‹ Chroniques [microforme]Chapitre 54 sur 83 · J XX · texte numérisé non relu

J XX

En quittant le bassin de Gaspé, nous remontons la baie qui, comme je vous l'ai dit, a vingt-et-un milles de long, jusqu'à Percé qui est sur le golfe même. Cela nous prend près de deux heures, Notons en passant que Gaspé est le seul port sur toute la ligne des bateaux du golfe où l’on mouille au quai même ; partout ailleurs, il y a trop peu d’eau et l’on débarque dans des chaloupes qui viennent du rivage chercher le fret et les passagers.

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Percé est une des curiosités du St, Laurent. Si l’on croyait tous les récits fantastiques, auxquels la tradition ajoute son prestige, qui se débitent sur ce roc formidable, projeté dans une mer toujours houleuse, souvent orageuse, comme un défi audacieux de l’écueil à l’abîme, on n’en approcherait qu'avec une terreur mystérieuse mêlée d’angoisse, Percé proprement dit est un village de deux cents feux, établi sur un promontoire qui semble garder le St- Laurent : ce promontoire n'a pas de hauteur, il n'approche en rien de nos montagnes du nord; mais il est rugueux, menaçant, d’une hardiesse violente ; on dirait que sa longue lutte avec l'océan lui a révélé sa force et le pouvoir qu'il tient de Dieu de ne pas laisser les flots dépasser leurs bornes: C’est un archer du moyen-âge, bardé de fer, immobile dans son armure, et qui regoit, invulnérable, tous les coups de l'ennemi.

Percé, en face de l'Atlantique qui le bat de ses tempêtes depuis des milliers de siècles, frémissant sous l’averse éternelle des flots, mais immuable comme un décret du ciel, morne, pensif, subissant sans murmure les torrents pleins

de colères qui l’inondent, penché comme un dieu déchu qui

expie dans l'éternité l’orgueil d’un jour, nous remplit, à la fois, d’une admiration douloureuse et d’une espèce de pitié

grandiose.

En face du promontoire est ce rocher célèbre, long d’un demi-mille, couvert d'un plateau uni comme une mer calme, fendu verticalement en deux à l’une de ses extrémités, et, à quelques cents pieds plus loin, s’ouvrant dans les flots de manière à former une arche, rocher à pic, roide, droit comme un poids qui tombe, qui a donné son nom à l’espace tout entier de terre qui termine la baie de Gaspé et fait

saillie dans le golfe. Près de là est l’île Bonaventure, longue de quelques milles, où se trouve un des établissements de la maison Le Bouthillier; et, en face, de l’autre côté de la baie, à trois lieues de distance, un autre rocher analogue, nommé La Vieille, qui s'est miné sous l’action des flots et qui s’est écroulé en partie, laissant une échancrure béante, noire, où tous les génies malfaisants de l’abîme doivent venir faire leur sabbat durant les tempêtes.

Le plateau du roc de Percé est la demeure des goëlands, des mouettes, des cormorans, des pétrels et des pigeons de mer. C’est là qu’ils déposent leurs œufs, chaque ordre de volatiles séparément ; jour et nuit ils lui font un dôme de leurs aïles, et lon entend leurs cris aïgus à travers les siflements de la bise. On raconte qu'un hardi pêcheur avait réussi à fixer une corde au sommet du plateau, et qu'il s’en servait pour aller ramasser, en une seule nuit, sept à huit quarts d'œufs qu’il descendait au moyen de poulies attachées à la corde; mais, un beau jour, la corde trop usée manqua, et, barils et pêcheur roulèrent dans l’abîme. Depuis lors, toute tentative de ce genre a été interdite par la loi.

Percé est le plus grand entrepôt de pêche de tout le Golfe. C’est là que les Robin ont leur principal établissement, sans compter ceux qu'ils ont à Gaspé et à Paspébiac. On voit du bateau sur le rivage les longues claies ou échasses sur lesquelles la morue sèche et d’où elle est expédiée dans les Antilles, de même qu'au Brésil et au Portugal. Une multitude de bateaux-pêcheurs nous entourent, la plupart faisant la pêche à la morue, au hareng et au

maquereau. Quel réservoir inépuisable que ce Golfe St- Laurent ! Croiriez-vous que des goëlettes prennent de soizante-quinse à cent quarts de harengs en-un seul jour, nonseulement pendant toute une saison, mais encore depuis des siècles, et qu'il n’y a aucune raison pour que cela finisse jamais !

Il en est ainsi du maquereau, si abondant qu'il fatigue les pêcheurs; il n’y a qu'à jeter ct tirer incessamment la ligne; l’un met l’appât, l’autre hâlo, ct cela pendant trois mois de l’année, tous les jours. Le maquereau et la morue se pêchent à la ligne, une ligne parfois semée de cinquante hameçons; le hareng est pris à la raie, ce qui va plus vîte, mais est bien moins amusant,

s Huit heures.

Nous quittons Percé par un temps incroyable en cette saison-ci, merveilleusement beau, brillant, étincelant comme l'étoile du bonheur, et nous nous dirigeons sur Paspébiac,

à soixante-douze milles plus loin, en passant par la Pointe aux Maquereaux qui est à l'entrée de la baie de Chaleurs.

A la Pointe aux Maquereaux, trente milles plus loin que Percé, s'entrouve cette onduleuse, voluptueuse baie de - Chaleurs, pleine de long replis, de languissants contours, que le vent caresse comme un évantail, et dont les grèves amollies reçoivent sans murmure l’épanchement des flots. Quarante milles plus loin, au pied de collines douces, légèrement aplanies, apparaissent Paspédiac et’ New Carlisle, les deux plus jolis, les deux plus coquets endroits de la baie.

Ici commencent une nature, des formes, des aspects tout différents de ceux que nous venons de quitter avec les rives du St. Laurent. Ce ne sont plus les montagnes

abruptes de la côte nord, ni les champs amaigris, fatigués de la côte sud, mais de gras pâturages, des champs bien nourris, une végétation pleine de jeunesse, D'un côté c’est le Canada, de l’autre c'-“ le Norveau-Brunswick; mais, dès maintenant, que lo eur s'apprête à des usages, à une population, à une physionomie locale qui ne lui rappelleront en rien le Canada.

Nous sommes, nous, un peuple ancien. Tout est vieux en Canada, les villes, les campagnes, les mœurs, le langage; tout y est pénétré de l'antique et a la senteur lointaine d’un monde dès longtemps disparu. Nous parlons et nous vivons comme nos ancêtres; en maints endroits, des souvenirs déjà séculaire ttestent une vie, une histoire, des traditions dont no avons fait qu'hériter, et qui sont maintenues par des coutumes pour ainsi dire invariables, Quand on parcourt les campagnes canadiennes, le plus souvent on respire comme la poussière d’une civilisation éteinte; des ruines, déjà vicilles de cent ans, jonchent le sol dans bien des villages; il y a des églises et des demeures que le moindre souffle du vent ébranle, et qui remontent au temps de la regence d'Orléans; des cités entières même, comme Québec, s’enveloppent dans des manteaux de débris et semblent souffrir toutes les atteintes d’une vieillesse trop longtemps prolongée.

Le Bas-Canada est le vieux monde dans l’ancien, le vieux monde resté passif au milieu des secousses modernes, lézardé, mais immuable, sillonné de moisissures et jetant au Join l’odeur des nécropoles. Depuis plus de deux siècles, bien des champs ont la même apparence, bien des foyers

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ont entendu les mêmes récits des vieux, morts presque centenaires; les générations se sont sucoédées comme un flot suit l’autre et vient mourir sur le même rivage, et c’est à peine si, depuis une quinzaine d'années, des mains hardies se sont mises à secouer le linceul sous lequel les canadiens avaient enseveli los légendes de leur passé et les beautés de leur histoire.

Il y a chez nous des classes sociales, des aristocratos, débris de l’orgucil et de l'ignorance féodales ; il y a des vieilles familles qui se détachent de la masse et qui conservent intactes des mœurs et des manières surannées ; il y a les parvenus, il y a les enrichis, les petits bourgoois et les ouvriers, tous gens se tenant à part les uns des autres; il y a des pauvres bien-nés et de gros marchands qui reçoivent dans des palais, et qu’on pourrait atteler avec des bœufs de labour ; il y a à part cela la classe d'élite, fière de sa valeur, dont l’exclusivisme n’a rien d’arrogant, qui se mêle volontiers avec toutes les autres et dont les prédilections s’abaissent maintes fois aux rangs les plus obscurs, c’est la classe des hommes de l'esprit et de l'étude. Mais ici, dès que l'on met le pied dans la Buie de Chaleurs, et dans tout le reste des provinces maritimes, les distinctions sociales disparaissent ; il n’y a plus que des égaux.

Les communautés sont petites, jeunes et formées invariablement des mêmes éléments. On n'y connait pas plus la mendicité que les grandes fortunes, et si les hommes en général n’y travaillent pas avec l’ardeur et l’âpreté que nous y mettons, du moins ils font tous quelque chose. Prenez l’un après l’autre tous les groupes isolés d’habitations, auxquels on a donné le nom de villes, le long de la baie et

sur le littoral du Nouveau-Brunswick,—et vous retrouverez, non-seulement la même physionomie extérieure, mais encore les mêmes mœurs et les mêmes occupations.

Ce pays n’a pas de passé, pas de coutumes établies; il n’y a là, pour ainsi dire, pas de lien, pas de solidarité ; chacun y vi de sa vie pronre, affermit, développe, élève et embellit son existence comme il l'entend. Les ch:udes amitiés qui datent de l'enfance et qui remontent aux vieilles liaisons de famille, sont inconnues. C'est que le: hommes, en petit nombre encore, sont tous dispersés sur une étendue considérable; pas de paroisses, pas de villages nulle part; seulement, ça et là, des centres de commerce appelés villes, et qui ne ressemblent en rien à ce que nous sommes habitués à appeler de ce nom.

En parcourant les rivages de la Baie de Chaleurs, vous verrez paraître inopinément un clocher au milieu d'espaces vides, comme ces calvaires qui, dans notre pays, se dressent tout-à-coup sur les routes solitaires; c’est la chapelle protestante ou catholique; mais, autour d'elle, rien de ce rassemblement qui rappelle aussitôt l’idée du troupeau réuni sous la main du pasteur. Les habitations sont disséminées sur la grande route, parfois assez rapides, assez bien suivies, le plus souvent clairsemées ; aucun endroit ne tire son nom d’un village ou du saint auquel il est consacré, mais d’une configuration de terrain, d'une petite rivière, d’un souvenir fortuit, d’un accident et même d’un hasard. On dirait que l’homme est arrivé sur cette terre comme une paille emportée par le vent, qu'il s’est arrêté tout-à-coup et que, là, il a planté sa tente sans s'occuper de ce qui l’entourait, ni de son passé désormais perdu dans l'oubli,

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Dans une pareille contrée, les mœurs sont nécessairement quelque peu dures. Chacun, renfermé dans une individualité semi-barbare, a peu de notions de la réciprocité, des égards mutuels, On sent que les hommes y ont l’habitude de vivre séparés ; aussi sont-ils défiants les uns des autres, La loi, quand il y a lieu, regoit son application la plus rigoureuse ; pas de tempéraments, pas d’adoucissements.

Dans une civilisation qui a pris son développement complet, tous les membres de la société sentent qu'ils se doivent mutuellement protection; on observe moins la lettre que l'esprit de la loi, on l’élude même par mille fictions qui, en somme, ne font que démontrer combien chaeun se repose plus sur les mœurs générales que sur les ordonnances, combien on s’en rapporte plus à l'intérêt de tous dans l’ordre de choses établi qu’à la contrainte imposée par des textes inflexibles. Mais ici, l’on dirait que la loi, loin d'être faite pour les hommes, est faite contre eux, et qu'il n'existe pas d'autre sauvegarde mutuelle que dans une application draconienne de ses obligations.

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Le lecteur saisira mieux du reste le sens et l'étendue de <es considérations par des exemples.

Nous étions arrivés à Paspébiac jeudi, le 10 octobre, à trois heures de l'après-midi. Il faisait un temps à égayer des croquemorts et à faire chanter des corbeaux ; le ciel était resplendissant, la mer légèrement ondulée par la brise. Dans le port, la Cunadienne, tirant des bordées, voletait comme un oiseau-mouche sur des flocons de lilas; quelques navires blanchissaient à l'horizon ; d’autres, mouillés, at-

tendaient leur cargaison de bois ou de morue sèche pour les Antilles, tandis qu’une centaine de bateaux-pêcheurs se balançaient sur les flots dans toutes les directions.

Nous fûmes accostés par deux énormes barques qui vinrent prendre le fret et les passagers. L'opération dura une heure et demi, pendant laquelle nous pûmes examiner à loisir la physionomie de l'endroit éloigné de nous d'à peu près un Ccmi-mille. A part le site qui est charmant, je dirais presque suave, tant il y a de douceur agreste dans les longues collines qui viennent se baigner à la mer, ce qu'il faut remarquer avant tout à Paspébiac, c’est l’immense établissement de la maison Robin qni constitue à Jui seul une petite cité.

La maison Robin emploie environ six cents hommes à la seule préparation de la morue; ces six cents hommos demeurent tous dans l’enceinte de l'établissement qui est divisé par rues et par quarticrs, et qui contient des boutiques de menuisier, de charpentier, de tonnelier, de forgeron, de mécanicien... tout ce qui est nécessaire à une exploitation considérable. Il y a là jusqu'à des petits docks et des chantiers pour la construction des navires; l’entrepôt ou store général s'élève sur pilotis dans la mer même, et, en arrière, s'échelonnent les diverses rues qui divisent l'établissement.

Une particularité de la maison Robin, c’est qu'aucun de ses commis n’a le droit de se marier; s'il en est qui ont ce malheur, il faut que leurs femmes vivent au loin et qu'ils p’aillent les voir qu'une fois tous les deux ans. Il y a loin de là au mormonisme,

Un jeune homme qui entre comme commis dans la maison Robin doit faire six années d'apprentissage à vingt-

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cinq louis par an, puis deux autres années à cinquante louis, puis, successivement de cette façon, jusqu’à ce qu’il finisse par avoir une part dans la société.

Cet établissement célèbre remonte à l’époque même de la conquête. Son fondateur, un jersais, vint, dans ce temps à, établir un petit entrepôt de pêche sur les côtes de la Gaspésie, et, depuis lors, toujours graduellement, ses successcurs ont étendu la société jusqu’à ce qu’elle eût des comptoirs dans tous les ports du Golfe. La maison Le- Bouthillier, qui rivalise avec la maison Robin, ne compte guère, elle, que trente à trente-cin, ans d'existence et emploie à peu près la moitié antant de monde, M. Le- Bouthillier, qui est mort conseiller législatif, il y a quelques mois à peine, avait d’abord été commis de la maison Robin, jusqu’à ce qu'il fût élu pour représenter l'immense comté de Gaspé, vers 1838. Ses patrons n'ayant pas trouvé conforme aux règlements de la maison que le premier employé s’occupât d’affaires publiques, il se sépara d'avec eux et fonda l'établissement rival, connu aujourd’hui sous son nom, et dont quatre fils sont maintenant les héritiers. De même que les Robin, les Le Bouthillicr ont des entrepôts partout ; le plus considérable d’entre eux est sur l'île Bonaventure, en face de Percé,.

Il était près de cinq heures du soir lorsque nous quittâmes Paspébiac. Trois milles plus loin, nous passâmes devant New-Carlisle qui .est le chef-licu judiciaire du côté nord de la Baie de Chaleurs, et qui ne forme, à proprement parler, avec Paspébiac, qu’une seule et même ville, Nous en avions encore pour quatre heureszava nt d'atteindre

Dalhousie, le terme de mon voyage par eau et le port le plus reculé de la baie. Là, j'allais commencer un voyage par terre qui devait m'initier à des mœurs et à des usages tout-à-fait nouveaux. |

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Il était passé huit heures du soir lorsque nous arrivâmes à Dalhousie, après avoir fait six cents milles de marche, À notre droite s’étendait la rive canadienne de la baie de Chaleurs et de la rivière Ristigouche, et, à notre gauche, se découvraient les premières campagnes veloutées, fraîches et grasses du Nouveau-Brunswick: d’un côté, les montagnes de la Gaspésie; de l’autre, une vallée basse, sinueuse, moitié sauvage, moitié cultivée, où se trouvent les plus belles fermes et où paissent les plus beaux troupeaux de l'Amérique anglaise,

Un coup de canon retentit à notre bord et des milliers d’échos le répétèrent dans les solitudes assombries qui nous entouraient de toutes parts. ‘ Le scow, crièrent alors plusieurs voix de l’équipage, où est le scow?” Je dressai l'oreille et j'entr'ouvris des yeux pleins d’éclairs qui dûrent illuminer le paysage. Le scow / dis-je à mon tour d’une voix où il y avait de la terreur, que peut bien &tre le scow ? Le Secret avait jeté l’ancre et sa longue forme noire coupait les ombres qui semblaient manaçantes dans leur immobilité.

Les mouvements de l'équipage étaient devenus silencieux ; le capitaine et le second, interrogeaient tour-à-tour les flots et la rive; les passagers, debout sur le pont, étaient rivés à leur place comme des morts réveillés qui ne savent pas quel côté prendre; l'angoisse et le mystère planaient dans les

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longs replis de la nuit; il ne manquait plus que des hiboux et des chouettes vinssent s’abattre sur Îles chapeaux des passagers et frétiller dans leurs oreilles.

Tout-à-coup un objet noir, plat, large, à peine émergeant de la ligne des flots, se détacha du rivage et s’avança vers nous sans qu'on pût distinguer un seul de ses mouvements. Sa marche était lente, on eût dit qu'il rampait et qu'il cherchait à se dérober ; rien n’indiquait qu'il fût conduit par aucune main humaine, ct l'onde, autour de lui, n'avait pas la plus légère ride, Il approchait cependant; quand il ne fut plus qu’à quelques verges du Secret: ‘“ Voilà, voilà le Scow/” cria le maître d'équipage, et aussitôt passagers et matelots, tenant des amarres, s'élancèrent au bord du steamer, En un instant je redevins moi-même, capable d'affronter tous les périls; mon angoisse fit place à une douce allégresse et à un grand soulagement ; le Scow !/ le Scow! n'était autre que le chaland à bord duquel sont transportés les passagers qui descendent à Dalhousie. C’est ainsi que la compagnie du golfe ménage des surprises à ses passagers les plus chers.

Nous sautâmes dans le chaland, une douzaine de passagers environ, ct, deux minutes après, nous abordions au quai Dalhousie. 11 faisait nuit noire; pas de lumière nulle part, mais des maisons blanches, carrées, dans le style américain, coupaient çà et là l'obscurité.

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