‹ Chroniques [microforme]Chapitre 28 sur 83 · KL *X · texte numérisé non relu

KL *X

Je lis quelque part que le printemps est la plus agréable, ( mais aussi la plus perfide des saisons, ce qu’il n’est pas bon de quitter à cette époque l'endroit où l’on a passé l'hiver. C’est là l'avis des médecins peut-être, mais À coup sûr ce n'est pas celui des locataires, Quant aux propriétaires, ils n’ont pas d'opinion arrêtée sur l'hygiène, et se contentent

d'admettre en principe général que, plus un loyer est élevé, plus une maison est saine.

S'il n’est pas bon de quitter au printemps les lieux où |, l’on à passé l'hiver, d’où vient dons cet usage immémorial | et universel des déménagements ? D'où vient cette tenta- | tion irrésistible de casser ses meubles et de payer deux fois il le prix de son loyer en réparations, en blanchissage, en net-

toyage, en tapisseries, otc.........? D'où vient cette manie qui s'empare de tout le monde, riches et pauvres ? Le déménagement est une fureur, une frénésie, une des formes de ce besoin insatiable de renouvellement, de déplacement et de mouvement qu'éprouvent au printemps tous les êtres animés ; on quitte sa üemcure comme l'oiseau quitte son vicux nid, comme on jette de côté ses fourrures, ses mocassins, £cs gros châles. En outre, il est des attachements qui ne peuvent jamais se former, même par les meilleurs rapports, comme ceux entre propriétaires et locataires.

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Vos lecteurs éprouvent-ils l'envie de faire connaissance avec l’auteur de ces causeries ? Je leur avouerai tout bonnement que je suis un québecquois. A défaut d’autres qualités, on voit au moins que je suis modeste. Te n’eusse jamais osé faire cet aveu il ya un an; mais que’ les choses ont changé depuis! Il y a quelques mille habitants de moins, mais plusieurs manufactures de plus; on parle même d’élever une vaste fabrique dans chaque rue qui se dépeuplera.

L'année dernière, à cette époque, le chemin à lisses Gosford donnait encore des espérances mêlées d’angoisses ; aujourd’hui, il est bien constaté qu’il ne marchera jamais, Faute de casseurs de pierre, on avait mis des amas de rochers au haut des côtes pour qu’en roulant, ils se brisassent et répandissent un macadam quelconque ; malheureusement, contre toutes les prévisions, ils n’ont servi qu’à emplir quelques trous et à boucher complètement le passage. Les rucs tortueuscs, étroites, pleines d’abîmes, aux trottoirs dansant la prétentaine. coupées cà et là de pittoresques monticules, avaient au moins cinq pieds de boue ;..... cette année elles

n’ont que dix-huit pouces de poussière, Pour retrouver les passerelles en pierres construites le printemps dernier, on s’arme d’un bâton pointu, comme les voyageurs qui montent le Vésuve; grand nombre de maisons en ruiaes penchent leur front sourcilleux sur les passants empressés de fuir; les cours ont gardé les détritus et les immondices de deux ou trois décades, et la Corporation a fulminé cinq cents décrets de nettoyage qui n’ont eu d’autre cffet que de rendre les locataires encore plus sourds. (Cependant, la propriété avzmente assez joliment en valeur; c'est parce qu’elle n’augmente pas en nombre, disent les finots; mais moi, j'ai parfaitement constaté deux maisons en brique bâties depuis l’année dernière à la haute-ville. Quant à la basse-ville, il

est inutile d'en parler; elle va disparaître bientôt sous les éboulis du cap.

On a dit dernièrement que les internationaux allaient fender une succursale dans Québec. Grands dieux! et pourquoi faire? c’est à peine si les nationaux eux-mêmes peuvent y vivre. Les nationaux! ce nom sous lequel ma plume a frémi, me plonge dans un abîme de réflexions mélancoliques; aussi, je vais à la ligne pour faire la transition.

Hélas! pourquoi notre beau Canada est-il encore la proie des partis? Se peut-il que les canadiens n’aient pas tous les mêmes idées et la même opinion depuis 1791 ? Pourquoi cette distinction de conversateurs et de libéraux, quand ce sont les conservateurs qui ont accompli toutes les réformes, et que les libéraux n’ont fait que se réformer cux-mêmes ? Est-ce que tout bon patriote ne doit pas désirer ardemment qu'il n’y ait plus qu’un seul parti appelé le parti conserva-

teur-libéral-national-modéré? Comme cela, on serait à peu près sûr de ne pas laisser de place à d’autres et la rationalité canadienne serait immortelle autant qu’homogène. Mais non, l’orgueil humain veut toujours se satisfaire par des distinctions, et les nationaux n’ont eu d'autre idée, je l’affirme sur ce que j'ai de plus cher, que d’imiter l'Espagne où les partis se comptent à peu près comme suit: Radicaux, républicains-fédéraux, carlistes, conservateurs-opposants, ministériels-frontiéristes, sagastistes, amédéistes, zorillistes, des istes et des estes à faire prendre les espagnols aux cheveux pendant trois générations. Heureusement que, chez nous les noms seuls diffèrent et que, rien n’étant plus semblable au conservateur renfrogné des anciens temps que le libéral de nos jours, le national, qui est l'expression des deux, réussira à tout confondre.

C’est ce qu'il a déjà fait.

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