‹ Chroniques politiques, 1860-1865Chapitre 37 sur 39 · Histoire de la campagne de · texte numérisé non relu

Histoire de la campagne de

500 GUBONIQUBS POLlTlCiUES.

M. Edgar Quinet, qui a écrit autrefois un poème épique sur Napoléon, nous donne aujourd'hui une étude stratégique approfondie sur sa dernière campagne. La transition semblera un peu brusque. Cet esprit éminenteiprirnebien en cela le revirement qui s'esl opécé dans les dispositi<)hs de *sés contetbporains ; » mais peut-être en portant >son attention sur des questions spéciales, ét>nt la solution appartient à rei^périeltce et au calcul, n'a-t-il pas assél: tenu compte du préjugé qui refuse aux imagi^atioml |>oé« tiques un tel genre de compétence. Il y a dans la eonduife^ des opérations militaires use partie technique que Thomme du métier seul est apte à critiquer ; et M. le colonel Oharras s'est a9guîtt4 de ce soin, en «equi cmiperne la caippagne de IS 1 5 , avec une admirable précision à laquelle tout le monde a rendu hommage. Ttoilà{K)U£ la scieû^e. Quant à l'histoire, qui représente le public, Thomme collectif, elle ne doit toucher qu'à ce qu'il y a de général dans chaque sujet.

Aussi, quelque imposants que soient les témoignages sur lesquels s'appuie M. Quinet, le lecteur ne peut-il avoir qu'une confiance insuffisante en ses déductions stratégiques. Il est infiniment pmbable que tout fie que dit l'auteur est l'exacte vérité; on s'assure, i chaque page, qu'il a minutieusement étudié ses autorités ; mais ppi&r acquérir Je droit d'être aussi spécial, il faut avoir pratiqué l'art dont on parle, sans quoi il y a toujours quelque détail dont la portée échappe. C'est pour ce motif que nous préférons de beaucoup, au récit de la campagne, les considérations générales dont il est précédé.

Qu'est-ce d'ailleurs que la. question stratégique dans le dénouement du règne des Cent-Jours ? Un point très secondaire. De 1804 à 1812, tant que les guerres n'intéressent que les généraux et les gouvernements, la question stratégique, c'est l'empire lui-même, car la victoire est tout ; l'élément militaire est seul en jeu ; mais aussitôt

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quilles peuples se mettant de U partie^ et surtout en 18f|^, lorsqu'ils ont si bien appris à connaître leurs forces, la questioK\ Stratégique <)isparaît, tant l*issue de la lutte est .inévitable. On peut gagner dii victoires, la bataille définitif est d'avance perdfe. R importe donc -«ssez peu que 'Napoléon ait, commis telle ou*tetle faute de. détail dans La combinaison dc^ ses plans' ou la ocnduite des opération» militaires. Ce débat n'intéressequt sa prétention d'ailleurs asses mesquine à Tinfaittibilité. La grande faute pour laquelle on ne saurait être trtp sévèpe, ce n'est pas d'aToir été baftu à Waterloo au l»u Ae l'être à' quelques pas plus loin» comme c'était inévital^ê ;'«c'est d'avoir joué sur une fantaisie de son ambition la Mtrerté et jusqu'à l'^iistence politique de so» ptff»» Le Mfloiir de l'île d'Ëlbj^^ qut est le plus étonnant et lé plus dramatique de^ees coups d'auàace qui plaisaient à sûb imagination, jecuse pourtant sdti génie à tel point qu^on petit douter s'il y. a cfaefché autre chose qu*un suicide éclatant et glorieux.

Si grande qu'on fa^e la part à Tillusion dans cette âme insatiable et dévorée par sa propre inquiétude, il est difficile d'admttre qu'elle ait été dupe, en cette occasion, de la iB&nfiance qu'elle s'efforça d'inspirer aux autres. Il fallait ignorer profondément l'état des esprits dans toute l'Europe et n'avoir rien compris à l'entraînement passionné qui avait soulevé les peuples contre nous pour croire que les puissances laisseraient détruire leur ouvrage» ou que la liberté consentirait, sur quelques mots de rétractation, à se réconcilier avec celui qui avait si longtemps été son ennemi. On a souvent contesté cette affirmation, à savoir que la liberté a tué Napoléon. Ce mot est parfaitement vrai, pourvu toutefois qu'on l'applique, non pas à la France seulement, mais à l'Europe. Tant 'qu'à tort ou à raison les idées libérales en Europe s'abstiennent de combattre contre lu\, il ne CQOirftît pas de revers, il semble

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ioTÎncible; mais fl commence i décliner du jour où elles prennent parti dans la lutte, et cette intervention- hostile de leur part est, selon nous, ce qui juge le plus sévèrement sa paUtîque. A son début, il a partout pour lui, même en Angleterre, les amis de la liberté et de la démocratie, en un mot, le cœur des peuples ; dix ans plus tard, au food de la plus humble chaumière, dans le pays -le plus reculé, son nom n'est plus que le synonyme d'oppression et de servitude. Quelle démonstration serait plus conduaste qu'un tel résditat ! Voilà la force incalculable que, par sa politique, il avait non seulement perdue, mais mise du côté de ses adversaires, et dont ihne tenait aucun compte dans ses évaluations.

Il V a mieux :' un examen attentif de Fétat-de la France à répoque 4p retour de Fâe d'Elbe démontre, ayec évidence, que, même en admettant l'hypothèse impossible d'une abstention de l'Europe en présence d^un fiât aussi menaçant pour sa sécurité, la restauration rêvée par Napoléon n'avait alors aucune chance sérieuse dt durée. Il ne pouvait en effet chercher son point d'appui qiie sur l'un des deux éléments profondément contradictoires qui divisaSnt la société française. L'un était Télément Ubénï alors en pleine renaissance, parti formé dfe l'élite des intelligences, mais défiant, à jamais hostile même après les concessions inespérées de l'acte additionnel, né ^ant dans ces concessions qu'un moyen de rendre iiàpossfble le retour de la dictature en enchatoant le dictateur, elv malgré les ménagemeofts imposés par la nécessité, essentiellement antipathique à cet esprit absolu et dominateur. Quelle que fût la bonne volonté ou la dttsimulation de l'empereur, toale alliance eiftre^ul et ce partr ne pouvait être qu\ine trêve. Tout difSgrait en eux, les traditions, les vues, les habitudes et jusqu'au teinpéraraent. Napoléon eût crt s'avilir en se résignftnt-à étie sonveiaia constitutionnel.

A chaque instant, sous la contrainte que lui imposait son rôle nouveau, Timpatience lui arrachait des frémissements. L'autre élément sur lequel il pouvait s'appuyer était le pbrfî q\û avait fait sa force et qui venait de Tacclainer de nouveau avec ivresse, de Cannes à Paris, la démocratie' militaire^ Laissez-là les thèses de convention, allez tout droit m fait brutal, que trouvez-vous comme élément essentiel et vital de rem{)ire ? Une (démocratie, on Ta dit avec raiSon, la démocraUe meme«quiaété faite parles niveleurs de la Convention, mais ayant pour tribup un géoéral au lieu d'un orateur, pour moliile la gloire au lieu de l'égalité, pour but la conquête du monde au lieu de la spoliation d'uie aristocratie. Pour ^rder l'appui de cette défhocratie i ls^]uelle* pendant dix ans Napoléon avait donné l'Europe à dévorer, il fallait4ui conserver son aliment,'que l'intérieur n'était pas ^nétat de' fournir. De là, pour' Napoléon, la nécessité de 1$ guerre, non pas seule- « ment comme une fatalité. de €on génie, ^nsi qu'on le dit d'ordinaire, mais comme une. condition d'existence. C'est assee montrer eii présence de quelles impossibilités le retour de rile d'Elbe le plaçait vis-à-vis de son pays lui-même. « M. Quyet a préféré au développement de ces vérités le récit des acènes émouvantes du champ de bataille, ou son talent 4'écrivain se montre sous une face nouvelle et où il déploie une étendue de cenaaissances qu'on était Ipin de soupçonner. Quel que soit le jugement qu'émettent les hommes spêdaux «ur la vdJeurde telle ou telle critique de détail, il n'aura' pas -moins portS un coup sérieux à la superstition inexplicable qui a*G«rrompu chez nous jusqu'à la conscience de l'histoire. • .

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