et bon air y avoit ; toutefois, ne lui fut conseillé d'y aller, disant qu'il enchériroit les victuailles de ses gens, qui trop n'en avoient ; et ainsi lui dit messire Pierre de Rohan, qu'au regard du roi d'Espagne, j à là ne se trouveroit , et que dix mille hommes
ne sauroit si promptement trouver pour y aller, dont le roi s arrêta. Toutefois, l'opinion dudit messire Pierre de Rohan fut si mal fondée, que, nonobstant qu'ij assurât au roi son dire vrai, au contraire en alla; ce qui fut à lui mal parlé en homme clairvoyant, et bien montré au roi le défaut de son improvu conseil ; car le roi d'Espagne , avec deux mille hommes d'armes, trente mille hommes de pied et sept mille genétaires , se trouva à Perpignan , et à l'heure que les François voulurent assaillir Saulces; car jà avoient trois tours de la place ébranlé, qui ne tenoient qu'à étançons , dont les soudards étoient au point de parlementer, et n'en pouvoient plus , si n'eût été le roi d'Espagne, qui, avec toute sa puissance , se trouva aux champs , près de Saulces, si près du camp des François, que jusque dedans pouvoit de là faire tirer une pièce d'artillerie. Il avoit mis sur les montagnes, prè$ de Saulces, ses gens de pied et son artillerie d'un côté , et lui avec le surplus de ses gens sur les montagnes aussi , et de là faisoit tirer sur les François coups à toute force et au perdu, et de ce les endommageoit de moult; dont fut avisé par les capitaines des François, vu que assez puissants n étoient pour combattre leurs ennemis, et le dommage que l'artillerie des montagnes leur faisoit, que on lèveroit le siège, qui jà avoit
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là été plus de trente-six jours, et pour sauver l'artillerie, qui aisément ne se pouvoit charrier pour l'empêchement des lieux malaisés , et aussi que les Espagnols eussent pu, par quelque derrière , enclore les François pour leur couper chemin. Messire Guillaume de La Marche, capitaine des Allemands; un nommé François de Théligny, pannetier du roi, et le bailli de Saulx, avec douze cents hommes de pied allemands et gascons, furent un vendredi au soir sur les montagnes , et la toute nuit escarmouchèrent les Espagnols, et iceux amusèrent tapt, que ce pendant les François remuèrent leur artillerie et charroi avec tout le bagage , et tout ce mirent hors le danger de leurs ennemis. Le bâtard de Savoie, sachant que les François vouloient lever leur siège, s'approcha jusque sur le bord de la mer, derrière le passage du Gro , et là atitra son navigage et artillerie pour défendre icelui côté ; et tantôt qu'il fut là, sept ou huit mille Espagnols à pied et à cheval se montrèrent sur la côte des montagnes, et descendirent jusques au nombre de six ou sept vingts à cheval pour visiter le passage , et en avisant celui , virent les vivandiers , sur le gravier de la marine , avec leurs charrois et victuailles, et là se voulurent adresser pour faire quelque butin; mais au passer eurent coups d'artillerie au-devant, tant ennuyeux , que , nonobstant leur fuite ,
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aucuns d'eux furent atteints jusques à demeurer sur le champ. Les autres remontèrent la montagne et avertirent leurs gens de rembûche qu'ils avoient trouvée sur le bord de la mer; parquoi ne firent sur l'heure autre chose. Ce fait, ledit bâtard de Savoie, voyant que nul des Espagnols faisoit semblant de vouloir passer par ce côté , et que l'armée des François étoit en branle de déloger, pour mieux savoir de tout , s'en allaàl'host de nos gens , et , pour être maître de son navigage, mena avec lui tous les patrons gène vois et autres étrangers , et laissa son lieutenant sur mer, un François nommé Guyon Mordret ; avec le comte de Dunois, lieutenant du roi, et autres capitaines de son armée , sut que le siège se levoit, et que l'armée se vouloit retirer à Narbonne : parquoi s'en alla où étoit son navigage pour aviser en son affaire , et lui étant sur mer, assembla capitaines et patrons , auxquels remontra comment il n'entendoit le fait de mer, et que sur ce le voulsissent conseiller, desquels la plupart furent d'avis de s'en devoir aller pour le danger du divers temps de mer, qui trop est à douter, et vu, puisque les François délogeoient, qu'ils s'en pouvoient bien aller., D'autre opinion fut Guyon Mordret , disant que encore n'ètoientles François hors du danger de leurs ennemis, qui par le côté de la mer les pouvoient suivre ou trancher le chemin ; parquoi
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étoit requis de garderie passage,; autrement seroient mal servi le roi et abandonnés ses gens ; à quoi s'arrêta ledit bâtard avec tous ses gens, et manda au comte de Dunois, par un gentilhomme des siens, que si le temps n'étoit forcené , que de sa part garderoit bien le passage du Gro contre tous les Espagnols, et que de ce fut tout assuré; ce qui réjouit de moult l'armée, qui ne se pouvoit sûrement départir, car peu de gens y avoit pour soutenir le faix de la bataille des ennemis et pour leur défendre le passage du Gro. Que fit celui bâtard ? Hors le su des Espagnols, sur l'heure de minuit, fit partir son navigage et s'en alla au détroit de Locate , qui étoit la plus sûre passée à garder à la venue des ennemis , et là mit fustes et brigandins, proue en terre, et, à la passée des Espagnols , emboucha toute son artillerie, dont il en avoit de cent à six vingts pièces , et tout ce mis à effet , les Espagnols dèvallèrent de la montagne en nombre de sept ou huit mille hommes à cheval, pour vouloir passer et trancher le chemin aux François ; mais, à l'approcher, eurent coups d'artillerie si menus, que plusieurs en sentirent le choc, dont retournèrent tout autour des étangs qui là étoient, et s'en allèrent à leur armée. Les François, après qu'ils eurent retiré leur bagage , et mené leur artillerie à sauveté , mirent le feu dedans les tours étançonnées ;
tellement que tout alla par terre. Dont les soudards, cuidant être tous morts, ne firent semblant de défense, maisjà levoient la main pour eux vouloir rendre; toutefois, les François ne prirent ladite place ; aussi n etoit-il heure de s'enfermer dedans , vu la trop forte embûche qui là près étoit, mais se retirèrent quelque peu d'espace. Celle même nuit , messire Gabriel de Montfaucon , lieutenant de cent gentilshommes de la maison du roi , entour la minuit, ordonna dix gentilshommes de sa bande pour demeurer derrière , et dix autres de ceux de la compagnie du duc de Bourbon , qui bailla Robert Potin, lieutenant, pour soutenir le faix des Espagnols , s'ils venoient en queue, ou charger sur les Allemands qui alloient derrière; lesquels gentilshommes et autres gens d'armes bailla à un nommé Jean de Susanne , de la maison du roi. Aussi se mirent avec iceux aucuns de ceux du maréchal de Gyé et douze arbalétriers à cheval de ceux aussi du duc de Bourbon. Sur le point du jour, messire Guillaume de La Marche, avec ses gens , laissa l'escarmouche des montagnes, qui presque toute nuit avoit duré , où s'étoient bien à point entrebattus François et Espagnols, et s'en alla rendre au camp des François , qui jà s'étoient retirés bien à la portée d'un jet de canon loin de Saulces , et là, mis au bout d'un vieil pont de pierre, à un
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lieu nommé les Fontaines , et de là bien matin délogèrent les François , en tel ordre, que le comte de Dunois , avec les pensionnaires et gentilshommes du roi , et tous les hommes d'armes et arrière-bans qui là étoient , faisoit l'avant-garde ; messire Guillaume de La Marche, et tous les Allemands, et partie des autres gens de pied , l'arrière-garde ; sur les côtés étoient chevau-légers pour décourir; l'artillerie alloit devant avec bon nombre de gens pour la garder; et en cette manière commencérent les François, tout le petit pas, à eux retirer. Au-derrière aussi , sur la queue des Allemands , étoient les dix gentilshommes et autres dix hommes d'armes , et les douze arbalétriers susdits;.lesquels gentilshommes étoient le vicomte de Monclars, François de Maugeron, Jean de Cassaignet, le bâtard de Luppe, François de Moussures, Jean de Lagreze, Guyot Pot , Louis de Créqui , le seigneur de Castelpers et le seigneur de Sainte-Mesme. Les autres dix étoient le seigneur de Saint- Aulaire, Jean d'Orfeuille , dit Guilotière; Espinay, Laroche- Baron , La Fayette , Cordebœuf , Chateauneuf^ La Souche , Vernet et Morillon ; autrement n'ai su les noms , pour ce que communément se font appeler par le nom de leurs maisons. Que que soit, avec eux se joignirent Jacques de Bourbon, comte de Roussi lion; Louis, bâtard de Bourbon ; Jean de Rohan , seigneur de
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Coiron ; le seigneur de Pointièvre ; Bernard de Camicans, gouverneur d'Armagnac ; Bertrand de Stissac; Gilbert des Serpents; Henri de Monnourry; Lescure; Antoine Barbançois, seigneur de Charon ; Jacques Carbonnel, seigneur de Gérance , et quelques autres, lesquels se tinrent tous les derniers; el tantôt que furent délogés , à leur queue leur furent trente ou quarante chevaux genétaires , et derrière , bien près d'iceux , cinq ou six cents chevaux, hommes d'armes et genétaires , et là commença l'armée de France à tirer son chemin. Et est à savoir que entre les fontaines et les cabanes touchant les cabanes de Phitoux , est un chemin bassons une montagne, où là -dessus étoient plus de dix mille Espagnols, lesquels, à la passée , tiroient trait et haquebutes sur les François, menu comme grêle. Toutefois, de ce, peu de dommage leur firent; Tavantgarde étoit jà à droit les cabanes , que les derniers étoient encore à passer celui chemin bas; et ainsi passèrent ce détroit, et outre les cabanes , jusques à une croix de pierre, en un lieu plein de cailloux , et là tournèrent le visage vers leurs ennemis , et ne virent qui les suivit ; car aucuns de ceux qui avec eux s etoient assemblés , étoient demeurés bien loin derrière , et s'étoient amusés à escarmoucher avec les genétaires; dont un François nommé Lescure fut mis par terre et emmené là où
ëtoit le roi d'Espagne , lequel peu à peu suivoit les François. Les autres escarmoucheurs françois se retirèrent jusque là où étoient ceux de leurs gens qui joignoient aux Allemands. Les Espagnols, toujours en queue, qui les chassoient bien tôt, et donnant celle chasse , arrivèrent à la croix de pierre dont j'ai parlé, et là s'arrêtèrent quatre enseignes des Espagnols , où pouvoient être quatre cents chevaux ; et eux arrêtés , une d'icelles enseignes , de damas blanc et violet , avec quatrevingts ou cent genétaires et autres , armés à la bâtarde, descendit vers où étoient les François, et approchèrent jusques à donner, là où étoient ceux qui ordonnés furent à soutenir le faix, pour supporter les Allemands, tous la lance sur la cuisse, et ainsi que ceux qui étoient là m'ont dit. Là étoit Jacques de Bourbon, comte de Roussillon , qui avoit tenu l'ordre de ceux qui supporter dévoient les Allemands, qui d'aventure avoit ôté son armet, et sitôt que les Espagnols qui étoient descendus furent soudainement approchés, celui comte de Roussillon eut plus tôt mis sondit armet et rompu sa lance, que nul des autres à qui ne failloit pièce, et fut le premier qui donna dedans; François de Maugiron porta par terre un nommé Louis Chaincho, lequel, à grand'foule de gens, fut recous et désenpressé, tant, que trois Espagnols armés à la bâtarde le remonn. 25
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tarent et voulurent emmener hors ; mais la survint Jean de La Greze, seigneur d'Amberac , lequel adressa là tant rudement , que à l'un de ceux donna de la lance telle venue, que plus d une toise lui mit au travers du corps , et mit homme et cheval par terre. Les autres deux furent tués, et celui Chaincho remis à bas et foulé des chevaux , tellement qu'il ne se put relever. Crequi aussi rompit sa lance et abattit son homme ; Louis , bâtard de Bourbon , Laroche-Baron, le seigneur de S tissac, et plusieurs
autres François qui là étoient , firent merveilles ; car plus de quarante genétaires et autres Espagnols furent là atterrés, et me fut dit que un nommé Jean de Cassaignet , dit Camicans , en mit plus de dix par terre , ainsi que depuis aucuns des Espagnols qui là étoient letémoignèrent;etleconnurentàcequesonsaie
étoit semé de bourdons; là se trouvade vrai, car, ainsi que au milieu de ses ennemis se combattoit à l'outrance, un Espagnol, qui ne l'osoit regarder au visage, vint par-derrière, et d'une genétaire lui donna en l'épaule au travers du goiisset par défaut du petit garde-bras ; toutefois, pour ce, non perdit coup à donner. Le seigneur dePointievre, le comte de Roussillon, le bâtard de Luppe, et en somme tous les autres, y exploitèrent les armes en telle sorte, que l'enseigne fut mise par terre, et celui qui la portoit, tué, et tous les autres Espagnols qui l'a-
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voient accompagné, rués bas, et ce, devant et en la vue des autres enseignes qui à la croix étoient arrêtées, sans que nuls d'iceux sortissent pour secourir leurs gens, que devant eux voyoïent tuer et affoler. Or advint là qu'un gendarme françois nommé Antoine Barbançois , à cet affaire tout soudainement chut de pâmoison de son cheval à bas , qui aux autres donna grand'peine à relever, et fallut avoir une pièce d'artillerie menue, que près de là, entre les Allemands, furent quérir pour le charger dessus, et ainsi, à force de gens, le mettre hors de celle presse. Quoi plus ? les Allemands qui marchoient entre l'avant-garde et les escarmoucheurs , en tournant le visage vers les ennemis, virent la grosse escarmouche qui se faisoit et le grand nombre d'Espagnols qui étoient à la croix : cuidant que la bataille fut commencée, comme gens qui ne vouloient fuir, tournèrent tous, et ce fait, baisèrent la terre en croix, et puis se levèrent, et tout le grand pas marchèrent vers les escarmoucheurs. Le comte de Dunois, qui menoit l'avant-garde, vit de loin comment les François du derrière et les Espagnols s'entrebattoient bien à point, et les Allemands et autres gens de pied fran-^ çois de l'avant-garde retourner vers les ennemis , et grand nombre d'Espagnols en bataille et marcher en avant : dont fît soudainement retourner toutes les enseignes et ses gens
d'armes, où pouvoient être six cents bons hommes d'armes , et tout le trot commença à marcher en bel ordre et moult fièrement , lui et tous ses gens, la lance sur la cuisse. Le duc d'Albe, capitaine de l'armée du roi d'Espagne, avec cinq cents hommes d'armes et huit cents genétaires, étoit entre les escarmoucheurs François et l'armée du roi d'Espagne , qui encore étoit sur les montagnes , dont se pou voit voir tout à clair l'armée de France, qui n'étoit qu'une poignée de gens au regard des autres; et voyant, ledit roi d'Espagne, ainsi marcher le comte de Dunois avec ses hommes d'armes et retourner sitôt contre les Espagnols , ne sut que penser; car, avant la main, il cuidoit qu'ils se retournassent pour plus ne revenir; dont demanda à Lescure , François, qui avoit été pris à l'escarmouche et à lui amené , que c'étoit à dire que si peu de nombre de François retour noient contre toute sa puissance , et pourquoi ils avoient fait manière de retraite ? A quoi répondit le François au roi d'Espagne , que , pour attirer l'armée d'Espagne aux champs, et là les vouloir faire combattre , le faisoit , et que si l'armée des François étoit à peu de nombre de gens estimée, si étoit-elle renforcée d'audacieux vouloirs et vertueux courages ; car, sans faillir, toute la crème des gens de bien et la Oeur de la chevalerie de France branloient sous ses éten-
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dards ; ainsi n'est le roi d'Espagne , avec toute sa grosse armée , assuré d'avoir de meilleur. Toutefois, le duc d'Albe, vovant marcher l'avant-garde des François contre lui, fit marcher aussi ses gens : et ainsi pensoient les François avoir la bataille , et, pour donner sur les ailes et croiser sur leurs ennemis, messire François de Rochechouart , sénéchal de Toulouse, prit soixante ou quatre-vingts hommes d'armes et cinq cents chevau - légers , et se mit en marche, tirant à quartier sur le côté des gens du duc d'Albe, lequel, voyant l'arroi des François en point de bonne ordonnance et en propos délibéré de combattre, s'arrêta sur le cul avec tous ses gens. L'avant-garde françoise se joignit avec les Allemands et les escarmoucheurs françois, et là, tous en ordre, et la lance sur la cuisse , et la pique au poing, présentèrent la bataille à toute l'armée d'Espagne , et en cette manière tous en bataille demeurèrent plus de deux grosses heures. Le roi d^Espagne, qui tout ce voyoit, fut émerveillé de la hardiesse des François : qui à l'une fois eut propos de les combattre pour abattre leur haut vouloir; à l'autre fois, non, doutant le malheur tomber sur lui.
Là avec lui étoit son confesseur, évêque de Valence, lequel avoit si belles affres , qu'il se fût voulu devant le grand autel de son église , et, pour doute de sa peau et de l'effusion du
sang humain , tira une croix de son étui , laquelle présenta au roi d'Espagne, en lui disant : « Sire , voici la représentation de celui Dieu qui, pour racheter le genre humain, voulut son sang en l'arbre de la croix répandre : en l'honneur de sa piteuse passion, ne veuillez permettre que aujourd'hui le sang des chrétiens , pour querelle des biens temporels, soit cruellement effus. Vous ne savez comment l'effet de la bataille se portera ; vous la pouvez commencer, mais au pouvoir de Dieu se finit, et à qui lui plaît donne la victoire. Vos ennemis sont en appétit délibéré de vous donner âpre combat ; vous êtes en pouvoir d'assembler avec eux pour hasarder au danger de fortune variable le prix de votre honneur et la somme de votre état; pour ce, Sire , mettez provision de conseil au mieux de votre branlant affaire, car temps en est ores. » Le roi d'Espagne, oyant ces mots , fut délibéré de ne combattre, parquoi manda au duc d'Albe , qui volontiers eût combattu, qu'il se reviât pour cette heure, et que ainsi il le vouloit : dont lui et ses gens tournèrent le côté et s'en allèrent devers leur armée; et ce fait , les François se retirèrent; mais , avant ce , les gens de pied eurent la dépouille de ceux qui avoient été tués à l'escarmouche, et entre les morts trouvèrent Louis Chaincho , qui avoit été abattu par François de Maugiron et blessé moult ; et cuidant iceux
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piétons qu'il fût mort , pour le vouloir chercher et prendre ce qu'il avoit , l'emportèrent hors de là , et le désarmèrent et mirent en chemise, puis lui trouvèrent dedans les doigts tout plein d'anneaux d'or, et, pour les avoir plus tôt , lui coupèrent les doigts et tirèrent iceux anneaux, puis le laissèrent comme mort, lequel, depuis, les Espagnols , en revisitant les morts, le trouvèrent où encore poussoit, parquoi l'emportèrent, et, comme j'ai su depuis, guérit tout sain, fors de ses doigts coupés. L'armée de France s'en alla ce jour au Lac, à trois lieues près deNarbonne, et là séjournèrent les François tout le dimanche , sans que plus des Espagnols fussent cherchés . Du Lac s'en allèrent à Narbonne , où tantôt que furent là, les Espagnols se mirent aux champs et coururent Locate , Phitoux , Sigen , La Palme et Le Lac , petites villes prèsdeSaulces, lesquelles prirent, pillèrent et brûlèrent. Tantôt que l'armée de Francefutà la retraite, le bâtardRenédeSa voie, voyant ladite armée hors le danger de ses ennemis , dit à ses capitaines et patrons de mer, que sans reproche de nuls s'en pouvoit bien aller, vu que les François étoient sûrement retirés, auquel appointemenl s'accordèrent tous, tant que chacun fit son appareil pour retourner; si se mirent en mer, cuidant voguer vers Marseille. Or advint que tantôt après leur partement , le vent impétueux leur fut à Ten-
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Sga CHROMQUES
contre , tellement que le galion où étoit ledit bâtard, avec trois autres galions, par la tempête de vents déliés, donnèrent de proue en terre près d'un lieu nommé Serignan en Languedoc, sur la côte de Narbonne ; et là eût été noyé ledit bâtard, ne fût un léger brigandin qui le sauva ; les autres allèrent à fond , dont aucuns des hommes qui dedans étoient se sauvèrent sur les sables, et les autres furent noyés; trois des galères qui là étoient furent par Forage contraintes soi abandonner en la côte d'Agde, et là donner, fond à l'ancre , à la miséricorde de Dieu et au danger de fortune. La galère réale , où étoit Guyon Mordret et un gentilhomme de Savoie nommé Mondragon, prit la haute mer, et, malgré le pouls du vent, gagna la plage d'Aigues-Mortes, et après que le bon vent fut en saison , ceux qui s'étoient sauvés se rendirent à Marseille.
©'une tvm qui fut lorg faite entre le roi et le roi i'€ôpagne, à la requête î>e ion Ixiiixic y2lrajon,r0i îre tïaplee, étant lors îrélenu en Jtance.
Le roi Frédéric d'Aragon , étant lors en France, comme j'ai dit dessus, voyant la guerre et dissension entre le roi et le roi d'Espagne, dommageuse à la chrétienté, et au
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peuple des royaumes de France et d'Espagne contrarier, voulant sur ce trouver moyen de concorde et provision de paix , supplia lesdits princes que entre eux à sa prière et requête ne eût plus de dissension , vu que le défi de guerre dont ils usoient étoit un excès de si mortel poison envenimé , que sa force délioit l'amour des princes, diminuoit le nombre des chevaliers , appauvrissoit le peuple plantureux agâtoit les pays fertiles, dévastoit les nobles cités , les fortes places mettoit en ruines , violoit les vierges , profanoit les temples , répandoit le sang humain , désoloit les royaumes et détruisoit tout le monde ; parquoi puisque par discordes toutes grandes choses s'anéantissent, celui roi don Frédéric pria, comme j'ai dit, le roi susdit de France et d'Espagne, que dorénavant amiable société et alliance confédérée eussent ensemble : à la requête duquel le traité de la paix fut mis en avant , tant, que lesdits princes prirent ensemble trêve de paix et abstinence de guerre dès le quinzième jour du mois de novembre en l'an mil cinq cent trois jusques au quinzième jour du mois d'avril premier ensuivant; et jurèrent icelles trêves pour le roi et le roi d'Espagne , François d'Orléans , comte de Dunois, capitaine de l'armée de France en Roussillon , lequel fit le serment pour le roi, comme son procureur en cet affaire; et semblable-
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iBffnt don Frédéric de Toledo, duc d'Albe, marquis de Coria, capitaine de Tannée d'Espagne et procureur du roi d'Espagne, jura et promit la trêve, laquelle fut publiée partout, et sur ce, faits les articles qui s'ensuivent.
« Voyant , le sérénissime roi don Frédéric d'Aragon, tant de guerre et dissension entre le très-haut et très -puissant prince Louis, roi de France, duc de Milan, et les très-hauts et très-puissants prince et princesse don Ferrando et donc Isabeau , roi et reine de Castille, de Léon, d'Aragon, de Séville et de Grenade ; de laquelle guerre viennent grands maux et dommages à la chrétienté , et aux pauvres peuples et sujets de toutes les parts; a supplié auxdits roi et reine d'Espagne et roi de France, que , à sa requête et contemplation , voulsissent venir à quelque bon appointement de paix et concorde , et pour commencement de venir à bonne fin , à l'aide de Dieu, faire bonne trêve et abstinence de guerre, et lever Toffense d'une part et d'autre; lesquels roi et reine d'Espagne et roi de France , à la supplication dudit roi don Frédéric , ont été contents de faire ladite trêve en la forme et manière qui s'ensuit.
«Article fait et accordé entre très-hauts et très-puissants prince et princesse don Ferrando et donc Isabeau , roi et reine de Castille, de Léon, d'Aragon, de Séville et de
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Grenade , et très-haut et très-puissant prince Louis, roi de France, duc de Milan, et par lesdils roi et reine d'Espagne, et en leurs noms et par vertu du pouvoir et puissance que à don Frédéric de Toledo, duc d'Albe, marquis de Coria, capitaine -général, d'une part; et François d'Orléans, comte deDunois, lieutenant et capitaine-général de très-haut et très-puissant prince ledit roi de France, et en son nom et par vertu du pouvoir et puissance qu'il a dudit roi de France, d'autre part :
«Premièrement. Est accordé , fermé et arrêté que, du quinzième jour de ce présent mois de novembre l'an mil cinq cent trois jusques au quinzième jour d'avril de l'an mil cinq cent quatre, qui seront cinq mois, sera faite trêve et abstinence de guerre par terre seulement, entre lesdits roi et reine d'Espagne, et tous leurs royaumes, pays, seigneuries, vassaux et sujets, d'une part; et ledit roi de France, ses royaumes, pays, seigneuries, vassaux et sujets, d'autre part; en telle façon que, durant lesdits cinq mois de trêve, ne se fera, ne pourra faire guerre d'un côté ne d'autre, en quelque manière que ce soit, à leurs royaumes ne à leurs sujets, ne prendre ne faire prendre cités , villes, places, ne autres choses quelconques, par force ne par emblée, ne prendre prisonniers, ne faire larcins, ne autres outrages de guerre; mais de
596 CHROiMQUES
tous côtés vivront en paix, sans faire outrage ne offense , d'une part et d'autre , en nulle façon, et consentent lesdites deux parties que ladite trêve ne touche en rien à la guerre de Naples, et que aux armées de la mer pourront faire guerre Tun et l'autre s'ils se trouvent hors des ports , et dedans lesdits ports seront à sûreté les uns avec les autres.
(( Item , est accordé et consenti que lesdits roi et reine d'Espagne et ledit roi de France feront publier ladite trêve et abstinence de guerre en la ville de Perpignan et en la cité de Narbonne , le quinzième jour de ce mois de novembre.
ultem , est accordé et consenti que incontinent que sera publiée ladite trêve, ledit roi de France fera retirer son armée et tous ses gens hors des terres desdits roi et reine d'Espagne, sans y faire dommage; et pareillement incontinent lesdits roi et reine d'Espagne feront retirer leur armée et tous leurs gens hors des terres et seigneuries dudit roi de France, sans y faire dommage.
«Item y est accordé et consenti que toutes les places et châteaux qui auront été pris en Espagne ou en France en la présente guerre, seront, incontinent après ladite trêve publiée, rendus et restitués, sans y faire dommage que celui qui est de présent , sans préjudice à cette présente trêve.
DE JEAN d'aUTON. 597
ultem, est accordé et consenti que si ledit roi de France veut envoyer ambassadeurs devers lesdits roi et reine d'Espagne durant ladite trêve , ils y pourront aller et venir sûrement, sans aucun danger de leurs personnes et biens , tant à aller, séjourner que retourner tant publiquement que secrètement ; et pareillement, si lesdits roi et reine d'Espagne veulent envoyer ambassadeurs devers ledit roi de France durant ladite trêve, ils y pourront aller et venir sans aucun dommage à leurs personnes et biens, tant à aller, séjourner, que retourtant publiquement que secrètement.
«Item y est accordé et consenti que lesdits roi et reine d'Espagne et ledit roi de France incontinent, en personnes, qu'ils ratifieront et affermeront la présente trêve et capitulation dedans dix jours après ladite publication, qui sera faite auxdits Perpignan et Narbonne , et bailleront, d'une part et d'autre, dedans lesdits dix jours , leurs ratifications à Narbonne et à Perpignan , aux lieutenants et capitainesgénéraux desdits rois, et chacune celle à qui il appartiendra. Pourtant, moi, François d'Orléans, comte deDunois, lieutenant -général dudit roi de France, par vertu du pouvoir qu'il me donne, promets et jure, touchant les saintes évangiles de Dieu et la croix, et pour l'âme dudit roi de France , que ledit roi de France tiendra , gardera et accomplira ,
et fera tenir, garder et accomplir toutes les choses écrites en cette présente capitulation, selon sa forme et teneur, ne viendra , ne fera venir à l'encontre desdites choses directement ne indirectement.
ccEtsemblablemeut, don Frédéric de Toledo , duc d'AIbe , marquis de Coria , capitainegénéral et procureur desdits roi et reine d'Espagne , monseigneur et maître et maîtresse , par vertu du pouvoir que je tiens de sa majesté et en son nom, promets et jure, en l'âme desdits roi et reine d'Espagne, mon maître et maîtresse , en notre Dieu seigneur Dieu et en la croix , et aux saintes évangiles de Dieu, où mis la main , corporellement touchées, que lesdits roi et reine d'Espagne , mon maître et maîtresse, tiendront, garderont et accompliront , et feront tenir, garder et accomplir toutes les choses écrites en cette présente capitulation , selon sa forme et teneur, ne viendront, ne feront venir à l'encontre desdites choses tant directement que indirectement.
iiltem, ces présentes lettres seront faites, et doublées d'une même substance, et toutes deux signées des mains desdits deux lieutenants desdits roi et reine d'Espagne, et scellées de leurs scels; et celle dudit lieutenant dudit roi de France demourera es mains dudit lieutenant desdits roi et reine d'Kspagne , et celle
DE JEAN d'aUTON. SqQ
dudit lieutenant dudit roi de France, lesquelles ont été faites, fermées et accordées par moi dit duc d'Albe, au nom desdits roi et reine d'Espagne, au camp de Riberault, le onzième jour de novembre l'an i5o5, et par moi comte de Dunois, au nom dudit roi de France, en la cité de Narbonne, ledit onzième jour de novembre , audit an i585. »
Et durant ce traité, messire Louis de Maraffin , maître d'hôtel du roi, fut avec quelques autres François, parler au roi d'Espagne et voir son camp; lequel Maraffin vit et avisa tout par le roi d'Espagne même, qui ne vouloit point cacher sa puissance , mais lui fit tout montrer; et tant bien y regarda , que les noms de tous les capitaines espagnols et le nombre des hommes d'armes et gens de pied qui là étolent en apporta, et me le bailla par écrit; desquels capitaines étoient premièrement l'amiral de Castille, cent lances et deux cents genêts; le duc de Veges, deux cents lances et trois cents genêts ; le duc de Calbonagaigne , deux cents lances et deux cents genêts ; le duc de Cardonne , cent lances ; le marquis de Stergavye, cent lances et cent genêts ; don Alvaron de Luna, les deux cents gentilshommes de la reine d'Espagne; don Chaincho, cent lances; l'archevêque de Saragosse, deux cents lances; le comte de Castron, cinquante lances et cent genêts; le comte
d'Olive, cent lances; et plusieurs autres capitaines et grands seigneurs, dont le nombre seroit plutôt ennuyeux que fini : lequel avoit à ses montres cinquante étendards et en nombre deux milles lances, sept milles gênétaires et trente mille hommes de pied. Ces trêves faites et publiées, les François s'en retournèrent à leurs garnisons, et les Espagnols, en leurs pays.
riN DU TOME OECXIEME.
Pa^e 2. Louis de Montpensier, dont la mort est racontée au chapitre 1 3 de la troisième partie.
Page 3. Le marquisat de Ceva dépendait de la ville d'Asti ; ce marquis se nommait Charles , et avait épousé une Gri~ maldi.
Page 6. Lumello ou Laumello, dans la Laumelline.
Ibidem. Raymond Perault, cardinal de Gurce , avait assisté aux cérémonies de l'enterrement de Charles VIII et du sacre de Louis XII.
Page 9. L'archevêque de Sens était Tristan de Salazar, qui accompagnait le roi dans toutes ses guerres et y paraissait en armes : voir le Fojage de Gênes, au troisième volume. — C'est Aymar de Poitiers , seigneur de Saint- Vallier, conseiller et chambellan du roi. — Imbert de Batarnay, seigneur et baron du Bouchage en Dauphiné , fut en haute faveur à la cour de Louis XI , Charles VIII et Louis XII ; ses correspondances avec ces rois remplissent plusieurs volumes de la collection manuscrite de Béthune.
Page 10. Un couvent de l'ordre des Bons-Hommes avait été fondé par Louis XI dans le parc de son château de Plessislès-Tours, afin d'y retenir l'ermite François du Paule , dit le saint homme de Calabre , que ce roi avait fait venir en France pour que les prières d'un Saint aidassent à sa guérison.
Ibidem. Jean de Poitiers était fils d'Aymar, seigneur de Saint- ValHer, et fut père de Diane de Poitiers.
Page 11. Cette île se nomme aujourd'hui Stromboli ou Strongoli.
Page 12. Ne faut-il pas lire Jaguot, famille de Bourgogne ? Le même est appelé plus loin de Jagu.
Page 13. Milazzo. — Reggio, que le chroniqueur écrit Rhége , à cause du nom latin Bhegium.
Page 15. Les Génois sont toujours appelés, dans les auteurs des quinzième et seizième siècles, Genevois^ par analogie avec le nom italien de leur ville, Genoi>a.
Pa^e 16. C'est sans doute le port de TOrso , en Albanie.
Pa^e 17. La Valona.
Ibidem.V Infant de Navarre é\2\l Jacques, et non James ^ deFoix; V. Notes du premier volume , ainsi que pour les noms suivans. — C'est Charles de Bourbon* , et non pas Jacques ; cette erreur du chroniqueur est répétée ailleurs , et plus loin, page 43, le même Charles de Bourbon est appelé Louis, parce que Jean d'Anton le confondait avec son père Louis , bâtard de Bourbon , mort à cette époque ; ce personnage est nommé seulement le comte de Roussillon (en Dauphiné) dans le premier volume, page 176. — Jacques de Coligny était seigneur de Châtillon. — Jacques Galiol , c'est Jacques Ricard, de Genouillac, dit Galioty depuis maître de l'artillerie de France et grand-écuyer. Son surnom , qu'il hérita de son oncle, également maître de l'artillerie avant lui , dérivait sans doute de galère ou galée. Voir sa Notice dans Brantôme. — La célèbre maison de Garlande , qui a fourni plusieurs grands-oflSciers à la couronne de France , était éteinte ; il faut lire néanmoins Garlande au lieu de Garland. — C'est peut-être plutôt d'Estagien.
Page 20. Antoine de Conflans, chevalier, frère puîné de Jean de Conflans , troisième du nom , fut lieutenant de la vénerie de France.
Page 22. Le cap San-Angelo, à la pointe orientale de la Morée, vis-à-vis de l'ancienne île de Cythère, Cérigo.
Ibid. Le port de Suda , appelé par les Italiens Porto da Suda.
Page 60. Jean Chapperon est tour à tour capitaine de terre et de mer; à la fin des Chroniques de Jean d'Anton, ses pirateries sont racontées en détail.
Page 65. La seigneurie de Blanquefort était dans la maison de Duras- Durfort ; mais on ne trouve pas celui dont la mort est marquée ici. Faut-il lire jBlanca fort , ou bien Blanchefort en Limousin? — Jacques Cœur, ce célèbre et malheureux argentier de Charles VII , banni de France et dépouillé de ses richesses par un injuste procès , se réfugia en * Chypre , et y fit une nouvelle fortune : c'est là qu'il mourut et fut enterré chez les carmes de Famagouste , dans l'église
qu'il leur avait fondée. Son arrêt fut cassé après sa mort et sa mémoire réhabilitée en France.
Page 65. Cap Malio.
Page 74. Leze, ou Lecce, ou Leccio, près d'Otrante.
Page 76. François d'Angoulême, duc de Valois, neveu du roi , n'avait alors que sept ans : il fut depuis François 1". — Anne de France , fille de Louis XI, dite la dame de Beaujeu . — La princesse de Tarente était Charlotte, fille de Frédéric de Naples, laquelle avait épousé le comte de Laval : tome I, page 214.
Ibidem. Ferrand, c'est Ferdinand, roi d'Espagne. — François de BuUeyden, précepteur du prince de Castille et archevêque de Besançon. Le digne semble avoir été le synonyme d'archevêque. — Frédéric, deuxième du nom, dit le Sage y comte palatin , quatrième fils de Philippe , premier du nom , dit Vingcnu. — Christophe, marquis de Bade , à qui Maximilien donna le duché de Luxembourg. — Engilbert, comte de Nassau et de Vienne , lieutenant-général de l'archiduc. — Henri de Berghes, archevêque de Cambray. — Est-ce Jean de Berghes , deuxième du nom, seigneur de Cohen? — Ne fautil pas lire Pontaillier en Bourgogne , et ne serait-ce pas Claude de Pontaillier , seigneur de Talmey ?
Page 77. Ce n'est pas Antoine ^ mais Guillaume Paléologue, huitième du nom, fils de Boniface V, marquis de Monlferrat.
Page 79. Port de la Spetia. — Fusdenuovo. — Frezan, estce Fivizzano ou Fanano? — Parenzo. — Saint-André deRovignoen Istrie. — Albe, c'est Albona. — Segna, Seng ouSegni. — Beregh, ou bien Bergas. — Modrus. Le chroniqueur a tellement défiguré ici les noms de lieux , qu'on ne peut les indiquer avec certitude , d'autant plus qu'ils ne sont pas rangés selon leur position géographique : on retrouve Bach, autrefois Bachonna ; Scepuzie pour Camprouze ; Jaysza pour Zacque-, Helliar pour Hêljas ; Somogy ; Kis pour Quehis. — Corrigez ainsi : à Patien , à Albe Régale , Paslhiens était le nom du comté de Pest; Albe Régale , c'est Albe^Royale ou Stuhl- Weissembourg. — Zagrab.
Page 80. Teton doit être Tolua. — Godefroy a changé Ce-
4o4 NOTES.
remyeen P'espvinie; mais Cerenije, que porte le manuscrit, «loit s'entendre plutôt de Sirmich, en latin Sirmiensis, ville épiscopale comme Fesprin.
Pa^e 80. Jean d'Albret, sire d'Orval et baron de TEsparre, fils d'Arnaud- Amaujeu d'Albret , fut la tige des seigneurs
d'Orval.
Pa^e 84. Le couvent des Jacobins était en haut de la rue Saint-Jacques , sur l'emplacement de la rue des Grès.
Ibidem. L'évèque d'Autun se nommait Jean Baillet; Tévêque de Castel-a-Mare , au royaume de Naples , était sans doute Antoine Flores , que les Registres du Parlement intitulent par erreur évêque de Caslellenaud.
Page 86. Cet Olivier Maillard est le célèbre prédicateur de Saint-Jean-en-Grève , dont les sermons latins entremêlés de phrases en langue vulgaire ont été imprimés au seizième
siècle.
Page 87. C'est Jacques d'Estouteville , de la branche de Torcy, prévôt de Paris depuis vingt-trois ans , après son frère Robert d'Estouteville.
Page 91. 11 est nommé Jacques Dautrui dans l'inscription qui était gravée sur une table de pierre dans le couvent des Cordeliers, en mémoire de cette réforme. Y. les Antiquité.^ de Paris, par Dubreul.
Page 93. C'est Jean Raulin, fameux professeur en théoloc'ie; ses sermons, qui rivalisaient avec ceux d'Olivier Maillard, furent imprimés avec ses œuvres morales.
Page 103. La révolution du cours de Van 1501 , c'est-àdire le 27 mars 1502 , l'année commençant à Pâques.
Page 108. René, bâtard de Savoie, fils de Philippe, duc de Savoie, s'allia depuis avec les premières maisons de France et laissa une grande postérité.
Page 110. Au lieu de Pierre Dos , ne faut-il pas lire Pierre d'O, ou d'Eaux, ou d'Aux, oud'Auze? Le bailliage delà Montagne était en Bourgogne. — Jean de Durfort , seigneur de Duras, de Blanquefort et de Villandrau.
Page 113. Venosa.— Aversa; Sessa; Mataloni; Venafro.
Page 1 1 4. Troja ; Ortona a Mare ; Gierace ; Condiane ; c'est Condojanne, petit village voisin qui semble avoir été un
NOTES. 4o5
faubourg de Gierace : de là le nom de Girace - Condiane, La Roccella; Seminara ; San Martino; Rossano. — Trani ; Canosa ; Andria ; Ruvo ; Manfredonia ; Castellana ; Biseglia ; Minervino ; La Cerignola ; San Bartolomeo de Gors ; peut- être faut-il séparer ce nom de ville en deux et lire Tors : Torraca ; Melfi; Monte Peloso ; Castel del Monte; Monte ScagHoso.
Page 116. Michel Ris ou Ritius, ÎN'apohtain , célèbre jurisconsulte que Louis XII avait attaché au grand-conseil , et qui devint conseiller au parlement de Paris : on le nommait l'y/x'ocat de Naples ; il a composé des histoires en latin. Ibidem. Niella.
Page 117. 11 est souvent parlé du -seigneur de Bellabre ou Belarbre dans les histoires de Bayard.
Page 120. C'est le fameux marquis de Pescaire qui joua un si grand rôle dans les guerres d'Italie. Voyez sa vie dans Brantôme.
Page 122. Guarda.
Page 125. Ce Jean de Nicolaï fut depuis premier président de la chambre des comptes à Paris, et cette charge se conserva dans sa famille pendant quatre générations.
Page 127. Les histoires de Bayai'd racontent différemment, mais avec plus de détail, la querelle du bon chevalier avec Sotomayor.
Page 129. Ce capitaine se nommait Geoffroy Cuyrat: le Familh était un surnom. — Est-ce Gaspard de Colligny , seigneur de Fromente ?
Page 133. Don Ferdinand , duc de Calabre, fds aîné du roi de Naples Frédéric III et d'Isabelle- Éléonore de Baulx. Page 134. Claude de Grinian, appelé de Grigny parce qu'il descendait de la famille de Jacques de Grigny , vaillant chevalier de Philippe de Bourgogne : Duhaillan en parle amplement dans son Hist. de France., t. II, in-fol., p. 219. Page 135. DiaouUe , est-ce Olivola ou Salzola ? Page 136. Le seigneur de Chandée ne se nommait-il pas Chandio plutôt que Cbandenier , puisque les seigneurs de Chandenier étaient alors François et Christophe de Rochechouart qui ne moururent pas à Cérignoles comme le seigneur de Chandée?
4o6 IVOTES.
Piige 137. Don Diego Hurtado de Mendoza, troisième du nom , duc de l'infantado et marquis de Santillaua. — C'est de Paz.
P^gc 1 40. Sans doute Citella ou bien Ischitella. — Foggia. Page 144. François Daillon était fils cadet de Jean Daillon , seigneur du Lude, favori de Louis XI. — Il faut lire Constance au lieu de Coustancc — Le capitaine Esprit se nommait de Montauban ou bien était de cette ville. Page 145. L'Iucoronata.
Page 146. On écrit aussi Touyouse. — C'est peut-être François de Béarn , baron de Miossans , descendant du bâtard d'un comte de Foix.
Page 149. Don Pedro de Peralta, ancien connétable de Castille. — C'est le fameux stratégiste Pierre de Navarre, qui passa depuis au service de France.
Page 164. Cornon était une baronnie en Auvergne. — Luc le Groing, fils de Helyon le Groing, grand-maître de l'artillerie de France, était un des cent gentilshommes de la maison du roi.
Page 167. Ce ne peut être François delà Trémoille, qui n'avait alors que quelques mois ; mais le seigneur de Mauléon se nommait Jacques et était frère de Louis de la Trémoille , premier chambellan du roi.
Page 168. Pierre de Bellefourière ou Belleforrière , seigneur de Thun, Saint- Martin, et de Beaumanoir en Cambrésis, d'une ancienne et illustre famille.
Page 179. C'est Guillaume et non ^/t tome, marquis] de Montferrat.
Page 184. C'est Jean-Louis de Fiesque , Fisco en italien, et Flisco dans les écrivains français. Le comte de Gênes doit signifier le doge.
Page 188. Le vidame de Chartres était Jacques de Vendôme , prince de Chabanais, grand-maître des eaux et forêts de France et de Bretagne. — Guillaume de la Marck , seiî^neur d'Aigremont et de Montbazon , second fils de Guillaume de la Marck , dit le Sanglier des Ardennes.
Page 189. Antoine Trivulce, créé cardinal par Paul IV, frère aîné du seigneur Jean-Jacques.
Page 190. Le cardinal de Saint -Pierre- aux -Liens était Jules de la Rovère, depuis pape sous le nom de Jules H.— Frédéric, cardinal de Saint-Severin , était frère de Galéasde Saint-Severin, grand-écuyer de France.— A mau jeu , cardinal d'Albret, était fils d'Alain d'Albret, frère du roi de Navarre et beau-frère de César Borda.
Page 192. Galéas-Marie Sforce, fils de François Sforce, duc de Milan , assassiné le 26 décembre 1476.
Page 195. Le chancelier de Milan était Etienne et non Jean Pohcher : il fut depuis évêque de Paris. Jean d'Auton le confond ici avec son père, qui était trésorier des guerres en ce temps-là.
Page 199. Brandelys de Champagne, fils de Pierre , sire de Champagne, était seigneur de Bazoges et de la Suzé , conseiller-chambellan du roi , et il servit avec distinction dans toutes les guerres de Louis XI et Charles VIII.
Page 200. Le nom de Pallavicino se traduisait par Palvoisin ou Palvezin ou Palvicin.
Page 207. Guyon Le Roy, seigneur du Chillou, conseiller et chambellan du roi , vice-amiral de France, capitaine du château de Gênes.
Page 210. Besagno; Rapalo.
Page 211. Bosia; Castagno ; Buzzala ; SanPietrod'Arena. Page 214. Lucas Spinola était le mari deThomassine Espinollcy dame intendio du roi. Voyez la relation de ce voyage écrite en latin par Benedictus Portuensis (Benoît du Port). Page 217. Tristan de Salazar , archevêque de Sens; Jean Ferrier, archevêque d'Arles; Renaud de Prie, évêque de Bayeux. V. Gall. Christ. — C'est Louis de Bourbon , premier du nom, prince de La Roche- sur- Yon , second fils du comte Jean de Vendôme ; plutôt que Louis , bâtard de Vendôme, évêque d'Avranches.
Page 220. La rivière du Levant de Gênes, c'est la côte orientale : Porto-Fino ; Golfo Rapalo ; Porto de Sestri ; Porto- Venere; Porto délia Spetia.
Page 226. Le mot failles, qui ne se trouve dans aucun
dictionnaire, signifie des branches d'arbres, du bas latin Faia.
Page 221.Graal signifie au propre un vaisseau de terre ; mais
ce mot ne s'appliquait plus qu'au vase contenant du sang de Jésus-Christ, et par allégorie au plat de la Cène ; il y a un vieux roman du Saint-GraaI.
Page 233. Mirre'e, cVst Myre en Lycie.
Page 238. François-Marie de laRovère, neveu du cardinal de Saint-Pierre-aux-Liens depuis Jules II. — Antoine Marie deSaint-Severin, seigneurde Guallinace, frère aîné de Galéas.
Page 240. Pontedecimo,
Ibidem. Voyez sur ces assassinats la Vie de Borgia par Tomasî. CaiV/e, c'est Cagli ; Miguel ^ c'est Michelotto ; Oliverotto da Fermo ; Vitellozzo; Astor, jeune enfant, souverain de Faenza.
Pa^e 242. Le bourg Dtùsant se nomme aujourd'hui dî'Oysans.
Page 243. Lisez Lalondc.
Page 248. La Motta di Burnazo.
Ibidem. Les Galiiègues sont les Galliciens ou Gallègues , de l'espagnol Gallegos.
Page 250. Jean d' Anton confond le duc Charles d'Alençon, alors vivant, avec son père René, mort en 1492. — Gaston de Foix , depuis duc de Nemours, neveu de Louis XIL — Ce ne peut être Louis de Bourbon , prince de La Roche-sur- Yon , auteur de la seconde branche de Montpensier : il faut lire sans doute Charles de Bourbon , qui avait succédé à son frère Louis , comte de Montpensier , mort à Naples , et qui n'était pas encore duc de Bourbon.
Ibidem. Ce comte de ChimMy doit être Charles de Croï, créé prince de Chimay , en 1486 , par Maximilien.
Page 2S2. Ruvo. — Terlizzi.
Page 260. Voyez, dans les histoires de Bayard, ce combat de treize contre treize , et non de onze contre onze.
Page 261. Clermont est sans doute \e brave Monloison^ Philibert de Clermont, quoique les historiens espagnols le nomment Antoine de Clermont , baron de Montoison , frère cadet du précédent. — Jacques de Montdragon. — D'autres écrivent , au lieu de Bouvant ou plutôt Bouvans , Aymon de Salvaing , seigneur de Boissieu.
Page 263. C'est apparemment Gonzales d'Arevalo.
Page 280. Guicciardin , qui donne les noms des treize Italiens, ne cite parmi eux ni un Pndacode, ni un Mormie.
Page 284. Modugno.
Page 290. Il faut plutôt lire de Coudray ou de Couldroy.
Page 299. Monte-San-Angelo.
Page 303. San-Severo.
Page 304. Voyez sur le duc de Trajeto, le duc de Soria et autres , les Généalogies d^ Italie par Imloff.
Page 307. Ce livre finit le 15 avril 1503, dernier jour de l'année 1502 , selon l'ancienne manière de compter.
Page 310. Porto Carrero , seigneur de Palma.
Page 311. San Giorgio. — San Martino. — Terra-Nova.
Page 312. Rosarno.
Page 315. Troyen Papecoalde n'est sans doute pas le même que Hector Popacode dont il est parlé page 280.
Ibidem. Gioia.
Page 317. Il faut lire sans doute Rosarno au lieu de Presane. — Mileto. — La Rocca d'Angitola.
Page 319. Marsano; Rossano; Sessa ; San-Severino ; Saracina ; Longueboa/ur , peut-être Rocca-Imperiale ; La Scalea.
Page 336. Guérin de Narbonne , seigneur de Salelles, et non Salers , était troisième fils du baron de Talairan , Jean de Narbonne. La famille des Talleyrand, ou Tallerand, ou Talairan, était renommée depuis le XIP siècle.
Page 339. Il faut lire plutôt seigneur de la Rote j la famille de la Rota était napolitaine.
Page 341. On ne saurait dire la signification de grades. Est-ce un nom de lieu qui n'existe plus? Faut-il lire plutôt fraites^ cours d'eau , canaux , ports? Le copiste a-t-il écrit aux f rades au lieu de aux fers ?
Ibidem, Pierre de Velours est appelé dans les titres : de Velor^ seigneur de La Cliapelle-Belouin .
Page 342. On ne trouve pas ce Joachim de Villars dans les généalogies : il est possible que ce soit Joachim de Velor, père de Pierre de Velours. — Marc le Groing , vicomte de La Mothe-au-Groing , troisième fils de Hélyon le Groing , mai-
4lO NOTES.
tre de l'artillerie de France. C'est Jean de Monthrieux , seigneur de Thnry. — Antoine du Lan était sans doute fils d'Antoine de Châteauneuf, seigneur duLau , grand-chambellan et grand-échanson de Louis XI. — Jean de Casenove, dit Coulon , qui fut vice-amiral de mer après son père Guillaume.
Page 343. La Stella.
Page 344. Acerenza ; Oppio ; Casal-Nnovo ; Grassano.
Page 351. Porto Ercole.
Ibidem. Jean Jourdain des Ursins. — Louis de Villeneuve, prince d'Avellino, seigneur deTrans, en Provence.
Page 355. Mola.
Ibidem. Casenove était appelé souvent Jean Coulon.
Page 356. Aymery d'Amboise, frère aîné du cardinal d'Amboise.
Page 358. Louis, cardinal d'Aragon, fils naturel de Ferdinand I'% roi d'Aragon et de Sicile.
Ibidem. Roussillon doit être Rosella, en latin RitseUœ ou Rosselium.
Page 359. Bracciano.
Ibidem. Le cardinal de Ferrare était archevêque de Milan.
— On criait Rouen parce que Georges d'Amboise était archevêque de cette ville et qu'on le nommait le cardinal de Rouen.
Page 361. Saulcks, aujourd'hui «ya/^cs.
Page 362. Azay en Touraine. — Cloué plutôt que Clone.
— Au lieu deXem«s, lisez Levis : c'est Jean de Levis, cinquième du nom. — Jean, troisième du nom , vingt-cinquième comte èiEsirac ou Astarac. — Le seigneur de Bonneval était Jacques , bâtard de Vendôme , fils de Jean H, comte de Vendôni«. — Odet plutôt que Audet. — Robert Pottin , cadet de Sologne, seigneur du Chesne. — C'est le vieux duc Pierre de Bourbon. — Beaujeu. — La seigneurie de Duretal en Anjou était alors dans la famille de la Jaille. — Il vaut mieux lire Froissj. — Louis d'Orléans, marquis de Rothelin , frère cadet du comte de Dunois , général en chef. — Georges , troisième fils de Galhart de Durfort , fut surnommé le cadet de Duras , à la grand'barbe. — La seigneurie de Cardillac en Quercy s'appelait indifféremment Ctirr/a///flc, Cardeillac, etc.
NOTES. 4l I
—Le seigneur d^ Estrac doit être Gaston de Foix, troisième du nom, comte de Caudale et de Benauges, captai de Buch, qui avait épousé Marthe, fille aînée et héritière du comte d'Astarac. — Peut-être est-ce à^Aubiac au lieu de Cobyac.
— Ne faut-il pas lire seigneur à^Espanez^ ou d^Espagnety ou même ô^Espinay ? — C'est Jean du Puy-Montbrun , seigneur du Coudray-Mohin en Dauphiné, chambellan du roi.
— Est-ce Saint'Fargeau ? cette seigneurie avait été donnée en dota René d'Anjou, seigneur de Maizières, comte de Dammartin, qui épousa Antoine de Chabannes. Est-ce Saint- Fe'riol , seigneurie de Languedoc ?
Page 363. François S an chez probablement.
Page 365. Cap de la Frangui. — Leucata.
Page 368. René de Brosse , dit de Bretagne, seigneur de Pointiè^'re ou Penihièvre du vivant de son père Jean de Brosse, troisième du nom.
Page 373. Audet, c'est Odet d'Ay die. —C'est plutôt Jean de la Faye.
Page 375. Camicaus ou Camican était le surnom de ce gentilhomme dont il est parlé dans V Histoire de Boyard.
Page 376. Jacqueau ou Jucqueau, ou Jacquot.
Page 377. La famille de Maraffin était deNoyon : ce Louis fut le premier du nom , seigneur de Notz et de Vueil. — C'est Louis de Halwin , seigneur de Piennes , attaché au service de la France par Louis XI, dont il fut le conseiller favori. — Henri deNeufchâtel, seigneur de Mont-Rond , du Châtelet, deBlamont, fils aîné de Thibaut, huitième du nom, seigneur de Neufchâtel, maréchal de Bourgogne.
Page 379. Ce bailli de Saulx doit être Henri de Saulx, chevalier, frère puîné de Claude de Saulx, seigneur de Bere et de Ventoux.
Page 382. Gabriel de laFare, seigneur et baron de Montclar. — Ce serait plutôt Jean que Louis de Créquy : car on ne trouve du nom de Louis qu'un prévôt et archidiacre de Sainte- Croix de Liège : mais il y avait alors Jean , septième du nom , seigneur de Créquy, et ses frères Antoine et Philippe.— Raymond de Castelpers en Rouergue. — Plutôt Saint-Mesmin. — Jean de Beaupoil , seigneur de Saint-Aulaire , de Mausac,
4l2 . NOTES.
de Gironde en Poitou, etc., était de la compagnie d'armes du duc de Bourbon. — Est-ce Olivier d'Espinay, seigneur châtelain d'Espinay et des Hayes, Tun des cent gentilshommes de la maison du roi ? — La seigneurie de La Roche-Baron était en Forez. — Probablement Antoine de La Fayette, seigneur de Pontgibault en Auvergne, qui fut depuis grandmaître de l'artillerie. — Cordeboeuf, ancienne noblesse d'Auvergne.— Sans doute Antoine de Châteauneuf-de-Randan , qui fut capitaine de cinquante hommes d'armes. — f^ernet est peut-être le même que Montagnard cité plus haut, lequel était de la famille rfu f^ernet, de Beaulieu en Auvergne. — Morillon pourrait être Claude de Montmorillon , écuyer , seigneur d'Essanlay en Bourgogne. — I^e comte de Roussillon était Charles et non Jacques de Bourbon. — C'est sans doute Louis de Bourbon , bâtard de Liège , fils de Louis de Bourbon, évêque de Liège. — Jean deRohan, seigneur de Landalet de Coiron-sur-Loire , grand -maîti-e de Bretagne , fils de Louis de Rohan , deuxième du nom.
Page 384. La seigneurie de Lescures était en Languedoc, près d'Alby. Mais n'est-ce pas Lescut en Anjou ou Lescun, nom du cadet de Foix ? — Antoine de Barbançois fut l'auteur de la branche de Charon. — Il faut lire plutôt Maunoury. — N'est-ce pas Serans plutôt que Cerance ? Page 391. Sigean.
Page 392. Ce traité original ne se trouve pas dans Léonard nidansles recueils manuscrits de Dupuy et de Fontanieu. Page 399. Garcilasso de la Vega. — San-Ergavia , à moins que ce ne soit Ségovie. — Alvaro de Luna. — Don Hugues de Cardone , tué à Gaëte la même année. — Castron pour Castro.
Page 400. Olive pour Oliva. — Don Alphonse, bâtard d'Aragon , archevêque de Saragosse , fils du roi Ferdinand V le Catholique.
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