LANTERNE 1 ES
DE ur
A Ne
ET EEE
PTE STE
souffle du matin. Des cssaims de moustiques, groupés dans l'air, bourdonnaient parmi les premiers rayons du soleil ; en les voyant, je fus pris d’une colère insensée et me mis à courir, agitant mon mouchoir, fendant l'air de mes bras partout où je trouvais les exécrables petites bêtes, Mais dans ce combat de l’homme contre l’insecte, l’homme fut le vaincu, et je cédai le terrain haletant, le visage ct les mains ensanglantés, |
C'est avec ces mêmes mains que je vous écris ma chronique. Tant pis, si elle n’est pas amusante; ça n’est pas ma faute; il y a là tout ce qu'on peut humainement tirer d'une excursion dans l'intérieur du .Saguenay; si vous n'êtes pas satisfait, je recommencerai, et si vos lecteurs font les difficiles, je les enverrai À Tadoussac cn faire autant,
POUR LE ‘‘ PAYS
2 AouT 1871.
# L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux,’’LAMARTINE,
I y asi longtemps de cela que le dieu tombé doit avoir la mémoire longue s’ils’en souvient encore. Plus je vais, plus je m'aperçois qu’il a perdu de son origine. Si l’homme est réellement tombé du ciel, ça doit être d’un ciel pluvieux comme celui qui inonde la terre de boue depuis six semaines : il est tombé avec les petits crapauds ses semblables, et s’il n'est pas resté à quatre pattes, c’est par défaut de confor-
mation. La femme, qui était tombée avec lui, s’est relevée la première et l’a aidé, de sorte que vous voyez ce bipède courant aujourd’hui les mers, les fleuves, les continents, et -cherchant à rattraper le ciel quil’a vômi. C'est un spectasle que ce flot humain courant par toutes les routes, mais c'en est un bien maigre cette année pour les voyaseurs qui ont l'habitude de visiter régulièrement nos places d'eau,
Les hôteliers ont l'air au désespoir. Eu effet, à part le erand hôtel de Cacouna, je ne vois pas où les étrangers se düuigent aujourd'hui. Que voulez-vous ? J'étais à T'adoussac avant-hier ; à peine commencé-je à respirer les parfums visoureux qu’envoient les mille montagnes du nord, qu’une averse subit s’abat des nues, une averse de cinq heures ! Ilier, je traverse à la Rivière-du-Loup, il faisait un ciel radieux, clair et pur comme le fond de mon cœur: j'arrive plein d’allégresse, mais à peine suis-je parveru au bureau de poste, à deux milles du quai, que des grains de pluie commencent à percer la voûte brillante du firmament; en un clin-d'œil, les grains de pluie deviennent un déluge ct l’orage est tombé tonte la nuit. Aujourd’hui je prends le train pour une destination inconnue, (j'aime à m’envelopper de mystère,) ch bien ! je n'avais pas fait six lieucs qu’une uouvelle tempête gronde, le ciel se barbouille comme un journal mal imprimé, il tombe des gouttes d’eau grosses comume des œufs, de la grêle... le diable son train, et un froid ! oh! le croiriez-vous ? le conducteur fut obligé de faire allumer le feu dans les chars. Du feu le 20 juillet ! Allez donc à la campagne maintenant, (Canada, mon pays mes amours, tu n'es qu'un farceur.
Il y a à peine trente ou quarante pensionnaires dans ces hôtels renommés où, l’année dernière encore, on ne pouvait
Per DS a
Re ut
En Sr der ré véETES ESP PS GP SPER 2
Eur
MR dre ete
Ait
trouver, à prix d’or, trois chaises pour se coucher dans un passage. Presque toutes les familles canadiennes et anglaises ont leurs maisons privées, et elles s’y rendent, Pour le voyageur de passage, comme il n’aime pas à se faire inonder de pluie ct barbouiller de boue, il va ailleurs. Mais les américains, eux, sont indomptables ; les américaines surtout bravent tous les climats. Quelles femmes! on parle d’infuser du sang nouveau dans les veines de notre race, prenez de celui-là. Comme je traversais à Tadoussac, l’autre jour, le bateau en était rempli ; la froide bise du nord nous saisit à quelques milles des côtes; croyez-vous qu’elles se sauvèrent dans le salon où s’emmitoufflèrent de châles ? Non, elles se précipitèrent toutes à l'avant dans leurs robes de mousseline ou de toile, chantant, aspirant avec force l'air presque glacial, et, de leurs yeux pieins d’éclairs, perçant l'horizon sauvage et sombre formé par la chaîne des Laurentides. Quelles bavardes intrépides ! voilà des femmes qui savent rire. Cela nous charme, nous autres canadiens, qui sommes habitués à des femmes qui ne rient jamais sans en demander la permission à leurs voisins.
N71 Mix Lt À
C'est un étrange pays que cette côte nord du St. Lau-
rent en bas de Québec. Lorsque vous avez passé les premières campagnes qui sont Beauport, Château Richer, Ste. Anne et St. Joachim, terminées brusquement par le Cap Tourmente, ce cap effrayant de deux mille pieds qui tombe perpendiculairement dans le fleuve, vous ne voyez plus rien qu’une chaîne abrupte, tourmentée, souvent aride, toujours grandiose, de montagnes qui se suivent jusqu’au
Labrador en fermant l'accès à toute tentative d'habitation.
Quelques paroisses y viennent couper çà et là la nature surprise dans son orgueilleuse indépendance; c’est la Baie St, Paul d'abord, après un intervalle de dix lieues de solitude farouche, puis les Eboulements, puis Ste. Irénée, puis la Malbaie, puis..…...plus rien que quelques petits postes perdus sur le peuchant des montagnes. Les quatre paroisses que je viens de nommer se suivent; comment fontelles ? je n’en sais rien, c’est par csprit d'imitation. Mais si elles se suivent, c'est en se disloquant. Tudieu ! quelles routes ! de la Baie St. Paul à la Malbaie, un espace de neuf lieues, ce sont des côtes continuelles ; l’une de ces côtes a trente arpents de longueur, je veux dire de hauteur. I] faut pour cela des chevaux exprès, des chevaux qui ont les pieds comme des crampons et des nerfs en fil de fer. Les jambes de ces petits chevaux sont comme des rondins crochus; ils ne montent pas les côtes, ils les saisissent, et quand ils les descendent, c’est comme s'ils les retenaient,
J'ai cru vingt fois que j'allais me casser le cou dans cette fameuse côte à corbeaux qui monte du fond de la Baie St. Paul jusqu’au bout du plateau qui domine le fleuve et en face duquel est l’île aux Coudres: eh bien! j'en suis sorti sain ct sauf; c'est tout à fait absurde.—Cette Ile aux Coudres est habitée, croiriez-vous ça? Ce sont surtout des navigateurs et des pêcheurs, gens qui habitent partout,
Muis je suis injuste; l’île aux Coudres est une petite oasis verdoyante, dorée, inondée de rayons, touffue comme un bosquet. lle contient à peu près mille habitants, primitifs comme aux jours où il n’y avait sur la terre que notre aïeul commun ascc sa femme, mère de ces abominables et interminables générations qui n’en finissent plus; tant pis pour elles. Ce que c’est que la routine ! On dé-
RER ee era TRE