‹ Chroniques [microform]Chapitre 22 sur 74 · UD · texte numérisé non relu

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DE JEAN d'aUTOX.

lœuvre, et que chacun de nous y fasse tel devoir, que soit jusques à l'augmentation de notre honneur et au profit de notre sei- . gneurie. ce Telles paroles dirent aucuns des seigneurs genevois, pour donner cœur au peuple et bon vouloir à leurs soldats. Dont advint que le mercredi de Pâques, entre une et deux heures après midi, lesdits Genevois commencèrent à sonner leur assaut, de trompettes et gros tabourins, à grand bruit de cris et tumulte de peuple ; et avec grand nombre d'échelles, pavois, manteaux, chevrettes et autres choses nécessaires pour donner assauts, approchèrent Saint-Francisque, du côté du jardin et en plusieurs autres lieux brèches. Et là, de première venue, dressèrent en divers lieux plus de quatre cents échelles, et commencèrent vigoureusement à monter. Messire Galéas, capitaine du château, Louis de Saint-Aubin, et leurs gens, avec ceux de Saint-Francisque, furent tous arrangés aux brèches et lieux qu'il fidloit défendre, garnis d'artillerie, de trait, de grosses pierre^'s, de lances à feu, d'huiles bouillantes, de pots plems de soufre, et de chaux vive, pour ruer sur les premiers qui se hâteroient de monter. Que fût-ce ? les Genevois, en nombre de plus de trente mille, environnèrent tout le collège Saint-Francisque, et se mirent à grosses escoadres, pour assaillir à relais , disant que lors.

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que les uns seroient morts, lassés ou affolés, les autres prendroientleui place. Et ainsi amoncelés comme pourceaux, à la foule se mirent à monter leurs échelles. Qui eût lors vu grands coups de main donner sur ces échelleurs, emporter têtes et bras, et renverser Genevois du haut des échelles en bas, et Tun sur l'autre acra vanter à gros monceaux, eût eu horreur de l'affaire. Mais quand les uns étoient abattus , les autres remontoient trèshardiment. Aucuns des nôtres, étant au dedans des tours et sur les défenses , tiroient traits et artillerie à la montée, tellement que grande occision en faisoient. Mais pourtant homme ne désemparoit. Toujours duroit le combat main à main sur les échelles , qui étoient cramponnées pour attacher à la muraille, et toutes pleines de Genevois, qui à toute puissance s'efforçoient d'entrer; mais les François du dedans leur défendoient de telle force, que dès ce qu'ils mettoient le pied hors l'échelle pour vouloir entrer, ils étoient sans faillir renversés du haut en bas. Tant fut sanglant ledit assaut, que toutes les échelles, et la muraille où le combat se faisoit, étoient enrougies de sang. Durant ce dur assaut, comme les Genevois s'efforçoient de tous côtés vouloir entrer , les François avisèrent un lieu nommé la Carace , contre l'église Saint-Francisque, qui est une voûte où l'on met les

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morts, où avoit un bout de muraille rompu, à passer trois hommes de front; et pensant que par là s'efforceroient aucuns Genevois d'entrer, pour leur donner une amorce, firent là une traînée de poudre à canon; puis aucun des François , avec son feu tout prêt , se mit à touchant de sa traînée; et là en attendant, vit venir ces gens, et entrer par ladite brèche , jusque au nombre de trente : lesquels entrés , le boute-feu fut prêt, et enflammée la traînée, en manière que des trente en brûla vingtdeux. Les autres, qui étoient les plus près de la brèche, se jetèrent à bas, tous affolés, et les autres ardèrent sur le lieu. Sans cesser duroit ce mortel assaut , et tant, que les François étoient moult foulés et combattus : car jàen y avoit bien vingt morts, et quarante de blessés; et pour ce, ne perdoient coup à donner, car à les voir besogner, tant plus combattoient, tant plus efforçoient leurs coups. Somme, ces pauvres soudards firent merveille d'armes ; aussi étoient là messire Galéas de Salazar, qui frappoit au désespéré. Depuis deux heures après midi jusques à la nuit dura celui assaut, que les Genevois ne voulurent , pour mourir tous, abandonner, jusque à grand's lances de feu et cercles pleins de soufre ardent, huile bouillante et chaux vive, ils fussent par les François chassés de leurs échelles, lesquelles à la parfin abandonnèrent : dont lesdits Fran-

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çois en gagnèrent bien trois cents , les<[uelles depuis je vis audit château de Gènes. Ainsi se retirèrent les Genevois, mais non pas tous; car par avoir ouï dire à plusieurs de ceux qui audit assaut furent, plus de quatre cents hommes morts demeurèrent au pied de la muraille, et y furent plus de six cents blessés. Mais pourtant ne levèrent leur siège ; ains, le lendemain, qui fut un jeudi après Pâques, recommencèrent la batterie de plus belle , laquelle continuèrent huit jours sans cesser. Durant lequel temps, un François, capitaine de mer, nommé Pregent de Bidoulx , avec quatre galères qu'il avoit , et quatre de celles d'Espagne , qui là étoient venues pour servir le roi, suivit et chassa une fuste genevoise jusque dedans le Tercenal de Gênes, qui est un lieu au bout du môle et contre la ville, oii les barques et fustes qui apportent vivres à Gênes viennent aborder pour faire leur décharge. Dont voyant, les Genevois , ainsi approcher les galères de France , prirent leur grosse artillerie, et la portèrent sur le môle, pour celui défendre, et sur les passages où pensoient venir les François. Ainsi cessa la batterie du château. Et eux voyant que là ne feroient rien de leur profit, firent un fort bastillon sur le sommet de la montagne de Gênes, au droit de la venue des François, et là mirent grosse garnison de gens d'armes et

bonne artillerie. Aussi mirent gens au Castellat pour secourir ledit bastillon, et faire saiUies et alarmes sur les François, s'ils approchoient Gênes. Pareillement firent forts et barrières tout le long de la montagne, au pied et sur la croupe d'icelle , et empêchèrent tous les passages , et à tous côtés mirent artillerie pour tirer à la venue des François, et mirent quatorze ou quinze mille hommes en armes sur lesdites montagnes ; et partie d'iceux envoyèrent jusques à la venue du Bourg de Busale, pour là commencer à empêcher le passage des François.

Le roi à toute diligence avançoit lors son voyage ; lequel arriva en Piémont un mardi d'après Quasimodo, et, sans aucun séjour, s'en alla droit en Ast. Au-devant de lui, vint Charles, duc de Savoie, comme dit est, accompagné des seigneurs de son pays, avec grand nombre de gentilshommes et prélats d'Éghse ; et, là, lui offrit de sa part service de sa personne, secours de ses gens et les clefs de ses villes , en le voulant accompagner à son voyage de Gênes, s'il lui plaisoit. Desquelles choses le remercia le roi , bien fort ; et puis s'en alla en sa ville et comté d'Ast , où illec fut reçu des seigneurs du pays et peuple de la ville à grande joie; et prit son logis chez un nommé messire Alexandre Malbelle, un de ses maîtres-d'hôtel, lequel était moult bien logé àcerte.s. Là se trou-

vèient des princes et seigneurs des Itales, Alphonse d'Esté, duc de Ferrare, Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue, lequel avoit rencontré le roi à Veillaine en Piémont, Jean Guillerme, marquis de Montferrat, le seigneur Jean-Jourdan des Ursins, lequel pareillement étoit allé au-devant du roi jusques à Grenoble, messire Alexandre Benti voile, fils de messire Jean Bentivolle, gouverneur feu de Bologne-la-Grasse , étant lors prisonnier entre les mains du roi , le comte Ludovic Borromée , et grand nombre d'autres Italiens et Lombards , étant là venus , montés et armés avec grosse suite de gens d'armes pour servir le roi à son voyage et guerre de Gênes.

La séjourna le roi par l'espace de quatre jours, pour un peu se rafraîchir; et ce pendant, fit mettre son armée à chemin, laquelle messire Charles d'Amboise, son lieutenant, conduisoit, et ordonna icelle marcher droit à Bourg de Busale : ce qui fut fait. Et voulut aussi que messire Jean-Jacques demeurât en la duché de Milan , pour faire la provision des vivres et se donner garde du pays : aussi y avoit jà pourvu messire Charles d'Amboise, en manière qu'il avoit donné charge à quelques marchands du pays, d'en faire le plus grand pourchas que possible seroit ; et avec iceux avoit marchandé , et baillé cinq mille

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écus d'avance, lesquels s'en acquittèrent trèsà point.

Les Vénitiens étoient lors à grosse armée en la comté de Crémone, terre de Milan; lesquels ne faisoient manière de saillir de leurs garnisons, mais disoient qu'ils étoient là pour garder leurs pays et secourir le roi , si besoin avoit de leur aide. Toutefois on ne s'y fioit pas trop, car ils ont souvent garde derrière, et tiennent le parti des plus forts.

En Ast se reposoitle roi lors, et lui un jour, se sentant délibéré, dit qu'il se vouloit essayer en son harnois, et chevaucher un des coursiers de son écurie , pour s'en aider à la bataille, laquelle chacun espéroit. Et comme ce jour je fusse entré en sa chambre, pour lui vouloir bailler quelque peu d'écrit joyeux que j'avois en la main , je le trouvai en pourpoint, avec peu de gens et messire Galéas de Saint- Severin, son grand-écuyer, aussi en pourpoint, lequel lui chaussoit ses solerets et harnois de jambes, avec les cuissots. Ce fait, demanda la cuirasse , et, premier que la vouloir prendre , dit audit messire Galéas : « Je la veux voir premièrement sur vous, car mon harnois vous est presque tout fait. » Après que ledit écuyer fut armé de ladite cuirasse , le roi la regarda de tous côtés, et la trouva bien faite, disant : « Je cuide qu'elle me sera bonne, et bien aisée. » Et fit désarmer celui écuyer, puis

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se fit armer de sadite cuirasse et de toutes les autres pièces; et essaya dessus son harnois une saye d'orfèvrerie moult riche , et toute autour semé d^criteaux, où étoit écrit en lettres romaines : Neseis quidvesper vehatj c'est-à-dire : Tu ne sais quelle chose la fin porte , ou Tu ne sais la jin a quoi je tends. Tandis qu'il se faisoit armer, je dépliai mon papier, en m'approchant de lui, et lui dis ; « Sire, j'ai fait une petite ballade touchant les Genevois; s'il est votre plaisir de l'ouïr, je l'ai ici? » Lors me commanda que je la lusse, ce que je fis comme s'ensuit :

Les Genevois, de leur propre nature , N'ont foi ni loi , si ce n'est d'aventure Par feintise , qu'on ne doit soutenir.

Jà tant de fois ont mis à la rupture Leurs promesses, qu'il n'y a créature Raisonnable qui s'y veuille tenir; Voire et cuident par force entretenir Leur bon crédit , et mener leur affaire , Sans le devoir et tribut vouloir faire A vous , sire , ne à droit vous supplier ; Mais s'ils sont forts , pour leur effort défaire , Leur force faut par force bumilier.

L'historiale et prouvée écriture ,

Nous montre assez , et fait claire lecture

De leurs faux tours , dont nous dut souvenir :

Sur nos gens lors firent déconfiture

En leurs détroits , sous ombre et couverture

De leur vouloir aider et subvenir ;

Le roi Louis les sut bien prévenir.

Quand en enfer ordonna leur repaire;

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Au roi Charles tinrent parti contraire; Puis les voyez contre vous rallier. Que reste plus ? pour venir au parfaire , Leur force faut par force humilier.

Faites sur eux et dessus leur clôture Ua tel échec et si ample ouverture , Qu'on y puisse sûr aller et venir.

Sans leur laisser ni vivres, ni pâture, Place , ni fort , or, argent , ni voiture , Tant qu'il en soit mémoire à l'avenir, Et que tous ceux qui les verront punir. Aient tout temps crainte de vous méfaire : Mais au surplus qui voudroit satisfaire A son défaut, il faut tout oublier; Aux rebelles qui ne se voudront taire, Leur force faut par force humilier.

Prince , à la fin qu'on n'y soit à refaire ,

Prenez tous ceux qui ont voulu forfaire,

Et les faites bien baguer et lier,

Pour les traiter comme il vous pourra plaire ,

Et en faire des autres l'exemplaire ;

Leur force faut par force humilier.

Une autre fois adviendroit de léger, Que par défaut de les bien corri«»^er De leurs délits, dont ils en ont fait tant , Que leur vouloir seroit prêt et content De faire un tour pour vous endommager.

Si à ce coup ne les faites ranger A la raison, il est bien à songer Qu'ils en feront encore bien autant Une autre fois.

Puisque autrement on ne s'en peut venger. Châtiez-les ores pour abréger :

Un coup pour tous , en vous y ébattant.

IjgO CHRONIQUES

Et cela fait , soyez assûr de tant , Qu'eux et autres douteront le danger Une autre foif .

Après la lecture de cette ballade, le roi transmit quérir un coursier bai , nommé Baigracieux, lequel fit amener dedans un préau fermé, derrière son logis; et lui, armé de toutes pièces, monta légèrement dessus, sans aide; et là, commença à faire faire carrière, courses et grands sauts à sondit cheval , qui étoit si très-à main à la bouche , et à l'éperon, qu'il en faisoit tout à son plaisir : à la fois lui donnoit une vite course, et à l'arrêt le tour, et les quatre pieds à mont; et à la fois le grand saut et la ruade , avec le trot court sous bride , et tous les tours que cheval pouvoit faire, Aus^i étoit le roi qui le manioit, si très-adroit et tant bien à cheval, que, pour saut ou ruade que fît son cheval, on n'eût ouï sur lui pièce de harnois branler. Somme, tant tourmenta sondit cheval, qu'il le mit tout en eau, puis mit pied à terre, et s'en alla boire et désarmer.

Là, n'eut officier de la maison du roi, dès les plus grands jusques aux souillons de cuisine, qui n'eussent leurs harnois. Aucuns des vieils maîtres d'hôtel du roi , et autres qui pour la goutte n'étoieut aisés de leurs personnes, voyant que c'étoit atout, essayèrent aussi leurs harnois, que, long-temps devant

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ce, n'avoient mis sur le dos. Somme , il n'y eut celui qui ne mît la main aux armes, voire aucuns prélats et seigneurs d'Église, qui là étoient, disant que défendre par armes la personne du prince, seigneur de leur pays, étoit milité et bataillé pour la défense même du pays, ce qui leur est permis et loisible en temps de nécessité.

Après que le roi eut pris en Ast quatre jours de repos , et mis son armée à chemin , pour tirer à Gênes, partit de sadite ville d'Ast, en armes, avec plusieurs des seigneurs de son sang et autres grands seigneurs de France. Là avoit avec lui cent de ses gentilshommes , et toutes ses gardes. Et ainsi le vingt et unième jour du mois d'avril , en l'an mil cinq cent et sept , tira son chemin droit à Fé- Hssan , terre de marquisat , où dormit pour la nuitée ensuivant.

Messire Charles d'Amboise, qui conduisoit son armée, étoit jà au Bourg de Busale, et six mille Allemands , qui premiers étoient venus des Ligues, joints à ladite armée de France. L'autre bande d'iceux Allemands étoit aussi arrivée à une petite ville nommée Nove, près de Sarraval, à l'entrée des montagnes de Gênes. En laquelle bande étoient trois mille cinq cents Allemands, lesquels ne vouloient pour rien passer outre, disant que leur charge ne le portoit point , et qu'ils ne

marcheroient plus avant; et sur ce propos, séjournèrent audit lieu de Nove six jours. Messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi , et plusieurs des autres capitaines françois, mirent toute la peine qu'ils purent pour les faire marcher; et pour ce, donnèrent à leurs capitaines or et argent, et force habillements de soie , en leur disant : « Messieurs , n etesvous pas venus ici pour servir le roi , et à ses gages, que jà avez reçus, et par le vouloir et consentement des seigneurs de vos ligues et cantons? Ne voyez-vous j à l'armée de France, et l'autre bande de vos compagnons, prêts de partir pour aller à Gênes, et le roi même qui nous marche en queue, pour se joindre avec sadite armée? » Plusieurs autres raisons leur furent dites et mises sus; mais, pour ce, ne voulurent déloger. De quoi le roi fut merveilleusement contre eux courroucé, délibérant, si autre chose ne vouloient faire, de les faire tous tuer. Les seigneurs des Ligues et cantons furent par poste de cette chose avertis; parquoi à toute diligence leur mandèrent que, sur leur vie, ils marchassent en avant, et qu'ils servissent le roi envers tous et contre tous : ce qu'ils firent, et se mirent à la route, droit au Bourg de Busale, où trouvèrent l'armée de France.

Le vingt et deuxième jour dudit mois d'avril , le roi partit de Félissan , et adressa

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vers Alexandrie , avec lui étant Charles, duc de Bourbon; Antoine de Lorraine, duc de Calabre; François d'Orléans, duc de Longueville et seigneur de Dunois; Alphonse d'Esté, duc de Ferrare; Charles de Clèves, comte de Nevers; François, monseigneur de Luxembourg; Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue; Jean Guillerme, marquis de Montferrat, et tous les autres dessus nommés, réservé le duc d'Alençon, lequel étoit demeuré en Ast, malade de la rougeole ; et ainsi accompagné s'en alla à Alexandrie. Au-devant de lui sortirent les seigneurs de la ville à grosse troupe pour le recevoir, et faire la harangue pour le peuple de ladite ville. Aussi lui sortirent au-devant trois cents petits enfants, tous vêtus de robes blanches, portant chacun en la main une bannerolle des armes de France; lesquels petits enfants couroient au-devant de lui, criant à haute voix : France ! France ! France ! France ! Et ainsi s'en entra par le bourg, tirant vers la cité, où toutes les rues étoient tendues et parées de verdure, et au-dessus toutes semées des armes de France et de Bretagne. Et dès l'issue d'une rue nommée la Ferrerie, entrant en la place de ladite ville, avoit une haie de verdure, couverte d'un drap rouge, pers et jaune, lequel alloit jusque devant la grande porte du dôme Saint-Pètre , où, contre le haut de la-

dite grande porte, étoient trois écus , à savoir : au milieu , celui de France aux armes pleines, et aux deux côtés France et Bretagne, miparties. Ainsi accompagné, et sous un poêle de damas blanc à franges d'or, porté par six des plus grands de ladite ville, s en alla jusques à la porte du Dôme , où mit pied à terre; là trouva tout le clergé de la ville, avec les reliques, qui là le reçurent et conduisirent jusque devant le grand autel du Dôme, où là dévotement fit ses oraisons et offrandes. Puis ouït la messe dedans une dévote chapelle de Notre-Dame, étant sur main senestre dudit grand autel. Et la messe ouïe, s'en alla loger à rhôtel d'un des seigneurs de ladite ville, nommé messire Francisque Trot, où séjourna celui jour seulement, et sut là que toute son armée étoit assemblée à Bourg.

€amnwnt l« vilaim ii Ponlanme voulurent mpkï^vc ïe padsaigr oui Jïançai^ à 0irurg ie 6u6ttU, et b'aufuiwô i^armon(ï)es là faites.

L'armée de France assenahlée à Bourg de Busale, et tous ks Allemands là venus, pource que encore ne savoient sous quel capitaiae le roi les voudroit faire men^r, en demandèrent un à messire Charles d'Amboise,.

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lieutenant du roi , lequel leur dit : « Aviseîî entre vous lequel , de tous ceux que cotinoissez, vous sera plus à main , et souâ la charge duquel aimerez mieux être conduits, et sans point de faute autre n'en aurez. » Ce dit, les capitaines d'iceux Allemands , et aucuns autres de leurs bandoliers , s'assemblèretit , et tinrent leur conseil sur l'élection de leur capitaine-général ; tant que, à la conclusion , ils demandèrent tous messire Jean de Bessey, gruyer de Bourgogne , lequel leur fut baillé , et depuis à tous affaires les conduisit et gouverna. Un autre gentilhomme , nommé le Lorrain , de ceux du roi , en avoit aussi sous sa charge cinq cents d'autres , appelés les Ff ancs-Compaguôns, parce qu'il les avort amonés desdits pays des Ligues , comme avetitu-» riers.

Les Genevois surent incontinent cîôtwment Tarmée de France étoit à Bourg; et jà avant l'arrivée de ladite armée , avoient mis gens à grand nombre sur les montagnes, et avoient fait un fort vis-à-vis dudit Bourg, au pendant de la montagne , et là fait embûcher grand nombre de gens armés , lesquels furent des François avisés et découverts. De quoi fat averti le lieutenant du roi; et pour ce, appela tm jeune gentilhomme nommé Jacquei^ du Mas, seigneur de Ylsle^et lui bailla six hommes d'armes, nommés Martin ViMetepyon, iTm-

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bault, Charles de Villaines, Sallenelles, et deux autres, avec dix archers, lesquels envoya à ladite montagne, pour voir la manière et le fort d'iceux vilains. Jacques de Bourbon , comte de Roussillon , et quelques autres gentilshommes et gens de pied avec eux, tirèrent aussi celle part; et n'eurent guère monté, que vilains de toutes parts ne leur fussent en barbe, et commencèrent bien à point à escarmoucher, et tant, que finalement les François repoussèrent les Genevois. Durant cette escarmouche , deux François , archers de la compagnie du seigneur de Montoison, s'écartèrent des autres François , en chassant aucuns d'iceux vilains ; lesquels archers furent clos par quelques embûches, et, premier qu'on les pût secourir, sur-le-champ furent assommés et morts. L'escarmouche dura longuement, car les vilains étoient à grand nombre, et si avoient un fort où se retiroient, et de là tiroient traits à tous côtés. Là fut blessé un homme d'armes nommé Mondragon , de ceux du seigneur de LaPalice, et eut un coup de trait au visage. A toutes mains furent chargés ces vilains, et tenus de si près, que plus de vingt y demeurèrent morts en la place ; et tant fut, que à la parfin abandonnèrent leur fort et fuirent par les montagnes , en manière que plus ne voulurent empêcher celui passage.

Messire Mercure, capitaine des Albanois,

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fut envoyé courir le long de la vallée de Poulceuvre, avec un nombre de ses Albapois; lequel s'en alla jusque près de Saint-Pierre-d'Aréne, qui est des faubourgs de Gênes, et là trouva un capitaine de piétons genevois , lequel fit bonne manière de guerre, et mit bien deux cents hommes qu'il avoit , en ordre, pour attendre lesdits Albanois. Là commencèrent Tescarmouche , telle que les Genevois furent à deux ou trois charges épartis et rompus : si prirent la fuite vers Gênes , et Albanois après , et tant que plus de vingt d'iceux méchants Genevois y demeurèrent, et mêmement leur capitaine , duquel emportèrent les Albanois la tête , piquée au bout d'une de leurs lances; et en eux retournant, trouvèrent, aux deux côtés et au bas des montagnes , terre couverte de gens armés, pour leur couper le chemin. Mais iceux Albanois tenoient toujours le milieu du gravier, loin desdites montagnes de demi-jet d'arc, et sitôt que aucuns d'iceux Genevois cuidoient prendre la plaine, les Albanois à course de cheval les repoussoient arrière aux montagnes , et en demeuroit toujours quelqu'un. Et ainsi se retirèrent iceux Albanoisjusques au Bourg, où étoit l'armée du roi , et là avertirent messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, comment les montagnes de Poulceuvre étoient toutes couvertes de gens armés; et tout autour de Gênes, sur

les montagnes , et au pendant d*ieelles du côté de la passée de Tarmée de France, avoit plusieurs forts , barrières , et bastillons garnis de gens et d*artillerie ; et que grand'roûte de vilains étoient embûches par les montagnes, pour détrousser les vivandiers et ceux qui s'écarteroient de l'armée , ou autres mal accompagnés; à quoi étoit besoin d'y pourvoir, pour la sûreté des vivres et passants. Pour mettre provision à la garde des passages , le lieutenant du roi ordonna être mis gens d'armes, de six milles en six milles, qui garderoient lesdits passages , et de lieu à autre feroient accompagner les vivandiers. Et ce fait, fut mis le feu partout, et brûlés villages et maisons.

Camment Vaxmie bu toi partit îru fiourg be 0ndaUy pour ûlUr a^etigir la vilU it (S^ma.

Le vendredi , vingt et troisième jour du mois d'avril, en l'an mil cinq cent et sept, messire Charles d'Amboise, lieutenant de l'armée du roi, fit au matin déloger ladite armée du Bourg de Busale , et mettre l'avant-garde assez loin devant, que luinmême conduisoit. Entre l'avant-garde et la bataille, fit mettre en avant le charroi de l'artillerie et le son>-

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mage; la bataille et l'arrière -garde après, étant loin Tune de l'autre de deux jets d'arc, ou environ ; les Allemands et gens de pied avec l'artillerie. Et ainsi marchèrent gens d'armes le petit pas , jusques à un lieu nommé Pontadême, à six milles près de Gênes; et là furent ce jour, et tout le lendemain , pour tenir conseil et ordonner des approches de Gênes , et de la manière camment au plus sûr le siège se pourroit asseoir et mettre, et de tous leurs autres affaires. Lesquelles choses furent là mises en conseil, où furent appelés messire Jacques de Cbabannes , seigneur de La Pahce, messire Yves d'Alqjre, messire Jean de Bessey, capitaine des Allemands, messire Philibert de Clermont, seigneur de Monloison , et plusieui^ autres capitaines et gentilshommes pensionnaires du rot. Auxquels dit messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi : « Messeigneurs, vous savez assez le vouloir du roi, et la cause de notre affaire , qui est entièrement fondée sur la prise ef induction de la cité de Gênes, rebelle et désobéissante audit seigneur. Or, somme^nous à tant venus, qii'il ne reste, sur ce, que de mettre les mains à l'œuvre, ce qui nous est métier de faire, en manière que ce soit à notre louange , à l'honneur du roi et au profit de la ehœe publique. A cette fin vous ai-je voulu ici appeler, afin que chacun de vous , selon ce que vous en pour-

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rez savoir et entendre au plus prés , de loyal conseil m'en veuillez découvrir votre avis, comme ceux qui à plusieurs hautes entreprises et louables faits avez été. Vous savez, à suffire, de la force et situation du lieu, et comme tout autour de plus en plus fort elle est fortifiée. Toutefois, il n*est si forte chose, si cœur vertueux par vouloir la désire , que de pouvoir ne Tobtienne; et sachez que seigneurie gouvernée et soutenue par démocratie, qui est puissance populaire , ne peut nullement durer et longuement être en pouvoir; car peuple effréné, comme est celui de Gènes, par envie de dominer ou orgueil de seigneurir, se divise facilement. Or, ont jà élu et fait un duc d'un teinturier et mécanique, que longuement n'approuveront les marchands et ceux du peuple gras. Parquoi nous faut vertueusement les assaillir et donner dedans, au plus tôt que faire se pourra , pour les prévenir, et ne leur donner temps d'avitailler leur ville et penser à leurs besognes. Et me semble, sauf meilleur avis, que, demain au matin , soit transmis aucun bon capitaine avec bonne puissance de gens d'armes , découvrir la montagne et aviser leurs forts; car surtout est requis, avant que assaillir la ville, gagner les montagnes et les forts qui sont au-dessus et autour : autrement, si notre armée passe outre, et les montagnes soient occupées par les

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Genevois, nos vivandiers, sans grosse garde de gens d'armes mise en divers lieux ( ce qui amoindriroit fort notre armée), ne pourront passer, et nuit et jour seroit notre armée de tous côtés ennuyée et assaillie, et sans repos. Parquoi me semble qu'il y faut envoyer quelque bon chef, et bien accompagné, pour aller voir que c'est; et en queue faire marcher toute l'armée, pour renforcer au besoin ceux qui monteront la montagne; et aussi pour donner sur leurs forts et barrières , feront là près, et, en lieu propice, charrier et atîtrer quelques pièces de bonne artillerie, pour donner au travers. Et en ce faisant, m'est avis , si nous y allons de bonne voile , que nous aurons part au logis. »

L'avis et opinion du lieutenant du roi fut, de tous les capitaines qui furent là et autres gentilshommes , loué et recommandé : auquel furent, par aucuns desdits capitaines, plusieurs autres moyens ajoutés et faites diverses ouvertures ; mais, à la conclusion , fut dit que ladite montagne seroit assaillie et gagnée, qui pourroit, premier que passer outre. Et dit là messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice : (r II me semble, dit-il, que quelque nombre que soient ces vilains, et quelques forts qu'ils aient aux montagnes, si avec eux nous nous assemblons, que peu de résistance feront, vu que ce n'est que commune, qui n'a

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accoutumé la guerre ni n'est usitée du métier, et aussi qu'ils ont leur ville au dos pour retraite, où toujours auront l'œil ; qui les chargera roidement. Et en outre si quelque peureux (dont entre eux y peut avoir quelqu'un), par crainte des horions qui là se donneront à tour de bras, par aventure prend la fuite, Dieu sait quelle suite des autres il aura! Car la manière de commune tient tel désarroi en bataille , que le premier qui déloge attrait tous les autres, et à fuir les convie; y ayant tel désordre au surplus , que, après ébranler, jamais ne se rallient. Dont mon opinion est, qu'ils soient tôt assaillis et chargés roidement. » Laquelle opinion fut tenue de tous, et ordonné par ledit messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi, que celui messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice , auroit cette charge; et que avec lui auroit trois mille hommes de pied françois, et quelque nombre d'autres gens d'armes, qu'il voudroit choisir par les compagnies. Laquelle charge prit volontiers ledit seigneur de La Palice. Et sachant celle entreprise , plusieurs seigneurs et autres gentilshommes, qui là étoient, dirent que sans eux ne se feroit la menée , et que messire Jacques de Chabannes, que chacun suivoit volontiers, n'iroit à ladite montagne, qu'ils ne fussent avec lui, et tant, que chacun se convioit à ce banquet ; dont se déli-

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bérèrent plus de cent des pensionnaires et autres gentilshommes du roi de se trouver à cet affaire.

Comment le rai pûrlit V2lexanivU ponv s'en aller joindre à eon armée , qui marrl)ait ivoii à (fc^nec.

Le roi , qui d'Alexandrie savoit à toutes heures nouvelles de son armée, se voulant joindre à elle, partit de ladite ville d'Alexandrie, le vingt et troisième jour du mois d'avril, sur les sept heures du matin, après la messe ouïe, ayant dîné légèrement, et étant armé de toutes pièces, monté sur un coursier blanc bardé de blanc avec un saie de même couleur et broché d'or. Et ainsi, avec ses princes, seigneurs, et gentilshommes de sa maison, et archers de la garde , tous armés avec lui , chevaucha de son logis , par la grand'rue, et le long de la place où avoit là grand nombre de dames, et autres des seigneurs et du peuple de la ville ; dont les dames disoient à la passée : « Ah ! que grand dommage est de tant de grands princes, et seigneurs, et beaux gentilshommes de France, qui s*en vont prendre leur fin et mourir à Gênes! Jà n'en réchappera un tout seul ! » disoient ces pauvres dames; et de vrai pensoient

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que Gènes, eouluiiiièn' (robteiiir victoire , dut fout iiH'ttre ;\ sae : ee ([u'eussent bien voulu ;nieuiis «l'Alexandrie, <|ui |)ar aventure y avoient de leurs frères ou voisins , conunc^ fut dit |)ar a[)rés.

Or, s'en va le loi elievauehant tout armé d'Alexandrie à un lieu nommé leRos(|, mauvais franeois; de IU)s«| , à (iavi, et au Uourf»; de Busale, ([ui étoit tout en feu. Audit lieu «le Hourf; arriva le roi, le samedi , que le lieutenant et les ca|Htaines de son armée avoient tenu le conseil d'aller donner sur les vilains de la montagne d(^ Gênes : ce (fui fut fait.

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€ommriil mcesirr Jarqure it €l)abaniifô, mjnntv ic (a palier, aufc pluôicure ijcatUftl)ommr6 frûiicoie a gctw ie pieft , fut aeeiailUr la tnontagne ie €>cnc& ; rt ie la pxm Vxm baôtilloii rt aulree forte , rt Vnnc bataillr faitr 0ttr laditr motitai(}ur.

Un dimanche, vingt et quatrième jour du mois d'avril, en Tan mil cinq cent et sept, messire Jacques de Cliabannes, seigneur de La Palice, sur le point de cinq heures du matin, après la messe ouïe, partit de Pontadème, avec trois mille hommes de pied et iiucuns

r)K JIÎAIN l)'AlJTOiN. 5o5

gentilshonnnes armés, et montés légèrement, et se mit en marcluî droit à (iénes. Lequel ne fut si lot parti , c|ue grand nombre de gentilshommes de la maison et des pensionnaires du roi ne s'armassent [)our aller a|)rès, lesquels dirent à messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, qu'ils iroient volontiers après, en lui priant ({u'il lui |)irit(|ue, sans eux, ledit seigneur de La Palice ne monfat ladite montagne ou eommen(;âtle butin. A ([uoi dilléra le lieutenant du roi , disant : « Je n'ai pas transmis le seigneur de La Palice pour donner la bataille à nos ennemis, mais seulement pour aviser la montée plus aisée, et assaillir quelque maison au bas de lîidite montagne, où est quelque nombre de vilains qui gardent cepassa{;e; et aussi n'est heure ni lieu de leur donner encore la bataille, s'ils ne descendent en plaine: ce que ne feront, car ils ont sur nous l'avantage des montagnes. Par(|uoi n'est métier, pour cette première fois, faire grand effort, mais seulement voir leur manière et épier les lieux. » Sur ce, (irent réponse lesdits gentilshommes : « Nous savons bien que les lieux des montagnes sont difficiles pour nous, et avantageux pour les eruiemis; mais tant y a, que si le seigneur de La Palice, qu'avez là envoyé, les rencontre, quelque puissance ou lieu avantageux qu'ils aient, nous sommes tous assurés qu'il donnera au travers , quelque m. ao

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5(l(j CIIIHIINIQIJFS

chose qu'il eu doive îicivenir. Dont est requis que, avee ses (jeus de |)ied , ait (|uelque nombre de gens bien armés pour soutenir un faix , s'il en est besoin. » El, pour ee, le prièrent derechef qu'ils y allassent. « Or allez donc, dit-il, et gardez surtout, à cette première charge, de ne hasarder par tro[) votre affaire ; car le lieu où sont nos ennemis est moult avantageux pour eux. » A chef de ces paroles, grand nombre de gentilshommes, bien armés et montés sur bas clievaux , se mettent après à course de cheval, et tant que, avec le seigneur de La Falice et ses piétons, se trouvèrent au droit d'un petit bourg, nommé Hivereu , à un mille près de Gènes.

Et delà commença le seigneur de l^a Palice à regarder la montagne, et les forts (|ui dedans étoient , el tout le sommet et pendant de ladite montagne, pleins de gens armés, (|ui de tous côtés faisoient cris et tiroient artillerie sur nos gens. Oi*, avoient iceux Genevois fait sur la cime de leur montagne un fort bastillon , percé de terre à tous côtés, et mis dedans grand'puissanc^î de soldats et force artillerie. Et est à savoir ((ue , là dedans cette montagne , sont deux chemins , qui , du bas de la grève et du pied de ladite montagne , montent droit audit baslillon , et de là descendent à Gênes, vers le château, et à Besaigne; desquels chemins, l'un est près de l'issue du bourg

DR JEAN d'aUTON. ^qJ

de Rivereu , comme de demi-jet d'arc, ou environ , regardant vers le chemin de Gênes, sur main senestre ; l'autre, outre ledit Rivereu, loin de deux jets d'arc, tirant aussi vers Gênes, du côté de la grève; entre lesquels deux chemins étoit assis ledit bastillon, sur le sommet du mont. Or y avoit, sur le bord et au travers d'iceux chemins, barrières et maisons fortifiées, et force gens d'armes pour les garder. De l'autre côté, sur main dextre, étoit une autre montagne, de la hauteur et pareille de cette, qui pareillement étoit toute pleine de gens armés.

Ainsi que messire Jacques de Chabannes avec ses gensavisoit le lieu pour monter, messire Charles d'Amboise fit à coup marcher toute l'armée, et tira celle part. Et premier qu'elle fût là arrivée, jà commençoit le seigneur de La Palice à monter avec ses gentilshommes, les piétons un peu à quartier, tirant ledit seigneur de La Palice, par le chemin plus prochain de Rivereu , droit à une maison fortifiée sur le bord dudit chemin, haut en ladite montagne environ deux jets de pierre.

Au point que le seigneur de La Palice commençoit à monter, toute l'armée de France arriva sur le lieu. Là furent tous les gens d'armes à cheval, et les Allemands et piétons françois, vis-à-vis dudit bastillon, dont tirèrent les Genevois coups d'artillerie à pierre perdue au

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li ^

5o8 CHRONIQUES

travers de Tarmée et du camp, sans faire que peu de mal ; car la plupart de leurs coups passoient par-dessus , pource qu'ils venoient d'amont.

Messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, voyant monter le seigneur de La Palice avec ses gens , et adresser vers la maison fortifiée sur le bord du chemin, et les montagnes couvertes d'ennemis , commanda à messire Paul de ïkusserailhe, maître de l'artillerie, que tout soudainement il fît monter sur la montagne quatre faucons, et qu'ils fussent mis en lieu propice, pour tirer contre la maison que le seigneur de La Palice alloit assaillir, et au travers des vilains qui étoient sur ladite montagne à grosses troupes. Et tout en l'heure, celui maître de l'artillerie, avec les commissaires d'icelle , qui étoient Etienne de Champellais, Guérin Maugué, Pérot d'Oignois et Louis Benoît, firent monter quatre faucons, dont le premier fut monté par les pionniers, les autres trois à force de chevaux et de câbles, et furent mis au pendant de ladite montagne , entre le bourg de Rivereu et le chemin où étoit ladite maison , et là taudissés et assis; et pour iceux tirer, un nommé Ferry Utel et quatre autres canonniers furent là mis et ordonnés. Deux autres gros canons furent mis au pied de la montagne, pour tirer contre le bastillon d'amont; et furent là ordon-

DE JEAN d'aUTON. SoQ

nés trois canonniers, nommés Jacques Daussel, Thibaut d'Archet et Pierre de Sallenove.

A cette même heure , messire Charles d'Amboise, lieutenant-général de l'armée du roi, fit chevalier un nommé maître Thomas Bouhier, général de Normandie , lequel fut là au camp, armé de toutes pièces , vêtu d'un saie de drap d'or et monté sur un bon coursier.

Le seigneur de La Palice, avec grand nombre de gentilshommes, s'efforçoit à toute puissance de gagner la montagne , laquelle étoit droite à merveilles et haute d'une lieue de chemin , ou de près. Et pource que j'étois lors sur le lieu , et vis iceux gentilshommes monter, et partie de leur exploit, aucuns d'iceux ai voulu nommer ici, premièrement messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice, et chef de la bande; Jean Stuart, duc d'Albanie; Jacques de Bourbon, comte de Roussillon; Jacques de Rohan, seigneur de Léon; René d'Anjou, seigneur de Maizières; Jean de la Chambre, vicomte de Maurienne; René de Bretagne, comte de Pointièvre; le vicomte de Rhodez ; Odet de Foix, seigneur de Barbazan ; Andrieu de Foix ; messire Rogier , baron de Béart; messire Mery de Rochechouart , seigneur deMortemart; messire Germain de Bonneval , gouverneur du Limousin ; Louis de Genlis , seigneur de Montmort; François de Crussol, seigneur de Beaudîner; messire Jean

3lO CHRONIQUES

PUîart, bailli d'Estel lan ; Pierre de Bayard; le seigneur d'Arpajon , Marc du Fresne ; Ymbault de Romanieu; le Basque, nommé Pierre Tardes; Adrien Tiercelin, seigneur de Brosses; Jean de Saint-Amadour; un nommé Cytain, et grand nombre d'autres, dont la plupart étoient à pied , et les autres sur petits courtauts, pour les mener jusques au lieu où seroit besoin de combattre; et ce pendant qu'ils marchoient, les vilains d'amont ruoient grosses pierres le long de la montagne, tiroient trait et artillerie, et faisoient du sanglant pis qu'ils pouvoient, et se montroient sur ladite montagne en nombre de plus de trente mille hommçs : dont messire Charles d'Amboise, ayant la charge de toute l'armée, voyant si grosse puissance d'ennemis, doutant que le seigneur de La Palice et ses gens ne fussent assez pour soutenir le faix de tant d'ennemis , voulut là faire montrer trois mille Allemands. Lesquels refusèrent la haie, disant qu'ils ne se départiroient point , s'ils ne montoient tous ensemble, et plusieurs fois refusèrent à monter. Toutefois par belles remontrances qu'il leur fit, et voyant tant de drap d'or monter , eurent honte du refus , et commencèrent à sortir de leur rym ; mais, premier que vouloir monter, demandèrent des gens de cheval à leur queue ^ pour arrêter les ennemis, quand ils viendroient à l'exécution:

DE JEAN d'aUTON. 3iI

dont fut baillé le capitaine Fontrailles, avec cinquante hommes à cheval, lesquels se mirent à la queue d'iceux Allemands. Et ce fait, regardèrent amont, et voyant grosse bataille d'ennemis en ordre , en montant baisèrent la terre , et croisèrent les bras deux ou trois fois, et firent longues cérémonies , tant, que, pour les acheminer, ledit lieutenant du roi fit marcher devant eux , tout au droit du bastillon, Jacques d'Alègre, seigneur de Millau; messire Yves de Malherbe ; Péralte, Espagnol ; Pommeroul , et quelques autres capitaines de gens de pied, avec trois mille piétons; aussi montèrent messire Robert Stuart , avec quatre-vingts de ses archers, tous à pied; Mollart. Allemand , capitaine de gens de pied. Et à la queue de leurs gens , étoient messire Antoine-Marie de Saint-Severin , avec quarante arbalétriers. Aussi y étoit messire Philibert de Clermont , seigneur de Montoison, lequel menoit quinze hommes d'armes et trente archers à cheval, montés légèrement et armés à la bâtarde.

Messire Jacques de Chabannes , seigneur de La Palice , et les gens de sa bande , approchèrent la maison, où grand nombre de Genevois s'étoient fortifiés ; et pour savoir qu'ils voudroient dire, leur transmit quarante arbalétriers à cheval , pour escarmoucher, lesquels chargèrent bien à point, à grands coups de

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3l2 CHRONIQUES

Irait. Mais pource que le lieu étoit mal à main pour gens de cheval, pour rempéchement de la montagne, qui étoit droite, ne leur surent guère nuire , et à la fin , à coups de trait et de main furent repoussés bientôt. Aussi étoient aucuns de nos gens de pied montés si haut , qu'ils avoient trouvé leurs ennemis en barbe, qui pareillement les avoient renvoyés bien lourdement , et se retiroient ; dont le seigneur de La Palice , voyant aucuns d'iceux reculer , leur cria : « Tournez, ribauds, tournez! car s'il y en a un à qui je voie démarcher un seul pas, je le ferai tailler en pièces. » Et là fut un gentilhomme nommé Pierre de Bayard, lequel s'adressa à aucuns de ceux qui s'étoient reculés, et à tour de bras commença à charger, et tant qu'ils tournèrent en avant. Tantôt fut la maison où les Genevois s'étoient fortifiés , par le seigneur de La Palice et ses gens, à grands coups assaillie, et approchée jusques à combattre main à main. Là mirent pied à terre ceux qui avoient chevaux , et se joignirent tous ensemble. Ceux du dedans ne se défendirent longuement; car, ainsi qu'oii les assailloit, un canonnier nommé Ferry Utel , prévôt de l'artillerie , étant à un rempart entre Rivereu et ladite maison , adressa là un coup d'un gros canon , tellement qu'il perça ladite maison tout au travers, et tua deux hommes genevois: ce fait, qui put fuir de

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là ne fit autre demeure; ainsi abandonnèrent le fort, et à mont. A cette première rencontre, les vilains qui étoienten la montagne tirèrent artillerie à toutes mains, et tant de trait, qu'il tomboit menu comme gouttes de pluie.

Grand'chaleur faisoit lors , dont à grand'peine montoient les gentilshommes et autres, qui étoient armés de toutes pièces et à pied. Advint que, pour la force du chaud , le seigneur de La Palice mit bas et avala sa gorgerette, laquelle étoit double et toute échauffée pour la chaleur du soleil ; et comme chacun s'efforçoit de monter, un trait vint d'amont donner droit au défaut de la gorgerette dudit seigneur de La PaHce, et lui entra en dévalant bas dedans la gorge , bien quatre doigts : de quoi ne tint compte , mais marcha encore en avant, disant : « Ce n'est rien , ce n'est rien ! » et arracha le trait , dont incontinent grand'force de sang commença à saillir de la gorge , et tant, qu'il ne put plus tirer avant, car jà avoit perdu moult de sang. Toutefois ne s'ébahit de rien, mais tout en riant, dit : « Je n'ai nul mal , si n'est que ma douleur est seulement pour ce que je ne puis, à mon vouloir et à ce besoin, servir le roi, et me trouver à la bataille contre ces vilains, lesquels, sans faillir, à l'aide de Dieu et des grands coups que vous, messeigneurs , donnerez aujourd'hui, seront défaits. Or, allez sous la main de Dieu^ qui

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3l4 CHRONIQUES

VOUS soit aujourd'hui secourable. Monseigneur le duc d'Albanie, s'il vous plaît, dit-il, vous prendrez la charge de conduire le demeurant de cette entreprise; et vous, messeigneurset amis, je vous supplie que aujourd'hui vous ayez votre honneur et les affaires du roi , sur toutes choses, pour recommandés. » Ce dit, se fit emmener par un gentilhomme nommé Antoine du Cartier, maître-d'hôtel de messire Charles d'Amboise, et se fit panser en une maison près de là.

Le duc d'Albanie , qui avoit la charge de cette menée, marcha hardiment avec tous les autres gentilshommes et piétons qui cheminoient à quartier d'eux; et tant marchèrent, que dedans une petite plaine près d'une montagnette , et à un jet de pierre du sommet de l^ montagne, trouvèrent bien cinq cents Genevois là ralliés ensemble. Le lieu étoit assez aisé et propice pour combattre , mais avantageux pour les Genevois , car il falloit monter haut pour gagner ladite place. Là se rangèrent les Genevois, et à coups de hacquebuttes , de traits et de pierres , chargèrent nos gens bien rudement, et en blessèrent plusieurs; desquels furent Odet de Foix , lequel eut un coup de trait en la cuisse , mais pour ce ne s'arrêta. Aussi y fut blessé un gentilhomme de Gascogne , nommé Etienne de Carnac ; et ainsi que messire Germain de Bonneval descendoit de

DE JEAN d'aUTON. 5i5

dessus une petite haquenée, pour vouloir combattre à pied , fut failli d'un coup de trait, lequel sadite haquenée reçut. Longuement fut à ce lieu combattu , et par force la place gagnée, et les Genevois chassés et suivis jusques au sommet de ladite montagne; et est à savoir que piétons françois et allemands se mirent à la chasse par les montagnes , en divers lieux, après les Genevois, dont les Allemands en encloussirent, près du sommet de ladite montagne, bien deux cents, lesquels furent tous dégoillés et dépouillés en l'heure. Là aussi étoient à cheval François de Maugiron, lieutenant de Mollart, Allemand ; Jacques du Mas, seigneur de l'Isle ; Huguet d'Asnières; Pierre de la Boucherie; un nommé Tartarin, et huit hommes d'armes de ceux de Fontrailles, et messire Mercure avec ses Albanois, lesquels firent une sanglante exécution de Genevois, qui toujours se défendoient, en eux retirant à la cime de la montagne , et tant de traits tiroient, que bien quatre-vingts de. ceux des gens de pied, que François que Allemands, y moururent, et y eut de blessés bien quatre cents ou plus: car aussi étoient-ils mal armés. Le seigneur de Millau , Malherbe , Péralte et Pommeroul , avec quelques autres capitaines de leurs bandes , marchèrent tout au droit de ladite montagne au bastillon. Les Allemands et les autres gens de pied , avec les

chevaucheurs qu'ils avoient en queue , marchèrent aussi roidement droit amont. Et voyant, iceux Genevois, que de toutes parts leur montagne étoit assaillie, et que les François approchoient leur bastillon , abandonnèrent leur fort et mirent le feu dedans leurs poudres. Là monta des premiers Jacques d'Alègre, et prit l'étendard de sa bande, puis tout le premier entra dedans ledit bastillon , tout plein de feu et de fumée de la poudre qui jà étoit brûlée, et mit son étendard dessus celui bastillon. Les Allemands et autres gens de pied françois tuèrent là tous les Genevois qu'ils y trouvèrent, et donnèrent la chasse aux fuyans jusque contre les portes de Gênes.

Ainsi que ce chapplis duroit, et que les François gagnoient la montagne, au bas, à l'entrée du chemin par lequel on monte droit au bastillon , avoit une forte barrière sur le gravier, où étoient là pour la garde d'icelle mille ou douze cents hommes de guerre genevois , pensant que la venue des François se feroit par là. Et ce pendant que ceux qui alloient en la bataille montoient à mont , ceux de ladite barrière ennuyoient moult les gens d'armes, tant de trait que d'artillerie et des saillies qu'ils faisoient sur le camp : dont le lieutenant du roi y fit mener trois grosses coulevrines et un canon serpentin , pour

DE JEAN d'aUTON. 3lj

battre ladite barrière et une maison qui étoit au-dessus ; et aussi fit marcher une bande de Suisses , lesquels voyant ladite barrière , dont venoit le trait et artillerie sans cesser, ne la voulurent assaillir, mais dirent qu'ils iroient volontiers à la bataille où étoient allés leurs compagnons. Et lors un nommé messire Rigault d'Oreille, du pays d'Auvergne, maîtred'hôtel du roi , s'en alla vers ladite barrière, feignant escarmoucher, pour icelle aviser et la manière des Genevois qui la gardoient; et cela vu, en s'en retournant trouva un nommé Guyon Le Roy , seigneur de Chillou , auquel dit : « Venez voir une barrière que les Genevois tiennent, laquelle me semble assez facile à gagner, et m'est avis, si quelque bonne bande de gens de pied marchoit celle part, que bientôt seroit gagnée; et qui me voudra bailler renfort, je prendrai sur mon honneur de l'emporter. » Celui Guyon Le Roy dit : (( Four moi , ne tiendra qu'elle ne soit assaillie, et de ma part m'y trouverai volontiers avec vous. » Et sur ce point, ledit messire Rigault s'en va hâtivement devers messire Charles d'Amboise, lieutenant de l'armée , lequel avoit l'œil et la main à toute heure au besoin de l'affaire ; auquel dit messire Rigault : « Monseigneur, il y a ici près sur le gravier, à l'entrée d'un chemin qui va droit au bastillon d'amont , une forte barrière et grand nombre de Genevois

fi.,'r

3l8 CHRONIQUES

qui la gardent , et de là ennuient fort l'armée du roi à coups de trait et d'artillerie, laquelle n'abandonneront iceux Genevois pour notre artillerie , car ils ont des taudis où se garantissent. Et aussi les Allemands que avez là envoyés pour l'assaillir ne veulent coup donner, combien qu'elle soit de prise et facile à emporter ; car j'ai vu et avisé l'entrée , qui est gagnable pour gens.de pied : pour ce , s'il vous plaît m'en bailler quelque bonne bande, il m'est avis, et me semble sans faillir, que je chasserai les vilains et gagnerai ladite barrière. » Messire Charles d'Amboise, oyant ce propos , lui bailla les cinquante hommes d'armes et cent archers de messire Yves d'Alègre, lesquels fit tous là marcher à pied. Droit à ladite barrière adressa messire Rigault d'Oreille, avec lui leditGuyon Le Roy , et un autre nommé Philibert de Beaujeu, et les hommes d'armes et archers dudit seigneur d'Alègre. Là fut un nommé Antoine de Saint-Nectaire , capitaine des archers , lequel marcha droit avec ses archers; et à la queue d'iceux , étoit un nommé James de Sainte-Colombe , lieutenant de ladite compagnie, avec ses hommes d'armes, tous à pied, lesquels marchèrent droit à la barrière, dont grands coups de traits et hacquebuttes venoient. Et à l'approcher, messire Rigault d'Oreille dit aux gens d'armes qui le suivoient : « Marchez hardiment et sûrement; car j'ai vu

DE JEAN d'aUTON. 5lQ

l'entrée des barrières, laquelle est aisée, et jà sont les vilains ébranlés. » Ce dit, se mit devant l'épée au poing, et là, à grands patacs, chargèrent François sur ceux de la barrière. Les archers commencèrent à décocher flèches au travers de la route des Genevois; les hommes d'armes pareillement se mêlèrent en la presse , et chargèrent tous ensemble , en manière que la barrière fut abandonnée desdits Genevois et gagnée par les François , lesquels leur donnèrent la chasse j usques à une maison étant sur le bord du chemin et fortifiée de gens et d'artillerie. James de Sainte -Colombe , avec ses gens d'armes , assaillit celle maison si très-vivement, que les Genevois l'abandonnèrent, et se mirent à monter la montagne par divers lieux.

Alors que ces exploits se faisoient, les gentilshommes et autres qui étoient montés des premiers combattoient en plusieurs lieux par ladite montagne , dont lesdits Genevois, qui s'enfuyoient de ladite barrière à mont, furent la plupart rencontrés des Allemands et gens de pied françois; et Dieu sait quelle composition ils eurent! Jusques au sommet de ladite montagne montèrent les François qui avoient gagné la barrière d'en bas, et là trouvèrent grande exécution de morts, dont il y en eut, selon l'estime de plusieurs , environ deux mille cinq cents Genevois , et des François et

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Allemands bien cent , et de quatre à cinq

cents blessés.

Tandis que les François donnoient la chasse et tuoient les Genevois par les montagnes , à l'autre côté de la montagne sur main dextre, au-dessus d'une abbaye de saint Benoît, avoit grand nombre de Genevois armés. Et ce voyant, le lieutenant du roi, qui avoit l'œil par tout , appela un nommé Cossains , capitaine de cinq cents laquais , lequel fit monter, avec ses piétons, droit où étoient les Genevois. Là, sur le gravier étoit toute Tarmée de France en ordre , sans se mouvoir nullement , dont aucuns regardoient monter ledit Cossains et ses piétons; disant que sur la montagne avoit moult grand nombre de gens armés, et que c'étoit bien peu d'envoyer cinq cents hommes seulement, et que bon seroit de marcher après quelque nombre de gens à cheval sur la queue , pour les secourir, si besoin en étoit. Et sur ce , un nommé Guillaume Gouffier, de la maison deBoisy, lieutenant des cent hommes d'armes du marquis de Mantoue , et aucuns autres gens d'armes de diverses compagnies, étant jusques au nombre de vingt hommes d'armes et archers, sortirent de leur ordre, et laissèrent leur enseigne , tirant après ledit Cossains et ses piétons, qui s'étoit jà assemblé avec les Genevois, et donné dessus si rudement, que la place lui

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DE JE4N d'auton. 5:ii

étoit demeurée. Les Genevois , qui étoient des vilains de Poulceuvre , se mirent en fuite par le bas de ladite montagne, lesquels furent arrêtés par les gens de cheval, et rechassés amont. Les laquais de Cossains pareillement les rembarrèrent, en manière que grande partie d'iceux furent enclos. Et eux cuidant gagner un chemin au-dessus d'une abbaye qui est au bas de ladite montagne, pour tirer à Sain t-Pierre-d' Arène et à Gènes, furent là arrêtés, chapplés et assommés bien cinq cents, comme fut dit par aucuns de ceux qui avoient été à l'exploit.

Ainsi fut gagnée la montagne nommée la montagne des Deux-Frères , pour une déconfiture que firent là autrefois deux frères genevois sur leurs ennemis; et aussi fut gagné leur bastilion par Jacques d'Alègre, seigneur de Millau. Chacun de ceux qui furent à ce fait honorable s'y acquittèrent tellement, que pour eux y acquirent louange immortelle et renom florissant. Et entre autres fut donné le bruit à messire Jacques de Chabannes , conduiseur de la première charge , et aux gentilshommes de sa bande, lesquels eurent le premier heurt, soutinrent le plus grand faix, et en portèrent plus de peine ; car eux armés de toutes pièces, et à pied la plupart, montèrent ladite montagne haute à merveilles , et tant droite, que, en plusieurs endroits d'icelle.

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3ad CHRONIQUES

falloit grimper les buissons et monter à quatre pieds. Somme , oe fut une œuvre de merveilles à tous ceux qui en ouïrent parler, et épouvantable à tout le monde.

Jusques à celle heure, ne surent ceux du château le vrai de leur secours ; car voyant para vaut les vilains sur les montagnes , pensoient que de là vinssent assiéger et assaillir le château. Mais voyant la croix blanche et rétendard des François sur le bastillon , et la chasse qu'on donnoit aux Genevois , lesquels on tuoit à la vue du château , connurent qu'ils avoient secours, et que l'armée de France étoit au pied des montagnes et dedans. Pour lesquelles choses, firent un cri de joie, comme s'ils fussent ressuscites de mort à vie; et aussi étoient-ils en grand hasard : car leur vin étoit failli , et leurs autres vivres diminués , et des soldats grande partie de morts et les autres affolés. Toutefois ceux qui furent sains montèrent sur les murailles, et là firent sonner trompettes et tabourins, en tirant artillerie au travers de la ville, comme si tout dût basir, et s'ébaudirent joyeusement. Messire • Galéas, voyant du château sur le haut des murailles du Palais deux étendards de saint Georges, fit adresser une grosse serpentine celle part , et tirer si à droit , que d'un coup rua par terre un d'iceux étendards : de quoi lefi Genevois furent moult ébahia, et tant, que

DE JEAN d'aUTON. 325

plus ne s'essayèrent de dresser leur étendard.

Le roi , qui étoit lors au Bourg de Busale , sut par postes , que couroient aucuns de ses varlets de chambre , les nouvelles de la prise des montagnes et du bastillon , et comme ses gens avoient gagné la bataille : de quoi fut moult joyeux, et manda à messire Charles d'Amboise, son lieutenant-général, que le lendemain il seroit à son armée.

Après toutes ces choses, gens d'armes furent mis à garder le bastillon , que le seigneur de Millau , avec quelques autres capitaines de gens de pied et trois mille laquais françois, eut en garde. Aussi furent ordonnés trois mille Allemands à garder la montagne. Car encore tenoient les Genevois le Castellat, qu'ils avoient, au commencement du mutin, gagné sur nos gens. Lequel Castellat est assis au pendant de la montagne, du côté de Gênes, contre le bastillon, et le château à main senestre, en descendant du bastillon à la ville; bien garni de gens et d'artillerie, pour encore tenir longuement et amuser l'armée. Mais pource que jà étoit sur la vesprée et près de nuit, fut dit que ce jour ne seroit fait autre chose , si n'est que gens d'armes furent mis autour de celui Castellat , pour garder que celle nuit ne fût renforcé de gens ou de vivres, pour celui assaillir le lendemain et approcher Gènes.

Ce fait, gens d'armes furent logés et mis chacun à son quartier : Tavant-garde fut mise près de Saint-Pierre-d'Arêne, à la venue de Gênes; la bataille, vis-à-vis, et tout autour d'un PTOS bourg nommé Rivereu ; Tartillerie et tous les gens de pied , entre la bataille et lavant-garde, tout au droit du bastillon ; Farrière-garde, au-dessous du bourg de Rivereu,. à un grand jet d arc loin en arrière de la bataille. Là, sur les côtés, et au pendant des montagnes , avoit grand nombre de palais et beaux logis à merveilles , qui étoient des seigneurs et marchands de Gênes, où là dedans étoient logés les capitaines et seigneurs qui là étoient. Dedans le bourg de Rivereu étoit logé messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi, et grand'compagnée de gentilshommes du roi, qui repassoient tous à son logis. Aussi tenoit-il maison ouverte à tous venants , où ce jour me trouvai à l'heure du souper, pour en avoir ma part comme les autres. Tout le logis, haut et bas , étoit plein de mordans. Là vis arriver plusieurs des gentilshommes qui avoient été à la bataille, dont aucuns n'étoient encore desarmés de leurs grèves et garde-bras, tous lassés, et barbouillé le visage de poudre et de sueur. Chacun parloit là de l'affaire de la guerre , où j'ouïs et appris beaucoup de choses que j'ai ci mises par écrit. Sur le point du souper, devant le logis du

DE JEAN d'aUTON. 5^5

lieutenant du roi , arriva grand'flotte d'Allemands, dont les uns portoient les autres à leurs cols et sur des piques, tous blessés et sanglants : lesquels fit monter à mont , et iceux fit repaître et panser à ses dépens, et tenir audit logis jusqu'ils fussent guéris.

A toute heure lui survenoient nouvelles de la guerre et des affaires du roi; et entre autres, au commencement du souper, survint un des capitaines des Allemands, qui avoit monté la montagne, disant qu'iceux Allemands ne demeureroient en ladite montagne , si leurs compagnons d'en-bas n'y alloient, ou qu'on leur envoyât quelque autre renfort, pour leur aider à garder ladite montagne. Et tout en l'heure, le lieutenant du roi laissa le souper, et à toute diligence s'en va au camp, où prit gens d'armes et piétons, jusques au nombre de deux mille; et iceux fit monter, pour aller là où étoient les Allemands et garder la montagne avec eux; puis s'en alla tout au long du camp voir l'ordre de ses gens. Et comme celui qui avoit la charge de tout étoit toujours en pieds, en manière qu'il ne dormoit ni nuit, ni jour ; mais étoit tout temps par chemin de lieu en lieu , pour lui-même voir asseoir le guet du soir, et de la minuit, et du matin. Et avec ce , avoit mis telle police et provision à l'affaire des vivres, que toute la vallée de Poulceuvre, quicontenoit plus de douze milles

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de pays, étoit toujours pleine de vivandiers; et si bien étoit l'ost garni de vivres , que là aussi grand niarché en étoit qu'en la meilleure ville de France. Toute celle nuit fut mis gros guet, et écoutes à force autour de Gênes et sur les montagnes.

Aussi ne dormoient pas les Genevois, de leur part, combien qu'ils eussent mal fait leurs besognes le jour de devant. Là étoient leur duc , nommé Paul de Nove, et un autre Pisain, nommé Jacobus Corsus, lesquels avoient la charge de Tarmée de Gènes , et avoient conduit ce jour Tarmée à la montagne, et perdu la bataille, comme j'ai dit. Lesquels voyant le commencement de leur maie fortune, pour donner confort et espérance au peuple, dirent devant tous : « Messieurs , si nousavons aujourd'hui fait quelque peu de perte, demain recouvrerons le tout; car fortune, qui onc ne tourna le dos à Gênes qu'à cette fois, nous sera à une autre secourable. Si nos ennemis les François occupent partie de notre montagne , encore avons-nous le Castellat et la montagne de noire côté à délivre , par où pouvons monter sans leur danger jusques à mont , et là leur tenir bastille et pied ferme. Reprenons donc nouveau courage de vertueux vouloir , et nous efforçons de leur donner un échec. Autant de gens, et plus qu'ils ne sont, sommes ici ; ne reste plus qu'avoir bon vou-

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loir de bien faire , et au besoin l'exécuter : pour ce, est métier que , demain au plus matin , tout homme de Gênes qui pourra armes porter se trouve à la montagne , délibéré par armes défendre notre liberté, que nul homme de cœur vertueux doit laisser perdre , si n'est quant et la vie. Pour tant , nobles cœurs de Genevois, trouvez-vous à la montagne des Deux- Frères, pour là vivre et mourir à la défense de votre franchise et garder votre cité. Outre, est avisé que, pour nos ennemis amuser et surprendre, enverrons ambassades devers le lieutenant du roi de France , feignant de vouloir parlamenter et rendre la ville ; lesquelles ambassades exploreront et aviseront l'armée des François, les lieux où est assis leur camp,, et la manière de leurs gens d'armes, pour nous en avertir , afin de donner dedans par le plus aisé; et cependant, nous monterons tous par le derrière de notre montagne, afin qu'ils ne voient notre puissance ; et nous , ainsi montés, ferons faire une saillie de trois ou quatre mille hommes vers le côté de la Lanterne , comme pour leur vouloir donner de ce côté la bataille, où soudainement accourra toute l'arniée ; et j^ elle ainsi passée, dévalerons de la montagne, et à tour de bras leur donnerons la chargp sur la bataille ou arrière-garde , dont seront effrayés du bruit et se désordonneront en manière que, sans faillir, si nous avons cœur,

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nous gagnerons la bataille et mettrons tout à sac. » Là furent présents Paul-Baptiste Justinian^ Démétrius Justinian, Manuel de Canalle, Antonius de Ciuli, des premiers mutins de Gênes, et deux capitaines, nommés Ternatin et Gambecourte , lesquels, devant tout le peuple de Gênes , louèrent et recommandèrent l'opinion susdite, disant que de meilleur ni plus sûr moyen ne sauroient trouver pour défaire les François; à quoi s'accorda tout le peuple, tant que, toute la nuit, ne firent autre œuvre par la ville , qu'armer gens , voire de tant, comme depuis je sus par mon hôte de Gênes, que en nombre se trouvèrent quarante mille hommes armés ou plus , lesquels , dès l'aube du jour , se mirent à monter la plupart , et eux montés, se mirent entre les montagnes hors la vue de nos gens : toutefois furent bien avertis par ceux de notre guet que grand nombre de Genevois étoient montés.

Au plus matin envoyèrent devers le lieutenant du roi leurs ambassadeurs , lesquels passèrent par le quartier de l 'avant-garde , regardant çà et là comme avoient charge de faire, disant à ceux qui les enquéroient où ils alloient : « Nous allons en ambassade devers le lieutenant du roi pour parlamenter et faire composition , pour rendre la ville au roi » ; et , ainsi toujours en regardant l'ordre de l'armée , passèrent outre jusques au logis du lieutenant

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du roi, auquel dirent la charge qu'ils avoient de la ville. « Je ne puis rien , dit-il, conclure avec vous, ni ne pouvez avoir réponse jusques à la venue du roi , qui sera ici dedans deux heures, comme il m'a mandé; je m'en y^is au-devant de lui pour l'avertir de tout.» Oyant lesdits Genevois que le roi étoit si près, furent tous ébahis , pensant qu'il ne viendroit point , quelque chose qu'on en dît , ce que pa-reillement ne croyoient ceux de Gênes. En bonne garde furent mis lesdits ambassadeurs. Ce fait, messire Charles d'Ambôise prit grand nombre de gens d'armes, et s'en alla au-devant du roi qui étoit parti bien matin de son logis et avoit chevauche, armé, et matin pour la fraîcheur.

Comment le toi 6e renîrit à son armée îretjant <J^ene6, et îr'une bataille jgagnée par les i^rançm^ et eamment la tiille &e (Èenes se rendit au roi.

Le roi, sur les neuf heures du matin, arriva au camp avec grosse route de gens d'armes; et fut le vingt-cinquième jour du mois d'avril, en l'an susdit mil cinq cent sept. Autour de lui, devant et derrière, étoient ses deux cents gentilshommes, tous en armes, et leurs che-

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vaux bardés et accoutrés richement. Avec lui étoient le duc de Bourbon , le duc de Calabre, le duc de Longueville, le duc de Ferrare, le comte de Nevers, le marquis de Mantoue, le marquis de Montferrat, le seigneur Jean Jourdan et plusieurs autres grands seigneurs tous armés et vêtus de saies de drap d'or et d'orfèvrerie , montés sur grands coursiers bai^ dés moult richement. Le roi , armé de pied en cap y était au milieu des quatre cents archers de sa garde , les vingt et quatre du corps tout au joignant de lui : lesquels archers étoient armés de leurs brigandines et salades , et vêtus de leurs hocquetons, les arcs tendus, et faisoient çntre autres belle montre en marchant moult fièrement. Au derrière de lui^ avoit une escouade de gens d'armes semblant être assez pour devoir soutenir un faix de grosse bataille. Somme , sa route duroit une lieue de pays : ce que pouvoient clairement voir les ennemis qui étoient en la montagne , dont furent ébahis , ne se doutant de sa venue. Les Allemands de sa garde , tous empanachés, armés de hallecrets et la pique au poing , marchoient en pointe et devant les archers de la garde. De sa venue fut tout l'ost réjoui. Les Allemands commencèrent à battre leurs gros tabourins et marcher au-devant de lui, en lui faisant la révérence le genou en terre. Ce fait, après qu'il eut vu et avisé l'ordre de toute son

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armée qui là étoit toute en bataille, s'en alla loger à un monastère de Saint-Benoit, au pied de la montagne , sur main dextre, où là avoit beau logis et dévote église , et grands jardins clos de bonnes murailles, dedans lequel furent logés les quatre cents archers de la garde et les cent Allemands. Le cardinal d'Amboise fut logé là dedans ledit monastère avec partie de son train. Maître René, cardinal de Prye, étoit pareillement logé là près. Tristan de Salazar , archevêque de Sens , suivit aussi le roi, et si avoit avec lui vingt hommes à cheval , tous la brigandine sur le dos, et lui son harnois complet dedans ses coffres, et un bon coursier pour le servir au besmn.

Tantôt que le roi fut arrivé, messire Charles d'Amboise, son lieutenant, lui mena les ambassadeurs de Gênes , qu'il ne voulut voir ni ouïr ; mais les envoya au cardinal d'Amboise , pour les ouïr et savoir qu'ils voudroient dire, et, ce fait, aviser sur leur dépêche. Après dîner, les ambassades furent ouïes touchant leur charge, telle que le peuple et toutela ville de Gênes disoient que volontiers se rendroient au roi, et lui mettroient ladite ville entre ses mains, leurs libertés , biens et vies satif^ ; priant ledit cardinal d'Amboise très-humblement de vouloir intercéder poqr la désolée cité de Gênes, et qu'il fût le bon plaisir du roi, leur seigneur souverain, comme disoient, de ne vouloir dé-

truire son même pays , et qu'ils amenderoient partie au vouloir du seigneur : auquel propos ne voulut entendre le roi, ni rendre autre réponse. Advint, ce pendant et durant ce parlement, sur les trois heures après midi, qu'une alarme se fit sur le camp, tellement que le bruit fut incontinent par tout lost , dont chacun courut aux armes. Lesdeux cents gentilshommes, les quatre cents archers de la garde et les cent Allemands du roi furent armés, les gentilshommes à cheval et les archers à pied, tous joignant le logis du roi, avec plusieurs de ses princes et pensionnaires. Le roi, oyant le bruit de son logis, demanda que c'étoit. L'un de ses chambellans, nommé messire François de Rochechouart, sénéchal de Toulouse, lui dit : «Sire, c'est quelque alarme qui est survenue au camp.— Comment? dit le roi; ce n'est pas ce que les ambassadeurs disoient , qui sont venus ici pour parlamenter et traiter de la paix. Or allez , dit-il, voir que c'est. ))Et sur ce, ledit messire François de Rochechouart sortit hors et vit aucunes des trompettes courant parmi l'ost et criant l'alarme à toute force. Si s'en retourna devers le roi, le plus tôt qu'il put, disant : « Sire, sans point de faute il y a bruit; et me doute que ce soit vers la Lanterne , et que par là les Genevois ont fait quelque saillie.» Et tout à coup le roi se fit armer , et monter ses archers de la garde tous à cheval; et transmit

messire Mercure , avec ses cent Albanois , devers la Lanterne hâtivement, pour aller savoir que c'étoit, et retourner incontinent. Lequel, à course de cheval , fut tantôt près les portes de Gênes , dont étoit sorti grand nombre de Genevois, et étoient entre leurs barrières et la tour de la Lanterne. Messire Charles d'Amboise avoit fait mettre l'avant - garde jà en ordre, à l'issue du bourg de Saint-Pierred'Arêne, pour les attendre : lesquels ne marchoient, mais étoient arrêtés, pour amuser l'armée, comme avoient entrepris. Du côté des montagnes devers Gênes, commencèrent Genevois à monter à la foule de tous côtés , et tant que lesdites montagnes étoient couvertes de Genevois armés. Les autres de ceux qui étoient les premiers montés, lorsqu'ils virent leurs gens approcher, sortirent d'entre les montagnes , et tous ensemble plantèrent amont leurs enseignes, lesquelles se pouvoient voir d'à bas ; et y en avoit deux blanches et une rouge, et une mi -partie de rouge et de blanc, et plusieurs autres, qui ne se pouvoient d'en bas clairement aviser, sur le haut des trois montagnes, comme un jet d'arc près l'une de l'autre. Sur ladite montagne se mirent Genevois, en trois grosses routes ; et tout le long du sommet de ladite montagne , venant de Pontadême près du bastillon que les François tenoient, et en un

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autre heu, à quartier du Castellat, à main senestre entre les montagnes, étoit la grande escouade de leurs gens, où pouvoient être en tout quarante mille hommes ou plus ; et là se mirent tous en bataille. Le seigneur de Millau, et autres capitaines, qui gardoient le bastillon, et les capitaines des Allemands, qui tenoient la montagne de notre côté , nairent toutes leurs gens en deux batailles, où étoient de six à sept nulle hommes François et allemands , près les uns des autres de six-vingts pas ou environ. Le maître de l'artillerie avoit fait monter à force de gens et de cables, dès le soir de devant , six grosses pièces d'artillerie, et trente coulevrines à croc sur chevalets, portées par les pionniers; desquelles pièces, aucunes furent mises et assises aux lieux où étoient les gens d'armes françois et allemands , étant sur la montagne; et là, icelles pièces embouchées droitement contre les Genevois, et pour celles tirer, montèrent là huit des canonniers

du roi.

En ce point , avoient les uns et les autres ordonné leurs batailles , et mis ordre en leur afiaire. Les Genevois donc avoient donné l'alarme sur le quartier de la Lanterne, pour faire tirer là l'armée du roi , et mis sur les montagnes leur grosse puissance, pour donner par le bas de ce côté sur les François, qui tantôt connurent leur stratagème : à quoi pourvut le

roi, qui ja etoit arme et monte sur un coursier, nommé Bai-gracieux , qui étoit moult adroit pour les armes ; et hors de son logis , accompagné de plus de trente mille hommes armés, sans plus attendre , marcha tout droit où pen* soit être le bruit ; mais voyant la montagne de tous côtés pleine de Genevois, et en trois ou quatre lieux avoir grosses batailles, fit arrêter toute son armée et mettre en bataille bas tout au droit du bastillon. Devers la Lanterne étoit l'avant-garde en bataille, pour là attendre les Genevois, lesquels ne sortirent de leurs barrières, mais se retirèrent : de quoi, messire Mercure avertit le roi , qui lors arrangeoit ses batailles et lui-même mettoit ses gens en ordre, disant que lui-même monteroit à mont, pour se trouver à la mêlée ; ce qui lui fut déconseillé par tous ses capitaines. Là fut tenu conseil qu'il étoit de faire, et s'il étoit bon de leur donner la bataille. Là furent messire Charles d'Amboise , lieutenant du roi ; messire Robinet de Fremezelles , et plusieurs autres capitaines de l'armée et sages chevaliers; dont aucuns furent d'avis que le lieu étoit moult avantageux pour leurs ennemis; disant : (f Sire , vous voyez vos ennemis à grosse puissance à merveilles, lesquels ont pris lieux avantageux et choisi le plus à main de la place; et aussi que, pour les combattre, sont amont peu de nombre de vos gens , au regard d'eux •

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et en outre , sire , vous voyez que l'heure est jà tarde; » aussi étoit-il sur le point de cinq heures du soir. Par quoi dirent aucuns capitaines : premier que renfort pût être monté à mont, la nuit seroit venue, et les vilains, qui savent et connoissent les secrets et détroits des montagnes , pourront la nuit avoir avantage sur vos gens et leur donner quelque amorce. — Rien, dit le roi, il est encore plus de deux bonnes heures de soleil. Avec ceci je vois mon armée joyeuse et délibérée de combattre , et mes gens d'amont prêts de commencer le combat , et les vilains serrés et en crainte : suis sûr que tout soudain tourneront le dos , qui vivement les chargera. Ce sais-je, car autrefois lesai-je vus en mêlée, dont grosse route d'iceux, à peu de François, furent défaits. » Ce dit, appela messire Mercure, capitaine des cent Albanois, auquel dit : «Montez là sus avec tous vos Albanois, et sur la bataille des Genevois, que voyez plus prochaine du bastillon que tiennent mes gens , faites une légère escarmouche. Et ce pendant, au derrière de la montagne , faites mettre quelque embûche de vos gens et autres à cheval pour vous secourir, s'il en est métier. Et après votre escarmouche , feignez de vous retirer, pour les attraire jusques à l'embûche , et là leur donner quelque venue. Et ce pendant, je ferai monter grosse puijBsance de gens de pied et à cheval ,

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pour se joindre à ceux d'amont et donner la bataille.

Ce dit , messire Mercure avec ses cent Albanois, tous bien montés, atout leurs bannerolles, se mettent à mont le long du chemin, tirant droit au bastillon. Plusieurs François à cheval, et autres, se mirent après; et entre autres, le marquis Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue , monté et armé à l'albanoise avec grand nombre d'autres. Pareillement fit monter des Allemands , au nombre de trois mille, desquels trois de leurs capitaines fit là chevaliers; puis fit ceux monter, et autres de ses gens de pied, jusques au nombre de six mille : lesquels ne prirent le chemin des Albanois et autres gens de cheval , pour ce que c'étoit le plus long; mais dès le pied de la montagne, tout au droit du bastillon se mirent à grimper, et monter comme escuriaux. Le roi regardant ses gens aller ainsi allègrement, et toute son armée déhbérée, étoit moult joyeux; et si alloit de lieu en lieu , regardant son armée, avec face joyeuse et manière assurée, l'épée en la main, pour faire tenir chacun en son ordre. Là sonnoient trompettes et gros tabourins de Suisses , à toutes mains. Autour de lui étoient Charles, duc de Bourbon; Antoine de Lorraine, duc de Calabre; François d'Orléans, duc de LongueviUe; Jean Stuart, duc d'Albanie; Al-

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phonse d'Esté , duc de Ferrare ; Charles de Clèves, comte de Nevers; Jean Guillerme, marquis de Montferrat ; le comte de Vendôme; Guy de Laval; le comte de Pointièvre ; le prince de Tallemont ; Jacques de Bourbon , comte de Roussillon ; le seigneur Jean Jourdan; messire Germain deBonneval; messire Mery de Rochechouart , et plusieurs autres seigneurs de France et de Bretagne , et tous ses autres gentilshommes et pensionnaires, avec tous ses hommes d'armes, la lance sur la cuisse. Aussi se trouva à cette bataille Tristan de Salazar , archevêque de Sens , armé de toutes pièces, et monté sur un bon coursier, une grosse javeline au poing; disant, puisque le roi y étoit en personne, que tous ceux des siens , qui avoient pouvoir de le défendre , se dévoient là trouver en armes. Et si avoit ledit archevêque vingt hommes des siens, tous le harnois sur le dos.

Les Genevois tenant bataille amont sur la montagne , voyant de tous côtés monter François et Allemands , et marcher droit à eux , furent tous assurés d'avoir la bataille, s'ils attendoient : ce que furent tous délibérés de faire, et en branle de charger sur ceux des François et Allemands qui là étoient des premiers amont, premier que les autres qui montoient se fussent joints à eux. Et ainsi qu'ils vouloient ébranler, pour marcher droit

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à eux, messire Mercure ayant jà fait son embûche, avec partie de ses gens, sortit par derrière une montagne , à la vue du roi et de l'armée d'en-bas, et lui-même commença l'escarmouche. Mais à coups de traits et de hacquebuttes le reçurent les Genevois, dont aucuns d'iceux sortirent en place, et à grands coups de piques chargèrent les Albanois, qui pareillement, à course de chevaux , qui étoient faits et duits aux escarmouches des montagnes, à pointe de lance les retournoient battant jusques à leur bataille. A cette escarmouche étoient le marquis de Mantoue, François de Maugiron, et d'autres Italiens et François tout plein. Longuement dura l'escarmouche, où six des Genevois furent tués, et deux Albanois blessés, et un mort. Les Allemands demeurés à bas avec le roi , voyant amont commencer Tescarmouche, se mirent tous à genoux , et baisèrent la terre , les bras encroisés; et tant que dura ladite bataille, toujours furent agenouillés. Tandis que celle escarmouche duroit, les François et Allemands montoient la montagne , et les Genevois approchoient leurs batailles. Et lorsque messire Mercure sut que tous les François et Allemands que le roi avoit commandés à monter furent assemblés, après avoir donné une charge sur les Genevois de la plus prochaine bataille, fit manière de se retirer avec

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ses gens : et tout en l'heure, cette brigade de Genevois laissèrent leur montagne et se mirent après; ceux de leurs autres batailles, pareillement le plein pas; et les aucuns à course suivirent les Albanois, en faisant grandes huées et cris horribles , disant : Acarne ! acarne I amace ! amace ! Là demilieue près n'eussiez ouï tonner, pour le bruit des Genevois, qui pensoient que les François s'enfuissent. Mais tout soudainement, lorsque iceux Genevois furent assez près, deux grosses pièces d'artillerie furent à travers d'eux déchargées; et ceux qui étoient en embûche sortirent avec toutes les deux batailles des François et des Allemands, les Albanois et autres gens de cheval , ensemble , et donnèrent sur cette première bataille de Genevois si rudement, que sans résistance de gens vertueux tournèrent le dos. Les autres qui étoient au derrière d'eux , et venoient à leur secours , voyant la première de leurs batailles fuir vers eux, et les François à leur dos, qui les tuoient à grands monceaux, furent effrayés, mêmement Paul de Nove, leur duc, et Jacobus Corsus , chefs de leur armée, lesquels ne surent plus tenir en ordre leurs gens, ni rallier ensemble ; car chacun se mit à la fuite : dont les aucuns se laissoient choir et rouler du haut en bas. Grande occision en fut faite , car les gens de cheval les arrêtoient par

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les montagnes, et les piétons mettoient tout à sac. La chasse leur fut donnée plus de deux milles par les montagnes : dont aucuns se défendoient, les autres se laissoient couper les gorges comme moutons. Et me fut là conté, que, à cette défaite , un des Albanois de messire Mercure, à la rencontre de la première bataille, coucha sa lance pour asséner un Genevois, jeune, fort et léger; lequel Genevois attendit l'Albanois, à tout une rondelle en la main , et une épée en l'autre , et de sadite rondelle détourna le coup de celui Albanois; puis soudainement s'approcha de lui , et d'un saut le saisit au travers du corps, tellement qu'il le mit hors la selle de son cheval et le porta par terre : lesquels l'un sur l'autre se tournoyèrent et voiltrillèrent trois ou quatre tours. Le Genevois ne se pouvoit bien aider de son épée, qui étoit longue; l'Albanois ne pouvoit rencontrer son poignard , qu'il avoit derrière le dos , couvert du panneau de sa longue robe. Mais à la parfin ledit Albanois , qui étoit en grand danger de sa vie , fut secouru, en manière qu'il eut loisir de trouver son poignard , de quoi trancha la gorge audit Genevois. Toute la montagne fut jonchée de morts, et ensanglantée du sang de ces pauvres Genevois, qui furent menés tuant jusque dedans les portes de Gênes , et plus de deux milles par les montagnes, tant, que le

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nombre des morts fut estimé à quatorze cents hommes, et de François , environ trente-six, mais grand nombre de blessés.

Voyant le roi , que , à l'aide de Dieu , il avoit gagné la bataille et défait ses ennemis, fit asseoir son camp et mettre ses gens d'armes autour de Gênes pour y aller le lendemain mettre le siège et détruire tout , si elle ne se rendoit à sa merci ; et , premier que faire autre œuvre, tout armé s'en alla en l'église de l'abbaye où il étoit logé , rendre grâces à notre Seigneur de sa victoire , puis se fit désarmer et se mit à

repos.

Le duc de Gènes , Paul de Nove , voyant de tous points les Genevois abattus et défaits, çt son règne prendre fin , ne sut plus que faire ni à quel moyen avoir recours , si n'est à la fuite ; dont prit de ses bagues ce qu'il put , et avec grand nombre d'autres Genevois sachant là être le roi en personne, tous épouvantés s'enfuirent. Ledit Paul de Nove s'en alla avec sa suite embarquer au goufre de Rapale, de nuit , pour la doute des galères du roi qui étoient autour du môle de Gênes, et tira droit en l'île de Corse : aucuns des autres s'en allèrent en Barbarie; les autres, à Rome; les autres , dedans aucunes de leurs places étant autour de Gênes. JacobusCorsus, Pisain; Ternatin, Gambecourte et les autres capitaines étrangers , avec le demeurant de leurs soldats,

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s'enfuirent par les montagnes droit à leur quartier.

Dedans la ville de Gênes , lors n'a voit que pleurs, cris et lamentations de pauvres femmes désolées qui avoient perdu aux batailles leurs maris , frères ou enfants ; pensant au surplus que le roi les détruiroit du tout et feroit mettre la ville à feu et à sang : dont ne savoient autre chose que faire, fors douloir leur perte passée et attendre l'avenir ; et, pour ne perdre tout, au fond de leurs caves , citernes et roches, mussèrent partie de leurs bagues et trésors, et portèrent leurs draps d'or et de soie, et partie de leur chevance , par les églises et collèges de la ville, et délibérèrent envoyer derechef ambassades devers le roi, et parlamenter pour rendre la ville à la meilleure composition que faire se pourroit.

Le mardi au matin , ambassades furent transmises devers le roi; qu'il fit ouïr par maître Georges, cardinal d'Amboise, lesquelles ambassades dirent : « Nous sommes ici venus et envoyés devers le roi, notre souverain seigneur, de par les citadins et tout le peuple de la désolée cité de Gênes, pour, au premier, nous recommander tous très-humblement à sa bénigne grâce; et, au surplus, pour la composition de l'amende et satisfaction du méfait que sadite pauvre cité de Gênes, gouvernée sous la main du peuple délié et conseil de

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mutins désordonnés , a par ci-devant commis et perpétré contre sa très-haute seigneurie et sacrée majesté ; le suppliant très-humblement qu'il lui plaise prendre sadite ville entre ses mains et en sa sauvegarde , et son pauvre peuple à merci avec la vie et biens saufs. A quoi ne voulut entendre le roi , mais dit qu'il auroit la ville et le peuple à sa volonté , ou qu'il mettroit tout au feu et à Tépée ; sur quoi lesdites ambassades firent autres ouvertures, disant que , pour les frais et mises de l'armée du roi et pour l'amende profitable et honorable, ils satisferoient la plupart au vouloir dudit seigneur et ordonnance de son conseil : ce que ne voulut le roi, disant toujours qu'il auroit le tout à sa volonté. De laquelle réponse lesdits ambassadeurs avertirent le peuple de ladite ville de Gênes : sur quoi tinrent le conseil où plusieurs propos furent allégués et finalement conclus, vu l'extrémité où ils étoient; connoissant aussi le roi , entre les autres dons de vertueuses grâces, être tant humain que onc ne fit mourir homme à qui il pût pardonner, et que leur offense ne touchoit qu'à lui seul; ayant, sur ce, confiance de sa grâce, dirent le mot en se rendant la corde au col, c'est à savoir, à sa volonté; lui mandant que, à toute heure que lui plairoit, il pourroit entrer eu sadite ville de Gênes et faire du peuple à sou plaisir.

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Et voyant, le roi, que toutalloit à son vouloir, reçut lesdits Genevois à sa volonté; dequoi sur-le-champ en voulut avertir François de Clermont, cardinal de Narbonne, lequel étoit, devers le pape à Rome, orateur pour ledit seigneur , et lui écrivit lettres contenant ladite composition : lesquelles montra ledit cardinal de Narbonne à notre Saint-Père le Pape, qui pâlit tout le visage en lisant lesdites lettres et dit : (f Je ne le crois pas ! » Plusieurs Romains et autres avoient fait gageures et misailles à plusieurs, disant que le roi ne prendroit point Gênes, ou que de six mois n'y entreroit. Pareillement ledit cardinal de Narbonne transmit lesdites lettres du roi , à Naples , au seigneur de la Guiche, qui là étoit pour le roi devers le roi d'Aragon ; qui aussi les montra audit roi d'Aragon , lequel aussi ne le cuidoit point croire ; et ditGonsales en branlant la tête : ail n'est possible, à mon avis, que, en si peu de temps , une si forte ville , comme est Gênes , fût si tôt rendue?)) et est à croire que plusieurs eussent bien voulu qu'elle n'eût été prise par les François.

Mais tant en fut que, le même jour de ladite composition , le roi transmit là à Gênes le seigneur du Bouchage , messire François de Rochechouart et messire Raoul de Lannoy , et avec eux Antoine de Pierrepont et Pierre de Montalembert , maréchaux des logis avec ses

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