CHAPITRE LVI
Commeiit le comte de CbaroUois entra au pays de lAége ^ et comment les Liégeois feirent tant qn*ils eurent tresves.
Ifcontinewt que ceux de la cité de Liège et du pays sceurent que le traictié estoit fait entre le roy et les princes de Franche , si cuidèrent éstre cornprins au traictié ; mais quant ils feurent. advertis qu'ils n'y estoient point comprins , et que le comte de Gharollois et toute son armée les approchoit , si envoyèrent grosse ambassade devers le duc de Bourgogne à Bruxelles , lui faisants grandes offres de réparations, et humblement priants avoir paix à lui et à son fils ; et à leur prière et requeste feirent tant qu'ils olrent quinze jours de tresves , durant lesquels le comte de Gharollois , lequel estoit à Saint-Tron en Hasbain , une grosse ville au pays de Liège , laquelle s'estoit rendue à lui , deffendit de non pillier le pays de Liège; et si ne receurent point ses gens d'armes argent de lui , lesquels tenoient pour ce qu'ils ne pouvoient entrer au pays de Liège, moult grande cruauté , car ils ne se pouvoient tenir ensemble sans argent ; si se partirent par le plat pays de Brabant , Namur et ailleurs ; et en y avmt jusques au pays de Lorraine, et jusquesà Vallanciennes ; pourquoi lesdits pays , par iceux
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quinze jours durant feurent encore tout pilliés et , mangiés, Iceux quinze jours passés feurent encoire bailliées tresves huict jours, cuidants de jour en jour que la paix se deubt faire , pour les grandes offres que ceux.de Liège offroient; et huict jours en autres huict jours, feurent bailliées tresves jusqu'au vingt-deùsiesme de japvier, au préjudice des pays du duc , lesquels estoient tout mangiés des gens d'armes, comme dit est. Voyant le comte de CharoUois que les Liégeois ne tenoient choses qu'ils promissent, assembla ses gens d'armes et entra au pays de Liège ; et tout premier y entra le comte de Sainct-Pol , connestable de Franche , lequel menoit l'avant-garde du comte de CharoUois, puist rescript le comte au duc son père que il lui envoyast ce qu'il avoit de gens d'armes, et que son intention estoit de brief combattre les Liégeois.Lors se mict le duc en armes et envoya le seigneur deSaveuses devant son fils, lui mandant qu'il le suivroit prestement, et qu'il ne se battist point sans lui. Et à grânde peine peult-on celui jour retenir le duc qu'il ne partist, combien qu'il oit esté moult malade, et que encoires estoit assés foible ; et quant vint le lendemain , que le duc et toute son armée estoient près de partir, le comte son fils lui escripvit comment ceux de Liège estoient venus devers lui, et avoient apporté le traictié tout tel qu'il le demandoit , scellé du scel de la cité de Liège , cpii lui prioient merci, et qu'il ftilt content d'eux ; lequel traictié le comte avoit accepté moienriant que
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ce fustsa voUonté et plaisir de lui. Pour lesquelles lettres le duc ne se partist point ; dont plusieurs feurent moult jojeux, espérants que la paix se feroit.