‹ Chroniques [microforme]Chapitre 37 sur 83 · ARR DE SEA · texte numérisé non relu

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Le comte d'Artois, qui avait déjà l'oreille dure, pleurait À chaudes larmes: ‘“ Comme ils nous aiment!” répétait-il en serrant les mains des officiers royaux, et ceux-ci préférèrent ne pas détromper leur royal visiteur.

ke % Une autre illusion qui résiste à toutes les épreuves, à l'évidence poussée jusqu’à l’éblouissement, c’est l’acharnement des colons britanniques de ce continent à maintenir leur dépendance.

Plus l'Angleterre se détache de nous, plus nous nous rattachons à elle ; mais nous ne pouvons pas lui inoculer cette étrange passion qui nous consume. Nous avons le virus, elle a ie vaccin, Les anglais sont un peuple vacciné.

Dernièrement, les pouvoirs européens se sont étonné, ont été cffrayés presque, de la tolérence officielle proclamée par les ministres anglais envers les membres de l’Internationale.

On croyait pourtant bien à une révolution imminente, on l'agnonçait presque, on allait jusqu’à ressusciter le vieux mot de Jacquerie à propos des grèves ‘agricoles du Warwickshire. Et, en somme, il y avait quelque raison de craindre pour ceux qui ne connaissent pas le tempérament britannique. Sait-on, en effet, que l’ouvrier agricole d'Angleterre ne gagne, en moyenne, que $3,00 ,par semaine ? Maintenant, supposez-le chargé de famille, comme il arrive d'ordinaire ; supposez-le entouré d'enfants qui ne peuvent, à cause de leur âge, contribuer à grossir le revenu de la maison, et vous aurez bientôt une explication du paupcrisme des campagnes.

Le paysan anglais, logé tant bien que mal, n’est ni vêtu ni nourri, et vous savez pourtant tout ce qu’un anglais peut

absorber de bœuf ; on a calculé que la consommation est, en Angleterre, d’un tiers plus considérable que sur le continent, toutes proportions gardées. Quant aux vêtements, le peuple n’en a pas à lui ; il use lamentablement la céfroque des classes aisées, Je viens de lire, parmi les faits ressortant d'une des dernières enquêtes agricoles, celui d’un vieux paysan qui a déclaré n'avoir jamais mis de chaussures neuves, sauf une paire de guêtres qu'il se rappelait avec uno joie enfantine.

Eh bien! malgré toutes ses misères, le paysan anglais n’est pas encore prêt à faire une révolution, ni à brûler les plus beaux édifices de Londres pour se venger de ses landlords. L'agitation créée par les grèves du Warwickshire restera pacifique ct mènera à une réforme considérable des salaires, sans le secours du pétrole. C’est que le paysan

anglais est patient, doci'e, réfléchi; il se laisse prêcher, caserner, réglementer : on peut faire sur lui toutes les expériences sociales, le soumettre à tous les essais oratoires, à toutes les conférences, sans lui inspirer de haïne pour les classes aisées. Il ira dans les clubs ou aux public-houses, et se fera servir son thé entre deux lectures pieuses, tandis que son frère, l’ouvrier de F:ance, ira aux clubs pour tâcher de démolir les cloisons.

L'anglais sait attendre ; il sait que toutes les réformes durarles sont”contenues dans ce mot.

Hélas! il ne suffit pas toujours d'attendre pour avoir ce que l’on désire. Voilà bientôt sept à huit années que j'attends pour ma part une sinécure du gouvernement et que je ne puis l'obtenir, J'ai essayé de tout, j'ai même fait de

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la pharmacie dernièrement et j'ai répandu à flots les prospectus de l’'Omnicure ; le Sothérion me doit la moitié de sa célébrité; grâce à moi, le Philodonte, ce dentifrice vermeil, ruisselle à flots sur l'émail de la plus belle moitié de notre espèce, et cependant j’en suis encore à trouver le magasin de bonnets de coton qui me recevra dans son sein comme mon prédécesseur Jérôme Paturot. Impossible partout, inutile pour le bien, objet d'épouvante pour tous les commerçans de détail, je fais des causeries comme pis-aller, Je regarde mes amis d'autrefois accumuler devant eux des monceaux d’or...

les gredins! Voyez cet horrible Provancher. Le voilà

nommé agent d’émigration en Europe, avec $300 de traitement par mois, Cette nouvelle est tombée dans la bohême littéraire comme un éclat de foudre dans une caverne. Nous nous sommes réjouis bouche béante. Je n’en demandais pas plus, moi, pour pouvoir faire de nouvelles dettes. Tant de luxe m’accable, Heureusement qu’il me reste le rire de Diogène, cette suprême ressource du gueux.

J'ai parcouru le pays en tous sens; on dit que ses ressources sont inépuisables...alors, pourquoi va-t-on en chercher de nouvelles jusque dans la Colombie à travers un désert de six cents lieues ? C’est sans doute parceque nous ne

” pouvons épuiser nos pêcheries que nous conviens léS améri-

cains à les partager avec nous. Que n’en fait-on autant pour notre patience qui semble, elle aussi, n’avoir pas de bornes ?

En dehors des ressources naturelles, il est une autre chose inépuisable en Canada, c'est le vote ministériel, Convenablement exploité, il a produit des merveilles depuis huit ans ; j'ai vu passer devant moi cette mer sans fond de votes inconscients et inexplicables, et je suis resté dessus, épave railleuse, bénissant le ciel de m'avoir conservé encore assez

intelligence pour rester dans l'opposition.

150 CAUSERIÉS.

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