‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 44 sur 52 · DEPUIS DOUZE ANS EN ÇA · texte numérisé non relu

DEPUIS DOUZE ANS EN ÇA

» L'auteur parle sur un ton un peu différent dans le second passage. C'étoit un de ces habitants de Paris qui avoit conçu une aversion furieuse contre ceux qu'ils appeloient Armagnacs ; il s'emporte contre eux en toute rencontre , il en dit tout le mal qu'il peut : mais son affection pour les Bourguignons et leurs partisans ne l'empêche pas de les maltraiter aussi de temps en temps , et il est rare qu'il se refuse de qualifier de traîtres ceux qui étoient à la tête des affaires , de quelque parti qu'iU fussent : tel étoit le caractère de cet écrivain. Dans l'endroit dont il est question, *il lui a plu de mettre dans la bouche de quelques ^ paysans les injures qu'il avoit envie de dire à ceux qu'il

appelle les gouverneurs^ il les fait parler ainsi : « Que fe- V rons^nous? Mettons tout en la main du Deable ; ne nous )> chaujit que aous devenions. Autant vault faire du pis » qu'on peut comn^e du mieulx. Mieux nous vauisist'servir » les Sarazins que les chrestiens. Et pour ce faisons du pis » que nous pourrons . aussi-bien ne nous peut-on que tuer » ou que prendre. Car, par le faux gouvernement des traî-

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» très gouverneurs, il nous feult renyer femmes et enfFants » et fouir aux boys corne des bestes esgarées. » L'auteur, emporté par la véhémence de cette déclamation , ajoute tout de suite en son propre nom : a Non pas ung*an ne » deux , mais u. a ja quatorze ou quinze ans que cette » DANGE DOULOUREUSE COMMENÇA, etc. D Jc ne CTois pas qu'il soit nécessaire d'employer beaucoup de paroles pour montrer l'usage de ces deux passages : les douze années du premier commencent au temps de la mort du duc de Bourgogne, et les quatorze ou quinze années du second, aux troubles qui suivirent de près la bataille d'Azincourt.

» Il y a d'ailleurs dans le Journal certaines différences, qui montrent qu'il n'est pas tout entier du même auteur. Le premier , toujours mal intentionné , à l'égard de Charles VII , a peine à lui accorder le titre de dauphin , cinq années même après la mort du roi son père^ il ne le qualifie que de cellui qui se dit dcàphin) et s'il l'appelle ailleurs Roi de France , ce n'est uniquement que dans un endroit où il fait profession de rapporter ce que la Pucelle d'Orléans avoit dit à ses commissaires. II n'en est pas de même de celui qui a continué depuis quatorze cent treote-deux. Dès l'année suivante, il parle des deux rois, qu'il appelle, l'un le roy Henri en France, et l'autre le roy Charles, Unr peu plus haut, il s'étoit encore distingué du premier auteur , dans la manière de parler de ceux qui étoient fidèles au roi ^ car, au lieu de les appeler simplement Armagnacs , il s'étoit contenté de les nommer ceulx que on Aisoit Arminaz. Je pourrbis obmettre une autre preuve, qui résulte de la manière dont les deux auteurs parlent des religieuses : le second ayant occasion d'en parler, les nomme nonnains , et c'est sous ce nom seul qu'il les

connaît 7 au lieu que le premier ne les appelle jamais autrement que Jemmes de religion.

» Ce seroit ici le lieu de donner quelques éclaircissements sur la qualité de l'un et de l'autre auteur; mais tout ce qu'on en peut dire d'assuré , c'est que le second étoit membre de l'Université de Patis, comme on peut le voir par la page 357 et suivantes, où l'on trouve une description peu vraisemblable du prodigieux savoir d'un jeune homme qui étoit en quatorze cent quarante-six à Paris. Dans cette description , l'auteur se met sans façon au nombre des plus parfaits clercs de l'Université, et je ne lui refuserois pas cet éloge , s'il ne donnoit en même temps des preuves de son ignorance. Il la montre encore ailleurs, en s'amusant à décrire des bagatelles, et en gardant un profond silence sur les événements les plus importants.

A l'égard du premier écrivain, qui étoit bien plus habile, il est certain qu'il demeuroit à Paris, et l'on ne peut guères douter qu'il n'y fut employé, soit dans l'Église ou dans l'administration des affaires civiles; car il entre dans un détail , et montre une capacité qu'on ne peut pas supposer dans un simple bourgeois de ce siècle là. Au reste, si ce fut un curé ou un laïque, c'est ce qu'on ne peut assurer. On voit bien qu'il étoit dévoué à l'Université»; mais on voit aussi qu'il admiroit les Gouais, les Caboches, les Saint-Yons; ces bouchers étoient ses héros , et pour eux il ne balance pas à fronder l'Université même : c'est le Deahle, selon lui, qui l'a conseillée , lorsqu'elle propose au roi de rétablir la paix au préjudice de ces grands hommes, dont la domination ne pouvoit subsister que dans les temps de troubles. Ils s' étoient avancez à garder la bonne ville à leur povair. En parlant de leur bannissement, delà confiscation de leurs biens : ainsi leur advint, dit-il , par fureur de prince , par

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murmure de peuple i et il ajoute qu'on ne savoit pourquoi ils étoient si maltraités, ybry qu'on disoitquHls estoienttrop convoiteux. Leurs femmes n'avoient pas moins de part à son estime, elles estaient femmes d'onneur et d^ estât , et la plus grant partie de elles n'avoient oncques eslongné Paris sans honneste compaignie : c'est à l'occasion de leur bannissement qu'il en parle; son cœur en est déchiré, il trouve surtout insupportable qu'on leur eût marqué la ville d'Orléans pour le lieu de leur exil, parce que touttes Jemmes ont vitupérées d^estre menées à Orléans. »

L'auteur ne nous apprend pas , toutefois , la raison pour laquelle il pouvait être plus deshonorant d'être banni à Orléans que partout ailleurs.

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