‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 3 sur 52 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Cominentle comte de Nerer^ se partist de Fëronne; et du siège qae le comte de Charollois meit à Beaulieu. ^

DuRA^NT le temp qu^on estoit occupé à mectre en obéissance du comte de Charollois les villes desausdites, le comte de Nevers , sçachant que le comte de Charollois avoit passé la rivière de Somme,

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doublant que le siège ne fust mis devant Péronne, et qu'il ne fust enclos dedans, se partist duditPéronne, avecq lui Joachim Rohault, màreschal de Franche, le seigneur de Moy et autres jusques au nombre, cbmme on disoit, de deux mille combattants; et s'en allèrent pour entrer à Noygn. Devant la porte de la'quelfe ville ils feureht longuement ains qu'on les volsist laisser entrer ens, et proniirent que n'en y entreroit que certain nombre , adfîn qu'ils ne fuissent maistres de la ville mais, quelques promesses qu'ils fissent, ils n'en tindrenl rien ; ains y entrèrent touts çt fêiirent maistres de la ville , et y feirent assés de desroy ; et à l'entrer ens y oit ung homme d'arme occis par ceux de la ville pâr laisser cheoir Terche de la porte, cuidant deffen'dre que touts n'y ejitrassent.

Environ le vingt-cincjuiesme jour dé juitig^ après ce que la ville de Mont-Didier se fust rendue, le comte de Charollôis se partist de Roye, et alla mectre le siège devant le chastel de Bôaulièu , qui est ung fort chasteau appartenant au seigneur de Neelle , et y avoit tmg grés villaî^e ; auquel chastel y avoit plusieurs compagnons de guerre qui, sçachant sa venue bouttèrent le feu en la ville autour du chastel , et ar3irent le plus beau, et meilleur de la ville. Auquel siège y fust environ, huict jours^ durant lesquels le chasteau fust moult eridommaigiè'de canons et autres traicts à poudre ; et fust tellement battu , que .ceux de dedans se rendirent saufs leurs vies , bienset hàrnas; et se rendit le chastel le jour Sainct-

Jehan-Baptistp. Durant que le siège estoit devant Beaulieu, le bastard de Sainct-Pol, seigneur de Hautbourdin, passa la rivière d'Oj^se, lui et ses gens, et entra en la ville de Pont-Saint-Maxence , ains que ceux de la ville en sceuissent rien. Icellui chevallier estoitavecq le comte de Sainct-Pol, lequel comte menoit et conduisoit Tavant-garde du comte de Charollois , lequel comte avoit ordonné de touts ses gens trois batailles : une avant- garde que menoit le comte de Saint-Pol; une arrière-garde, que menoit le bastard de Bourgogne ; ei il menoit la ba-. taille qui estoit la troîsiesme. Tanlost que le comte de Charollois sceut qu'il avoit passaige par la rivière d'Oyse , lui et toute son armée allèrent au Pont- Saint-Maxence , et passèrent touts la rivière. Ceux de la ville feirent au comte toute obéissance au nom du duc de Berry , dont il se disoit lieutenant générâl ; et illecq , de par le duc de Berry , le comte feit crier que il mectoit jus touts les subsides, impositions, qiiatriesmes et autres débittes; et pareillement avoit fait mectre jus à Pérpnne et à Mont- Dddier. Icellui comte entra en ladite villè de Pont le jour Sainct-Pierre et Sainct-Pol.

CHAPITUE XXXL

Comment le comte de Gharollois se partbt de Pont et entra dedans Ssânct-Penys , puis alla en la bataille dediuis P^ris y et comment le comte de Sainct-^Pol gagna Sainct-Cload-sar>Saine , et ^ut passaige sur Saine j et plusieurs autres chosea.

Après que le comle de CharoUois oit esté aucuns jours à Pont, il et tout spn ost se partist d'illecq; et s'en allèrent à Sainct-Denys en Franche, en laquelle ville , pour et au nom du duc de Berrj , on lui feit ouverture ; et aussitost que ils véoient bien que par forche ils ne pooient contre lui. Et illecq, entre Paris et Sainct-Denys , lui et toi^ts ses gens se tindrent tout le mois dq juing, attendant illecq les ducs de Berry , de Bretaigne , de Gallabre et de Bourbon et les autrçs princes qui avoieqt scellé ensemble et promis d'estre audit Sainct-Denys, endedans le jour de Sainct-Jehan Baptiste. Le jour de Sainct-Jehan Baptiste passé et tout le mois de juing, le comte de CharoUois véant que nuls des princes dessusdits n'estoient venus, et mesmement le mareschal de Bourgogne, ne nuls Bourgoignons, mais lui fust rapporté qu'ils ne pooient passer pour illecq venir, pour l'armée du roy de Franche , qui les coltoyoit de touts lez , le huitiesme jour de juillet , icellui comte et ses gens touts mis en bataille , s'en

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alla devant Paris , et si près que ceux de la ville les pooient veoir tout à plein. C estoit la plus belle armée que de raestnoire d'homme on euist veu en Franche de peu de gens. Joachim Rohault , mareschal de Franche^ vuida de Paris pour veoir l'armée; jà l'euist-il paravant costoyé tant à Beaulieu que ailleurs, par plusieurs fois, pour faire sur eux aucune emprinse , s'il euist peu , mais il n' j trouva oncques avantages ; ains tantost que on scavoit où il estoit , les gerts du comte tournoient celle part pour lui courir sups , et ne se osoit tenir près d'eux; et encoires cellui jour, tantost que les gens du comte le perçurent , ils le cuidèrent encloire ; et lui fust de nécessité qu'il retournast dedans Paris prestement. Quantles gens du comte le veirent rentrer dedans la ville, le comte feit ruer sur la cauchie (chaussée) deux ou'trois serpentines, qui effrayèrent ceux de la ville , combien qu'ils ne blessèrent personne qu'on sceuist. Le comte s'estoit mis devant toute la bataille et alla jus(|ue5 à ung moUin , assés près de la ville de Paris , lesquels de Paris se attendoient qu'on les deubt assaillir ; mais non feit , car le comte leur avoit fait remonstrer tant audit pays et ailleurs ^ qu'il n'estoit venu que pour le bien du royaume, et à la prière et requeste dudit duc de Berry , qui avoit mandé qu'il seroit de brief avecq lui , et se donnoit de merveilles que jà n'estoit venu. Lequel duc de Bei;ry faisoit ce qu'il fàisoit pour le bien du royaume , leur signifiant qu'ils obéissent à lui comme et au nom du duc. Et à la rentrée que

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le mareschal feit dedans Paris, il rencontra unghomme d'église , chanoisne d'Arras , nommé messire Jacques de Villers , qui avoit eu affaire à Paris, et retournoit en Picardie , soi-disànt de la ville d'Amiens ; auquel chanoisne icellui mareschal feit jurer qu'il diroit au comte de CharoUois qu'il avôit prestement receu lettres du roy de franche, que en dedans quatre jours^ou environ il se trouveroit à Paris , et iroit où le comte seroit , et verroit qui seroit le plus fort. Lequel chanoine tint sa promesse et dit les paroUes au comte, qu'il trouva audit mollin. Auxquelles paroUes le comte respondit qu'il le croyoit, pour ce que para vaut lui avoit mandé plusieurs choses qui n'estoient point vraies. Après ce que le comte de CharoUois eut fait -sa monstre devant Paris, lui et son ost se retirèrent au Lendy, entre Paris et Sainct-Denys, où encoires estoient les loges et maisons de la feste dudit Lendy ; et illecq, comme il avoit accoustumé de faire partout où il alloit, enclost son ost de carroy qui le suivoient , dont il avoit grand nombre , tant de l'artillerie , comme du carroy desdits seigneurs. Le comte de Sainct-Pol, quimenoitl'avant-garde^entre Paris etSainct-Cloud trouva ungba^eau chargié de foing, qui estoit moult grand, que on menoità Paris ; lequelbasteau il prist et vuida le foing qui estoit dedans^ et par ce basteau lui et toute l'avant-garde passa outre la rivière de Saine ; et adfin de avoir passaige par la rivière, alla prendre et gagner^ le pont Sainct-Cloud , auquel lieu y avoit plusieurs gens de guerre , lesquels

se rendirent, saufs leurs corps et leurs biens, et s'en allèrent à Paris. Ce seeu du comte de Gbarollois , lui et toute son armée vindrent au pont Sainct- Cloud, et passèrent touts la rivière de Saine.

Durant le temps que le comte de CharoUois estoit enti*e Paris , envoyèrent en son ost deux ballades dont la teneur s'ensuit :

Ifov vene» tous ? d^oili ? voire de la cour.

—Et qu'y foit-on ? — qu'y feit on ? rien qui vaiUe.

— A brief parler, quel est bruit de la cour ?

— Mauvais j oy ? — oy certainement.

— Aurons nous pis ? — oy certainement j —Comme cela?— on ne voit Tapparence.

— Qui portera ce ùAt entièrement ?

— Qui ? voire qui ? les trob estats de France.

D'où vient cecy ? de quoy sy grief mal sourd ? D'où voire dea ? dictes le hardement.

— Je criens pensant qu'il tient l'argent sy court y — Diray je oy ? — dites le hardement : —Et qui sont-ils ? — je ne parle autrement —En ont-ils? — oui j ils en ont à puissance. —Qui leur en baille , sy très abbondamment ? — Qui ? voire qui ? les trois estats, de France.

Que dit Parif ? est-il muet et sourd ? TÎ'ose4l parler ? — nenny ne parlement, —Et le clergië, le vous tient-on bien court? — ^Par vostre foy , oy , publiquement.

— ^Noblesse quoi ? — va moiUë pirement , •Tout se përit sans avojr espdramie.

— Qui peut pourvoir à cecy bonnement ?

— Qui ? voire qui ? les trois estats de France.

Prince , qui veult leur donner allégeance ?

— A qui ? — à eux, je vous prie humblement.

— De quoi ? — que ayez leur règne en remenbrance.

—Qui peut donner bon conseil prestement?

— Qui? voire qui ? les trois estaU de France.

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