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Cummcnl le rapitûine €oim Î>'2lr6, apvce lu retraite iu (&arillan ci (feagrltr rniîrue par les J^rançaiô, ci eut rctouvnce en iTaneir, malgré la puiesance îïe (feonealeô JFfrranft, î»emeura ieiam ikmmt en |)autlU plu$ îre trotd mold , oit prit DÎllee et eljdteaur, et lui là assiégé, fil saillies et courses sur ses ennemis, et les contraiflittl letier leur siège; et romment fjonorablement s'en retourna en /rance.
Les François retournés en France, comme j ai dit, le capitaine Louis d'Ars, qui n'avoit à
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lacomposidon (le Gayette voulu entendre, étoil demeuré à Venouse avec ses gens, et là, avoit retiré avec lui le comte de Conversane, à tout grand nombre de gens pour faire service au roi, mais tantôt que celui comte ouït dire que les François avoient vidé le Garillan et rendu Gayette , s'en voulut aller, et lorsque les nouvelles furent dites, celui capitaine Louis d'Ars et le comte de Conversîine, avec leurs gens, étoientà!Montepellouse,ville du feu comte de Ligny, et de là, s'en voulut retirer ledit comte, mais encore le retint Louis d'Ars, en lui disant : « Par aventure ne sont les nouvelles vraies auxquelles ne faut ajouter foi , si commune voix ne le dit; ne nous effrayons point ores par paroles au vent semées , qui toujours avons vu l'effet de la guerre et le faix d'icelle soutenu. » Par ses remontrances et autres moyens emmena celui comte à Venouse avec tous ses gens, et delà, s'en allèrent devant la ville de la Velle , terre du feu comte de Ligny , laquelle assiégèrent et battirent tellement, que, en moins de trois heures, lui donnèrent l'assaut, voire au plus fort endroit de la place; car il falloit monter plus de deux lances de haut pour y entrer , mais rien ne leur arrêtoit, car ils étoient à telles prises cœurés. La muraille fut emportée d'assaut, et grand nombre de gens là dedans mis à sac, et la ville pillée , et tous les vivres dont grande provision y
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avoit pris et emmenés à Venouse, la roupture du Garillan se continuoit toujours; dont ledit comte de Conversane ne voulut plus arrêter là , mais avec ses gens s'en retira en ses places, pour là aviser sur ses affaires. Le capitaine Louis d'Ars pour ce ne changea propos, mais tint pied ferme, disant : (( Jà pour la menace de fortune n'abandonnerai ce que le pouvoir de vertu m'a donné , ne pour doute de l'effort de mes ennemis ne laisserai ce que par puissance d'armes j'ai sur eux conquête. » En cettui se montra bien là vertu de magnanimité , car les dangers de la guerre n'avoient cherchés comme fol aventurier ; aussi ne les vouloit-il fuir comme pavoureux craintif.
Souventesfois écrivit au roi de ses affaires, sans jamais en savoir aucunes nouvelles; car les postes aussi ne pouvoient passer, mais étoient toutes détroussées par les chemins. Après qu'il eut ravitaillé Venouse et pourvu au surplus de son besoin, il s'en alla devant Minervine, bonne ville et forte, laquelle pareillement prit et soumit en l'obéissance du roi. Somme, tant à point démenoit la guerre, que par toutes les Itales n'étoit autre bruit que de ses faits, tant chacun louoit ses œuvres et avançoit sa renommée, disant qu'en lui seul devoit être la fiance du roi arrêtée et la recœuvre de l'honneur des François trouvée, comme en celui qui aux extrêmes périls avoit
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été ferme et éprouvée vertu. Que fut-ce/ le caphaine Gonsales Ferrand, sachant que, si à ce ne trouvoit remède, le pays de la Fouille étoit en danger de se révolter et rendre audit Louis d'Ars, transmit là un capitaine nommé Barthélémy d'Alviane, avec quatorze mille hommes espagnols et artillerie grand nombre, pour assiéger Venouse et les autres villes que les François tenoienten la Fouille; lequel d'Alviane et ses gens se trouvèrent le vingt-cinquième jour de mars à trois milles près de Venouse; et de là celui capitaine, pour savoir de la manière des François qui dedans étoient, prit quatre cents chevau-légers et s'en alla courir jusques devant la ville, où fut recueilli par les François qui là étoient, et escarmouche à Toutrance lui et les siens : car le capitaine Louis d'Ars, averti de leur venue, leurmitaudevant deux cents hommes à cheval , lesquels ne faillirent à donner sur eux, et à belle campagne hors les barrières, escarmouchèrent plus de trois grosses heures, et là, se montrèrent entre autres Gilbert de Chaux et Jean de Montieux, François; car à toutes courses étoientdes premiers, et tant que leurs chevaux en plusieurs lieux y furent blessés, et à la parfin les Espagnols s'ennuyèrent du combat ; car sans faillir , comme j'ai su par de ceux qui là étoient, les François qui nulle puissance d'iceux doutoient rencontrer, comme ceux qui souventes-
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fois a voient leurs forces essayées et leur pouvoir abattu, chargeoient sûrement sur eux comme coutumiers vainqueurs, si que la place leur firent vider, et mirent en fuite; et ce fait, chacun se retira à son logis.
Le lendemain , un François nommé Bernard de Saint-Soudain venant courir de Castel de Mont avec vingt-cinq chevaux, sans savoir rien de la venue des Espagnols , se trouva si près de leur camp qu'il fut d'eux avisé : dont l'alarme fut par tout le camp; mais pour ce ne s'arrêta celui François, ains dit que parla passeroit; et premier que les Espagnols fussent armés et montés à cheval, lui et ses gens tous en flotte donnèrent des éperons et coururent tant roidement que le camp percèrent malgré leurs ennemis, et passèrent au travers par sur le ventre à ceux qu'ils rencontrèrent sans perdre un tout seul homme, et s'en allèrent à Venouse avec leur butin. Deux autres jours ensuivant, saillirent les François sur les Espagnols, et les escarmouchèrent à toutes fois jusques à les dérouter et mettre à la chasse, et tant que, à la seconde saillie, Bernard de Saint-Soudain à tout cent chevaux les alla réveiller à touchant de leur camp et donner si dure escarmouche, que leurs premiers coureurs repoussa jusques contre leur ost, dont se renforcèrent et saillirent bien cinq cents genétaires, et recommencèrent le bruit tel qu'ils rechassèrent les
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Françoisjusques devant Venouse. Le capitaine Louis d'Ars , voyant la grosse bande d'Espagnols approcher et chasser ses coureurs, dit à sesf^ens : « A cette heure est métier de défendre nos amis , et nos ennemis assaillir et leur montrer que trop ont éloigné leur camp pour approcher notre ville : sus donc, sus ores se montreront ceux qui ont vouloir de servir le roi et envie d'honneur acquérir ! » Sur ce, fit ouvrir les portes , et lui armé légèrement pour se trouver à délivre aux armes exploiter, avec deux cents hommes à cheval ou un peu plus et trois cents piétons , se mit aux champs. Or, avoient couru les Espagnols et lassé leurs chevaux; dont leur advint que le capitaine Louis d'Ars et ses gens montés sur vites estradiots soudainement saillirent sur eux, et leur donnèrent une si dure charge que par terre allèrent plus de vingt , les premiers coureurs françois assemblés avec les autres : dont commencèrent à recharger de tous côtés , et tant que, pour abréger, les Espagnols furent rompus et épars tellement que la fuite leur fut de saison, et s'ils étoient venus bien tôt, encore plus vite furent rechassés et suivis battant jusques à leur camp , mais non pas tous , car plus de trois cents demeurèrent par les chemins ou morts ou pris. Or, n'avoit pas là trouvé , Gonsales Ferrand , les capitaines du Garillan qui avec grosse gendarmée , à leur
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désavantage sans honorable chose faire, s'en étoient retournés; mais avoit rencontré celui qui, avec petit nombre de gens amassés , avoit ses ennemis louablement vaincus , et au danger de fortune vertueusement pied ferme tenu. Qu'en dirai-je plus? je ne le saurois de tant de louanges enrichir que ses œuvres le méritent. Or, avant! Après qu'iceux Espagnols furent ainsi chassés, ils ne sortirent plus que tous ensemble ne fussent, et pour eux efforcer de plus faire, ils levèrent leur camp et s'en allèrent tous ensemble avec leur artillerie près de Venouse, entre une rivière qui là passe et une abbaye nommée la Trante ; et là, en un lieu bas mirent leur camp et assirent leur artillerie; où n'eurent pas long repos: car, trois jours ensuivant, furent escarmouches par les François et tant que , dès que les uns venoient de les visiter, les autres leur étoient en barbe. Bernard de Saint-Soudain , qui toujours étoit en armes, à la seconde escarmouche fut blessé d'un coup de hacquebutte. Moult furent à louer ces pauvres soudards qui, au temps de la plus heureuse fortune de leurs ennemis, firent sur eux entreprises hautes et merveilleux faits. Quoi plus? tant furent les Espagnols tourmentés qu'ils dirent le mot, et voyant que là perdoient temps, gens et argent, transmirent au capitaine Louis d'Ars une trompette pour lui signifier la trêve qui
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entre le roi et le roi d'Espagne étoit, et ce firent-ils pour ce que par force ne lui pouvoient nuire ; à quoi, nonobstant ladite trêve, à toute puissance ressayèrent, ce qui étoit plus désobéi à la foi de leur maître que cherché Tavantage de son profit. Je n'en dirai plus, si n'est que foi ne se doit tenir à qui ne la tient, et se peut enfreindre k celui qui Tenfreint. Mais au propos : celui capitaine Louis d'Ars , après la trêve à lui signifiée par les Espagnols et icelle sue par Tévèque de Rennes , étant à Rome ambassadeur pour le roi, lequel lui avait envoyé les articles, accepta ladite trêve en attendant le bon plaisir du roi , et, pour en être averti , lui envoya un sien secrétaire nommé Jean de Coulon , qui si à point fit son message , qu'en moins de douze jours fut de Venouse à Blois , et là , présenta ses lettres au roi qui les vit, et aussi son conseil; sur quoi fut conclu que audit capitaine seroit mandé qu'il s'en retourneroit , et que premier laisseroit bonnes garnisons dedans Venouse et autres places qu'il tenoit; et ainsi le roi dépécha le messager et fit délivrer grand'somme d'argent pour bailler audit capitaine pour s'en revenir.
Or, s'en va ledit messager en poste, et tant alla que bientôt après sa dépêche se rendit à Venouse, où là avertit son maître du vouloir du roi et lui bailla ses lettres , par lesquelles
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lui étoit mandé son revenir, pourceque les trêves n'étoient si longues, comme il étoit requis, pour refaire armée et envoyer de par delà reconquêter pays et le secourir, et que, aussi au long aller, ne pourroit tenir lesdites places; parquoi lui commandoit le roi le retour, ce qui moult lui ennuya; disant que encore liendroit plus de six mois contre toute la puissance de Gonsales Ferrand , et que par aventure lui porteroit tel dommage et feroit telle chose, que ce seroit à l'honneur des François et au rabais de la gloire d'Espagne; mais au vouloir du roi voulant du tout être obéir, mit vivres et garnisons par les villes qu'il tenoit, et avec quatre cents hommes se mit sur mer, à tout huit voiles seulement, et adressa où mandé lui étoit. Après la trêve acceptée par le capitaine Louisd'Ars, Barthélémy d'Alviane délivra les cinquante hommes d'armes de messire Aimar dePrye, dont étoit Louis de Saint- Bonnet, et les mit hors de Tarente où ils étoient prisonniers, puis s'en alla assiéger le marquis de Betonte à Conversane ; et sachant, celui marquis , les gens de messire Aimar de Prye être hors de prison , envoya prier ledit de Saint-Bonnet, leur lieutenant, que pour l'honneur du roi dont il étoit serviteur, et lui pour soutenir sa querelle assiégé , lui donnât secours : ce qu'il lui promit de faire, et premier transmit devers le cap taine Louis d'Ars
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au prochas des emprunts , lequel lui envoya centécusdont il acheta pourpoints et chausses à ses gens qui étoient nus comme Arabes, car prisonniers avoient été plus de quatorze mois, sans changer d'habillements; que que soit, au secours du marquis de Betonte s'en allèrent, et furent si près suivis des Espagnols qui là tenoient le siège , que, à l'entrée de la ville , Tun d'eux fut pris et les autres entrèrent, dont Barthélémy d'Alviane leur manda que trèsmal s'acquittoient , vu tju'au moyen de la trêve les avoit délivrés , et (|ue si la ville pouvoit prendre , que de les tuer de glaive ne leur feroit l'honneur, mais honteusement les feroit tous pendre aux créneaux de la ville ; mais pour sa menace ne désemparèrent la place de trois jours , durant lesquels la défendirent à toute force , et ce fait , voyant que là ne pouvoient rien gagner et le capitaine Louis d'Ars s'en retourner, se mirent en mer et s'en allèrent àTrane au-devant de lui, lequel tiroit celle part, non comme fuitif chassé, mais comme voyager conquéreur. Ainsi s'en retourna celui qui sans faveur d'amis, sans secours d'alliés et sans solde d'argent que de son seul prochas, a fait à peu de gens ce que grosse armée n'a pu , ce qui est chose bien à tard ou non ouïe , et digne d'écout : ce qui me meut de louables titres décorer son nom et en mémoire éterne rédiger ses faits, et non à fausses
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enseignes, car ce a été le seul de tous les Gaulois qui en ce temps fut plus heureux en entreprises et triomphant en victoires ; dirai-je plus? c'est celui qui des premiers fut à l'exploit de la guerre de Fouille etle dernier y tint le champ, sans que par le pouvoir de ses ennemis put être forcé ne mis à outrance, mais s'en revint l'épée au poing comme heureux vainqueur, portant à son cou l'honneur du roi et le relèvement de la déchute des François. Je n'en dirai plus, fors que à tels capitaines sont dues honorables charges et profitables récompenses. Pour entrer en propos , celui capitaine avec ses gens fit cingler ses voiles de Venouse à Trane, ville des Vénitiens, où là rencontra Louis de Saint-Bonnet et ses gens , lesquels s'en allèrent tous ensemble de Trane devant Bexte que tenoient les Espagnols, et furent quatre jours à l'ancre où ceux de la ville, nonobstant qu'ils tinssent pour
GonsalesFerrand, leur baillèrenttant de vivres qu'ils en voulurent. De là furent à Ortonne en mer, puis à Notre-Dame-de-Terme où en pleine mer rencontrèrent quatre brigandins armés de Vénitiens, lesquels présentèrent au capitaine Louis d'Ars vivres et argent et secours, si métier en avoit, lesquels les mercia et aussi leur offrit son pouvoir pour leur affaire. De Terme s'en allèrent les François à la marque d'Ancône où prirent terre. De là le
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capitaine s'en alla à pied en voyage à Notre- Dame-de-Lorette, et puis avec ses gens tira à une ville nommée Sinagalle, où là achemina ses gens pour tirer en Lombardie, et lui avec trois gentilshommes des siens , c'est à savoir : Luc de Groing, seigneur de La Motheau-Groing, Gilbert de Chaux et Jean Aubert, s'en alla à Rome en poste où fut, du pape et des cardinaux et de ses seigneurs de Rome, honorablement reçu et doucement traité, et mêmcment du Saint-Père, qui volontiers l'eût retenu à son service et grandement appointé; mais pour rien ne voulut laisser le service du roi, ne prendre autre parti. Par quoi, après plusieurs choses entre le pape et lui dites, prit bénédiction et congé, et se mit en voie pour aller en France. Ses gens s'en allèrent de Sinagalle à Pesre , à Forli , à Faïence , à Imole, à Bologne, à Modène, à Parme, à Plaisance, et tout le droit chemin jusques à Pavie. Ici ne veux oublier de dire qu*iceux soudards qui n'étoient que quatre cents en nombre furent à tel honneur reçus par toutes les villes des Itales où ils avoient passé, que les portes leur furent ouvertes et les vivres abandonnés, et eux tous armés, à bannière dépliée comme s'ils eussent été cinquante mille, passèrent partout sans que nul se mît audevant, mais plusieurs desdites villes crioient : France, Louis d'Jrs, Tantôt que lesdits sou-
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dards furent à Pavie , le capitaine qui de Rome étoit venu en poste se trouva là , où fut malade de fièvres l'espace de vingt jours; et lui guéri se mit avec ses gens en pays vers Tortone et en Alexandrie, puisa Félissan, ville du marquisat de Montferrat , et tirèrent à un gros village nommé Isque près d'Ast, où, comme ils étoient à leur souper, sortirent mille ou douze cents hommes en armes, avec cinq pièces de menue artillerie, et voulurent le passage défendre aux François et charger sur eux; mais ils trouvèrent à qui besogner; carie capitaine Louis d'Ars, voyant Toutrageux vouloir d'iceux vilains qui sans querelle vouloient guerre commencer, dit aux siens : « Marchez , marchez ; en trop de bons lieux avez passé pour être ici arrêtés , et en tant de périlleuxdangers avez été que cettui ne devez craindre. » A ces paroles, marchèrent à ferme contre leurs gens, en manière que tantôt en jonchèrent le camp de morts et affolés; dont les autres tournoient les épaules et furent suivis jusques contre la porte du château, lesquels perdirent leur artillerie que les François emmenèrent jusqu'en France. I^e duc Philibert de Savoie reçut en son pays de Piémont le capitaine Louis d'Ars et le fêta à tous efforts, par toute la Savoie fit passer ses gens, et tous défrayer. En France s'en allèrent devers le roi, qui les fit payer de toutes leurs gages
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et les mit en ses ordonnances; au capitaine Louis d'Ai s fit tant bonne chère , que tout ce que demander lui voulut, libéralement lui bailla et davantage : aussi l'avoit-il justement desservi et à bon droit mérité. Les Espagnols , qui abstinence de guerre et paisible trêve lui avoient promise, tout en l'heure que la Fouille eut désemparé , toutes les belles places qu'il y tenoit furent par force assiéger et prendre, et de là chasser tous les soudards qui tenoient pour le roi. Qu'est-il à dire sur tel défaut, si n'est que à leur serment de fidélité ne doit nulle sûreté avoir, ne foi ajouter?
Comment mcseire j3icrre ie Uol)an , tnarcfl)al î>f <6uc, qui long-lcmpe nuuit en bruit m Svancc^ fut ilouiné îiu roi ci iic\]aèBéic rour.
Je ne sais que dire de la riante entrée de madame la cour, du variable gouvernement d'icelle , de son entretenement douteux ne de sa périlleuse issue, si n'est que à peine y peut nulle longue autorité avoir, ne toujours y être le bienvenu ; car, de sa commune manière , à tel montre hui bon visage, à qui demain tournera le dos , et Taccointance de ses auteurs est de telle nature que nul n'y veut compagnon endurer ne pair souffrir. Somme, c'est
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un si dangereux labyrinthe que bien souvent les plus avisés se trouvent égarés. Ace propos je disque, en celui même temps, messire Pierre de Rohan, maréchal de Gyé, qui, durant le temps de trois rois en France, avoit entre les autres au conseil eu le haut parler et au besogner le maniement des affaires, fut débouté de cour et éloigné de la personne du roi et ce au moyen de la folle entreprise et improvii langage dont par ci-devant avoit usé, desquelles choses fut accusé envers le roi et la reine; et pour avérer le fait, celui maréchal de Gye fut à Orléans, par messire Guy de Rochefort, chancelier de France, interrogé, enquis et ouï, assistants à ce, maîtres Etienne Carmonne , tiers président à Paris , Jean de Selva, second président à Rouen, Antoine du Prat, maître des requêtes ordinaires, Antoine de Louviers, conseiller à Paris , Jean de Pavie consedler à Toulouse, et le juge-mage deCarcassonne, en présence desquels, sur les paroles dont on le chargeoit et l'entreprise de faire armée en France sans le su du roi , de quoi avoit été accusé ; après l'interrof'e fait par ledit chancelier, nia tout, disant que de ce ne savoit rien, et que à tort lui étoit ce forfait reproché : dont pour la matière ensuivre, fut mené par les gens du roi et conduit par aucuns des gens d'armes de sa compagnie à Amboise, pour être affronté à madame Louise
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de Savoie , comtesse d'Angoulême , et à Louis de Montroyal; présents à ce, lesditsCarmonne et de Selva, du Prat et Carcassonne; et là, en son visage lui furent dites les paroles que sur la mort du roi avoit autrefois proposées , et montré ce que par écrit avoit envoyé : ce que nia derechef. Après ce, fut celui de Rohan, mené à Chartres, où lui fut baillée la ville pour prison , et lesdits conseillers s'en allèrent à Paris pour faire de ce leur rapport au chancelier et à ses autresdits collègues, par lesquels fiit appointé que par lesdits rapporteurs seroit mené à Dreux devers le sire d'Albret pour être à lui affronté. Or fut ainsi pourmené ledit messire Pierre de Rohan , ce qui moult lui ennuyoit, vu les grands honneurs et autorité hautaine en quoi s'étoit par ci-devant trouvé en France; ce néanmoins, fut mené à Dreux , et lui étant à ce voyage dit auxdits seigneurs qui le conduisoient, que le sire d'Albret étoit son ennemi mortel , et que s'il alloit à Dreux mal accompagné , qu'il se doutoit de sa personne, parquoi requit avoir de ses gens pour le tenir en sûreté; auquel dirent lesdits seigneurs que de ce n avoit garde, car il étoit en la main du roi et en sa sauvegarde pour l'heure, et sur ce, fut mené au château de Dreux , où étoit ledit sire d'Albret au lit, malade. Dedans la chambre où il étoit, entrèrent les conseillers et celui de Rohan ,
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lequel entra tète couverte et sans faire aucune révérence audit sire d'Albret, mais s'assit sur un banc d'osier vis-à-vis du lit où étoit ledit malade couché. Les sieurs du conseil eurent chacun leur chaire près du lit, lesquels . interrogèrent là celui d'Albret sur ce qu'il savoit des charges mises sus audit de Rohan et en sa présence : lequel d'Albret dit, ojant tous, quelesdites charges par lesquelles étoit illec messire Pierre de Rohan affronté étoient vraies, comme par message lui avoit mandé de bouche et écrit par lettre signée de sa main; lesquelles furent vues et lues devant tous. Ce fait, fut demandé audit de Rohan qu'il vouloit dire sur ce : lequel dit que c'étoient choses controuvées et que vérité ne contenoient, et que au sire d'Albret avoit été fait le bec pour en dire, comme l'oiseau fait en cage , et commença par paroles piquantes et mots injurieux à charger sur ledit sire d'Albret, le cuidant mettre aux champs, pour avoir occasion d'objecter contre lui ; mais de rien ne s'émut ledit d'Albret , ains toujours persista en son direct fut ferme en son propos : ce qui fut , par lesdits seigneurs du conseil qui là étoient, bien ouï et entendu. En ce faisant, ledit de Rohan qui n'avoit cause d'être joyeux, par manière décontenance, avec la main se peignoit la barbe laquelle avoit fort grande, et à la fois s'en couvroit une partie
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du visage , si que il n'en apparoissoit que le front et les yeux. Or avoit le sire d'Albret en main un petit marmot qui faisoit sur le lit un millier de singeries, et entre autres en fit une telle, que, en regardant celui de Rohan ainsi difiorme pour la barbe qui lui couvroit tout le visage, tout-à-coup de dessus le lit où il ëtoit saillit d'un saut jusques contre lui et se vint attacher les mains à sa barbe , en tirant à toute force : dont celui de Rohan tout effrayé se prit à crier et courroucer, disant qu'on se truflbit de lui, et à force de tirer, arracha le marmot de sa barbe et le jeta contre terre, lequel se releva et se mit sur le lit en faisant la moue à son homme; de quoi là n'eut homme , réservé celui que savez, qui ne fît sa risée à pleine bouche. Que fut-ce? après toutes ces choses, ledit de Rohan tout mal content s'en issit de la chambre en disant : « Adieu seigneurs, et gardez bien votre marmot ! » et ainsi chacun se retira. Après, fut mené à Paris avec ses charges, et icelles vues et mises en avant, le procureur du roi prit conclusion contre lui, tendant à fm qu'il fût décapité , et démembrés ses biens publics , et ses enfants déclarés inhabiles à succéder comme fds de commisseur de crime de lèse -majesté.
A tous articles, ledit messire Pierre de Rohan dit toujours : Nego , et avec ce, fut
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par lui demandé délai à donner et prouver innocence et objecter reproches , ce qui lui fut accordé pour rapporter le premier jour du ino.s d avril ensuivant, auquel parties furent renvoyées au parlement de Toulouse. Appelés lesd.ts seigneurs de Sel va, du Prat et de Luvnes pour voir et juger la cause, lesquels, après la vue et consultation d'icelle, donnèrent leur arrêt, lequel fut prononcé parle premier président de Toulouse : par lequel arrêt fut ledit de Rohan suspendu de son office de maréchaussée pour cinq ans; interdit d'approcher la cour de dix heues près, durant ledit temps: pnvede ses gens d'armes, déclaré inhabile et prive de toutes gardes de places et châtelleniescondamné à rendre au roi l'argent des mortes-paies du château de Fronsac, depuis le temps de douze ans, et au surplus, absous de plus grand'peine demandée par ledit procureur du roi.
Ainsi sont plusieurs, par leurs démérites, honteusement chassés de cours, qui, sous l'ombre de dissimulation, y ont longuement régné et tant plus haut y sont montés, de tant plus leur est griève la chute; parquoi nul, selon Seneque , se doit à si haute chose appliquer, que le demeurer y fasse à craindre et la descente a achever. A chef de ce propos, ferai commencement de la chronique de France de lan i5o4.
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«Tommfitt mtmït ffoittô it (èraoilU, amiral ie Jrante , qui î>f tt «jne aooit itc Ijore ie tour, fut par U roi manîrt rt mis fit gronïr autorité, rt f omnunt aucuns irrsorifrs tt aulrre furent pri» ft punis pour aooir pillé l'arijfut ïiu roi.
Lorsque messire Pierre de Rohan eut le bond en l'entrant de l'an i5o4, messire Louis de Graville , amiral de France, lequel du temps de ce roi n'avoit que bien peu suivi la cour; il, au moyen de son bon bruit et du prochas d'aucuns ses amis, et par l'avis du roi, fut envoyé quérir pour assister au conseil, comme celui qui étoil ancien, sage et clairvoyant, et qui moult sa voit; et lui, venu en cour, fut bénignement reçu du roi et autorisé grandement en l'affaire du conseil et autres besognes du royaume , et tellement que, à sa venue, plusieurs choses touchant le défaut des pertes et moyens d'icelles faites par ci-devant furent débattues et mises sur le bureau; et mêmement fut conseil tenu sur les grands frais , excessives mises et extrêmes dépenses qui pour les armées du roi de delà et deçà les monts avoient été faites; et tellement y fut vu, que , le nombre des finances baillées aux trésoriers et la somme d'icelles reçues par les
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gens d'armes du roi entrejetés, de plus de douze cent mille francs de reste furent lesdits trésoriers et clercs des finances envers le roj endettés, sans que nouvelles fût de les rendre ni restituer : parquoi le roi, pour ce avérer tint la chose celée jusques à temps, lant fut le cas découvert, que l'un d'iceux butmiers, averti de la menée, s'en alla au roi et dit : « Sire, s'il est votre bon plaisir de me donner grâcede mon forfait et pardonner mon défaut , je vous nommerai aucuns de ceux qui ont butiné votre argent, et vous restituerai ce que j'en ai eu. »
Le bon roi, oyantla confession du pauvre larron qui restituer vouloit et accuser les malfaiteurs, ne voulut tant la mort du pécheur, que, après les pièces rendues , ne lui fit bailler sa grâce par écrit et pardonna son crime et après ce , telle inquisition fit sur son affaire que, par celui et par autres, eut en écrit les noms d'iceux qui sur ce s'ensuivent , c'est à savoir : messire Antoine deBessey, lequel en fut depuis à son honneur déchargé; Jean Duplessis; François Doulcet, maître de la chambre aux deniers, et contrôleur des guerres extraordmaires; Nicolas Briseau, Cbaries Lemaçon , Gilles Leroux , Pierre Mesnager , Gilbert Lemaçon , maître Jean Herouet , Jean Beldon , Berlaut de Villebrême , Pierre L'Estourneau , Jacques de Fontenay, Émery Loppin, Jean de
Cliiedeville , clercs de finances , et quelques autres dont je n ai su les noms; lesquels le roi fit tous prendre , réservé François Doulcet, qui se sauva chez les Jacobins de Blois. Nicolas Briseau avait gagné l'église de Saint-Martin de Tours, pour franchise; mais le roi fenvoya prendre jusques là et le fit amener à Blois. Messire Antoine de Bessey fut pareillement envoyé quérir jusques à Dijon , et prendre par un nommé messire Lancelot du Lac , gouverneur d'Orléans. Courcou fut pris à Blois à son logis; les autres furent envoyés prendre, les uns à Paris, les autres à Orléans, et là où ils étoient , et mis entre les mains de Jean d'Anglac, prévôt de l'hôtel du roi. Ils furent interrogés et ouïs sur ce par messire Guy de Rochefort , chancelier de France , et de tous ceux du conseil du roi , tant que, après toutes enquêtes et interrogations, et leur confession mise par écrit, leur procès fut fait , par lequel Jean Duplessis , nommé Courcou , fut atteint du cas , et, pour ce, condamné à être pendu et étranglé. Tous les biens de François Doulcet furent confisqués au roi ; trois des autres furent mitres sur les échafauds en la ville de Blois , et eux bannis de la cour, et leurs biens mis en la main du roi. Nicolas Briseau fut renvoyé à Saint-Martin de Tours, où il avoit été pris, et son bien arrêté. Somme, la plupart d'iceux perdirent leurs biens, honneurs et
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offices, Jean Duplessis , qui avoit été condamné à mort , fut requis par la reine et la marquise de Saluées, qui lorsétoit en cour, dont le roi tant humain qu'onc homme ne fit mourir à qui il put pardonner, voyant le cas à lui seul toucher, lui donna la corde et ne voulut que nul des autres pour ce forfait encourut mort. Messire Antoine de Bessey , bailli de Dijon, fut envoyé au château de Loches, et Jean Duplessis avec lui, prisonniers. Voilà comment, par vicieuse rapine et avarice odieuse, ces malheureux leur malheur délièrent, qui, selon le cri public, furent cause de la mort de plusieurs François et moyen de la perte du royaume de Naples. Dont je, qui lors étois en cour aux écoutes, ouïs sur ce parler les uns et les autres diversement ; car les aucuns disoient le malheur des François leur être survenu pour ce que par ci-devant , après leurs grandes conquêtes et heureuses fortunes, avoient envers Dieu donneur des victoires été ingrats, tant que ses bienfaits avoient méconnus et oublié ses dons : dont furent frustrés de grâce de besogner à profit et prospérer en honneur; le dire des autres étoit que les capitaines de Tarmée, qui étoient divisés entre eux et envieux de gouverner, avoient laissé l'honneur de la guerre pour en vouloir prendre le profit, ce qui leur offusqua le sens de bien ordonner, et divertit le vouloir d'exploiter à
point. Le propos des autres fut que les soudards n'avoient tenu ordre de guerre ni discipline de chevalerie gardée, mais s'étoient arrêtés à leur opinion et avoient suivi leur volonté, dont furent en leur intention déçus et déchurent de leurs entreprises.
A ceux du conseil s'attachoient les autres, et soutenoient que aux grandes affaires eurent peu d'avis, et au besoin soudain perdirent le sens : qui fut cause dont l'œuvre fut follement commencée et honteusement finie.
Les autres chargèrent sur les trésoriers et clercs des finances, disant que Targent qui pour défrayer Tarmée étoit ordonné avoient retenu dedans leurs coffres, sans le vouloir dispenser à besoin ni exploiter à profit, tant que, par ce défaut, les gens d'armes furent à la parfin dépourvus de vivres , démontés de chevaux, dégarnis de harnois, dénués d'habillements et découragés de combattre. Plusieurs autres raisons furent sur ce dites et causes alléguées, pour lesquelles rédiger j'en ai traité comme s'ensuit.
Lb défaut du GARILLAN.
Au temps que Mars eut dompté les Itales Et Vaincues leurs puissances totales Par les François , et Naples subjuguée , Milan conquise , la haute mer voguée, Et encherchés maints dangereux détroits ^ L'an de grâce mille cinq cent et trois ;
DE JEAN DAUTON.
Lorsque Saturne eut fait conjonction Avecque Mars , et révolution Du cours entier de son tardif voyage , Espagne a voit à Naplcs eu passage Sur les François par celée entreprise ; Lesquels, voyant faire telle surprise Par les exploits des hostiles efforts, Transmirent là armées et renforts Pour secourir à force leurs amis Et guerroyer leurs mortels ennemis ; Mais tel méclief survint alors sur eux , Que leur défaut les rendit malheureux ; Dont je , qui lors écrivoie leurs gestes , Voyant les cas advenus manifestes.
Voulus savoir la manière du fait.
Tant m'en enquis et en sus en effet Par le rapport des soudards et gens d'armes , Des chefs aussi qui conduisent les armes, Des conseillers et des clercs des fmances Qui sur ce font exploits et ordonnances , Que le secret de ce mal vint atteindre, Oyant la voix commune se complaindre Et du méchef les dessusdits charger :
Chacun d'iceux se voulut décharger Et excuser du défaut de la perte , Dont la chose fut tant claire et apperte, Que j'entendis chacun , en son endroit , Sur ce alléguer le tort et le bon droit , Et tout l'effet de ses mots exposer Que par écrit je veux ci proposer :
Dont les soudards qui le plus se dolurent Tous les premiers leur cas dire voulurent ; Puis les autres contèrent leur affaire , De mot à mot ; dont j'en ai voulu faire - Tout promptement ce petit abrégé , Ainsi qu'il est ci -dessous rédigé.
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104 CHROIVIQUKS
Lis gens dVrmbs.
Après avoir souvent les monts passés , Fait des labeurs et des armes assez, Italie surmontée et soumise , Wous par la mer travaillés et lassés, Devant les Turcs nos sièges emplacés , Et mainte œuvre vertueuse commise , Fortune s'est de nos faits entremise , En enrayant notre prospérité ; Mais jà pourtant sa dure austérité N'amollira nos endurcis courages, Car si ores nous donne adversité , Nous en serons une autre fois plus sages.
Division à noscbefs dédiasses,
Tant que les uns se sont tôt déplacés
Et les autres n'ont usé de main mise ;
Cupidité a les coeurs embrasés
Des trésoriers , tant qu'ils ont amassés
Deniers pour eux sans fournir à la mise.
Faute de sens a licence permise
Aux conseillers de taire vérité :
L'un au dire a été inité ,
L'autre au faire a eu clos les passages.
Ainsi partout est contrariété,
Nous en serons une autre fois plus sages.
Les cieux nous ont par signes menacés ,
La mer flottant nos navires cassés
Et la terre la famine promise :
Dont les aucuns de nous sont trépassés ,
Les autres pris et les autres cbassés ,
Et le surplus revenus en cbemise ;
Nos ennemis ont sur nous cette mise ,
Disant que nous avons le jeu quitté.
Mais avant que tout ne soit racquitté
Nous y metti'ons cœurs , corps , biens et usages ,
DE JEAN d'aUTON.
Et si devant on s'est mal acquitté , Nous en serons une autre fois plus sages.
Les capitaines.
Ceux qui jadis voulurent obtenir Titres dMionneur, pour armes soutenir, Et victoires triompliales acquerre , Dieu au premier eurent en souvenir, Oroit apparent voulurent maintenir Et par ordre mettre leurs gens en erre ; Un ch(>f rxpert au métier de la guerre Voulurent seuls ordonner et commettre ; Sachant qui a compagnon , si a maître ; L'un veut le bruit , l'autre la gloire envie , Tant que souvent différend s'y va mettre : Entre pareils y a toujours envie.
En guerre faut celé conseil tenir,
Explorateurs secrets entretenir
Et découvrir les détroits de la terre ,
Au dépourvu chercher et prévenir
Les ennemis , à l'aller, au venir ,
Ou au loger si on les trouve en serre ;
Donner à droit pour avoir leur desserre ;
A grands efforts les combattre et soumettre;
Sur ce, plusieurs gouverneurs n'entremettre.
Si que, à besoin l'un l'autre ne convie ;
Et ce qu'un peut , à deux ne faut permettre :
Entre pareils y a toujours envie.
Pour ne vouloir nous adjoindre etunir, Honneur pour nous n'avons su retenir Ni pour le bien public profit conquerre. Et si disons que Dieu, pour nous punir , Nous a voulu notre sens détenir Tant qu'au besoin ne l'avons su où querre ; Souvent nous sont nos gens venus requerre. Qu'aux ennemis les voulussions transmettre
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CIIR0NÏQLE9
Pour Iriir donner le comlmt , et pi omet! rc , Les tlélrtire à fx^ine i\v Va vie ; Si l'un niarchoil, Taulre n'y vouloit être ; Entre pareils y a toujours envie
Piime, un 1>on cliefpeut trop mieux advenir
A son désir et à Tost parvenii- ,
Si sa bannière est droilement suivie,
Que les plusieurs , car au dire ou fournir,
Dissension peut à eux surv«Miir :
KnUe pareils y a toujours envie.
Lm conseu.lkrs.
Qni veut à droit armée «^onverner Et en sûreté son étendanl mener Sans désordre , bruit ni confusion , Loyal conseil doit rouivn- «hniener, Pourvu cpi'il sache entendre et rament r \ç <^;,j, selon *lue provision ; Mai» de «pi<n sert fuir division, Hien ordonner sur le présent affaire , Du prétérit souvenir, pour mie'ix faire A Tavenir pourvoyance et subside ; Et cpie chacun veuille son gré parfaire ? Raison n\i lieu où volonté préside.
Pour la sûreté des princes ordonnei* Et au peuple s;\lut abandonner, Nous avons eu Tadministration \ Mais quel ordre se peut sur ce donner, Si le bien-fait ou ne veut guertlonner, Et le délit est sans punition , Honneur ravi par fausse aml>ition , Profit soumis à main propriétaire , Conseil enfreint par motif volontaire , Et appétit commun tenu sans bride ?
Sur ce , ne fiuit proposer, mais se taire : Raison n'a lieu où volonté préside.
DE JEAN D AUTOIV.
Plusieurs ont vu les François dominer, Puis revenir près de s'exterminer, Et tous \vuT% faits cheoir en dérision ; Dont, pour le vrai du cas examiner, Sur ce, on ne peut dire ou déterminer Autre chose pour la conclusion , Si n'est cpie ceux qui par abusion Veulent user et vers Dieu se forfaire, (îherchent moyen ponr eux-mém(*S défaire : Comme ceux qui vo^^uent la mer sans j^iide; Et qui ne croit met le tout à refaire : Raison n'a lieu où volonté préside.
Prince , qui veut en triomphe régnei , Doit le vouloir des émus arrainer Va n'exploiter tout ce que chacun cuidc, Carder <piL' nul ne se jjuisse eilréner, Va les motifs dissolus refréner:
Raison n'a lieu où volonté préside.
Les TRESORIERS.
Qui veut soumettre un pays étranger Parfaits d'armes, ou injures venger, n doit avoir finances à suffire Pour son charroi conduire et arranger.
Et à ses gens tant donner à manger Que nul par faim les puisse déconfire; Ses trésoriers bons et loyaux élire , Sûrs, diligents, bien experts et propices, Prompts à payer, gardant bonnes polices; Convoitise ne priser deux fétus, D'autrui avoir ni porter leurs pelisses : Avarice corrompt toutes vertus.
Le roi nous a bien voulu encharger
Du payement , et nos coffres charger
De son argent , pour le mettre et conduire ;
Mais puisqu'il faut venir au partager,
Abutiné Tavons , pour abréger,
Sans en payer les soudards ni mol dire :
Ce qui nous a de plusieurs fait maudire;
Car maints François en sont morts, et Suisses,
Naples rendue et ses forts édifices ,
Nos gens défaits sans être combattus ,
Mal réputés, et pour nos maléfices :
Avarice corrompt toutes vertus.
Quelqu'un des chefs sur ce voulons charger, Commissaires n'en pouvons décharger; Contre voleurs ont joué à la tire , Nous avec eux avons pris de léger , Dont justice nous a fait corriger, .
Sans nous vouloir à la rigueur occire ; Envers nous fut tant humain le bon sire, Que nonobstant nos rapines et vices , Ne nous voulut être mis aux justices ; Mais nous bannis , et de mitres vêtus , Avons perdu honneur, biens et offices : Avarice corrompt toutes vertus.
Prince , on ne peut de plus s'endommager Que soumettre sa chevance en danger De ceux qui sont par argent abattus ;
Argent fait tôt mœurs et propos changer,
Témoins mentir, arbitres mal juger :
Avarice corrompt toutes vertus.
Les trésoriers et clercs des finances furent traités en la manière susdite, dont aucuns d'eux, comme très-honteux d'avoir été atteints du cas et punis du méfeit, s'en allèrent les uns hors du pays , et les autres tinrent à leurs hôtels demeure solitaire avec leurs femmes et enfants; et les autres furent, moyennant
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leurs amis et ce qu'ils n'étoient que légèrement chargés, laissés en leurs offices et continués en icelles; et ce faisant, le roi, qui lors étoit à Blois, peu à peu retira partie de ses pièces, et se remboursa sur les plus apparents et moins excusables, et avec ce, la confiscation d'aucuns d'iceux qui s'étoient absentés , donna à ses pauvres capitaines, qui tous avoient perdu au royaume de Naples. Au château de Loches , étoient lors prisonniers messire Antoine de Bessey, bailli de Dijon; Jean Duplessis, ditCourcou. Or avoit été, devant ce, ouï et interrogé ledit bailli de Dijon, par messire le chancelier de France , Raoul de Lannoy, bailli d'Amiens, et le seigneur du Bouchage , sur ce qu'on le chargeoit d'avoir pris et retenu l'argent du paiement d'aucun nombre de Suisses ordonnés pour aller au voyage de Naples; de quoi s'excusa moult vertueusement, disant que l'argent qu'il avoit du roi pour exploiter à cet affaire , avoit légalement distribué et mis totalement, comme apparoissoit par le rôle du nombre desdits Suisses et le paiement sur ce fait; et au dire d'aucuns ambassadeurs et Suisses, qui lors étoient en cour , et au voyage de Naples avoient été , s'en vouloit rapporter ; dont furent ouïs lesdits Suisses, lesquels de ce déchargèrent ledit de Dijon, disant qu'ils avoient été présents au paiement de tous les Suisses qui avoient été audit voyage , et nuls
jjQ CHRONIQUES
d'iceux en avoient ouï plaindre ni murmurer. Parquoi toutes ces choses mises en avant et rapportées au roi, fut celui bailli de Dijon mis hors de prison et entretenu du roi en ses gages et offices mieux que devant, et bien à point traité en cour , comme souvent j'ai vu
depuis.
Jean Duplessis de meura, quelque temps après ce, audit château de Loches, étroitement tenu et bien gardé ; mais nonobstant toutes ses charges et condamnation contre lui faites, et au prochas d'aucuns ses parents et amis, le roi, comme très-piteux et tout humain, ne le voulut tenir en perpétuel exil, mais lui élargit sa grâce , tant que hors de chartre le fit mettre'et envoyer à sa maison. Tout le temps d'été, demeura le roi dedans et autour de Blois, où durant ce temps plusieurs ambassadeurs vinrent en cour, et furent là déj^echés et envoyés en leur pays ; et après toutes ces choses finies, entour la fête Saint-Martin, le roi partit deBlois, et s'en alla à Paris, où fit son hiver , la reine quant et lui , qui encore du temps de ce roi n'avoit là fait son entrée : dont s'en alla à Saint-Denis , et après avoir là fait quelque peu de séjour, s'en vint à Paris. Audevant d'elle fut toute la cour de parlement, en triomphant arroi. Le prévôt et tous les seigneurs de la ville avec tous les collèges de l'Église la furent recueillir, et chacun d'eux à
DE JEAN d'aUTON. m
son rang lui fit sa harangue et oraison. Les rues étoient de riches tapisseries tendues et parées; à toutes les portes et aux carrois par où elle passoit, se jouèrent nouvelles comédies et divers personnages, en louant très-hautement la magnificence du lis et l'excellence de l'hermine. Tous les princes qui lors étoient en cour, les gentilshommes du roi et grande baronnie de France et de Bretagne étoient avec la reine , laquelle fut ainsi conduite en la ville de Paris, où fit là les serments accoutumés, et fut reçue honorablement avec joyeux accueil et dons d'inestimables richesses. Le roimettoitde jour en autre provision de conseil en ses affaires, jusques à soi trouver souvent au consistoire et ouïr l'opinion des sages, pour mettre à exécution son vouloir juxte l'arrêt des mieux avisés ; tant voulut donner œuvre à l'accroît du bien public, que lors son royaume de France sous sa main fut si heureux que l'Église étoit unie, noblesse paisible, marchandise plantureuse et labeur fructifiant; quoi plus? justice à tous dûment administrée. Durant ces jours, maintes joutes et tournois furent faits à Paris en Nesle , où tous les jours étoient gentilshommes sur les rangs, la lance sur la cuisse, et entre autres fut fait un tournoi, dont advint qu'un nommé François de Maugiron , des gentilshommes de chez le roi , et un autre nommé Supplanville, se
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trouvèrent run contre l'autre, lesquels étoient moult {gaillards, hommes jeunes et adroits. Pour faire fin, iceux montés et armés, le long des lices, à course de cheval, s'adressèrent si rudement, que au choquer, François de Maugiron asséna Supplanville si adroit et de telle force, que la lance lui mit tout au travers du corps, tant que tout mort s'en alla parterre, lequel fut moult plaint et doulu, car il étoit trèsgentil et plein de cœur . Assez d'autres faits d'armes furent là exploités que je laisse, pour entrer
en autre propos. En la présence du roi et de la reine et de tous les seigneurs de France, qui là étoient, les clercs du Palais et les écoliers de Paris jouèrent lors plusieurs comédies satiriques et tragédies morales, par lesquelles, à mots couverts et paroles vraisemblables , découvrirent tous les défauts et faits repréliensibles qu'ils surent être de ce temps perpétrés en France, à Naples et à Rome, en chargeant sur le maréchal de Gyé, dont est touché audessus, disant par leurs personnages audit maréchal, que : son trop chauffer cuit et son trop parler nuit. Aussi n'épargnèrent-ils les trésoriers et clercs des finances, ni aucuns de ceux de l'armée de Naples , qui s'en étoient fuis; et puis passèrent iceux momeurs par Rome, et Dieu sait quels lardons ils y semèrent; somme, il n'y eut pape, ni cardinal, ni empereur, ni roi, ni autre sur qui à parler eut;
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voir jusques à Clairée et de Furno, à qui ne jetassent une pierre en leur jardin ; et tant en firent, que, à la parfin, leurs jeux leur furent interdits, et aucuns d'eux punis jusques à devoir être l'exemple de crainte à tous autres; je n'en dis plus, si n'est que cil qui forfaiteur se sent, à tels hérauts ne doit faire blasonner ses armes, ni publier ses faits, car ils disent souvent tout et davantage.
Le roi fit lors translater le corps de son père le duc Charles, duc d'Orléans, de Saint-Sauveur de Blois, où avoit été en sépulture, et le fit porter aux Célestins à Paris, où est l'antique sépulture des ducs d'Orléans, et là, tant honorablement servir, que la fête funérale fut louée de chacun, aussi à bon droit, car le corps, depuis Blois jusques à Paris, fut mené en telle manière, comme si ce fût au premier obsèque, et mis en son curre de deuil, tout couvert de velours noir, et le corps de drap d'or frisé de noir, le tout semé des armes d'Orléans. Grand nombre des seigneurs de France en deuil , des gentilshommes du roi et des archers de sa garde, étoient à le conduire, et par toutes les villes où passèrent , comme à Cléry, à Orléans, à Étampes , et autres lieux sur le chemin de Pans, toutes les processions des collèges et églises parochiales, avec les seigneurs et le peuple desdits lieux, furent au-devant du corps; et tous prêtres qui pour le défunt célébrer
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voulurent, furent paytîs et repus, et tous les pauvres qui furent trouvés par les chemins eurent chacun un grand blanc pour prier Dieu pour l'âme de celui bon prince. A l'approcher de Paris jus(pies au Rourg-la-Reine , furent au-devant du corps tous les princes et seipneurs qui lors ëtoient en cour, toute la cour de parlement, le prévôt et les seigneurs de Paris, l'université, Vévêque de Pans avec tout le clergé des collèges de la ville en procession : tant d'hommes en deuil et portani tora.es étoient là, et telle multitude de peuple, que le nombre étoit plus grand cpie mon estimation ne pouvoit comprendre. Toutes les cloches de la ville sonnèrent à cette venue , en manière qu'on n'eût là ouï tonner; «pioi plus? en cette manière triomphale fut porte le corps en l'église des Célestins , et là , trèshonorablement servi et somptueusement sépulture.
En ce même temps , le roi transmit en ambassade maître Georges d'Amboise , légat lors en France, devers le roi des Romains étant lors en Allemagne : lequel légat s'en alla bien accompagné d'évêques et autres seigneurs d'En glise et de gentilshommes à grand nombre ; et lui avoit baillé, le roi, vingt-quatre archers de sa garde pour le conduire , lesquels portèrent en leurs hoquetons chacun quatre mille écus que le roi envoyoit audit roi des Romains ,
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pour certaine cause et aucun traité fait entre eux (à porte close , quant à moi). Si s'en alla donc celui légat faire son message d'ambassade, lequel fut honorablement reçu et doucement traité dudit roi des Romains et des princes d'Allemagne, et ouï sur son dire tellement, que ce qu'il demandoit il obtint, et ce fait, se mit à chemin pour s'en revenir en France.
A la fin du mois de février, le roi se trouva dedans Paris, tout altéré et mal de sa personne, pour la froideur et humidité dudit lieu , qui par temps d'hiver est moult froid et moite; parquoi ses médecins lui dirent que le changement de l'air et l'éloing de ce lieu où il étoit lui allégeroient son mal , et que, pour le mieux de sa santé, besoin étoit de s'en aller autre part : ce qu'il fit, car incontinent délogea de Paris et s'en alla par eau jusques au pont Saint-Cloud, et outre, pour le danger dudit pont, sur lequel nul roi de France ne passe. De là s'en alla par terre jusques à Chartres, à Châteaudun , à Bonneval et à Blois , la reine toujoursavec lui. Audit lieu de Blois se trouva, par un temps , assez bien , et fit très-bonne chère, et là, avec la reine et Madame Claude, leur fille, fit joyeusement sa fête de Pâques, sur laquelle finirai ma chronique de l'an i5o4, pour commencer des feits de l'an ensuivant.
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II
Ci comnmct lacl)ronique ie Stance ie Van 150.% parlant au premier Vmt flrihje maladie îront U toi fut lars Purement atteint.
En rentrant du mois d'avril, en Tan i5o5, le roi , derechef, se trouva tout débile et fort malade, et tant, que ses médecins ne savoient bonnement par quel régime y remédier , dont eurent grand doute en son affaire ; car de fièvre continue et chaud mal fut tant épris , que, plusieurs jours, le boire, le manger et le dormir perdit, si que chacun pensoit qu il en fût fait. La reine , qui plus en son mal se sentoit intéressée et qui Taimoit comme soimême, étoit nuit et jour en place pour le servir de ce qu elle pou voit et le secourir de ce que métier lui étoit, et pour le réjouir, devant lui, montroit visage riant et lui usoit de joyeuses paroles; mais, à part, toute couverte de larmes , se douloit si très-amèrement que nul la voyoit qui de pitié ne pleurât : nul entroit dans sa chambre , réservés ceux qui étoient ordonnés pour le service, desquels furent François d'Orléans , comte de Dunois , messire Louis de la Trimoille , premier chambellan , maître Florimond Robertet , l'évêque de Périgueux , son aumônier , et frère Jean Clairée,
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son confesseur, lequel lenhortoit moult bien de son salut. Aussi celui se montra très-catholique prince , car il se confessa révérentement,et les divins sacrements de l'Église très-dévotement reçut, et en la présence de messire Guy deRochefort, son chancelier , et de FJorimond Robertet, fit son testament. Or avoit-il singulière fiance en Dieu et souveraine envie de guérir , qui sont deux choses qui de mort à vie souvent ramènent les humains ; dont lui , étant en son grabat , se voua à la sainte-hostie de Dijon, où toujours avoit eu entière dévotion et souveraine révérence. Durant cette maladie , aux é vêques et seigneurs de l'Église du royaume de France, et par tous les pays du roi, fut commandé de faire processions et prières pour sa santé; ce qui fut fait par plusieurs jours où le clergé et les nobles s'assemblèrent de toutes parts , faisant leurs dévotes oraisons envers le Consolateur des désolés, pour la guérison de leur bon prince : à ce ne faillit le pauvre peuple de France, qui mit lors son labeur en oubU pour y accourir à troupeaux, les mains jointes et les yeux: tendus à mont, criant à haute voix : « Hélas! vrai Dieu, salut des espérants en toi, jette sur nous les yeux de ta miséricorde, et nous étends la main de ta grâce, et regarde en pitié l'état du royaume de France que des armes célestes tu as ennobli et enrichi de ta foi chré-
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tienne, auquel ton nom divin est hautement honoré et ta sainte foi dignement exhaussée. Ores y avoit la bonté mis un prince de florissant bruit, renommé, loué de toutes vertus, sur les requis le plus exquis, et entre les bons le meilleur : hélas! Fortune, ennemie de prospérité et marâtre d'humaine gloire, le tient ores languissant en la couche de maladie, de qui la main tenoit jadis en crainte ses ennemis, et ses sujets en repos. Regarde, Dieu, regarde à la plaie de notre chef, tant griève que nous , ses pauvres membres , en commençons à sentir Tamère douleur, et ne nous laisse comme peuple sans ducteur ou brebis sans pasteur : écoute les piteuses clameurs de ton pauvre peuple , sire Dieu , et ne mets le cri de la commune gent à dépris : car Toreille de ta douceur a toujours sa voix ouïe et sa prière exaucée; si, te supplions, notre père Dieu, que à cette oraison nous sois enclin, et à cette requête, propice; en donnant prompte santé et longue vie à notre roi très-chrétien. »
Ainsi faisoit le peuple de France piteuses complaintes pour la maladie du roi, et dévote oraison pour sa santé ; avec ce , la reine transmit hâtives postes devers le Père-Saint pour avoir pardons et indulgences à tous ceux qui dévotement voudroient prier Dieu pour sa guérison et prospérité : dont ledit Saint-Père y élargit tant du trésor divin et apostolique
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grâce, que , en tout le royaume de France et par tous les pays du roi deçà et delà les monts, envoya le jubilé, et, afin que chacun fût plus enclin de prier Dieu pour le bon prince, ordonna, ledit Père-Saint, que, au quinzième jour du mois de juillet ensuivant, seroient faites processions générales et porté le corps sacré de Jésus-Christ comme au jour de sa fête, et que tous conféset repentants, en priant Dieu pour le roi et sa santé , gagneroient les grands pardons, comme en l'an du jubilé à Rome.
Le cardinal d'Amboise, légat susdit , s en retournoit lors de son voyage d'Allemagne, qui, par les postes courant de lieu en autre, sut les piteuses nouvelles de cette griève maladie; s'il fit lors mauvaise chère , non sans cause ; car il , à l'effort de ce malheur , voyoit la chaire de son autorité ébranlée et l'appui de sa prospérité froissé, et tout le royaume de France en chemin périlleux et dangereux hasard : ce qui lui remplit le cœur d'ennuyeux soupirs, et les yeux d'angoisseuses larmes, et, pour avoir extrême refuge au souverain remède , tendit les mains aux cieux et la pensée envers Dieu, à qui fit très-humble prière et dévote oraison pour l'allégement du mal de son bon prince et souverain seigneur le roi ; puis adressa sa requête à la glorieuse mère de Dieu , avocate des humains, et, le plus tôt qu'il put, s'en vint à Cléry, où, de vaut l'image de la vierge Marie,
célébra très-dévotement , et fit ses oblations et prières d'intention pure et bonne volonté , et puis s'en revint devers le roi, qui toujours étoit au lit. La reine ne cessoit de prier Dieu et les saints , et faire votes et promesses pour sa santé. Messire Louis , sire de la Trimoille, qui moult se douloit de ce cas, le voua à Notre-Dame-de-Lience , promettant y aller à pied. Somme, chacun pour lui promettoit d'offrir sa chandelle au saint où sa dévotion étoit. Quoi plus ? tout le royaume de France étoit troublé de cet affaire. Or fut le roi , durant cette maladie, par défaut de repos, tant affoibli , que ses spirituels sensitifs entrèrent en rêverie , et , après divers propos , demanda Madame Claude, sa fille, laquelle lui fut présentée par madame de Tournon , sa gouvernante ; puis voulut avoir son épée et une javeline dont il lui souvint lors : pour lui complaire, lui fut baillé, en lieu de ce, quelque bâton , lequel voulut bailler à Madame Claude , disant que nul autre qu'elle , s'il ne vouloit incontinent mourir, y touchât; mais cette dame de Tournon , voulant aider à soutenir celui bâton, y toucha; ce que le roi avisa, et dit qu'elle étoit morte puisque à ce bâton avoit touché. Dont ses médecins et ceux qui autour de lui étoient, pour soutenir son dire et aider à son imagination , lui dirent qu'il étoit vrai, et la firent ôter delà et cacher par un temps.
et puis ramener devant lui : de quoi s'émerveilla, en disant qu'il pensoit qu'elle futpieca morte, laquelle dit, pour toujours lui cornplaire, qu'il étoit vrai, et que, après sa mort, avoit ete en paradis où Notre-Dame l'avoit ressuscitée, laquelle mandoit au roi qu'il bût et mangeât, et que tantôt seroit guéri : ce qu'il tit, et peu après reposa bien à point, dont ses médecins, qui toute peine prenoient à lui secourir furent joyeux, et peu à peu, àl'aide de l>ieu, le mirent sus; dont tout le peuple du
royaume de France rendit grâces à Notre-Seigneur.
Durant le grand accès de cette maladie, partout, et mêmement par les pays du roi, furent nouvelles qu'il étoit mort; dont aucunes des villes de France furent fermées et les châteaux gardés , et en la duché de Milan fait bon guet, et tant que messire Charles d'Amboise gouverneur dudit pays, fit serrer les gens d armes et mettre vivres par les places fortes de ladite duché de Milan , et pria les seigneurs dudit pays être bons et loyaux envers la couronne de France, sous laquelle seroient tenus en liberté et défendus des ennemis.
Be la manxiït étranjjc ie la mart Viim ïiame ^mr>om nommée ttjomaeôine Cspinollc, inUnVxo 5u roi, qui mourut lurô en la oilU iî (èèncô.
A Gênes pareillement fut dit pour vrai nouvelles de la mort du roi : de quoi les Genevois montrèrent par semblant être moult troublés, et pensèrent sur leur affaire ce qu'ils voulurent; et entre autres, fut une dame genevoise nommée ThomassineEspinoUe, dont j'ai parlé
ci-devant; laquelle montra bien ici le nœud de 1 amour des bonnes femmes indissoluble , et leur constance immobile; car, à l'exemple de la bonne Julia, femme de Pompée , qui voyant les habits de son seigneur teints du sang des bêtes ordonnées au sacrifice, lecuidant mort, sans autrement s'en enquérir , creva de deuil ; cette dame recommandable , au seul rapport de la première voix, disant : «Le roi est mort! » laissa toute cure mondaine et plaisir humain, pour se retirer en sa chambre de deuil , où répandit un torrent de larmes , et rendit un million de soupirs , disant : « Ores est mort le mien intendio , accroît de mon état , support de ma vie et défense de mon honneur : ce qui m'ôte l'envie de plus vivre, et me donne vouloir de finir mes jours. » Ainsi se douloit,
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leplorée dame, montrant comment son intendio étoit d'elle bien voulu, et Tamour dont elle lui en vouloit, qui étoit, comme j'ai dit, entre eux honorable et au préjudice de nuls. Ores en fut tant, que la pauvre dame, éprise de deuil et environnée de regrets, fut, par l'accès de mélancolie, conduite jusques au lit de la mort, qui, huit jours après ce, par une douleur de fièvre continue, lui sépara l'âme du corps; dont les Genevois en firent funérale fête, et moi, historial récit tant pour révéler lanouvelleté du cas que pour magnifier le féminin amour. En ce temps , la reine voyant le roi convalescer et recouvrer santé, et que hors du danger de sa maladie étoit, s'en alla en son pays de Bretagne, accompagnée des princes et seigneurs de France et des barons et gentilshommes de sondit pays à grand nombre, où tant honorablement fut reçue, que ce fut un merveilleux triomphe. Toutes les villes où elle passoit lui furent tendues et les chemins nettoyés; les seigneurs de l'ÉgUse et les gentilshommes du pays, avec les marchands et tout le peuple, lui furent au-devant et l'accueillirent tous de vouloir cordial et joyeuse chère. A Nantes et à Rennes , et es autres principales villes de son pays, se tint l'espace de cinq mois, où, presque durant lequel temps, tint ses États et mit ordre en toutes les affaires de ses terres de Bretagne, et de jour
en autre avoit nouvelles du roi ; lequel étoit sus et faisoit très- bonne chère,' et ainsi se trouvant allègre, eut envie de s'en aller à Tours, ce qu'il fit, et passa par Amboise, où séjourna quatre jours. Là étoit madame d'Angoulême et monsieur François d'Angoulême son fils, et Marguerite sa fille, lesquels le roi emmena avec lui à Tours, et les fit loger en son logis du Plessis, où là séjourna par l'espace de deux mois ou environ, en passant le temps à divers ébats , l'une fois à voir tirer ses archers, l'autre à regarder chevauclier ses grands chevaux , et l'autre à chasser les sangliers dedans le bois du parc où monsieur d'Angoulême étoit toujours quant et lui; tous plaisants déduits, et joyeux passetemps lui furent faits lors, pour toujours le tenir en liesse,- chacun lui disoit propos nouveaux et étranges nouvelles , et entre autres , lui fut dit , par vrai rapport d'aucuns Genevois et autres qui étoient venus de Gênes, comment dame Thomassine Espinolle, dont j'ai écrit ci-dessus, étoit morte, et ce, pour avoir ouï dire que le roi étoit mort , et lui fut compte des regrets qu'elle avoit faits et de la manière de sa mort : de quoi le roi fut moult émerveillé et bien marri; mais à ce ne put nullement remédier ni autrement satisfaire, si n'est, pour publier sa vertu et amplifier son mérite , voulut que par écrit présent en fût
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mémoire future, et pour ce faire, me donna Ja charge que lors écrivois sur les gestes de France, et me dit que messire Germain de Bonneval, gouverneur de Limosin, m'avertiroit de cet affaire comme celui qu'il en avoit embouché et la vérité en savoit. Dont m'en allai au logis de celui gouverneur, lequel me déclara toute la chose, ainsi que par écrit je 1 ai Cl, en ma chronique, rédigé.
fa Complainte îre (ém^ 0ur la mart it îramc ®l)ama66ine (ÊgpinolU, ^ixmmt^ îrame tntf nïia &u roi , ûPf c r€pitûpl)e ti k R^flm.
Impétueux vent, coursoire Vulturne, En Orient menant bruit diuturne , Contre Aquilon descendant de son pôle , Là-sus en l'air faisant leur monopole Et bruyants cris sur l'heure conticine ; Saturne ayant sa buccine argentine En l'ascendant du palais Capricorne , A son public par les cieux crie et corne, Et retentit ses tons mélodieux Pour réveiller les déesses et dieux , Disant à tous les célestes consorts :
« Levez-vous sus , mettez-vous aux essors , Et allez voir la région terrestre Pour ne laisser plus là-bas en terre être Celle qui est tant digne de louanges , Qu'elle doit bien être avecque les anges ; Car sa vie louable et méritoire A desservi son lieu au consistoire
Des immortels , et posséder le trône , Sidéréal , comme sainte matrone , Qui à son los tant fait magnifier, Que après sa mort se doit déifier ; C'est le vouloir des dieux et le plaisir Qu'elle vienne lescicux prendre et saisir, Et qu'elle soit tôt élevée et source , Et mise sur les Pléiades et l'Ourse ; Car elle fut en vertus coutumière , Dont sera là spectacle de lumière, Pour la gloire d'icelle amplifier, Et aux autres mieux exemplifier. »
Sur ce , j'ouïs ce cri finir et taire, Et Jupiter laisser le Sagittaire , Pour saillir hors de sa claire maison , Disant aux corps célestes : « C'est raison , Puisqu'on terre fut d'honneur tant parée , Qu'aux cieux lui soit mansion préparée.
Et qu'il n'y ait zodiacal degré Qu'à son plaisir ne monte et à son gré. » Ce dit , Phœbus , du palais du Lion Jeta là bas des rais un million , Pour éclaircir le monde bruineux , Et faire à mont un chemin lumineux ; Mercure y vint , à sa tête canine , Qui doucement à sa Vierge bénigne Se montra là gracieux champion ; Mars détourna la queue au Scorpion , Pour ne vouloir le chemin empêcher ; Vénus aussi vint sa Libre approcher, Pour la parer de rameaux et de fleurs ; Diane n'eut lors voulu être ailleurs , Mais la chambre du Cancre avoit ouverte , Et de nymphes tapissée et couverte.
Ainsi chacun d'iceux fit son devoir Pour accueillir la dame et recevoir, Comme étoit dû à cette bienheurée Plaisante au monde et aux cieux désirée .
Xe ne savois encore à qui c'étoit ,
Que tant d'honneur là-sus on apprètoit ,
Mais tôt après au vrai fus avertie
Qu'une dame mienne étoit départie
De ce siècle, en celle nuit passée ,
Et qu'elle étoit de douleur trépassée.
Or en sus-je les piteuses nouvelles
Qui ne me sont ni plaisantes ni belles ,
Parles clameurs du peuple Genevois,
Que j'entendis crier à haute voix ,
Disant : « Hélas î Thomassine Espinolle ,
Qui nous étoit guidon et bannerolle ,
Et l'entretien du roi notre bon prince ,
Le seul recours de la nôtre province.
Est morte ! Hélas ! que fera la cité
Désolée, puisque celle perdons.
Que ne pouvons plus recouvrer par dons ? »
Ainsi étoit pleurée et regrettée ,
Dont en sera ma Complainte traitée.
Complainte élkgiaque.
Oyantles cris, les lamentset delas, Les pleurs , les plaints , les soupirs et hélas , Que pour la mort de celle furent faits , De larmoyer mes yeux ne furent las ; Mais en laissant tout plaisir et sonlas , Et chargée de deuil outre mon faix , En recordant les grâces et bienfaits , Et sa valeur tant regrettée et plainte , J'ai bien voulu dicter une Complainte Pour faire ici commémorer son nom , Disant à tous : Si sa vie est éteinte. Toujours en los fleurira son renom !
Pourquoi doncques n'eut-elle longue vie Puisqu'elle avoit bon vouloir et envie De profiter en vertueux propos?
Elle n'avoit pas la mort desservie ,
Ni ne devoit si tôt être ravie ,
Mais tout lemps vivre en très-heureux repos ?
Réponds ici , o fatale Atropos ,
Qui sans raison , de tes cruentes mains ,
Romps les filets de la vie aux humains ,
Malgré Clotho et Lachésis tes sœurs?
Tes faits sont trop cruels et inhumains,
Quand sous ta main nuls hommes ne sont sûrs !
Par coup soudain celle as rendue morte , En démontrant ta périlleuse sorte , Dangereuse , diverse et importune ; Mais un remords sur ce me réconforte , C'est qu'elle fut constante , ferme et forte , Contre l'assaut de perverse fortune. On n'en devroit pas louer plus fort une Que celle-ci , que chacun dit et vante Avoir été belle , bonne et savante , Sage , riche , gracieuse et bénigne , Honorable , très faconde et prudente , Et parangon de grâce féminine.
Si par larmes épandre et ruisseler, Ou richesses tôt désamonceler, Était permis de révoquer les âmes , Je ne voudrois jà tant dissimuler, Que tout ne misse à celle rappeler.
Comme la plus désirée des dames.
Or, est son corps transi , entre les lames De ses parents trépassés et amis.
Hélas ? pourquoi est-il ainsi là mis , Pour devenir si vile pourriture , Et aux vermets de terre être submis , Qui fut le chef des œuvres de nature?
O Genevois , que ferez-vous ici , Si n'est douloir et pleurer de souci , Pour la perte qui vous est advenue
DE JEAN d'auTON.
Par le décès du corps qui est transi, Que vous voyez en la terre être ainsi, Ce qui vous est dure déconvenue ?
Le temps requiert aussi, l'heure est venue Que vous devez porter le noir habit, Pour démontrer le funéral obit D'une qui fut la plus qu'autre estimée ; Celle perdez par un cas ti-op subit , Qui seule étoit mieux digne d'être limée.
Que faites-vous , mesdames Genevoises Damoiselles, marchandes et bourgeoises'.
Chambrières , servantes et esclaves ? Approchez-vous plus près que de deux toises 1 our lamenter en lieu de faire noises , Et ne soyez à plourer ici graves.
Laissez à sec sur le sablon vos naves, Et épuisez toute l'eau de la mer Pour la venir en ce lieu consumer Par le dégoût de vos yeux larmoyents : Celle est morte, qui, pour vous renommer, Sur les autres a trouvé les moyens!
Vous, Neptunus, qui la mer gouvernez Et les voiles faites cingler au vent , Venez ici et nous entretenez j Plus ne pourrons sans vous aller avant, Car nous avons perdu par ci-devant Le gouvernail de notre navigage , La conduite de tout notre passage , L'appui tenant notre sûre espérance, L'intendio du noble roi de France.
Dame Aurora , qui avez arrosée
De vos larmes la terre en plusieurs lieux ,
Pleuvez ici celle douce rosée
Que pour Cygnus dégouttez de vos yeux :
Vous ne pouvez , ce crois-je , faire mieux ,