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CHRONIQUES. 171 30 JUILLET

J'ai dit que la Malbaie était un des plus beaux endroits de la terre et je le répète, je le tripète, je le quadrupète, je le dirai jusqu’à la fin de mes jours, jusqu’à ce que mort s’en suive; mais la Malbaic a un malheur, c’est d’être sur la côte nord du Saint Laurent. Cette côte est inhumaine; où voit bien qu’elle est un prolongement du’ Labrador; là où vivent les Esquimaux, un canadien ordinaire dépérirait, moins par l’usage immodéré de l'huile de phoque que par l'absence prolongée du soleil.

Des brouillards et des brouillards, des pluies torrentielles, renouvelées tous les deux jours; des fraîcheurs subites qui envahissent le ciel avant sept heures du soir et vous donnent le frisson jusqu’au lendemain matin, voilà la température régnante de la Malbaie depuis près de quinze jours. La Providence m'est témoin que ce n’est pas elle que j’accuse ; mais enfin il y a des imites, et, puisque le cultivateur est archi-satisfait, que ses terres sont humectées au délà de tout ce qu'il désire, il me semble qu’on pourrait bien faire quelque chose pour le voyageur qui a besoin d'un peu de beau temps, par çi par là, pour admirer les splendeurs qui l'entourent au lieu d'en être dégoûté..…. bien à regret.

Vous prendriez un mois pour tout voir dans ce lieu incomparable que ce ne serait pas’encore suffisant, Tous les jours on trouve du nouveau, desaspects inaperçus, des petites retraites inexplorées où la nature se multiplie et se livre à toutes les débauches du caprice. Aujourd’hui, c'est un petit lac caché sur un plateau, à dix arpents de vous, et que vous ne soupçonniez même pas; vous le trouvez en vous promenant sans but, paresseusement, néglisemment comme on le fait à la campagne; demain, ce sera un vallon crêpé

de sapins.qu'à peine vous aviez vu auparavant et où vos pas, s'égarunt par hasard, rencontrent des sentiers furtifs, voilés sous les ombrages, conduits mystérieux qui mènent au penchant de quelque côteau où soudain se dévoile toute une perspective nouvelle de montagnes fuyant à l'horizon et d'innombrables vallées qui ondulent sous les vents gonflés d’échos et de murmures, Ailleurs, ce sont des cavernes s’entr'ouvrant brusquement dans le flanc des caps qui bordent le rivage, et que des broussailles, entassées comme au hasard, des angles de rochers suspendus au dessus de vos têtes, avaient jusque là dérobées ; partout l’imprévu, le divers, un ensemble et une harmonie étonnants de tout ce qui diffère, de tout ce qui contraste et se heurte.

Ce n’est pas seulement par son payage que la Malbaie est indéfiniment variée, c’est encore par les villages qui la composent et qui, tous, forment des groupes à part où les mœurs ainsi que l'aspect diffèrent. Ainsi, il y a la Pointe aux Pics dont je vous ai parlé, le Cap à l’Aïgle, le village paroïssial, le faubourg Lacue, une succession de maisons crottées, hideuses, sordides, refuge de toutes les immondices, mais pittoresquement alignées au bord d'un côteau que suit en serpentant, avec un bruit argentin et mille gazouillements d'oiseaux, une petite rivière bordée d'escarpements formidables et de pentes douces où flottent les gazons. Il y a encore la côte Mailloux, la Comportée..….. et des chûtes, des chûtes partout.

Je ne vous parlerai pas de cet endroit bizarre, unique, qu’on appelle le Trou, sorte de cave formée par un cireuit de montagnes et qu’on dirait sortie de leurs entrailles ; les habitants, qui ont toujours le mot juste, quoique grossier souvent, l'ont parfaitement baptisé de ce nom. Ce trou a

environ une lieu de circonférence et reçoit les eaux d’une rivière qui s’y précipite des hauteurs voisines par plusieurs chûtes qui se sont creusé des lits où elles ont pu, ou plutôt, comme elles ont voulu, en choisissant pour cela les passages les plus fantastiques.

Pour s’y rendre il faut descendre et monter des côtes alpestres. Impossible de se tenir en voiture; hommes, femmes, enfants, tous débarquent ; on marche dans le sable jusqu'aux genoux, couvert de sueurs et de poussière, éreinté, abimé, disioqué. C’est le chemin le plus difficile après celui du ciel, ct cependant, allez-y n'importe quel jour de la belle saison, vous y verrez toujours des suites interminables de voitures, remplies de femmes qui veulent se donner la nouveauté d’un peu de misère, peut-être afin d'enlever aux hommes l’idée qu'ils l'ont toute en partage dans cette allée de larmes.

Si la Malbaie est adorable, indéfinissable, elle a, je le répète, le malheur d’être située sur la côte nord du St. Laurent. Etre sur cette côte veut dire qu'on est en dehors du monde, S'il y avait pour l’homme quelque chose d’impossible, je dirais que ce qui est impossible ici, ce sont les communications. Hn effet, la malle de terre ne quitte la Malbaie et n'y arrive que trois fois par semaine. Que voulez-vous ? c’est un travail her culéen que de gravir et de descendre pendant deux jours des côtes qui en finissent qu'au troisième ciel. D'autre partla malle par eau ne vient que quatre fois pa» semaine; de sorte que nous sommes réduits à attendre tous les deux jours pour expédier aux citadins essoufflés quelques-uns des souffles rafraîchissants qui gonflent nos poitrines rustiques. C'est démoralisant.

Li Il y a à la Pointe aux Pics quutre hôtels groupés ensemble, pouvant loger en moyenne trois cents personnes. Ces hôtels sont fréquentés surtout par des Anglais qui y gardent leur extérieur morne, taciturne, cassant et lugubre. Les Anglais | ne sont et ne seront toujours que des entrepreneurs de D. pompes funèbres; leur plaisir unique,, c'est le jeu de 5 croquet, et ils poussent leurs boules méthodiquement comme leur personne, Quand ils essaient d'être gais ils font un 1 tapge infernal ; faire beaucoup de bruit, c'est très 7o/y, très funny. Pas de musique, pas de danse, mais beaucoup 4 LE. de promenades et beaucoup de parties de pêche, Allez sur 1 L Ja grève, par un soleil ardent, vous êtes sûr d’y trouver des 11 E Anglaises un livre à la main, lisant dans les coquilles, les : pieds baigrés par le varech. C’est de bon ton; .une An- ‘LR glaise qui remue manque aux lois les plus élémentaires de Due | l'étiquette. Ë

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