LE LAC ST-JEAN
Lecteur, je suis sur un plateau, à je ne sais combien de cents pieds au dessus du niveau de la mer, et de cette hauteur où je plane sur ma patrie encroûtée, tu m'apparais comme un maringouin. Je flotte dans la plénitude du calme et de l’espace. Il est vrai que ce n’est pas là absolument du nouveau ; en Canada il y a du calme, de l’espace et des plateaux tant qu'on en veut; mais dans cette monotonie générale on trouve encore de temps à autre à varier la scène; le fond reste le même; c’est toujours des montagnes, des forêts infinies, des rivières et des lacs, mais le degré d'intérêt diminue ou augmente suivant l’histoire, la physionomie et l’avenir des lieux qu’on parcourt.
Cette fois, je me suis enfoncé dans une région intérieure, déjà célèbre quoiqu’à peine ouverte, quoique toujours négligée par les gouvernements corrompus et corrupteurs; je suis à trente-cinq lieues du grand fleuve, dans la vallée féconde et dédaignée du Lac St. Jean, en compagnie d’un romain des premiers âges qui s'appelle Horace, et d'un charretier, autre romain, mais inoïins antique, qui s'appelle Néron. Le Bucéphale qui nous transporte sst un latin de
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la décadence, qui a nom Rossus, ainsi baptisé, il y a seire ans déj\, par un collégien en vacance, très-fort en thème, qui n’est jamais parvenu à la célébrité.
Il faut voir avec quelle méthode Rossus modère son allure ! Quand le tyran Néron le fouette, il jaillit, fait un bond unique et s'arrête court, puis reprend son train de route qui est celui d’un crapaud cestropié. Cela donne le temps de faire des observations. "
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Que l’homme est petit quand on le contemple du fond des vastes solitudes, au milieu de nuées de mouches, dont une seule suffit à lui donner la rage! Les moustiques du Saguenay sont une race unique, indomptable, supérieure, Unies entre elles, par myriades de millions, elles affrontent tous les moyens de destruction connus. Hlles ravagent et dévorent tout ce qui existe; aucune peau d’animal n’est à leur épreuve. Pourles anéantir on dit des messes, mais cela ne suffit pas toujours ; on fait du feu, on enveloppe les maisons de fumée, on s’étouffe littéralement, mais sans jamais étouffer ces maudites petites bêtes, grosses comme des pointes d’aiguilles et que le vent emporte ainsi que des nuées invisibles, Ce ne sont ni des maringouins, ni des cousins, ni des brûlots; c’est une espèce à part, presque microscopique, armée d'une pompe terrible et d’un appétit colossal,
Vues au microscope, elles sont d’une beauté ravissante; Ô perfidie des apparences! Etre si petit et si vorace: EKElles ont un dard plus long que leur corps tout entier, au bout duquel est une sorte de réservoir ou d'estomac; elles enfoncent ce dard dans les pores de la peau, à travers n’im-
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