RUE DES BONS-KNFANS, N
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PRÉFACE
On ne saurait absolument rien de la vie de Jean d'Auton , si son élève et ami Jean Boucliet ne lui avait fait , dans le goût de son siècle, une épitaplie en vers assez semblable à une notice biograpbique ; malgré cela , on est encore réduit à des suppositions sui" sa famille , sur sa naissance et même sur son nom.
En effet plusieurs maisons d'Anthon , ou d'Autlion , ou d'Auton , existaient à cette époque , Tune en Dauphiné, l'autre en Beauce , une troisième en Flandre , une quatrième en Saintonge ; une seigneurie d'Auton était à la maison du Bouchage , une autre à la maison du Bosc ; il y avait une baronnie et un marquisat du même titre : les généalogies de ces maisons différentes n'ayant point été publiées , il est impossible de découvrir à laquelle appartenait l'historien Jean d'Auton , qui n'avait peutêtre pas d'autre noblesse que celle de son mérite, et qui se nommerait alors roturièrement Dauton , comme on le trouve dans le catalogue des abbés d'Angle , au tome ii de Gallia Christiana; ou Danthon, comme l'écrit Lacroix du Maine dans sa Bibliothèque Françoise. Au reste , il cite plusieurs fois dans sa chronique des hommes d'armes nommés de même que lui et surtout un seigneur d'Auton en Saintonge , dont il raconte en détail les pirateries , sous l'année 1507: de quoi le roi fut si très-mal con^ lent, qu'il dit que, s'il le pouvoit tenir, qu'il enferoit belle justice que ce seroit à l'exemple de tous autres; mais Jean d'Auton ne dit nulle part que ce seigneur ou ces hommes d'armes fussent ses parens, et l'on peut croire
HKKKACK
qu'il n'eût pas omis celle ,.a. licula. ilé daus son liwe, si fidèle i)om- les jjénéalojjies. ,. u
Théodore Godefioy , sou premier cd.leur, appelé d-Jutcn; Guy Allard , ,rju,hon,d.n. \^M>liolhr,.œJn Da.plnné; Roquefort, d'Auiun o. ne sa.l pourquo.
dans la Biographie Unicef e. Les -^-^^^^^^^JT imprimés faits sous ses yeux le nomment tantôt d Aulon ,
lantôl d'Anton.
On lit dans la 67' des Épkres Familu-res de Jea..
Bouchet :
Georges avoil une veine cléjîante , Grave et hanlie , et fn;re Jean à'Juthon Douce et venuste , et Leniaire abondante ; LeChanelier prose avoit de haut ton...
,„aisoulitsonnom.VymV.ry«cUVm.c autre manière dans une épîli e de Guillaume Crétin :
Et si récrit , tomme on le voit issu De moi, n'est ici que si l'avoit tissu
Le révcvend abhê, le btm A' Anton ; Merveille n'est, car il abunde en ton D'harmonieux ou suave langage.
Guy AUard le fait naître à Beaurepaire on Viennois; l'abbé Goujel, dan» sa /;,W^(''^7«<-- Françoise, aPoil.ers; Dreux du Radier, dans sa Bibliothèque de Pottou , en Saintonge : cette opinion est la plus accréditée.
Jean d'Aulon était sans doute un moine tres^bscur (non pas de l'ordre de St-Auguslin, connne on 1 a prétendu, mais de l'ordre de St-Renoît , comme .1 le du lui-même au prologue du troisième livre de sa cbron.que) , lorsqu'il écrivit , en 1499, son poème des Alarmes de Mars sur le .oyage de Milan et sa chronique du Vorog^ de Milan, ces deux ouvragesqume portent pas son nom, mais qui sont inconleslal.lement sortis de sa
PHKFACK.
plume ; quoiqu'il eût la uiodestie de se dire dans le prologue trcs-lointain îmhalttur de l'art oratoire , il fut sans doute distingue et encouragé par la reine Anne de Bretagne, qui se faisait une cour de poètes et de savans. « Je qui suis des petits le moindre , dit-il dans une dédicace à cette princesse, il vous a plu me faire élargir et disperser des miettes tombantes de votre table poiu' la substantion de ma pauvre liumanité. »
Il Ae\ int historiographe et chroniqueur du roi, qui lui donna en récompense Tabbaye d'Angle en Poitou, outre les pensions et les dons attribués à cbaque nouvelle besogne poétique ou bistorique. Jean d'Auton accompagnait partout Louis XII , dont il rédigeoit par lettres les louables œuvres : en 1501 , quand le roi était à Lyon, Jean d'Auton , qui lors suivoit la cour pour savoir des nouvelles et icelles rédiger par écrit, après avoir raconté l'aventure d'un gobelin , ajoute : « De ce suis-je sûr ; car j'étois lors logé vis-à-vis l'hôtellerie de l'Aigle où cela étoit, que je vis par maintes fois avec plusieurs autres. » En 1502, lorsque le roi alla visiter la ville de Gênes » Jean d'Auton , qui lors étoit audit lieu de Félissan pour voir et savoir ce qui se Jeroit de nouveau et le tout par écrit rédiger, offrit un rondeau à la reine de Hongrie , Anne de Foix , qui se rendait auprès de son mari Ladislas. Pendant le même voyage , quand le duc de Valentinois arriva incognito et à franc étrier de Rome à Milan , et rencontra dans la rue un soir le roi qui revenait aux flambeaux , Jean d'Auton , qui lors étoit logé en cette même rue , ainsi que le bruit des chevaux sefaisoit, sortit pour les voir passer. En 1503, après les défaites de Seminara et de Cérignoles, Jean d'Auton, qui était alors à Maçon pour savoir des nouvelles et les recueillir en sa tablette , pour ce que d'autre sen'ice que de sa j)lume ne pouvoit aider son maître , lui bailla une ballade et un rondeau/?(?Mr lui donner mojen de divers sou-
HKÉKACE.
In. et uou.o.r de remédier à son affaire. En 1505, Tho- .nassine Spinola , .^tant n.orte de chagrin à la fausse nouvelle de la mort du roi son intendio, celui-ci ordonna a Jean d'Aulon de publier la vertu de cette dame , et Jean d'Auton composa une élégie qu'il présenta au ro.^o^r lui donner moyen d'agréable passe-temps. En 1507 , comme le roi, qui allait à Gènes , se reposait à Ast Jean d'Anton entra en sa chambre pour lui vouloir bailler nuelque peu d'écrit joj eux, et il déplia son pap.er, en disant ■ -Sire, j- ai fait une petite ballade touchant les Génois;/ilest votre plaisir de rourr,jel'aiici. Louis xi. voulut bien l'entendre pendant qu'il se faisait armer par son graod-écuyer , Galéas de Saint-Severin. Tels sont i peu près les seuls endroits de la chronique de Jean d'Auton où l'auteur se met en scène à côté de ses person-
Dans un autre passa{>e il nous apprend avec quelle conscience il remplissait sa charge d'historien , lorsqu'il n'avait pu a VœilvoireL connoùre une par lie des chosrs : c'c'tait après le retour des capitaines et des gentdshonunes qui avaient survécu à la désastreuse campagne de Naples,enl503. uJ'étois lors à Blois , dit d'Auton, pour savoir au vrai des nouvelles; à la fois m'en allois dîner ou souper au logis du seigneur d' Auhigny , à Vautre chez le seigneur deLaPalice, puis aux banquets que se faisoient les autres capitaines et gentilshommes qui aux affaires du royaume de Naples avoientété, et là écoutois chacun parler, qui d'autre chose que de la guerre ne tenoient propos, et aussi je mettois en mon papier ce que je voyoïs débattre entre les capitaines et les gens d'armes ; et ce fait à part, à l'un et à l'autre m'en enquérois à toute heure, des plus grands jusqu'aux moindres, poursayou si le commmi rapport s'accorderoit aux maîtres de 1 artUlerie et aux varlets canonniers que par prière je menois à la fois dîner ou souper à mon logis qui lors étoit près
PREFACE. V
de leur quartier ; m'enquerrois aussi combien de pièces d'artillerie y avoit eu, des poudres, et autres munitions, ne quel exploit elle avoit fait , et de toutes autres choses qui ne se doivent oublier à mettre par écrit : à quoi j'ai plus travaillé de savoir que je n'ai mis de peine à écrire. » Ainsi furent compilées les chroniques de Froissait et de Monstrelet.
Jean d'Auton , qui ne se bornait pas à donner secours d'encre et de papier à la renommée du triomphant roi très-chrétien , et qui lui apportait des ballades , des héroïdes , des et rennes, ou quelque diverse nouvelleté , ne fut pas oublié dans la distribution des bénéfices que le roi accordait , de son propre motif, à ceux des siens quinavoienl encore amis pour les avancer ou audace pour en demander. Il reçut en 1505 le prieuré de Clermont-de- Lodève , en Languedoc : ce qui de moult renforça Ventre^ tiennement de mon état, dit-il, et rn obligea de plus à prier Dieu pour la prospérité du donneur.
Jean d'Auton, que sa robe d'abbé n'empêchait pas d'être sensible aux charmes du sexe féminin , avait , peu de temps auparavant , attiré sur soi de nouvelles faveurs de la reine, sa trcs-honorée maîtresse , en entreprenant , selon son grossier et rural métier, de forger et marteler sur l'enclume de son insuffisance, les harnois, estocs, lances et écus servant à la défense , louange et victoire de l'honneur des dames , et au reboulement , confusion , envahissement et totale défaite de leurs ennemis. La poésie entonnait un hymne perpétuel de respect et d'amour aux pieds d'Anne de Bretagne.
Les Chroniques de Jean d'Auton étaient fortestimées autrefois :
Et toi , ifAuton , car la tienne écriture Et ta Chronique à toujours florira ,
Dit Jean Lemaire , qui l'appelle ailleurs tfes-authen^
vj PREFACE.
tique seigneur prieur frère Jean d'Julon , illustrateur des Chroniques de France. Son exactitude et sou iinpîi^rtialité méritaient cette estime. « Je n'ai eu tant de courage noirci de vicieux vouloir, dit-il , que j*aie les bienfaits des moindres , par nonclialoir dédaigneux , voulu taire et arrière laisser, ne les gestes des plus grands, par attention favorable, élargir et magnifier.» La crainte ou Tadulation n'avait pas d'empire sur son jugement , franc jusqu'à l'audace. Quand Yves d'Alègre se retire avec ses gens , sans combattre , du cbamp de bataille de Cérignoles , où il laissait périr le duc de Nemours et la chevalerie française , Jean d'Auton s'écrie : « Oh ! les méchans î si , du temps des Pères-Conscrits romains, eussent été atteints d'un défaut tant vicieux , jamais ])lus n'eussent , à leurs gages, monté à cheval , mais de pionniers ou de quelque vil oHice ou bas métier eussent servi I •» Ce caractère loyal et probe de Jean d'Auton apparaît tout entier dans cet exorde philosophique de la disgrâce du maréchal de Gyé : « Je ne sais que dire de la riante entrée de madame la Cour, du variable gouvernement d'icelle , de son entretenement douteux , ne de sa périlleuse issue, si n'est qu'à peine y peut nul longue autorité avoir, ne toujours y être le bien-venu ; car, de sacomrnune manière, à tel montre bien bon visage , à qui demain tournera le dos; et l'accointance de ses auteurs est de telle nature, que nul n'y veut compagnon endurer, ne pair soulTrir ; comme c'est un si dangereux labyrinthe , que bien souvent les plus avisés se trouvent égarés. » N'était-ce pas hardi et généreux que de paraître seulement plaindre l'infortune de Pierre de Rohan , sacrifié à la vengeance
PREFACE
vij
de la
reme
Jean Bouchet , à qui Jean d'Auton avait enseigné Vart de rhétorique et de poésie , fait souvent dans ses livres le panégyrique de son maître avec tout l'enthousiasme de
l'amitié. Dans sa 67** épitre adressée à l'abbé de Fontainelo-Comte :
Très-révérend Père , ne craindrois prendre Plume et papier, pour te donner entendre Le grand rcj^ret de l'un de nos. amis Fit monseij;ncur, le corps duquel est mis Sous une tombe en la sienne abbaye, l/àme n'en ioit par pécliés ébahie : Son nom ne peut de ma bouche en haut ton Sortir sans pleurs : c'est frère Jean d'Auton , Lequel étoit, lui vivant, abbé d'Angle, Et dont on doit , non en coignet ou angle , Mais devant tous en lieu public parler, Et son renom faire voler par l'air.
Oii est celui qui , en langue vulgaire , Ait mieux écrit pour les lecteurs «ttraire? Qui proposa plus que lui doucement ?
Qui prouva mieux et plus subtilement ?
Qui excita par plus grand' véhémence , Ne qui tenta par plus douce éloquence ? En grave prose il couchoit tous ses vers , Sans rien contraindre à l'endroit ou envers.
Il étoit bref, ressemblant à Salluste , Sec, florissant, aucunes fois aduste, Fort abondant, comme Pline fécond , Et copieux comme Tulle , et facond ; Il étoit grave en parole et facile , Et Saint-Gelais et lui n'avoient qu'un style : Et , n'en déplaise aux François orateurs , Qui sont de prose et vers compositeurs, One n'en connut de plus douce élégance, Mieux écrivant sans tache d'arrogance.
Métamorphose autrefois a traduit Succinctement, et l'ouvrage conduit Si doucement, qu'on diroit que les nymphes, Les semi-dieux, muses et paranymphes, Sont entre humains, ainsi comme vifs vents. Et que Us dieux des Gentils sont vivans.
Viij PREFACE.
De dix vertus il a fait les ballatle»
En si haut style et beau , que les malades
Se guériroient en icelles lisant ,
Tant est l'auteur affable et bien disant...
11 fut droit homme et de grand'amitié ,
Très-libéral et rempli de pitié ;
Mais ses vertus n'ont empêché qu'en l'âge
De soixante ans n'ait payé le péage
Au pas de mort
Dans une autre épître, Jean Bouchet revient avec complaisance sur les mêmes éloges :
Un mot dirai de ballades , rondeaux, Épîtres, lais et autres faits si beaux , Par toi tissus en douce consonnance , Qu'ils ont si haute et douce résonnance , Qu'ils ne fut onc langage plus frianl , Si très-aisé : car il est atlrayantj Et si fluant , que tes mètres font prose ; 11 n'y a mot sur lequel faille glose.
Jean Bouchet se fait gloire d'être élève de Jean d'Aulon , dans une épître à Louis XII , oit , disait-il , j'ai
écrit
Maints préceptes qu'ai quis
A tous les rcis pour bien régner requis,
Par moi cotés devant votre abbé d'Angle,
Lc((uel vous suit souvent en robbe-sangle
Pour mettre au vrai par écrit vos hauts faits.
Qu'il sait bien faire , et ne lui est grand faix.
Jean Gervaise , un des poètes correspondans de Jean Bouchet , dans une épître au Traverseur des voies périlleuses y lui parle de son ami pour lequel il partage son admiration :
Vois -tu pas là le très-humble abbé d'Angle Qui est musse dedans ce coin ou angle , Qui du feu loi Louis fut clironiqueur , Auquel nom art florit par grand'liqueur ,
PUKFACE. * ix
Tant doucement par bref et doux langage , Que vis jadis en son saint hermitage , De l'origine composer maints beaux faits , Qu'il a laissés comme tous imparfaits.
On voit que la Chronique de Jean d'Auton , quoique médite , était appréciée dans la littérature comme à la cour : il semblerait, d'après ce passage, que cette Chronique ne fût jamais achevée , ou bien que Jean d'Auton ait voulu la commencer depuis V origine des Français.
C'est encore Jean Bouchet qui nous fait connaître la vie édifiante que mena l'abbé d'Angle depuis la perte du roi, son bienfaiteur , jusqu'à ce qu'il mourut, âgé d'environ soixante ans , dans son abbaye, au mois de janvier 1528. Son épitaphe est d'autant plus précieuse , que ses contemporains semblent l'avoir mis en oubli aussitôt qu il eut passé de la cour dans la retraite du cloître.
Ci-dcs^ous gît en ce bien étroit angle , Un bon seigneur autrefois abbé d'Angle , Religieux : c'est frère Jean d'Auton , Noble de sang, qui vécut , ce dit-on , Par soixante ans et plus en bonne estime : Grand orateur, tant en prose qu'en rime , H ordonnoit comme en prose ses vers Sans rien contraindre à l'endroit ou envers ; Il étoit grave en son mètre et facile : Bref, on ne vit jamais de plus grand style.
Plusieurs traités en rime composa , Oii le sien sens et savoir exposa ^ Du roi Louis de ce nom le douzième , Tant qu'il porta le royal diadème , Fut chroniqueur, et en prose a écrit Ses nobles faits oii montra son esprit.
En rime a fait trois épîtres moult belles , Des Trois-États contenant les querelles • Et ce bon roi voyant que moine ctoit , Et que très-bien être abbé méritoit ,
ri
PREFACE
Le fit pourvoir (le celle prélalure.
En attendant plus féconde aventure :
Car il eût eu chose de plus haut prix , Si fière mort n'eût ce bon roi surpris.
Dix ans avant que mourût ce bon père ,
Austère vie il tint en monastère ,
En méprisant, par merveilleux dédain ,
Les gens du monde et tout honneur mondain ;
11 ne dormoit en mol lit, sous courtines ,
Toujours étoit le premier à mâtine» :
Il se rendoit si très-humble et abject ,
Qu'il ne sembloit être abbé , mais sujet.
Et tellement , qu'on ne l'eût pu connoître
Entre les siens religieux en cloître.
Par lui éloient grands bouhans rcLoutés , Combien qu'il fût noble des deux côtés; Il ne vouloit chasse ni vénerie , Riches habits , ni pompeuse écurie :
En solitude il vivoit tout seulet , Se contentant d'un prêtre et d'unvarlcl ; Il ne vouloit compagnée pompeuse , De conscience étoit fort timoreuse.
Puis, en janvier mil cinq cent et vingt-sept (i5:»8) , Il trépassa disant maint beau verset.
Le corps duquel repose sous la lame :
Priez à Dieu que pardon fasse à l'âme.
Jean d'Auton n'est pas un bon écrivain ; mais , comme chroniqueur, il pourrait se placer à côttî de Froissart , n'était son style entortille , gêné , et martyrisé dans le moule de la phrase latine , hérissé de néologismes et de tournures bizarres , incorrect , pénible , louid et prétentieux , surtout dans ses prologues , où il s'épuise à formuler des idées vagues et abstraites : on voit que la langue n'était pas encore assez malléable pour se prêter à ces artilices de phraséologie qui donnent du corps à la pensée la plus indécise et la plus fugace. Mais lorsqu'il décrit ,
PRI:face. xi
Toan d'Auton devient grand peintre : il y a de la vie , de la force et du coloris dans son expression ; il cesse de bégayer, le voilà éloquent. On ne conçoit pas l'étrange appréciation de l'historien Garnier, qui n'a vu dans Jean d'Auton qn' un froid Ocl esprÎL , fastidieux dans le Hélail des petits faits, stérile ou a'.eugle dans le dcs^elop^ jjement des causes (Hist. de France, t. xxii , in-12, p. 545 ). Fallait - il que l'historiographe du bon roi Louis XII fut un philosoi)lie du xviir siècle? Dreux du Radier, pour venger Jean d'Auton de ce dédain philosophique, a publié un extrait de la partie inédite, qui montre assez de quelle considération ses ombrages doivent être chez les sauans. u D'Auton est un auteur judicieux dans le choix de ses matières , ajoute Dreux du Radier, toujours prêt à blâmer le vice, et toujours prêt à louer la vertu , quelque part où elle se trouve ; exact dans les faits , dont il s'informait avec beaucoup de soin ; net dans sa narration , précis dans son exposé. » Dreux du Radier va trop loin en avançant que/;e« d'auteurs, de son temps, ont écrit auec plus d'aisance et de pureté. Jean d'Auton était au contraire un des chefs de l'école équivoqueuse que Jean Molinet avait fondée , et que Guillaume Crétin soutenait avec la rime plutôt que la raison. Jean d'Auton, comme poète, serait même audessous du médiocre , si parfois des vers spirituels, enfermant une idée nette et proverbiale , ne surnageaient au nuheu de sa versification creuse et enflée. On aura un type des ridicules tours de force de la poésie équivoquée , dans ce huitain singulier qu'on lit à la fin de la première partie des chroniques de Jean d'Auton , et dans lequel un simple déplacement de lettres produit le son , sinon le sens des vers latins.
Oru per duces consor^ ter re^ens et passes Syon . Or a perd» ses consorts, terres, gms et possession .