‹ Chroniques [microform]Chapitre 21 sur 74 · VU · texte numérisé non relu

VU

Comment en la tiille îre ^ênesi, en relui tempe, le peuple et les nobles îr%elle eurent immn ensemble , et comment reujr in peuple rljasôèrent les nobles et s'armèrent rontre le roi.

La superbe cité de Gênes, qui lors étoit entre les mains du roi, et sous son pouvoir gouvernée par messire Philippe de Clèves, seigneur de Ravestain , ayant paix à tous ses voisins et vie prospère en son état; tout ainsi que grand'aise foule le trop séjourné, non * pouvant endurer le bien de félicité, à soi même, comme forcenée, se voulut prendre, et mutiner, par guerres civiles et plus que civiles : car citoyen contre citoyen , et parent contre parent, furent commus, en manière que les nobles et le peuple de ladite ville eurent division mortelle entre eux: et ce, pource que les nobles voulurent suppéditerJe peuple, et le peuple se faire égal aux nobles . et iceux mépriser.

Or est à savoir que ladite ville de Gênes , entre les autres villes du monde, est excellente estimée, tant en état de noblesse qu'en fait

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de marchandise ; en laquelle sont grandes et anciennes maisons, desquelles sont les principales, comme je Tai su étant sur le lieu : (lesquelles, pour vérifier mon histoire, j'ai voulu nommer , et partie des noms des seigneurs desdites maisons qui en ce temps étoient,) et premièrement la maison noble de Flisco , qui lors étoit la plus renommée de Gênes , de laquelle étoient messire Jean-Louis de Flisco , seigneur d'icelle, Paul de Flisco, Paris de Flisco, Francus de Flisco et Manuel de Flisco; puis étoit la noble maison Doria , dont étoient HiéronymeDoria, Stéphanus Doria, Marcus Doria , Constantin Doria et Raphus Doria ; aussi étoit Tautre noble maison de Spinula , de laquelle étoient Lucas Spinula , Baptiste Spinula , Jean Spinula , Stéphanus Spinula , Obertus Spinula, Carolus Spinula, Christophorus Spinula et Jean-Jacques Spinula; la quarte maison des nobles de Gênes étoit de Grimaldi, dont portoient le nom messire Jean de Grimaldi , Âmsaldus de Grimaldi , Georges de Grimaldi et Jean de Grimaldi. Autres maisons riches étoient du peuple de Gênes , qui se nomme le peuple gras , c'est à savoir ceux qui tenoient plus d'avoir : entre lesquelles étoit la maison des Justinian, de laquelle étoient Sylvestre Justinian , Stéphanus Justinian , Lucas Justinian , Bricius Justinian , Paul - Baptiste Justinian, Simon Justinian,

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Démétrius Justinian; de la maison de Furnariis, étoient Manfrédus de Furnariis, Pascal de Furnariis et Raphaël de Furnariis; de Francis, aussi étoient Lazarus de Francis, Joannes-Baptista de Francis et Bernardus de Francis. Plusieurs autres grosses maisons des nobles et du peuple gras étoient dedans Gênes, comme la maison de Sauli, des Lomellins, des Cathanées, de Nigrono, de Usus- Maris, des Centurions, et plusieurs autres; sur toutes lesquelles étoient prééminentes et de renom les maisons d'Adourne et de Campefurgose, desquelles étoient Augustinus Adourne, le plus grand de tous lesdits Adournes , lequel avoit été gouverneur de Gênes sous le duc Ludovic , lors qu'il tenoit la duché de Milan ; Jean - Baptiste Adourne, Bernardus Adourne et Balthazar Adourne. De la maison de Campefurgose, étoit seulement un nommé Petrus de Campefurgose, duquel le père avoit été lors duc de Gênes , et se tenoient iceux hors la ville , dedans grosses places et forts châteaux qu'ils avoient; et combien qu'ils fiissent du peuple gras, si vi voient-ils noblement, sans user de marchandise que par leurs facteurs. Or étoient iceux Adournes et Furgoses tant autorisés en ladite ville de Gênes , que toutes les autres maisons dessus nojnmées, tant des nobles que du peuple , voire et toute la commune de la ville, tenoient, les uns pour Fur-

gose et les autres pour Adourne, tellement que par ci-devant s'étoient plusieurs fois mis en armes Génois contre Génois , et fait meurtres et occisions, avec grands tumultes et séditions populaires, l'un contre lautre; et tenoient à Gênes leurs cris : Adourne et Fur gose y comme à Rome : Colonne et Ursin^ ou à Milan : Guelphe et Jubellin : sur quoi avoit le roi mis telle police , et si bon ordre , que de son temps n'avoient eu, iceux cris concursoires , lieu autorisé en manière que nouvelles en fût, à peine de la hart.

Pour entrer en propos historial sur le révol tement de la ville de Gênes, est à réciter que iceux Genevois, ayant le temps à plaisir et l'heure à souhait, ne purent longuement souffrir l'aise de la paix , ne soutenir la dureté de la guerre, comme sera dit par après. Car, au premier, le peuple gras tout énoint de richesses et boursoufflé d'orgueil , avec le populaire effréné qui ne demande que mutation de seigneurie et cas de nouvelleté , voyant les nobles vouloir seigneurier et prendre autorité sur eux, dirent que telle injure ne souffriroient. Les nobles, de leur part, disant que à eux appartenoit honneur et prééminence sur marchands et mécaniques, se tinrent fermes, et tant que là où ils trouvoient ceux du peuple mal apparentés, les soufïletoient à toutes mains et outrageoient à leur pouvoir. Ceux

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du peuplepareillement leur faisoiént de même, et eussent plus; mais autres que les nobles n'avoient loi de porter épées ou armes par la ville : parquoi, iceux nobles se trouvoient là, plus de fois, les plus forts; dont s'échauffèrent déplus, et firent, iceux nobles, forger épées et dagues, où firent engraver et mettre sur les manches et lumelles de leurs glaives en écrit : Casligue-vilabu Le peuple gras et la commune se mirent à gronder contre les nobles, et à grosses bandes cheminèrent par les rues, et marchèrent devant eux en les méprisant, et voulurent prendre les honneurs, et eux autoriser par tout, devant lesdits nobles. Et ainsi chacun d'eux faisoit commencement de mutin. Et pour continuer, un Genevois du peuple gras, nommé Manuel de Canalle, durant ce temps, rencontra par la ville un des gentilshommes de Gênes, nommé Martin Spinula, auquel demanda quelque chose qu'il lui devoit, comme il disoit : lequel gentilhomme, en lieu d'autre paiement, haussa la main, et donna à celui de Canalle tel soufflet sur la joue, que le sang lui en vint au nez et à la bouche; puis passa outre, sans dire mot. Celui qui avoit eu la buffe étoit mal accompagné et sans bâton , dont ne se put revancher; si s'en va avec cela, disant entre les dents : (c Vous m'avez prêté votre mitaine, gentilhomme de bran, que de fièvre quartaine

soyez-vous épousé , et moi , si à quelque heure ne la vous rends ! » Toutefois , pour l'heure n'en fut autre chose. Dedans peu de jours après ce, advint qu'un autre des gentilshommes de Gênes , fils d'un nommé Dominique de Nigrono, fut à la maison d'un notaire nommé Bernard Ragius ; et là celui gentilhomme pria la femme dudit Ragius de déshonneur, laquelle ne voulut par amour à son désordonné vouloir obéir : dont se voulut celui prendre à elle par force. Si se prit à crier, et à défendre sa pièce, tant qu'elle échappa de ses mains, et lors que son mari fut venu de quelque lieu , où il étoit ce jour allé, elle lui dit,enplorant, comment ledit gentilhomme s'étoit pris à elle et l'avoit voulu forcer. Dont celui notaire s'en alla plaindre à messire Philippe de Clèves, gouverneur de Gênes pour le roi , lequel s'enquit de l'affaire; et sachant la vérité du fait, voulut faire prendre et punir ledit de Nigrono, mais il s'ôta du chemin et s'absenta .de la ville pour un temps, et demeura hors, jusque son père et aucuns autres ses amis eussent adouci le forfait et apaisé partie : ce qu'ils firent. Ce fait , ledit gentilhomme s'en revint à la ville, lequel n'eût là été guère de jours qu'il ne se trouvât à un autre bruit, tel qu'il eut paroles injurieuses avec un du peuple, nommé Peregrum de Leonardis; et tellement que de paroles à patacs vint la chose.

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en manière que ledit gentilhomme, qui avoit un poignard au coté, occit ledit Peregrum: dont s'en alla , et avec le secours d'aucuns autres gentilshommes ses amis, fut mis hors la ville. Ce fait, voyant le peuple que à toute heure étoient les nobles de Gênes en querelle contre eux , s'assemblèrent à grosses troupes le long des rues, et là où ils rencontroient les gentilshommes, ils leur couroient sus; et de là en avant, furent déhbérer que la première fois qu'iceux gentilshommes feroient bruit, que tout le peuple s'élèveroit, et avec grand tumulte occiroient tous les gentilshommes de Gênes. Messire Philippe de Clèves, comte de Ravestain, et gouverneur de Gênes pour Je roi, voyant le différend et la division des nobles et du peuple, adressa sur ce sa parole à l'un et à l'autre, en leur disant : « Messeigneurs , la division civile d'entre vous, qui vient d'une chose de petite occasion, vous pourra porter dommage irréparable et perte sans recœuvre. Entendez que toutes les plus grandes et plus renommées cités du monde sont tombées en ruine et demeurées en désertion, parles seules divisions et guerres intestines et civiles de leurs mêmes citoyens ; et sachez que, , par le lien de concorde, petites choses s'augmentent grandement; mais par l'effort de discorde, les grandes seigneuries sont anéanties : et vous souvienne que tous royaumes, ou pays

divisés, choient sans ressource, et viennent à ruineuse désolation. Ne faites donc que, par vous-même , vous et votre cité soyez détruits et exilés ; car c'est la fin du paiement du salaire de division. » Plusieurs autres remontrances et avertissements de profit leur fit ledit seigneur de Ravestain; mais pour ce, ne se rapaisèrent : dont voyant leur obstination, s'en alla devers le roi, pour l'avertir desdites choses. Et ce pendant, iceux tant suivirent leur malheur, que le quinzième jour de juin, en l'an susdit mil cinq cent et six, advint qu'un des gentilshommes de Gênes, nommé Viscomte Doria , se trouva en la place Doria , où se vendoient la fruité et les herbes, de quoi se repaissent souvent les Genevois ; et là fut un autre Genevois nommé Guillon, de ceux du peuple, lequel marchanda à quelqu'un qui là étoit, des potirons, que les aucuns appellent champignons, et iceux voulut emporter; ce que vouloit avoir aussi ledit gentilhomme , et mit la main au panier où étoient lesdits potirons. Celui Guillon, qui encore ne les avoit payés, les voulut emporter, disant que premier les avoit marchandés et qu'il les auroit. Et voyant ce, ledit gentilhomme hausse la main et donne un grand coup de poing au travers du visage dudit Guillon, en disant : « Emporte cela, vilain, et j'emporterai les potirons! » Et ce fait, tira une dague qu'il avoit, et vou-

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lut frapper ledit Guillon , qui tantôt quitta le gage, et comme outragé d'avoir été battu, tout plein d'ire et de courroux, commence à crier : Pople ! pople ! sur les gentilshommes. Dont tout à coup se mut le peuple, et mêmement ( comme j'ai su audit lieu de Gênes), furent t!ois du peuple nommés Paul-Baptiste Justinian, Bricius Justinian, et Manuel de Canalie, qui premier firent le bruit, et mutinèrent le peuple contre les nobles, tant que, au cri dudit Guillon, chacun courut aux armes, si que, en moins d'une heure, plus de dix mille vilains furent armés par les rues, criant tous : Pople! pople! à haute voix , adressant aux maisons des gentilshommes , dont plusieurs en tuèrent. Les autres, voyant ainsi contre eux le peuple ému, abandonnèrent leurs maisons et s'enfuirent hors la ville. Or étoit demeuré celui Viscomte Doria en ladite place, où se trouvèrent aucuns marchands, et lui dirent : « Otez-vous d'ici , Doria : ne voyez-vous le peuple en armes contre vous autres gentilshommes ? sachez que, s'il vous trouve ici, votre vie est hasardée au plus périlleux danger qu'elle fut onc, et pour ce, avisez à votre affaire, car le plus tôt ne sera pas assez. » ' Desquelles paroles ne fit compte ledit Doria, mais dit qu'il necraignoit les vilains ne toute leur puissance , et les attendit en l'heure que son malheur ne lui fuit; car iceux vilains sans

nul répit le taillèrent en pièces, et tous ceux qu'ils en purent rencontrer.

Le seigneur Jean-Louis de Flisco , oyant ce bruit, se fortifia en sa maison, où mit grand nombre de gens armés , pour le garder ; mais nul de ses gens osoit aller par la ville quérir vivres et ce qu'il lui étoit nécessaire, parquoi lui fallut à la parfîn déloger et laisser sa maison ; et le plus secrètement qu'il put , issit de de la ville. Si s'en alla à un château sien nommé Montaubyou , à douze milles de Gênes, où demeura quelque peu de temps, en attendant si le peuple ce pendant se pacifieroit : ce que ne fit, car lors que lesdits gentilshommes eurent abandonné la ville, ceux du peuple entrèrent dedans les maisons d'iceux, et comme si de bonne guerre tout leur fût abandonné , mirent la main au pillage , et emportèrent tout ce que dedans trouvèrent , et d'aucunes d'icelles s'emparèrent. Dont ledit seigneur Jean-Louis, de ce averti, ne s'en osa retourner, mais s'en alla à une petite ville nommée Gavi , terre des nobles de Gênes , où illec s'assemblèrent tous les chassés, et tinrent conseil sur leur affaire : dont la conclusion fiit d'envoyer devers le roi , pour l'avertir de l'insurrection du peuple , qui avoit ainsi tué et chassé les nobles de sa ville de Gênes , et lui prier qu'il lui plût y mettre bonne paix et douce union , ou autrement sadite ville, pleine

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de peuple effréné, se pourroit par elle-même détruire , ou faire quelque rébellion contre sa majesté; à quoi étoit besoin de mettre ordre sommairement. Et pour lesdites choses rapporter, envoyèrent iceux gentilshommes un des nobles de leur parti, docteur, -nommé messire Etienne. Ceux du peuple sachant que lesdits gentilshommes envoyoient devers le roi pour faire plainte d'eux, pareillement y envoyèrent de leur part un autre docteur, nommé messire Nicolas, pour lui dire et remontrer les grièves injures et continuelles extorsions que les nobles par ci-devant leur avoient faites; disant que, deleur part, ils s'en vouloient du tout soumettre à son bon vouloir et arrêtée ordonnance. Lesdits messagers ouïs par le roi, et mise la chose en conseil, fut appointé, par ledit seigneur, que messire Philippe de Clèves, comte de Ravestain, retourneroit audit lieu de Gênes; et pour assister avec lui, deux docteurs lui furent baillés, nommés messire Etienne Ohvier de Vienne seigneur en parlement de Grenoble, et messire Falque d'AuriUac , pour ouïr et ordonner du différend d'iceux Genevois. Et sur ce, furent par le roi iceux dépêchés, lesquels s'en ' retournèrent à Gênes. Et en tirant celle part, ledit comte de Ravestain, prit pour sa sûreté' mille hommes, pour le conduire audit lieu; et aussi, afin que ladite chose fût toujours

mieux éclaircie et consultée , envoya à Seine quérir un docteur qui là étoit conseiller de justice, nommé, ledit docteur, messire Etienne de Cernerieu , lequel se trouva audit lieu de Gênes avec les autres. Et là tous ensemble commencèrent à faire inquisition de ce qui leur étoit enchargé , et consulter leur affaire. Messire Jean-Louis , qui étoit à Gavi , sachant la venue du comte de Ravestain et de ceux que le roi avoit là transmis, pensant que sûrement pourroit aller à G^nes, se mit à chemin pour tirer celle part, et, à toutes aventures, prit cinq cents hommes de pied pour le conduire et mener plus sûrement. Si s'en entra avec son infanterie dedans la ville, et s'en alla à sa maison. Le peuple de ladite ville, qui ne Ta voit pas afjréable , voyant que à grosse bande étoit entré, et aussi que le seigneur de Ravestain avoit là amené grand nombre de gens, se doutant que quelque force lui pourroit être faite, à ce moyen ne voulut entendre au conseil; mais comme suspectionneux d'iceux gens d'armes, commencèrent à crier pople! poplel €t s'armèrent à grosse route , et firent un concurse tumultuaire contre ledit seigneur Jean- Louis, en le voulant assiéger en sa maison. Et voyant ce bruit, le comte de Ravestain fut devers le peuple ému, pour le cuider adoucir, en disant : « Messieurs, voulez-vous faire contre ce que vous avez mandé au roi , votre sou-

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verain seigneur, qui en voulant obtempérer à votre prière et remontrance , ci fait assembler tout plem de sages hommes et gens de conseil, pour vous faire droit et justice contre ceux qui tort vous auront fait, et remettre votre cité en paisible état et tenir en franche liberté? Ne lui avez-vous mandé que à son vouloir étiez prêts d'obéir, et faire ce qu'il lui plaira aviser sur le différend de vous et des nobles de cette cité ? Quel rapport lui pourrai-je faire de vous et de votre obéissance, que je vois contrarier du tout à raison , vu que, en lieu de traiter de la paix, vous mettez la main aux armes? Je vous prie, Messieurs, que, pour le bien de vous et de votredite cité, toutes vos divisions soient dorénavant assoupies et anéanties , et que par Tavis du conseil du roi, et du vôtre qui ci est, toute la rumeur et dissension d'entre vous soient amendées. » Autres remontrances raisonnables leur mit devant les yeux, mais tout fut pour néant ; car ladite commune, toute pleine de premier motif, tout à une voix fit réponse, que jà ne laisseroient ceux du peuple leurs armes, ne n'entendroient à propos de conseil, que premièrement ledit messire Jean-Louis avec ses piétons ne fût hors la ville, et que jamais gentilshommes n'auroient pouvoir sur eux. Sur quoi ne sut ledit seigneur de Ravestain

de quel moyen savoir user, si n'est qu'il s'en jii. /

alla devers ledit seigneur Jean-Louis, et lui dit qu'il étoit besoin que hors la ville s'en allât, autrement le peuple ne laisseroit les armes et n'obéiroit à raison; ce qui pourroit être cause de convertir division civile en rébellion publique; disant : « Parce que celui peuple, ]à presque révolté, pourroit penser que à l'aide des gens d'armes , que vous et moi avons ci amenés, on leur voudroit faire quelque force , et que le roi donneroit contre eux faveur aux nobles, à ce moyen se pourroit toute la ville rebeller : ce qui seroit tant difficile à ramender , que pour le moins ennui ou dommage s'en ensuivroit pour le roi, et pour la cité, servitude ou désertion. Parquoi, dit-il, me semble pour le mieux, en obviant à ces dangers, que devez désemparer pour un temps. Et ce pendant, le roi pourvoira à l'affaire, en manière que les nobles seront remis et maintenus en leurs autorités , et le peuple gardé et tenu en son droit. » Oyant ledit seigneur Jean- Louis celle remontrance raisonnable, dit : « 11 m'ennuie bien que , pour la menace des vilains et le danger d'un peuple ému, je sois contraint d'abandonner ma maison; mais pource que c'est ores pour le mieux, faire le me faut! » Et ce dit , fit trousser ses bagues , et se mit à chemin pour sortir hors la ville; lequel fut en passant menacé des vilains , et en danger d'être d'eux assailli. Mais il sortit, et s'en alla

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à sondit château de Montaubvou, où fit faire a ses gens le guet toute la nuit, comme celui qui se doutoit d avoir suite : ce qu'il eut, car celle même nuit sailUrent de Gênes plus de dix mdle hommes en armes, et le suivirent jusques à un lieu nommé Carie, une place sienne a six milles près de Gênes, le pensant là trouver. Mais il avoit passé outre, et étoit allé à Montaubyou, comme j'ai dit, dont bien lui en fut; car ils avoient délibéré et juré tous ensemble de l'assiéger et prendre d'assaut, et tuer lui et tous ses gens, sans en répiter un seul. Advint qu'iceux Genevois ainsi mutinés, voyant que ledit seigneur Jean-Louis étoit a Montaubyou , dirent que là l'iroient assaillir, et proposèrent d'y aller mettre le siège.

Le comte de Ravestain, gouverneur de Gênes, sachant la saillie et l'exploit d'iceux Genevois, et le vouloir qu'ils avoient d'aller mettre le siège devant le seigneur Jean-Louis , prit quant et lui aucuns des conseillers qui avec lui étoient, quelques marchands aussi et citadins de la ville, et s'en alla au-devant desdits Genevois, qui jà tiroient vers ledit lieu de Montaubyou , délibérés de l'assiéger; et iceux, par douces paroles et belles remontrances' quelque peu adoucit, les voulant faire retourner à Gênes : ce que ne voulurent , mais s'en allèrent à un lieu nommé Chabéri, au port de Lespèçe, et aux autres appartenances des-

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dites places que tenoit ledit messire Jean-Loiiis, et icelles prirent par force , et mirent gens dedans pour les garder. Sachant le seigneur de Ravestain la prise desdites places, fut sommer les gens de ladite commune d'icelles rendre et mettre entre les mains et à l'obéissance du roi , à qui elles appartenoient : ce que ne voulurent, mais dirent qu'ils les garderoient à qui elles appartenoient, et ne voulurent par commandement, ni autrement, rendre au roi lesdites places. Dont le seigneur de Ravestain en avertit le roi , et de tout le bruit qu'avoient fait iceux Genevois , et comment ils n avoient voulu entendre au conseil , ni ouïr parler de Tappointement d'eux et des gentilshommes; et qu'il ne pou voit plus donner ordre en leur affaire : car ils étoient presque tous révoltes et en voie de faire quelque rébellion, et que, s'il plaisoit au roi qu^il s'en allât par-devers lui , qu'il l'avertiroitdu tout. Le roi,oyantces nouvelles, manda audit seigneur de Ravestain qu'il s'en retournât par-devers lui : ce qu'il fit; et premier que partir, voulant au mieux pourvoir, laissa son lieutenant audit lieu de Gênes, un nommé Philippe de Roquebertin, gouverneur de Plaisance, et avec lui un autre, nommé messire Etienne de Cernerieu, docteur, lesquels, au mieux qu'ils purent, mirent peine de rapaiser le peuple, et les citadins entretenir, en manière. qu'il n'y

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eût plus de bruit dedans Gènes. Mais toujours tendent, ceux de la commune, les places par eux prises, sans les vouloir rendre, et pour chose du monde ne vouloient que les gentilshommes chassés tournassent dedans la ville Parquoi messire Jean-Louis et grand nombre des autres se retirèrent vers le roi , et le prièrent, comme ses pauvres sujets exilés, de les vouloir recevoir en sa garde, et leur aider à les remettre en leurs maisons, dont étoient, par la force du peuple de Gênes, sans raison dédiasses et mis hors. Le roi , voyant ces pauvres gentilshommes plaintifs et chassés de leurs maisons, les accueillit doucement, et les traita en sa maison, comme prince humain doit faire, en leur promettant de leur secourir en leur affaire, en sorte que si par douceur n'y pouvoit pourvoir, que par force y mettroit la main ; vu aussi que le peuple de Gênes avoit jà commencé contre lui-même le hutin, en prenant et détenant aucunes places de sa seigneurie de Gênes, comme avoit été averti par messire Philippe de Clèves.

Et ainsi passa le temps sans bruit, jusques entour la fête de Noël , que derechef lesdits Genevois s'émurent, disant que le roi avoit retiré les gentilhommes de Gênes , et contre eux les vouloit défendre et soutenir. Sur quoi tinrent leur tourbe populaire, où furent appelés Paul^Baptistc Justiniaii, Dcmctri Jusli-

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nian, Manuel de Canalle, Antoine de Ciuli, Bricius Justinian , Benedict Ponsono , Marc de Terilli, Bernard de TopoUi , et plusieurs autres mutins. Et par iceux fut dit et allégué, devant le peuple, comment jadis la cité de Gènes avoit été en si haute réputation , et de tant estimée , que empereurs et rois , et tous princes du monde, la redoutèrent; et comment tant de victoires et triomphes avoit obtenus par mer et par terre , qu'il n'y avoit au monde si puissant qui contre elle osât pour la guerroyer lever la main ; et que tant heureuse avoit été en ses entreprises , que onc n avoit en mer ni en terre été domptée , vaincue, ne soumarchée : et vu donc ses titres tant pleins de glorieuse renommée, en ensuivant les louables œuvres de leurs vertueux devanciers, pour augmenter les honorables gestes d'iceux, et acquérir à eux nouveaux titres d'immortel los, dévoient contre tous défendre leur querelle, et abandonner leur vie à tous dangers, pour soutenir la réputation excelse de leur superbe cité de Gènes, voire contre le pouvoir immodéré du plus redouté roi, le roi de France, si contre eux vouloit guerre entreprendre, ou iceux fouler, pour soutenir les nobles. Tant d'autres propos d'avis inconsulté furent là mis en avant, que tout le peuple gi*as et maigre , c'est à savoir, marchands, mécaniques et gens de bras, tous

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ensemble levèrent les mains, disant que pour mourir ne faudroient à tel besoin, mais étoient prêts et appareillés de non-seulement défendre leur ville, mais de sailUr aux champs et tenir bataille contre tout venant. Or étoient là Genevois de leurs principaux, nommés Paul-Baptiste Justinian , Manuel de Canalle et Antoine de Ciuli, lesquels voyant le vouloir du peuple, dirent, oyant tous : « Messieurs, vous savez comment les gentilshommes, par nous chassés et exilés de cette terre, se sont retirés vers le roi de France; que très-bénignement a retirés et long-temps jà entretenus; et est à penser que contre nous leur donnera quelque secours, et qu'il se voudra efforcer de nous soumettre, et lier à quelque nouvelle servitude, ce que ne fûmes onc, ni notre cité domptée. Parquoi et pour obvier à ce danger, nous est besoin d'y pourvoir; et la façon, nous avons jà le port de Lespèce, et d'autres fortes places entre les mains, qui nous pouvoient nuire. Et pour amender notre affaire, besoin nous est d'en avoir une qui sur toutes autres nous est nécessaire et propice, sans laquelle ne pouvons tenir en sûreté notre cité de Gênes, et nos ennemis en crainte : c'est la place de Monigue , qui est assise sur la mer, et marchissant à nos terres , entre la comté de Nice et nos fins, tirant vers la Provence, forte à mer-

veille, et tellement, que si une fois pouvoit être entre nos mains, le roi de France, par sonditpavs de Provence, ne pourroit avoir entrée sur nous, ne prendre mer parce côté, que à nos dangers ne se soumît. Parquoi nous est besoin, si nous voulons contre lui tenir et ses ennemis nous déclarer, d avoir ladite place, et pour ce, mander nos alliés et amis, afin que à cet affaire nous veuillent donner aide et secours. Et pour mieux faire sûrement notre cas, et que en ce ne soyons par le roi de France empêchés, nous faut dissimuler notre intention, en portant Tenscigne de France et la livrée du roi, et criant : Ftance! France! disant que nous sommes tous bons et loyaux Françoig, et que sous la main et seigneurie du roi nous voulons réduire et mettre ladite place de Monigue, et ses appartenances à la seigneurie de Gênes : et ainsi le roi n aura occasion de nous empêcher noire entreprise, vu que ses ennemis ne nous serons déclarés.

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Toutes ces choses dites, le peuple de Gênes, tout à une voix, dit que tout prêt étoit dy

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aller, el jusques à la mort employer son pouvoir pour prendre ladite place. Lorsque la commune et le peuple jjras furent unis en cetaflaire, transmirent à Pise , qui lors étoit alliée et confédérée de Gênes, pour avoir secours des Pisains, lesquels sachant l'allaire de Oenes, comme alliés d'icelle, y envoyèrent deux mille cinq cents hommes levés à Pise, à Lucques, et par leurs autres pays alliés, sous a charge de deux capitaines pisains, nommés lun Ternatin, et l'autre Gambecourte, et deux grosses pièces d'artillerie, nommées le Bufile et le Lizard. Les nouvelles de cette entreprise furent tôt semées par les Itales, et en Lombardie, et tellement que plusieurs villes mutines et mêmcment de la duché de Milan, pensant que Gênes dût tout confondre, y envoyèrent soldats à grand nombre : desquels me voulus enquérir (étant à Gênes après la prise d'icelle), et pour en savoir et donner à connoître desquels on se doit défier, en demandai à plusieurs, qui diversement m'en parlèrent; et à la fin tant y besognai, que j'en sus à Gênes, par un mien hôte e^ familier nommé Antonius de Luzardo, lequel m'en parla et dit, comme celui qui pouvoit avoir été à toutes les consultations et vu tout l'affaire : car il étoit du peuple gras, et bien autorisé en ladite ville de Gênes. A tant m'éclaircit la chose, qu'il me bailla par écrit les

noms des premiers mutins , la manière de la division des nobles et du peuple, roccasion de rinsurrection de la commune, les noms des capitaines et commissaires de leur armée, le nombre des gens qu'il y avoit, d'où et de quelles villes ils étoient , les noms des maisons nobles et du peuple gras et de ceux qui lors en étoient, et en somme de tout TalFaire de Gênes. Pour rentrer donc et parler de ceux qui furent avec lesdits Genevois, est vrai que grand' route de Plaisantins, Alexandrins et Bosquins de la duché de Milan, s'assemblèrent avec les Pisains, lesquels étoient en nombre de trois à quatre mille , et tous ensemble s'en allèrent à Gênes. Et eux là venus, le peuple de Gênes, pour renforcer ladite armée , mit sus trois mille hommes de guerre genevois , et pour iceux mener , élurent entre eux, pour commissaires de la guerre , Paul Justinian , Manuel de Canalle et Antoine de Ciuli, et les capitaines genevois; Jean de Las, Basque; Manuel du Castellas , Lombard ; un marquis de la maison de Sforze, parent du seigneur Ludovic, et un autre nommé René Guyton , de Tours, lesquels furent ordonnés pour gouverner et conduire ladite armée des Genevois, et aller audit lieu de Monigue ; et pour battre la place, pource que par teri'e , au moyen de l'empêchement des montagnes , ne pourroient aisé-

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ment charrier, mirent sur mer leur artillerie, c'est à savoir vingt et deux grosses pièces d'artillerie, toutes jetant boulets de fer avec force d'émerillons et autre menue artillerie ; et aussi armèrent et avitaillèrent en mer une caraque, deux galères, deux grosses barques et cinq brigantins, avec tout plein de petits luz à douze rames, pour aller assiéger ladite plaxîe du côté de la mer. Et tout cela prêt , huit mille hommes paysans des environs se mirent sus, pour eux assembler avec ladite armée de Gênes , où pouvoit avoir de douze à quatorze mille hommes, que gens de guerre que paysans. Aussi élurent les Genevois un duc du peuple, lequel étoit teinturier, et nommé Paul de Nove, auquel baillèrent gens et état, et à lui du tout soumirent leur affaire, pource que à leur mutin s'étoit montré toujours pour la querelle populaire. Et combien que sa femme , qui sage et avisée étoit , lui défendît et détournât la charge de l'office qu'on luibailloit, toutefois il l'accepta, dont lui en advint ce qu'il devoit, comme sera dit par après.

Ainsi , comme cesdites choses s'exploitoient en la manière dite , messire Lucien de Grimaulx, seigneur de Monigue, fut, par aucuns de ses amis, de l'entreprise averti : dont à toute diligence fit avitailler et fortifier sa place, et manda quérir soldats en ses pays.

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et ailleurs , et aussi en avertit messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi delà les monts, en lui demandant secours pour le roi, de qui se disoit serviteur, et sadite place avec tous ses biens être à lui et de sa seigneurie. Tant fit ledit seigneur de Monigue, qu'il eut, par le commandement dudit lieutenant du roi, dix hommes d'armes et vingt archers de ceux de la compagnie de messire Yves d'Alègre , lors gouverneur de Savone; lesdits gens d'armes menés par un nommé Jean de Sainte- Colombe , lieutenant de ladite compagnie. Aussi y fut un autre nommé Arigoys , Basque, qui portoit leur enseigne; pareillement y furent envoyés dix archers de ceux du seigneur Jean-Jacques. Plusieurs gentilshommes, parents , et autres amis et sujets dudit seigneur de Monigue, sachant son affaire, le furent secourir et servir à leurs dépens , et se trouvèrent en nombre de deux cents hommes des siens bien armés audit lieu. Deux cent cinquante autres soldats françois ,biscaïens, piémontois , pisains et lombards, mit le seigneur de Monigue dedans sadite place, où pouvoient être en tout environ de cinq à six cents hommes"^ Or étoit celle place moult bien artillée : car il y avoit dedans vingt et deux grosses pièces d'artillerie, toutes à roues, et pour battre murailles, d'autres moyennes et petites y avoit trois cent et dix-huit; comme j'ai su

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par un des frères dudit seigneur de Monigue, c[ui dedans ladite place étoit durant le siège; et me dit celui , que telle munition de poudre y avoit, que c'étoit pour un an à tirer de chacune desdites pièces six coups le jour. Pour ladite artillerie exploiter, étoient dedans ladite place trente et deux bons canonniers et soixante hacquebuttiers. Ainsi étoit la place de Monigue garnie, et si très-forte, que pour y entrer n'y avoit qu'une passée d'étroite avenue. Dont des quatre parts d'icelle, étoient les trois environnées de mer, et l'autre ceinte de haut rocher encis d'amont jusques en bas; laquelle attendoit en cette manière la venue du siège desdits Genevois.

Le roi fut de ces choses averti par Philippe de Roquebertin , qui lors étoit au Palais de Gênes , lieutenant dudit seigneur de Ravestain, où n'étoit pas à grande sûreté. Car, de jour en autre, n'attendoit que l'assaut d'iceux vilains; mais il adoucissoit au plus qu'il pouvoit , et à belles paroles, dont sa voit assez bien jouer, comme besoin étoit, les entretenoit, et tant, que toujours entre eux avoit sûreté d'aller et de venir. Toutefois le roi, après avoir su lesdites nouvelles, lui manda que si plus grand bruit survenoit à Gênes, que lui et ses gens se retirassent au château , le plus doucement qu'ils pourroient , et que là attendissent de ses nouvelles : ce que encore ne

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tirent, doutant que, s'ils se retiroient, les Genevois, suspectionneux de ce, ne se retournassent du tout , et aussi qu'ils crioient toujours France l France l et ne se déclaroient ennemis. Aussi manda le roi à messire Charles d'Amboise, son lieutenant delà les monts, et à messire Yves d'Alègre, gouverneur de Savone , que si lesdits Genevois alloient assiéger Monigue, que quelque bon nombre de gens d armes , étant lors en garnison vers le côté duditlieu de Savone plus près de Monigue, avec un autre nombre de gens de pied , fussent mis sus et envoyés audit lieu de Monigue, pour lever le siège , s'il venoit à tant. Ce qui fut fait , comme sera dit après.

Mais faut ores continuer propos sur l'entreprise des Genevois, qui par mer et par terre avoient leur armée prête, pour aller mettre le siège à Monigue : dont advint que , sur la fin du mois de novembre , ladite armée se mit en voie, et prit son chemin la côte de la mer, et au plus droit qu'elle sut. Et sitôt qu'elle fut aux champs, sept ou huit mille paysans des marchissans et confins de Gênes s'assemblèrent là, et tous ensemble marchèrent vers Monigue, criant toujours France et populo. Et adressèrent iceux Genevois à Menton et à Roquebrune, deux petites places, lesquelles ils prirent légèrement: car elles n'étoient fortes, ni fournies

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de gardes; et aussi en tenoit le seigneur de Monigue peu d'estime : mais qu'il pût bien garder Monigue , laquelle étoit forte à merveilles et bien armée, étant à six vingt milles de Gênes, qu'elle tenoit en sujétion, et à l'avenue de Provence. Parquoi avoient iceux Genevois moult grande envie de la soumettre à leur seigneurie. Si firent tant par leurs erres, qu'ils approchèrent ladite place de Monigue. Et voyant la venue, un nommé Barthélémy de Grimaulx , capitaine de ladite place, fit artiller grande force d'artillerie à leur passée; et pour les vouloir attraire, fit sortir cent hommes, et iceux contre eux marcher trois à trois, comme pour leur vouloir donner la bataille. Les Genevois , voyant la saillie de ceux de la place , s'adressèrent à eux à grosse route; et là, commencèrent une bonne escarmouche, et s'entremêlèrent si à point, que de quinze à vingt d'iceux Genevois demeurèrent morts sur le champ, et trois du château fort blessés. Et en escar mouchant , ceux de la place se retiroient toujours, pensant que les Genevois les suivroient , pour leur donner une meute d'artillerie. Mais quand fut à l'approcher, jusques à la portée de l'artillerie , ils se doutèrent de l'amorce; parquoi s'arrêtèrent , et laissèrent les autres se retirer. Ce fait, avisèrent les lieux plus à main, pour mettre leur siège ; et tout bien avisé ,

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premier qu asseoir leurdit siège, sommèrent le seigneur de Monigue de rendre la place , en lui promettant tant d'argent qu'il voudroit demander, si le trésor de Gênes pouvoit suffire à ce. Lequel fit réponse qu'elle étoit au roi et à lui, et que si bien la garderoit, que jà vilain par force n y mettroit le pied dedans. Ce dit, les Genevois bien marris firent crier à son de trompe devant ladite place , que celui du dedans qui voudroit tuer ledit seigneur de Monigue auroit trois mille écus, et celui qui mettroit le feu dedans les munitions de l'artillerie, en auroit cin([ cents. Et ainsi s'essayèrent par argent d'avoir icelle place, mais ce fut pour néant. Dont assirent leur siège, et mirent leur artillerie en onze lieux , tant sur les montagnes, qui autour de là étoient, que sur les côtés, et au plain, où firent onze remparts.

Bu ôiéfle rt îre la batterie îru rljdtrau ïrc Monijiue par Us (êinevois.

Du côté de la marine assiégèrent aussi ladite place, en manière que de leurs barques, caraques et galères potivoient tirer contre les murailles et tours dudit château de Monigue; et tant commença ladite artillerie à

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bruire et tempêter, qu'il sembloit que les rochers éclatassent. Les canonniers du dedans leur rabattoient tellement leurs coups , que homme d'eux n'osoit montrer le nez, qu'il ne fût mouché jusques au sang. Somme, la batterie fut tant mortelle, que à toute heure sans cesser dura plus de six jours, si que les coups du dehors furent estimés plus de six mille. Et tant ruèrent gros boulets , que en trois parts abattirent cent toises de muraille, ou plus, tant du côté de la mer que de l'avenue de la place.

Durant cette batterie, messire Yves d'Alègre, gouverneur de Savone, transmit Jacques d' Alègre , son fils , avec six cents laquais , à une ville près d'illec , nommée La Turbie , pour icelle garder et secourir ceux de Monigue , pour empêcher les vivres par terre , et ennuyer le siège par alarmes : ce qu'il fit souvent, et tant, que un jour, durant ledit siège , neuf enseignes de Genevois se mirent aux champs pour ruer sur ses gens , lesquels mit pareillement aux champs, et donna au travers, en sorte qu'il les mit en roupte et les défit. Plusieurs y demeurèrent, les autres furent pris, et les autres s'enfuirent. Audessus, et près de La Turbie, avoit une forte tour du duc de Savoie , où pareillement étoit grosse garnison de Savoisiens , lesquels aussi donnèrent souvent alarmes aux Genevois :

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ainsi étoient ennuyés de tous côtés; toutefois battoient par terre et par mer la place de Monigue, et à tout pouvoir s'efforçoient de Tattérer. Et ce durant, le second jour du mois de janvier, ceux de la place firent une saillie sur ceux qui étoient à la garde de l'artillerie des Genevois, et se mirent hors jusques au nombre de vingt-cinq hommes armés , lesquels soudainement chargèrent sur lesdits gardes, qui étoient deux cents ou plus, et donnèrent si rudement, qu'iceux Genevois, pensant être surpris, abandonnèrent leur artillerie et s'enfuirent tout le cours. Et ce voyant, les soudards du château sortirent environ quatre-vingts, et se joignirent aux autres, lesquels tous ensemble approchèrent l'artillerie de leurs ennemis; et voyant qu'ils étoient foibles pour l'emmener, et que les Genevois à toute puissance les approchoient , ce nonobstant , avec gros clous de fer étoupèrent les trous par où se met le feu en l'artillerie, et en enclouèrent quatre des plus grosses pièces, en manière que un mois durant ne tirèrent plus. Durant ledit siège, plusieurs assauts y donnèrent les Genevois , mais toujours furent repoussés et battus; et pour ce, ne cessoient de ruer coups à toutes mains. Si étoient-ils sou* vent réveillés par ceux du dedans ; car, le plus souvent des jours, faisoient courses et saillies, et en attéroient toujours quelqu'un.

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Jacques d'Alègre , seigneur de Millau , étant lorsàLaTurbie, voulut aller pour quelque affaire à Nice, et prit avec lui partie de ses gens de pied et laissa le surplus pour garder le logis. Mais tantôt qu'il eut désemparé le lieu , les Genevois à grosse puissance , sachant le chef être absent, assaillirent La Turbie ; et combien que bien fût par les gens dudit seigneur de Millau défendue, si fut-elle emportée , et les gardes prises et mises à sac.

Messire Yves d'Alègre, sachant toutes ces choses, et que le siège de Monigue avoit jà duré plus de trois mois, délibéra d'y aller pour vouloir lever le siège; si prit avec lui huit vingts hommes d'armes des siens, de ceux du marquis de Montferrat, de ceux de Montoison, et de ceux du capitaine Fontrailles, avec deux mille hommes de pied, sous la charge des capitaines Péralte, Espagnol; Hiérome Barnabo; Cossains, EstreHn; et quelques autres qui là étoient, et messire Mercure, Grec, avec cent Albanois; et ainsi se mit à la route, tirant vers Monigue, qui toujours étoit battue et assaillie des Genevois : ce qui moult ennuyoit à messire Lucien de Grimaulx, seigneur dudit Monigue, lequel leur faisoit souvent alarmes et ennuis.

Sur le commencement du mois de mars , ledit seigneur de Monigue fit une saillie de deux cents hommes sur le camp des Genevois;

et premièrement adressa sur le plus proche rempart , auquel étoient environ cent hommes des Genevois, lesquels furent surpris; car ils ne se doutoient de ladite saillie , pensant ceux de ladite place assez embesognés pour garder leurs murailles, et remparer les brèches d'icelles, qui étoient moult grandes. Si advint que le seigneur de Monigue avec sa bande se trouva contre ledit rempart, où Genevois sortirent garnis de leurs armes; et là s'entremêlèrent tellement, que lesdits Genevois furent outrés ; et après assez long combat , tournèrent le côté, et se retirèrent à un autre rempart, delà près un jet de pierre, lequel rempart étoit fort, et gardé par aucuns des François qui s'étoient mis à la solde des Genevois. Aussi y avoit audit rempart Pisains à force, lesquels pouvoient être en nombre de trois à quatre cents. Avec le seigneur de Monigue étoit un homme d'armes basque, nommé Arigoys , porteur de l'enseigne de messire Yves d'Alègre, lequel Arigoys étoit hardi homme, et là se mit des premiers. La noise fut grosse , car ceux du dedans ne faillirent à charger à grands coups de pique et de hallebarde. Le seigneur de Monigue, qui étoit en la mêlée, enhardissoit ses gens , en donnant à tour de bras. Quoi plus? Si à point se battirent, que cinq de ceux du seigneur de Monigue furent là pris, et un tué, et le capitaine Arigoys

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blessé. Du parti des Genevois moururent de vingt à vingt-cinq , et pl^isieurs blessés. Ce fait, après qu'alarmes furent faits par tout le camp, , ledit seigneur de Monigue, avec tous ses gens, se retira le petit pas , et fut suivi des Genevois ; mais furent iceux repoussés à coups d'artillerie et de trait , tant que sans autre dommage entra dedans sa place, à toute sa brigade.

Les Genevois, qui espies et découvreurs avoient par tout le pays , surent pour vrai que messire Yves d'Alègre , avec grosse route de gens d'armes étoit jà sur les champs, pour aller secourir Monigue et leur lever le siège. Lors furent envoyés de Gênes à Monigue deux commissaires nouveaux, c'est à savoir, Paul de Nove, leur duc, et un nommé Silvestre Justinian; et dirent tous les Genevois audit Paul, de Nove, leur duc , que s'il pou voit prendre Monigue , que à sa venue seroit reçu en curre triomphal, à la manière antique de Rome. Iceux arrivés audit lieu de Monigue, sachant la venue dudit seigneur d'Alègre, et que besoin étoit de mettre briève fin à leur entreprise, dirent: « Seigneurs Genevois, vous voyez que jà quatre mois entiers sont , que tenons ici le siège, où n'avons exploité chose à nous honorable, ni profitable à la chose publique; et tant plus y demeurerons, et moins y acquêterons, si, de meilleur vouloir et plus

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haut courage, ne mettons mains en besogne. Assez êlcs avertis de la venue du seigneur d' Alègre , qui à toute grosse puissance vient pour lever notre siège, s'il est le plus fort. Mais, pour obvier à tout inconvénient, nous est surtout métier de prendre cette place : ce que en bref nous faut exploiter, ou demeurer frustrés de notre intention, de laquelle est jà le roi de France assavanté. Parquoi donnons-y telle provision , que de plein assaut soit par nous ladite place emportée. Et ce fait , soyons sûrs de demeurer tout temps seigneurs en terre, «t rois en la mer. » A chef de ces mots, chacun desdits Genevois reprit cœur, disant qu'ils mourroient tous ou qu'ils auroient la place; et firent recommencer une batterie, qui dura trois jours et trois nuits, sans cesser, du côté de Serranal , un lieu ainsi nommé dedans Monigue; et là attérèrent plus de cent toises de murailles; et à la ruine et chute d'icelles , les défenses basses furent étoupées , en manière que Tartillerie du dedans ne pouvoit nuire aux ennemis , et ne s'osoient montrer ceux de la place à la défense de la brèche : car elle étoit sujette aux montagnes où les Genevois avoient fait leurs remparts , et là leur artillerie atîtrée ; et si étoient ceux de Monigue dever» le côté de la mer tout à découvert : dont, des caraques et galères, tiroient les Genevois sur eux , en manière que homme ne s'o-

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soit là arrêter, sans sa vie trop hasarder. Toutefois le seigneur de Monigue délibéra de mourir là avec tous ses gens , ou repousser ses ennemis. Voyant les Genevois que brèche à suffire avoient , pour devoir donner l'assaut, ordonnèrent le lendemain icelui être donné par quatre mille hommes, lesquels Paul de Nove, duc des Genevois, voulut mener et conduire; ayant souvenance du triomphe que les Genevois lui ont promis, s'il gagne la place. Or vint le jour que lesdits Genevois, avec leurs échelles et crampons, s'apprêtent de donner l'assaut; lesquels sur l'aube du jour font sonner trompettes et gros tabours de Suisses, et sortent en place pour commencer le butin. Et eux ainsi en camp, Paul de Nove, leur duc, devant tous commença à dire : « A cette fois , se montreront le vouloir vertueux et pouvoir invincible du peuple genevois, qui onc par puissance d'homme vivant ne furent surmontés, ni à servitude soumis. Sus donc. Seigneurs! évertuez vos cœurs, et exploitez vos forces à cet affaire; car à ce fil pend le prix de votre los , l'avancement de votre honneur, et le rabais de votre réputation. Si à ce coup êtes vainqueurs, vie prospère acquêterez et immortelle renommée ! Si lâchement êtes vaincus, la fin de vous sera reprochable à votre nom et honteuse à vos amis! Si fortune vous est adverse, mieux est

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mourir en bataille, que fuir vaincu! « Ces paroles dites , chacun des Genevois , et tous ensemble, levèrent la main, disant que, pour crainte de mort, ne reculeroient un seul pas.

Wnn amant que lf0 (êmDois iontùreni an (t)dttau ie Moment ^ oh furent ianx repauôôfe tl pltt6uurd Vmx occiB.

Messire Lucien de Grimaulx, voyant que l'assaut étoitprêt à donner, ordonna, pour la défense de la brèche , sept postes , chacune de trente hommes : desquelles il en prit une pour lui, ordonnée à être mise au milieu des autres; à un sien frère, nommé messire Charles de Grimaulx , bailla l'autre; à Barthélémy de Grimaulx, son lieutenant , une autre; au capitaine Arigoys , à Christophe Royer d'Ast , à AntonyBence, et au commis de ses galères, à chacun d'iceux une desdites postes, ordonnées être mises tout le long de ladite brèche, qui étoit grande à passer cent hommes de front. Et iceux avertit que, au besoin et à relais, ceux desdites postes qui seroient les plus frais secourussent les lassés. Au seigneur de Sainte-Colombe, lieutenant de messire Yves d'Alègre, bailla une brèche près une des portes

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du château à garder, avec trente hommes françois. Et ainsi assit ses postes, pour attendre lassaut, en disant à ses gens : w Mes bons seigneurs et amis, le temps est venu que chacun de nous doit déplier la force du bras et la vertu du cœur, pour son honneur défendre et sa vie garantir, qui sont les choses entre autres plus dignes de recommandation* Dont mieux nous est ici mourir à la défense de ce, et en gardant notre place, que nous rendre à la merci des vilains, comme lâches et méchans : qui nous seroit à jamais un décri de voix commune et un reproche de vilenie. Si nous sommes peu de nombre au regard des ennemis, nécessité, qui, à besoin, renforce les craintifs, par vive raison nous doit rendre invincibles. Si nos murailles sont bréchées , il n'est forteresse que de gens vertueux. Et vous souvienne qu'audacieux vouloir est un rempart inexpugnable.» Ce dit, chacun prit cœur, en sorte que la mêlée leur tardoit à venir. Et est à savoir que sur le lieu avoit provision de grosses pierres , pour ruer sur ceux qui voudroient écheller la muraille , huiles bouillantes , lances de feu , chaux vive , poix , et soufre ardent, pour donner à ceux qui approcheroient ladite muraille, et force artillerie dedans les tours et défenses de la place, pour tirer à la traverse.

Et ainsi tout autour de la brèche, atten-

doient ceux de Monigue la venue de l'assaut, lequel fut commencé un matin , sur le point du soleil levant , que Paul de Nove , duc du peuple de Gènes, avec quatre mille hommes, Genevois et Pisains , approcha la muraille , à tout grand nombre dëchelles. Et à l'approcher, Fartillerie des deux côtés commença à tonner comme tempête. Des montagnes, et de la mer, tiroient les Genevois sur ceux de la place, dont plusieurs en affolèrent. Mais pour ce, nul désemparoit , pour doute de mort. Et tant fut , que main à main se combattirent, les uns à la brèche, les autres sur les échelles, tant mortellement, qu'on ne voyoit que gens ruer par terre. Ceux du dedans, à grands coups de piques repoussoient ceux qui les approchoîent. Les Genevois s'efforçoient à relais de gagner la place ; et là étoit Paul de Nove , qui fit ses efforts, et très-hardiment le fit. Car toujours, combien qu'il fut vieil et ancien, si étoit- il des premiers qui encourageoit moult les autres, et tant qu'un Pisain, du parti des Genevois, monta, renseigne au poing, par une échelle, jusque sur le bord de la muraille, laquelle n'étoit du tout mise à bas, et mit un pied dessus voulant entrer, et criant populo! populo ! lAent merveilleuse foule : car les Genevois de toutes parts échellèrent la muraille , et assaillirent la brèche : à quoi résistèrent les Monigois de telle force, que des

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Genevois plusieurs furent renversés. Celui qui portoit leur enseigne s'efforçoit d'entrer, et donnoit sur le côté , où un nommé Antony Bence, Monigois, tenoit sa poste, lequel se défendit avec force immodérée; et lui, voyant l'enseigne des Genevois un pied sur la muraille, adressa là si à point, que d'un coup de pique, qu'il rua de toute sa force, le renversa du haut en bas, lequel fut à la chute tout accravanté. L'enseigne ainsi par terre, ceux de Monigue se ravigourèrent , et s'efforcèrent de nouveau, en jetant huile bouillante et soufre ardent, à tout lances de feu, sur ceux qui assailloient la place, tellement que les Genevois furent repoussés , et abandonnèrent la muraille toute enrougie de leur sang. Dont fut cessé l'assaut, qui plus de cinq heures avoit duré. Leurs échelles demeurèrent là, qui servirent de bières pour emporter les morts, dont il y en avoit de trois à quatre cents. Et ne moururent de ceux de la place que trois seulement , mais grand nombre y eut de blessés.

Durant l'assaut , les Genevois voulant amuser partie des soudards de la place , afin que tant de gens ne fussent à la défense de la grande brèche, prirent barques couvertes, brigandins et autres bateaux, jusques au nombre de vingt; et dedans mirent quatre cents hommes de guerre, lesquels abordèrent

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leurs bateaux à l'entrée du port, vers une tour nommée l'Éperon, et là avec leurs échelles descendirent et prirent terre, comme pour vouloir assaillir ladite place, de celui côté. Dont ceux qui étoient aux défenses de celle part, voyant iceux Genevois descendus, tout soudainement donnèrent coups d'artillerie contre leurs barques et brigandins, si qu'ils les percèrent, en manière que l'eau entra dedans , tant qu'ils allèrent à fond : et ainsi demeurèrent ceux qui étoient descendus, entre la muraille de la place et le bord de la mer, au danger de leurs ennemis. Or avoientils grand nombre d'échelles, lesquelles dressèrent contre la muraille, et s'essayèrent de monter; mais à grands coups de pierre et de hacquebuttes , furent repoussés et battus, en sorte qu'ils furent contraints d'abandonner leurs échelles. Et voyant que leurs barques et brigandins étoient à fond, ne surent où prendre sûreté, si n'est derrière une grosse tour, où se mussèrent pour le danger du trait, et demeurèrent jusques à ce que l'assaut fût du tout fini, que le seigneur de Monigue sut leur piteux affaire; qui de ce fut bien joyeux; et pour en faire la raison , fit sortir par une poterne , du côté où ils étoient , cent hommes des siens, lesquels les allèrent réveiller, et donner au travers, en manière que, sitôt qu'ils cuidoient prendre plaine , l'artillerie les afib-

DE JEAN d'aUTON. 25j

loit : dont en furent aucuns tués , et les autres noyés à la rive de la mer, et tous occis, quatrevingts d'iceux réservés seulement, lesquels furent pris et menés au château de Monigue.

Comment les (i>énem& l^ukent leur giége îre îreuant le el)dteau îre illanijgue.

Durant ce, messire Yves d'Alègre approchoit de tant, que les Genevois surent sa venue; et voyant qu'ils ne prendroient la place de Monigue, deux jours après ledit assaut, brûlèrent leurs loges etbarraques; puis mirent leur artillerie en mer, et s'en allèrent partie par mei et partie par terre. Les uns tirèrent vers une place sur la marine, nommé Port-Morice, l'autre partie des Genevois s'en allèrent droit à une place nommée Vintimille , laquelle ils tenoient , et de là à Gênes. Messire Yves d'Alègre, sachant leur déloger, les suivit avec ses gens d'armes, et reprit Menton et Roquebrune, qu'ils avoient pris en allant mettre le siège à Monigue, lesquelles places se rendirent sans nulle défense; et aussi prit Port-Morice , laquelle se rendit par composition de dix mille ducats. Ce fait, ledit seigneur d'Alègre s'en retourna à Savone , et ses gens , chacun à sa garnison.

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IDu résolument ie (èinti^^ ei comment memxe (fcûlfûsi ie ôttla^ar prit oucunô (fténroois au (oUéige de daint-J^raneigque à (S>ène^,

Avant le temps du siège de Monigue, dedans la ville de Gênes , au Palais d'icelle, étoit pour le roi un nommé Philippe de Roquebertin , lequel entretenoit le plus doux qu'il pouvoit le peuple de la ville , qui , durant ledit siège, ne s'étoit encore déclaré contre le roi, mais crioit toujours France et populo.

Or advint lors que le huitième de février, à un jour de quelque fête, grand nombre de Genevois furent à Saint-Francisque , un collège de cordeliers, assis au pied de la citadelle du château de Gênes, où illec ouïrent le commencement de vêpres. Là fut messire Galèas de Salazar, en voyant iceux Genevois en ses dangers, dit qu'ils ètoient de bonne prise, vu que jà avoient commencé la guerre, et assailli aucunes places du pays du roi , et que encore tenoient le siège à Monigue, terre dudit seigneur : parquoi fit garder les portes de l'église, et iceux prit, et envoya dedans le château prisonniers, lesquels traita rudement , et les enferma dedans un lieu , où avoit

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un moulin à bras ; èsquels faisoit tourner ledit moulin , et moudre le blé à grand'peine et travail, sans leur donner que du pain et de l'eau, ce que n'avoient iceux Genevois accoutumé ; auxquels demandoit grand'somme d'argent pour leur rançon, de laquelle ne vouloient finer, disant qu'ils ètoient pauvres et que de tant grosse rançon ne sauroientfaire paie, parquoi furent pour un temps mal traités. Dont ceux de la ville s'en allèrent plaindre à Philippe de Roquebertin, lieutenant du gouverneur pour le roi , auquel dirent que le capitaine du château n'avoit querelle contre eux, et qu'il ne devoit prendre ni détenir les gens de la ville, qui tenoient pour le roi et ètoient ses sujets, et beaucoup d'autres raisons alléguèrent. Dont celui de Roquebertin, pour complaire au peuple, et pour doute de commune insulte , leur promit d'en parler au capitaine, et de lui remontrer son tort , en façon que lesdits prisonniers seroient rendus, ou pour le moins traités trèsbien et humainement, ce qui adoucit quelque peu le peuple. Si s'en alla ledit Roquebertin au château, et dit au capitaine comme la ville étoit presque révoltée , au moyen des prisonniers qu'il détenoit; parquoi avisât qu'il en devroit faire, en façon que le profit du roi et son honneur y fussent gardés. Sur quoi répondit ledit capitaine , qu'ils ètoient ses vrais

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prisonniers, et qu'ils étoient de prise, vu qu'ils avoient commencé la guerre et assailli les places du roi : parquoi ne les rendroit, si le roi ne lui mandoit expressément.

Tandis que ces choses s'exploitoient, le roi averti du tout, et sachant la révolte de Gênes, dit qu'il pourvoiroit à ce : dont pour vouloir mettre provision de plus à la garde de sondit château de Gênes, qui étoit la principale place et meilleure défense , transmit celle part un nommé Allabre de Saule, son huissier de chambre, par lequel écrivoit et mandoit par créance à messire Charles d'Amboise , son lieutenant-général delà les monts, à Philippe de Roquebertin, lieutenant du gouverneur de Gênes, et à messire Galéas de Salazar , capitaine du château de Gênes, son vouloir touchant son affaire de delà. Lequel Allabre s'en alla en poste , et si tôt , que en moins de six jours fût à Milan devers le lieutenant du roi , auquel, en ensuivant sa charge, bailla ses lettres et dit sa créance. Après que le lieutenant du roi eut vu et ouï ce que mandé lui étoit, au plus tôt qu'il put dépêcha ledit Allabre, auquel bailla gens et moyens pour le guider jusques à Gênes, ainsi que le roi lui mandoit par ses lettres, et lui bailla un chevaucheur d'écuyerie, pour lui rapporter nouvelles de l'exécution de son fait. Ainsi s'en va ledit Allabre son droit chemin,

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tirant à Gênes; et premier adressa à un lieu , nommé le bourg de Busale, à quinze milles près de Gênes, et là trouva un nommé messire Robert Spinole, frère du seigneur de Sarraval , Genevois. Auquel dit ledit Allabre , que ledit de Sarraval, son frère, l'adressoit à lui, avec un sien serviteur, qu'il lui avoit baillé pour le conduire , et prioit ledit messire Ro-^ bert que , le plus tôt et le plus droit que pcj^ sible seroit, le fit adresser et mener à Gênes. Ce qu'il fit par un marchand dudit bourg, qui savoit le plus couvert chemin et sûres adresses pour aller audit Heu. Si le mena celui marchand tout sûrement jusques à l'entrée d'un lieu nommé Poulceuvre, qui est l'avenue des détroits des montagnes de Gênes, et lui dit celui marchand, que là étoit le plus dangereux de leur passage; car delà étoient aucuns des capitaines et chefs des Genevois mutins, et mêmement un nommé Guillon , capitaine de Poulceuvre, par lequel étoit venu le moyen delapremièredivision de Gênes, comme j'ai dit dessus. Toutefois passèrent outre , sans autre danger, et approchèrent la tour de la Lanterne, nommée la tour de Codefa, assise en mer, entre la ville de Gênes et un bourg nommé le bourg de Saint-Pierre- d'Arène, regardant sur le môle. Et eux étant au droit de la Lanterne, pour ce que lors faisoit froid, ledit Allabre enchaperonné pensa que lui "'• 16

en cette manière ne passeroit, sans être de plusieurs regardé , enquis , et par aventure arrêté de ceux de la ville, ôta son chaperon, et mit une chaîne d'or au col, qu'il avoit baillée à garder à sa guide ; et ainsi passa tout sûrement jusques au Palais, où descendit et envoya loger ses chevaux. Puis demanda à quelfu'une des mortes-paies dudit Palais , où étoit il nommé Philippe de Roquebertin , lieutenant du seigneur de Ravestain, lequel le mena en la chambre de celui Roquebertin , qu'ils ne trouvèrent là ; car il étoit allé ce jour au sermon, et devoit dîner en ville avec aucuns des citadins, lesquels il entretenoit toujours de douces paroles, comme besoin lui étoit. Ledit Allabre, au plus tôt qu'il put, manda à Roquebertin qu'il étoit là venu de par le roi, et qu'il avoit affaire hâtivement à lui : dont celui Roquebertin à toute diligence s'en alla au Palais, où ledit Allabre lui bailla les lettres que le roi envoyoit, et celles de messire Charles d'Amboise, et lui dit la créance qu'il avoit à lui dire, contenant que , tout incontinent les lettres vues, ledit Roquebertin s'en allât à Milan devers ledit messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi ; et que premier eût à bailler audit Allabre les mortes -paies du Palais, où pouvoient être trois cents hommes, pour les mettre où le roi lui avoit mandé. Lequel Roquebertin dit : « Volontiers accomplirai-je le

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mandement et vouloir du roi ; mais difficile chose seroit à faire promptement, et sûrement me déloger : car si les mortes-paies abandonnent le Palais, le peuple de Gênes pourra penser que le roi se défie d'eux et que leur machination est clairement découverte , parquoi moi et tous les François qui devant eux nous trouverons, serons en danger de la vie : dont est besoin différer la chose quelque peu de temps. » A quoi ne voulut entendre ledit Allabre, disant : « Non , il est besoin de faire le vouloir du roi , qui est de promptement retirer ses mortes-paies , et les mettre à la garde du château , qui grand besoin en a; et si par aventure ils sont défaits ou empêchés par les Genevois , et que guerre soit du tout ouverte , à grande difficulté pourra être ledit château garni de gens d'armes. Et en outre vous devez savoir que, au moyen de la prise d'aucuns Genevois que le capitaine dudit château détient, tout le peuple de Gênes en est mutiné, et prêt à dire le mot contre le roi : dont est métier, au plus tôt que faire se pourra, et avant que plus de bruit se lève, de renforcer le château; et tant y a que jà pense le roi que vous soyez avec lesdites mortes-paies audit château, ainsi que jà long-temps vous a mandé, comme ilm'a dit à mon partement, et que là vous trouverois. Pour ce, n'est heure de plus différer, mais faire le vouloir du

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roi. » Oyant celui Roquebertin ce que dit est, pria ledit AUabre , que au moins voulsit premier demeurer illec deux ou trois jours, et que ce pendant il trouveroit moyen de sortir de la ville et échever le danger des vilains : ce que ne voulut ledit Allabre , mais dit que plus ne demeureroit au Palais. « Car j'ai, dit-il, lettres adressant à messire Galéas , capitaine du château , lesquelles faut à toute diligence à lui présenter; car j'ai, de ce, commandement exprès du roi , auquel me faut, toutes choses laissées, obéir. » Ce dit, voyant celui Roquebertin que autre chose ne pou voit, et qu'il étoit force que ledit Allabre s'en allât au château, dit: «Or allez en la garde de Dieu; je vous baillerai une mule et un gentilhomme, pour vous conduire et accompagner jusques au château , afin que la ville ne se doute de notre affaire. Allez le plus celément que pourrez, et par voies obliques, que la guide que je vous baille vous saura mener. Et au surplus , je vous transmettrai toutes les mortespaies du Palais, de nuit, afin que par les vilains ne soient avisées ou arrêtées. » Ce dit , ledit Allabre avec sa guide monta à cheval , et dit à sa guide qu'il le menât vers la marine à l'opposite de là où il vouloit aller, afin que les Genevois ne sussent où il tiroit. Et ainsi s'en alla vers la marine à quartier, et retourna par rues secrètes et foraines , tant que sans

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empêchement se rendit au château, où trouva messire Galéas de Salazar, capitaine de ladite place , auquel bailla les lettres du roi , et lui montra mandement dudit seigneur, comme il faisoit et ordonnoit ledit Allabre capitaine de Saint- Francisque, qui est un collège de cordeliers, assis au pied de la citadelle du château, bien renfermé et fort à merveilles, lequel peut secourir le château , et être du château secouru contre la ville : dont étoit besoin mettre garnison dedans ledit collège. Aussi mandoit le roi, par lettres auxdits soudards du Palais, qu'ils eussent à obéir audit Allabre en cet affaire, comme à sa personne, après le département de Roquebertin.

Celui messire Galéas, capitaine du château de Gênes, voyant les lettres que le roi lui écrivoit, et le mandement susdit, reçut joyeusement ledit Allabre. Et sommairement tous deux ensemble parlèrent sur leur affaire , disant, pour conclusion , que métier étoit que Philippe de Roquebertin, lieutenant du Palais, montât jusques au château, pour parler plus amplement de leurs besognes, et savoir à lui de l'état et manière des vilains de Gênes, et quel vouloir ils avoient; pour y pourvoir selon leur possible. Ainsi transmirent message secrètement devers ledit Roquebertin , le priant qu'il voulsit aller par-devers eux, pour parler d^aucunes choses, touchant les

affaires du roi; et que le capitaine du château fût allé parler à lui , mais il n'osoit abandonner le château , parquoi le prioit bien fort qu'il lui plût monter jusques audit lieu : ce que ne voulut ledit Roquebertin , disant que , pour la doute de la commune qui grandement étoit émue, n'oseroit, et que s'il faisoit semblant d'y aller, le peuple l'assommeroit , car il étoit tout effréné, et en branle d'ouvrir la guerre aux François. Quoi plus? Si n'est que ledit Allabre manda à Roquebertin , s'il ne pouvoit monter au château , qu'il lui envoyât les mortes-paies du Palais , comme le roi lui avoit mandé : ce que promit de faire celui Roquebertin, dedans quatre jours après; pendant lequel temps , il pratiqua aucuns des plus autorisés de Gênes, par douces paroles et moyens exquis, pour envoyer à Milan ambassadeurs par-devers messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, lequel avoit puissance sur touts affaires, et que avec lui pourroient telle chose traiter , que ce seroit au profit de la ville et bien de la chose publique ; et que, de sa part, il y besogneroit en manière, que Gênes pourroit connoître qu'elle auroit un ami en lui. Toutefois ces belles choses leur disoit ledit Roquebertin, pour trouver moyen de sortir de la ville avec eux, et se retirer à Milan, pour la sûreté de sa personne : auxquelles choses s'accordèrent les

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Genevois, et à chef de quatre jours, lui baillèrent ambassades, pour aller avec lui à Milan devers ledit lieutenant du roi. Et sur ce propos, se mettent en avant lesdits de Gênes , accompagnés de trente chevaux , et prennent leur chemin vers le bourg de Busale. Or avoit ledit Roquebertin, premier que partir de Gênes, dépêché une poste, et icelle envoyé à Milan , pour avertir le lieutenant du roi comment il menoit les ambassades de Gênes par-devers lui. A quoi fit réponse ledit lieutenant du roi, que de lui il n'avoit commission ni puissance aucune de faire avec lesdits Genevois quelque traité, ni de les ouïr: à celle fin, leur renvoya la même poste pour de ce les avertir. Lesquels Genevois oyant ladite réponse, très-mal contents s'en retournèrent à Gênes, et ledit Roquebertin avec son train prit son chemin droit à Milan.

Le même jour que celui Roquebertin partit de Gênes, dit à un nommé Maubouvier, et à un autre nommé François de la Fuste , des soudards du Palais de Gênes, que, la nuit ensuivant de son partement, eussent à mener et conduire les autres soudards dudit Palais à Saint-Francisque , dont étoit capitaine ledit Allabre, car ainsi l'avoit mandé le roi. Dont icelle nuit se rendirent lesdits Maubouvier et François de la Fuste à Saint -Francisque, avec six vingt et sept d'iceux soudards. Les au-

248 CHROIVIQUES

très, qui étoient en nombre deux cents ou environ, demeurèrent avec un nommé Averluch , Allemand , qui portoit l'enseigne du seigneur de Ravestain, leur capitaine, lequel Averluch ne voulut servir le roi, ains fit mutiner lesdits compagnons, dont y avoit plusieurs François, lesquels se mirent au service et à la solde des Genevois.

Dedans le Palais de Gênes, étoit demeuré un nommé messire Etienne de Cernerieu, docteur, lequel avoit là laissé Philippe de Roquebertin, pour être son lieutenant. Mais voyant la retraite des soudards dudit Palais, et le peuple de Gênes ému, dit qu'il soteroit du chemin, comme les autres : ce qu'il fit; car la nuit ensuivant, il délogea sans trompette, et s en alla d'emblée devers le lieutenant du roi, qui lors étoit à une petite ville nommée Gamallo, terre de Milan. Et de là s'en alla audit lieu de Milan, pour être plus à sûr.

Lorsque lesdits Maubouvier et de la Fuste eurent mené ce qu'ils purent de leurs gens devers l'huissier, AUabre, au matin, dedans ledit collège de Saint-Francisque, reçut le serment d'iceux, de bien et loyaument sous sa charge servir le roi.

Le même jour que les soudards eurent fait le serment, comme dit est, ledit Allabre, capitaine de Saint-Francisque, voyant grand nombre de frères être léans, doutant long

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siège, et que, au moyen de trop de gens, les vivres se pussent diminuer et défaillir, et venir autres inconvénients, appela le gardien, auquel dit que pour les causes susdites étoit requis d'en envoyer partie, et retenir ceux seulement qui métier faisoient pour le service divin : parquoi ledit gardien en envoya tous lesdits frères, réservés cinq, et lui sixième. Tout cela fait, ledit capitaine se prit garde de sa place, et l'environna de tous côtés, pour icelle aviser; et aux lieux qu'il vit besogneux d'aide fit faire forts et remparts, où lui et ses gens mirent la main à l'œuvre, en manière qu'ils n'eurent doute de la force des Genevois, ni crainte de leur siège.

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Comment Uô ©ineooiô se mirent ôu0 conixe U roi, a ami^cvenl le Caetellat îre (ftenes, et prinrnt par composition*^ et comme 0ur ladite r0mp0ôition , ite 0airent inl)umainnnrnt les Jtancoiii^ qui ieiam étoienU

Tantôt que les ambassadeurs de Gênes furent retournés du bourg de Busale audit lieu de Gênes, sans avoir été ouïs du lieutenant du roi ; et sachant aussi les Genevois comment le capitaine du château de Gênes avoit pris aucuns de leurs citoyens, que encore te-

25o CHRONIQUES

noit prisonniers et iceux traitoit très-rudement; connoissant aussi par Tabsentement des soudards du Palais^ qui s'étoient retirés au château , que les François ne se fioient plus en eux, et que de tous points leur entreprise étoit découverte, tinrent entre eux une tourbe commune ou conseil populaire, où plusieurs propos écartés et raisons inconsultes furent mises sus. A ce conseil, furent appelés Paul de Nove, duc du peuple de Gênes, Manuel de Canale, Demetrius Justinian , Antoine de Ciuli, le capitaine Ternatin, Guillon, capitaine de Poulceuvre, et autres de ceux qui étoient venus du siège de Monigue, et grand nombre d'autres, tant du peuple gras que de la commune; lesquels, après plusieurs allégations désordonnées, conclurent de déclarer eux et la ville de Gênes contre le roi, et dès-lors commencer leur rébellion, et tuer tous les François qu'ils pourroient trouver et prendre dedans leurs pays; tant que, pour commencer, tous à une voix crièrent : Populo ! populo ! taisant leur cri de : France! France! que jusques à celle heure avoient toujours crié.

Avec leurs cris impétueux et bruit de peuple effréné, s'en allèrent assiéger une petite place nommée le Castellat, étant assise audessus du château de Gênes, dedans les montagnes, en laquelle étoient vingt François et trois femmes, sous la charge d'un nommé Re-

DE JEAN DAUTON. ^Sl

gnault de Nouaille, capitaine de ladite place; et un jour de vendredi, lendemain de la micarême, sur l'heure du point du jour, approchèrent lesdits Genevois le Castellat, et commencèrent à tirer encontre leur artillerie, sans cesser, depuis le matin jusques au soir sur le vêpre. Les François qui dedans étoient se défendirent au mieux qu'ils purent; mais pource que la place étoit mal avitaillée et dépourvue de secours, les soudards parlamentèrent, disant aux Genevois : « Nous rendrons la place, nos vies et bagues sauves, ou sinon sommes délibérés de vivre et mourir ici à la défense de nous et de notre place. » Les Genevois, voyant qu'ils ne les auroient par force, sans avoir partie à la perte, combien qu'ils eussent juré la mort de tous les François qui là étoient , toutefois jurèrent et promirent ladite composition, touchant la vie et bagues sauves desdits soudards : ce que ne tinrent les traîtres; car tantôt que la place fut rendue et mise entre leurs mains, la commune forcenée ne voulut tenir ladite composition, mais, malgré aucuns des principaux de leur armée, qui avoient entre les mains lesdits soudards françois , leur ôtèrent et occirent cruellement. Car aux uns encroisèrent les bras et attachèrent, et leur fendirent le ventre et l'estomac, en leur arrachant le cœur et les entrailles du corps; puis piquèrent les cœurs d'iceux contre poteaux, et se

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souillèrent les mains dedans le sang des morts inhumainement; les autres taillèrent en pièces sans pitié, avec les femmes qui là étoient, lesquelles firent mourir de tant cruelle et étrange mort , que Thorreur du fait me défend d'en dire la manière. Somme, de tous ceux n'en échappa qu'un tout seul, nommé Nicolas de Noyers, Laonnois, lequel, après la prise de la place, et ainsi qu'on tuoit ses compagnons , fut pris par aucuns marchands de Gênés étant là, qui le connoissoient et avoient eu avec lui quelquefois paroles familières : dont celément firent tant qu'ils le mussèrent et déguisèrent, puis lui baillèrent de l'argent, et tellement firent qu'il se sauva et se retira au château de Gênes, où depuis me trouvai et parlai à lui, par lequel je sus lesdites choses, et les noms d'aucuns de ses compagnons morts, nommés Regnault de Nouaille, leur capitaine, Nicolas d'Angu , le bâtard du Chillou, Guillaume du Croq, Pied-d' Argent, Jean de Saint - Ouyn , Gounon et un sien fils, Artus, Morterre, Claude du Pin, Grand- Jean, d'Ozillac, Jannot, le canonnier, un nommé Robert, et trois autres, avec trois femmes, qui furent tous mis à sac.

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DE JEA\ D AUTOW.

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fltommntt les (èénetoh amigitreni le coiiig^e îre Baini'-Jvanmcine îre (fcênee et le el^dleau buîrit lieu»

Après qu'iceux Genevois eurent pris le Castellat de Gênes, et occis les François qui là étoient, dirent qu'il falloit faire encore plus; et conclurent d'assiéger le château, qui étoit fort à merveille, bien avitaillé, et garni de bons soudards, avec grand nombre de grosse et bonne artillerie, étant assis entre le sommet de la montagne et la ville de Gènes, comme à mi-chemin desdits lieux. Entre lequel château et ladite ville, avoit deux forts, c'est à savoir: la citadelle, dont l'issue regardoit devant la grande porte de l'église de Saint-Francisque devers la ville, tout en pendant, et de mal-aisée advenue ; laquelle citadelle étoit fortifiée de bastilles et remparts, force gens, et bonne artillerie; l'autre fort étoit le collège de Saint-Francisque, par lequel on descendoit en la ville par diverses rues, tirant au Dôme et au Palais de Gênes ; lequel collège étoit enceint et fermé , du côté de la ville ,de bonnes et grosses murailles, bien tournellées, et garnies de bonne artillerie, avec bons soudards prêts d'attendre le siège et les assauts desdits

254 CHHONiC^lJKS

Genevois, qui étoient tous en arnncs par les rues (le Gênes, et tant émus, que tous d'une voix dirent qu'ils pretuiroient le château de Gênes d'assaut, ou (jue tous y denjeureroient. Mais premier s'en entrèrent au Palais, d'où s'ëtoient retirés les François, comme sages; et là dedans ne trouvèrent à ([ui méfaire, si n'est qu'ieeux vilains, voyant les armes du roi là |)artout semées , avec lances et picpies les égratignèrent et elFacèrent de tous points. Et, ce fait, fermèrent et barrèrent toutes les rues, mettes, chemins, passées, et avenues, pour aller du château à la ville; et avisèrent de tous côtés l'assiette du château , pour y mettre le siège, qui leur sembla mal à main de tous côtés, fors devers Saint-Francisque, pource que de celle part ils pourroient faire, dedans aucunes maisons qui près de là étoient, leurs taudis et remparts, et être toujours au couvert, et avoir à tout besoin gens à relais. Et pour mieux à sûreté approcher , ils percèrent les rues et maisons de lieu à lieu , pour aller à couvert hors le danger de l'artillerie du château, jusques encontre les murailles dudit collège de Saint-Francisque ; et assirent leur artillerie en divers lieux : entre autres, firent un rempart devers Resagne, touchant à un lieu nommé Pavie , près d'un collège de nonnains; et là atîtrèrent un gros canon, nommé le Lizard , qu'ieeux Genevois avoient em-

DE JEiN d'aUTON. 255

prunté de la seigneurie de Pise; près un autre lieu, où autrefois avoit eu un château, du côté devers Saint-Roch, atîtrèrent une autre grosse pièce d'artillerie, nommée le RufTle, laquelle aussi avoient eue des Pisains. En plusieurs autres lieux de la ville, et du côté de Resagne, avoient fait boulevards et forts, pour mettre leur artillerie grosse et menue, pour tirer contre le château et Saint-Francisque, aux lieux plus à main pour leur siège. Et ordonnèrent entre eux gens pour tenir ledit siège nuit et jour, et y obéir à relais, sans jamais cesser de tirer artillerie et donner assauts, jusque la place fût prise, et les soudards, morts ou affamés.

Messire Galèas de Salazar, capitaine du château , voyant le siège d'iceux Genevois assis devant lui, fit emboucher plus de cent pièces d'artillerie grosse et menue droit à la venue du siège ; et en fit mettre hors le château, à l'entrée de la citadelle, au sommet d'un haut terrier, une grosse serpentine, la bouche dessus la ville, et au droit du môle de Gênes, pour défendre le passage aux en nertiis, et ruer sur les maisons et au travers des rues de Gênes. La citadelle et le collège de Saint-Francisque furent pareillement garnis de soudards, de vivres et d'artillerie, et chacun prêt d'exploiter la guerre, laquelle fut commencée par les Genevois, qui, de première

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avenue, chargèrent sur ledit collège de Saint- Francisque, et là ruèrent coups d'artillerie, à toutes mains. Ceux du château , qui étoient au-dessus, commencèrent à rendre leur meute d'artillerie aux Genevois, et tirer droit à leurs remparts, et au travers des rues et maisons de la ville, tellement qu'il sembloit que tout tremblât. Les femmes et petits enfants abandonnèrent les hauts étages de leurs maisons, pour l'horrible bruit et dangereux coups que rartillerie des François donnoit autour d'eux , et se mirent sous les chambres basses voûtées de leursdits logis. Pareillement les Genevois ruoient coups, sans cesser, contre les tours et murailles du château, et le plus souvent contre les défenses de Saint-Francisque et au travers de l'église, pource que les soudards et les frères dudit collège tiroient aux ennemis par grands trous et larges pertuis , qu'ils avoient faits au travers de la muraille de ladite église , dont endommageoient fort les Genevois. Parquoi n'épargnoient icelle église , mais tiroient au travers, de tous côtés; et tant , que tantôt après ce , je étant dedans ladite église, vis partie du chœur et piUers d'icelle par terre, et les voûtes percées en plusieurs lieux , et entre autres coups étranges, vis une image de crucifix , étant sur la porte du chœur dudit collège , ayant le bras dextre percé près du coude d'un coup d'une pièce

DE JEAN d'aUTON. ^St

d'artillerie, et plusieurs autres images brisées et rompues. Somme, la batterie étoit merveilleuse de tous côtés; car nuit et jour, duroit le bruit.

Lorsque les Genevois eurent battu longuement ledit collège, dirent qu'il y falloit donner un assaut, pour voir la résistance des François et leur manière de défendre; et eux à tout grosse brigade , un lundi après la micarême, garnis de crampons et échelles, avec grand bruit de peuple et son de gros tabours de Suisses, approchèrent la muraille dudit collège, du côté d'un fort jardin qui là étoit à main senestre, au-dessous dudit collège, près d'un lieu nommé Fontaine-Amoureuse; et là commencèrent à dresser leurs échelles , et donnèrent le combat main à main aux François, lesquels à tour de bras reçurent les Genevois, tellement que du haut en bas plusieurs furent renversés et à grands coups de piques et hallebardes furent renvoyés; et deux de leurs échelles sur eux, gagnées, et vingt hommes d'iceux, morts au pied de la muraille, avec grand nombre de blessés. Des François y moururent deux hommes seulement, et huit y furent blessés.

Ce fait, voyant, lesdits Genevois, que à ce lieu ne pouvoient rien faire de leur avantage, dirent que par un autre côté assaudroient le fort : dont furent quérir, par les maisons delà

près, gros monceaux de fagots secs, et autres fustes graissées d'huile et de soufre; et à grosse foule approchèrent la première porte de rentrée dudit collège, laquelle fut défendue des François , et la herse abattue , qui fut incontinent environnée de fagots, pleins de soufre parmi, tellement que ladite herse fut à coup brûlée et en flammes. Ce fait , là eut combat à outrance; car les Genevois mirent tout leur effort de gagner celle entrée, et les François tout leur pouvoir pour la défendre , comme ceux qui à ce hasard voyoient leur honneur branler, et aventurer leur vie : ce qui tant les hardia, que à coups immodérés repoussèrent les Genevois, et malgré eux refortifièrent leur entrée. Jusques à temps ferai silence de ce siège , pour toucher d'aucunes choses que le roi lors exploitoit en son royaume de France.

Comment ie roi , mc})ani la veheilion }fe 0a cité ie (èintB , (i U0 txifioiis par (i-devani faite ^ te mit à tï\tmin pour tirer relie part

De la rébellion de Gênes , et de tous les efforts qu'elle avoitj à faits, fut incontinent le roi par ses postes averti : de quoi ne se mut que bien à point; mais bien pensa d'y pour-

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voir à l'aide de Dieu , et en faire telle raison que ce seroit au châti d'icelle pour jamais, et à la crainte des mutins ; disant que lui-même iroit en personne, pour voir à Tœil le défaut des méchants, et dûment le réprouver, et connoître le bien-fiiit des vertueux, pour à . temps le rémunérer. Mais premier que désemparer, mit ordonnée poUce aux affaires de son royaume, tant à l'état delà justice qu'à la sûreté des pays; voulant que à la garde de son pays et duché de Bourgogne, messire Louis de la Trimoille , en qui avoit singulière fiance, avec huit cents hommes d'armes et grand nombre de gens de pied , son lieutenant-général demeurât.

Ce fait, entour la fin du mois de janvier, en l'an susdit mil cinq cent et six, se mit à chemin tirant droit à Bourges. Tous les gentilshommes de sa maison , archers de la garde, Allemands, et généralement tous ses pensionnaires, le suivirent. Maître Georges, cardinal d'Amboise, qui plus d'autorité avoit envers lui que nul autre, étoit toujours avec lui; lequel avoit le maniement de toutes ses affaires , pour icelles voir, connoître et dépêcher. La reine pareillement, voyant l'entreprise du roi touchant le voyage de delà les monts , pour le vouloir, si elle eût pu , détourner, le suivit ; et lorsqu'elle ne lui osoitdire, par douces remontrances ou amiables paroles, son intention sur

^Go CIÎUONIQUKS

renipècliemeiît dudit voyage, par contenance de face triste et chère marrie, lui faisoit entendre souvent le secret de vsa pensée. Mais tout ce dissimuloit-il très-sagement, tant que toujours fut ferme en son propos; combien , que plusieurs nelouoient ledit voyage, disant qu'il n'étoit métier que la personne du roi, pour une seule rébellion de vilains, se dût partir du royaume, ne prendre si lointain voyage. Mais tout ce fut pour néant ; car à toute diligence fera, ce dit, son entreprise. Et lui étant à Bourges , transmit devant à Lyon ledit cardinald'Amboise, légat en France , pour faire dépécher ses postes sur son affaire et ouïr les ambassades, si aucunes en venoit, et icelles dépêcher sur-le-champ, afin que pour elles ne retardât son voyage.

Le pape, qui lors étoit à Bologne-la-Grasse , où avoit mandé et promis au roi de l'attendre et parler à lui , sachant son partement pour aller delà les monts, feignit d'être mal disposé et malade. Parquoi, au moyen de ce que le roi des Romains faisoit publier et dire que le roi alloit delà les monts pour occuper les Itales et faire du siège apostolique à son vouloir à cette occasion (comme se disoit), le pape n'attendit le roi à Bologne, comme lui avoit mandé, mais s'en alla à Rome.

Alors, ainsi que le roi des Romains sut que le roi se délibéroit de s'en aller à son voyage

DK JEAN d'aUTOIV. 26 1

de Gênes, voulant celui empêcher à son pouvoir, pensa la manière comment il le pourroit faire au plus couvert. Or, avoit-il un gentilhomme des siens, bailli de Charolois, lequel avoit son hôtel en Bourgogne, près de la maison d'un nommé François de Chesnoy, seigneur dudit lieu, étant des gentilshommes de la maison du roi, duquel le bailli de Charolois avoit quelquefois parlé au roi des Romains. Et à ce propos, lui en souvint, disant à celui bailli : « H est besoin que vous ayez à parler à celui de Chesnoy, qui est de la maison du roi de France , et que entre autres choses lui disiez que de ma part je voudrois bien avoir au roi de France bonne amitié et sûre confédération ; et que à moi ne tiendra que amour et paix ne soient tout temps entre lui et moi parfaitement unis. » En quoi s'acquitta celui bailli, en manière que au moyen de ce que leursdites maisons étoient assez près l'une de l'autre et confines, trouva, celui bailli, façon d'aller voir ledit seigneur de Chesnoy ; et eux ensemble se firent très-bonne chère, et de parole à autre, entrèrent en propos de leurs maîtres; disant, ledit bailli, que, au regard de son maître, le roi des Romains, de sa part auroit volontiers amitié au roi de France, et que à lui ne tiendroit. Sur quoi fit réponse ledit seigneur de Chesnoy : « Si le roi des Romains, votre maître, veut avoir paix et amitié avec le

263 ClinOIV!QlJE5

roi mon iiïaitn»,desoiicôténc tiendra que bons amis ne soient; car c'est une chose (|u'il désire bien fort. » Tant allèrent paroles en avant, que ledit bailli , a|)rès ce, s'en alla devers le roi des Romains, son maître, etlavertit desdites |)aroles; lesquelles ouïes par le roi des Romains, voulant, sous ombre d'une paix fourrée , retarder ou arrêter le voyafje du roi, renvoya derechef à toute dili{;ence ledit bailli devers le seif^ncur de Chesnoy, pour lui dire, de la part du roi des Romains, que la chose que plus au monde désiroit, c'étoit que avec le roi de France eût fraternelle amitié et union paisible: ce que ledit bailli dit audit seigneur de Chesnoy. «C'est très-bien dit, dit-il; mais avez-vous char^je expresse de votre maître, le roi des Romains, de dire ce que vous dites? — Oui, dit le bailli, et suis ci envoyé de par le roi mon maître pour le vous dire, et de ce vous avertir, afin qu'en fassiez le rapjiort où vous devez. » Ce dit, celui seigneur de Chesnoy à toute diligence transmit devers le roi , pour l'avertir desdites choses et y aviser à son plaisir ; puis s'en alla après en cour, et mena quant et lui ledit bailli de Charolois, lesquels furent à Bourges devers le roi, le dixième jour de février. Et eux là arrivés, celui bailli alla fkire son message au roi, disant : « Sire, le roi des Romains , mon maître , se recommande bien fort à vous, et m'a donné charge de vous

DE JEAN d'aUTON. 303

dire qu'il désire sur toutes choses avoir bonne amitié avec vous , et faire avec vous une paix si assurée, et telle confédération, que jamais entre vous deux de sa part ne faudra; disant que, au regard de toutes vieilles questions, il les veut mettre en oubli, et demeurer votre bon frère et perpétuel ami. Et afin que de ce soyez mieux assuré, plaise vous, sire, me bailler quelqu'un de vos gentilshommes, pour s'en venir devers mon maître et savoir de lui s'il avouera lesdites choses. » A quoi fit le roi réponse, que aussi de son côté ne demandoit au roi des Romains qu'avoir paix et union : dont, pour savoir la vérité desdites choses, délibéra y envoyer quelqu'un , et transmit quérir un sien valet de chambre, nommé Macé de Villebréme, lequel étoit lors à Blois; et sachant ces nouvelles, s'en vint en poste devers le roi , qui le dépêcha sans lui donner autre charge que d'aller, avec ledit bailli, devers le roi des Romains, savoir si les choses dites par celui bailli étoient vraies et s'il les avouoit. Si s'en allèrent iceux droit en Bourgogne, et par la comté de Ferette, puis entrèrent en Allemagne, où trouvèrent le roi des Romains dedans une ville nommée Strasbourg, et là reçut le messager du roi, en la présence dudit bailli de Charolois. Après ce , demanda, le roi des Romains, à celui de Villebréme, quelle charge il avoit du roi pour lui dire; lequel dit : « Sire,

je n'ai autre charge, si n'est que, à la requête du bailli de Charolois que voici, le roi mon maître m'a ci envoyé pour savoir si les choses que icelui bailli a dites de par vous à mondit maître sont vraies , et si vous les avouez, n Lequel les avoua. Et après plusieurs autres paroles , le roi des Romains dit que le roi entreprenoit de s'en aller delà les monts pour faire la guerre à Gênes, qui étoit terre d'Empire : ce qu'il ne devoit ; et qu'elle n'étoit sujette ni tenue à lui, ni à la couronne de France : parquoi, s'il y alloit à main armée, qu'il donneroit tout le secours aux Genevois qu'il pourroit. Et en outre, dit : « Votre maître le roi de France s'en va sur les Itales pour icelles occuper, et veut mettre le papat entre ses mains, pour en faire à son vouloir : ce qui est de notre majesté impériale, ni à autre prince appartient soi entremettre du siège romain, que à nous seulement, car c'est de notre affaire impérial. » Ainsi se mit aux champs , sans parler plus de la paix; mais à toutes fins concluoit d'empêcher le voyage et entreprise du roi; et pour ce, dépêcha ledit bailli, et lui bailla instructions selon l'opinion de son conseil; et ce fait, les susdits s'en retournèrent vers le roi. Advint que ledit bailli en venant en France avec ledit Villebrême, approcha de sa maison , disant qu'il lui falloit par là passer. « Or bien , dit le messager françois, je m'en vais donc de-

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vant, pour assavanter le roi de votre retour. » Ce que fit, et le plus hâtivement qu'il put, et tant que à la mi-mars fut à Lyon sur le Rhône, où illec trouva maître Georges, cardinal d'Amboise , légat en France, auquel dit et raconta tout ce qu'il avoit ouï et su du roi des Romains, et comment il envoyoit derechef le bailli de Charolois. Dont ledit légat envoya celui messager à toute diligence devers le roi, qu'il trouva entre la Bresse et Lyon ; et là , l'avertit de toutes les choses susdites, et comment à son avis le roi des Romains faisoit toutes ces choses pour vouloir retarder son voyage de Gênes : parquoi, selon son avis, le meilleur étoit de hâter sondit voyage : ce que fit le roi ; car il ne coucha qu'une seule nuit à Lyon , et le lendemain tira droit à Grenoble. Tandis, ledit bailli arriva à Lyon, où fut reçu par ledit cardinal d'Amboise, lequel ouït son dire; et entre autres propos, comment le roi des Romains disoit qu'il étoit délibéré , si le roi alloit faire la guerre aux Genevois , de leur donner tout le secours et aide qu'il pourroit ; et que si le roi entreprenoit sur le Saint-Siège apostolique, qui étoit de sa majesté impériale, qu'il lui contrarieroit à son pouvoir. Et sur ce point, reprit le cardinal d'Amboise celui bailH; disant ainsi : k Comment l'entend le roi des Romains, votre maître? il sembleroit, à ouïr votre dire, que notre Saint-Père le pape et les cardinaux

Il V

ne fussent que pour lui seul ! » A quoi celui bailli fit réponse , que aussi n'étoient-ils. Mais son propos lui fut, sur ce, par ledit cardinal d'Amboise, rabattu, en manière qu'il se trouva pour rheure mal pourvu de soutenables réponses; et eurent entre eux paroles piquantes, tant, que à la parfin ledit bailli se trouva étonné. Toutefois s'en alla à Grenoble devers le roi, où dit sa charge, et fut du roi doucement accueilli. Auquel bailli fit réponse , que de sa part, combien que le roi des Romains lui vouïoit empêcher son voyage, jà pourtant ne s'arrêteroit , mais iroit en armes le plus tôt qu'il pourroit ; et s'il y avoit au monde homme qui se trouvât au-devant pour le vouloir empêcher, qu'il lui donneroit la bataille, et se mettroit par armes en tel effort de passer, qu'il espéroit, avec l'aide de Dieu qui est Técu des justes querelles, que ce seroit par sur le ventre de ses ennemis. Ce dit, celui bailli s'en retourna vers le roi des Romains; et le roi ayant fait ses pâques à Grenoble, le lendemain, commencement de l'an mil cinq cent et sept, se mit à la voie , et laissa la reine toute adoulée pour son département.

Le temps durant que lesdites ambassades venoient de devers le roi des Romains, le roi fit dépêcher un nommé Gabriel Forestier, roi d'armes de Normandie, lequel envoya devers le roi d'Angleterre, qu'il trouva à

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Londres; et là ouït ledit roi d'armes sur sa charge, telle que le roi, comme confédéré et ami dudit roi d'Angleterre, lui faisoit asavoir son voyage de delà les monts, en le priant que toujours ensemble fussent bons frères et loyaux amis, comme toujours de leur temps avoient été. A quoi répondit le roi d'Angleterre : « Jamais, dit-il, ne lui faudrai; et avec ce, si le roi de France, mon frère, a métier de mon aide, moi-même en personne me trouverai à son besoin et affaire.» Ce dit, le roi d'armes, après avoir ouï sa bonne réponse , s'en alla devers le roi , auquel dit ce que, de par le roi d'Angleterre, avoit en charge de dire: dont le roi fut bien joyeux.

Aussi, quelque temps devant ce, avoit le roi envoyé un sien secrétaire, nommé maître Jean Bouclier, vers le pays des Ligues , pour savoir le vouloir des seigneurs des ligues et cantons du pays, sur le consentement de tirer et avoir dudit pays un nombre de gens : à quoi lésdits seigneurs des ligues et cantons donnèrent leur consentement. Dont le roi^ de ce averti, transmit devers messire Jean de Durfort, seigneur de Duras, étant lors delà les monts en la duché de Milan , auquel manda que à toute diligence s'en allât devers aucuns des seigneurs desdites ligues et cantons, et que là choisît , prît et levât jusques au nombre

i IJ

2G8 CHROIVIQUES

de dix mille paies : ce qu'il fit. Et iceux levés, et prêts de marcher, eurent le premier mois de leur paiement, ains que désemparer leur pays, disant que ainsi Tout de coutume ; et de vrai , jà ne marcheront un pas, qu'ils ne voient la croix devant. Le lieutenant du roi , qui lors étoit à Milan, sachant lesdits Suisses marcher, leur envoya au devant messire Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne, pour iceux recevoir. Lequel s'en alla à une ville nommée Varais, de la duché de Milan, et là reçut iceux Suisses, lesquels n'étoient encore tous assemblés ; mais partie d'eux avoit marché devant, et les autres venoient après. Audit lieu de Varais, fut fait aux premiers venus second paiement. Ce fait, partirent duditlieu de Varais, et marchèrent jusques en Alexandrie, où séjournèrent quelque temps, en attendant le surplus de leur suite, qui encore étoit derrière. Messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi , fut averti lors, que les autres du demeurant desdits Suisses marchoient vers Varais : parquoi leur envoya messire Jean de Bessey, pour iceux recevoir, comme avoit fait les autres, lequel y alla, et les trouva jà arrivés, où pouvoient être en nombre trois mille cinq cents , lesquels furent pareillement payés. Et après leur paiement fait, firent aucune difficulté de marcher en avant , disait qu'ils ne savoient si leurs gens étoienl

DE JEAIV d'aUTON. 269

devant ou non, et que sans eux n'iroient outre, et tout plein d'autres propos signifiant quelque don pour les capitaines : ce qu'entendit bien ledit messire Jean de Bessey; dont mit la main à ses coffres, sans épargner pourpoints et saies de velours, et autres bagues, qu'il leur donna ; et fit tant , qu'il les fit marcher droit à leurs compagnons, qui d'Alexandrie ne voulurent partir, que premier ne fussent assurés que ceux qui après eux venoient ne fussent hors le lieu de Varais, pour tirer vers eux ; disant que, s'ils n'étoient tous ensemble, jà ne se trouveroient en champ pour combattre. Toutefois, par dons et promesses que leur firent les capitaines de l'armée de France et autres gentilshommes françois, ils se mirent tous en avant.

Comment le roi transmit maître €»f orges /carMnai b'2lmbaise, ïreoant, en Sgt, pour aoaneer 60n affaire et faire hdter eon armeej et îru nombre îre ses gens îr'armee , et autres eljoses sur le fait î>e la iguerre.

A toute diligence passoit le roi son pays du Dauphiné, et prit son chemin, de Grenoble à Gap, à Embrun, à Briançon, au montGe-

nèvre, à Ourse, où là lui vint au-devant le duc de Savoie, bien accompagné de seigneurie de son pays, lequel conduisit le roi jusquesà Moncalier, une de ses villes de Piémont.

Le roi, ainsi étant à sondit voyage, transmit devant le cardinal d'AmboiseenAst, pour faire hâter son armée de marcher en avant. Car jà étoient passés long-temps devant quatorze mille hommes de pied, que conduisoient Mollart Suffray, Allemand, gouverneur de Grenoble; Jacques d'Alègre, seigneur de Millau; messire Yves de Malherbe, et autres capitaines françois, qui étoient delà les monts. Aussi étoit passée Tartillerie, et charroi d'icelle, dont l'une partie étoit venue de France et l'autre de Milan ; et le tout étoit à Tortone.

Messire Charles d*Amboise , lieutenant du roi delà les monts, avoit aussi mandé tous les gens d'armes des garnisons de la duché de Milan, qu'ils s'assemblassent tous pour faire camp, et marcher devers le bourg de Busale, auquel lieu se devoit trouver toute Tarmée de France; et jà étoient assemblés, avec les gens de pied et Tartillerie, à Tortone, prêts de marcher en avant, étant en nombre , selon ce que j 'ai vu et su audit lieu et au logis de ladite armée :

Premièrement, les cent hommes d'armes de messire Charles d'Amboise, lieutenant du

DE JEAN d'aUTON. 271

roi , ayant lieu , pour leur garnison , au Castellat et à Tortone; les cinquante hommes d'armes de messire Philippe de Clèves, dont étoit lieutenant le bâtard de la Clayette, tenant leur garnison à Solières près Félissan ; cinquante hommes d'armes d'un nommé Jean Guillerme, marquis de Montferrat, tenant garnison dedans les villes dudit marquisat; cinquante hommes d'armes de Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue, duquel est lieutenant un nommé Guillaume Gouffier, de Boisy, étant en garnison en Lastizane ; cinquante hommes d'armes d'Alain d'Albret, sire dudit lieu, sous la charge de messire Jean de Durfort, lieutenant dudit sire d'Albret, et cinquante de messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, à Parme ; cinquante hommes d'armes de Gaston , comte de Foix, conduits par messire Rogier, baron de Béart , son lieutenant , à Salles près Pavie ; cent hommes d'armes du seigneur Jean-Jacques, tenant garnison à Pavie; cent hommes d'armes de messire Robert Stuart, Écosspis, desquels la garnison étoit à Novare; cinquante hommes d'armes de messire Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne, tenant garnison à Côme; cinquante hommes d'armes du seigneur de Montoison , en garnison à Lode ; cinquante hommes d'armes de messire Antoine-Marie de Saint-Severin ; cinquante de

hi

inessiie Antoine Marie-Palvesin, tous à Plaisance; cinquante hommes d'armes de messire Yves d'Alègre, tenant garnison à Lastizane; quarante hommes d'armes d'Adrien de Brimeu, seigneur d'Humbercourt, en Lastizane; quarante hommes d'armes du seigneur de Châtellart, en Lastizane; trente Iiommes d'armes du seigneur de Fontrailles, en Lastizane ; vingt-cinq hommes d'armes de messire Théodore Trévolce, à Marignan; et les cent Albanois de messire Mercure, en Lastizane : lesquels, comme j'ai dit, avec les gens de pied François et l'artillerie, étoient lors audit lieu de Tortone.

Maître Georges , cardinal d' Amboise , étoit en Ast, auquel lieu manda venir aucuns capitaines et gens de conseil , pour traiter des affaires du roi. Par lequel conseil, fut conclu que les gens d'armes desdites garnisons , avec les piétons et artillerie, à toute diUgence marcheroient droit au bourg de Busale, quatorze milles prés de Gênes; et de là, selon la menée et conduite de messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi, besogneroient; et que là aussi se rendroient les dix mille Allemands qui étoient venus du pays des Ligues.

Et fut dit aussi que devers messire Yves d'Alègre, qui lors à toute grosse puissance étoit à Savone, seroit envoyé , pour le faire rendre audit lieu de bourg, devers le lieute-

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nant du roi. Dont fut là transmis audit lieu de Savone un des gentilshommes du roi , nommé celui gentilhomme messire Jean Pil card, bailli d'Estellan, lequel s'en alla à Savone, et là avertit ledit seigneur d'Alègre, qu'il étoit appointé que avec ses gens se rendroit au Bourg de Busale , pour là se jomdre à l'armée du roi , et de là marcher en avant; et qu'il falloit gagner la montagne, pour tirer vers Besaigne avec partie de l'armée , pour assaillir Gênes dedeux côtés : dont etoit requis que toute l'armée se trouvât à Bourg, pour illec être départie, si métier étoit , ou mise à chemin , droit à Gênes. Messire Yves d'Alègre, oyant les paroles de celui bailh d'Estellan, dit : u Je pensois qu'il fût besoin de garder la marine d'entre ci et Gênes , pour l'effroi que pourroient par là les vilains de Gênes faire sur notre armée; en quoi les eusse toujours empêché, et tenu en sûreté le chemin, et avec mes gens d'armes, ladite marine et les environs de la ville de Gênes, tenu en crainte : mais puisqu'il est dit qu'il faut, toutes choses mises à part , se rendre à Bourg ,' je transmettrai là partie de mes gens, et de moi serai toujours prêt de me trou^'ver où métier sera. » Et ce dit, envoya deux mille hommes audit lieu de Savone, jusque métier fût d'aller outre. Ce fait, ledit gentilhomme s'en

alla (levers le lieutenant du roi , pour Tasavanter de ce qu'il avoit fait.

Entre Gavi , terre des nobles de Gênes , et

ladite ville de Gênes, avoit plusieurs gros

bourgs et forts villages, comme Bourg deBu-

sale, Pontadême, Rivereu, Saint - Pierre-

d'Arène , et autres lieux de la seigneurie de

tiênes, lesquels étoient demeurés inhabités

pour doute de la guerre : dont les habitans

avoient retiré leurs biens à Gênes , et eux gar-

doient les montagnes avec la commune du

pays, qui se nommoit la commune de Poul-

ceuvre , de laquelle étoit capitaine un nommé

Guillon , par qui étoit venu l'occasion de tout

le mutin ; lesquels vilains étoient en nombre

de dix mille, ou plus, et gardoient iceux les

montagnes et passages du pays, si que nul n'y

passoit qui ne fût détroussé.

Et aussi du royaume de France venoient tant de gens d'armes, que toute la Savoie et le Dauphiné en étoient pleins; car tous les princes et grands seigneurs de ce royaume (réservé François d'Orléans , comte d' Angoulême , seconde personne de France,) y étoient, et grand nombre de jeunes gentilshommes, qui, sans gages , pensant qu'il y eût là mortelle bataille et honneur à acquérir, et voyant la personne du roi prendre le voyage , se trouvèrent , les uns en poste, doutant n'y être à temps, les autres des premiers, pour y être sans faillir.

"KV-f .

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Le roi Feirand d'Aragon étoit lors à Naples, arec dame Germaine de Foix , sa femme, laquelle étoit nièce du roi. Et sachant, ledit roi d'Aragon, l'entreprise du roi sur la ville de Gênes, et comme elle s'étoit rebellée, lui envoya par mer quatre galères et deux fustes armées, desquelles étoit capitaine un nommé Miqnel Pastour ; lesquelles se rendirent par la mer du Levant devant Gênes, où étoit un nommé Pregent de Bidoulx , capitaine de quatre galères et de huit galions , qu'il avoit pour le roi; et ainsi tous deux assemblés , tinrent Gênes en telle subjection , que homme sans leur merci n'y avoit entrée ou issue, et ne pouvoient, pour leur détour, Genevois avoir vivres ni autres choses à eux nécessaires, par mer : ce qui moult les grévoit.

Btt wijf îru cii&Uan ie (S>êne^, et y un a^eaut tthhint que là iomtteni les ^inetm.

Toujours continuoit le siège du château de Gênes, qui sans cesser étoit par les Genevois battu et assailli , mais si bien défendu par les François , que sur eux ne gagnèrent les ennemis un seul fort : dont leur ennuyoit moult. Et eux sachant la venue de l'armée de France,

qui jà étoit près, plus fort qu'onc-mais ruèrent coups, et abattirent murailles de tous côtés; et avec ce, firent mines sous terre, pour tirer vers une tour delà place, et icelle ruer par terre. Assez près du château , demeuroit une femme genevoise , de laquelle étoient les François bien voulus, comme elle leur montra: car ainsi que les Genevois faisoient leur mine sous terre , pour les vouloir surprendre , icelle monta au plus haut étage de sa maison, qui en la vue du château étoit, et se mit en lieu où ceux du château et de Saint-Francisque la pou voient bien aviser; et là, par plusieurs fois et divers signes, leur montra comment on faisoit mines sous terre, pour les prendre. Et après, chevauchoit un bâton, et mettoit en sa main une gaule longue , faisant manière de courir la lance; puis faisoit un étendard, et montroit comme leur secours venoitde France. A l'autre fois, leur montroit un chat, qui étoit le cri du seigneur Jean-Louis, pour bailler àconnoîtrequ'il venoit; et à toute heure leur faisoit divers signes , lesquels ne purent clairement entendre les François, si n'est qu'ils se doutèrent des mines qu'on faisoit sous terre , pour les signes que cette femme leur faisoit. Dont s'assemblèrent messire Galéas de Salazar, capitaine du château, Louis de Saint -Aubin, capitaine de la citadelle, et AUabre de Saule,

DE JEAN d'aUTON. 277

capitaine de Saint-Francisque; et parlèrent ensemble de cet affaire , disant que celle femme ne leur faisoit lesdits signes pour néant. Parquoi se doutèrent et tinrent sur leurs gardes; mêmement la nuit se mirent contre terre , l'oreille aux écoutes, ayant tabourins et des pois dessus, bassins à barbier et aiguilles dedans , qu'ils posoient aux lieux où pensoient être faites les mines, mais ils n'y connoissoient rien : car les Genevois, afin qu'on n'entendît le bruit de leursdites mines, illec au plus près, et de nuit, charpentoient leurs échelles, manteaux et chevrettes , et faisoient le plus de bruit qu'ils pouvoient, mêmement es lieux où ils faisoient leursdites mines.

Or advint que le mercredi de la semaine sainte, AUabre de Saule, capitaine de Saint- Francisque, sur le point de dix heures de nuit, étant aux écoutes avec ses gens , dedans le jardin d'en-bas, ouït miner sous terre, et le bruit de leurs coups entendit : dont tout en l'heure , sans bruit envoya quérir aucuns de ses gens , qui guettoient d'autre côté, auxquels se fioit; si leur dit ce qu'il avoit ouï, et les fit écouter, et ouïr, savoir si c'étoitmine : lesquels dirent que si étoit; dont avisèrent, pource que à leur semblant la mine tiroit vers une tour de leur fort et jà en étoit à quatorze pas près ou environ, que là feroient une tran-

ir

chée et contre-mine, et à la traverse, pour couper chemina leursennemis : ce qu'ils firent, en manière que le lendemain à midi , jour du jeudi absolu, trouvèrent ladite mine, et les Genevois dedans; laquelle fut assaillie par les François qui làétoient, et défendue des Genevois, où furent blessés deux d'iceux François ; mais à grands patacs furent iceux Genevois outrés, tellement qu'ils abandonnèrent lesdites mines , que les François gagnèrent , et fortifièrent de leur part , en manière que par là n'eurent plus doute de leurs ennemis.

Le vendredi saint et la vigile de Pâques , d'un côté et d'autre tirèrent quelques coups de menue artillerie, sans faire grand effort. Mais le lendemain, après que chacun eut fait ses Pâques, sur le point d'onze heures du matin , recommencèrent les Genevois à tirer de leurs grosses pièces d'artillerie , c'est à savoir de gros canons, serpentins , et grandes coulevrines, tirant tous boulets de fer : lesquels tiroient de plusieurs lieux, et mêmement d'un lieu nommé Fa vie devers Besaigne, près d'un collège de nonnains , où là avoient un fort rempart , et dès le commencement du siège mis là un gros canon, nommé le Lizard; aussi tiroient d'un autre lieu du côté devers Saint-Roch , et de plusieurs autres lieux, où avoient fait forts et remparts, dont tirèrent contre le château et Saint-Francisque. Ainsi que celle partie du-

DE JEAN d'aUTON. 379

roit, le capitaine Allabre et partie de ses gens se mirent à leur défense; et là commencèrent à tirer coups contre le rempart de leurs ennemis. Mais la grosse artillerie d'iceux Genevois tiroit si menu, qu'ils ne s*osoient découvrir; et tellement fut, que l'un des canonniers genevois étant audit rempart nommé Pavie, adressa vers une tour du jardin où étoient ledit Allabre et aucuns de ses'gens , en sorte que le boulet entra tout au travers de la tour, et rua si roidement, que, des éclats de la muraille , ledit Allabre fut fort blessé au visage, et dessous la tétine au côté senestre, si qu'on pensoit qu'il fut mort. Trois autres des siens furent aussi blessés, et couverts d'un pan de ladite tour, qui tomba sur eux, en manière qu'ils cuidèrent là étouffer; car homme n'osoit là approcher, pour les secourir, pour l'horrible batterie qui là se faisoit. Mais, puis peu après la force de ladite batterie cessée , ledit Allabre et ses gens blessés avec lui, par aucuns des autres des siens, furent tirés , et emportés , et mis en la litière.

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Comment 1^0 (ftinnïow afligaillirent à touU (ovue U cï^âUavL ie (8>èn($^ rt îre la mcrtjrillfuse î>ifntô^ i|Uf là ûxeni Ica Itancm.

Merveilleuse futcelle batterie toutceluijour de Pâques, le lundi, le mardi et le mercredi. Sans cesser ruèrent coups les Genevois, sans que ceux de la place eussent repos de leur part; car si ceux de la ville envoyoient souvent de leur relief au château , de même mets étoient servis, et tant, que au travers de la ville, et sur le siège, y parut jusquesà l'estimation de plus de cent morts et de deux cents blessés. Plusieurs de ceux du château furent aussi blessés et morts. Quoi plus ? Si n'est que les Genevois, voyant approcher larmée de France pour secourir le château et assiérjer Gènes , di~ rent : « Il nous est métier à cette fois de prendre nos ennemis d'assaut, ou lever notre siège, pour aller au-devant de l'armée de France et lui donner la bataille. Mais pour le meilleur, devons nous efforcer à prendre cette place; car si une fois elle est entre nos mains, prince du monde jamais ne nous assaudra; et aussi en faillantàce, nous sommes frustrés de notre intention , et déchus de notre entreprise. Pour ce , mettons les mains à

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