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l5o CIIRONIQUKS
Car celle-là , qui plus étoit louée D'excellent prix de beauté avouée , Et qui portoit tous les titres triionneur, A rendu Fâmeau céleste Seigneui-.
Vous, Éacus , Minos et Rliadainanl , Qui de tous droits infernaux décidez , Gardez-vous bien de faire jugement Contre celle , et que n'y procédez ; Ou si de tant , certes , vous excédez , Tantôt sera sentence révoquée ; Car jà sa cause est mise et évoquée Au grand conseil du divin consistoire, Où tous les dieux tiennent leur auditoire
Tisiphone , Alecto et Mégère ,
Pluton, Cliaron, Belidès, Tantalus,
Et tous ceux qui en lieu de réfrigère
Êtes plongés es infernaux paluds ,
A cette- ci ne ferez vos saluts ,
Car du gouffre obscur, puant et noir
Où vous êtes , jusques à son manoir ,
Qui est plus beau que les cbanips Élysées,
N'a sur cbemin adresses ne brisées.
Laissez les fleurs , ô déesses Napées , Et appelez les fontale» Naïades , Et aux forêts de verdure drapées Allez quérir Satyres et Dryades ; Sonnez aussi à ces Hamadryades , Que trouverez sur les arbres perchées , Dessus les monts Oréades couchées , Faunes aux champs , en mer les Néréides ; Amenez -les ici à mes aides.
O Narcissus , qui eûtes en dédain
La douce Écho en bon point jeune et belle ,
Vous n'eussiez pas fait refus si soudain
De celte-ci , ne tant été rebelle :
Tant de vertus avoit et grâce telle Mais qu'elle n'eût parole ou regard chichej ,
Qu oncques homme taqt fut grand , bel ou riche,
i>e ia sut voir, aviser ou ouïr,
Qui n'eût désir de son amour jouir.
Sus, Terpander, florissant en musique , Et Apollo le doux harmonisant , Mettez à part la science et pratique De votre chant ; plus n'est ici duisant. Vous, Orphéus, tant bien citharisant Que les Enfers endormez par vos sons , Et Arion , qui faites les poissons Danser en mer, quand la harpe touchez : Fuyez d'ici et plus ne m'approchez.
Car vraie amour et douloureux regret, Dont elle fut jusques au cœur atteinte, Pour son seigneur, intendio secret.
Le cuidant mort et sa vie être éteinte , Pour trop serrer le lien d'amitié , C'est un bien-fait et un cas de pitié Qui ne se doit à jamais oublier.
Mais en tous lieux crier et publier.
Que diront plus orateurs et poètes
De Thisbée, d'Héro et de Phyhs,
De Médée fdle du roi ^tes ,
Dont amours ont les corps ensevelis ,
D'Érigone , de Scylla dont je lis,
De Julia et Dido de Carthage ?
Celles doivent laisser en bas éUge ,
Et à cette fonder un oratoire ,
Où tous ses faits seront mis en histoire.
Elle a bien fait des œuvres tant louables Que par écrit se doivent rédiger
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52 CHRONtQUES
Et pngraver en |»icires ri i;ii t\h\pf , Pour les nicrtre en vue et ériger : Elle a voulu les vices corriger, Et approuver les grâces et vertus , E<s aftaméa repus, les nus vêtus, Servi à Dieu et bien aimé TÉglise , El tout son temps vécu à cette guise
Ennuyeux n'est ce conte à réciter, Dont le surplus Ju dire je révoque.
Mais toutefois pour mon «lu acquitter, Velus en noir et portant même toque , Mes citoyens à ce deuil je convoque , A celle fin que chacun soit recors De la dame dont ici git le corps , Et qu'elle soit tant pleurée et doulue , Qu'on connaisse qu'elle étoit bien voulue
Le long propos de ce piteux affaire Tant me réduit à courroux et à deuil , Que je ne sais certes si je dois faire Plainte de bouche ou fondre en larmes d'oeil. C'est un regret dont si fort je me deuil , Que mes soupirs , qui toujours sont en l'air, Me syncopent et rompent le parler.
Tant que je suis à ce moyen contrainte Faire silence et finir ma Complainte.
L'ÉPITAPHK PARLANT PAR LA BOUCHE DK LA DKFUNTB.
Comme chacun au tour du malheur tombe, Ici dessous cette massive toml>e , Suis morte , hélas ! et périe avant âge , Sans nul répit avoir pour Tavantage De jeunesse dont j'étois emparée , Et de beauté moult richement parée De biens mondains dont aussi j'en acquis Moult largement , quand à Gênes naquis ,
nn JEAN d'autox.
^>" j'ai vécu doucement à séjour, Kt demeuré Jà jusques à ce jour.
Auquel lieu vint, comme j'étois en vie , Le noble roi de France ayant envie De visiter sa superbe cité , Où se trouva comme s'il fut cité :
C'étoit le preux roi douzième Louis Je levisJà, l'entendis et l'ouïs, Parlai à lui au mieux que faire pus
Kt mon regard sur lui à faix repus,'
^S. bien qu'amour me (it lot mettre en quête
De accomter, dont je fis mon enquête
Et demandai la grâce du lx)n prince
QuM m'octroya, disant que je la prinsse,
1 uis me voulut laisser et retenir,
L'mtendio, sans autre erre tenir.
nélas î j'ai bien ce noble don prou cher,
Car oncques puis ne laissai approcher
Homme de moi, non certes mon maii
Qui maintefoisen a été marri.
Deux ans ou plus, j'ai toujours maintenue-
Cette vie et pour lui main tenue
Kt eusse fait tant qu'au monde eusse été
Kt pour lui seul tout mon cœur excepté '
Mais Fortune , celle marâtre adverse
Disant ainsi qu'elle m'aura traverse
Kt ne voulut souffrir ce, ne permettre ,
Comme sera ici touché par mètre :
Car une voix m'envoya pour me dire
Qu'il étoit mort, dont fus éprise d'ire
Kt de courroux , tant que lors je m'accouche
Ne oncques puis me levai de ma couche '
Disant: «HélasîahîMortîtropestmonel Ton dur assaut, si par toi est mort tel' Car s'il étoit, comme on dit, trépassé Mon corps voudroit ce pas être passé. J En ce disant, la fièvre continue Me vient saisir et tant me continue,
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Qu'à la parfm mes esprits tant lassés
Ne purent plus soutenir Ici accès ,
Dont commençai les membres à étendre ,
Tirer du cœor qui du travail est tendre -,
Lors vient la mort qui les deux yeux me bouclu
M'étreint le pouls et me ferme la bouche.
Ainsi laissai les choses temporelles.
Dont maintes ont souvent mal temps pour elles.
Hélas ! sire , soyez-ci enseigneur,
Si vraie amour est ou gît en seigneur.
Si vous êtes après moi survivant
En ce monde où n'y a sûr vivant ,
Ne mettez pas celui corps en oubli ,
Que vous avez tant de grâce ennobli :
Puisque pour vous il est mort sous la lame ,
Veuillez avoir souvenance de Tâme.
ReGBET <iUB FAIT LR ROI POUR LA MORT DE SA DAME INTENDIO.
Cruelle Mort , de dur venin éprise , D'amer poison enracinée et prise Et de fièvre pestiféré entachée , Pourquoi as-tu par celée entreprise Celle dame au dépourvu surprise , Et contre elle ta fureur attachée ?
Elle n'étoit pas encore tachée De vieillesse , ne de son gris pelage ; Mais au printemps de son florissant âge , Belle , bonne , sage, riche et discrète , Or, est- elle morte par ton outrage :
Toujours la plains et sans fin la regrette!
En fait d'honneur étoit si bien apprise , Qu'elle ne fut en sa vie reprise D'aucun méfait, et de mal reprochée.
Or l'avois-je pour intendio prise , Et elle moi, de quoi mieux je me prise , Vu les vertus dont elle étoit merchée.
Tant fut certes de mon cœur approchée , Que pour son bien maintenir en'usage.
J'eusse bien fait à Gênes un voyage ; Mais de maie heure est morte la^pauvrette. Hélas ! c'est bien un merveilleux dommage Toujours la plains et sans fin la regrette!
Elle vivant, j'ai sa valeur comprise , Tant qu'il ne faut que morte la déprise ; Mais est requis que par moi soit cherchée , Voire du cœur que regret autorise De ce faire; et le cas favorise, Disant qu'amour ne peut être cachée ; Ce que sait bien ma pensée empêchée , Mes sens ravis et mon triste courage , Qui ne peuvent oublier l'avantage Que me fit lors tant qu'ores en suffire tte : Son corps en est en terre pour otage.
Toujours la plains et sans fin la regrette !
Prince , j'ai eu son amour en partage , Dont elle aura de moi , pour héritage, Prière , adieu et oraison secrète ; Je ne lui peux donner autre suffrage , Si n'est qu'ici en ce bas monde et frage , Toujours la plains et sans fin la regrette !
Celle est morte qui a vécu sans blâme , Et eu le bruit de tant heureuse famé , Qu'impossible seroit de trouver homme Qui sût nombrer la moitié de la somme Des grands vertus qu'a voit la noble dame.
Qui veut savoir comment elle se clame , Je ne la veux certes celer à âme ; Thomassine Espinolle se nomme Celle.
Ci finira ma piteuse épigramme.