CHAPITRE LVII
Comment le traictié de paix fbtt &it d'entre le duc de Bourgogne , son fils et ceux du pays de liëge.
Le vingt-deuxiesme jour du mois de janvier, Tan mil quatre cent soixante-cinq i , sçachants ceux du pays de Liège , que le comte de Charollois et son armée estoiententrésaupaysde Liège, se vindrent devers le comte de par ceux de la cité, de quatrevingts à cent hommes notables bien montés et en armes, pour le doubtemesme des Liégeois quiestoient bannis de la cité, pour ce qu'ils ne voulloient que guerre. Lesquels trouvèrent le comte de Charollois entre Sainct-Tron etTongres, auquel ils présentèrent le traictié de paix scellé de ceux de Liège, eux faisants forts , sur leurs vies, desautres villes et pays de Liège, contenant tout au long tout ce que le duc et son fils leur demandoient que ils feissent. Et se jettèrent à genoux , lui requérant humblement merchi, et qu'il volsist modérer son ire vers eux et tous ceux du pays, et que doresnavant lui seroient bons serviteurs et voisins. Leqùel traictié
I Ou soixante-six , nouveau style.
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fust accepté du comte , et moyennant les réparations et amendes prouffitables qu'ils promirent payer, il leur pardonna tout; laquelle amende estoit qu'il debvoit payer au duc de six cent mille mailles d'or à six ans , et que lui, comme duc de Brabant , et ses hoirs ducs de Brabant à toujours seroient mambourg ( gouverneurs ) et capitaines de tout le pays de Liège, à deux mille florins de pension pour chacun an ; et si ne polroientrien encommenchier de pesant, fust guerre ou autre chose, quecenefustparlecongiédeleur mambourg, avecq plusieurs autres choses, desquelles je me tais, car je ne veis point le traictié.
Ce fait, et le traictié accepté et promis , la paix fust cryée par tout l'ost; et le lendemain , jour de vendredi, le comte deCharollois, assés près deTongres , présents ceux de Liège, qui estoient venus devers ledit comte, feit tout son ost mectre en ordonnance et en bataille , adfin de prendre congié à eux et les remerchier ; laquelle bataille plusieurs du pays de Liège , tant de Tongres comme du pays allenviron, allèrent veoir; et se donnèrent de merveilles de la grande armée et du peuple que le comte avoit; et ne euissent jamais cuidé ne creu , car on disoit à ceste heure qu'il y avoit bien vingthuit mille chevaux sans les gens de pied, dont il y avoit grand noncïbre , et sans ceux qui s'en estoient retournés , tant par congié que autrement , par faute d'argent et tenanche. Icelle armée estant en bataille, comme dit est, le comle de CharoUois
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alla tout du long de ladite bataille , et remerchia chacun capitaine et touts ceux de l'armée, eux priant que s'il les avoit mal payés, qu'ils le tenissent pour' excusé , car bonnement ne le avoit peu faire; mais , au plaisir de Dieu , une autre fois il les payeroit mieux ; et si lesrecômpenseroit de ce qu'il leur debvoit. Et dit outre que s'il y avoit nuls compagnons qui fuissent bannis et euissent perdu le pays de son père , qu'ils venissent vers lui à Bruxelles , et il feroit tant vers son père qu'ils auroient le pays ; et atant prist congié d'eux , et s'en alla à Sainct-Tron en Hasbain , et chacun capitaine et leurs gens retournèrent en leurs maisons. Et comme le samedi ensuivant et dimanche , gens d'armes ne faisoient que passer par Saincl-Tron , où estoit le comte, pour retourner en leurs maisons , icellui dimanche, aucuns de la ville de Sainct-Tron, cuidants tous les gens d'armes fuissent passés, prindrentparolles à aucuns compagnons de guerre qui estoient de la compagnie du bastard de Bourgogne , et en occirent deux, puis feirent aller clorre la porte par où les gens d'armes entroient, et garder les autres en intention par advanture d'occire touts ceux qui estoient en la ville. On alla ce dire au comte , lequel prestement envoya les archiers du bastard de Bourgogne à la porte de Tongres , par où les gens d'armes venoient pour retourner en leurs marches, laquelle ils gagnèrent et laissèrent entrer les gens d'armes qui revenoient, et tant y entra qu'ils allèrent prestement sur le marchié avecq ceux qui es-
toient dedans^ et illecq se meirent en bataille malgré ceux de la ville qui là s'estoient assemblés , desquels de la ville y feurent occis environ vingt. Les autres s'enffuirent et se bouttèrent es maisons, et aucuns saillirent par desseure les murs de la ville; et vraiment touts ceux de la ville^ femmes et enfants, euissent esté occis quant le comte y vint , lequel, voyant, que ses gens estoient maistres, deffendit que chacun cessast d'occire et de pillier, car plusieurs estoient jà entrés ès maisons , rompants huys et fenestres , en pillant et prenant ce qu'ils trouvèrent. Le comte commanda à ses gens que chacun se retraisist et se lôgeast trèsbien, et prensist des biens de l'hostel par raison. Aucuns de la ville , qui avoient esmeu la meslée , se retirèrent en une forte maison , en laquelle ils feurent assiégés et prins. Ce fust fait le vingt-sixiesme jour de janvier l'an dessusdit soixante-cinq » .