‹ Chroniques [microform]Chapitre 32 sur 74 · VENISE · texte numérisé non relu

VENISE

J'ai bien ouï et entendu le dire De toi , Gênes ; marrie et pleine d'ire , De la douleur qui t'est ores advenue , Dont ne me peux tant réjouir ni rire , Que sur ce n'aie à penser à suffire , Doutant avoir une telle venue , Pensant comment France t'a prévenue Si très-soudain , et par armes soumise : Je ne me suis mêlée ou entremise De ton secours , voyant ses grands efforts, Mais au vouloir d'elle me suis commise ; Toujours me tiens avecque les plus forts.

Ores , as-tu à cette fois du pire ;

Mais ne pense pourtant que je soupire ,

Si ta force déchoit ou diminue ,

Car de long-temps je souhaite et désire

Que ton pouvoir amoindrisse et empire ,

Pource que trop m'as au court détenue :

Qui t'eût pillée et mise toute nue ,

Sans te laisser ni robe ni*chemise ,

J'eusse lors fait , par la mer, à ma guise ;

Mais encore douté-je tes renforts ;

Et au surplus, pour garder ma franchise.

Toujours me tiens avecque les plus forts.

Si ton secours fût venu de l'Empire , De tant, que France eusse pu déconfire , J'eusse pour toi alors la main tenue ; Ou si quelqu'un eût dit : Je me retire! J'eusse couru à celui , tout de tire , Et la dépouille en eusse retenue ; Mais quand je vis l'armée survenue En tes détroits , qui tout rompt et débrisc ,

Soudainement je pourpcnse et m'avise Qu'il faut garder mes bastilles et forts , A celle fin que je ne sois surprise.

Toujours me tiens avecque les plus forts.

Prince , qui fait sur mes fins entreprise , Si je ne suis butinière à la prise , S'il est foible, je le chasse d'efforts ; S'il est puissant , je le loue et le prise , Et l'entretiens par cautèle et fcintise : Toujours me tiens avecque les plus forts. •

Page 1