‹ Chroniques [microform]Chapitre 13 sur 74 · VN · texte numérisé non relu

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basses fosses , et treize dedans le château du mont Saint-Ange, en la garde d'un Espagnol nommé Laussou , lequel buvoit et mangeoit avec les treize François, qui étoient enferrés deux à deux, auxquels parloit souvent de plusieurs choses, et de paroles les châtioit de leur défaut, en leur disant qu'il avoit autrefois demeuré en France, et vu leur manière tant outrageuse , qu'il leur sembloit avis qu'ils dussent prendre la lune avec les dents, et que à ce qu'ils pensoient n'y avoit contredit. A quoi ne disoient mot les François, mais étoient demi forcenés d'être traités en telle guise, et eux, voyant souvent le chef leur garde mal accompagné , et la place où ils étoient bien forte et garnie de vivres, délibérèrent le mettre en basse fosse ou le tuer, et gagner la place ; ce qu'ils pouvoient faire de léger ; car ses gens sortoient souvent du donjon pour aller repaître , et le laissoient tout seul avec les François. Or advint que ceux du Manfredone avoient fait même entreprise et telle machination , à quoi faillirent et furent avant surpris. Dont un nommé Jacques de Scenon , François , étant là prisonnier et inventeur de la chose , eut par les Espagnols la tête tranchée , et tous les prisonniers de Manfredone et du mont Saint-Ange furent mis en basses fosses , et tant malmenés, que plusieurs y mou-

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rurent; et entre autres le seigneur de Cornon, lieutenant du duc de Savoie.

Long-temps furent ainsi détenus en fosse et en fers, sans que nul eût pitié de leur affaire, fors les femmes, qui toujours ont le vouloir humain et le regard piteux ; lesquelles, oyant parler du malheur de ces pauvres François , leur portoient souvent à manger et leur dévaloient de grands pains blancs et de la viande dedans paniers attachés à cordes; et, à la fin , k ceux du mont Saint-Ange mirent des limes courtes dedans leur pain ; tellement qu'ils limèrent leurs fers , si à point , qu'ils purent sortir. Ce qu'ils firent, et tuèrent leurs gardes , puis se firent guider et mener par lieux couverts jusques à Saint-Léonard; et faut entendre qu'ils n'alloient que de nuit, logeant de jour par les fenouillères , qui lors étoient grandes , et là ne mangeoient que l'épi du blé qu'ils égrenoient : ainsi vécurent trois jours, sans manger pain, qui moult les affoiblit. Là étoient deux François nommés, l'un Lionnet du Breuil , et l'autre Barault; lesquels prirent chacun une bande de leurs gens, et pour cuider passer plus aisément, suivirent deux chemins, tirant, l'un vers Sai nt- Léonard , et l'autre à Canose. Ainsi qu'ils cheminoient , celui Barault avisa une grosse route de paysans avec ânes chargés de bois, et, comme il fut ennuyé d'aller à pied ,

laissa ses compagnons arrière , et dit qu'il monteroit sur lane; tant que la charge qui étoît dessus mit à bas, et, malgré le bonhomme, monta dessus, disant qu'il étoit las et aifamé , et commença à trotter, dont celui paysan et ses compagnons lui coururent sus, et, avec gros bâtons et à coups de pierre, le dévalèrent, et là, premier que ses compagnons le pussent secourir, l'assommèrent. Et ce fait, sesdits compagnons s'en allèrent vers Canose, où trouvèrent le capitaine Louis d'Ars , qui leur donna chevaux et harnois, et les mit en besogne. Xes autres, que menoit Lionnet du Breuil , se rendirent à Saint-Léonard, disant que miraculeusement étoient sortis de prison, par l'intercession du glorieux saint, et que là alloient faire leur voyage : dont Tabbé les recueillit doucement, et les traita bien à point , et leur demanda où ils vouloient aller; lesquels dirent que à Canose voudroient bien être , si possible étoit d'y aller sûrement. Dont, pour ce faire, celui bon abbé leur fit bailler robes d'Espagnols, et mettre dedans une charrette; puis les fit, comme pèlerins, conduire justiues audit lieu de Canose , où furent, comme les autres, reçus par le capitaine Louis d'Ars.

Pour la perte que ci-devant avoient faite , les François ne laissèrent à faire bonne guerre à leurs ennemis, et se serrèrent les uns près

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des autres, en courant tous ensemble, ou à grosses bandes, sur les garnisons contraires; et tant, que souvent les détroussèrent et leur empêchèrent les vivres. Messire Yves d'Alègre, seigneur dudit lieu, et Jacques d'Alègre, son' fils , firent lors maintes courses et alarmes aux Espagnols; si firent les autres capitaines françois, et tant, que toujours étoient maîtres du pays et seigneurs des vivres. Ledit seigneur d'Alègre étoit dans une ville nommée Saint-Sever, au Capitanat, en Fouille, où long-temps avoit demeuré , et là fait labourer terres, comme si arrêt perpétuel y eût voulu faire , et mis navires et galères en mer, qui détroussèrent plusieurs , sans regarder où , ne à qui , dont plaintes furent de tous côtés , Unt , que repris en fut par le vice-roi , qui lui dit que à ses besognes privées et aux affaires urgents du roi ne pouvoit bonnement vaquer, pource que il est dit , que tout loyal soldat en fait de guerre ne doit laisser l'honneur d'icelle pour son singulier profit; dont les choses furent en mieux adoucies et mises à raison.

Nouvelles furent lors du secours que le roi d'Espagne en voyoit en Calabre, et que le seigneur d'Aubigny, qui là étoit pour le roi, mal accompagné , étoit pour l'attendre. Dont le duc de Nemours y transmit messire Jean Stuart , et le seigneur Honorât , frère du

comte de Bisignane , à tout cinquante hommes d'armes; et est à savoir que lors plusieurs Italiens et Napolitains étoient avec le duc de Nemours , aux gages du roi, et à son service, comme le seigneur Honorato Gayetano , duc de Trajette ; Troyen Caraiche , prince de Melphe; Robert de Saint-Severin , prince de Saîerne ; Bernardin de Saint-Severin , prince de Bisignane ; Zismod Canteline , duc de Sore ; Jacques de Saint-Severin , comte de Mélite; le marquis de Licite, et grand nombre d'autres.

ÏDeU uenue ie |îl)Uippe, arcl)ibuc y^utrirlje, et Vnxu paijf fourrée faite entre le roi et le roi b'tfôpogne, et la reine sa femme, aecorîrée et iurée par leiit arel)i&ue, eomme procureur îïeô ôUôîrits roi et reine î>*€ôpajne.

A Lyon sur le Rhône étoit lors le roi , lequel attendoit la venue de Philippe, archiduc d'Autriche, duquel avoit eu nouvelles, comme j'ai dit devant, et baillé otages pour sa sûreté ; lequel fut en cour le troisième jour d'avril , en l'an susdit. Le roi et la reine lui firent joyeuse chère, et doucement l'accueillirent; si firent tous les seigneurs de France qui là étoient. Or avoit-il lettres du roi et de la reine d'Espagne , signées de leurs propres

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mains , et scellées de leurs sceaux royaux , par lesquelles ils lui avoient donné et donnoient pouvoir autorisé à suffire et procuration expresse de traiter, au nom d'eux, avec le roi , de l'appointement final de leur question de guerre , et d'être moyen de la paix d'entre eux , touchant le différend qu'ils avoient à cause du royaume de Naples , et de toutes autres questions et querelles ; et pour icelles choses accomplir, pouvoit faire le serment solennel, et jurer promesse pour et au nom d'eux , et comme leur procureur spécial , expressément par eux ordonné en cette matière. Et , avec ce , étoient contents lesdits roi et reine d'Espagne, et promettoient, par icelles lettres, laisser et transporter le droit qu'ils se disoient avoir sur ledit royaume de Naples, à l'archiduc , qui avoit épousé leur fille aînée ; si le roi aussi, de sa part, vouloit laisser le droit par lui prétendu audit royaume de Naples, à madame Claude, sa fille, laquelle le fils de celui archiduc avoit pareillement fiancée par procureur. Les lettres de procuration furent par ledit archiduc baillées au roi, pour icelles voir et visiter, lesquelles après avoir vues et lues, mit en conseil et fit débattre la chose à l'équité , et dûment consulter. Si fut conclu que, pour le bien de la paix , union des princes , et salut de la chose publique, le traité étoit bon, juste et raison-

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nable. Parqiioi le cinquième jour dudit mois d'avril , le roi et Tarchiduc firent conclusion sur ledit appointement , et jurèrent ensemble icelui tenir ferme et stable, et sans enfreindre; et que, delà en avant, pour celle cause, le roi et le roi d'Espagne n'auroient ensemble guerre , division , ne discord , mais laisseroient ledit royaume de Naples à leurs enfants, comme dit est. Après cette confédération et accord , à Lyon sur le Rhône , où le roi étoit et toute la cour, en furent faits les feux de joie , et les nouvelles semées par tout le royaume de France. Le roi , sur ce , dépêcha la poste , par laquelle envoya ledit appointement au duc de Nemours, vice-roi pour lui à Naples. Et sitôt qu'il eut vu le double dudit appointement , l'envoya au capitaine Gonsales Ferrand, lieutenant-général du roi d'Espagne, pour icelui tenir, comme entre les princes étoit appointé. De quoi ne voulut rien faire ledit Gonsales , disant que dedans icelui appointement n'étoit compris, ne de lui nullement parlé , ne n'en avoit eu aucunes lettres du roi d'Espagne , son maître , parquoi n'en tiendroit rien , combien que l'archiduc en écrivit au capitaine Gonsales , et tout à clair l'en avertit. Ce qui étoit à lui mal obéi au vouloir de son souverain seigneur, ou bien donner à chacun pour entendre que entre eux

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y avoit intelligence d'effet contraire au dire de l'appointement juré.

Ci finit la révolution du temps de l'an i5o2, avec la description des gestes gallicanes de l'an susdit.

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