‹ Chroniques [microform]Chapitre 33 sur 74 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

En ensuivant les œuvres magnifiques , Et dignes faits de louanges publiques , Que firent lors mes heureux possesseurs, Pour ajouter aux triomphes antiques Nouveaux titres de vertus authentiques, A l'exemple des bons prédécesseurs , Louis douzième , un des miens successeurs , Après avoir mainte force domptée , La superbe Gènes a surmontée , Par son pouvoir fait éclater et fendre Monts et rochers j et là fait sa montée , L'épée au poing , pour le bon droit défendre'.

Rome et Gênes en ont fait leurs répliques , Et contre moi leurs accords pacifiques , Confédérés comme amies et sœurs i Allemagne m'eût fait ennuis et piques, Et mis sur moi hallebardes et piques , Si elle eût su trouver les moyens sûrs ; Venise aussi m'a mis ses a.vanceur8 , Qui de leur ris d'hôtelier m'ont traitée ; Mais vus leurs dits et manière écoutée , Si quelqu'un veut contre moi son arc tendre ,

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Tantôt serai en armes apprêtée ,

L'épée au poing, pour le bon droit défendre.

Or, en sais-je , par mes arts et pratiques , Tant des états nobles que politiques, Et des plus grands magistres et censeurs , Qui , au dedans de leurs closes boutiques , En demeurent asséchés et étiques , Plus étonnés que pauvres ramasseurs , Qui m'applaudent et usent de douceurs , Me désirant outre-mer transportée ; Mais jà , pour ce , ne serai dégoûtée Tant que si nul entreprend de m'offendre , Que tout soudain je ne sois remontée, L'épée au poing , pour le bon droit défendre.

Prince , je tiens force tant redoutée, Que j'ai soumis Gênes et conquêtée , Ce que n'osa oncques nul entreprendre , Et n'ai pas peur qu'elle me soit ôtée , Car nuit et jour sera par moi guettée , L'épée au poing , pour le bon droit défendre.

XLT.

Camment le roi Îr*2lrai80n &'en alla îre ^arnne en ^ôpajgnc, et le rai s'en reoint en Jvance.

Comme avez ouï ci-devant , le roi et le roi d'Aragon , par l'espace de quatre jours entiers, furent ensemble en la ville de Savone, pays du roi , où , après leurs bonnes chères et alliances faites entre eux, fut question de déloger. Et combien que plus longue de-

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meure eût été au gré de Fun et de l'autre ^ toutefois les affaires de leurs pays naturels leur comniandoient le départir. Dont le roi d'Arafjon, qui long-temps devant ce n'avoit été en ses pays d'Espagne, ayant tout son appareil i)rét pour monter en mer, le roi et lui, étant lors au château de Savone, le second jour du mois de juillet, sur les trois heures après midi, voulut déloger, et là prendre congé du roi; ce que le roi ne voulut, disant : « Puisque départir se faut, et que au venir vous ai trouvé sain sur la mer, à l'aller vous rendrai en tel état et même lieu, si je puis. »

Ce dit, les rois montèrent sur leurs mules; et puis , le roi fit monter la reine d'Aragon en croupe derrière lui, comme toujours avoit fait paravant. Là, furent grand nom]>re de gentilshommes françois, lesquels eurent chevaux et haquenées, pour porter en croupe les dames, et autres montures pour les gentilshommes d'Espagne qui là étoient , lesquels tantôt furent mofités. Les quatre cents archers et les cent Suisses de la garde furent là, tous à pied , la hallebarde au poing. Et lorsque tout fut mis en ordre, les rois descendirent du château, et avec leur état marchèrent ensemble, tout le long de la rue, devisant toujours de plusieurs choses, et tant, qu'ils arritèrent jusque sur la marine , où étoient leâ

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galères du roi d'Aragon : là mirent pied à terre; et ce fait, le roi conduisit le roi et la reine d'Aragon jusque dedans leur galère, où la prinrent congé l'un de l'autre, et trèsamiablements'entre-accolèrent; puis, la reine, le genou en terre, dit son adieu au roi, lequel aussi lui dit adieu et la baisa. Et à chef de ces faits, le roi avec sa noblesse se mit à retour vers son logis; et le roi d'Aragon fit cingler voiles vers son pays d'Espagne.

Tantôt après le départ du roi d'Aragon, le roi transmit à Naples, avec lettres dudit roi d'Aragon , un Espagnol, nommé Péralte, pour illec prendre et lever trois mille cinq cents hommes, et iceux faire venir en Lombardie, pour renforcer son armée et se trouver audevant du roi des Romains. Lequel Péralte fut en poste au royaume de Naples, et fit incontinent son amas, puis s'en revint, à tous ses gens, en Lombardie, joindre avec les Franr çois, pour servir le roi contre ledit roi des

Romains.

Le roi, voyant lors son entreprise du tout à son vouloir mise à fin , et touts ses affaires delà les monts en bon ordre, se disposa de retourner en France et déloger le lendemain , parquoi les maréchaux des logis et les fourriers furent devant. Le lendemain , troisième jour de juillet, sur le point de trois heures après minuit , le roi fut à cheval, avec peu de

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nombre de ses gens , et, à la lumière des torches, se mit en voie , tirant par les montagnes droit à Suse. Ses gens, à la file, se mirent après , chacun au plus tôt qu'il pût, car il chevauchoit roidement, et tant, que sur les huit heures, fut arrivé à un gros bourg, nommé Malegîte, à Feutrée du Piémont, devers Savone. De là s en alla, par le Piémont, droit à Suse, et, par le Dauphiné, droit au montGenèvre, àBriançon, à Embrun, à Gap , à Grenoble et à Lyon, où trouva la reine, laquelle fut moult joyeuse de sa venue, et tant, qu'elle ne pouvoit plus. Là, fut le roi, le surplus du mois de juilkt et tout le mois d'août, en attendant si le roi des 'Romains marcheroit, comme se disoit lors, pour entrer en Lombardie, où se vouloit trouver le roi pour lui donner la bataille, comme avoit promis à ses gens d'armes de delà les monts, à son département.

Le roi , étant lors à Lyon , ayant nouvelles de jour en autre comme le roi des Romains étoit en branle de marcher, fit hâter ses gens de pied, qu'il avoit envoyé quérir en Gascogne, desquels l'une partie d'iceux s'en allèrent par mer descendre à Gênes , et les autres, par la Savoie , droit à Milan.

Le roi pareillement étoit toujours en délibération et prêt de retourner delà les monts, si ledit roi des Romains marchoit en avant.

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auquel avoit transmis en ambassade un docteur, chapelain du cardinal d'Amboise, lequel chapelain n'avoit voulu ouïr, mais le détenoit comme prisonnier : de quoi le roi averti, aucuns autres ambassadeurs des Allemagnes, étant lors en cour, fit pareillement détenir et mettre au château de Pierre-Encise à Lyon , et garder iusques à ce que ledit docteur détenu en Allemagne fût délivré. Laquelle chose sachant , le roi des Romains en envoya celui docteur, et aussi furent lesdits Allemands de-

'^^En ce même temps, le roi fit dépêcher deux ambassadeurs, c'est à savoir un nomme messire Jean de Saints , pour aller en Angleterre , et un autre, nommé Gabriel Fourestier roi d'armes de Normandie, lequel envoya en Allemagne : auxquels demandai de leur charge, pour en savoir dire quelque chose par machronique ; mais autre chose n'en pus , si n est que ledit messire Jean de Saints me dit que a son retour en pourroit savoir quelque chose, et leditFourestier me dit aussi : « J'ai une charge, laquelle peu de gens prendroient plaisir a porter; car, aux Allemagnes, a orespour nous peu de sûreté. Toutefois, pour le service du roi, n'est aventure que je ne prenne. «Et sur ce , s'en allèrent lesdits ambassadeurs.

La reine, étant lors avec le roi a Lyon, voyant qu'il étoit en branle de repasser les

If

monts, ne faisoit pas bonne chère, et mettoit toute peine de le vouloir faire mettre à chemin pour s'en aller à Blois voir Madame Claude leur fille; disant qu'elle s'émoyoit et avoit moult grand souci de lui. A quoi dissimula le roi, disant : « Je suis délibéré, sans point de faute, de m'en retourner bientôt; mais encore est métier, pour donner crainte à mes ennemis et assurer mes gens, que je demeure ici quelque temps. Et pour le mieux, me semble que vous devez; vous en aller devant à Blois, pour là vous reposer et faire vos couches; et tantôt après je m'en irai, sans faillir.» La reine, voyant que cëtoit le plaisir du roi , et le mieux pour sa personne, fut contente de s'en aller devant. Et pour s'en aller plus à son aise, le roi avisa qu'il la feroit porter en une légère litière au col, par ses Allemands; desquels en ordonna vingt-et-quatre des plus forts, huit à la fois, et à relais. En cette manière, le vingtet-septième jour du mois de juillet, la reine étant jà bien fort enceinte partit de Lyon, tirant droit à FArbresle . et à Tarare , où le roi fut avec elle , et de Tarare s'en retourna à Lyon , en lui promettant être bientôt à Blois : parquoi elle s'en alla plus joyeusement jusques audit lieu de Blois.

Comment, auîrit lintîre €^0x1^ maître îlené it |Jrge, hèque îre Oûgeui, reçut le el)ûpeau rouige par la main ie maître (Seorges , earîrinal i'Slmboise, légat en JFranee et béléflué à et par le pape.

Le cmquième jour d'août, le roi fut ouïr messe à Notre-0ame-de-Confort, collège de Saint-Dominique, à Lyon , où le chapeau rouge, pour bailler à maître René de Prye , évêque de Bayeux , fut là apporté , avec les bulles du pape adressantes à maître Georges , cardinal d'Amboise, pour bailler ledit chapeau. Là, fut un docteur en théologie, suivant la cour, nommé frère Antoine de Furno, évêque de Marseille, de l'ordre des Jacobins, lequel dit la messe en note, chantée par les chantres.de la chapelle du roi. Et après la messe dite, celui de Furno fit un sermon en latin, où le roi étoit présent et toute la cour ; par lequel sermon , élucida et éclaircit la généalogie d'Amboise et de Prye, dont ceux desdites maisons étoient entre eux proches parens et alliés ; et montra comment plusieurs, issus jadis desdites maisons d'Amboise et de Prye, avoient lors fait grands secours et loyaux services au

royaume de France; en déclarant aussi le souverain honneur apostolique et de cardinalité; ramenant au propos les quatre vertus cardinales , c est à savoir : prudence , magnanimité, continence et justice; en remontrant comme tout honneur mondain et toute vie humaine , tendant au bien souverain , doivent être régis et gouvernés selon la moralité de ces vertus, lesquelles sont de telle efficace, que tous ceux qui d'elles sont armés ne peuvent être de vice soumarchés , ni vaincus par fortune. Plusieurs autres bonnes choses au propos afférentes furent là dites par la bouche du docteur excellent. Et ce fait, ledit maître René de Prye reçut Notre-Seigneur très-dévotement. Puis, lui fut mis sur la tête le chapeau rouge, par la main dudit maître Georges, cardinal d'Amboise et légat en France. A chef de ces solennelles choses, le roi, avecgrande suite de princes, de cardinaux, archevêques et évêques , et toute sa maison , s'en alla dîner leans; où le cardinal nouveau fit le banquet, auquel chacun fut traité à souhait et honorablement servi.

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Camment U xox îrrô Homains; mira mn axvxit^ ti comment le xùï s'en retourna à fflloisi.

Le roi des Romains , qui lors étoit avec son armée prêt à marcher, voyant que ses gens dépendoient son argent et sans rien faire, dit qu'il iroit en avant; et de fait, se mit aux champs, comme pour vouloir marcher et tenir camp. Or, advint que le terme du paiement fut venu, dont les Allemands firent question; de quoi ne fut nouvelles. Mais voyant, ledit roi des Romains, que sans argent ne passeroit outre, les voulut par promesses acheminer, et assembla les seigneurs des Allemagnes et les capitaines qui là étoient, auxquels dit : « Messeigneurs et amis, vous voyez les grands injures et torts faits par cidevant que nous ont faits les François, qui, malgré nous, tiennent la Lombardie et la forte ville de Gênes, qui est terre d'Empire , comme savez; et comment ils sont en armes en la duché de Milan , pour nous garder le passage et nous contredire le voyage de notre impérial couronnement. Parquoi, à la peine d'être réputés lâches et méchants, nous est besoin les aller assaillir et combattre. Pour ce, je vous prie que chacun de nous y fasse loyal devoir

et dû acquit. Si Targent nous est ores court, sachez que, sans faillir, assez en conquêterons sur nos ennemis; et avec ce, eux vaincus, je vous promets que, à chacun de vous, selon vos seigneuries et états, je donnerai villes et châteaux, et autres seigneuries de la duché de Milan , et tant de chevance , qu'il n'y aura celui qui à largesse n'en soit pourvu.» A chef de propos, les Allemands voulurent sur ce prendre conseil, lequel tinrent entre eux, disant tous d'une voix que sans argent ne marcheroient. « Comment, dirent les aucuns, l'entend le roi? Il cuide , à l'ouïr parler, que les François soient déjà défaits, et la Lombardie prise. Autrement, à ce que nous pouvons entendre, en va; car dedans la ville de Milan et par les places de la duché, sont plus de dixhuit cents hommes d'armes françois , avec les gentilshommes et archers de la garde du roi de France , et plus de vingt mille hommes de pied. Et avec ce , ledit roi de France est à Lyon , sur le Rhône, prêta retourner à Milan , comme il est bruit, avec grosse armée. Nos ennemis tiennent les places et ont force argent. Nous n'avons pas un blanc, et sommes aux champs à l'aventure. Quoi plus? l'hiver s'approche, qui sera moult contraire aux mal- vêtus; somme, en cette emprise, ne pouvons pour cette heure avoir honneur ni profit : car la ipeilleure et plus sûre pièce de notre harnois,

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qui est argent, nous défaut. Parquoi est impossible de marcher en avant. » Et ainsi firent leur réponse au roi des Romains ; de quoi fut très-mal content, et, sans autre chose faire, s'en retire, et son armée se départ.

Desquelles choses fut le roi tôt averti par ses gens de la duché de Milan, qui jà étoient en armes et aux champs pour garder le passage audit roi des Romains. Parquoi le roi , ainsi averti de cette départie, le lendemain de la Notre-Dame de la mi-août, s'en partit de Lyon, et s'en alla à Blois, où trouva la reine et Madame Claude sa fille, laquelle il avoit grand désir de voir et trouver en bon point : ce qu'il fit; et là, à toute joie et liesse, passa son hiver*

Comment, îrurant U tempo que le roi etoit îrelà les montô, mesôire 3ean €l)ûpperon et un nomme 2lntoine îi':Hulon , seigneur îruî>it lieu , se mirent sur mer, oii firent plusieurs rourses , i( (juoi le roi fut mal content.

Lorsque le roi étoit à son voyage de delà les monts, comme j'ai dit, le roi des Romains et les Flamands , sachant son éloing et lui et son armée hors le royaume de France, recommencèrent la guerre au duc de Gueldre»,

parent du roi , et donnèrent sur ses pays : lequel , avec Faide des gens de sa terre et d'aucuns François qui à lui s'étoient retirés, lors très-vigoureusement se défendit; mais pour longuement soutenir grosse charge de guerre, et soudoyer grand nombre de gens d'armes , ne pouvoit, combien qu'il eût le vouloir assuré et le cœur vertueux.

Tantôt furent semées les nouvelles de cette guerre en France, dont aucuns des gens d'armes françois, étant lors en garnison en Bourgogne, oyant ce bruit, dirent que volontiers se trouveroientau secours de ce pauvre prince, duc de Gueldres , tant pour vouloir faire service au roi , de qui il étoit parent, que pour exécuter la guerre et soutenir la querelle des foulés. Dont, entre autres, deux gentilshommes de la compagnie de messire Aymar de Prye , nommés , l'un , messire Jean Chapperon , très-hardi chevalier, seigneur de Couhéde- Vache en Aunis , et l'autre, Antoine d'Auton, seigneur dudit lieu d'Auton en Sain-, tonge , jeune et bien gaillard homme d'armes , dirent que passer par terre étoit chose difficile à faire pour les embûches des Flamands, qui gardoient lors les passages. Et voulant y aller par mer, firent provision, ledit Chapperon, d'une nef de quatre cents tonneaux , et , le seigneur d'Auton , d'une barque de soixante tonneaux. Et ce pendant qu'ils armèrent et

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équipèrent leurs vaisseaux, messire Jean Chapperon transmit devers le duc de Gueldres un homme d'armes de ceux de messire Aymar de Prye, nommé le Chevalier- vert , pour avoir son aveu pour lui et pour ledit seigneur d'Auton , et aussi pour en récrire au roi , qui étoit lors delà les monts. Celui Chevaher-vert fit son message en manière qu'il passa jusques en Gueldres, et là, bailla les lettres de Chapperon au duc de Gueldres , lequel les reçut volontiers, et par icelles, connoissant le bon vouloir dudit Chapperon et du seigiieur d'Auton , accepta leur service , et leur dépêcha et envoya par ledit Chevalier-vert lettres d'aveu, et en récrivit au roi. Advint que ledit Chevalier, en retournant, fut connu par lesFlamands être françois; et, pour ce, le prinrent et arrêtèrent , et lui trouvèrent les lettres du duc de Gueldres , dont le détinrent prisonnier par l'espace de six mois. Parquoi , ledit Chapperon ne put avoir son aveu, ni autres nouvelles du duc de Gueldres, si n'est que, par aucuns venants dudit pays de Gueldres , ouït dire que ledit duc avoit dépêché son messager auquel avoit baillé son aveu et lettres , pour adresser au roi, touchant l'affaire, qui fut tel, que, après les nouvelles ouïes de l'aveu , messire Jean Chapperon et ledit seigneur d'Auton mirent cinq cents hommes de guerre en leurs vaisseaux , c'est à savoir : quatre cents

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dedans la nau dudit Chapperon , et cent , dedans la barque du seigneur d'Auton , et se mirent sur mer, à queue de vache, lesquels s'en allèrent à une rade sur mer, nommée La Palice, près La Rochelle, pour là faire avitailler leurs vaisseaux, où demeurèrent un mois. Et comme ils fussent là pour faire leur pourchas de vivres, deux autres navires marchands anglois, chargés de draps et de saunions d'étain , passèrent près desdits navires de guerre, sans vouloir faire révérence, comme marchands doivent, selon les ordonnances de mer; mais, par leur fierté, voulurent aller au-dessus du vent. Ce que voyant le capitaine Chapperon, étant en sa nef de guerre, leur fit tirer deux coups d'artillerie, pour les arrêter, lesquels sans autre bruit s'arrêtèrent et ancrèrent près la nef dudit Chapperon. Après qu'ils furent là attachés , le seigneur d'Anton s'en alla dedans la nef de son compagnon, et laissa en la barque un nommé Gombault, son heutenant. Ce fait, le capitaine Chapperon et ledit seigneur d'Anton soupèrent ensemble et couchèrent cette nuit dedans la nef dudit Chapperon.

Cette nuit, les matelots de la barque du seif^neur d'Anton, après bien dringuer, dirent aux gens de guerre qui étoient là dedans : « Que voulez- vousdire, messieurs ? vous êtes gens de guerre, cherchant votre aventure sur mer,

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laquelle avez ici en vue rencontrée , et belle prise : car ce sont cursoires contrefaisant marchands ; lesquels, s'ils vous tenoient aussi près de Londres qu'ils sont près de La Rochelle, vous prendroient prisonniers et détrousseroient. Pour ce , leur devez aller donner un alarme , et nous irons avec vous. » Et ce dit , sur la mi-nuit que le capitaine Gombault se fût retiré en sa chambre, un nommé Pérot d'Aujac, et un autre, nommé Aubert de Massoignes , jeunes gentilshommes, avec les mariniers, jusques au nombre de douze, entreprinrent, à la suasion desdits matelots, d'aller ravager les navires desdits Anglois; et de fait, sortirent de la barque, et se mirent dedans un esquif, sur l'heure de minuit, et s'en allèrent jeter dedans l'un des navires d'iceux marchands, où se battirent bien étroit à l'entrée, car les Anglois, dont aucuns d'eux ouïrent venir les François, crièrent alarme tellement que chacun se mit en défense; où furent d'un côté et d'autre plusieurs blessés. Mais à la parfin, les François entrèrent par force , et prinrent là dedans quatre pièces de draps avec les mantes et habillemens des Anglois. Ce bruit fut grand, tellement que le capTtaine Chapperon et le seigneur d'Anton, qui assez près de là étoient, ouïrent le butin, qui guère ne dura; car les François firent à coup leur prise et s'en retournèrent à leur

barque. Mais par lesdits capitaines, tout en rheure, fut envoyé un fjentilhomme, nommé René Balan, seigneur de Maulevrier en Anjou, devers le maître des navires anglois, pour savoir quel bruit c'étoit. « Ce sont, dit-il, aucuns de vos François qui, par force et d'emblée, sont venus assaillir nos navires et entrer dedans , et ont iceux pillés en sûreté et emporté ce qu'ils ont voulu, et blessé mes gens, sans ce qu'il y ait guerre ne division entre le roi de France et le roi d'Angleterre, mon maître; au moins, de quoi je sois averti ne que je sache. — Or, vous, en venez parler au capitaine Chapperon, dit celui René Balan , et soyez sûr que si quelque extorsion ou grief vous a été fait par ses gens ou autres de son aveu, que telle raison vous en sera faite, que devrez être content.» Et ce dit, le maître d'iceux navires anglois s'en alla parler au capi-* taine Chapperon, auquel dit comment ses gens l'étoient venus piller de nuit et par force entreren ses navires, où avoientpriset emporté ce qu'ils avoient pu. Sur quoi ledit Chapperon fit inquisition et trouva que ceux de la barque du seigneur d'Auton avoient fait l'exploit : pour lequel avérer, ledit seigneur, tout en l'heure, transmit quérir Andrieu Gombault, son lieutenant en la barque , et ceux qui avoient été au ravage ,'^auxquels dit : « Et comment va ceci , Gombault ? Qui vous a mu d'envoyer ou

souffrir aller mes gens faire ce bruit de nuit et piller les navires de ce marchand anglois, qui , à la sûreté du capitaine Chapperon et de moi, s'est ici arrêté comme en notre sauvegarde et fiance, sachant que, entre le roi notre maître et le roi d'Angleterre, n'a guerre ne division, mais paix, amitié et concorde? Dont nous autres François n'avons droit ne querelle contre les Anglois, ne marque sur les marchands d'Angleterre. Parquoi , faut que vous répondiez de cet affaire et répariez le méfait. Sur quoi ledit Gombault s'excusa, disant qu'il ne sa voit aucune chose de l'entreprise, et que, pendant ce qu'il étoit en sa chambre, ladite course a voit été faite, de quoi n'en avoit jamais rien su, jusques à celle heure. Voyant, le seigneur d'Auton, l'excuse de son lieutenant, demanda à un nommé Pérot d'Aujac , et aux autres qui avoient été audit ravage , qui les avoit mu de ce faire, disant: « Si nous sommes ores gens de guerre et sur mer, si n'est-il pas dit pourtant ne permis que nous, en manière de pirates ou larrons de mer, devions faire la guerre à autres qu'aux ennemis du roi et du duc de Gueldres, duquel nous disons avoir l'aveu, ne que tout nous soit de prise. A cette fin vous faut répondre, pourquoi ne en quelle querelle avez été courir sur les navires des Anglois, auxquels n'avons nulle question ne défi de guerre?» Celui d'Aujac et

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un autre nommé Aubert de Massoignes , jeunes gentilshommes, firent réponse, que les matelots de leur barque leur avoient mis en tête et dit qu iceux Anglois étoient de bonne guerre et de droite prise ; disant que c'étoient écumeurs de mer , et qu'ils leur pouvoient courir sus sans danger : parquoi, comme non usités de la mer et nouvelliers en ieelle, pensant avoir bon droit et bien faire, avoient cru iceux matelots, et, à leur suasion, fait ladite course, et ainsi s'en excusèrent. Dont ledit d'Auton fit rendre le pillage, et bailler tout audit marchand Anglois; et, pour faire droit du tout, furent lesdits matelots envoyés prisonniers à un nommé Pierre Langlois, viceamiral, étant lors à La Rochelle, pour en faire justice, comme de raison; et puis, renvoyés lesdits Anglois tout à sûreté.

ÏD'aucune6 rourwe ti prises qnt memtc 2ean Cl)appaan ti le srigneur îr'^lulon firent m tan ôur Ue Jiamanbs^ ennmiô ïu îruc it (fcuelîrrr 0 , îruquH ô'ûDouoinit umx €l)apperan

Tantôt après que les navires d'Angleterre eurent pris le vent pour eux retirer , un autre

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navire espagnol, de Saint-Sébastien d'Espagne, du port de trois cents tonneaux , chargé de marchandise, passa près de là, à une lieue desdits navires du capitaine Chapperon et du seigneur d'Auton, et s'en alla ancrer à un lieu nommé Chef- de -Bois près La Rochelle, pour illec faire change de marchandise : lequel après avoir mis ancre à fond , pource qu'il étoit nouvellement arrivé , le seigneur d'Auton voulant savoir qui il étoit, se mit après avec sa barque. Et lui, approché j usques à pouvoir parler ensemble , demanda à iceux qui là dedans étoient, d'où étoit celui navire : lesquels dirent qu'il étoit d'Espagne. «Eh bien ! dit le seigneur d'Auton, tout un, tout un; nos maîtres sont bons amis , dont nous devons l'un l'autre secourir.» Puis dit au maître du navire espagnol : (( Seigneur, je vous veux bien avertir qu'un mien compagnon, nommé Chapperon et moi, sommes nouvellement mis sur mer, pour servir le roi notre maître et aucuns de ses alliés. Mais nos navires sont un peu mal garnis d'artillerie ; parquoi nous est métier en recouvrer : pour ce, si vous en avez davantage, nous vous voulons bien prier de nous en prêter ou vendre à crédit, pour nous aider à faire notre navigage , et nous vous donnerons bonne sûreté de vos pièces.» Ce que ne voulut ledit Espagnol, disantqu'il n'étoitpoint tenu de les en fournir, et qu'il n'en avoit pièce

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qui besoin ne lui fit ; parquoi n'en auroient s'ils ne l'avoient par force. « Si par amour , dit le seigneur d'Auton, ne voulez vendre ou prêter , sachez que autrement en aurons. » Et ce dit, s'en retourna devers le capitaine Chapperon , auquel fit rapport du refus dudit Espagnol : de quoi se malcontenta, disant qu'il en aura s'il se peut joindre avec lui; et en l'heure fit lever l'ancre. Et ce fait, tirèrent à Chef-de- Bois, à voile tendue , adressant vers le navire de celui Espagnol, lequel, voyant l'escarmouche dressée contre lui, dit qu'il s'ôtera delà voie : dont fit hâtivement lever ses appareils et se mit à la fuite , et eux après, et tant le suivirent, que, environ la minuit, l'atteignirent près d'une île nommée l'ile d'Yeu. L'Espagnol, qui étoit artillé bien à point et garni de gensde maina suffire, voyant qu'il étoit atteint, dit à ses gens : « Sus, compagnons! il nous est besoin de défendre le navire pour garantir nos vies et sauver nos biens; car la fuite ne nous peut plus de rien servir. Pour ce, chacun mette la main à la défense, car métier en est. » Et ce dit, fit charger son artillerie et armer ses gens, et iceux mettre à la défense de son navire. Le capitaine Chapperon et son compagnon commencèrent à donner dessus coups d'artillerie, et

le voulurent mettre entre eux deux pour l'assaillir de tous côtés : lequel se défendit à coups d'artillerie, et tant, que plus d'une grosseheure

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se battirent, où plusieurs d'un côté et d'autre furent blessés ; et eût été pris ledit Espagnol , mais en se défendant avisa le vent et se mit au dessus, et, pour fuir plus tôt, mitlamisaine sous l'estouin, qui est une voile, tenant à l'un des bouts de l'antenne , pendant hors sur le bord du navire, mise là pour faire hâtive fuite ou vite chasse. Ainsi se mit lEspagnol à fuir; le capitaine Chapperon se mit après et le suivit jusques au jour, mais le perdit, sans le pouvoirapprocherd'un jetde canon près : parquoi le laissa et se mit au retour vers où étoit demeurée la barque du seigneur d'Auton, qui n'étoit là; car ainsi que ledit Chapperon suivoit l'Espagnol, quatre urques de Flamands passèrent par là , qu'avoit suivis ledit seigneur d'Auton vers les raz Saint-Mahé ; et avec sa seule barque les prit tous et garda jusques à la venue de son compagnon, lequel, en revenant de la chasse dudit Espagnol , rencontra une autre urque de Flamands et la prit, puis se rendit deux jours après et se rassembla avec le seigneur d'Auton, qui avoit sa prise, en une rade en Bretagne près Le Conquet , où séjournèrent huit jours; et là durant ce temps, firent composition avec leurs prisonniers flamands, lesquels promirent payer mille écus , pour laquelle rançon assigner baillèrent deux otages ; et fut appointé par lesdits capitaines françois, que iceux Flamands porteroient leur

rançon au duc de Gueldres , maître d'iceux François , et la rançon payée , en envoyant certification et décharge de ce , leur envoiero.ent leurs otages : ce que ne firent lesdits Flamands, mais s'en allèrent en leur pays sans payer leurdite rançon , et laissèrent leurs otages, que lesdits François retinrent en attendant toujours nouvellesde leurs prisonniers, qui encore sont

à revenir.

Tantôt après ce , partirent du Conquet , et adressèrent vers la côte d'Angleterre, où, entour la mi-août, eux étant là, trouvèrent un cursoire flamand, lequel étoit d'Arnemue, qui est une ville de Flandre. Or étoit ledit cursoire bien équipé et du port de quatre cents tonneaux, accompagné d'une grosse barque d'Espagne. Et eux, à une vue l'un de l'autre, s'entre-avisèrent et connurent qu'ils étoient tous gens de guerre : si se mirent en ordre chacun pour assaillir son ennemi et défendre sa pièce, et tant, que sur l'heure de vêpres commencèrent à eux entre-approcher. Dont les capitaines françois dirent à leurs soudards qu ils avoient trouvé jeu-parti, disant : «Nous avons une nef et une barque de guerre , et autant en avons en barbe rencontré, qui nous présentent l'escarmouche que nous leur devons premièrement donner, telle que ce soit à notre honneur et avantage. Or sus, que chacun de nous montre ce qu'il saura faire, car besoin

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en est. » Et sur ce propos, chacun dit que pour mourir ne faudra à ce hutin. Le Flamand et Espagnol pareillement , voyant qu'ils avoient trouvé à qui besogner, se délibérèrent de faire leur devoir aux coups départir. Et pour aviser la manière des François , la barque espagnole alloitdevantlenavireflamand,unjetd'arcloin

ou environ 5 et voyant que les navires françois adressoient à eux, voiles tendues, s'en retourna joindre au Flamand, disant: «Ce sontFrançois, desquels je n'ai su avoir connoissance. Mais tant y a qu'il me semble, à voir leur ordre , qu'ils sont gens de guerre et délibérés. Pour ce, nous faut entendre à notre affaire.» Et ce dit, se joignirent et tirèrent de front en bel ordre vers les François, lesquels aussi venoient de droit fil, leur artillerie chargée et leurs soudards armés. Et lorsqu'ils furent près l'un de l'autre, d'un jet d'arbalètre, le capitaine Chapperon fit tirer un coup de coulevrine droit à la barque de l'Espagnol , et donna dedans la proue d'icelle. L'Espagnol aussi fit tirer un coup de canon vers le navire dudit Chapperon , cuidant donner au travers; mais le coup passa par dessus, sans toucher audit navire. Ce fait, les François, sans pins marchander , adressèrent vers ledit Flamand et Espagnol ; et lorsqu'ils furent à un jet de pierre près, voyant l'Espagnol que c'étoitàtout, dit qu'il prendroit autre chemin, et tout soudainement tourna la poupe à

ses ennemis, et se mit en fuite, sans autrement secourir son compagnon. Le seigneur d'Auton se mit après et le suivit environ trois lieues en mer, mais ne le put atteindre , car il gagna à bien fuir : dont s'en retourna vers son compagnon. Et ce pendant, ledit Chapperon et le hamand s'approchèrent de si près que l'un l'autre s'abordèrent, et, à coups d'artillerie et de main, se battirent à toute outrance. Cependant le seigneur d'Auton arriva, et eux, ainsi assemblés , assaillirent ledit Flamand de tous côtés, lequel se défendoità merveilles, comme celui que nécessité évertuoit. Que fut-ce? leur combat fut tant impétueux, que depuis le vêpre jusques au lendemain midi ne cessèrent de donner coups : où furent tués, des gens de celui Flamand, quatorze hommes, et jetés en mer, et un de ceux du capitaine Chapperon. Quoi plus? chacun entendoit à ses besognes. Les François , comme avantageux et envieux de gagner , de pluâ en plus fort continuoient leur assaut à coups de main et d'artillerie sans cesser. Le Flamand , foulé et assailli de tous côtés, comme contraint par nécessité, se défendoit à tous efforts ; mais tant étoit jà battu et lassé, qu'il étoit prêt à dire le motet pris, si n'est que, à l'extrême besoin de son douteux affaire , eut avis de faire lever le derrière d'une grosse pièce d'artillerie des siennes et l'emboucher à fleur de mer tout à bord de

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l'eau ; où fit ruer un coup bas et donner en la proue du navire du capitaine Chapperon ; qui fit telle passée au travers, que plus de demi pied de rond y fit d'ouverture, tellement que, au branle du navire et au flot des vagues de la mer , l'eau entroit dedans par la passée tout à flac, si que, en moins d'un quart d'heure, elle fut sur le lestage plus d'un pied de haut, et eut mis le navire à fond. Mais comme le maître du navire , nommé Jean de la Dune, eut l'œil aux coups de l'artillerie du Flamand et vit la passée du coup par où l'eau entroit tout courant en son navire, tout en l'heure en avisa le capitaine Chapperon, en disant : « Capitaine, si vous ne mettez soudaine provision de faire écouler l'eau qui entre tout à plein en votre navire, par la passée du coup d'artillerie que ce Flamand a fait ruer bas contre la proue d'icelui , soyez tout à sûr et sachez de vrai que nous sommes tous à fond et périllés; car plus de cent tonneaux d'eau sont jà entrés dedans. Et afin que soyez mieux assuré de mon dire , regardez sur le lestage du navire, lequel est tout plein d'eau? » Ce que avisa ledit Chapperon; et voyant le danger où il étoit de périr, oubha le vouloir qu'il avoit de gagner : dont fit cesser l'assaut et courir à Teau, en laissant partie de ses gens aux gardes , comme faisant manière de reprendre haleine ; et, afin que les Flamands ne se doutassent de l'inconvénient,

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fit tenir partie de ses gens armés aux défense» et faire bonne mine. Lesquels Flamands, qui plus n'en pouvoient et n'attendoient fors l'heure de leur prise, voyant cesser l'assaut, ne furent onc si aises, et tout à coup tournèrent poupe , et se mirent à la fuite si tôt, que en peu d'heures leur navire fut hors la vue des François , lesquels ne coururent après, mais a toute diligence vidèrent l'eau de leur navire et étouppèrent la passée ; ce qui leur fut de saison, car si, de ce, ne se fussent lors avises un quart d'heure après s'en alloient au fond de la mer. Toutefois, comme il plut à fortune, echevèrent ce danger et passèrentce péril, sans eux vouloir arrêter, pour l'empêchement de ce détour, pensant avoir une autre fois meilleure aventure et plus heureuse rencontre ; si direntque, pour la trouver, encore chercheroient

divers pays et voies lointaines, mais avisèrent que leurs navires étoient fort empires de coups d'artillerie et dénués d'équipages, et que besoin leur étoit , premier qu'entrer plus avant en mer , les faire équiper et radouber.

Et sur ce propos, mirent voiles amont, puis adressèrent vers Honnedeu en Normandie, et là près, vis-à-vis d'une bourgade nommée Villerville, ancrèrent : où demeurèrent l'espace de quinze jours, cuidant là avoir heu pour leur radoubage, et eux rafraîchir, ce que »e purent; car là fut lors le vice-amiral de

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Normandie, qui avoit jà su comment ils ennuyoient les marchands et couroientla mer : parquoi ne les voulut illec souffrir ravitailler, ne faire radouber leurs vaisseaux. A cette cause, vidèrent le port et s'en allèrent en Bretagne, à un port de mer, nommé le port Blanc, où mirent leurs vaisseaux à sec et les radoubèrent; puis prinrent vivres et autres choses nécessaires pour leur navigage , et appointèrent entre eux de passer les détroits de Gibraltar, et aller en la mer du Levant, disant que là pourroient trouver quelque bonne aventure : dont tirèrent celle part.

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A pleine voile firent cingler leurs navires, le capitaine Chapperon et le seigneur d'Auton, droit aux détroits de Gibraltar; et eux étant devant le cap de Fineterre , environ la fête Saint-Michel, un jour, au matin, sur l'éclaircie du soleil levant, avisèrent deux gros navires flamands, équipés en manière de guerre : l'un, nommé Anne, et l'autre, le

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Jaulain , tirant vers eux à voile tendue, comme pour les vouloir assaillir et approcher comme d'un jet de canon près. Le Jaulain, qui alloit devant son compagnon deux traits d'arc ou environ , fit tirer un coup d'artillerie contre les navires François, par manière de défiance. Le capitaine Chapperon , qui ne demandoit pas mieux , ne faillit pas à lui rendre son salut de même , et lui fit ruer un coup de canon , en disant : (c Puisque entre vous avez commencé le bruit et corné la guerre, à nous en aurez! » Puis, dit au seigneur d'Auton , qui près de lui étoit en sa barque : « Mon compagnon , à cette heure avons trouvé à qui parler, comme pouvez voir : ce sont Flamands qui viennent à nous de droit fil, pour nous assaillir. Mais jà ne nous sera reproché que deux Flamands, sans autres coups férir, mettent en fuite deux François. Or sus, défendons-nous, car métier en est. » Et sans plus de paroles, les uns et les autres approchèrent. La barque du seigneur d'Auton , plus vite voilée que le navire de Chapperon , se mit devant , et adressa au navire Jaulain , qui alloit aussi devant son compagnon. Tant s'approchèrent, que l'un et Vautre s'entr'abordèrent , pour eux combattre. Là commença dure mêlée; car celui ' Jaulain flamand avoit grand'force et bonne artillerie et grosse route de gens armés, et tous gens de guerre. Le seigneur d'Auton , de

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sa part, avoit en sa barque tant de moyenne et menue artillerie , que de pied à pied en étoit garnie et embouchée, avec cent soudards, tous choisis et hommes de main : dont y en avoit plusieurs jeunes gentilshommes de ses parents et alliés, et autres, qui ne demandoient que la pique. Que fut-ce? à cette première charge, tellement se battirent, que ceux de la barque, de première rencontre, à coups de main et d'artillerie, tuèrent six hommes flamands, comptés ainsi qu'on les jetoiten mer. De ceux du seigneur d'Auton, furent plusieurs blessés, et un Breton, nommé Chappy, maître de sa barque, tué, lequel eut d'un coup d'artillerie la tête emportée. Le seigneur d'Auton , armé de toutes pièces , la pique au poing, étant à l'assaut avec ses gens, en combattant, eut d'un coup d'artillerie emporté l'avant-bras tout entier, sans être blessé autrement que foulé et endormi le bras. Un jeune gentilhomme des siens, nommé Aubert de Massoignes, combattit là tant hardiment, que , cuidant être armé de son habillement de tête, tint le combat longuement, désarmé ; ce qu'aucuns des Flamands avisèrent, et lui ruèrent un coup de pique au travers de la gorge : de quoi ne fit semblant, mais combattit sans vouloir désemparer sa place, jusques à tant que l'autre navire flamand vint secourir le Jaulain ; ce qu'il fit hâtivement, voyant que be-

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soin en avoit et qu'il étoit presque à Toutrance. Le capitaine Chapperon se hâta aussi pour se joindre à la barque et être aux coups donner. Or, étoit celui Jaulain tant tenu de près et si rudement assailli par ceux de la barque, qu'il étoit tout épouvanté, et tant, que, nonobstant son secours, comme recru et peureux, se désaborda de la barque, et se mit en fuite, laissant là son compagnon en la mêlée entre le capitaine Chapperon et le seigneur d'Auton : lesquels le tinrent si de court, que, après coups d'artillerie et de main, d'un et d'autre côté donnés, se cramponnèrent, et eux ainsi attachés, se battirent longuement. Mais finalement, le capitaine Chapperon, qui étoit frais et délibéré , gagna l'entrée, et, avec ses gens, se mit dedans, par force. Et combien qu'iceux Flamands se défendissent à merveilles, si furent-ils outrés par ledit Chapperon , et quarante d'iceux mis à l'épée. Le maître dudit navire fut retenu prisonnier, et trente de ses gens, avec trois femmes, qui furent mis dedans un navire portugallois passant, et envoyés par ledit Chapperon à Lisbonne en Portugal. Ce fait, dedans cette nef prise, fut mis le seigneur d'Auton , et sa barque , baillée à Andrieu Gombault , son lieutenant; et pour gouverner ladite nef prise, fut mis dedans un Normand , nommé Richard du Lyon. Vingt-et-cinq paquets de drap noir.

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et quinze cendré d'argent, furent là dedans trouvés avec largesse de métaux et grand'force d'annelets de cuivre , pour porter en Barbarie aux Maures, et grand nombre de bonnes pièces d'artillerie et prou de vivres. Aussi fut trouvé un grand coffre sous les paquets, que le capitaine Chapperon fit mettre en sa nef, pensant que quelque grand trésor y eût : lequel fit ouvrir, où ne trouva que petits couteaux d'Allemagne , et tout plein de miroirs. De toutes parts, fut cherchée celle nef prise , et tout ce qui fut trouvé dedans , mis au butin et départi entre les capitaines et autres qui là étoient.

Puis, entreprirent et conclurent de passer les détroits , et eux en aller hiverner à Morgues en Savoie, avec leur prise. Ainsi chacun se retira en son navire, c'est à savoir : le capitaine Chapperon, dedans sa nef; le seigneur d'Auton, dedans la nef prise; et Andrieu Gombault , dedans la barque dudit seigneur d'Auton; lesquelles nefs furent, premier que partir, garnies d'artillerie et de soldats > et d'autre équipage, selon ce qu'ils en avoient. Et empruntèrent des gens de leurs mêmes vaisseaux, pour mettre dedans la prise, qui en étoit dégarnie. Eux étant prêts de partir, un soir, sur l'heure des vêpres basses, avisèrent venir et approcher neuf grands navires> desquels étoit un nommé la Juliane, leur

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amirale : lesquels ne voulurent attendre, ne rencontrer ; et, pour eux vouloir ôter de leur route, se mirent avant en mer et à quartier, où tirèrent toute celle nuit, qui fut obscure à cause des bruines qui étoient grandes , tellement qu'ils ne s'entrevirent plus. Et comme ils allassent en avant , un nommé Bastien , contre-maître de la nef du capitaine Chapperon, sur l'heure de la minuit, appela tout haut Richard du Lyon , maître de la nef prise, dedans laquelle étoit le seigneur d'Auton ; lequel Bastien dit à celui du Lyon , qu'il suivît une certaine route, comme pour aller après le navire de Chapperon. Mais iceux maîtres des navires, qui avoient entre eux quelque butin de vaisselle d'argent à départir et s'entendoient à ce moyen , ne demandoient que voie , pour eux dérober, et écarter leurs capitaines, ce qu'ils firent: car celui du Lyon, feignant suivre la route du navire de Chapperon , retourna au rebours, et prit le chemin devers La Rochelle; et ledit Bastien mena le capitaine Chapperon tout droit vers les détroits de Gibraltar. Le seigneur d'Auton tirant par mer, celle nuit, pensoit que sa nef suivît celle de Chapperon , et qu'ils allassent vers les détroits: advint que, sur l'éclaircie du jour, sortit de sa chambre, et regarda en mer, tout autour de lui , et au loin , tant que sa vue put aviser ; et ne vit que sa nef et sa

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barque : de quoi fut émerveillé ; et lors appela Richard du Lyon , maître de la nef, auquel dit: « Qu'est ceci à dire, maître? où nous avez- vous amenés? Je crois que nous sommes écartés, car je ne vois point la nef du capitaine Chapperon , quejepensois toujours suivre et accompagner : ce qui me fait penser et dire que nous sommes hors de sa route et éloignés de notre voie. — Capitaine, dit le maître , je ne sais si nous allons droit ou non, mais je suis bien sûr que nous suivons droitement la route que Bastien , le contre-maître de la nef de Chapperon , m'a dite et enseignée. Parquoi, ne me devez blâmer de ce, ne encore vous soucier de tant; car peut-être que ledit Chapperon a voulu faire quelque course secrète , ou découvrir en mer, et puis se rendre ici , mêmement pour ce qu'ils nous ont montré cette route. —Je ne sais que penser , dit le seigneur d'Auton , car le capitaine Chapperon n'a point accoutumé de s'éloigner sans me le dire ou m'en avertir : parquoi je cuide qu'il y ait autre chose. » Et sur ce, fit retourner sa nef sur la côte de Portugal, vers le cap Saint-Vincent, et là se mit à chercher ledit Chapperon, et enquérir à ceux qu'il trouvoit sur mer s'ils savoient aucunes nouvelles : dont ne fut mention ; car il avoit jà passé les détroits, et tiroit vers le royaume de Grenade : parquoi n'en put sa-

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