GENES
Après le bruit d'heureuse renommée Par moi acquis, et louange estimée D'honneur de prix et œuvre méritoire , Ayant soumis mainte ville fermée , Maint dur effort et mainte grosse armée, Et obtenu contre tous la victoire ; France a marché dedans mon territoire.
Et par armes m'a vaincue et forcée Tant, que je suis, par contrainte, pressée Lui obéir, et faut que je la serve ; Or est du tout ma gloire rabaissée :
Superbe fus , et maintenant suis serve.
De ce méchef seras par moi blâmée, Rome ingrate , vu que je t'ai sommée De me donner secourable adjutoire , Pensant aussi être la tienne aimée , Et sous le los de ta gloire palmée , Défendue par main gladiatoire; Et toutefois ton renfort sénatoire M'a défailli au besoin et laissée , Dont j'ai été tant battue et blessée.
Qu'il n'est moyen qui d'exil me conserve ^ Ainsi décheoit chose trop exaucée :
Superbe fus , et maintenant suis serve.
O Allemagne, es-tu morte ou pâmée?
Ta promesse n'est que vent et fumée , Chacun le voit , c'est un point péremptoire ; L'on m'eût d'assaut bien prise ou affamée , Et mise à sac , pillée et enflammée ,
Sans ton secours : le cas est tout notoire. Venise , aussi , qui savois bien l'histoire , De rien , pour ce , ne t'en es efforcée : Mais telle est ores en pouvoir renforcée , Qui pour autrui son domaine réserve ; Par moi seras en ce cas adressée :
Superbe fus , et maintenant suis serve.
Prince , je suis déchue en ma pensée , Voulant trop haut monter comme insensée , Dont raison veut que châti j'en desserve ; Or, suis-je à bas, pour trop m'être avancée; Voilà comment j'en suis récompensée :
Superbe fus, et maintenant suis serve.