AVEUGLEMENT ET INGRATITUDE
L'histoire rapporte qu’un jour, lorsque tous les Grecs s’étaient réunis
pour proposer la peine de l’ostracisme ou du bannissement contre un de leurs plus célèbres compatriotes, Aristide, dont is étaient jaloux de la
DUOÏTE.ssoocnosse rosvocss nono coneovosoocn nes sosognoosenesoposseneos ose LLLLLLELELEEELEEET, ]
Dont ils étaient jaloux de la gloire ! A cette phrase, l'ingratitude me prend ; je continue, parce que je serais capable de méconnaître toutes les jouissances dont le Courrier m'a grossi en le disant.
“ Le lecteur voit sans doute où je veux en venir, ajoute le Courrier (c'est bien clair). L’antique terre des Hellènes n’a pas gardé le monopole de la jalousie”... “ C’est cela ! s’est dit le Courrier, dans un moment d'inspiration ? Si j'introduis le monopole de la jalousie dans mon article, d’abord c’est très saisissant comme expression, et ensuite, au point de vue des manufactures canadiennes, ça me ménage une transition habile pour arriver à la protection et ensuite à Sir George.” En effet, le Courrier, ayant trouvé le joint, s’écrie : ‘ Cette misérable passion est venue s'implanter sur le sol canadien..." La jalousie qui s’implante dans le sol ! hein! Voyez-vous comme ça vient bien et comme chaque chose est à sa place ?
En signalant à mes concitoyens des articles de ce goût et de cette langue, je crois faire assez pour mon pays et mériter d'être élu jusqu’à la fin des siècles.
Quand je vous dirai maintenant que la lecture des journaux conservateurs est, depuis une quinzaine de jours surtout, la source des plus ineffables jouissances en même temps qu’une: expérience à bon marché des profondeurs que
peut atteindre la bêtise humaine, je ne pense pas m’avancer trop et je reste convaincu que l’ingratitude est, à côté de cela, encore une noble passion, qu’elle s'implante ou non dans le sol.
De tous les grands bienfaits dont Sir George nous à grossis, le plus importantà mon sens, est celui de nous avoir ramenés à l’âge de fer, qu'il ne faut pas confondre avec l’âge d’innocence, celui du Courrier de St. Hyacinthe. . Tous les métaux ne se ressemblent pas, quoique Sir George les ait réunis tous dans sa seule personne, comme dans un immortel laboratoire pour l'instruction des chimistes reconnaissants. Si nousavons pu méconnaître un pareil homme, c'est que notre éducation a toujours été mal faite ; on n’enseigne pas la métallurgie dans les colléges et les écoles du Bas-Canada, ou du moins, on n’en enseigne pas assez pour rendre les élèves capables de mesurer tout ce qu’il peut y avoir de bronze dans une âme humaine ou d'aluminium dans les bienfaits dont on grossit une population.
Tout est à refaire en ce sens ; et tant que nous ne serons pas plus forts sur les métaux que nous le sommes, nous serons éternellement des ingrats.
16 SEPTEMBR£.
Tantôt à Kamouraska, tantôt à la Malbaïe, tantôt aux Eboulemens, tantôt à Rimouski, puis à Montréal, aujourd'hui à Québec, j'ai rasé de mon aile toutes les plages, et maintenant, las, tirant la patte, avec des cors aux pieds,
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avec des mains et un visage brûlés par les vents et le soleil, je suis venu m’abattre de nouveau sur le glorieux rocher d’où Frontenao envoya ses boulets rouges à l'amiral Phipps, et d’où reste encore à ‘“ tirer par une main canadienne le dernier coup de canon pour la domination anglaise en Amérique,”
Mais partout, en quelque part que fuient mes pas, partout me poursuit le fantôme de l’homme de bronze; il se dresse devant moi avec des yeux flamboyants comme des creusets et une haleine brûlante comme le souffle des forges. Dieu! quel éternel cauchemar se sont préparé les électeurs de Montréal! Ils ne savaient pas que chacun de leurs votes allait retentir dans les siècles comme le cri du remords et comme le glas funèbre de notre nationalité. Oui, sans Sir George, tout est fini, tout a sombré, peuple, institutions, histoire, avenir, dans le naufrage où il s’est englouti. Il n’y avait qu'un homme, un seul qui pût porter le poids un peu lourd des destinées de toute une race, et cet hoinme est tombé comme une grosse cloche sûr la tête d’un bedeau.
« Chose étrange! (dit l'Echo de Lévis,) ce coup qui devait, dans le
calcul de ses ennemis, frapper Cartier à mort et lui enlever du coup son:
prestigo et sa force, a créé en sa faveur un élan spontané d’irrésietibles sympathies et l’a consacré, pour le resto de ses jours, l’idole du peuple. Ils ont voulu l’humilier, et, pour le venger, on l’appelle et on l’appellera avec orguoil : ‘Le vaincu du 28 août.”
Oui, en effet, ce sera là une grande, superbe et terrible
vengeance que de se faire appeler le “ vaincu du 28 août. ””
Quand il aura, comme tous les hommes, quel que soit le métal qui le compose, payé son tribut à l’implacable nature, quand on aura mis l’idole du peuple dans un cercueil de bronze, il en frémira d’aise au fond de sa tombe; ses os tressailleront d’une joie inconnue; et lorsque, parfois, son
spectre, agité d’un souvenir horrible, se dressera pâle, effaré, grelottant dans son suaire, appelant ses voteurs, et qu'il cherchera ses fidèles disparus, une voix, partant des rives de Lévis, jui criera pour le venger: ‘Sois tranquille, George Etienne, tu es le “ vaincu du 28 août ! ”?
Il n’y a pas de mânes qui résistent à un nom pareil, et si, vraiment, la vengeance est le plaisir des dieux, il y a là de quoi rendre tout le monde fou de joie dans l’Olympe.
Mais, si c'est un plaisir ineffable pour Sir Etienne d'être appelé le vaincu du 28 août, qu'est ce que cela doit done être pour M. Jetté qui est le vainqueur de la même date ? Il faut reculer ici les bornes de la jouissance humaine et imaginer des raffinements qui ne peuvent se traduire dans aucune langue, Être vaincu le 28 août, c’est tout ce qu’un homme peut désirer ; mais être vainqueur ce même jour-là, c’est se lancer à pieds joints dans le troisième ciel et s’ébaudir avec les séraphins.
Malgré tout ce qu’il peut y avoir pour Sir George de délectable à se faire appele: le vaincu du 28 août, moi qui me contente de jouissances purement humaines, je trouve qu'il n’y a rien de comparable à celles que donne en ce moment la lecture des journaux conservateurs. Ecoutons encore l'Écho de Lévis qui me fera mourir d’allégresse :
‘ Sans la défaite qu’il vient de subir à Montréal, Sir George E, Cartier n’eut peut-être jamais deviné la nature ct la force du sentiment public à son égard. L'’injustice de ses ennemis, l’ingratitude d’une portion trop considérable de ceux qui auraient dû mieux reconnaître ses services, hâteront le jugement de l’histoire sur le compte de cet homme, dont la renommée jettera dans l’ombre tous les noms les plus marquants de notre histoire. Sa grande figure apparaîtra maintenant à cette nouvelle au-