‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 43 sur 52 · JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS · texte numérisé non relu

JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE PARIS

L'ÉDITION » la plus complète qtie nous ayons du Journal d'un Bourgeois de Paris est celle publiée dans les Mémoires pour sei'vir à l'Histoire de France et de Bourgogne, recueillis par dom des Salles^ bénédictin , et mis au jour par de la Barre. Plusieurs extraits en ont aussi été publiés par le P« Labbe^ par Denis Godefroy et par Dunod. On trouve parmi les manuscrits Dupuis, de la Bibliothèque royale, n** 275, la partie de ce journal publiée par Denis Godefroy; mais il m'a été impossible de découvrir aucun manuscrit complet de cet intéressant ouvrage. Il existe , dit-on, parmi les manuscrits de la reine Christine, au Va* tican.

Suivant l'éditeur des Mémoires de France et de Bourgogne, le commencement du Journal, tel que nous l'avons, remonte à l'année quatorze cent cinq.

« Comme c'est en cette année quatorze cent cinq, dit-il, que commencèrent les troubles du royaume, auxquels les Parisiens prirent tant de part, il y a lieu de croire que le Journal ne remontoit pas plus haut; il étoit peu chargé d'abord , comme on le voit aux années quatorze cent neuf et quatorze cent dix , que nous avons tout entières, mais il est ensuite plus abondant ,. et contient une foule de détails intéressants, qu'on trouveroit mal aisément ailleurs. Au reste, ce n'est pas l'ouvrage d'un seul auteur : le pre-

mier qui y amis la main n'a poussé son travail que jusqu'à Tan quatorze cent trente-un y et celui qui lui a succédé est beaucoup plus court.'

» Le premier auteur a si bien marqué le temps où il écrivoit; que je ne comprends pas comment M. Dupuy ne Ta pas reconnu. Je ne m'arrête pas à la description qu'il fait^ sous l'an quatorze cent trente^ des désordres que commettoient les François ^ les Anglois^ les Armagnacs^ les Bourguignons et les Picards il en parle comme de maux présents y mais il avoit parlé de même de la triste situation où le roi Charles Vl et la reine sa femme s'étoient trouvés en quatorze cent dix-4ieuf ^ après la perte de Pontoise : a Le dalphin ^ disoit-il en cet endroit^ ne tend à » autre chose jour et nuit^ ou les siens ^ que de gaster tout » le pays de son père à'feu et à sang^ » et montrant ensuite sa sensibilité pour le roy, il ajoutoit : a Lé pouvreroy et » la royne^ depuis la prinse de Pontoise^ ne se meuvent de » Troyes à pouvre mesnie , comme fussent-ils déchassé » hors de leur lieu par leur propre enfant j qui est grand nr pitié à penser à toute bonne personne, w

» Quand on le voit parler en ces termes d'événements éloignés de onze ans l'un de l'autre^ on est porté à croire qu'il composoit chaque année des mémoires de ce qui arrivoit de plus remarquable ^ que les ayant digérés ensuite ^ il leur donna la forme où nous les voyons présentement , et qu'il en conserva quelques endroits comme il les avoit écrits d'abord^ parce que le tour lui en parut touchant et propre à faire une certaine impression sur l'esprit de ses lecteurs. C'est là à peu prës^ si je ne me trompe^ tout ce qu'on peut conclure des deux endroits que j'ai cités ^ si on les compare ensemble^ mais voici d'autres passages qui déterminent précisément le temps où il finit son Journal*

Le premier est sous Tan quatorze ceut dix-neuf. L'auteur y parle des services qu'on fit à Paris pour le repos de l'âme de Jean^ duc de Bourgogne^ il s'intéresse pour lui^ pour le sire de Noailles^ de la maison deFoix^ qui avoit été tué avec, ce prince sur le pont'de Mon tereau, pour tous les autres trépassés^ et sa dévotion s'animan t : a Dieu veuille, » ajoute-t-il, donner grâce à nous, et à toute cette gent de » le cognoistre, comme nous le devons, et nous doint ce » qu'il disoit à ses apôtres : Paix soit as^ec vous ! Car par » cette malditte guerre, tant de maux ont esté faits, que je » cuide, en telx soixante ans passés par-devant, il n'avoit )) pas eu ou royaulme de France, comme il a été de mal

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