‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 24 sur 52 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

De la mort de la comtesse de Gliarollois ; et comment le comte de Nevers fbst prlns, et le chastd et yilie de Përoime.

Le vingt-sixiesme jour de septembre , Fan mil quatre cent soijtante-cinq , en la ville de Bruxelles, par un jeùdy, cloist son dernier jour, très noble et excellente dame, Catherine de Bourbon, femme du comte de Charollois , laquelle ne délaissa que une fille seulëment, nommée Marie, et n*avoit oncques eu plus d'enfanté Icelle dame avoit la renommée d'estre la plus humble , la plus bénigne, et pleine de meilleurs mœurs que dame que poeut estre. Le comte et elle avoient aimé l'ung l'autre parfaitement, et tellement qu'il n'estoit point sceu que puis que le comte l'euist espousé, il euist à faire à autre femme que à elle. On disoit qu'elle estoit tant gracieuse que à peu l'a voit oncques veu courrouchiée. Les duchesses de Bourgogne et de Bourbon, ses mères, feurent à son trespas. Laquelle duchesse de Bourgogne feit merveilleux debvoir de la garder nuict et jour ,

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tellement que à l'heure de sa mort , elle dit que la duchesse de Bourgogne estoit mieux sa mère que sa mère qui l'avoit portée. Icelle duchesse de Bourgogne estoit moult dévote , et lui challoit peu du monde ; et , à ceste cause , ne se tenoit pas avecq le duc son mari, ainsi laissoit estre la duchesse de Bourbon , sœur de son mari , laquelle tenoit compagnie au duc , et avoit tenu deux ou trois ans paravant , avecq plusieurs de ses enfants, fils et filles.

Le troisiesme jour d'octobre ensuivant, l'an dessusdit mil quatre cent soixante-cinq , ung gentilhomme , natif de Bourgogne , nommé Arcquembault, lequel, ung mois paravant, avoit esté plusieurs fois à Péronne , devers le comte de Nevers , par le moyen du seigneur de Saveuses , et puis, par sauf-conduit du roy , avoit esté en Franche devers le comte de CharoUois, et retourné devers le duc son père , èt disoit-on que c'estoit pour trouver le traictié du comte , et que le comte devoif rendre Péronne. Iceluy Arcquembault , en la compagnie du seigneur de Roubaix , du seigneur de Fourmelles , et autres, jusques au nombre de cinq à six cents combattants, environ quatre heures du matin , vindrent devant Péronne et quant ils approchèrent de la ville, ledit Arcquembault, lui douziesme à pied, avecq les autres , alla au bouUevert devant le chastel , et monta dedans par eschelles et prist ledit boullevert et ceux dedans^ par le moyen desquels il entra

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incontinent dedans la tour du chastel , où il trouva le comte de Nevers, le seigneur de Bailly, et autres en leurs lits , lesquels il prist prisonniers ; et ce fait, environ le poinct du jour, le comte et ses gens jettèrent cris au prendre , tellement que ceux de la ville Fojrent ; lesquels vindrént en armes devant le chastel , auxquels estoient jà entrés soixante à quatre-vingts hommes des gens du duc de Bourgogne , qui vindrent sur les murs monstrer à ceux de la ville comment ils estoient au duc de Bourgogne et qu'il se rendissent à lui. Lesquels prindrent advis de respondre à trois heures après disner, et de trois heures à cinq; à laquelle heure ils obéirent au commandement des gens du duc , et ouvrirent les portes au sieur de Roubaix et aux autres ; et, par ceste fachon, fust prinse la ville et mise en la main du duc , dont aucuns disoieynt que le comte de Nevers Tavoit ainsi voulu laisser prendre , adfin que le roy de Franche, auquel il avoit fait serment, ne le volsist chargier de sa foi , et que son traictié estoit fait au duc et à son fils. Mais , quoi qu'il en fust , on mena prestement ledit comte prisonnier au chastel de Béthune, et ledit Arequembault demoura à Péronne; lequel avoit le renom de bien escheller vUles et chasteaux ; et par lui fust prinse et eschellée la ville de Luxembourg , comme on disoit, en l'année mil quatre cent quarante-deux.

Audit an soixante-cinq dessusdit, lequinziesme jour d'octobre , environ cinq heures après minuit,

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en la ville d'Arras, fust veu comme le ciel ouvrir, et feit clair comme un coup d'esclitre (éclair); et après ce, on veit vers bise (nord) au ciel comme ung barreau de feu de la longueur et fachon d'une lanche, lequel se tortigna , et puis se trouva à travers, et le bout de devant , qui estoit menu , devint gros , et le bout de derrière, qui estoit gros, devint gresle , et puis diminua et vint à néant , et dura à l'espace d'ung quart d'heure ou environ.

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