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Cependant, les jeunes gens des Etats-Unis sont bien heureux de n’avoir que le dimanche qui les embarrasse! Que dire de ceux de Québec qui ne savent où promener leurs pas monotones et leur figure ahurie pendant toute une semaine ? Dans Québec il y a une rue où l’on fait des affaires; cette rue a six arpents de long et quinze pieds de largeur ; après une forte pluie, les gens se parlent d’une rive à l’autre, parce que l’usage des canots portatifs n’est pas encore introduit dans la capitale. Il y à une autre rue où l’on se promène. Celle-là est longue d’un demi mille et n’a ni pavés, ni trottoirs. Opiniâtrement, inévitablement, les mêmes figures, pas belles du tout, malgré qu’on en ait dit, vous passent devant le nez cinq cent fois en deux heures, Les mêmes questions et les mêmes réponses se font tous les jours, et quand on n’a plus de quoi répéter et qu'une auberge se trouve sur le chemin, on entre se monter le cerveau au moyen d’un cock tail. Là se trouve généralement un groupe d’abrutis qui ont déjà absorbé trois ou quatre verres et qui sont ravis de pouvoir renouveler avec les nouveaux arrivants. On s’attable et l’on imbibe; cela enlève vingt minutes au
temps. Ceux qui ne sont pas tout-à-fait blasés retournent dans la rue St. Jean voir passer et repasser les mêmes binettes. La seule distraction est de se saluer; aussi il y a de mes amis qui font du salut une véritable gymnastique.
Qu'ils soient heureux et que Dieu les bénisse ! |
De la conversation, point. Et de quoi causer ? Dans ce milieu oisif, dans ce coin isolé du monde, entouré de montagnes, de quoi parlera-t-on et qui peut «voir des idées ? Aussi l’homme d'étude en est-il réduit à vivre de lui-même. C’est monotone.
On à tort de croire que nos forêts se depeuplent. Québec les remplace; la plante des arbres est une véritable fureur dans notre ville cette année. Seulement, ces arbres n’ont pas de feuilles; j'ai entendu dire que Montréal allait nous en expédier une cargaison; hâtez-vous, si vous voulez que nous ayons le temps de les faire prendre, car l'hiver va bientôt revenir ici; le fait est que nous n’en sommes pas encore sortis, et que le vent de nord-est a remplacé les tempêtes de neige qui n’en pouvaient plus de sept mois d'hiver. Le nord-est, à Québec, est une véritable institution aussi immuable, aussi indestructible que le mixed bitters.
I] y a ici quantité de vieilles dames ct de vieux messieurs qui ont de gros revenus et qui ne savent qu’en faire. Ils ne pensent même pas à faire réparer le trottoir devant leurs maisons, encore moins à consacrer leur argent à quelque entreprise ou à quelque amélioration lucrative. Mais ils le prêtent à 6 ou 7 pour cent, et prient le Seigneur de leur accorder longue vie. Les gens les plus occupés de Québec sont les policemen, ou, comme ils s'intitulent eux-mêmes,
sergents-de-ville ; ils ont toutes les peines du monde à faire enlever les ordures des cours, et emploient les trois-quarts du jour à voir s’il n’y a pas des toits qui menacent de crouler ou des pierres qui se détachent des murs. Heureux sommes-nous de les avoir !
Si les canadiens du pays se plaignent encore de la sécheresse, c'est qu’ils sont aussi incorrigibles qu’insatiables. Il a plu dans notre district cinq jours par semaine depuis le ler Mai, ce qui n’empêchera pas qu’on entende dire pendant trois mois que le grain n’a pu venir, faute de pluie. Un des traits saillants de notre peuple, c’est de n'être jamais satisfait, Qu'on lui montre des travaux à faire, de l'ouvrage en quantité, des richesses à acquérir, tout cela ne vaut rien si ça se trouve en Canada ; il faut aller le chercher aux Etats-Unis ; à ce point que pour les grandes entreprises publiques qui seront mises à exécution cette année même, il va falloir faire chez nos voisins, ce qu'ils ont fait chez nous depuis si longtemps, aller chercher des hommes,
L'émigration des canadiens n’est pas un besoin, c’est une manie ; le fait est que c’est pis. Elle n’a qu’une seule et unique cause, l’envie de grogner. Voilà.