‹ Chroniques [microform]Chapitre 20 sur 74 · SIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PARTIE

Voyant le los , le bruit et le renom Da roi Louis douzième de ce nom , Environner le monde et ses climats , Et que chacun fait recueil et amas De ses œuvres dignes et honorables , Gomme de faits non ouïs et mirables , Dont les fluants orateurs rhétoriques, Enrichissent leurs chambres et boutiques , Faisant aucuns , sur ce , nouveaux dictés , Et louanges de bien-faits mérités , Et les autres , par cœur ou par ouïr-dire , Gomme ils savent réciter et décrire , En composant , par mètres et en vers , Ges étranges et maints propos divers ; Je , toutefois , comme le moins savant De tous autres , voulant mettre en avant Plume et papier pour faire mon recueil , De ce que j'ai sur ce connu à l'œil , Et su par vrai comme le temps s'exploite , Pour avoir fait sur les lieux mon empiète , En ensuivant mes Annales-histoires ,

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Sur les comluits , conquêtes et victoires^

Et autres faits encherchés et atteints ,

Par les Gaules et lieux ultramontains ;

Afin aussi que ceux de Taveuir

Aient , des faits des présens , souvenir.

Prenant le bien et vertus pour exemple,

Et le défaut pour un chatî très-ample ,

Et pour donner, selon la vérité ,

Los à celui qui los a mérité ,

Et réprouver, par raisons satiriques ,

Les griefs efforts et excès des iniques ;

Sachant le fait de louange ennobli

Ne devoir pas être mis en oubli ,

Ai présumé mettre les mains à l'œuvre ,

Tout grossement comme rude manœuvre ,

Pour publier, ainsi comme j'entends ,

Les gestes , dits et faits de notre temps ,

Que j'ai voulu rédiger par exprès ,

Comme s'ensuit ci-dessous ci-après.

tt ttiûriaflf îre malrame €lattïr< ïe iranfe, ftllr

Les Pères romains, comme récitent leurs historiographes et orateurs, souloient dire que, en regardant les images honorables et arcs de triomphe de leurs prédécesseurs, ayant souvenance de leurs oeuvres magnifiques et mémoire de leurs bien -faits, étoient pour ce plus enflammés à vertus: toutefois, selon la sentence du divin Hiéronyme, les Trais écrits et appi'ouTées histoires des geste?

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florissans, sont les perpétuels sépulcres et éternels monuments des hommes dignes de louange ; par lesquels , les corps éteints par temporelle mort revivent en éternelle mémoire, et les noms oubliés par trait de temps sont remis en perpétuelle souvenance. A cette cause, tenant la doctrine de ceux qui les simulacres triomphaux laissent pour les riches , et la mémoire des vertus pour les bons, voyant le christianissime roi Louis , douzième de ce nom , prospérer en gloire , accroître en honneur, et profiter en vertus, et aussi en ensuivant mon propos historial sur les gestes des François, commençant en l'entrant de Tan mil cinq cent six, où j'ai fait fin des faits précédents par volumes abrégés; pour continuer donc , et afin que la mémoire des choses recordables, par défaut de les recueillir et mettre en lumière, n'évanouissent comme les temps ou dépérissent comme les corps, tout ainsi que au plus vrai j'ai pu voir et savoir, ai voulu, par manière de vraies chroniques et gestes annale^ , des modernes et futures choses de mon temps faire ample description.

Disant au premier que le très-'chrétien roi Louis, douzième de ce nom, au commencement de Fan susdit mil cinq cent et six, étoit dedans sa ville de Blois, la reine avec lui, et Madame Claude leur fille, laquelle

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étoit en l'âge de sept à huit ans, très-belle et moult bien enseignée : et là se passa le temps en toute joie et plaisir; car le roi étoit lors trés-sain et en bon point , et tous ses pays heureux en paix et plantureux en biens. Advint que , en ce temps, sur la fin du mois d'avril, le roi, pensant en ses affaires, s'en alla à Tours, la reine et Madame Claude avec lui, et fit venir devers lui Louise de Savoie, comtesse d'Angoulême, et ses deux enfants, lesquels étoient tant bien appris, que le roi les aimoit moult à certes; et tant lui étoit agréable le fils, qui le plus proche à venir étoit de la couronne, que, pour ce et autres raisons appartenantes , délibéra lui donner Madame Claude sa fille en mariage : pour laquelle chose traiter, voulut audit lieu de Tours tenir conseil. Dont envoya à tous ses parlements de France, et à toutes ses villes, pour faire venir vers lui de chacun lieu gens sages et hommes consultés, et tant, que en peu de temps furent en ladite ville de Tours , de chacune cour de parlement, présidents et conseillers, et de toutes les principales villes de France, hommes sages, ordonnés et députés par lesdites villes et pays de France , comme dit est. Aussi y étoient tous les seigneurs du sang, grand nombre de prélats, le chancelier, et tout le grand-conseil, avec la plupart de la noblesse du royaume de France. Lors-

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que tous les États furent là aîtisi assemblés , le lundi, le mardi et le mercredi des Roisons, dedans la grand'salle du Plessis, le roi tint siège royal; auquel lieu furent assemblés les Etats, c'est à savoir : les prélats de l'Église, les princes et seigneurs du royaume, le conseil des parlements et des villes de France; .sur lesquels dudit conseil présidoit messire Guy de Rochefort, lors chancelier de France. Et là fut tenu conseil sur le traité dudit mariage, et ouï l'opinion de chacun, où plusieurs belles choses furent alléguées, et saines opinions proposées, comme l'affaire le requéroit, en quoi gisoit l'honneur du roi, la sûreté du royaume et le salut de la chose publique. Parquoi toutes allégations ouïes, fut uniquement conclu et dit, que, pour le bien et utilité du royaume de France, ledit mariage se devoit accomplir et parfaire; et de ce faire, chacun desdits États , et tous ensemble , prièrent le roi. Et pour faire la proposition au roi , pour les villes et pays de son royaume de France, un nommé messire Jean Bricot, docteur régent à Paris, et chanoine de Notre- Dame, fiit à ce accordé, lequel montra au roi, et à tous les assistants, le grand bien et profitable utilité qui, pour les bonnes al-' fiances des amis connus, et le grand péril et mortel danger de celles des réconciliés et çnnemis couverts, se peuvent ensuivre, et ad-

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venir sur le royaume de France et à toute la chose publique, comme autrefois par alliances étranges en étoit advenu ; à quoi étoit obvier sur toutes choses, et à ce avoir singulier égard. Plusieurs autres bonnes raisons et propos afférents à ladite matière dit ledit Bricot, et tant, que le roi, vu l'opinion de son conseil et la prière de chacun , consentit ledit mariage ; et devant tous , par la main de maître Georges, cardinal d'Amboise , et légat en France, les fit fiancer le jour de F Ascension, dedans la grand'salle du Plessis- lès- Tours. De quoi, par tout le royaume de France, furent faits les feux de joie.

Après les fiançailles faites, les princes et seigneurs de France, et autres gentilshommes, à grosses bandes se préparèrent à faire joutes et'^tournois , dont, dessous le Plessis, près le collège des Bons-Hommes, entre la muraille du parc et la rivière , furent faites les lices. Ce jour, le roi fit faire la montre de ses gentilshommes entre la muraille du parc et la rivière , où furent tous armés et montés , leurs chevaux bardés et couverts de drap d'or et d'orfèvrerie , dont plusieurs d'iceux menoient les uns douze grands chevaux , les autres quatorze, et les autres vingt, tous chevaux de prix , et gorrièrement accoutrés , et eux tous vêtus de drap d'or et autres riches parements.

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Aussi les quatre cents archers de la garde firent là leur montre.

Messire Guyon d'Amboise tint ce jour un combat en foule de douze gentilshommes contre douze, desquels il en menoit douze , et un autre gentUhomme nommé Mollart Suffray , les autres douze. Avec eux étoit un nommé messire François Daillon, lequel avoit avec lui quarante autres gentilshommes , tous montés et armés à l'albanoise et à la turque, lesquels, premier qu'assembler, firent leur décœuvre , courses et escarmouches de chevau-légers, en manière de mortelle bataille et guerre ouverte. Le roi fit là mettre et atîtrer force grosse artillerie, qui, durant l'escarmouche , fut tirée et ruée contremont autour de la bataille, comme en manière de donner sur les ennemis. Et après lesdites courses et escarmouches , les gens d'armes des deux batailles, tous en foule, adressèrent les uns contre les autres de telle roideur , que au choquer toutes les lances allèrent par éclats , et puis à grands coups d'épée s'entremêlèrent et combattirent longuement, et tant, que le roi les fit départir. Ce fait, le sieur de la Crote, avec ses chevau-légers , donna sur l'artillerie, et lui et ses gens icelle gagnèrent et emmenèrent , en faisant toute la manière de guerre mortelle. Ce que la reine regarda, et les dames qui avec elle étoient, disant que c'est étrange

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chose que la guerre, et merveilleuse à regarder.

Deux jours après, ledit messire Guyon d'Ainboise tint un pas aux lices, et avec lui messire François Daillon , François de Maufjiron , le seigneur de Gimel, le bâtard de Luppe, Chevrières, Rochebaron, le seigneur de Beaumont, le seigneur de la Fayette, le seigneur de Castelpers, et un nommé le Croc, lesquels tinrent le pas. Les assaillans furent , le duc de Bourbon , lequel ouvrit le pas , le comte de Vendôme, le prince de Tallemont, Guy de Laval , Jacques de Bourbon , comte de Roussillon , messire Jacques du Fahy , et François d'Ars, lesquels combattirent à cheval, et à la barrière à pied; où furent là donnés maints coups de lance et d'épée, tellement que chacun des combatteurs y eut honneur, et le roi, plaisir. Cela fait, les étrangers se retirèrent, et la cour demeura audit lieu de Tours.

Comment U roi cmo^a memve Ivancm ic Hoci\cc\\onaxi amt anixce tn ambasm^e ier>tx^ le rai Î>e6 Romains.

Le mariage fait , comme j'ai dit, le roi envoya en ambassade, devers le roi des Romains,

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messire François de Rochechouart , et avec lui maître Antoine du Prat, maître des requêtes , et maître Antoine Jourdan , secrétaire dudit seigneur, lesquels, prêts à partir, dépêchèrent par le commandement du roi un héraut, lequel envoyèrent devant porter les lettres du roi au roi des Romains, et pour l'avertir de la venue d'iceux ambassadeurs. Lequel héraut se mit à chemin à toute diligence, et tant qu'il arriva en Hongrie, où trouva ledit roi des Romains en camp , faisant la guerre à un comte du pays, nommé le comte Estèphe , pour ce qu'il vouloit avoir la fille du roi de Hongrie , que le roi des Romains vouloit avoir pour le fils du roi de Castille. Le roi des Romains, après avoir reçu les lettres du roi, dépêcha ledit héraut, et lui bailla un de ses postes, pour le mener devers lesdits ambassadeurs de France, et iceux avertir de son vouloir. Sur ce , se mirent à chemin ledit héraut et la poste , pour retourner devers lesdits ambassadeurs, lesquels étoient partis de Tours le vingtcinquième jour du mois de mai en l'an susdit mil cinq cent et six, et avoient pris leur chemin à Orléans , à Troyes , à Bar-le-Duc , à Nancy et à Strasbourg. Or, avoit ledit messire François de Rochechouart lettres du roi, pour bailler à l'évêque de Strasbourg , frère du duc de Bavière; aussi avoit lettres adressant au marquis de Bade et au duc de Wir-

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tembcrg , lequel duc étoit à une sienne place , nommées Estoqunrf; d'Estoquart furent à Orne, et là se mirent sur la rivière de la Dunoe , et par icelle rivière furent jusques à une ville nommée Ref;ensbour{j, es hautes Allemagnes, où illec trouvèrent leur héraut et le poste du roi des Romains, lequel leur bailla lettres par lesquelles leur mandoit qu'il leur en voyoit deux de ses gentilshommes , |)Our les mener en la comté de Carinte en Autriche, leur mandant que là ouïroient de ses nouvelles. Or, étoit ladite comté de Carinte à plus de dix journées loin du lieu où étoit lors le roi des Romains. Dont messire François de Rochechounrt, principal ambassadeur pour le roi, voyant leloing de son chemin et la hâte de son message, dit qu'il n'iroit audit lieu de Carinte , mais remanda au roi des Romains, par son poste , qu'il a voit charge du roi son maître de lui dire de bonnes choses et diligenter son voyage; parquoi le prioit qu'il lui plut ne le renvoyer si loin de lui , mais le voulsit dépêcher au plus tôt qu'il auroit temps de ce faire. Tantôt que le roi des Romains eut su l'intention de l'ambassade, lui remanda, puisqu'il ne se vouloit éloigner ne aller en ladite comté de Carinte, qu'il s'en allât en la ville de Lintz en Autriche assez près de lui , et que là sauroit où se devroit trouver pour aller à lui. Dont s'en alla avec les autres ambassadeurs le

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long de la Dunoe, jusques au lieu de Lintz, très-belle ville, en laquelle le feu empereur Frédéric, père dudit roi des Romains, se tenf)it et y mourut : où là les<lits ambassadeurs attendirent l'espace de huit jours, pour cuider avoir réponse dudit roi des Romains, lequel ne sonnoit mot. A cette fin renvoyèrent par-devers lui pour savoir qui lui plaisoit de faire sur leur charge. Leciuel derechef leur manda, qu'ils l'allass^înt attendre à un autre lieu nommé îsenays en la comté d'Estayez, aux montagnes d'Autriche, au même lieu où sont les minières de fer, dont il tire tous les ans plus de cent mille florins de profit. Là arrivèrent lesdits ambassadeurs le premier jour d'août. Ce même jour arriva illec un des gentilshommes du roi des Romains, pour dire auxdits ambassadeurs qu'il leur mandoit qu'il n'iroit audit lieu, mais qu'ils s'en allassent l'attendre à un autre lieu nommé Gretz, quatre journées plus bas, tirant en la Hongrie à une repue près : ce qu'ils firent; et eux étant là, furent quatorze jours entiers sans avoir aucunes nouvelles du roi des Romains, lequel faisoit toutes ces dissimulations et éloing de parler auxdits ambassadeurs, afin qu'ils n'allassent par-de vers lui , et qu'ils n'eussent vue et connoissance de l'armée, qu'il avoit tant pauvre et désordonnée, que à iceux François ne l'eût voulu montrer pour chose du monde:

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car ses gens étoient à peu de nombre, et nus comme Arabes. Mais pendant ce qu'il éloignoit lesdits ambassadeurs, il traita d'appointementavec les Hongres, qui plus puissants de beaucoup étoient que lui : car étant lesdits ambassadeurs à Lintz, iceux Hongres jusques à une lieue près du camp du roi des Romains, brûlèrent trente et cinq villages de ses pays, sans ce qu'il leur donnât un seul alarme; ains traita d appointement, et après, avec ses gens s'en alla à une ville nommée Vienne en Autriche; et de là, pour conclure dudit appointement, envoya devers les Hongres un chevalier des siens, bien fort son recommandé, lequel s'en alla droit au camp d'iceux Hongres, à une Ueue près du lieu où le roi des Romains avoit tenu son camp. Et lorsque ledit chevalier approcha, cuidant faire son ambassade, la commune gent du camp des Hongres se mut, et sans avoir égard à la sûreté que doivent avoir ambassades, coururent sus audit chevalier, disant : « Nous ne voulons appointement ne paix au roi des Romains, qui sans juste querelle vient assaillir nos pays, et nous faire la guerre; » et ce disant, sans vouloir ouïr ledit chevalier, le tuèrent sur-lechamp.

Dedans Vienne étoient lors les ambassades des Hongres devers le roi des Romains, qui tantôt sut la mort de son chevalier , que les

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Hongres avoient occis : de quoi fut moult courroucé, mais dissimula pour l'heure. Toutefois le peuple de Vienne se mut, aussi voulant tuer les ambassades des Hongres et leur faire jeu parti : ce que ne voulut le roi des Romains, pour l'honnêteté garder, et 1 envie qu'il avoit d'avoir paix avec eux; parquoi, rapaisa tout, et là conclut son appointement tel, que les Hongres lui baillèrent deux mille bœufs et trois mille aunes de drap, pour nourrir et vêtir ses gens, qui bon besoin en avoient , lesquels disoit vouloir mener avec lui à Rome, pour se faire là couronner empereur. Ainsi fut conclu le traité d'entre lui et les Hongres. Parquoi, fit partir ce qu'il avoit de gens d'armes en son armée, et les fit marcher le chemin de Rome jusques au bout de ses pays, et arrêter en une ville nommée Villac, prochaine ville de la terre de Saint-Marc; et lui, demeura dedans les montagnes d'Autriche, à la chasse des cerfs et des chamois, où prit un grand cerf à merveilles, et plus grand qu'autre communément, car il avoit cinq pieds de hauteur; duquel il fit mettre la grandeur en toile , qu'il donna pour la nouvelleté à messire François de Rochechouart, ambassadeur pour le roi; et depuis, lui, envoya les cornes jusques àGrenoble, lesquelles étoient si grandes et massives

qu'elles pesoient quarante et deux livres, et ift

ioelles donna pour étrange présent au cardinal d'Amboise.

Or étoient lesdits ambassadeurs audit lieu de Gretz, auxquels il ennuyoit moult de ce qu'ils n^avoient nouvelles du roi des Romains : dont messire François de Rochechouart, grand ambassadeur pour le roi , lui envoya un gentilhomme des siens, nommé Germain de Mauléon, pour le prier et requérir que son plaisir fût de le vouloir ouïr, ou autrement, vu la lointaineté du temps de son voyage et la charge halive qu'il avoit du roi son maître, s'en retourneroit sans lui dire ladite charge. Et sur ec, manda le roi des Romains audit ambassadeur, qu'il se rendît aune ville nommée Loven, à trois journées dudit Gretz, sur la rivière de Meure, qui passe audit Ueu de Gretz; où se rendit ledit messire François de Rochechouart avec les autres ambassadeurs; et là trouva les gens du roi des Romains , lesquels les logèrent dedans une petite abbaye, à un quart de lieue de Loven , où deux jours après se rendit le roi de¥ Romains. Et le lendemain qu'il fut là arrivé, manda lesdits ambassadeurs , et leur envoya cinquante gentilshommes des siens ju&* quesà leur logis, pour les conduire et mener audit lieu de Loven par-devers lui, lesquels se mirent à chemin, en devisant ensemble de choses joyeuses. Et en approchant la porte de la ville d'un trait d'arc près, leur vint au-de-

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vaut l'archevêque de Trêves, fils du marquis de Bade , un sien frère avec lui , et grand'suite d autres gentilshommes du pays, lesquels menerent lesdits ambassadeurs descendre au logis dudit archevêque. Et après collation faite et qu'ils furent prêts, le roi des Romains les manda venir par-devers lui : ce qu'ils firent, et s'en allèrent à son logis , et montèrent en sJ chambre. Messire François de . Rochechouart entra le premier, où trouva le roi des Romains, là accompagné du duc de Juilliers, du marquis de Brandebourg , du comte de Sornes et de l'évêque de Gurce.

A la venue desdits ambassadeurs, le roi des Romains se leva de sa chaire et fut au-devant jusques à moitié de la chambre; et là mit la main au bonnet, en demandant à messire François de Rochechouart, principal ambassadeur, comment se portoit le roi de France son frère; lequel de Rochechouart lui dit : « Sire, il fait trè^bonne chère, et se recommande à vous. » Et lors le roi des Romains le prit par la main , et le tira à part à une fenêtre de la chambre, où lui demanda s'il vouloit dire sa charge en puWic, ou à part; lequel dit que tout ainsi qu'il lui plairoit, et qu'il vouloit bien dire devant tous : ce qu'il accorda volontiers. Et lors maître Antoine du Prat, un desdits ambassadeurs , s'avança, etpource que tous les assistants n'entendoient le fran-

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cois, commença à dire en haut et rhétorique latin la charge de leur ambassade, laquelle contenoit comment le roi , pour le bien et utilité du royaume de France , et à la prière et requête et par lavis et délibération du conseil des Trois États de France, il avoit donné en mariage Madame Claude , sa fille , à François d'Orléans, comte d'Angoulême , le plus proche à venir de la couronne : de quoi en vouloit bien avertir ledit roi des Romains; et au surplus, que le roi vouloit et désiroit avoir toujours bonne paix et amour avec lui, et en outre vouloit savoir si le roi des Romains vouloit tenir Taccord qu'il avoit fait touchant Tinvestiture de la duché de Milan , pour Madame Claude et ses successeurs.

Autres articles furent là pour le roi dits et déclarés par ledit maître Antoine du Prat. A chef desquelles choses, le roi des Romains demanda auxdits ambassadeurs s'ils avoient autre chose à dire : « Si avons, sire, dit messire François de Rochechouart , mais s'il est votre plaisir, ce sera à vous seul, et à part. — Or bien, dit le roi des Romains, je sais bien qu'avez prou de choses à dire , mais vous venez de loin , et êtes las, et avez métier de repos : parquoi vous vous pouvez retirer à votre logis quand vous plaira, et demain, à l'heure que je serai prêt de vous ouïr, je vous manderai. » Et sur ce, s'en allèrent à leur Io-

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gis, accompagnés de grand nombre de gentilshommes du roi des Romains.

Le lendemain, sur les deux heures après midi, furent iceux ambassadeurs transmis quérir par ledit roi des Romains. Si s'en allèrent par-devers lui , et eux venus en sa chambre, leur dit : « Or, dites, seigneurs, votre charge, quand vous plaira. Mais premier, je veux savoir si vous voudrez bien qu'aucuns de ceux de mon conseil soient avec moi pour ouïr votre charge? — Oui, sire, dirent les ambassadeurs , qui vous plaira. >! Dont appela à ce, l'archevêque de Trêves, le duc de Juilliers , le marquis de Brandebourg , 1 evêque de Gurce, le comte de Sornes et le chancelier de Tyrol, pour assister : lesquels tous assemblés , le roi des Romains se mit en sa chaire, son conseil tout autour de lui. Lors maître Antoine du Prat, maître des requêtes, dit en latin leurdite charge, pour ce que autre que le roi des Romains n'entendoit le françois; disant que le roi leur avoit donné charge lui dire ce que paravant lui avoient dit; et davantage, que touchant les cent mille francs qu'il demandoit pour l'investiture de la duché de Milan, laquelle il avoit accordée pour les hoirs qui en l'avenir sortiroient de madame Claude (attendu que le mariage d'elle et du fils du roi de Castille, archiduc, nes'accomplissoit), enten-

doit, le roi, que de rien ne lui en étoit tenu; mais que là où il voudroit bailler ladite investiture à Madame Claude et à ceux qui d'elle descendroient , il lui feroit bailler les cent mille francs qu'il lui avoit promis, et iceux délivrer au lieu et jour qui seroit entre eux avisé et ordonné; par ainsi, qu'il fil bailler le consentement des électeurs. Ce dit, le roi des Romains demanda auxdits ambassadeurs s'ils avoient autre chose à dire, lesquels dirent que si avoient, ce qu'ils feroient, après ce qu'ils auroient eu réponse de lui sur les choses par eux alléguées. Sur quoi ne voulut ledit roi des Romains rendre réponse, mais les fit semondre par aucuns des siens, et lui-même les somma par plusieurs fois de dire toute leur charge : ce que ne voulurent, s'ils n'a voient premièrement réponse de lui; lequel ne voulut dire autre chose, si n'est, quant au regard dudit mariage, qu'il louchoit plus au petit archiduc qu'à nul autre, et que à celui manderoit ce que le roi lui en avoit fait dire, pour y pourvoir comme il sauroit; et aussi, tant que touchoit l'investiture de Madame Claude, que aussi il le manderoit aux électeurs de l'Empire, pour en savoir leur vouloir, et de ce en avertiroit le roi. Et sur ce, lesdits ambassadeurs prirent congé de lui, lequel au partir leur donna charge faire ses recommandations au roi de France ,

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son frère; et leur bailla un gentilhomme allemand, lequel parloit bon françois, nommé ledit gentilhomme Simon de Ferrète. Quatorze journées par le pays dudit roi des Romains, celui gentilhomme mena et conduisit lesdits ambassadeurs, et tant, qu'ils arrivèrent à Trente, ville près de la terre de Saint-Marc, et de là tirèrent à Milan , où étoit lors lieutenant du roi messire Charles d'Amboise , lequel avertirent de l'armée du roi des Romains. Et de là, messire François de Rochechouart manda au roi de tout ce qu'il avoit exploité en son ambassade, et su envers ledit roi des^ Romains.

Commirnt U voi ie €astHle^ archtîruc, aprh amt 6u U ttiûrtagc îr^ Maàame €lanie et in comU y 2lnig0ulme , mal (onUni ie ce , prit alliance à pluôifurô, et se iéciava tmmi îru voii d it la mort îïuîrit roi ie CaetilU.

Le roi de Castille, étant lors en ses pays d'Espagne , fut averti du mariage de Madame Claude, fille du roi, avec François d'Orléans, comte d'Angoulême, laquelle pensoit être pour son fils; dont autrefois par ci-devant avoit été paroles. Parquoi, se mal-contenta , disant que autrefois promesses avoient été

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faites de Madame Claude et de son fils; à quoi il s'attendoit. Toutefois ne sut autre chose que faire sur ce, si n'est user de menaces, et dire que tous ses amis et alliés lui faudront, ou en France fera telle guerre, que mamts, qui de ceux ne peuvent-mais, le compareront chèrement; et dès- lors prit alliances et confédérations à tous ceux qu'il put savoir être ennemis couverts du roi : car nul pour lors étoit déclaré ennemi de France; et en outre, voulut animer les autres à son pouvoir, et tant fit. que le roi des Romains, son père, toutes lesEspagnes et Angleterre (comme se disoit), avec les Vénitiens suivant les plus forts, et grande partie des Itales , se tinrent de son parti contre le roi. Dont soi voyant de lui moult puissant, et de tant d'alliances fortifie, se déclara ennemi du roi, qui délibéra de sa part obviera tous ces dangers, avec 1 aide souveraine , disant qu'il mettra sus telle armée, que ce sera pour devoir rabattre les coups à tous ses ennemis. Or advint que le roi des Romains, comme prêt de tout temps de faire aux François quelque alarme, voulut mettre sus grosse armée , pour courir sur la duché de Milan; le roi de Castille, faire aussi une autre armée en Espagne pour vouloir descendre en Languedoc et en Guyenne ; et les autres confédérés, chacun en son quartier, mettre sus grosse puissance , pour ennuyer le roi

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et assaillir son royaume de France. De quoi ne se mut le roi, que bien à point, ains tint conseil sur son affaire, et envoya par ses pays faire mettre sus tant de gens, que le nombre et le pouvoir d'iceux lui sembloient devoir suffire à garder sa terre et chasser ses ennemis, et en outre fit renforcer de gens d'armes sa duché de Milan , disant que si le roi des Romains commence par ce côté , que lui-même ira en personne , pour lui couper le chemin et empêcher le passage.

Or étoit le royaume de France menacé de toutes parts , et le roi , en propos délibéré de bien le défendre , et dépendre grand trésor à raffaire dont en avoit plus que prince de chrétienté : ce qui tenoit moult ses ennemis en crainte; car il avoit gent et argent , ce qui, après laide de Dieu et le cœur des amis , fait obtenir les victoires, faire les conquêtes , et entretenir les royaumes. Combien qu'amas de pécune soit , à tout prince libéral , détestable, si est-elle, à tout affaire, secourable.

Or advint , en déduisant le moyen de ses menées , Comme il plut à Dieu qui des royaumes dispose, que le roi de Castille, étant en son pays d'Espagne , fut soudainement atteint de si griève maladie , que malgré le remède des médecins , en moins de huit jours, fut mort ; dont tous ses alliés baissèrent le nez et firent silence, si que de tous points leur entre-

prise fut abattue et anéantie. Dont le roi demeura en son entier, et paisible en son royaume de France.

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Comment le roi entJOjjû meseire €l)ûrleô b'îlmboiôe aoec groêôe armée à ôoioQue ^ pour icelle ô0umettre h robéigeaneeîrupape, et comment irûneois îre Clermonl , eariinal î»e lîarbonne , fut pour ce et autres tï\oscs ievns leiit Saint-|)ère le pape.

En ce même temps et an mil cinq cent et six, le pape Julius second mit armée sus pour vouloir soumettre et réduire à son obéissance Bolo{jne-la-Grasse , laquelle avoit été, cinquante ans ou plus , hors la subjection de rÉglise, à qui elle appartenoit d'ancienneté, mais étoit lors par force occupée et gouvernée par un Bolonois , nommé messire Jean Bentivole, lequel aussi sachant l'armée du pape mise sus, à cette cause fit de sa part grosse gent d'armée , fortifier la ville , et mettre dedans grand nombre de gens d'armes , et icelle bien garder. Le pape, voyant que difficile chose lui seroit venir à chef de son intention sans autre secours que de sa main forte , envoya devers le roi lui prier qu'il lui plût donner en son affaire quelque renfort ; et que, par le

pouvoir de son armée qui étoit lors en la duché de Milan , lui pourroit aisément faire telle aide, que Bologne pourroit être remise et réduite à la seigneurie apostolique, à qui de droit elle appartenoit; et aussi, que si un tel service faisoit à l'Église, que à toujours-mais de plus icelle obligeroit envers le royaume de France, qui à tout grand besoin et extrême nécessité avoit tout temps eu l'épée au poing, pour icelle augmenter, secourir et défendre : dont, pour le loyer de ses mérites, en portoit, entre les autres royaumes chrétiens, l'excellent titre d'honneur souverain du nom Très-Chrétien. Et aussi mandoit le pape au roi, que s'il vouloit passer les monts, pour voir de ses affaires, et visiter ses pays, que volontiers se trouveroit en quelque lieu entre eux avisé , ou bien qu'il Tattendroit à Bologne, pour illec le voir et parler avec lui. Oyant le roi la requête et dire du Saint-Père le pape , et la promesse qu'il lui faisoit de l'attendre à. Bologne; comme prince très-catholique, conservateur des droits de l'Église, défenseur de sa franchise, et fils obéissant d'icelle , disposa d'employer son pouvoir audit affaire, en tant qu'il manda à messire Charles d'Amboise, son lieutenant delà les monts, qu'il tînt prêts ses gens d'armes, et qu'il fît amas de gens de pied , jusques à grand nombre; et lors qu'il lui manderoit, qu'il

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allât en avant, là où son plaisir seroit : ce que fit ledit messire Charles d'Amboise, si à point que en peu de jours ses gens furent tous prêts de marcher.

Durant ce, le roi transmit devers le pape, qui jà étoit sorti de Rome, un nommé François de Clermont, cardinal de Narbonne, par lequel mandoit audit Père -Saint qu'il lui donneroit tel secours en toutes ses choses, que rien n'épargneroit à ce; et que, des gens d armes siens étant en la duché de Milan , se tient tout sur, lesquels il auroit toutes fois que besoin en seroit, et que jà l'avoit mandé à messire Charles d'Amboise, son lieutenant delà les monts. Et en outre mandoit audit Saint-Père, qu'il étoit délibéré de s'en aller, après l'hiver passé, delà les monts, et que très- volontiers aussi verroit sa Sainteté , et se trouveroit en quelque ville de par-delà , où seroit par lui avisé. Autres charges et créances eut ledit cardinal de Narbonne devers le pape, que je laisse pour abréger et dire que celui cardinal, très-bien accompagné, prit son chemin de Rome; et premièrement fut passer par Avignon, où séjourna quelque peu de jours, puis marcha par la comté de Venisse, puis par le Dauphiné, à Briançon, à Ourse , à Suse, en Ast, à Alexandrie et à Pavie, où étoit lors messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi : et là furent deux jours à courir

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les cerfs dedans le parc de Pavie, où prirent un grand cerf. Et après ce qu'ils eurent parlé de leurs affaires, ledit cardinal monta sur la rivière du Pô, et fut par eau jusques à Plaisance en Lombardie, de Plaisance à Parme, à Modène et à Bologne, où avoit jà grand nombre de gens d'armes, que messire Jean Bentivole, gouverneur d'icelle, avoit là mis, sachant que le pape avoit fait armée pour venir assiéger ladite ville de Bologne. Or ne savoit encore , celui Bentivole , que le pape eût demandé secours au roi , et que le roi le lui eût promis; parquoi sachant la venue dudit cardinal de Narbonne , voulant à celui faire tout rhonneur qu'il pourroit, envoya devant lui ses enfans, bien accompagnés de gens d'armes, montés et armés , et leurs chevaux bien bardés, lesquels marchèrent au-devant dudit cardinal trois milles hors Bologne , où mirent pied à terre, pour lui faire la révérence. Ce fait, remontèrent et marchèrent tous ensemble vers la ville , où à un mille près se trouva messire Jean Bentivole, accompagné de gens d'armes à toute puissance, lequel vouloit descendre pour faire la révérence audit cardinal, ce que ne voulut, mais s'entr'embrassèrent tout à cheval; et ce fait, en parlant de plusieurs choses, marchèrent jusqu'à la ville, où ledit Bentivole fit entrer honorablement celui cardinal, et le mena descendre et loger dedans

son palais de Bologne, où le festia grandement et le défraya avec tout son train pour le dîner; et après ce, s'en alla ledit cardinal coucher assez près de là , à une ville nommée Plenore, terre de Bologne. Le lendemain, prit le travers des Alpes , tirant le grand chemin de Rome jusques à Florence, et là sut que le pape étoit parti de Rome pour s'en venir à Bologne à toute grosse armée, et qu'il tenoit le chemin de la Marque d'Ancône. Parquoi, celui cardinal, pour adresser, prit le chemin de Pérouse , terre de l'Église , et passa outre deux milles loin, où trouva le pape avec grand nombre de cardinaux et gens d'armes ; et là lui fit , ledit cardinal , son salut comme il devoit , et lui dit ce que le roi lui mandoit de par lui , et toutes ses charges : de quoi , le pape fut moult joyeux, et fit très-bonne chère audit cardinal, et le festia très-honorablement, en s'enquérant souvent de la prospérité du roi et de ses affaires. Après long propos et paroles joyeuses, chacun se retira, et le lendemain, le pape fît son entrée audit Pérouse, où les seigneurs et le peuple de la ville le reçurent à grand triomphe. Là dedans séjourna douze jours, durant lequel temps le marquis de Mantoue, lieutenant de son armée, se rendit à lui audit lieu de Pérouse , entour la fin du mois de septembre , et là fit la montre de ses gens d'armes , où avoit environ six cents

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hommes d'armes , armés à la mode d'Italie , légèrement , et montés sur chevaux légers ; aussi y avoit trois mille hommes de pied, ou quelque peu moins.

Les montres d'iceux gens d'armes faites , le pape avec son armée partit de Pérouse, et prit son adresse vers la ville d'Urbin , où fut reçu et festié par le duc et la duchesse , et traité tout à plaisir, auquel lieu séjourna quatre jours.

Le roi avoit jà su que le pape marchoit avec sonost, parquoi avoit mandé à messire Charles d'Amboise, son lieutenant, que , à toute diligence, marchât celle part avec huit cents hommes d'armes , et les gens de pied qu'il avoit amassés; et de tout ce, voulut avertir le pape par ses postes; et tant, que audit lieu d'Ur-* bin sut ledit Saint-Père les nouvelles du roi, et comment sondit lieutenant avec grosse armée se devoit rendre à lui à Bologne , et qu'il avoit mandé marcher son armée, qui jà étoit sur les champs prête de le secourir et se joindre avec lui. De quoi le pape fut moult joyeux , et se dit toujours être tenu au roi, en le remerciant de tout son pouvoir.

Après ces nouvelles sues , le pape avec son armée marcha droit à Bologne , et prit son chemin vers Césène, à Forli, et devant Faïence, terre d'Église, que les Vénitiens par force occupoient lors et étoient dedans tous

en armes , tenant les portes closes. Parquoi , le pape passa outre , et marcha jusqu'à Imole, et là demeura trois semaines, en attendant approcher Farmée du roi, qui jà étoit à la route. Et aussi te pendant fit marcher son arméejusquesà une ville nomméeCastel-Saint- Pierre, terre de Bologne, étant à huit milles d'Imole.

Tantôt après que Tarmée du pape fut devant Castel- Saint -Pierre, ceux de la ville parlementèrent , et à la parfin se rendirent à la merci dudit Père-Saint.

Comment me esire €l)arlcg b'Slmboiôir , lie utcttûnt in roi Ma les monts, fit marcl)cr son armée ivoii à fioloigne, pour seconvxr le pope»

Messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi delà les monts, sachant qu'il étoit heure de partir pour aller au secours du pape, avoit fait assembler ses gens d'armes à Parme , et mis en marche, comme le roi lui avoit mandé; ettenoit ordre tel, que, nonobstant l'empêchement de pluies et l'ennui de l'hiver qui lors avoient cours, gens d'armes, piétons et artillerie, et tout le sommage n'avoit arrêt; car sous ledit lieutenant du roi, avoit capitaines experts, et lieutenants avisés en faits

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d'armes; et pour ce que j'ai su les noms desdits capitaines qui là éfoient , je les ai voulu commémorer, afin que si bien-fait y a, que ce soit à la louange d'eux et à l'exemple des futurs. Premièrement, y étoit présent messire Charles d'Amboise, général lieutenant du roi, lequel avoit à lui cent hommes d'armes; messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, lequel avoit cinquante hommes d'armes; messire Yves d'Alègre, cinquante hommes d'armes; messire Robert Stuart, cent hommes d'armes écossois ; Adrien de Brimeu , lieutenant des cent hommes d'armes du marquis de Mantoue; messire Jean de Durfort , seigneur de Duras , cinquante hommes d'armes ; messire Rogier , baron de Béart, cinquante hommes d'armes; messire Galéas Palvesin, quarante hommes d'armes ; messire Antoine-Marie de Saint-Severin, cinquante; messire Philibert de Clermont , seigneur de Montoison, cinquante; le seigneur d'Orose, quarante; le seigneur de Châtellart, quarante; le seigneur de Fontrailles , trente ; le comte de Misoc, cinquante; messire Mercure, cent Albanois. Les capitaines des gens de pied étoient Mollart, allemand; Jacques d'Alègre; Péralte, espagnol; Cossains et un ItaHen, nommé le marquis Bernato , lesquels avoient sous leur charge quatre mille hommes , Allemands, Dauphinois et Piémontois. Aussi y

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avoit quinze pièces d'artillerie sous la main de messire Jean* de Bessey, gruyer de Bourgogne. Et ainsi fut mise l'armée de France aux champs, tirant le droit chemin de Bologne, et tant, que devant une place bolonoise, nommée Castelfranc, furent les François, et là mirent le siège. Puis commencèrent à tirer quelques menues pièces d'artillerie, pourvoir que ceux de la place voudroient dire, lesquels se défendirent tout lâchement, en tirant bien peu de coups, et sans attendre sur eux plus grand effort, se rendirent, leurs bagues sauves. Ce fait, ledit lieutenant du roi , avec ce qu'il voulut de ses gens d'armes , entra dedans : ce que tantôt sut le pape , qui lors étoit à Imole; de quoi fut bien joyeux, pensant que, au moyen dudit secours, Bologne seroit bientôt à lui soumise.

Messire Jean Bentivolle , qui lors étoit à Bologne , sachant la venue de l'armée du roi et la prise de Castelfranc, fut bien ébahi, disant qu'il ne pourroit longuement tenir contre ladite armée, et que de deux maux lui falloit échever le pire, ne voulant pour rien choir entre les mains du pape , qui de mort lui en vouloit. Parquoi avisa que mieux étoit pour lui se rendre aux François , pensant être , entre leurs mains et sous la clémence du roi, humainement traité; et pour y ouvrer sommairement, envoya ambassades à Castelfranc

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par-devers messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi , pour lui dire que si son plaisir étoit de prendre à merci lui et sa famille, et tous ses biens saufs , que à lui volontiers se rendroit, et lui mettroit Bologne entre les mains. Lesdits ambassades portèrent leur parole, et firent sur ce tout ce que enchargé leur étoit, et averth^ent ledit lieutenant du roi du vouloir dudit messire Jean Bentivolle, et comment entre ses mains se vouloit rendre, et mettre ladite ville de Bologne en son obéissance. A quoi fit réponse , que pour l'heure ne pouvoit avec lui rien composer , et qu'il n'avoit autre charge du roi son maître, que de venir au secours de l'Église et faire ce que le pape lui commanderoit , parquoi ne pouvoit de lui rien conclure, sans en avertir ledit Père-Saint. Ce nonobstant, vu le parti humain de celui Bentivolle, lui manda que s'il vouloit bailler sauf-conduit pour quelqu'un de ses gens, qu'il enverroit devers le pape, et que à son pouvoir traiteroit de la paix. Dont ledit Bentivolle , voyant que la chose ne pouvoit pour l'heure prendre meilleure fin pour lui, bailla sauf- conduit et sûreté, pour passer par ses dangers et aller vers le pape. Ce fait, ledit lieutenant du roi transmit à Imole un sien secrétaire , trésorier des guerres de Milan , pour avertir le pape comment messire Jean Bentivolle se vouloit rendre et mettre

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entre les mains du roi, et la ville de Bologne en son obéissance, pourvu que lui , sa famille et tous ses biens fussent saufs et gardés , et comment , sur ce , ledit lieutenant n'avoit voulu rien conclure , mais avoit le tout remis au vouloir et à l'ordonnance du pape; en lui mandant que sa Sainteté y avisât, pour y besogner selon son plaisir et commandement, et que tout ainsi le feroit sans faillir, et qu'il lui plût sur ce lui faire savoir son vouloir. Oyant le pape les choses susdites, fut content de la réduction de Bologne; mais, quant à ce que ledit Bentivolle et ses choses demeureroient saufs, ne lui vint pour l'heure à plaisir, et avoit si bonne envie de le traiter autrement ; car, durant leur discord , ledit Bentivolle avoit fait mourir le père du dataire du pape : dont avoit conçu haine mortelle contre Iqi. Mais, après avoir pensé atout, et que user de vengeance étoit contre le commandement de Dieu , consentit que ledit Bentivolle seroit mis encre les mains du lieutenant du roi, pour en faire à son plaisir, et ses biens saufs ; et ainsi dépêcha ledit trésorier des guerres, et le renvoya deversledit lieutenant du roi, lequel étoit à Castelfranc. Tantôt après qu'il eût renvoyé ledit messager françois, lui souvint de quelque chose qu'il avoit oublié à mettre en ses lettres : parquoi derechef transmit après un autre des

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siens, qui étoit son chambrier; et pource qu'il ne savoit parler françois, demanda au cardinal de Narbonne, qui avec lui étoit, un de ses gens , pour accompagner son homme et rapporter la parole, lequel lui bailla un sien chapelain, qui chantoit devant lui. Si s'en allèrent iceux ensemble, et passèrent par le camp du pape , dont étoit chef le marquis de Mantoue, lequel avertirent de leur affaire; et voyant qu'ils n'avoient sauf-conduit, leur dit que sur leur chemin n'avoient nulle sûreté pource que ce jour avoit envoyé devant Bologne cent de ses Albanois, qui ne sa voient rien du traité de la paix. Mais pour ce, ne s'arrêtèrent, pensant qu'ils passeroient au moyen dudit chambrier, qui savoit parler italien, et qu'ils diroient aux Bolonois, que, pour le bien et profit de la ville , étoient envoyés du pape au lieutenant du roi. Or advint que, à l'approcher de ladite ville, comme à deux milles près, ou environ, rencontrèrent les Albanois du marquis de Mantoue venant de leur course, lesquels avoient trouvé un capitaine de Bologne avec trente chevau- légers, sortis pour découvrir, desquels ne s'étoit sauvé que ledit capitaine, que tous ne fussent tués ou pris. Dont celui capitaine, tout effrayé , s'en étoit retourné à bride abattue jusqu'à Bologne, où là fit asavoir aux Bolonois comment les gens d'armes du

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pape leur avoient couru sus, et leurs gen& défaits, dont les uns étoient morts, et les autres prisonniers, tellement que de tous n'en étoit échappé que lui tout seul , qui à force de courir avoit gagné la ville. Oyant les Bolonois ces nouvelles , grand nombre d'iceux s armèrent, et montèrent à cheval, puis se mirent aux champs à la suite desdits Albanois, qui jà étoient près de leur camp, dont ne les rencontrèrent ; mais trouvèrent le chambrier du pape et son compagnon, courant la poste. Et pource que ledit chambrier étant mieux monté que le prêtre du cardinal de Narbonne éU)it devant plus de deux jets darc, or advint que celui chambrier fut pris par les Bolonois, lesquels le voulurent tuer; mais il leur dit comment le pape lenvoyoit devers le grand-maître de France , lieutenant du roi , pour le profit de la ville et traiter de la paix, et aussi que s'il étoit question de guerre entre le pape et eux, qu'ils ne le fissent mourir : car il avoit de quoi payer cent écus pour sa rançon. Tant joua de doux parler, que autre mal ne lui firent, mais le prirent et gardèrent très-bien. Son compagnon, qui tout de loin voyoit les Bolonois jouer de force , ne sut que faire , si n'est tourner le dos , et se voulut mettre à fuir; mais fut avisé par aucuns d'iceux Bolonois, dont l'un d'iceux bien monté se mit seul à la course après lui , et

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tant, que bientôt l'eût atteint, en lui voulant courir sus. Le prêtre , voyant son cheval las , et qu'il ne se pouvoit sauver à fuir , et aussi qu'il n'avoit à besogner qu'à un homme seul, mit la main à l'épée , et se défendit en manière que la javeline de son ennemi saisit, et la lui ôta du poing; et de fait, l'eût tué et défait, n'eût été que sept ou huit des autres, qui virent la défense de celui prêtre, hâtivement coururent là, et sans le vouloir ouïr parler ni écouter sa raison, donnèrent sur lui à tous côtés, et tant que, en se défendant, l'abattirent et le tuèrent sur le champ. Le chambrier du pape fut mené à Bologne , et présenté à messire Jean Ben ti voile, auquel dit celui chambrier la charge qu'il avoit du pape: parquoi fut incontinent délivré, et à lui baillée sûreté, pour aller faire son message. Durant ces jours, la pluie étoit en ce lieu continuelle, nuit et jour, et dura tant longuement, que les fanges étoient si grandes par les chemins , que gens et chevaux y étoient jusquesaux genoux, tellement que l'artillerie ne se pouvoit charrier; et la falloit tirer à force de gens et de chevaux , qui à toute la peine du monde la menoient de lieu.en lieu.

Ce nonobstant, messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi, mit tel ordre à tout ce, que pour l'empêchement de celui temps ne demeura rien en arrière, mais partit de Castel-

franc avec son armée et artillerie, et tira vers Bologne, de tant qu'il fut à un pont, deux mille près dudit lieu de Bologne. Là le trouva le messager du pape, et lui présenta ses lettres, desquelles fut bien joyeux, mémement pource qu'il consentoit que messire Jean Bentivolle fût mis entre les mains du roi , et ses biens être saufs. Lorsque ledit messire Jean Bentivolle sut le vouloir du pape et larmée de France être si près de Bologne , partit dudit lieu, et à l'aube du jour se rendit audit pont; et là s'en alla mettre entre les mains dudit lieutenant du roi, comme avoit promis de faire, et avec lui un de ses fils nommé messire Alexandre Bentivolle : lesquels reçut doucement, eticeux bailla en garde à un Lombard, nommé messire Antoine-Marie de Saint-Severin, auquel donna charge de les mener à Milan , et les faire garder tant que seroit le plaisir du roi. Et au partir, ledit messire Jean Bentivolle bailla les clefs de Bologne à messire Charles d'Amboise, en lui recommandant sa pauvre femme désolée et ses biens, la face toute couverte de larmes , et le cœur serré de douleur , en faisant les plus piteux regrets et douloureuses plaintes qu'onc fit pauvre chevalier, disant : «Hélas! Fortune, ennemie de gloire et marâtre de prospérité , que t'aije méfait, quand en mes jours florissants, et au temps de ma douce juvente, m as laissé

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quelque temps féliciter à plaisir , et, aux ennuyeux ans de ma chenue vieillesse, me mets en exil perpétuel ? Or, me fais-tu à clair connoître, que le plus malheureux gourre de tes adversités est avoir été longuement prospère, et puis déchoir sans ressource! » Plusieurs autres lamentations désolables fit le pauvre chevalier, et tant, que le Ueutenant du roi même fut mu de telle pitié , que des yeux lui sortirent les larmes, mais pour rentrer, envoya ledit Bentivolle à Milan. La femme et un des enfants dudit Bentivole, après ce, s'en allèrent avec" huit cents chevaux hors Bologne, et tirèrent vers la duché de Ferrare, où portèrent la plus grande partie de leurs bagues et choses portatives.

Le lieutenant du roi , ayant les clefs de la ville de Bologne, pensant sans nulle résistance entrer dedans, transmit là un nommé messire Galéas Viscomte, avec ses fourriers, pour faire les logis: lesquels fourriers, cuidant marquer lesdits logis, furent assaillis de la commune de Bologne, qui fit un cri sur eux, et un tel butin, que ce fut jusques à charger, en manière qu'iceux fourriers furent, les uns blessés, et aucuns tués, et menés tellement, que à grand'peine se put sauver ledit messire Galéas Viscomte, avec partie de ses fourriers, lesquels s'en allèrent d'effroi au-devant du lieutenant du roi.

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qui avec son armée approchoit la ville; et sachant la rébellion susdite, comme ennemi d'icelle, fit là droit marcher l'armée, et mettre le siège devant, et à toutes mains faire péter artillerie , et abattre tours et murailles , en lassaillant si vivement, qu'il n'y eût dedans si hardi qui n'eût frayeur de ce bruit. Et ce voyant, aucuns de ceux de la ville, qui jà savoient l'appointement du pape et de Bentivolle, envoyèrent en poste devers ledit Saint- Père , et devers aucuns des citadins de la ville , qui jà s'étoient allés rendre au pape, pour iceux avertir du siège et de la continuelle batterie que faisoit le lieutenant du roi devant Bologne, et que, si tôt n'y étoit pourvu, ladite cité étoit en danger d'être prise d'assaut et pillée par les François, qui tous efforts mettoient en avant pour y entrer.

Oyant le pape ces nouvelles, fut tant émerveillé que plus ne pou voit, et ébahi de cet affaire, vu les lettres que, peu devant, lui avoit envoyées ledit lieutenant du roi , disant que, après que messire Jean Bentivolle seroit entre ses mains , il s'en iroit loger dedans Bologne. Or sa voit le pape jà que ledit Bentivolle avoit rendu les clefs de la ville, et que à Milan l'avoit envoyé le lieutenant du roi. Sur quoi, ne savoit que penser, si n'est que quelque nouvelle rébellion eussent fait les Bolonois, ou que les François vou-

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lussent piller ladite ville, qui étoit moult riche et pleine de tous biens : parquoi , pensa que si ladite ville étoit ainsi prise et pillée , qu'il seroit double perte, et que son entreprise lui seroit plus dommageuse que profitable : car il auroit perdu les frais et mises qu'il auroit faites pour soutenir son armée, oùjà avoit grand trésor dépendu, et aussi , que la cité qui étoit sienne seroit détruite et désolée; ce qui dedans étoit, pris et pillé; le peuple mis à sac, et les biens d'icelle ravis et emportés : ce qui seroit totalement à son désavantage. Dont pour à ce vouloir mettre provision , transmit hâtivement le cardinal de Narbonne devers messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, lui prier et dire qu'il cessât de battre la ville, et qu'il fît tenir cois ses gens. Si s'en alla ledit cardinal , et lui étant par chemin , couroient incessamment postes de Bologne, pour hâter les messagers du pape, disant que les François avoient jà tant battu la ville d'artillerie, et fait telle ouverture, qu'on n'attendoit que l'assaut, et que sans faillir elle seroit emportée et prise, qui ne mettroit sur ce hâtif remède et sommaire provision. Le cardinal de Narbonne,. qui du pape avoit charge de hâtivement aller faire cesser l'armée de France , voyant que *ssez tôt ne pouvoit courir, et aussi que plus de quinze milles de chemin avoit encore à faire,

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transmit là un de ses gens nommé Jean Voussart, accompagné d une des postes de Bologne, pour avertir le lieutenant de roi, du vouloir du pape et de la venue dudit cardinal, et pour faire cesser le siège jusques à ce que ledit cardinal eut parlé à lui. Or se mirent les coureurs en voie , et tant que les chevaux purent aller, tirèrent vie, en manière que , après qu'ils eurent chevauché huit milles de pays le cheval dudit Voussart fut déferré, et tant las qu'il demeura tout court : parquoi, la poste de Bologne qui sans celui François ne pouvoit faire bon message pour les Bolonois , se mit à pied, et lui bailla sa monture, en lui montrant son adresse, et lui priant bien fort qu'il se hâtât, car long chemin avoit à faire : ce qu'il fit, et tant, que sur les deux heures de nuit arriva ledit Voussart devant la ville de Bologne, du côté d'Imole, où là trouva gros guet et les gardes de ladite ville en armes, lesquels salua, et leur dit comment de par le pape venoit là pour les affaires de Bologne , et iceux avertit de la venue dudit cardinaf son maître que le pape envoyoit là à toute grand' hâte; et que, pour plus avancer l'affaire, ledit cardinal l'avoit transmis devant à diligence extrême. Parquoi, pria lesdites gardes, que pour plus tôt être au siège des François , et pour le profit de la ville, le laissassent passer par là dedans, qui étoit pour le plus court : ce que

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ne voulurent, pource qu'il étoit François, et aussi que sûrement n'eût su passer, vu que guerre mortelle se faisoit lors entre eux et les François, et que l'un n'épargnoit l'autre. Mais icelui adressèrent hors la ville, par un chemin touchant le long des fossés, et l'avertirent de crier en passant : l'É^l/se! qui étoit le cri commun de la ville; ou autrement, ceux du guet lui pourroient tirer quelque coup d'artillerie ou de trait. Si se mit à passer le long dudit chemin tout coiment , en criant : V Eglise, et ne lui demandèrent rien les ennemis, jusques il approchât le camp françois ; et lorsque aux rais de la lune qui étoit claire,' le virent adresser vers le camp, lui tirèrent à la passée plusieurs coups de hacquebuttes et de trait, et tant, qu'il fut contraint, pour se sauver, de mettre pied à terre, et abandonner son cheval, pour gagner les haies et jardins, qui là-dessous étoient : et ainsi comme il put, se rendit au siège, où trouva sur les pieds le lieutenant du roi , armé de toutes pièces, faisant tirer artillerie aux rais de la lune contre la ville, et abattre murailles, sans cesser, déhbérant le lendemain donner l'assaut.

Par ledit messager fut averti de la venue du cardinal dé Narbonne, que le pape lui envoyoit pour faire cesser le bruit ; et tantôt qu'il sut les nouvelles de ce, fit arrêter l'artillerie et accoiser le siège; mais pourtant fit

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faire ses approches et tranchées , et mit guets de toutes parts. Jusques à Theure de la minuit, des deux côtés firent silence, sans tirer ni faire bruit. Mais après ce, Bolonois commencèrent le hutin, et à tirer coups d'artillerie sur le camp des François, lesquels aussi ne leur faillirent, mais tirèrent de plus belle, et plus que onc; car ils avoient jà approché leurs pièces près des fossés de la ville. Et ainsi tirèrent l'un contre Tau tre, jusques à une heure après minuit, que le cardinal de Narbonne survint au camp, et là avertit le lieutenant du roi comment le pape ne vouloit que ladite ville fût prise par force, en priant ledit lieutenant qu'il cessât de faire plus tirer contre ladite ville : parquoi la batterie fut cessée et le siège arrêté, combien qu'il ennuyât moult audit lieutenant et aux François, qui là étoient, vu la défense que iceux Bolonois , après Tappointement, faisoient; mais pour obéir au pape, tout fut arrêté.

Tantôt après, vinrent ambassades de la ville devers ledit lieutenant du roi; disant qu'ils avoient charge des citadins et peuple de ladite ville, de dire au lieutenant du roi que icelle dite ville et les habitants avec tous leurs biens étoient au pape, et de l'Église ; et vu que ledit lieutenant , qui là se disoit pour le pape, vouloit icelle prendre et détruire, s'ébahissoient, en le priant, pour l'honneur de leur

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souverain seigneur le pape, qu'il se voulsît désister de plus leur courir sus, et que de leur part feroient leur devoir et viendroient à la la raison. Sur quoi, fit ledit lieutenant réponse , en disant : (( Vous savez assez comment, par le consentement du pape, messire Jean Bentivolle, lors votre chef et gouverneur, s'est rendu au roi, lui, sa famille et ses biens saufs; et comment, après qu'il m'eut baillé et rendu les clefs de Bologne , mes fourriers , en voulant marquer dedans les logis , ont été, par vous et votre commune, les uns occis , les autres blessés et chassés ; et aussi comment, nonobstant tout autre appointement eatre le pape et aucuns de vos citadins fait , votre cité s'est rebellée et fait tout l'effort de guerre qu'elle a pu faire contre l'armée du roi qui ci est : qui est mal montré à vous, que soyez ou veuilliez être sujets au pape, |)our lequel ladite armée est ici venue. Dont à cette cause, de ma part, je suis délibéré de vous faire réparer tous ces méfaits et d'entrer dedans Bologne, veuillez ou non. » Sur ce, ne répliquèrent lesdits ambassadeurs autre chose , doutant avoir pis; mais après plusieurs autres raisons, conclurent que ledit lieutenant et ses gens de cheval entreroient dedans , et les piétons demeureroient hors , auxquels seroit de la ville transmis force vivres. Toutefois ne fut du tout la conclusion arrê-

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tée, pource que encore n avoientle consentement de tout le peuple de la ville, mais fut dit que le lendemain à quatorze heures, qui sont huit heures en France , viendroient rendre réponse sur cet affaire. Ainsi retournèrent lesdits ambassadeurs pour rapporter ce qu'avoient fait et conclu, et besogner au surplus. Pendant lequel temps, messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, et le cardinal de Narbonne, parlèrent de leur affaire, et après , délibérèrent entre eux aller dîner au pont , deux milles près de là. Les ambassadeurs de Bologne retournés en la ville, après leur rapport fait, murent la ville de tenir conseil, où les seigneurs et la plus graad'partie de la commune furent assemblés; et là furent débattues plusieurs choses. Toutefois à la parfin, par commun assentiment, fut dit que le lieutenant du roi, avec ses gens de cheval, comme avoit été appointé par lesdits ambassadeurs, entreroit en ladite ville. Donts'enretournèrent iceux ambassadeurs devers ledit lieutenant du roi, et lui dirent que, lorsqi?il lui plairoit , lui et ses gens de cheval pou voient entrer en ladite ville, et que aux piétons seroient transmis vivres et provisions à suffisance. A quoi fit réponse ledit Heutenant du roi, que à Theure qu'il se trouveroit délibéré, il y entreroit. Et sur ce , lui et ledit cardinal

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se mirent à chemin , pour aller dîner au pont, comme devant avoient entrepris.

Lesdits ambassadeurs se mirent au retour, et tantôt qu'ils furent en la ville, une partie de la commune, qui n'avoit été appelée au conseil susdit, sachant celui appointement, dirent qu'il étoit à leur préjudice, et que c'étoit chose qui touchoit à tous; pour ce, de tous devoit être approuvée. Autre chose alléguèrent, 011 peu de propos raisonnable avoit. Et ainsi cette méchante commune , prompte à mettre aux champs et aisée à effréner, fit une insulte, et avec grand tumulte mirent la main aux armes, montèrent sur les murailles de la ville , et recommencèrent à tirer coups de trait et artillerie contre les François, et les Françoisàeux; somme, chacun recommençala guerre de nouveau , et tant, qu'iceux Bolonois firent une saillie de quatre à cinq mille hommes sur les François, qui se tinrent pied coi , saisis de leurs armes. Si grand fut le bruit, que le lieutenant du roi, étant au chemin pour cuider aller dîner au pont, comme celui qui de ce ne se doutoit, vu lappointement devant fait, oyant cet effroi, tout à course de cheval s'en retourna jusques au camp, où là trouva ' ses gens d'armes tous en ordre, près de charger sur leurs ennemis. Et sans autre chose dire, lui qui étoit légèrement armé et monté sur un courtaud, mit pied à terre, et prit une "'• i3

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pi(|iie au |)oin{î; |)iiis se mit avec deux mille cinq cents Allemands, qui étoient là pour le roi, et adressa à ceux (|ui étoient sortis, en manière qu'il les re[)oussa jusque dedans la ville, tant que sur la foule, à Tentrer des portes, furent d'iceuxBolonois cliapjvlés et assommés plus de deux cents; et n'eut été cpie ceux qui sur les murailles étoient, à coups de trait et d'artillerie donnèrent sur les Allemands et recueillirent leurs gens, peu en fiit réchappé. Après la retraite d'iceux Bolonois, voyant, le lieutenant du roi, la déloyauté d'iceux vilains tant continuer, fut délibéré de leur donner l'assaut et faire tout mettre à sac. Mais aussi sachant que le pape se malcontenteroit, vu ce qu'il lui avoit mandé , différa, et voulut sur ce tenir conseil, où appela les capitaines de l'armée qui là étoient, et autres, comme le cardinal de Narbonne et l'archevêque d'Aix et plusieurs autres, lesquels conclurent que le pape seroit desdites choses averti, et de la déloyauté d'iceux Bolonois, et comment au moyen des faux tours et ap|)ointements par eux enfreints, le lieutenant du roi avoit juste cause et bonne querelle contre eux, parquoi étoit délibéré de leur faire mortelle guerre. Toutes ces choses furent mises par lettres, pour icelles démontrer au pape. Ledit cardinal de Narbonne s'en retourna par-devers Uii, et lui bailla lesdites lettres que

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lui envoyoit ledit lieutenant du roi, desquelles choses fut très-mal content et très-animé contre les Bolonois, disant qu'il les détruira, s'il faut qu'en armes aille sur le lieu, et que à bon droit avoient desservi cruelle punition. Aucuns des principaux de Bologne, lesquels s'étoient jà rendus au pape, mirent si bonne diligence à rapaiser le défaut, que la chose fiit adoucie, moyennant ce que ceux de Bologne lui mandèrent que, quand lui plairoit d'entrer dedans la ville , toutes les portes lui seroient ouvertes, et au lieutenant du roi pareillement : ce qui pacifia tout.

Le pape , sachant Bologne avoir dit le mot, manda à messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi , que dedans trois jours après ce, qui étoit le huitième du mois de novembre, il iroit faire son entrée à Bologne, en le priant que avec tous ses gens d'armes de cheval lui voulût tenir compagnie : ce qu'il fit, car lors qu'il sut que le pape marchoit, et qu'il approchoit Bologne , avec toute son armée fut au-devant. Et là lui fit, le pape, joyeux recueil et très-bonne chère , en remerciant le roi de son bon secours, et lui, de la peine que pour lui avoit prise , soi offrant à lui faire tout le plaisir de quoi le voudroit requérir.

Comment le pape entra Irebane Hoio^ne avec son armée , et l*armée î>u roi.

Ainsi s'en alla le Père-Saint à Bologne avec ses gens de cheval , et ledit lieutenant du roi, aussi avec ses gens d'armes; et ainsi accompagné, entra dedans ladite ville de Bologne, à grand triomphe. Après qu'il fut ainsi entré, et qu'il se vit maître de la ville, il fit commander, à peine de la hart , que tout le harnois de la ville fût apporté et mis dedans une maison ordonnée à ce faire : ce qui fut fait, et puis commit gens de par le pape pour ladite maison garder, et disposer des armes, comme plairoit à sa Sainteté. Là dedans fut festié et entretenu le pape, par les citadins et seigneurs de la ville, honorablement. Et ainsi plusieurs jours durant, il festia et traita ledit lieutenant du roi, tellement que toujours le fit seoir à sa table, et servir tout à souhait, en lui faisant tant familière chère, que à toute heure parloit à lui ; et lors qu'il s'en voulut aller, lui fit grands dons et présents, et contenta à la raison , et fit en manière que lui et les capitaines de l'armée du roi tout amplement se contentèrent de sa bénédiction.

Ce fait, ledit lieutenant du roi et les capi-

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taines de l'armée prirent congé du Saint-Père, puis s'en retournèrent en la duché de Milan, chacun à sa garnison.

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