MUR
L: droit monarchique abstrait, purement idéal, tel que le définissait Bossuet, n’existe évidemment plus. Dans notre malheureux siècle tout se raisonne, ct si l'hérédité subsiste encore dans bon nombre de pays, c’est par le consentement tacite des gouvernés et sous ccriaines conditions, aceompagnées de beaucoup de restrictions. Hérédité ne veut pas dire légitimité. C’est shnplement une forme et non pas un droit.
Depuis un siècle, à partir de Charles-Edouard, le dernier des Stuarts, qui voulut revendiquer le trône d'Angleterre et qui périt glorieusement à Culloden, tous les prétendants ont échoué. Ce n'est pas, certes, qu’il en manque ; mais ils ne passent pas tous la frontière, et quelques-uns même ont la sagesse de ne pas être des héros.
La dernière invention moderne, c’est l'introduction du canon dans tous les genres d'actions humaines. (C’est aux Etats-Unis, pays pacifique par excellence, que nous devons ce progrès. Pour préluder au grand jubilé de Boston qui va avoir lieu prochainement, les américains font des conventions politiques, et, à la fin de chaque tirade d’un orateur plus ou moins allumé, un coup de canon donne le signal des epplaudissements, (C’est une manière d'utiliser les vicilles pièces; mais il paraît que ces coups de canon répétés ont produit une intense chaleur dans la salle de la convention de Philadelphie qui vient de se réunir. L'un des pérorcurs, à moitié abasourdi, suant à grosses gouttes, a été obligé d'ôter son paletot et de passer à la grande république sa chemise—‘‘ ce qui faisait un charmant contraste, dit un des reporters, avec les tentures foncées et les drapcries de toutes couleurs qui paraient l’estrade. ”?
Pour moi, je ne suis pas paysagiste, ct je n'ai pas d'opinion à exprimer là-dessus.
Maïs au sujet du canon, les américains nous donnent un noble exemple, Comme ils n'ont pas d’ennemis autour d'eux, ils s’en servent pour leurs amis, Bientôt on verra le canon portatif que chacun aura dans sa poche aux assem-
blées populaires et qu'il fera partir au hasard de son enthousiasme. Qui sait? le canon remplacera peut-être un jour la parole, et ce sera 1à un progrès vraiment humanitaire: il n’y aura plus moyen do déguiser sa pensée.
Québec a des canons, des mortiers ct des obus qui se montrent à tout bout de champ. Partout où il y a quelque vieille ruine, quelque amas de pierres effondrées, quelque rempart antique qui s’affaisse, on voit se dresser ces foudres de guerre qui joueraient aujourd’hui à peu près le rôle des flèches d'Iroquois. Je ne sais pas même si l’on pourrait les faire partir pour applaudir un orateur ministériel, Quant à les charger, c’est peut-être encore possible, mais pour les décharger, jamais! à moins qu'on veuille faire sau- * ter la ville avec tous ses habitants, ce qui les remuerait peut-être un peu. En attendant, ils sont comme leurs canons, dont ils partagent l’immobilité séculaire,
Le ciel est chargé de vapeurs, de pluie et de vent de nord-est depuis la fin d'avril, en tout six semaines; ce qui fait que les navires venus d'Europe ne peuvent plus repartir. Les québecquois, gonflés d’orgueil, disent qu’ilsin’ont jamais vu autant de vaisseaux dans leur port; mais aussi, dès que le vent du sud-ouest prendra, ce qui n’est pas probable cette année, il n’en restera plus un seul. Quand on songe que nous voilà arrivés au milieu de juin et que nous n'avons pas encore eu une bonne journée de chaleur, et qu’il n’a pas fait beau temps vingt heures de suite, c’est à demander l'annexion à tout prix! Avec l'annexion, du moins, on cst certain qu’il n’y aurait plus d’hiver en Canada ct qu'il n’y pleuverait point à tout propos et sans propos. Mais, tels’
. que nous sommes, avec nos seules ressources coloniales, nous ne pouvons pas lutter contre l’atmosphère. L'indépendence changerait peut-être un peu le cours du vent, mais ça ne durerait pas et tout serait à recommencer.
KL
Avez-vous jamais promené votre regard d’aigle sur les grands événements qui agitent notre globe? Pour moi, il me semble qu'il n’y a rien de plus petit ni de plus comique que ce qu’on appelle les grandes choses; j'aime mieux w’arrêter aux côtés mesquins de l’histoire,
Ce qui frappe le plus mon attention en ce moment est la loi passée en France contre l’ivrognerie, Cette loi ressemble beaucoup, pour les pénalités édictécs, à celle que vous avez à Montréal et qui oblige de fermer les hôtels à onze heures du soir. lle a eu pour effet immédiat de tripler le nombre des pochards, en même temps que de répandre la pernicieuse habitude de mépriser les lois.
I] paraît que l’ivrognerie fait des ravages notables dans les équipages de la flotte française. Une circulaire du ministre de la marine engage les commissions des ports à étudier les moyens propres à l'arrêter: Que n’adopte-t-on dans ce cas le système anglais qui divise les marins en trois catégories ? L’un va en permission tous les quatre jours, l’autre tous les quinze jours, et le troisième tous les deux mois. Pour jouir des avantages de la première catégorie, on comprend que les matelots aient tout intérêt à ne jamais entrer en état d'ivresse.
On pourrait ainsi, dans Montréal, donner des ‘permis de boire après onze heures, en divisant les pcchards par caté-
Te = ER
DATE ETS PUMhS BALE PEN EN pe ERNST ARE + NL = = =
gories. Ceux qui, à deux heures du matin, ne rouleraient pas encore sous la table, auraient droit à un crédit illimité chez les aubergistes,
De cette façon, on serait certain qu'avant un mois tous les hôtels seraient fermés pour de bon, dès dix heures du soir,