‹ Chroniques [microform]Chapitre 27 sur 74 · IV. I · texte numérisé non relu

IV. I

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iiJldNIQUES

doieaticellBantillerie, où étoit le capitaine de la^tèiî^HiiïècîçLlbquels le me montrèrent ; dont à lui m'adressai, disant : «Capitaine, j'ai charge du roi de m'enquérir ici de toutes les choses qui se feront , pour icelles mettre et rédiger par écrit. Et pour ce que j'ai su que êtes le maître de son artillerie, je me suis adressé à vous pour vous prier qu'il vous plaise me faire avertir du nombre, et de la munition , et de l'exploit de ladite artillerie, et des noms de ceux qui en ont la charge. » Lequel capitaine me fit mener au logis du contrerôleur, où là trouvai ledit contrerôleur, le trésorier, le prévôt et les commissaires de ladite artillerie , auxquels dis ma charge , et comment ledit capitaine m'avoit là fait adresser, pour m'enquérir desdites choses; desquelles iceux m'avertirent volontiers , et me baillèrent par écrit ce que j'en ai ci enregistré.

Pour commencer donc, dirai au premier du nombre des pièces d'icelle artillerie. Premièrement, y avoit six gros canons serpentins, marqués, quatre aux armes de France et de Milan , et deux aux armes de Luxembourg , que feu Louis, monseigneur, comte de Ligny, fit fondre en Ast ; quatre coulevrines bâtardes, neuf moyennes, huit faucons; cinquante hacquebuttes à crochet sur chevalets , bien aisées à manier, lesquelles se portoient sur le col des

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pionniers,. voire jusques au sommet des plus hautes montagnes.

Après , dirons des munitions : où avoit soixante charrettes, chargées les vingt-six à boulets serpentins, quatre de boulets à coulevrines bâtardes, quatre pour les moyennes et faucons , six charrettes de poudres amenées de France, à chacune charrette huitbarils, troisde fil de botteet de trait, deux charrettes où étoient les forges, trois chargées de pelles, piques et tranches , deux chargées d'aisseaux pour servir auxdites pièces, une chargée de charbon pour les forges, une pour les outils des charrons, deux pour porter les hacquebuttes, une pour les charpentiers, une pour les câbles et poulies, une pour les chargeurs, et trois pour les tentes. Et outre ce qui avoit été apporté de France, fut pris à Tortone quatorze charrettes à bœufs , chargées de boulets , et onze , de poudre.

Et pour tirer et mener tout le charroi susdit, avoit quatre cent six chevaux, pris à Bourges, à Orléans et à Troyes en Champagne. De laquelle artillerie étoit capitaine un nommé Paul de Beusserailhe , seigneur d'Espic; le prévôt étoit Ferry Utel, Bernardin Bochetel, contrerôleur; le trésorier, maître Florimond Frotier ; les commissaires étoient Guérin Maugué , Pérot d'Oignois , Etienne de Champellaiset Louis Benoît. Audit lieu avoit cinquante

^ CHUONIQUKS

canonniers, desquels étoient Jacques d'Anssel, Pierre de Salleneuve, Thibaut d'Aidiet, Lubiii Foucaut , Jean Cliampion , Guillaume de la Fontaine, capitaine des pionniers, Jean de Layne, Robinet Lescot, Robin Carneu, Jean Garnier, Jean Guérin, Claude Lirjer, Pierre de La Rochelle, et autres, jusques au nombre de cinquante. Les conduiseurs du charroi étoient Odille de Doyac, capitaine; Claude de Sahns et Jean Bence.

Avec le train de ladite artillerie, avoit deux cents mineurs François et dauphinois, sous la charge d'un nommé Claude du Port, leur capitaine, lesquels étoient tous experts au métier de quoi ils servoient.

Comment U rai entra en armes en ea t)iUe î>e (fcèneô, et comment il fit apporter toutes les armes îre laîrite oille îreîrans le jpalais.

Les logis furent marqués , et les quartiers départis par les maréchaux et fourriers desdits logis du roi , et six cents hommes d armes mis en ladite ville de Gênes. Et ce fait, le jeudi, vingt-huitième jour du mois d'avril, en Pan susdit mil cinq cent et sept , le roi , sur les huit heures du matin, partit de son

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logis du camp, armé de toutes pièces, vêtu d'un riche saie d orfèvrerie, Parmet sur la tète, tout empanaché de plumes blanches, monté sur un coursier tout noir, bardé de même accoutrement qu'étoit son saie; et ainsi, avec tous ses gens d'armes à cheval, se mit à chemin, tirant droit a Gênes, où jà avoit fait mener son artillerie.

Au-devant de lui, jusques au bourg de Saint- Pierre-d'Arène, faubourg de Gênes, lui vinrent trente citadins genevois, des plus solennels de la ville, lesquels conduisoit un nommé messire Galéas Visconte, Milanois, étant à pied avec eux , vêtu d'un saie de drap d'or. Lesquels Genevois avoient leurs chefs découverts, et tous robes noires, habillés en deuil, les tètes rases, et bien peineux. Lorsqu'ils arrivèrent en la présence du roi , ils mirent les deux genoux en terre, criant miséricorde. Et ce fait, après avoir été longue pièce à genoux , se levèrent, et là dirent plusieurs choses, en excusant le peuple de la ville de Gènes.

A quoi le roi n'entendit, mais se mit à chemin. Au-devant de lui et les premiers, marchèrent les cent Suisses de sa garde , tous armés de leurs hallecrets , et empanachés, la hallebarde au poing, lesquels marchèrent en bon ordre : devant eux étoit leur capitaine à cheval. Après, marchoient Antoine de Lor-

raine , duc de Calabre , en armes et richement accoutré, et Jean Stuart, duc d'Albanie; après, René de Bretagne, comte de Pointièvre; messire Berault Stuart; Odet de Foix. Puis , assez loingnet marchoit Charles , duc de Bourbon , sur un gros coursier bien bardé , et lui, armé et richement accoutré, lequel étoit chef de tous les archers de la garde du roi. Après, étoit le seigneur de Laval, armé et monté à l'avantage. Puis marchoient les quatre cents archers de la garde, tous à pied, armés de leurs brigandines et salades , vêtus de leurs hoquetons. Au derrière d'eux, étoient aussi à pied messire Jacques de Crussol et messire Gabriel de La Châtre, capitaines desdits archers. En après, étoient grand nombre de seigneurs François et italiens , comme François d'Orléans, duc de Longueville; Alphonse d'Esté , duc de Ferrare ; Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue; Jean Guillerme, marquis de Montferrat; le comte de Vendôme , jeune enfant ; Jacques de Bourbon, comte de Roussillon ; et messire Robinet de Fremezelles. Après ceux-là, cheminoient les trente Genevois , que messire Galéas Visconte conduisoit. En ensuivant, marchoit le grandécuyer ; puis , les trompettes , qui sans cesser sonnoient à relais. Le roi marchoit après, armé et monté, en la manière que j'ai dit. Après lui, avoit quatre cardinaux, c'est à sa-

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voir : maître Georges , cardinal d'Amboise ; maître René, cardinal de Prye; le cardinal d'Alby, et le cardinal de Finale. Messire Charles d'Amboise marchoit après, monté sur un coursier bai , vêtu , sur son harnois , d'un saie blanc, couvert d'orfèvrerie moult riche,' ayant l'épée toute nue au poing, comme capitaine, dompteur et vainqueur desdits Genevois, sous la main du roi. Après, suivoient messire Louis deBrézé, grand-sénéchal de Normandie , et messire Guyon d'Amboise , seigneur de Ravel ; et après eux, marchoient les deux cents gentilshommes de la maison du roi, desquels ils étoient capitaines. Et puis , grande suite d'hommes d'armes, la lance sur la cuisse, avec leurs archers, et un million de peuple. Ainsi s'en alla le roi passer par-devant la Lanterne nommée la tour de Codefa, et tirant droit à la ville, passant devant le môle, où avoit huit galères armées , dont les quatre étoient françoises, sous un capitaine françois , nommé Pregent de Bidoulx , et les autres quatre étoient du roi d'Aragon, desquelles étoit capitaine un Espagnol nommé Miquel Pastour; lesquelles galères, à la passée du roi, tirèrent si très-horriblement, qu'il sembloit que tout dût abîmer. Messire Galéas, capitaine du château, fit pareillement , à l'arrivée du roi, tirer toute l'artillerie du château; tant que, tout autour des montagnes, et sur

la ville de Gênes, sembloit que tout tremblât : car l'un coup n'attendoît l'autre , et si y avoit telle pièce qui tout ensemble en tiroit , d'une traînée, onze ou douze; ce qui petoit gros comme le cul d'enfer. Droit au Palais s'en alla descendre, et monta tout armé jusques en sa chambre, où là se fit désarmer, en attendant à couvrir.

Tantôt qu'il fut entré en la ville, les Allemands qui le suivoient en queue approchèrent la porte, cuidant illec entrer en armes : ce que ne voulut le roi, doutant qu'ils missent les mains au pillage : de quoi avoient moult grande envie et attente , comme ceux qui pensoient que ladite ville leur dût être abandonnée et butinée aux gens d'armes , ce que ne fut; car pour le mieux fut avisé que le roi, à qui elle étoit, la devoit garder pour lui, et défendre contre tout autre, ce qu'il fit; et pour obvier au vouloir d'iceux Allemands, les portes furent fermées sur eux, et mis gens d'armes à grand nombre , pour les garder, et artillerie dedans le portail embouchée, droit à la venue d'iceux, lesquels furent tout le long du jour en armes, encontre lesdites portes ; et là se cuidèrent mutiner, et charger sur les coffres des seigneurs, qui avoient tout leur sommage là dehors. Plusieurs gentilshommes, et moi avec eux, arrêtés dedans une maison, près la porte, pour là regarder et en-

registrer à la passée l'ordre de l'entrée du roi et de ses gens d'armes , comme d'aventure demeurés hors la ville avec cette ennuyeuse compagnie, passâmes ce jour. La nuit venue, iceux Allemands, et grand nombre d'aventuriers françois, s'en retournèrent au lieu où ils avoient tenu leur dernier cimp ; lesquels, après bien dringuer, s'entreprirent de paroles par les chemins, et se battirent bien étroit, tant que d'un côté et d'autre en eût plusieurs de morts et de blessés ; et n'eût été que leurs capitaines à grands coups de hallebardes les départirent, entre eux eût été sanglante besogne exploitée. Toujours étoient en pique; et là où les François les trouvoient mal apparentés, très - mauvaise compagnie leur faisoient, et eux de même aux François; en somme, les plus forts étoient toujours les maîtres des logis, et avantageux ; au surplus, et tant étoient iceux Allemands outrecuidés , que au regard d'eux estimoient les piétons françois à si peu de chose, que un d'iceux en cuidoit valoir deux. Et à ce propos dirai que, ce même jour, comme iceux Allemands et aucuns François fussent devant la porte de Gênes, comme j'ai dit, je vis là, entre iceux Allemands, un d'eux, n'ayant sur son dos vaillant la valeur de trois sous , lequel , au prendre et départir du vin qui là se vendoit, eut question avec un gros jeune varlet fran-

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cois , ayant un pot au poing pour avoir du vin : lequel Allemand, combien qu'il vînt après , voulut être servi le premier, pensant être le plus homme de bien ; le varlet, qui avoit soif, dit : <( Dea, je suis ici le premier que vous, et premier serai servi , car les premiers vont devant. » Et ce dit, se voulut avancer de faire emplir son pot. Mais l'Allemand, qui avoit le sien au poing et la hallebarde en l'autre , mit son bâton contre une muraille près de là, et tout soudain en mauvais françois, commença à dire : « Ha ! velain , velain , appartient-il vous servi premier que mol? » Et ce disant, print le varlet par le collet et le voulut faire reculer. Mais le varlet fut vert, et se tint ferme; et voyant que l'Allemand le vouloit gouspiller, lâche son pot , et happe aussi son homme au collet, et du collet à la perruque, où bien à point se commencèrent à pellauder, et donner l'un à l'autre gros coups de poing sur la tête et par le visage. Là s'assemblèrent grand nombre d'autres Allemands et laquais françois, lesquels voyant ce combat, qui n'étoit qu'à coups de poings, et à cause de débat de vin , se commencèrent tous à rire, et les laissèrent battre longuement, jusques à ce que FAllemand, qui avoit eu un coup de poing sur le nez jusques au sang, voulut mettre la main à la hallebarde, et le varlet, à l'ëpée : dont furentdépartispar leurs compagnons, les-

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quels , enquis du tort, blâmèrent l'Allemand , combien que volontiers eussent eu ensemble , et de léger, question de plus ; mais, d'un côté et d'autre, avoit grosse bande, parquoi cessèrent , et firent boire les deux compagnons ensemble et emplir leurs pot^. Ainsi méprisoient, iceux Allemands, les piétons françois, disant que, sans le secours de leurs Ligues, les gens d'armes à cheval de France n'auroient sûr renfort de leurs piétons , car peu d'ordre tiennent en bataille , facilement sont épartis, et à grand'peine ralliés. Et de vrai , combien que prou de gens de pied soient en France bons combattans, hardis, et légers à la guerre, toutefois les Allemands tiennent communément meilleur ordre, et plus mal aisés sont à rompre , et mieux duits au rallier; mais tant y a que, au plus des fois, sont difficiles au paiement, souvent rétifs à la besogne , et toujours prompts au pillage.

Pour rentrer en compte, le roi étoit lors en son Palais de Gênes, où là fit loger les seigneurs de son sang, maître Georges, cardinal d'Amboise, et grand nombre des autres seigneurs de France, autour de lui; et voulut que tous les quatre cents archers et les cent Allemands de sa garde, avec leurs capitaines, fussent tous logés dedans le Palais, qui étoit moult grand et spacieux, garni de grandes salles , belles galeries , et bonnes chambres

et à grand nombre ; et aussi fit, au dedans de la place dudit Palais, monter sept grosses pièces d'artillerie , charger et atîtrer droit à la passée et entrées d'icelui, et là dedans faire toutes les nuits le guet à ses gardes.

Le même jour de son entrée, fit dépêcher la poste pour aller à Rome, où écrivit à François de Ciermont, cardinal deNarbonne, pour l'avertir de la prise de Gênes et de son entrée; afin que le pape et les Romains, qui de ce ne croyoient rien , en fussent clairement assurés, et du tout avertis : ce qui ne fut bien au plaisir du pape; car, sitôt qu'il eût vu les lettres du roi, écrites dedans le Palais de Gênes, et su la manière de la prise d'icelle, ledit Père-Saint (selon le rapport d'aucuns qui lors étoient à Rome ) fut trois jours en sa chambre, sans vouloir parler que à peu de gens; disant, aucuns, que sa chière le pouvoit lors montrer être bon Genevois : aussi étoit-il né de Savone, terre de Gênes. Le double des lettres du roi fut transmis , par ledit cardinal deNarbonne, àNaples, au seigneur delà Guiche, quilàétoit ambassadeur pour le roi envers le roi d'Aragon, auquel présenta le double desdites lettres du roi, et dit au capitaine Gonsales Ferrand : « Signor capitaine, ne faites plus de doute que le roi mon maître ne soit dedans Gênes ; car voyez ci le double des lettres écrites dedans son Palais à

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Gênes, lesquelles il a envoyées à Rome, à monseigneur le cardinal de Narbonne, signées lesdites lettres de sa propre main. » Lesquelles nouvelles semblèrent étranges audit roi d'Aragon et à Gonsales, tant que, après ce, furent long-temps sans dire mpt. Je ne sais si le plaisir qu'ils eurent des bonnes nouvelles, ou l'avancement de la gloire des François, leur imposa silence; mais tant fut, que, après quelque temps , ledit roi d'Aragon dit qu'il étoit bien joyeux de la victoire du roi , qui , en si peu de temps avoit fait œuvre si grande et chose tant louable.

Les nouvelles furent tantôt publiées par toutes lesltales et les Allemagnes, et autres contrées de la chrétienté, voire jusques en Turquie: ce qui sembla chose non ouïe à chacun et cas de merveilles à tous; vu la soudaineté de la prise, et la force du lieu, qui sembloit être inexpugnable à tout le monde, et, sans famine, imprenableà jamais; dontplusieurs demeurèrent en erreur de la vérité, et en doute du fait, long-temps après.

Le roi , qui lors étoit dedans son Palais de Gênes, sut que hors la ville avoit encore grand nombre de ses gens, avec tout le sommage : commanda, le lendemain de son entrée, que les portes fussent ouvertes, et là mises grosses gardes, ce qui fut fait; et ainsi sommiers et charroi entrèrent , et quelque nombre

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d'Allemands et autres gens de pied , pour aller quérir vivres et autre provision, pour les autres qui étoient hors la ville.

Ce même jour , qui fut un vendredi, vingtneuvième du mois d'avril , le roi fit crier à son de trompe, dedans la place du Palais, par trois cris de trompette, en François et italien, que tous ceux de Gênes , de quelque état qu'ils fussent, eussent, dedans le lendemain au soir, à apporter toutes les armes qu'ils tenoient en leurs logis et maisons de Gênes, comme cuirasses , brigandines , salades, hallebardes , piques, partisannes, rondelles et pavois, vouges, haches etépées, et, en somme, tous autres bâtons de guerre ; et que tous ceux qui , après le jour dit, aucunes armes retiendroient ou céleroient, dès-ores étoient déclarés rebelles et désobéissans au roi , leurs personnes et biens confisqués. Ce fait, commissaires furent ordonnés pour faire enregistrer les noms de ceux qui rendroient les armes et icelles recevoir. Ce qui fut moult ennuyeux aux Genevois, qui , par les places de la ville , à grosses lurbes, se pourmenoient, baissant le chef et haussant les épaules, comme tristes et ébahis , doutant encore avoir pis ; parquoi , ne se firent plus presser à bailler leurs armes, mais les firent porter toutes audit Palais et mettre là dedans une chapelle où étoient les commissaires pour recevoir icelles armes et avoir les

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noms de ceux qui les rendoient ; car plusieurs riches Genevois , honteux de rendre ainsi leurs armes, prièrent leurs hôtes françois de les prendre pour néant; dont aucuns en voulurent avoir quelques pièces qui leur semblèrent belles et riches ; mais cela fut défendu de par le roi , à la peine de la hart , de non en prendre aucune chose : parquoi chacun des Genevois fut contraint aller au Palais, et là faire porter toutes ses armes , tant que, ce jour et le lendemain, ne firent autre métier , si que ladite chapelle , qui étoit grande et spacieuse , en fut toute pleine et empêchée. Ce fait, le roi commanda que lesdites armes fussent abandonnées aux gens de pied françois et allemands, desquels avoit grand nombre en la ville, qui départirent le butin , tout ainsi que sans noise chacun en put avoir, et puis mirent leur paquet au col.. Tant d'armures y avoit, que là ne se trouva page , ni varlet , ni autre , qui voulût mettre la main au pillage, qui n'en fût tout chargé. Et voyant, les Genevois, ainsi emporter leurs armes. Dieu sait quelle patience ils eurent ; mais autre chose n'en purent faire , fors que penser ce qu'ils voulurent. Le roi, voyantque de la force et trahison des Genevois n'avoit plus garde, envoya ses Allemands en leurs pays, lesquels fit payer par messire Thomas Bouhier, chevalier, général de Normandie, en la présence de messire

Charles d'Amboise , son lieutenant ; lesquels Allemands furent très-mal aisés à contenter, demandant paie pour leurs varlets et porteurs de bagues , et pour leurs ribaudes , dont avoient grand nombre : leur paiement fait, se mirent à chemin, droit à Bourg de Busale. Aucuns d'eux demeurèrent derrière , pensant que sûrement pourroient passer; mais, entre Pontadême et Busale, leur sortirent en queue, des montagnes de Poulceuvre, grand nombre de paysans, qui les chargèrent au derrière, bien étroit, en manière que cinq d'iceux Allemands furent , par lesdits vilains de Poulceuvre, tués; les autres se ralhèrent, et, à coups de piques, rechassèrent iceux vilains jusque dedans leurs montagnes, où illec se sauvèrent; et voyant, iceux Allemands, que autre mal ne leur pouvoient faire, mirent derechef le feu par les maisons et villages de là autour, qui encore n'étoient tous brûlés.

Au roi fut dit lors et acertainéque, durant le temps qu'il étoit devant Gênes, ceux d'Alexandrie semèrent nouvelles que son armée étoit défaite, et les François tous morts; parquoi voulurent courir sus à ceux de France qui là étoient demeurés , mêmement à ceux de sa Chapelle , qu'il avoit là laissés au partir dudit lieu d'Alexandrie : lesquels, après la prise de Gênes, s'en allèrent là devers le roi , et lui dirent que lesdits vilains d'Alexandrie,

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au moyen desdites nouvelles, s'étoient voulu révolter et mettre en armes, pour aller garder les chemins d'entre Gênes et Alexandrie , afin que les François ne pussent passer pour eux retirer, ni avoir par là secours; et tant en firent, que les licols de* leurs chevaux coupèrent, et mirent leurs malles en la rue, prêts à les vouloir détrousser et tuer ; et si grand' peur leur firent , entre autres à un nommé Prions, maître de la Chapelle, qu'il cuidoit être mort. Quoi plus? si n'est qu'ils eurent tous si belles affres, qu'ils délogèrent sans trompette, et s'enfuirent en Ast, où surent tantôt après que le roi étoit avec son armée dedans Gênes; auquel lieu s'en allèrent, et lui contèrent lesdites choses : de quoi le roi fut très-mal content, tant qu'il fut presque délibéré de la faire détruire et mettre le feu dedans; mais dit que autrement les puniroit, jusques, du tout, fût duement asavanté. Ce qu'il fit, car il manda aux Allemands, qui s'en alloient en leur pays, que trois mille d'eux séjournassent dedans jusques ils eussent de ses nouvelles; aussi y envoya trois mille cinq cents laquais , lesquels tous ensemble y séjournèrent plus de six semaines, et Dieu sait comment ils payèrent là leur écot : somme , ils y firent tout le sanglant pis qu'ils purent , tellement que à la parfin la ville leur demeura, que les vilains aban-

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donnèrent, jusques le roi eût fait déloger leurs hôtes, qui leur fut bien à tard.

Comment le roi envoya à Uome, itvtrs le pape, deujr de ses genttlsl)omme$.

Le roi , qui lorsavoit et savoit nouvelles de tous pays , sut pour vrai que le roi des Romains, mal content de la prise de Gênes , disoit et faisoit dire publiquement par les AUemagnes , que le pape lui avoit mandé que le roi n'entreprenoitle voyage de delà les monts, si n'est pour vouloir usurper le papat et faire du Saint-Siège de Rome à sa volonté , et aussi pour se faire là couronner empereur, et occuper toutes les Itales, comme fit jadis Charlemagne; et que, à cette fin, voulant ledit Père-Saint obvier à ce, s'en étoit allé de Bologne à Rome. Dont pour savoir la vérité de ces nouvelles , le roi fit à Gênes dépêcher deux de ses gentilshommes, nommés, l'un messire Jean de Saints, l'un de ses échansons, et l'autre fut le seigneur de Gimel, lesquels envoya à Rome devers le pape , avec lettres de créance et instructions : desquels gentilshommes, ledit seigneur de Gimel alioit pour demeurer à Rome ambassadeur, et ledit échan-

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son, pour rapporter au roi ce qui seroit fait envers le pape , et la réponse de son dire.

Leur dépêche faite, partirent de Gênes le cmqu.ème jour du mois de mai. Et pour avancer leur voyage, le roi les fit mener par mer, à deux des galères de Pregent, et à un capitaine ^spagnol nommé Miquel Pastor capitaine de quatre galères que le roi d'Aragon lui avoit envoyées pour le servir à sa guerre de Gênes , lequel Pastor, avec les autrès Espagnols desdites galères, contenta à leur plaisir et leur fit riches présens et Grands dons; puis avec eux fit embarquer sesdits gentilshommes, pour mener avec leurs Galères et celles dudit Pregent jusques à Rome. Quatre jours furent sur mer, puis arrivèrent a Liv.tavecche, port de mer, à une journée près de Rome par terre , où ne voulut arrêter ledit Miquel Pastor, ne prendre port, mais avec ses galères passa la route, tirant droit a Naples , vers son maître le roi d'Aragon. Les autres deux galères de Pregent demeurèrent là , pour attendre si messire Jean de Saints s'en voudroit retourner par mer. ^

Devers le pape s'en allèrent lesdits gentdshommes françois; auquel présentèrent les lettres du roi, et dirent leur créance, contenant, en somme, que le roi vonloit savoir comment la sainteté du pape vouloit vivre

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et demeurer avec lui, comme étant douteux et mal assuré de Tintention de son vouloir, et ce, pource qu'il pensoit à sa venue le trouver à Bologne , dont s'en étoit parti et retiré à Rome, sans l'avoir attendu, comme lui avoit mandé ; et conime par les AUemagnes étoit bruit que le roi des Romains disoit et faisoit publiquement dire que le pape lui avoit mandé que le roi ne prenoit ledit voyage, si n'est pour s'efforcer d'usurper le Saint-Siège apostolique et en faire à son vouloir, et aussi pour se faire par force couronner empereur et occuper toutes les Itales. Lesquelles choses montrèrent par lettres, et dirent de bouche au pape , et en outre , lui dirent : « Quant au regard de l'usurpation du papat, à ce point ne répondoit le roi, disant que la chose d'elle-même se doit penser impossible à faire par raison , et incroyable à entreprendre , vu que lui et ses prédécesseurs ont toujours été protecteurs de l'Église et défenseurs de son droit; aussi, quant à ce que ledit seigneur se vouloit faire couronner empereur et occuper les Itales, que à ce n'avoit onc pensé , mais disoit être ces choses controuvées et mises par l'invention du roi des Romains; mais pour répondre du tout à la principale cause qui le mouvoit de passer les monts, c'étoit pour vouloir voir la sainteté du pape à Bologne, comme ledit Père-Saint

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lui avoit mandé, et pour conférer et traiter avec lui du bien de l'Église et profit de la chrétienté , et aussi pour la cause de la rébellion de sa ville de Gênes, qu'il vouloit remettre entre ses mains, et rédqire à la raison, comme il avoit jà par armes fait, et étoit dedans, ayant le peuple et toute la ville à sa merci , pour en faire à son plaisir, et du tout à son vouloir; dont, toutes cesdites choses considérées, s'émerveilloit grandement de ce que ledit Saint-Père lui avoit mandé qu'il lattendroit à Bologne (que par armes lui avoit peu de jours devant soumise, et rendue à sa sainteté et obéissance, et fait tout le secours et service que bon fils doit faire au père), ledit Pére-Saint s'en étoit allé à Rome sans le vouloir attendre, comme lui avoit promis; et aussi s'émerveilloit de ce que le roi des Romains s'étoit jacté, touchant les paroles susdites; mais tout ce nonobstant, le roi , comme roi Très-Chrétien et obéissant fils de l'Eglise , étoit délibéré de toujours se montrer par effet protecteur de la sainteté apostolique et vrai défenseur de l'Église; et au surplus prioit le Père-Saint, pour avérer la chose, que son plaisir fût envoyer devers le roi des Romains message exprès pour savoir d'où lesdites paroles étoient venues, et faire en manière qu'il pût clairement connoître ce bon vouloir dudit Père-Saint. » A quoi fit le-

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dit Saint-Père réponse, en disant, au regard des paroles que Maximilien , roi des Romains, a fait publier et semer par les Allemagnes : ce Je réponds que onc ne les dis, ne n'en sus jamais rien. Et quant à ce que le Très-Chrétien roi de France s'émerveille de ce que ne l'ai attendu à Bologne, comme je lui ayois mandé, ne faut qu'il pense que pour sa venue me soit retiré à Rome, mais fut pource que audit lieu de Bologne me trouvai si mal de ma personne, que les médecins me défendirent la demeure, disant, si j avoisma santé pour recommandée, que besoin m'étoit de changer Tair, et me retirer ici, ce que je fis. Et en outre, de ma part, je veux être, et demeurer tout temps envers ledit très-christianissime roi de France, tout ainsi que le bon père doit faire envers l'obéissant fils , prêt à toute heure à lui faire tout le plaisir, secours et amitié, que entièrement se pourra étendre ma puissance. Et au surplus, tout en présent, dépêcherai messages pour mander au roi des Romains qu'il me fasse savoir d'où sont procédéeset issues lesdites paroles, pour en avertir tout au vrai votredit maître christianissime, roi de France.» Et ce dit, ledit messire Jean de Saints prit congé du pape, et s'en revint en poste devers le roi , lequel avertit de toutes lesdites choses. Le seigneur de Gimel demeura à Rome devers le pape ^ pour

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le roi , et les deux galères de Pregent s'en revinrent droit à Gênes.

Le roi, dedans sa ville de Gènes, étoit lors à séjour, où de jour en autre déhbéroitdeses affaires, en s'enquérant de ceux| qui avoient été cause principale de la division et révoltement de Gênes, et mis le peuple en vouloir de prendre les armes et faire rébellion contre lui : de quoi fut tantôt averti, et tant, qu'il eut les noms de tous les mutiniers, desquels l'une part étoit en la ville et les autres étoient fuitifs,- dont délibéra faire grâce et pardon à ceux qui s'étoient mis entre ses mains et rendus à sa volonté, et punir les absens comme criminels de lèse-majesté, rebelles à justice et défiansde miséricorde; parquoi , mit gens de toutes parts à chercher et prendre ceux qui, à sa venue, s'étoient absentés; et, entre autres, sut qu'un nommé Démétrius Justinian , des plus gros de la ville et l'un de ceux qui le plus avoit mis le peuple et celui entretenu en obstination de rebelHon, étoit hors de Gênes dedans une sienne place, sur la côte de la mer. Parquoi, transmit là un nommé Pregent de Bidoulx, capitaine de quatre galères, et avec lui un autre nommé Mollart Suffray Alemant, seigneur du Riage, bien accompagnés par mer pour prendre ledit Démétrius Justinian, lesquels s'en allèrent sans bruit avec quelque guide de Gênes, qui les mena droitement par

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mer vis-à-vis du lieu où étoit celui Démétrius : lesquels, le plus célément qu'ils purent, gagnèrent terre , et, déguisés, s'en allèrent secrètement droit audit logis où entrèrent soudainement, leurs épées au poing; et, ce voyant, ledit Démétrius voulut vider, mais fut suivi sitôt, qu'il n'eut loisir de trouver issue sûre pour s'enfuir, ni lieu secret pour se cacher; si fut pris et ramené à Gênes, et mis en bonne garde et sûre main, jusque le conseil eût vu en son affaire et ordonné de son procès. Plusieurs autres fuitifs furent pris et menés à Gênes, où, après leur procès fait, furent aux uns, par les places de la ville, tranchées les têtes , et écartelés, et les autres pendus à potences par les cantons des rues, et les autres attachés près des portes de ladite ville ; en manière que, par toutes les rues, paroissoit, à ces enseignes, que justice avoit manié les rebelles si aigrement , que tous ceux de leur secte , voyant le spectacle de sévérité , étoient transis de peur et effrayés de crainte, comme attendant d'heure en autre la venue des bourreaux et la corde au col. Mais le roi , sur tous autres le plus humain , ne voulut la mort de tous ceux qui , contre sa majesté , l'avoient justement desservie , mais seulement d'aucuns de ceux qui, à la prise du Castellat, avoient à ses gens usé de cruelle tyrannie , comme est dit dessus, ou d'autres commisseurs de crimes

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tant damnables que de toute grâce fussent frustrés ou forclus de miséricorde , dont l'exécution de justice fut, par le pouvoir de clémence, adoucie. Toutefois la ville de Gênes, n'ayant encore plénière grâcç, étoit épouvantée du châtiment des malfaiteurs et soucieuse de sa douteuse aventure; et, pour y vouloir au mieux pourvoir, furent aucuns Genevois envoyés devers le roi , de par la ville , le prier que son plaisir fût d'avoir pitié de son pauvre peuple et prendre de chacun d'eux le serment de fidélité, et l'amende honorable et profitable , selon sa bonne ordonnance et l'avis de son conseil : à quoi voulut bien entendre , comme prince très-humain, et, pour ce, ordonna tantôt après tenir siège royal , et mettre fin en ces affaires.

comment le voi tint m son palais ie (S>ênes ëi^e rogûl, où les (éénevoiB lui (ivent le mment ie fi&rlité, et y me l)aranflue fait^ en italien, avec la réponse ie même.

Dedans la grande cour du Palais de Gênes fut dressé un grand échafaud, touchant aux degrés de l'entrée de la porte, par où l'on monte en la salle dudit Palais; et sur celui

échafaud , un autre petit échafauti, sur lequel

ëtoit une haute chaire, préparée pour le roi,

et couverte de drap d'or, et le dessus couvert

d'un poêle, semé de fleurs de lis, et le bas

couvert d'un drap pers, semé aussi de fleurs

de lis. Et là , aux deux côtés , étoient bancs et

chaires mises, pour asseoir les seigneurs du

sang et les cardinaux qui là étoient. Aux deux

côtés, étoient les gentilshommes et les archers

de la garde, à deux rangs, prenant dudit

échafaud, en tirant jusques à la porle de

l'entrée duPalais , pour faire là entrer le peuple

et garder la presse. Lorsque tout fut prêt, le

roi se mit en chaire, et autour de lui , tous les

princes et cardinaux qui là étoient; et tous

ses chambellans avec ses archers du corps. Et

ce fait, un roi d'armes, nommé Dauphin, fit

là son cri, de par le roi, que chacun eût à faire

silence, à la peine d'être désobéissant audit

seigneur.

Après toutes ces cérémonies, grand nombre de peuple de Gênes entra dedans le Palais , et entre eux fut un docteur genevois , nommé messire Johan de Ilice, lequel s'approcha de Féchafaud du roi, etlà, dessus se mit, les deux genoux à bas et les yeux tendus vers le ciel , portant piteuse et ébahie chère; lequel, à voix basse et tremblante, dit en langue italienne l'oraison qui s'ensuit :

Seguita la proposizione fatta per mcsser Joanne de Ilice, dottore di Genom , al Cristianissimo re Luigi duodecimo y re diFrancia, diica di Milano e signor di Genova^ , in nome del popo/o Genoçese,

Cristianissimo e invintissimo re , unico e supremo signor nostro in terra, questa vostra divotissima città di Genova , e universalmente gliabitanti in quella, veramente riconoscono gli infiniti meriti e beneficj délia Maestà vostra, péril passato da noi ricevuti^ esser taU, e tanti, che rendono tutti noi, ed i posteri nostri , in perpetuum, obbligatissimi , a dover alla Maestà vostra rendere e riferire non quelle grazie e laudi che si converrebbero, ma quelle che possiamo per le debili nostre facultà. Ma veramente, clementissimo re, i preteriti beneficj e grazie, al tutto supera e avanza questo ultimo singolarissimo e preclarissimo dono di clemenza, che degnata sia venir personalmente a liberarci di tanta servitù e cattività, in quanta per colpa, non percio di grande numéro di uomini di maie affare, eravamo ridotti , quali essendoseguiti dalla vulgar e cieca gente, con le arme, e a forza, la città hanno indotta a errore. Ma la clemenza vostra infinita, imitando il nostro redentore Gesù (e noi percio seguendo no

la infruttuosa di luda, ma di Pietro salutifera penitenza; e considerato con gli occhi al ciel levati, che tarda non fu mai lagraziadivina), è stata tanto superabondanlissima, che non rispettato il detto errore , ci è venuto a liberar e redimere in modo taie, Cristianissimo re, che cosi come per tutto il mondo la Maestà vostra a sua grande gloria e laude , è insignita e decorata Cristianissima meritissimamente , si le puô e debbeaggiungereil trionfal titolo di clementissima, se non superior, saltem non inferior, ma coeguale a gli altri decorati titoli. E perche poi vostra somma clemenza ne ha ricevuti a sua bona grazia, esotto il tutissimo clipeo di sua protezione, cessato è ogni maie, seguito ogni bene; e Cristo in croce sta, con le braccia aperte, a perdonare ad ogni uno che a lui si torna, ed il suo errore riconosce. Percio tutti universalmente , in virtù di questo nuovo e trionfal titolo di clemenza, in terra prostrati , supplicano la Maestà vostra si degni concedere le infrascritte grazie e riqueste.

Prima, che vogli universalmente perdonare , secondo parrà e indicherà essa somma clemenza.

Secondo, rimettere e cancellare la pena e multa pecuniaria a la vostra città inflitta^ per lo error predetto.

Terzio, a noi concedere e condonare i pri-

DE JEAN d'aUTON. ag

V'^^S'j grazie, esenzioni, immunità, e altri a questa città consueti.

Quarto, cosi come discese l'anima del glorioso Cristo al limbo , per redimere e liberar le anime, gia lungo tempo cattivate, cosi in memoria di sua santis^ima passione e liberazione predetta , si supplica , e umilmente richiede, che degnar si vogli la Maestà vostra, per questo suo avvento liberare i suoi cittadini, fin al présente giorno nel Castelletto ritenuti, e quelli graziosamente condonare aile isconsolate madri, aile afflitte mogh, ai tribolati parenti, a perpétua laude e gloria délia Maestà vostra; et acciochè no patisca il giusto per Y ingiusto.

Non ometterô, clementissimo re, Taltro preclaro dono , che a noi etiani deve esser condonato, in costituire un regio governatore, sotto il governo delquale, per sua virtù, somma prudenza, e ingegno, speriamo questa città, con tutto il suo distretto, dover esser talmente retta e governata, che grande gloria ne risulti alla Maestà vostra , ed a noi utile pacificamento , e stabili ta perpétua. La quai città , con ogni sua pertinenza, non con quai si dee, ma con quai si puo umiltà, et genibus Jlexis, prostrata in terra, devotissimamente si raccommanda, inducendo e allegando il detto del Psalmista ; Cor conlritum et humi- Uatuniy rex, ne despiciasj amen.

fî

Seguita la risposta fatta per messer Micliele Rizo , dottore , consigliere , e maestro di richieste ordinario de la maison dcl pvefato Cristianissimo re , per commandamento di sua Macs ta.

È sentenza de' fiiosofi , che perfidia nuoce tanto a la generazione uinana, quanto giova la osservanza délia buona fede: Perjidia tantum incommodi iiumano generi adfert , quantum salutis bona Jldes prœstat. Questa perfidia non solameate ha sommerso le città, terre, e provincie, corne si legge nelle istorio di Capoa, Numanzia, e Cartagine, e moite altre città e provincie; ma una parte délia natura angelica casco in ruina per quel la irreparabilmente. Elnostro padre Adamo per la ribellione e inubbidienza verso il suo signore, fu condennato, lui e la sua posterità, in perpetuo. E quantum che nostro signore e redentore Gesù , ci abbia redento col prezioso sangue , nondimeno nostra natura resta imbecille e inferma, per la detta colpa. 0 popolo Genovese , mi se concedesse tanto ingenio, memoria e facundia, che io potessi condegnamente considerare, commeniorare, edesplicarelagravitàdi vostra esecrabile perfidia! Ma la grandezza ed enormità di quella offuscano Tintelletto , perturbano la memoria.

DE JEAN D*AUT0N. 5i

ed impediscono la lingua. Perô che quando considero la perfidia de 'Cartaginesi verso Zantippo Lacedemonio, che è esistimata gravissima; quelle d'Annibale verso i Nocerini e Acerini, di Digneo Domicio contra Bituito, re di Avernia; di Servio Galba contra lè'tre città di Portogallo; tutte insieme non sono a comparare a questa vostra usata e commissa verso il Cristianissimo e pietosissimo re nostro. E mi duole che non la possi bene esplicare, affinchè si intendesse meglio la somma clemenzae bontà di sua Maestà Cristianissima.

Mi ricordo , e credo molti di noi presenti ne abbino memoria, che nell' anno délia natività del nostro Signore mille qiiatro cento nonanta nove, nel mese di ottobre , riconoscendo che nostro vero e natural signore era lo Cristianissimo re di Francia, e che lungo tempo la città vostra avea prosperato sotto lor dominio e ubbidienza, e massimamente nel tempo del re Carlo Magno, e poi di récente e fresca memoria, sotto il dominio del re Carlo sesto, e del re Carlo settimo; e se alcuno altro dappoi avea governato e dominato la città vostra, era infeudato dal re Cristianissimo di Francia, riconoscendo in diretto esupremo signore, eleggeste di vostra spontanea voluntà, eproprio moto, sedici notabili cittadini , ai quali , per comune decreto di

Sa CHRONIQUES

vostro gran consiglio, nemine discrepante y donaste commissione ed autorità di mettere la città vostra, e distritto di quella, airubbidienza di sua Cristianissinia Maestà, corne a vero , naturale e supremo signore gli fare e prestare il debito sacramento di fedeltà. I quali vostri ambasciadori si trasferirono a la città di Milano, dove sua Maestà era in quello tempo, e gli fecero solennemente la detta fedeltà. E nel mese di novembre seguente, nella grande sala di questo palazzo , we proponente, tutti i capi di casa, e uomini capaci di ragione, ratificando la detta fedeltà, e tutto quanto per i detti ambasciadori èra stato fatto, di novo si obbligaronoe giurarono la fedeltà in mano di monsignore di Ilavestein , per sua Maestà , afRrmando che la riduzione délia città vostra alla sua ubbidienza era riformare lo stato di essa città, che per algun tempo era stato deturpato e difformato per la tirannia de alcuni , e vostri particulari odj e inimicizie intestine.

Sed (fuis furor, 6 populi, et quœ tanla demenliay cives? Che è quello che vi ha indutti a ribellione contra il re Cristianissimo nostro signore, il quai ha fatto verso voi tutto quello cheeraconveniente a giusto, pio ed amorevole signore, incontinente che siete venuti alla ubbidienza sua ? Ha fatto cessare tutte le vostre parzialità, che erano causa spessodi ogni vostro

DE JEAN d'aUTON. 55

maie. Ha ordinato farvi amministrare giustizia, cosi al ricco, come al povero, senza eccettuar persone. E se alcuno mancamento è stato i n la giustizia, la colpa si puô dare a voi, che non avete avvertito a sua Maestà. Vi ha diffeso da tutte oppressioni e violenzie, favorito tutti i vostri commercj e mercanzie e per tutta vostra navigazione, con le bandiere e insegne délia sua Maestà, siete stati honorati e carezzati. E quantum che tutta Italia abbiasentito i dannieincommodidellaguerra, sola la vostra città, e lo Genovese, hanno goduto la pace. Che è quello che vi mosse, o popolo Genovese, a dimmenticarvi di tanti beiieficj , etiam per voi commemorati , e il tranquillo e dolce stato nel quai voi cravate, e venir contra il sacramento délia fedeltà, e metter la città vostra, le persone, gli onori, edibeni, in cosi évidente ruina. Che se la somma clemenza e pietà del re Cristianissimo non avesse ovviato, per voi non è rimasto di rovinaree sovvertere perpetuamente il tutto. Che è quello che ha possuto fare il re Cristianissimo , in vostro beneficio , che abbia lasciato di farlo? E puô dire come dice il nostro Signore , Popule meus , quidfeci tibi?

Longo tempo è , che i predecessori vostri hanno conosciuto non poder esser senza giusto signore. Ed è sentenza di filosofi , qubd sub justo principe vivere y summa est liber tas.

Wi j

Se voi non aveste signore, e voleste elegger uno, a pena trovareste simile al re Cristianissimo. Se consideriamo 1' origine e genealogia, è la più antica e continuata de Gristiani. Perocchè il re Cristianissimo è lo cinquanta uno discendente del primo re. Se consideriamo le virtù sue , tutto è pieno di religione, di giustizia, pietà, prudenza, fortitudine, e temperanza. E se la presenza di sua Maestà non mi rivocasse dal proposito , dubitando ineorrere vizio di adulazione , io vi mostrerei che con tutti quelli che sono laudati nel!e antiche e moderne istorie , di religione, di giustizia, dipietà, di prudenza, di fortezza e temperanza, sua Cristianissima Maestà si puô comparare. Lo sanno i sui sudditi. Lo sanno i suoi servitori, iquali sono continuamente presso di sua Maestà. Lo potete per esperienza conoscere , voi , popolo genovese, che avete nuovamente esperto lasuamagnanimità in avervi vinto con tanta celerità, e si gran bontà in volervi perdonare si gran colpa. Et nientedimeno, accecato popolo, avete procurato mettervifuori délia ubbidienza di sua Maestà. Voi pigliastevi le armi nel principio, facendo tumulto e sedizione, e comme ttendo cvimen lœsœ majestatis, E perpetraste poi omicidj e ruberie, e per violenza cacciaste i nobili, che sono i principal! di vostra città.

DE JEAN d'aUTON. 35

Donastevi ad intendere venir a venia, e domandar grazia, e perdono, promettendo posar le armi, e rimettere il tutto al pristino stato. Ei bono, e clementissimo re, liberalmente vi perdono, sperando che do veste r^conoscere sua bontà e clemenza e disponervi del tutto al suo servizio, come fece il buon Cinna Romano verso Ottaviano imperadore, poichè gli dono la vita, che h poteva giustamente togliere. Ma voi ciechi di furore, e ingrati, andando da mal in peggio, avete occupato i castelli e terre che si tenevanoper i suoi capitani, assegiate altre, le quali sua gente d'arme colle sue bandiere difendeva, impedito e depredato le vittualie e uomini che si mandavano aile sue fbrtezze e castelli, preso il Castellazo, e sotto fede, crudelmentetrucidato gli uomini , assegiato e combattuto il suo Castelletto. E quel ch' è peggio , vi avete munito e fortificato per resistere a sua Maestà, la quai veniva in persona. Non considerando che la forza vostra verso quella di sua Maestà è simile a quella d'una pulice ad uno elefante.

0 dannata e detestabile perfidia ! 0 somma demenza ! Se io volessi pesare la qualità e gravita dei vostri delitti ed eccessi , e commensurarli con degna pena, non solo gli uomini, ma le mura e la terra, meriterebbero perpétua eversione;e tutti gli tormenti esquisiti per Phalaris, e Dionisio, e altri tyranni , non

sarebberosufficienti. loso beneche vidispiace intendere esprobrare e detestare V errore vostro; ma vi conosco di tanto ingenio, che conoscete che il detto errore è piu grande , e mérita più grave riprensione. lo conosco nel volto e nell' abito , che siete Genovesi , ma i fatti e le opère sono contrarie, e più presto da inimici, avendo esposta la patriaa cosi gran pericolo. E son certo che, quando vi considerate, i capelli si rivoltano insuso, e le viscère si commuovono.

Sed respexit vos ocido pieiatis démentis simus reXj et misertus est popiili sui. Non è minor la gloria di sua Maestà Cristianissima in aver temperato la giusta indignazione sua verso voi, che avervi vinto, e ridotto a sua ubbidienza. E quando considero i casi , per i quali Valerius Publicola, Furius Camillus, i due Scipioni Africani, Marco Marcello, Marco Catone, Archita Tarentino, e gli altri sono laudati délia virtù di temperanza, senza dubbio^ in questo caso, il re Cristianissimo è degnodimaggiorlaude, il quai mi ha commandato rispondere a la supplicazione vostra :

Che sua Maestà perdona e rimette a tutti i Genovesi i delitti , tanto di lésa maestà, nel primo o secondo capo, quanto altri, qualsivoglia, e di qualsivuole gravita e importanza, in fino al présente giorno, riservata la ragione del terzo, il quale potraproseguireci-

DE JKAN D^AUTOIV. 5j

vilmente e criminalmente, come le piacerà. E intende sua Maestà Cristianissima, che siano inclusi in la présente grazia, cosi gli assenti come i presenti, dummodb ipsi assenti infra uno mese dal présente di, companno davanti il governatore , e il suo locotenente, e giurino in sue mani la fedeltà a sua Maestà Cristianissima; la quai eccettua, e esclude dalla detta grazia solamente quelli che ha fatto particolarmente nominare.

Et ultra y ex plenitudine gratiœ , rimette e dona la multa e pena di cento mila scudi, inclinando a essa vostra supplicazione. E vi restituisce e r intégra a gli onori , dignità e béni vostri.

E circa lo articulo de' privilegj , quale sono qui in pronto , sua Maestà , per conservare la autorità regia, ha ordinato che siano rotti attualmente, cancellati e brucciati. E nientédimeno usando di sua pietà e clemenza, poichè gli avrete fatto et prestato lo debito sacramento de fedeltà, vi farà leggerele concessioni, privilegj e ordinazioni, i quali intende che abbiate.

E a Tultima parte di vostra supplicazione, sua Maestà ha deputato alcuno per intendere se sono prigioni di buona guerra, o no. E in ogni caso , li fara cosi bene trattare, che voi , e loro, avrete causa di contentarvi.

0 somma bontà! o inestimabile pietà! o

immensa magnanimità! Dovete dunque, popologenovese,riconoscereperpetualmenteuno tanto beneficio e dono, che sua Cristianissîma Maestà vi ha fatto in questo dl, restituendovila patria, T onore, la vita, donne, figliuoli e béni, e lo dovete con perpétua memoria celebrare, affinchè ne voi, ne vostri successori, abbiate ad incorrere mai più in simile errore. Perôcehe como sua Maestà ha usato al présente di somma pietà e clemenza , ricascando , bisognerebbe usare di immenso rigore e somma severità, la quai dovesse cedere in esempio perpetuo a tutti sudditti. Pource que tous n'entendent entièrement le langage italien , et que dedans les susdites harangue et réponse, sont maintes choses recommandables, dignes de record, alléguées afin que chacun en puisse avoir connoissance et entendre la substance, je dirai ci-après de mot à mot le contenu en icelles, dont l'introïte de la proposition dudit messire Jean dellice, référendaire du peuple de Gênes, fut telle :

« Très -Chrétien et invictissime roi, notre souverain et unique seigneur en terre, cette vôtre très-dévote cité de Gênes, et universellement les habitans en icelle, vraiment reconnoissent les bénéfices et mérites infinis de la Majesté vôtre, par vous faits, et par nous reçus , être tels et si grands , que tous nous et nos postères rendent perpétuellement

DE JEAN d'aUTON. 59

obligés à devoir rendre et référer, à votre Majesté, non telles grâces et louanges comme nous devons, mais telles que par notre débile faculté pouvons. Mais vraiment, roi trèsbenin , les prétérits bienfaits et grâfces a tous surmonté et passé ce dernier très -singulier et très-noble don de clémence , que soyez daigné venir personnellement nous délivrer de si grande servitude et captivité, et tant que, par la coulpe, non pour ce de grand nombre, d'hommes de maie affaire, étions réduits, lesquels, étant ensuivis de la vulgaire et aveuglée gent, par armes et à force, la cité ont mu à erreur. Mais votre clémence infinie, prenant doctrine en notre rédempteur Jésus -Christ ( et nous pourtant non ensuivant Tobstination infructueuse de Judas, mais de Pierre la salutifère pénitence, et les yeux au ciel levés , considéré que tarde ne fut jamais grâce divine) , a été tant superabondantissime , que , non regardé ladite erreur, vous êtes venu délivrer et racheter, en telle manière , Christianissime roi , que, ainsi comme par tout le monde la Majesté vôtre, à sa grande gloire et louange , est enseignée, nommée etdécorée Christianissime à bonne et juste cause, le triomphal titre Clémentissime se peut et doit à lui ajouter; lequel , s'il n'est supérieur, au moins est non plus bas, mais coégal à l'autre honorable titre. Et pource

Hi

4o CHRONIQUES

que votre souveraine clémence nous a reçus en sa bonne grâce , et sous le très-sur écu de sa protection, tout mal cesse, et tout bien ensuit, comme Jésus-Christ étant en la croix, les bras étendus et ouverts, pardonne à tout homme qui à lui se tourne et reconnoît son erreur; pour ce, tous universellement, en vertu de ce nouveau titre de clémence, en terre prosternés, supplions votre Majesté, que nous daigniez bailler et octroyer la grâce et requête qui s'ensuit :

« Premièrement, que veuillez universellement pardonner, et juger selon votre souveraine clémence ;

« Secondement , remettre et canceller la peine de grande pécune, à votre cité inflicte pour Terreur susdite ;

ce Tiercement, à nous octroyer et donner les privilèges, grâces, exemptions, immunités, et autres libertés à cette cité accoutumées; (( Quartement , ainsi comme 1 ame du glorieux Jésus-Christ descendit aux limbes pour racheter et délivrer les âmes jà long-temps là captives, ainsi, en mémoire de sa très-sainte passion et délivrance susdite, chacun vous supplie et humblement requiert, si votre Majesté veut, que daigniez , par cettui votre avènement, déhvrer vos citadins, jusques à ce présent jour dedans le Châtelet retenus , et gracieusement les donner à leurs mères incon-

0) jî

DE JEAN d'aUTON. ^l

solées, à leurs femmes afflictes, et à leurs troublés parens, à la perpétuelle louange et gloire de la vôtre Majesté, et afin que le juste ne souffre pour l'injuste.

(cJe n'omettrai pas, roi clémentissime , l'autre honorable don à nous aussi à octroyer, pour constituer un royal gouverneur, sous le gouvernement duquel , par sa vertu souveraine, prudence et avis, espérons cette cité, avec toutes ses affaires, devoir être tellement régie et gouvernée, que grande gloire en résultera à la Majesté vôtre , et de nous utilité pacifique et stabilité perpétuelle. Laquelle cité, avec toutes ses appartenances, non pas comme se doit, mais comme se peut humilier, et genoux plies, prosternée en terre, très-dévotement se recommande , en ramenant et alléguant celui dit du Psalmiste : Cœur contrit et humilié, roi, ne dédaigne pas. »

Et, ce disant, tout le peuple de Gênes se prosterna et coucha du ventre en terre, les têtes découvertes.

Ce fait, le cardinal d'Amboise et messire Michel Ris approchèrent la chaire du roi , et là parlèrent assez long-temps ensemble, comme par l'espace de demi-quart d'heure; et puis ledit Michel Ris, commis depar le roi pour répondre à ce que les Genevois avoient fait devant proposer, fit saditeréponse en italien, selon le contenu, comme est ci-dessous rédigé en françois :

«Sentence est des philosophes , que !a rébellion et désobéissance autant nuit au ^enre humain , que l'observance de bonne foi lui donne d'aide : Perfidia taniiim incommodi humano ^eneri ad fert y quantum salutis bona/îdes prœstal. Cette désobéissance non-seulement a submergé et détruit les cités, les terres et provinces, comme se lit en l'histoire de Ca poue, Numance, etCarthage, et maintes autres cités et provinces ; mais une partie de la nature angélique a mis et chasséen ruine, par elle, irréparablement. Notre père Adam, parla rébellion et inobédience faite vers son Seigneur , fut, lui et sa postérité, à perpétuité condamné ; et, combien que notre Seigneur et rédempteur Jésus nous ait, par son précieux sang , rachetés, néanmoins notre nature en demeure imbécille et infirme par ladite coulpe. 0 peuple genevois , je me voudrois bien de si grand'mémoire, savoir et faconde, que je puisse condignement considérer, commémorer et expliquer la gravité de votre exécrable déloyauté ; mais la grandeur et énormité d'icelle offusquent l'entendement, perturbent la mémoire et empêchent la langue; pource que, quand je considère la déloyauté des Carthaginois vers Xantippus lacédémoiiien,qui est très-griève estimée; celle d'Annibal vers les Nocérins et Acérains , de Digneus Domitius contre Bituite , roi d'Auvergne, et de Servius Galba contre les trois cités de Por-

DE JEAN d'aUTOJV. 4S

tugal, toutes ensemble ne sont à comparer à cette vôtre, perpétrée et commise vers le Très- Chrétien et très-piteux notre roi ; et me deulx que je ne la puis bien déclarer, afin que mieux s'entendît la souveraine bonté et clémence de sa christianissime Majesté.

(( Je me recorde, et crois bien que maints de vous présens en ont mémoire, que, l'an de la nativité de notre Seigneur, mil quatre cent quatre-vingt-dix-neuf, au mois d'octobre , reconnûtes que votre vrai et naturel seigneur étoit le Christianissime roi de France ; et que long-temps votre cité a prospéré sous la seigneurie et obéissance des rois de France, et mêmement du temps du roi Charlemagne ; et puis , de nouvelle et fraîche mémoire , sous la domination du roi Charles sixième et du roi Charles septième ; et si aucun autre depuis avoit gouverné et dominé votre cité, ce auroit été au préjudice et fraude du Christianissime roi de France; et en le reconnoissant en direct et souverain seigneur, vous élûtes, de votre franche et libérale volonté et propre mouvement, seize notables citadins, auxquels, par commune ordonnance de votre grand-conseil, nul y contrariant, donnâtes commission et autorité de mettre votre cité et dépendances d'icelle à l'obéissance de sa Christianissime Majesté, comme à votre vrai, naturel et souverain seigneur; lui faire et bailler le dû serment de

'Il

iJ!

fidélité. Lesquels vosdits ambassadeurs vers lui se transportèrent en la cité de Milan où sa Majesté étoit lors , et là lui firent solennellement ladite fidélité; et au mois de novembre ensuivant, en la grand'salle de ce palais, moi proposant , tous les chefs de maison et hommes capables de raison , en ratifiant ladite fidélité et tout ce que par lesdits ambassadeurs avoit été fait, de nouveau s'obligèrent, et jurèrent la fidélité, en la main de monseigneur de Ravestain, à la Majesté du roi, affirmant que la réduction de votre cité à son obéissance étoit réformer les statuts et la cité qui par aucun temps avoit été enlaidie et déformée par la tyrannie d'aucuns , et vos particulières haines et intestines inimitiés.

« Sedquisfuror, ôpopuliy etquœ tant a demen^ tiOy cives F Mais, ô peuple et citadins genevois, quelle fureur et très-grande folie vous a induits à rébellion contre le Christianissimeroi notre seigneur, lequel a fait envers vous tout ce qui étoit convénient et requis à juste, piteux et amiable seigneur, incontinent qu' êtes venus à son obéissance ? 11 a fait cesser toutes vos partialités qui étoient souvent cause de tout votre mal ; a ordonné vous faire administrer j ustice, autant au riche comme au pauvre, sans excepter personne (et si aucun défaillement a été en la justice , la coulpe s'en peut donner à vous-mêmes, qui n'en avez sa Majesté averti);

DE JEAN d'aUTON. 45

vous a défendus de toute oppression et violence ; favorisé toutes vos merceries , changes et marchandises; et par toute votre navigation, avecla bannière et enseigne de sa Majesté, avez été honorés et chéris ; et , combien que toute l'Italie ait senti les dommage et^pertede la guerre, votre seule cité et les Genevois ont joui du bien de la paix. Quoi! et quelle chose est-ce qui vous a mu, ô peuple genevois, à oublier tant de bienfaits par vous-mêmes commémorés , et le tranquille et doux état auquel vous étiez , et venir contre le serment de la fidélité , et mettre la cité , les personnes, l'honneur et les biens en si évidente ruine, que si la souveraine clémence et pitié du roi Christianissime n'y eût obvié , par vous n'est demeuré de ruiner et subvertir perpétuellement le tout? De ce et cela que le roi Christianissime, pour votre profit et bien, a pu faire , qu' a-t-il laissé de le faire? 11 vous peut dire, comme notre Seigneur dit aux Juifs: Popide meus y quid feci tibil Mon peuple, qu'ai-je fait à toi?

w Long-temps y a que vos prédécesseurs ont connu ne pouvoir rien sans juste seigneur. Et est sentence des philosophes que: Sub justo principe vivere sunima est libertas, qui est adiré que: Vivre sous juste prince est souveraine liberté. Si vous, Genevois, n'aviez seigneur, et vous en voulussiez un élire, à peine le trou-

46 CHKOINIQUIîS

veriez-vous semblable au roi Cbristianissime : si nous considérons l'orifjine et généalogie de celui , elle est la plus autbentique et continuée des chrétiens , pource que le roi Cbristianissime est le cinquante et unième descendant du premier roi de France; si nous considérons sa vertu, toute est pleine de religion, de justice, de pitié , prudence, force et tempérance ; et si la présence de sa Majesté ne me révoquât du propos , doutant encourir vice d'adulation, je vous montreroisque, à tous ceux qui sont loués en Tantique et moderne histoire, de religion, de justice, de pitié, de prudence, de force et de tempérance, sa Cbristianissime Majesté se peut comparer : cela savent ses sujets, cela savent ses serviteurs , lesquels sont continuellement près de sa Majesté; cela pouvez par expérience connoître, vous, peuple genevois , qui avez nouvellement sa magnanimité expérimenté, en vous ayant sitôt vaincus, et sa grande bonté, en vous voulant si griève coulpe pardonner; et néanmoins, peuple aveugle, avez procuré vous mettre bors de Tobéissance de sa Majesté : vous avez au commencement pris les armes , en faisant tumulte et sédition , et commettant crime de lèse-majesté; et puis avez perpétré homicides et roberies, et par violence chassé les nobles , qui sont les principaux de votre cité.

«Vous avez don né à entendre venirà raison

DK IRAN DAl/ÏON. /{y

et demander grâce et pardon , promettant laisser les armes et remettre le tout au premier état ; et le bon et très-humain roi lil>éralement vous pardonna, espérant que vous dussiez reconnaître sa bonté et clémence , et vous disposer du tout à son service , comme fit le bon Cinna romain vers Octavien empereur, pource qu'il lui donna la vie que justement lui pouvoit toUir ; mais vous, aveuglés de fureur et ingrats, en allant de mal en pis, avez occupé les châteaux et terres qui se tenoient par ses capitaines, assiégé aucunes autres que ses gens d'armes avec leurs bandes défendoient, empêché et détroussé les victuailles et hommes qu'on envoyoit à ses forteresses et châteaux, pris le Castellat, et, sur la foi, cruellement occis les soudards qui dedans étoient, assiégé et occupé son Châtelet; et, qui pis est, vous êtes munis tous et fortifiés pour vouloir résister à sa Majesté, laquelle est venue en personne, non considérant que votre force envers celle de sa Majesté est semblable à celle d'un vermet à un éléphant.

crO damnée et 'détestable perfidiej ô souveraine folie ! si je voulois peser la quahté et gravité de votre délit et excès , et en commesurer condigne peine, non-seulement les hommes, mais les murailles et la terre mériteroient perpétuelle éversion ; et tous les tourmens exquis par Phalaris, Denys et autres tyrans, n'y se-

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roient bien suffisants. Je sais bien qu'il vous déplaît entendre blâmer et détester votre erreur ; mais je vous connois de tel entendement, que connoissez bien que tant plus est Terreur grande, et plus, griève répréhension mérite. Je connois en votre visage et habit qu êtes Genevois ; mais les faits sont contraires , et plutôt oeuvres d'ennemis , en ayant exposé le pays à si grand péril; et je suis certain que, quand vous le considérerez , que les cheveux se révolteront en sus et les entrailles se meuvront.

« Maisle roi très-humain vous a regardés, de l'œil de sa pitié et a eu merci de son peuple. Moindre n'est la gloire de sa Christianissime Majesté , en ayant tempéré sa juste indignation vers vous, que de vous avoir unis et réduits à son obéissance ; et quand je considère les cas par lesquels Valérius Publicola, FuriusCamillus, les deux Scipions africains, Marcus Marcellus, Marcus Cato, Architas Tarentinus, et les autres, sont loués de la vertu de tempérance, sans doute, en celui cas, le roi christianissime est digne de plus grande louange, lequel m'a commandé répondre à votre èuppHcation :

« Que sa Majesté pardonne et remet à tous les Genevois les délits, tant de lèse-majesté au premier et second chef, comme autres délits, quoi qu'ils soient et de quelque importance, jusques au jour présent, réservé le droit d'autrui, qu'il pourra , civilement et criminellement.

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DE JEAN d'aUTON. ^q

OU comme il lui plaira, poursuivre; et entend sa Majesté Christianissime, que, en la présente grâce, soient inclus et compris ainsi les absens comme les présens , pourvu que dedans un mois, de ce jourd'hui, compareront devant le gouverneur ou son lieutenant, et jureront la fidélité entre ses mains à sa Majesté Christianissime , lequel excepte et forclôt de la grâce seulement ceux qu'il fera particulièrement nommer.

^<Et en outre, par grâce plénière, remet et donne la taxe et peine de cent mille écus , en obtempérant à votre supplication, et vous restitue à vos honneurs, biens et dignités.

« Et touchant l'article des privilèges, tels son t que promptement sa Majesté, pour conserver l'autorité royale , a ordonné qu'ils soient rompus réellement, cancellés et brûlés; et, néanmoins en usant de sa pitié et clémence, après que lui aurez fait et baillé le dû serment de fidélité, vous fera lire les concessions, privilèges et ordonnances, lesquelles entend que vous ayez.

f^Et, à la dernière part de votre supplication, sa Majesté a député aucuns pour savoir si les prisonniers du Châtelet sont de bonne guerre ou non, et, en tout ca^, les fera SI bien traiter que vous et eux aurez cause de vous contenter.

« 0 souveraine bonté ! ô inestimable pitié !

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5q chromques

ô immense magnanimité ! Donc devez, peuple genevois, reconnoître perpétuellement un si grand bénéfice et don que sa Christianissime Majesté vous a fait en cette-ci , de vous restituer le pays, Thonneur, la vie, les femmes, les filset les biens, dont le fait devez avec perpétuelle mémoire célébrer, afin que vous ni vos successeurs ayez à encourir jamais plus en semblable erreur ; pource que , comme sa Christianissime Majesté a usé à présent de souveraine pitié et humaine clémence en rechéant, besoin auroit user d'immense rigueur et souveraine sévérité, laquelle devroit céder en exemple perpétuel à

tous sujets. »

Là , même en la présence du roi , furent nommés particulièrement tous ceux qu'il ne vouloit être compris en la grâce dessusdite , lesquels furent, en audience, par ledit messire Michel Ris, déclarés commisseurs de crime de lèse-majesté, rebelles et désobéissans au roi , et leurs biens confisqués.

En outre, furent apportés, sur les échafauds, les livres où étoicnt écrits et enregistrés leurs privilèges , tant des douze anciens gouverneurs du fait politique, des douze de l'office de la baillie, des huit de l'office de la monnoie, que des huit de l'office de Saint-Georges ordonnés sur la recette des îles , châteaux , terres et seigneuries de Gênes ; et est à savoir que y de chacun office , étoient moitié des nobles et

moitié du peuple; et, là, voulant le roi user de puissance royale et autorité seigneurieuse , voulut et ordonna lesdits privilèges être en sa présence cancellés, rompus et brûlés (ce qu'ils furent sur lesdits échafauds, et mis en èendres) en retenant à lui et de son domaine toute la souveraineté et seigneurie de ladite cité de Gênes. De laquelle seigneurie, sont les îles et terres qui s'ensuivent : premièrement, yestl'île de Corse, située, en Levant, entre Gênes et Barbarie, à cent milliaires de Gênes près de Sardaigne, terre d'Espagne; dedans laquelle sont villes et cités, comme Boniface, bonne cité et grande, Calvi , Bastia; laquelle île a de tour cinq cents milliaires ou environ ; autres fortes places y a sur la rive de la mer du Levant, comme Sarzane , Spédia , Le vanto et Cranaro \ assises sur rochers et fortes avenues , distant de Gênes : l'une desdites places, de trente milles; l'autre de quarante, l'autre de cinquante et l'autre de soixante; chacune à dix milles l'une près de l'autre , pour, au besoin, donner secours d'heure en autre où métier en seroit; aussi est, de ladite seigneurie de Gênes, une autre île en Grèce , nommée Chio, de laquelle île possèdent grande partie les Justinian de Gênes; autres places et châteaux sont es parties d'Occident de ladite seigneurie , c'est à savoir ; Savone, Noie, Albingue et VintemiUe, toutes cités, le gouffre de Rapale, et

k port de Lespèce, Saint- Pierre -d'Aréney Rivereu, Bosseneau, Pontadême , Jugum, Vultabium, Gavi, Nove, Bourg, Busale, Monjardin, Cabella, Saint-Christophe, Arcora, SarravalleetMonigue, avec plusieurs^ autres bonnes places et forts châteaux , desquels je n'ai su les noms. Mais j'ai su par le rapport d'un mien hôte de Gênes , homme autorisé et ancien , que la bourse de Saint- Georges est estimée par chacun an à cent mille ducats , lesquels se lèvent seulement sur la vendition du pain , du vin , des draps , et des autres marchandises qui viennent hors de Gênes en la cité et qui sortent de la cité pour aller ailleurs. Lesquelles îles, villes^ cités , châteaux et domaines, le roi mit entre ses mains, et retint à sa seigneurie , où mit et ordonna capitaines, heutenants et gouverneurs sous lui , pour iceltes régir, et entretenir, et du tout à la manière et coutume de France gouverner.

Après, fut dit par celui Michel Ris auxdits Genevois , que le roi les avait pourvus d'un gouverneur, lequel étoit en présence, nommé messire Raoul de Lannoy , bailli d'Amiens , homme d'âge, vertueux, scient, noble et bon justicier, lequel fit là le serment , en mettant les mains surlesÉvangiles, jurant et promettant de bien et léalement servir le roi audit office, de faire justice au grand et au petit.

DE JEAN d'aUTON. 55

sans acception avoir à personne, et de s'acquitter en manière que à son pouvoir l'honneur du roi y seroit gardé, le bien de la chose publique entretenu, et sa conscience déchargée. ^

En ensuivant, montèrent sur l'échafaud les quarante officiers susdits, et là, en la présence du roi, firent le serment de fidélité, en baisant la paterne , et mettant les mains sur les Évangiles. Et après que ceux eurent fait leur serment, tout le peuple de Gênes universellement leva les mains, en criant à haute voix : France! France ! France! France!

Et tout ce fait, le roi se mit hors de chaire et s'en alla en sa chambre ; et chacun s'en va à son logis.

Les Genevois ainsi mis à la raison, en outre, pour pacifier de l'amende profitable de leur forfait, baillèrent au roi cent mille écus, et cent mille pour le défrai de son armée, et quarante mille pour faire faire un château neuf au lieu où est la tour de Codefa, nommée la Lanterne; lequel devoit être fossoyé , en roc encis , de soixante pas en large, et tant de parfond , que la mer qui frappe là pût passer partout autour. Pour lequel faire e( fortifier, le roi ordonna un nommé Paul de Beusserailhe, maître de son artillerie, €t seigneur de l'Espy. Outre plus, promirent lesdits Genevois, et furent tenus dorénavant

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de soudoyer quatre cents hommes de guerre au Châtelet, et cent au château neuf, pour le roi, et, dedans leur port, entretenir pour ledit seigneur trois galères armées et équipées.

Comment un (fténruoiô, nomme Bemelri îuôtinian , eut la tète traucl)ce à ^ènc^.

Dedans les prisons du roi étoit lors un nommé Demetri Justinian, des plus gros du peuple gras de la ville de Gènes; lequel, comme j'ai dit, avoit mu le peuple à sédition et entretenu en sa rébellion contre le roi, tant, que ledit peuple, après la réduction de Gênes , crioit contre lui à haute voix , disant : « C'est le traître qui nous a séduits par erreur, commus à guerres civiles, divertis d'obéissance, et obstinés à rébellion! »,Quoi plus? Son procès fut fait , sur lequel fut, par le conseil , conclu et déterminé que, vu sa désobéissance et rébellion , et l'erreur damnable en laquelle avoit mis et tenu le peuple de Gênes, qu'il étoit digne d'encourir peine capitale : à laquelle fut jugé. Dont furent faits les échafauds, et les choses apprêtées, pour lui trancher la tête , dedans une belle place près du môle de Gênes, et dit, que le dou-, zième jour dudit mois de mai , vigile de l'As-

cension de Notre-Seigneur , seroit exécuté. Chacun courut celle part, tant, que, depuis huit heures du matin, ladite place et les maisons d'entour furent, jusques au soir, toutes pleines de gens du roi et du peuple de la ville, attendant illec la venue de l'heure de ladite dépêche. Mais quand ce fut sur l'heure de vêpres basses , fut dit sur le lieu que ledit Demetri ne seroit pour l'heure exécuté : dont aucuns des vilains de Gênes levèrent les épaules, disant en leur langage: « Je sa vois bien qu'il n'en mourroit point, car il est garni de denare. >» Aussi étoit-il, car lorsqu'il sut que son procès étoit fait, et lui condamné à mourir, voulut donner au roi quarante mille ducats pour être répité de mort. A quoi ne voulut entendre le roi, disant : « Autre chose n'en sera fait, si n'est ce que justice en a ordonné ! » Ce qui ftit fait à l'honneur du seigneur et à la crainte de tous malfaiteurs. Et si pour argent en eût été quitte , comme plusieurs disoient, ce que le roi avisoit bien, quelque autre garni de ducats, pensant pour autant en être absous, en cas pareil se fût pu mettre à l'aventure. Mais en advint que le lendemain, qui fut le propre jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, sur le point de neuf heures du matin , fut par un prévôt des maréchaux conduit jusques à ladite place et fait monter sur l'échafaud , où

là voulut parler, et dire quelque chose au peuple de Gênes , et commencer quelque propos. Mais le prévôt ne lui voulut donner temps de finir son dire. Et voyant, celui Demetri, qu'il ne seroit ouï, jeta un grand soupir à merveilles, en levant les yeux amont, la face toute pâlie et blême, les bras encroisés, se tint coi assez long-temps. Et ce fait, le bourreau lui banda les yeux; puis, de lui-même se mita genoux, et étendit le cou sur le chappus. Le bourreau print une corde, à laquelle tenoit attaché un gros bloc, à tout une doulouêre tranchante, hantée dedans, venant d'amont entre deux poteaux , et tire ladite corde , en manière que le bloc tranchant à celui Genevois tomba entre la tête et les épaules, si que la tête s'en alla d'un côté et le corps tomba de l'autre. La tête fut mise au bout du fer d'une lance , et portée sur le sommet de la tour de la Lanterne , qui est à touchant, et au dedans du môle de Gênes , regardant celle tête droitement sur la ville. Le corps demeura mort sur ledit échafaud, tout le long de ce jour; puis, fut le soir, avec le congé de la justice, de là ôté, et porté enterrer.

Après que lesdites choses furent mises à fin, la ville de Gênes fut de tous points accoisée, les pays circonvoisins épouvantés, les François tous réjouis, et le roi tout à souhait.

DE JEAN d'aUTON. 5j

Dont je, qui lors étois audit lieu, voyant la grâce de Dieu si largement étendue sur l'affaire des François , la gloire du roi prospérer, et son honneur accroître, pour commencer à lui vouloir donner louange de son bien-fait , et lui diversifier passe-temps, lui présentai ce peu d'écrit comme s'ensuit :

Or est Gênes- la-Superbe soumise , Qui onc-mais ne fut au-dessous mise D'homme vivant , ni par force occupée ; Ains a dompté le pouvoir de Venise , Terre en la Grèce , et outre-mer acquise , Pris Sarrasins , et Turcs mis à l'épée , Espagne en mer vaincue etassoupée , De Barbares esclave grosse somme , De victoires eu plus d'une somme , Et emporté partout los à grand' erre : Déchue puis par un seul qui se nomme Roi de la mer et seigneur de la terre.

Ayant ainsi usé de sa maîti-ise ,

Longue saison , sans trouver qui lui nuise ,

Guidant tout temps être si haut huppée :

Le roi , voyant qu'elle a faute commise ,

A contre elle tant usé de main mise,

Que par armes l'a conquise et happée ,

Sa puissance rompue et dissipée

En batailles , où les siens prie et somme

De ruer coups , dont l'un fiert , l'autre assomme ;

Chacun François son Genevois atterre :

Là est présent , pour en ordonner comme

Roi de la mer et seigneur de la terre.

Après un chef de si haute entreprise , Jà n'est besoin que plus on loue ou prise

i II

César, Sylla , Scipion et Pompée ;

De Daire aussi , et Cyrus , vous suffise ,

D'Alexander et Ninus , qui ont prise

Par long séjour la terre , et usurpée :

Cettui a fait conquête anticipée ,

La plus noble qu'onc fit jamais homme ,

Digne de tous les triomphes de Rome,

D'immortel los , qui par mort ne s'enterre ,

Mais eu mémoire éterne le renomme

Roi de la mer et seigneur de la terre.

Prince , gardez bien Gênes et son Dôme ; Puis , reposez sûrement votre somme , Et ne doutez pique, ni cimeterre , Ni que nulli vous défasse ou consomme, "* Car vous serez et demeurrez en somme Roi de la mer et seigneur de la terre.

Comment If roi partit î>f «fecnfs , pour «Vit aller à milan et à eee autres uillre îie Combarîiie ; et tt son entrée tit |)aote et îie inilan avtt plusieurs autres noupelletés.

Lorsque toutes ces choses furent, comme avez ouï, ordonnées et mises à chef, le roi eut vouloir de visiter sa duché de Milan et ses autres pays ; mais premier que désemparer Gênes, fit mettre manœuvres, et maîtres d'architecture , à commencer son château neuf, où tantôt furent embesognés plus de cinq cents ouvriers, sans les serviteurs, en

'Il

DE JEAN d'aUTON. 5g

sorte que le commissaire se fit bien fort de rendre ledit château dedans six mois après ce , prêt à mettre dedans les garnisons au couvert; et aussi, pendant ce que ledit château se feroit, afin que les Genevois coutumiërs de mutinerie n'empêchassent l'œuvre, ordonna le roi demeurer à Gênes grand nombre de ses gens d'armes et piétons, pour toujours leur tenir la bride roide et les garder de ruer.

Et ce fait, transmit lesmaréchaux-des-logis avec les fourriers à Bourg, à Busale et à Gavi marquer les logis ; et le lendemain de 1 Ascension, sur les trois heures du matin, délogea de Gênes , dont chacun se mit après Toute cette nuit , fut un temps de pluie si tres-merveilleux, que tous les chemins étoient pleins d'eau, et tous les fleuves dérivés, mêmement une petite rivière qui descend des montagnessurlegiavier dePoulceuvre, chéant enlamer de Gênes,- laquelle rivière étoit, par la force de la pluie, qui toujours continuoit, tant roide , et si très-impétueuse , que c'étoit chose épouvantable à regarder, mais plus dangereuse à passer, mêmement à gens de pied, et à ceux qui au déloger avoient pris basse monture : ce que le roi n'avoitfait, ni les autres , qui avoient de quoi le faire, et leur sûreté pour recommandée. Que fut-ce ? plusieurs mal-montés, et sommiers trop chargés, s'en al-

lèrent à vau-l'eau. Et tant advint que, combiea que au déloger, et jusques à Pontadême, qui est environ mi-voie de Gênes et de Busale, ladite rivière ne fût encore trop impétueuse, tant s'efforça de pleuvoir, qu'avec l'impétuosité de l'eau elle devint si très-enflée, qu'elle couvroit toute la grève, si que l'on ne pou voit tenir voie , ni aller droit. Là, fallut à plusieurs mal-montés, et autres , demeurer contre les rochers , pour attendre à vider l'eau , ou se mettre en péril déboire d'autant. Je n'en dirai plus, si n'est que je n'eus onc si grand' peur; car j'en vis plusieurs, par où me falloit passer, étant à la merci des vagues , et entre autres, un nommé maître Pierre Charron , des secrétaires du roi, lequel fut noyé entre Busale et Bourg , sans ce que jamais homme le pût sauver; combien que plusieurs des Allemands du roi , qui là étoient passés à grand danger, et autres à cheval , se missent en leur devoir de le secourir, mais ne surent qu'il ne fût

mort.

Le roi, qui s'étoit mis des premiers à chemin et avoit chevauché roidement , avoit gagné le Bourg de Busale, cuidant aller jusqu'à Gavi, six milles près de là ; mais la rivière fut tant périlleuse à passer , qu'il demeura pour ce jour auditlieu deBourg. Les autres qui purent passer allèrent outre. Sur le soir commença Je beau temps , et dura toute nuit , tant que

DE JEAN d'aUTON. 6i

les fleuves furent du tout desséchés et écoulés. Parquoi , le roi délogea le lendemain , et prit son chemin à Gavi, à Nove, à Tortone et àVoguère, tirant à Pavie, dedans laquelle arriva le dix-huitième jour duditmoisdemai.

Au-devant de lui furent les seigneurs de la ville et les docteurs de l'université, jusques à l'entrée du pont du Tésin. Et là fut entre autres un docteur, nommé Jason Maynus, docteur en tout droit, estimé l'un des plus excellents de toute chrétienneté, lequel fit une harangue au roi en latin, tant rhétorique, que tous qui l'entendirent purent bien connoître qu'elle procédoit du plus profond ruisseau de la fons caballine; auquel fut répondu par un nommé maître Etienne Poncher, évêque de Paris , qui pareillement en très-haut et rhétorique latin lui fit sa réponse.

Aussi sortirentde Pavie cent jeunes gentilshommes à pied, tous habillés de blanc, et en pourpoint, lesquels se mirent le plus près du roi qu'ils purent; disant que la coutume étoit, quand leur prince venoit là pour faire son entrée ou de quelque victoire, que les gentilshommes de Pavie dévoient être tout autour de lui, en tel habit qu'ils étoient , et ainsi le conduire jusques à son logis; à cette fin se présentoient à faire le devoir qu'ils étoient tenus : à quoi le roi les reçut.

Là , devant l'entrée du pont du Tésin , avoit

il ! Bi

62 CHRONIQUFS

un tabernacle de verdure, à Tentrée duquel ëtoient amont élevées les armes du roi; et au plus bas , à côté dextre , les armes du cardinal d*Amboise, et àsenestre, les armes de messire Cbarles d'Amboise, lieutenant du roi delà les monts. Au dedans de celui tabernacle, étoit attacbé un rolet , où avoit en écrit les deux mètres qui s'ensuivent :

Non maris lonii siint littora nostra Ticini, Rex , libi sed lœtos porrigit iinda sinus.

Ce qui est à entendre , et à dire :

« 0 roi, nos rives et entrées ne sont pas tant impétueuses que celles de la merlonie, mais sont les ondes douces du Tésin, qui te baillent son joyeux port. »

Dès l'entrée de celui fleuve, tout au travers, jusques à la porte de la ville, avoit un pont couvert , long de deux cents pas ou environ , au milieu duquel étoient attachés les mètres dessous écrits :

Victor ad Eoiim sic , Rex , tranabis Araxem , Tigris et Euphrates sub tua castra fluent.

« Roi très-puissant , ainsi vainqueur, navigueras le fleuve Araxe , oriental , jusques aux parties du Levant; Tigris, avec Euphrates, ainsi sous tes forts ruisselleront. »

A rentrée de la porte de la ville , étoient en écrit ces mètres :

Conspice , Rex , proprias arces , qui celsa Capbaii Jani perfracta tuo culmina marte tenes.

(( Regarde, Iloi, tes propres forteresses, qui, après avoir le haut sommet du mont Capharé brisé et détruit, par tes armes paisiblement obtiens. »

A rentrée de la grande rue , nommée rue Neuve, avoit un autre tabernacle, couvert d'un drap pers, à la cime duquel étoient les armes du roi , et au-dessous étoient écrits ces mètres :

Ingrederc, ô Latii splendor, spes, gloria , norma : Gens tua victorera cernât ubique ducem.

« 0 lumière, espérance, gloire, et la règle d'Italie, entre ici; toute lagent d'un côté et d'autre te regarde comme duc victorieux, »

Tout le long de ladite grande rue couverte, étoient amont attachés les écus de France, deRretagne, du cardinal d'Amboise, et de messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi ; et tout le dessus de la rue couvert, fait, tout le bas , et au long , à piliers de verdure : et dès l'entrée d'icelle rue, jusques à près l'entrée du château, étoient attachés amont ces mètres, loin l'un de l'autre de quarante pas ou environ :

Rex regum domioator adest , et rector, habenas Cum Jove divisas qui tenet imperii.

w Le roi dominateur et recteur des rois est

présent, qui les inclinations du monde et puissances divisées tient avec Jupiter. »

Âccipe populi plausuâ et corda frementis , Qui patrem patriae prssidiumque vocat.

« Prends les cœurs, Taccueil et l'admiration de ton peuple, de joie tressaillant, qui le vrai secours et bon père du pays t'appelle. »

Alta triumphantem prospexit Roma Metellum , Clara Ludov ici gesta Paviacolit,

i< Rome excelse regarda Métellus le triomphant , mais Pavie honore les clairs gestes de Louis. »

Non Apennini salebrosa cacumina montis Es veritus, vallum , frigora, tela, raare.

« Le sommet très-âpre et chemin mal aisé du mont Apennin, U froideur des glaces , Tempêchement des fossés , les coups des dards , et les ondes de la mer, ne t'ont donné crainte. »

Hannibal ardenti montem dirupit aceto , Agmina tu infracto vertice tuta locas.

« Avec ardent vinaigre Annibal froissa la montagne , et toi , sans fracture , au plus haut des monts, tout à sûr loges tes gens d'armes. «

Sola Ludovici Ligurem frenare superbum

Deitra valet, Ligurum sunt fréta , terra , lacus.

M La seule dextre de Louis peut dompter Gênes-la-Superbe, sous qui sont mers, terres et fleuves. »

DE JEAN d'aUTON. 65

Plusieurs autres mètres étoient là mis et faits à la louange du roi , par un écolier de Pavie , nommé maître Georges de Candie ; les-

quelsjelaisse pour êcheverprolixitéde compte, mais dirai que le roi ainsi s'en alla droit au Dôme faire son oraison , et puis au château prendre repos, où séjourna quatre jours. Durant lequel temps , plusieurs banquets et danses en masques furent là faites , où étoient grand nombre de dames , belles à merveilleà et habillées moult richement. Les princes et autres gentilshommes françois qui là étoient passèrent ces jours joyeusement.

Et puis, le roi adressa vers sa populeuse cité de Milan : au-devant de lui , à un grand mille loin de la ville , furent les seigneurs et citadins tous à cheval , et à grand nombre , avec les médecins et docteurs, et les enfants , et armuriers de ladite ville.

A l'entrée de la porte de la ville, appelée la porte Tisénys, é toit un spectacle de verdure, fait à beaux arceaux verdoyans, où étoient pendues les armes du roi au plus haut ; et aux deux côtés du bas , celles du cardinal d'Amboise, et demessire Charles d'Amboise, lieutenant du roi , et à touchant de ladite porte etoient attaches les mètres qui ci-dessous sont écrits ;

In patriam succède tuam , dignissime regum ,

Quae pridem est meritis facta beata tuis. IV. fi

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Hoc decrat, quôd te incolumem spectaret , et hosti» Victorem : tribuunt hgec quoque dona Dei.

« 0 le plus digne des rois, succède à ton pays; lequel jadis, par tes mérites et bienfaits, est fait sur tous autres plus heureux , auquel ne défailloit autre chose , si n'est que, sain et en bon point, te pût voir, et vainqueur de tes ennemis, ce que la grâce de Dieu t'a donné. » Dès rentrée de la ville jusques au grand Dôme , et dès le Dôme en retournant jusques au château, étoient les rues tendues de haies de verdure, et au-dessus couvertes de draps jaunes et rouges; le devant des murailles des maisons, tout couvert de riche tapisserie; et, tant que duroient lesdites rues, toutes les fenêtres , portes et ouvroirs , et autres passées et vues desdites maisons, étoient pleines et empêchées de dames, toutes, ou presque, vêtues et accoutrées de drap d or et velours cramoisi, ou autres riches saies; au surplus, tant belles, qu'on sauroit à souhait penser, et le plus richement orfiées de quoi se pou-

Toient aviser.

Sur le point de trois heures après midi, le roi entra dedans sa ville de Milan, le vingt et quatrième jour du mois de mai. Pour parler de Tordre de son entrée de degré en autre , dirai ce que j'en ai pu voir. Premièrement^ trois cents des armuriers de ladite ville , tous armés à blanc, et tous emplumés, portant , les

DE JEAN d'aUTON. 67

uns, demi-piques, les autres, hacquebuttes , les autres, partisannes, ronçons, et grandes épées à deux mains, marchèrent les premiers, à deux rangs; lesquels avoient trois capitaines achevai, deux devant et un derrière. A la queue d'iceux, étoient grand nombre de Lombards, tous gorrièrement montés et accoutrés. Puis, suivoient le prévôt de l'hôtel et tous ses archers. En après, messire Berault Stuart, capitaine des Écossois de la garde, messire Jacques de Crussol et messire Gabriel de La Châtre, capitaines des archers de la garde françoise; lesquels menoient les quatre cents archers de la garde , tous à cheval , et en armes. Au derrière d'eux, étoient grand nombre de gentilshommes à cheval , françois et lombards. Puis , marchoient à pied quatre cents enfants de la ville, tous en pourpoint de velours, satin et taffetas pers , semés tous de fleurs-delis; desquels les aucuns portoient deux à deux, quatre à quatre sur leurs épaules , avec perches propices à ce, grosses tours en feinte, villes et châteaux , glaives et armures de diverses sortes, pour démontrer à ces enseignes l'effet de la victoire du roi et la dépouille de ses ennemis vaincus. Après, étoit un grand curre triomphal à chevaux , dedans lequel étoient assises en chaire les quatre vertus cardinales; c'est à savoir : Justice et Prudence, àu-devant de celui curre; et Fortitude et

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gg CHRONIQUES

Tempérance, au^ derrière; et au milieu, sur une haute chaire , étoit assis le dieu Mars , dieu des batailles , tenant en la main dextre un dard aigu, et en la senestre main tenoit une palme, en signe de victoire. Après, marchèrent les médecins et docteurs de la ville; puis, le capitaine des cent Allemands de la garde , lesquels armés de hallecrets, la pique au pomg, et tous empanachés, cinq à cinq marchèrent par ordre. Après, furent les trompettes, qui sonnèrent sans cesse. Le roi fut après, lequel étoit sous un poêle que six des plus grands seigneurs de Milan portoient; et tout autour de lui, étoient les vingt et quatre archers écossois du corps, tous à pied; et lui , ainsi accompagné, étoit monté sur un coursier blanc, vêtu d'une robe de drap d'or trait frisé d'or, le chef couvert d'une toque de velours cramoisi , et dedans avoit une cornette de taffetas rouge. Après lui, étoient les cardinaux d'Amtoise, de Ferrare, de Saint-Severin , de la Trimoille, d'Alby, et de Finale. Et après, marchoient le duc de Bourbon , le duc de Longueville, messire Charles d'Amboise , le seigneur Jean-Jacques; messire Galéas deSaint-Severm, grand-écuyer ; messire Louis de Brézé , grandsénéchal de Normandie , et messire Guyon d'Amboise, capitaines des deux cents gentilshommes de la maison du roi, lesquels gentilshommes étoient après leursdits capitaines ,

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bien montés, leurs haches au poing, et tous vêtus de robes de velours. Après, marchèrent grand'flotte de gentilshommes lombards, et tant de peuple de la ville, qu'on ne pouvoit passer par les rues. Et ainsi s'en alla le iW descendre au grand Dôme, où fit ses dévotes oraisons et offrit larges présents; et ce fait, s'en alla droit à son château, où artillerie tiroit si menu , que l'un n'entendoit parler l'autre ; là dedans trouva les mortes-paies et gardes dudit château, en bel ordre, tous en armes, et arrangés à double, depuis l'entrée du pont jusques à la porte de la salle de son logis , lesquels étoient en nombre de cent hommes d'armes et deux cents archers. Là étoient deux capitaines, l'un, nommé messire Gilles de Louvain, François, capitaine du château ; et l'autre , Guillaume Creston , Écossois , capitaine de la Roquette.

Pour décrire à plein toutes les choses qui là furent faites, grande prolixité s'en ensuivroit, et par aventure plutôt ennui que fin. Mais toutes les rues étoient pleines d'arcs triomphans et tabernacles de verdure. Et entre autres, entre le Dôme et le^ château, dedans une rue nommée la rue du Mont-de- Pitié, en laquelle sont les hôtels-dieu et les hôpitaux de la ville, avoit un portail de verdure, tenant tout le travers de la rue, fait à piliers et arceaux de feuilles, et tout couvert

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de même , le dedans semé des armes de France et de Bretagne ; et dessus avoit un mont artificiel, de la hauteur d'un homme, ou environ , lequel étoit tout autour environné à six rangs et semé d'écus au soleil, où pouvoit avoir mille écus, ou plus ; et dessus ledit portail , au plus haut , étoit Tirnage de Notre-Seigneur, tout nu et flagellé ; aux deux bouts et dedans un échafaud qui là étoit avoit deux chaires , parées de drap d'or, dedans l'une desquelles étoit l'image de saint Ambroise, patron et protecteur de Milan, tenant un fouet en la main; et, en l'autre chaire, étoit l'image du roi, ayant le sceptre au poing. Tout autour de celui mont d'or, avoit quatre petits enfants habillés en angelots, tenant chacun une trompette en la main , garnie de banneroUes semées de croix rouges; et audessous de ces angelots, quatre autres petits enfants, portant chacun une faille ardente, en signe de feu de joie. Et au pied de celui mont, étoient écrits ces vers :

Exigtius qui collis erat , nunc aureus est mous , Hoc tua Rex mirum dextera larga facit.

Ce lieu qui lors petit val souloit être Est maintenautun graud mont d'or couvert. Ce grand merveille a fait ta large dextre , Qui aux pauvres a son trésor ouvert.

Tantôt que le roi fut en sa cité de Milan , de toutes parts y vinrent ambassades. Les Vé-

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nitiens, voyant la merveilleuse puissance du roi et les excessifs efforts d'armes des François, eurent doute sur leur affaire; mais, pour vouloir faire des bons varlets, transmirent deux ambassades en cour, nommées messire Hiérony me Trévisan et messire Paul , dfe Pise , lesquels arrivèrent à Milan le vingt-sixième jour du mois de mai, et s'en allèrent au châ* teau , pour vouloir là faire et dire leur charge. Le roi, qui tantôt sut leur venue, entra en salle, où illec lesdits Vénitiens attendoient pour parler à lui , auxquels dit qu'ils dissent leur affaire et ce qui Içs amenoit. Tantôt se mit en chaire, pour ouïr le dire d'iceux Vénitiens, qui s'approchèrent et commencèrent leur harangue en latin, disant: « Sire, toute la seigneurie de Venise sachant la bonne prospérité de votre Çhristianissime Majesté , et la triomphale victoire que sur vos ennemis avez glorieusement obtenue , comme vos bons amis, loyaux serviteurs et entièrement confédérés, se réjouissent avec vous, en vous donnant souveraine louange des victoriosissimes effets de votre invictissime puissance, par laquelle avez la redoutée en mer et crainte en la terre, Gênes-la-Superbe, domptée et soumise. Mais, Christianissime roi, si le haut guerdon méritoire de glorieuse renommée avez par la victoire desservi , moindres titres d'honneur par la vertu de clémence n'avez

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acquis : dont toute la seigneurie de Venise, en attribuant los immortel à votre Christianissime Majesté, vous offre cœurs, corps et biens, et vivres de son pays, si métier en avez; en recommandant très-humblement l'état de ladite seigneurie de Venise à la bonne grâce de votre Majesté Christianissime. » Et ce dit, voyant, le roi, que, sur cesdites recommandations, jamais telles n'avoient faites, finissoient leur propos, leur fit faire réponse par maître Etienne Poncher, évêque de Paris, lequel leur dit, aussi en latin, que le roi se réjouissoit de leur bonne Visitation , laquelle il avoit très-agréable, disant que toujours auroit leur seigneurie en singulière recommandation comme de ses bons amis , alliés et confédérés ; et que si le Turc , ou autre de ses ennemis , leur faisoit guerre , que sans faillir les secouriroit et aideroit de sa puissance ; et, quant au regard de la haute louange et honorables titres que pour sa victoire ils lui attribuoient, la laissoit à Dieu seulement, de qui viennent toutes victoires, et d'où procèdent toutes vertus.

Pareillement furent là les ambassades de Florence, demandant au roi secours pour soumettre lesPisains, disant: « Sire, vous savez que autrefois nous avez dit que nous donneriez renfort et main armée pour ce faire , et comme avons été toujours bons François et

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loyaux à votre Christianissime Majesté ; et en outre, vous avez querelle contre eux, vu que vos ennemis ont contre vous par armes favorisés et soutenus, et donné à eux toute 1 aide qu'ils ont pu; parquoi, si ne les cktiez a cette fois, dorénavant ne douteront prendre alliance contre vous et secourir vos autres ennemis : dont devez par raison être du tout enclin à leur faire connoître leur défaut et réparer leur méfait. >, Le roi, nonobstant toutes les remontrances des Florentins, ne se mut; mais, comme sage, pensa que le défaut des Pisains n'é toit qu'ils ne fussent à lui soumis, et que de leur franche volonté et Hbéral vouloir setoient plusieurs fois donnés à lui, lesquels, au moyen de quelque bénivolence qu'il avoit eue à iceux Florentins, ne les avoit voulu accepter, ne recevoir sous sa main et sauvegarde; et tout ce considéré, dit : « Si les Pisains ont pris parti ou alhance contre moi , de rien ne m'ont offensé, vu le refus que j'ai fait d'eux et de leur seigneurie, et que foi, hommage, ne promesse, ne m'ont fait , voyant aussi que nécessité lescompelle et contraint, et que, premier que les Genevois mussent guerre contre moi , iceux Pisains étoient leurs alHés et confédérés : dont aucun défaut n'ont contre moi commis, par quoi leur dusse faire la guerre, ne secourir autrui contre eux. » Lesquelles raisons par le roi calculées et débattues.

y^ CHRONIQUES

délibéra les laisser en leur entier, ce qu'il fit. Et me fut dit que les Florentins, devant le temps de la guerre de Gênes , avoient promis au roi , s'il passoit les monts , de lui bailler gens et argent, et lui faire tout le secours qu'ils pourroient , de quoi ne firent rien. : ce qui peut être , entre autres choses, moyen de la paix des Pisains et du refus de la demande d'iceux Florentins ; car le droit veut que à celui qui faut promesse, promesse lui

soit faillie.

De Gênes venoient en cour nouvelles ; disant les aucuns, que longuement ne tiendroient leur foi et serment les Genevois, si n'est autant qu'ils se sentiroient les plus foibles : ce qui étoit bien à croire , car plusieurs fois en avoient autant fait; mais, pour obvier à ce, le roi leur avoit laissé dedans leur ville si forte main armée, qu'ils n'eussent osé toussir. Les autres disoient que si le roi désemparoit Lombardie, lesdits Genevois ne demeureroient guère de temps après sans faire quelque bruit. Tout plein d'autres nouvelles couroient en cour ; et , entre autres , quelqu'un des gentilshommes du roi, venant de Gênes, dit que, depuis la prise et réduction d'icelle, s'étoit trouvé là dedans , où avoit ouï plusieurs des Genevois parler, entre autres un des principaux : et comme ledit gentilhomme et celui Genevois fussent quel-

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quefois ensemble , parlant de plusieurs choses touchant la guerre et prise de Gênes; entrant de propos en autre, ledit gentilhomme dit audit Genevois : « Or ça, dit-il, signor genevois , si fortune vous eût été si douce (Qu'elle vous eût donné tel avantage sur les François comme elle a aux François sur vous , par votre foi, quel parti leur eussiez -vous fait? — Par ma foi! dit celuiGénevois, puisque de ce me voulez enquérir par serment, nous autres Genevois étions tous délibérés de mettre à l'épée et sacquement toute votre gent, avec tous les princes, et cardinaux, et autres, sans en excepter un seul , réservée la personne du roi, que nous eussions gardé entre nos mains pour en faire à la parfin selon l'ordonnance de notre conseil. —Et pourquoi, dit celui gentilhomme, eussiez- vous tant misa mort de grands princes, cardinaux et autres personnages d'autorité, qui premier que mourir eussent pu payer de rançon sept ou huit cent mille écus ou plus, comme le duc de Bourbon, le duc deCalabre, le comte de Foix et autres, qui pour un million d'or ne fussent demeurés ; et le légat de France , et autres seigneurs d'Église, qui eussent pu payer moult grosse somme d'argent ? — Tel exploit, dit le Genevois, voulions ores faire, comme pour clore le pas de nos combats, des plus hauts faits d'armes qui furent onc

y6 CHRONIQUES

faits , et en ensuivant les grandes victoires et triomphales œuvres que par ci -devant ont faites nos prédécesseurs ; et aussi pour arrondir nos chroniques, et nos gestes magnifier, d'une gloire tant louable et si honorable victoire que eût été cette, disant que, après une telle victoire, nul prince du monde eût osé nous assaillir, ou présumé faire guerre à nous, comme vainqueurs des vainqueurs et dompteurs de la plus forte main du monde. »

«ommntt JJttul îre Xltmt, îruc ie «cnes, fut iicapité îrnïant le |)alai0 iuïit lieu îre <ê>mtB.

Plusieurs des Genevois qui à la venue du roi sétoient absentés et fuis de Gênes, sachant comme, au jour que les autres Genevois avoient fait le serment, leur grâce avoit été déclarée , s'en retournèrent , et firent le serment, comme avoit été ordonné. Les autres qui n avoient été compris en ladite rémission demeurèrent où ils purent : dont les aucuns furent pris , et entre autres , le duc de Gênes, nommé Paul deNove, lequel s'en étoit fui en l'île de Corse, cuidant être là bien à sûr. Mais le roi, sachant qu'il étoit là, avoit donné charge à un nommé Pregent de Bidoulx, capitaine de quatre de ses galères , de s'en aller

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vers ladite île de Corse, et prendre ledit Paul de Nove, s'il le pouvoit trouver en lieu pour ce faire. Lequel Pregent, avec deux de ses galères armées, s'en alla vers ladite île, le plus couvertement qu'il put. Or, avoit celui Pregent connoissance à un des patrons d'aucunes barques de Gênes , son bien familier et ami , qui souvent alloit de Gênes en Corse , et de Corse à Gênes , mener vivres et marchandise; auquel parla ledit Pregent, et lui découvrit son entreprise, en lui disant: « Signor, le roi m'a donné charge d'une chose, laquelle je vous dirai volontiers, pourvu que me promissiez aider en mon affaire et que tenissiez la chose secrète; et en ce faisant, feriez un bon service au roi, et à moi un singulier plaisir , et à vous-même un grand profit : car si vous m'aidez à parachever mon entreprise, j'en ferai tel rapport au roi, que toujours serez envers lui pour recommandé. Et en outre , j 'ai deux cents écus , tout prêts à vous bailler, si à ce me voulez secourir. » Lorsque ledit Genevois ouït parler de deux cents écus , approcha l'oreille en disant : w Signor Pregent, vous savez que je suis tout au roi et à vous. Et touchant ce que m'avez dit, s'il y a chose en quoi je puisse servir le roi, et à vous faire plaisir, soyez tout sûr, en me tenant promesse, que, à mon pouvoir, tant sûrement et à secret que faire se pourra, à

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ce m'emploierai. wCedit, ledit Piègent lui dit son intention, et comment il étoitlà, par le commandement du roi , pour vouloir prendre Paul de Nove, qui (koit dedans Pile de Corse ; ce qu'il ne pouvoit bonnement faire sans Paide de quelqu'un, disant : « S'il sait aucunement l'entreprise, il s'absentera, ou mettra en lieu qu'on ne le pourra trouver. — Taisezvous, dit le patron , si vous me voulez bailler les deux cents é( us , je vous le mettrai entre les mains, et pour le moins en lieu où le pouri ez prendre sans fiiillir. ))Ce dit, leditPregent promit par sa foi bailler les deux cents écus, tout incontinent qu'il auroit pris son homme. Tant fut, que ledit patron s'en alla en Corse, où trouva ledit Paul de Nove bien ébahi; et à tant, demanda audit patron, qui venoit de Gènes, comment alloit du tout. « Non guères bien, dit le patron, car le roi de France est demeuré maître, et a fait bannir plusieurs des nôtres et trancher la tête à Demetrl Justinian ; et crois que s'il vous tenoit, que très-mauvaise compagnie vous feroit. Mais vous êtes ici bien sûrement , et crois qu'il cuide que soyez fui en Grèce. » Après plusieurs autres paroles, ledit patron trouva manière de mener ledit Paul de Nove , par manière de passe-temps, sur la rive de la marine, où avoit plusieurs barques, naux et galères de Gênes et d'ailleurs, et, entre au-

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très, étoient celles de l'refîent déguisées, où ledit 1 refrent éfoit, lequel sitôt qu'il Je vit et ses frens en si beau gibier, mit hors quelque nombredesesgens, armés sous leurs mantes, et leur montra ledit Paul de Nove, disant que soudainement Je prissent et menassent a bord, ou seroit prêt de le croquer et met. re en sa galère. Ce qui fut fait, car, tout en ">eure, les gens dudit Pregent sortirent comme pour vouloir aller quérir eaux douces ou autres provisions, pour mettre en leurs vaisseaux; et peu à peu approchèrent tellement , q„',|s lui mirent la main sur le collet et a coup le guidèrent devers Pregent, qui le fit mettre en sa galère, et fit bailler l'argent audit patron qui l'avoit fait prendre.

Le duc de Gênes, pauvre vieillard, tout ebahi, commença à pleurer, et dire : « Hélas' or, vois-je bien que je suis mort et que, pour la prise de mon corps, ma tête paiera la rançon, combien que je ne l'aie desservi ; car ce que j'ai fait n'a été de mon mouvement mais pour complaire au vouloir du peuple et obvier à sa fureur, car si je l'eusse refusé aussi bien m'eussent-ils occis. Or, bien fasse dé moi le roi ce qu'il lui plaira ! >, En faisant ces plaintes et regrets, fut mené à Gênes, et là fait son procès ; tellement qu'il fut dit et sententié qu'il devoit encourir peine capitale, comme commisseur de crime de lèse-majesté,'

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combien qu'il ne se trouvoit point qu'il eût pourchassé le titre et honneur ducal , maïs que, par le motif du peuple, il eut été élu duc de Gênes ; afin que avec l'autre forfait qu'il avoit perpétré , d'avoir entretenu le peuple en sédition et rébellion contre le roi, il fût exemple à tous autres futurs. Après la sentence par la justice donnée, le cinquième jour du mois de juin , dedans la place du Palais de Gênes, fut décapité, et partie de ses biens confisquée, et partie laissée à sa femme : laquelle ne fut jamais consentant , ne contente, qu'il acceptât ledit office, mais lui avoit toujours déloué, et défendu à son pouvoir; parquoi, le roi voulut que sa maison et la plupart de ses biens lui demeurassent. Laquelle exécution donna crainte à tous les Genevois , et merveilles à plusieurs autres.

ÎD£6 ûXtideB conimani la manxirt Vm tournoi fait à jnilan : faite leôîritô article par m roi b'arnus franroia, nommi JDaupIjin»

« A l'honneur et louange de Dieu le créateur et de la glorieuse vierge Marie, de monseigneur saint Michel l'ange, de saint Georges, et de toute la cour célestielle ! Pour donner

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plaisir au roi , et exécuter le noble fait des armes , et pour échever oisiveté, huit chevaliers, ou gentilshommes de nom et d'armes, serviteurs dudit seigneur, sont délibérés dé tenir un pas dedans la cité de Milan, Contre tous gentilshommes de nom et d'armes, à cheval et à pied, en la manière qui s'ensuit :

«Et premièrement, lesdits chevaliers, ou gentilshommes , tiendront à cheval en harnois de guerre, à quatre courses de lance à fer émoulu , en lice. Et fourniront , lesdits tenants, de lances, de quoi les assaillants en auront le choix.

« Item. Après avoir parfait lesdites quatre courses de lance, tiendront à une course de lance sans lice, à fer émoulu, et combattront a lepee d'estoc et de taille, sans nombre tant que sera le bon plaisir du roi. '

« /te/«. Tiendront, lesdits tenants en harnois de joute, à six courses de lance, à tous venants, à lances à rochet, et porteront, tant assaillants que défendants, telles lances que bon leur semblera , lesquelles seront présentées à un officier d'armes, pour être marquées et être mises d'une longueur.

« Et , pour le combat de pied , se trouveront

douze tenants , c'est à savoir : huit tenants et

quatre aides, pour la première fois seulement,

à une barrière , à un jet de lance, et combatif, g

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tront à la pique (l'AUiniiaïul, oi à Tépée, tant que sera le bon plaisir du roi. Kl le rouibat. desdits douze parachevé, tiendront lesdils huit tenants, à ladite barrière, contre tous

assaillants. •

a //ew. En ensuivant lesdites armes de pied,

tiendront sans barrière , à la pique , et à Tèpée de taille , au bon plaisir du roi.

« Item. En après, combattront à la hache, sans barrière, comme dessus.

a Puis, combattront à Tépée à deux mains, sans barrière, au plaisir du roi; et fourniront, lesdits tenants, tous bâtons nécessaires pour lesdites armes accomplir, fors seulement de lances à rochet.

« Jtem* Pour tenir ordre desdits combats , tant de cheval que de pied , il y aura deux écm pçndus à un poron, gardés par un ofTicier d armes : desquels écus , l'un sera d'argent, auquel ceux qui voudront accepter le combat de cheval viendront toucher; et Vautre écu sera d or, auquel ceux qui voudront accepter le combat de pied toucheront ; et seront enrôlés par ledit officier d'armes, afin de gariler à chacun son ordre , et la manière du combat qu'ils accepteront.

« pt s'il y eu a aucuns qui veuillent toucher les çleux écus, pour parfaire les deux emprises , c'est à savoir ; à cheval et à pied , en tout ou en partie , il leur sera répondu , et

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seront reçus par lesdits tenants. Aussi seront tenus lesdits assaillants de porter leurs écus , armoyés de leurs armes, audit officier d'armes, pour les mettre audit perron; autrement ne seront plus reçus.

(( Item. A été ordonné parle roi, notre sire, depuis ces articles publiés, que le jour que commencera le combat de cheval à quatre courses de lances , à fer émoulu, sera le premier jour de juin prochainement venant, et là chacun sera reçu selon ordre, comme dessus est dit. »

Cesdits articles baillés et publiés , les lices furent faites de deux cents pas de long, dedans la grand' place de devant le château. En entrant dedans ladite place pour aller au château, sur main senestre, furent faits, de la longueur des lices, grands échafauds, pour là, au bout d*iceux, du côté dudit château, être le roi, et les princes et seigneurs, qui avec lui étoient. Dedans iceux échafauds, tout du long furent faits lieux et places propices, regardant dedans les lices, pour mettre et asseoir les dames qui là viendroient. De l'autre côté, fut fait un échafaud, pour mettre les juges desdits combats. Au bout desdites lices, du côté du château, avoit un perron, haut de dix toises, au bas duquel avoit un petit échafaud , pour là être le roi d'armes , ordonné pour recevoir les noms et écus de

ceux qui voudroient accepter le combat. Encontre ledit perron, avoit attachés deux écus, dont Tun étoit d'or, auquel touchoient ceux qui acceptoient le combat à pied ; l'autre étoit d'argent, où ceux qui vouloient accepter le combat à cheval touchoient. Entre les lices et les échafauds, avoit une place de quarante pas de large, et de la grandeur des lices, toute garnie et semée de sablon, pour tenir à ferme les chevaux et ceux qui là combattroient. De ce tournoi et combat fut partout nouvelles; si que, de toutes les Itales, y vinrent dames à si grand nombre , que , selon le rapport de plusieurs, y en avoit plus de trois mille, toutes vêtues de robes de drap d'or.

ÏD'aucuns grande banquets et rljoôeg iogniôes qui furent larô faites à iHilan.

Tandis que les lices et échafauds se faisoient, et qu'on s'apprêtoit pour combattre, danses, et banquets, et autres joyeux passetemps se mettoient en avant par la ville de Milan ; tant que, pour commencer, un nommé messire Galéas Visconte, grand seigneur à Milan, fit un banquet au roi, où princes et cardinaux , avec un grand nombre de gentilshommes et dames , en triomphal état se

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trouvèrent, et toutes les gardes du roi. Celui Galéas avoit un sien fils , jeune enfant, lequel il t la confirmer au cardinal de Ferrare, archevêque de Milan, et pria le roi que son plaisir lut que à son fils voulsît donner en sa c'onfirmation son nom, ce qu'il fit volontiers, et lut la nommé Louis, et confirmé par ledit cardinal , qui , pour ce faire , prit les habits pontificaux.

2»'un banqntl aompiumx que U eriflnrar 3ron- Sacques fit au roi, à MHaa.

Après celui banquet, qui fut moult grand, ie seigneur Jean-Jacques pria le roi, que, à un autre banquet qu'il lui vouloit faire, fût son plaisir de se trouver; ce que le roi lui promit. Dont ledit seigneur Jean-Jacques, maréchal de France, fit préparer ledit banquet dedans sa maison de Milan, auquel lieu étoient grandes salles tapissées, et galeries et chambres parées , jardins et lieux propices pour la fête , tables garnies et buffets d'argent à tous cotés.

Et pour en savoir mieux au vrai réciter, le jour dudit banquet, dès l'heure du matin, m'en allai audit lieu, où, entre autres choses, je vis là onze grandes cuisines , pleines de

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broches , garnies de toutes viandes de volaille et de venaison.

Pour ordonner du service , et dresser les viandes et asseoir les mets, étoient députés à ce huit-vingts maîtres d'hôtel , lesquels portoient chacun un bâton bleu , couvert de fleurs-de-lis d'or. Douze cents serviteurs y avoit, pour porter les viandes et servir aux buffets, desquels la plupart étoient en pourpoint de velours noir; les autres étoient en robe de taffetas et d'autre soie, habillés légèrement, pour diligenter l'affaire.

Pour recevoir les venants et donner lieu au commencement de ladite fête, le seigneur Jean-Jacques fit faire devant sa maison, le long de la rue, une grande salle, de six-vingts pas de long, à deux rangs de piliers de verdure , couverte de draps de bleu , tous semés de fleurs-de-lis d'or et d'étoiles d'or. Tout le long des deux côtés, encontre les tapisseries, commençant à bas, étoient sièges à quatre rangs, en montant comme par degrés , pour là asseoir les seigneurs et autres qui se trouveroient audit banquet. Et au plus haut desdîts sièges, en entrant sur main senestre , étoit un échafaud pour les ménétriers, qui là furent dès le matin , sonnant sans cesser de leurs instruments, dont y avoit trompettes, hautbois, tambourins, violes et autres manières de doux instruments. Au bout de ladite salle, avoit un

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échafaud grand et spacieux, sur lequel falloit monter par six degrés , où dessus avoit une chai re parée de drap d'or , laquelle étoit là mise et ordonnée pour le roi. Dessus celui échafaud, duquel la place étoit couverte de tapià velu , avoit quatre ou cinq cents carreaux , de drap d'or et de velours cramoisi, pour asseoir les dames conviées audit banquet.

Sur les dix heures du matin , la marquise de Vigève , femme du seigneur Jean-Jacques , et la femme de son fils, comtesse de Misoc, avec grand'suite de leurs dames, furent là assises au pied de l'échafaud du roi, pour recevoir et recueillir les autres dames qui viendroient à ce banquet; et comme aucuttes d'icelles venoient, ladite marquise de Vigève et la comtesse de Misoc se levoient de leur siège, et les alloient recueillir jusques à l'entrée de la porte de la salle , et puis les menoient asseoir sur l'échafaud où étoit la chaire du roi ; et ainsi recueilloient par ordre lesdites dames, qui là vinrent à pleins chariots; tant que, en moins de deux heures, furent en ladite salle plus de douze cents dames, toutes vêtues de draps d'or ou de soie, et toutes d'accoutrements neufs et tant riches, qu'elles setnbloient être reines ou autres princesses. Les unes portoient robes de drap d'or, mi -parti de velours cramoisi, ou de fin satin de diverses couleurs ; et plusieurs y en avoit portant

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robes toutes de drap d'or frisé; les autres, à grands soleils d'or trait, mi-parti de velours et salin cramoisi. Leur coiffure étoit telle , que tout le front et la chevelure leur paroissoit, dont partie pendoit derrière entortillée, et l'autre leur couvroit la moitié de la joue, descendant près des épaules , en retournant joindre à Tentortillure de derrière. Leurs robes, en plusieurs endroits, étoient découpées et fendues, par où passoit la blanche chemise de fine toile de Hollande : somme , en tous endroits y avoit ^dresse de voie lubrique et enseignes de blandices féminins. Quoi plus? le seigneur Jean - Jacques avoit convié et envoyé quérir lesdites dames, mêmement celles de nom, et les plus belles de Milan, de Pavie , d'Ast , de Plaisance , et des autres villes de la duché, où avoit su trouver femmes de fête et de bonne chère.

Lorsque lesdites dames furent venues et mises en place , instruments sonnèrent à qui mieux mieux. Plusieurs seigneurs , et autres, prirent siège, en attendant le roi à venir, lequel fut là sur Theure du midi. Avec lui étoient Charles, duc d'Alençon; Charles, duc de Bourbon ; Charles , duc de Savoie; Antoine de Lorraine , duc de Calabre ; François d'Orléans, duc de Longue ville; Gaston, comte de Foix; le comte de Vendôme; monseigneur Jean d'Albrel, seigneur d'Or val; Guy de La-

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val, seigneur de Laval; René de Bretagne, comte de Pointièvre; Jacques de Bourbon, comte de Koussillon ; lesquels furent tous du banquet. Aussi furent à cedit banquet, maître Georges, cardinal d'Amboise; le cardinal de Ferrare, le cardinal de Narbonne, le cardinal de Saint-Severin, le cardinal de Finale, les cardinaux de la Trimoille, d'Alby et de Prye, l'archevêque de Sens, et grand nombre de prélats, les ambassadeurs de Venise, les chambellans et maîtres d'hôtel du roi; et en somme , toute la cour, avec les seigneurs de Lombardie , et autres , qui là étoient aveo lui.

Tantôt que le roi fut là venu et mis en chaire, les danses commencèrent. Mais là y eut si grand'presse que, pour donner place aux dames et autres qui vouloient danser, fallut que le roi même, qui étoit amont, descendît, pour faire faire place : ce qu'il fit, et print la hallebarde d'un de ses archers; puis, à tour de bras commença à charger sur ceux qui faisoient la presse , tellement que soudainement la place fut vide et désempêchée, tant que chacun eut lieu pour danser. Charles, duc d'Alençon; Charles, duc de Bourbon; Charles, duc de Savoie; Antoine , duc de Calabre, et les autres princes et seigneurs, et gentilshommes de la maison du roi , qui là furent, dansèrent : dont les aucuns dansèrent en masque,

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portant habilleirtents couverts de lleurs-cle-lis , sur leurs chapeaux grandes plumes perses et jaunes faites en manière de fleurs-de-lis; les autres, en habits de cordeliers, et les autres en diverses manières et étranges habillements. Quoi plus? les dames dansèrent à relais, les unes après les autres, toute la journée, jusques sur le vêpre, que tables furent couvertes et le banquet tout prêt.

Puis, le roi avec toute la noblesse s'en alla souper. Là dedans, étoient salles, chambres, cabinets , garde-robes et galeries , ordonnées : les unes pour le roi, les autres pour les princes et ambassades , les autres pour les cardinaux et les autres prélats de TÉglise, les autres pour les chambellans et maîtres-d'hôtel de chez le roi, les autres pour les généraux et trésoriers, les autres pour les gentilshommes , les autres pour les archers, les autres pour les Allemands delà garde, et les autres pour les valets et serviteurs des seigneurs qui là étoient : lesquels furent tous servis de viandes exquises et de divers mets, avec très-bons vins et de toutes sortes, sans ce qu'il y eut fait service, tant de cuisine que de buffet , que tout en vaisselle d'argent, toutes les pièces marquées aux armes du seigneur Jean-Jacques, ce qui étoit un grand triomphe et merveilleuse richesse. Les dames conviées au banquet furent toutes mises ensemble, le marquis de Mantoue seul avec

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elles , si n'est que chacune avoit son écuyer, pour trancher et servir à table.

Après souper, le roi et les princes, avec tout plein de seigneurs et gentilshommes, furent voir les dames , où là devisèrent de plàsieurs choses joyeuses et plaisantes. Et ce fait, chacun prit congé; puis, le roi s'en allaà son logis, et la compagnie se départit.

Wm bastion que mesme €l)arlf0 V7lmbùi$e\ lieutenant in rai, fit tenir à Jlilan, 011 U roi fut présent avec tous les prinees et sei^nenvs qni là étoient , et flronî) nombre be iames.

Pour toujours donner divers passe-temps au roi et réjouir les dames, chacun des seigneurs s'efforçoitde faire nouvelles choses : dont, après que le banquet du seigneur Jean- Jacques fut fait, messire Charles d'Amboise, deux jours ensuivant, fit un autre banquet au roi et à toute sa suite, auquel , en lieu de danses , fit faire un bastion , que lui-même avec autres de sa bande voulut tenir contre tous venants. Lequel bastion fit faire en un jardin , près de son logis de Milan, et celui fossoyer tout autour, et fermer de gros bois debout mis en terre et au-devant tout à l'envi-

ron fortifié de planchon à gros clous et chevilles bien attachées ; aux deux coins du front de devant , avoit fait faire deux tours défensables , où pouvoient être en chacune d'icelles vingt-cinq ou trente hommes armés , pour défendre lesdites tours; le devant et les côtés, avec lesdites tours de celui bastion , étoient de six pieds de hauteur; et contre le derrière, avoit un hautéchafaud pour asseoir les juges du combat.

Le jour du banquet venu , après que ledit messire Charles d'Amboise eut fait publier ledit combat, de sa bande furent Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue; Jacques de Bourbon , comte de Roussillon ; le comte de Pointièvre; le seigneur de Laval; messire Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice; messire Guyon d'Amboise, seigneur de Ravel; messire Germain de Bonne val, messire Mery de Rochechouart, messire Jean de Bessey ; Louis de Jaulys, seigneur de Mommor, avec plusieurs autres, jusques au nombre de cent hommes d'armes, choisis entre les gentilshommes de la bande du seigneur de Ravel, et par les compagnies : lesquels se trouvèrent dedans le bastion, tous en armes, au jour ordonné; et si avoient, pour défendre leur fort, gros bâtons embourrés, et Tépée tranchant sans pointe; et avec ce, avoient de grandes perches fourchées, pour repousser

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ceux d'en bas, qui s'efTorceroient pour monter par échelles ou sur ponts. Et avoient^ là dedans, larges tonneaux, tous pleins d'eau, et force éclissoires et artillerie à papier. Messire Louis de Brézé , grand-sénéchal dp Normandie, avec les cent gentilshommes de sa bande, étoit des assaillans; aussi étoit messire Robert Stuart, avec ses cent hommes d'armes écossois, et messire Mercure, capitaine des Albanois, et autres, jusques au nombre de quatre cents hommes d'armes : lesquels, sur le point de quatre heures après midi, apportèrent contre ledit bastion ponts et échelles , à tous côtés , et amenèrent grand nombre de pionniers, pour combler les fossés.

Le roi étoit au logis de messire Charles d'Amboise , avec les seigneurs de sa suite , et grand' compagnie de dames, attendant l'heure! de l'assaut dudit bastion; et pendant ce, le roi commanda apporter le souper. Et ainsi que le premier service se faisoit, les trompettes du bastion et des assaillants sonnèrent à l'étendard et à l'assaut. Ce fait, sans plus attendre, le roi se leva de table, et toutes les dames, en laissant le souper, pour courir voir assaillir et défendre ledit bastion, et le roi ainsi levé, avec les gentilshommes et dames qui là étoient, s'en alla où étoit le bruit. Ainsi demeurèrent tables couvertes de

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viandes, et bulFets {garnis de vaisselle d'ar- {jent et de bons vins à foison : là, étoient plusieurs mordants, qui dès le matin jusques à celle heure avoientété léans, pour seulement vouloir voir le combat , dortt aucuns avoient bon appétit; et eux voyant que chacun avoit laissé le souper, prinrent leurs places, et se mirent à dépêcher viandes, si à point , que en un moment ne demeura que les nappes décharî];ées et vaisselle vide; puis, se torchèrent le bec et coururent au bastion , qui fut assailli moult rudement et défendu à toute force. Premièrement assaillirent une tour nommée la tour d'Auvergne; et là, à grands coups de bâtons embourrés , et à taille d'épée, d'un côté et d'autre longuement se battirent, et tant, que les bâtons embourrés forent tous rompus et coupés, dont grandes fourches, grosses perches et leviers furent rois en besogne. Messire Louis de Brézé , voyant que sans échelles ne feroicnt rien , les fit dresser et combler les fossés : là se mirent gens d'armes à monter de toutes parts, et ceux du dedans, à tout leurs fourches et leviers , les repoussèrent contrebas , en leur jetant grands seaux d'eau et cercles attachés Tun à l'autre, et coups à toutes mains sur eux, lesquels assailloient à grand effort, mais à la longue furent moult foulés et battus de ceux d'amont, qui grand avantage avoient. Toutefois

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lorsqu'ils levoientleur visière, pour regarder à bas, pour prendre haleine, ceux d'en bas leur jetoient grandes pellées de terre mouillée contre le visage; et à coups de perches rompues et gros bouts de bois, leur donnoitent là où ils les pouvoient trouver au découvert, tant que plusieurs en blessèrent. Et ainsi se commencèrent à piquer, tant, que le bout de leurs épées s'approchèrent contre les gorges : et est à penser que, s'ils se fussent pu joindre, que mortellement se fussent battus. Messire Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice, qui étoit à l'autre tour, voyant ceux d en bas fouler, et eux revancher à outrance, leur manda que s'ils vouloient aller assaillir la tour qu'il gardoit, que lui et ses gens ne la défendroient qu'à coups de bâtons embourrés : lesquels ne voulurent, mais n^entendoient qu'à charger ceux qui les avoient repoussés. Là étoient les capitaines d'en bas tous ennoircis et barbouillés de fange , pour Teau que ceux d'amont jetoient dedans les fossés : messire Mercure, qui étoit à bas, avec aucuns de ses Albanois, tous armés à blanc , s'essaya maintes fois démonter; mais, par ceux de dessus, fut toujours rué bas, et tant battu de coups de bâton, qu'il ne savoit à qui ie dire, mais il soutint moult grand faix. Les gentilshommes de la bande de messire Louis de Brézé étoient toujours à l'assaut, qui à

coups de perches chargeoient ceux de dessus , tellement que plusieurs de leurs épées et bâtons firent voler des mains à bas. Messire Robert Stuart ne désempara jamais le pied du bastion^ où là donna et reçut maint pesant coup. Les Écossois de sa bande s'y portèrent très à point 9 et maintes fois s'essayèfent de monter : mais toujours ceux de dessus les repoussoient. Là soutinrent plus de deux heures l'assaut, et tant, que d'un côté et d'autre le roi leur commanda reprendre haleine. Qui lors eut du vin , mit le nez à la bouteille.

Et puis derechef fut sonné un autre assaut , où fut apporté un pont sur roues , de la hauteur dudit bastion, et à force de gens approché contre ledit bastion près à combattre main à main, où dessus montèrent vingt hommes d'armes , des gentilshommes de la bande de messire Louis de Brézé et des Écossois de messire Robert Stuart, lesquels marchèrent jusques sur le bord du pont, et commencèrent à combattre main à main, à coups d'épée. Et là fut un Ecossois , qui mit le pied sur le bord du bastion, cuidant entrer. Mais ceux du dedans, à gros leviers et longues perches, les repoussèrent, et chargèrent sur eux et sur leur pont, tellement que, pour le faix de ceux qui étoient dessus , et les coups que ceux du dedans donnoient, la moitié de celui pont

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tomba par terre, et ceux qui étoient sur celle part, lesquels au choir s'affolèrent. Sur l'autre partie dudit pont, demeurèrent deux Écossois, moult gaillards hommes, lesquels n'abandonnèrent le bord du bastion, mais là, sur ceux du dedans, à grands coups d'épée frappoient au désespéré, sans vouloir jamais reculer ; et là reçurent tant de coups de gros bâtons, et mêmement par aucuns désarmés qui ruoient coups au délivre , qu'iceux Écossois furent étonnés, lesquels ne pouvoient être secourus, pource que ledit pont étoit rompu, où nul autre ne pouvoit monter; mais pour ce, ne démarchoient un pas; et si y en avoit un d'iceux , après qu'il étoit étonné et hors d'haleine, se couchoit sur le pont, et, lorsqu'il avoit repris haleine, recommençoit l'assaut, et chargeoit de plus en plus fort ; et ainsi le fit par tant de fois , qu'il eut à la parfin d'un levier sur la tête , en manière qu'il fut assommé, et emporté à son logis, où celle nuit le cerveau lui tomba par le nez , et mourut , dont fut dommage. L'autre , son compagnon , tout étonné , fut mis à bas. Les autres de leurs compagnons , à grands perches , chargeoient à tour de bras sur ceux d'amont, et, comme courroucés du mal de leursdits campagnons , avisoient ceux du dedans au découvert; entre autres en choisirent un qui avoit le chef désarmé , auquel

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