Et janvier i4i4? nouveau style
(i4i5j d'un bourgeois de PiLfilS. ig5
Champs; Arminac Fostel d'Artois, qui estoit le droit chief d'eux; Alençon, Behaine , hrief tous estoient deçà les ponts, et si u'avoîent hardement d'ouvrir nulles dçs portes, tant fustpaour; et convint ce samedi devant que ceux qui admenoient les biens à Paris , comme le pain de Sainct- Brice , comme autres biens et vivres , plusieurs furent jusqùes à une heure sonnée, pour attendre qu'on ouvrist la porte ; mais oncques ne fust en leur hardement de l'ouvrir, tant ils avoient grand paourdu ducdeBourgongpe; et convint que les dits bonnes gens , si remenassent leurs denrées ; et les menèrent en l'ost du duc de Bourgognè , qui fit crier sur la hart, qu'on ne prinst rien sans payer; et là vendirent leurs denrées biens.Et fust ainsi Paris fermé bien quatorze jours, que hoomie n'osoit et ne povoit besoingner aux champs; et si 'n'y avoit nuls gens d'armes sur les champs plus près que Sainct-Denys , où estoit le duc de Qourgongne et ses geps , qui nul mal ne faisoient à créature nulle; et disoitH?n qu'il ne vouloit rien à homme nul que au roy Louis duc d'Anjou , pour ce que ledit Louis avoit un fils, lequel avoit espousé une des filles audit duc ; et sans scavoir cause pourquoi ledit Louis fist despartir son fils de ladite fille dudit duc de B'ourgongne , et la renvoya comme une bien povre ou simple dame à son père ledit duc, et plus fort avoit tant fait au duc de Bretaigne, qu'il donna en mariage une sienne fille, qui n'avoit mie encore trois ans à ce dit fils du roy Louis, qui estoit mari à la
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fille devantdite, fille du duc de Bourgongne. Et en celle dite sepmaine, firent crier, sur la hart, que nul du commun ne se armast , et qu'on obéist au duc de Bavière et au comte d^Arminac , qui estoient deux des hommes du monde qui plus haïssoienl les bonnes gens de Paris. Ainsi estoit tout gouverné comme vous avez ouï.
Item y le samedi ensuivant , dix-septiesmejourde /ôvrier, oudit an, fust crié ledit de Bourgongne à trompettes parmi les carrefours de Paris, banni comme faux traistre, meurtrier, lui et tous ley siens, habandonnés corps et biens, sans pitié nesans merci.
Item y en iceluy temps, chantoient les petits enP- (ants^ au soir, en allant au vin ou à la mous tarde, tous communément : prostré c.^tt la toux^ commère y vostre c... a îa toux y la toux. Si advint par le plaisir de Dieu qu'un niauvais air corrompu, chut sur le monde , qui • plus de cent mille personnes à Paris misten tel, qu'ils perdirent le boire, le menger et le reposer; et avoient très forte fiebvre deux ou trois fois le jour , et espécialement touttes fois qu'ils mengeoient; et leur sembloient touttes choses quelxconques amères et très mauvaises et puantes ; et toujours trembloient où qu'ils fussent; et avecquesce, qui pis estoit, on perdoit tout le povair de son corps , que on n'osoit toucher à soy de nulle part que ce fust , tant estoient grevés ceux qui de ce niai estoient atteints ; et duroit bien sans cesser trois sepmaines, ou plus ; et commença à bon escient à l'etîtrée du
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mois de mars oudit an , et le nommoit-on le tac ou le horion ; et ceux qui point n'en avoient y ou qui en estoient guéris , disoient pat esbattement : « En as-tu ?jPar ma foi, tu as chanté , vostre c.^.ala » toux y commère.» Car avec tout le mal devant dit, on àvoit la toux si fort et la rume et Fenroueiire ; on ne chantoit rien qui fust de hautes messes à Paris; mais sur tous les maux la toux estoit si cruelle à tous^ jour et fiuict ^ qu'àticuns hommes, par force de tousser, estoient rompus par les génitoire^ toule leur vie ; et aucunes fenimes qui estoient grosses , qui n'estoient pas à terme , orent leurs enfantssans qompaignie de personne par force de tousser,, qui convenoit mourir à grant martyre et mère et enfant; et quant ce venoitsurla garbon, ils jetoient grant foison de sanc par la bouche et par le nez et par-dessous , qui moult les ébajssoit , et «néanipoins personne ne mouroit ; mais à peine en poyoit personne ^stre guari : car depuis que l'appetis de manger fust aux personnes revenu , si fust41 plus de six sepmaines , avant qu'on fust nettement guari. Ne fisisien nul ne sçavo^t dire quel mal c'estoit*
Item 9 \e dernier jour de mars ou dit an, vigile de Pasques ftories, mesnèrent les devant diz bandez, le roy et son ainsné filx, escrier contre le duc de Bourgongne, et lui feirent assiéger Compiengne. Ainsi lui feirent passer la sepmaine peneuse , et les Pasques en celle bonne besongne ; et cependant ceux qui dévoient garder la ville , comme le royLoys, le ptévostde Paris et leur bandes
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feirent et ordonnèrent une grosse taille , et feirent crier parmi Paris que chacun portast la bande ; et tantost plusieurs la prindr^nt tout à plain. Et fust au mois d'avril après Pasques. Et en cedit mois fut ars le pont à Choisy tretout, et si ne pot homme scavoir qui ce ayoit fait, mais moult de bonnes gens y perdirent tout le leur entièrement.
Item^ ou mois d'avril quatorze cent quatorze , la derraine sepmaine, fust prinse Compiengne,par ainsi que ceux qui dedans estoient ne se armeront jamais contre le roy pour quelque homme du monde, sur peine de perdre cor|)s et biens sans merci, et d'estre réputés pour traistres à toujours.
Item y de là eux s*en allèrent à Soissons, et assiégèrent la ville, et y firent plusieurs assaux, où ils gagnèrent pou ; car dedans estoit Enguerran de Boumon ville, un homme moult prisié en armes, qui en estoit capitaine. Si la gardoit si soigneiise-r ment jonr et nuict que oncques n'y porent riens gagner en icelui temps, car ledit Enguerrand ne laissoit reposer ceux de l'ost ne par nuict ne par jour , et en prenoit souvent et meùu de bons prisonniers. Et advint, à un assaut où il estoit, que le bastar^ de Bourbon y sourvint, et se mist en la meslée très asprement, et Enguerran le navra à mort. Si laissèrent ceux de Tost l'assaut , et Enguerran s'en alla en la cité , lui et ses gens.
Iteniy le vingtiesme jour du mai, oudit an, que forr tune, qui avoittant amé Enguerran, le fist troubler aux gens de ladite ville , par quoi un très grant purmure s'esmeut contre lui; et machinèrent c|ue
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quant il iroit à la tnoDStre pour veoir ses^gens^ ils livreroient la ville à ceux de Tost , et sauveroient leurs vies s'ils povoient* Si advint que Enguerrau. sçeust leur voulenté ; et se meslèrent l'ung à l'autre de paroles, et les autres de fait, Adonc issit ung homme en larrecin hors de la ville, qui dit en Tost : « Se vous voulez assaillir la cité , vous » l'aurez enprésent ; car ceux de la ville se sont » meslés aux gens Enguerran ; et ne trouverez per- » sonne qui la deffende ; car tous sont courus à la » meslée. » Tantost la ville fut assaillie très asprement, et fut tantost prise et abandonnée à tous, et tous les biens et les corps. Là fut prins Enguerran, qui bien se deffendit, et plusieurs autres genlilshonmies de sa compaignie; mais rien ne leur valut; car tous furent prins et liés et admenés par charretées à Paris; et en moururent tous par le jugement des bandez , qui faisoient du tout à leur vouloir ; et fut la ville prinse le vingtiesme jour de mai, quatorze cent quatorze, à un lundi après diner ; et Enguerran ot la teste couppée en ladite ville le vingt-einquiesme jour dudit mois, et pinceurs autres; et plusieurs en furent pendus; et les femmes de religion et autres prudes femmes et bonnes pucelles efforcées, et tous les hommes rançonnés, et les petits enfants; et les églises et les reliques pillées et livrées, et vestements; et avant qu'il fust dix jours après la prinse de la ville, elle fut si pillée au net , qu'il n'y demoura chose qu'on peust emporter. Et dit-oii qu'on n'ou)i; oncques
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parler que les Sarrazins feissent pi? qiie firent qeux de l'ost en ladite ville , par le maqvais conseil qui pour lors estoit entour le bou rpy, dont homme n'osoit parler.
Item y quant ils eurent fait du pis qu*ils porent en ladite ville , ils mesnèrent le roy à Laop ; et entra dedans sans noise et sans tançon (débat), car ils prindrent exemple à ceuy de Soissons.
Item , il çst vrai que ceux de la bande , qui pour lors gouvernoient le royaume à Paris et ailleurs , firentfaire les feux comme on fait àlaSaiact-Jehan, aussitost que ils sceurent la nouvelle de la destruction de la ville y comme si eussent esté Sarrazins ou mescréants que on eust deslruits. Ne il n'estoit ïiulqui de ce osast parler, ne en avoir pitié devantles b^^ndés et bandées; dont vous eussiez veu à cesdicts feux et à la vigile Sainct-Jrfian et Sainct-Pierre, plus de quatre mille femmes, touttes d'estat, non pas d'honneur , toutles bandées, et des hommes sans nombre ; et estpient si obstinés à celle faulce bande, qu^il ne leur estoit pas advis qu'il fust digne de vivre qui ne la portoit ; et s'aucun homme en parlast par adventure , se on le pouvoit ^çavoir , il estoit mis à grant finance ou banni ou longue peine de prinsoq sans merci.
Item^ de Laon s'en alla le roy à Per^opue; et là vindrent ceux d^ Gant , et de Bruges et du Franc , et des autres bonnes viUes de Flandres parlementer ; et ^ussi y vint la dame de Houllande ; et ne firent rien.
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Item^ de là s'en alla le roy devant .la cité d'Arras, et y fust moult longuement le siège.
Item y en cedit an mil quatre cent quatorze, fust commancée par lesdits bandés une^confaairie de Sainct-Laurent aux Blancs-Manteaux , le jour de l'invencion de Sainct-Estienne , troisiesme jour d'aoust ; el disoient que c'estoit la confrairie des vrais et bons catholiques envers Dieu et leur droit Seigneur ; et fut la Sainct-Laurent au vendredi ; et Je dimanche ensuivant, firent leur feste à Sainct-Laurent; et feurent plus de quatre cents touts bandés , que hommes que femmes; et n'osoit ne homme ne femme estre au mostier ne à leur feste, s'il n'avoit la bande ; et aucunes personnes d'honneur qui y estoient allés veoir leurs amis pour la feste Sainct-Laurent qui se faisoit au dimenche , en feurent en très grand danger de leurs biens , pour ce qu'ils n'avoient point de bandes.
Item y en ce temps estoient guerres par toute France ; et si y avoit si grant marché de vivres à Paris , de pain et de vin ; car on avoit une pinte de bon vin sain et net pour ung^ denier parisis^ blanc et vermeil, en cent lieux à Paris, etjpain à la value ; et en toute celle année, ne fust trouvé du creu d'icelui vin qui devenist gras , ne boutté , ne puanh
Item y ceux de l'ost en avoient grant charté, car ils feqrent moult devant Arras , sans riens faire.
Item y quant ils veirent que trestouts enchéris-
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soient leurs biens,et trestoutsles chevaux mouroie^t de faim , par tout ils firent crier la paix , le . onziesme jour de septembre , environ trois heures après minuit , à un mardi ; et quant ils partirent des tantes , après le cri qui avoit esté tel , que nul homme , sur peine de la hart , ne mist feu en son logis. Mais les Gascons, qui estoient en Taide de la bande, firent le contraire; car ilsmeirent le feu partout où ils peurent, en despit de ce qu'on s'en alla ainsi; et fust le feu si grand qui courut au pavillon du roy par darrière ; et eust esté le roy ars, qui ne Teust mis hors par-devers le meilleur, et dirent ceux qui se salvèrent que ou feu demoura plus de cinq cents hommes qui feurent ars qui estoient malades dedens les tantes.
Item j le jeudi ensuivant , fust sceu à Paris-; et ne ouistes oncques plus belle sonnerie à Paris qu'on y fist iceluy jour ; que (car) depuis le matin jusques au soir, en tous les moustiers de Paris ont sonnoit ; et faisoit-on grant joie pour l'amour de la paix.
Item^ ce jeudi treiziesme jour de septembre, ung jeune homme osta la bande à l'image Saiûct- Huistace qu'on lui avoient baillée, et la deschira en despit de ceux qui lui avoit baillée; et tantost fust prins, tort ou droit, lui fust le poing couppé sur le pont Allais, devant Sainct-Huistace, et fust banni à tousjours mais ; et si ne ftist oncques hoihme qui osast dire le contraire , tant estoit tout
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mal gouverné et de mauvaises gens. Et si sçachez que tous ceux <jui devant Arras avoient esté , ou la plus grant partie, quant ils venoient, estoient si décharnés , si pâles , si empirés , qu'il semtloit qu'ils eussent esté en prison six ou huit mois au pain et à Teaue ; et n'en apportèrent que péché, et en mourut plus de onze mille , quant ils vuidèrent è leur aise.
Item y le onziesme jour d'octobre ensuivant, ung jeudi , fust fait ung champ de bataille à Sainct-Ouin, d'un Breton et d'un Portugal; et estoit l'un àu duc dé Berry, et l'autre au duc de Bourgogne ; et feurent mis ou champ à outrance ; mais ils ne firent chose dont on doic parler,' car on dist tantost ho ! lorsqu'ils dévoient faire armes. Et fist ce faire le duc de Berri pour le Breton, qui estoit de la bande, dont il avoit moult grant paour ; car le Portugallois se maintenoit en son harnois si très légièrement, que cbascun lui donnait la victoire ; maiis on ne pot oncques dire lequel la deust avoir au vrai.
Item, le sabmedi ensuivant, treiziesme jour dudit mois d'octobre oudit an , vint le voj à Paris , à belle compaignie de ceux de Paris ; et plut •tout le jour se très fort, qu'il n'y avoit si joli qui n'eust voulu estre à couvert ; et soudainement, environ huit heures de nuit, commenchèrent les bonnes gens de Paris, sans commandement , à faire feus, et à bucciner le plus grandement qu'on eust veu, passé cent ans devant, et les tables en*mi
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rues drecées à touts venants par toutes les rues de Paris qui point ayent de renom.
Item y le vingt-troisiespie jour d'octobre desposèrent le prévost ; c'est à sçavoir, Andry Marchant; et firent lesdits bandez prévost ung chevalier de la cour du duc d'Orléans, qui estoît baron, nonamé messire Tanneguy du Chastel ; et né le fut que Jeux jours et deux nuits, pource qu'il n'estoit pas bien de leur accortr La troisiesrae journée ensuivant, futrefifait prévojit sire Andry Marchant, très cruel et sans pitié , comme devant est dit.
Item y en cedit temps, entre la Sainct-Remy et Noël, lesdits bandés, qui tout gouvérnoient , firent bannir tontes les femmes de ceux que devant a voient bannis sans mercy ; qui estoît moult grande pitié à veoir; car toutes estoient femmes d'honneur et d'estat, et la plus grande partie de elles n'avoient oncques eslorigné Paris sans honneste compaîgnie , et ils estoient accompagnés de sergents très crueulx; et qui plus destraignoit le cueur, c'estoit qu'on les envoyoit toutes au pays du duc d'Orléans , tout au contraire du pays où leurs amis et maris estoient. Et encore autre chose qui leur venoit au devant ; car toutes femmes sont vitupérées d'estre menées à Orléans. Et là les envoyoit-on le plus; mais autrement ne povoit estre pouï* le temps, car tout estoit gouverné par jeunes seigneurs, senon le duc de Berry et le comte d'Arminac.
It€my\es f estes de Noël ensuivant, c'est à sca-
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voir mil quatre cent quatorzé, fut €aitpar leroy, le comte d'Alencon^ duc d'Alencon ; et fut faite duchié qui n'estoit que comté; ne oncques mais n'avoit este duchié jusques à cel.fi jour; ainsi en fut.
Item, à l'entrée de février ensuivant, joustèrent le roy et les seigneurs en la grande rue Sainet-Anthoine, entre Sainct-AnthoineetSaincte-Catherine du Val des EscoUiers , et y avoit barrières. En ces îpustes , vint le duc / de Breban , pour traictier la paix; et jousta, et gaigna le prix. Ad ce temps estoient les Anglois à Paris pour traictier d'ung mariaige à une des filles du roy de France*
Item y le mardi, dix-neuviesme jour, fust desposé de la prévosté de Paris Andry Marchant , qui autresfois avoit esté desposé par ses démérites; mais il finoit toujours par argent; fors que à celle fois en ladite prévosté fut remis sire Tanneguy du Ghastel la seconde ou la troisiesme fois. Mais en ce temps aussi estoient chevaliers d'Espaigne et de Portugal, dont trois du Portugal , bien renommés de chevalerie, prindrent, par ne sçai quelle folle entreprinse , champ de bataille encontre trois chevaliers de France, c'est à sçavpir : François de Grinquos..., la Roque.... , Morigon; et fut à outrance ordonné au vingt-troisiesme jour defebvrier, vigille Saint-Père et Saint-Oiiien ; et fut avant soleil;...., qu'ils entrassent en champ; mais en bonne vérité de Dieu, ils ne mirent pas tant qu'on mettroit à aller de la porte Sainct-Martin à celle de Sainct-Anthoiiie , à cheval > que les Portugallois
M6 journal ^t4i5}
ne fussent déconfits par les trois François, dont la Roque fut le meilleiur»
Item y le sabmedi ensuivant, vigille Sainct-Mathîeu, fut la paix criée parmi Paris, à trompes; et disoit chacun que ce avoit fait le duc de Breban ; et feist-on au sabmedy plus de feus parmi Paris que toutQS les autres fois devant dites ; et si estoit les quatre-temps des brandons.
Item y environ sept ou huit jours en mars , fyt Saine si cruelle à Paris, que ung moulle de bûche valoitneuf ou dix solsparisis, et ung cent de costerets , qui les vouloit avoir bons , vingt-huict ou trente-deux sols parisis ; le sac de charbon , douze solsparisis; bourées, foin semblablement, tuille, piastre en la manière ; et si sachez que depuis la Toussainct jusques à Pasques, ne fut oncques jour qu'il ne cheist eaiie de jour ou de nuit ; et dura la eaiie jusques en my-avril , qu'on ne povoit aller ès marez entre Sainct-Anthoine et le Temple , ne dedans la ville, ne dehors.
Item y le dix-septiesme jour d'avril, fut mondit seigneur de Guienne en l'hostel de la ville , et ordonna trois eschevins nouveaux, c'est à sçavoir , Pierre de Granlrue, Andriet d'Ësparnon , et Jehan de Louviers, et desposa Pierre Oger, Jehan Marcel, Guillaume Tirasse.
Item, le jour de Sainct-Marc ensuivant, fut criée de parmi Paris, la paix, à trompettes, sur peine de perdre corps et biens quila contrediroit.
Ttem , le mois d'aoust ensuivant , au commence-
(i4i5) d'un bourgeois dk paris. 207
ment , arriva le roy d'Angleterre à toute sa piEÎ^ sance en Normandie , et prit port emprè» Harrefleu, et assiégea Harreflen et les bonnes rilles d'entour.
Item^M. de Guienne, fils aisné du roy, se partis^ de Paris le premier jour de septembre , à ung dimanche au soir, à trompes ; et n'avoit que jeunes^ gens avec lui; et partist pour aller contreles AngloU; et le roy de France son père se parlist le neoviesme jour ensuivant^ pour aller après son fils , et alla à Saint-Denis au giste ; et lantosf après fut cuéillie à Paris la plus grande taille qu'on euist vu cueillir d'aage d'homme, qui nul bien ne fist pour le prouffit du royaume. Ainsi estoit tout gouverné par lesdits bandés ; car Harrefleu fut prins par les Anglois oudit mois de septembre, le quatorziesme jour, et tout le pays gasté et robbé, et faisoient autant de mal les gens d'armes de France aux povres gens , comme faisoient les Anglois; et nul autre bien n'y firent ; ejt si fist bien sept ou huict sepmaines , puis que les Anglois furent arrivés,, aussi bel temps comme on vit oncques point faire en aoust et en vendanges, jour de vie d'homme , et aussi bonne année de toûs les biens; mais néanmoins, pour ce ne ^'avança oncques nul des seigneurs de France de combattre les Anglois qui là furent.
Item, les dessusdits bandés, le dixiesme jour d'octobre mil quatre centquinze, firent à leur poste (gré) un prévost des marchands nouvel et quatre eschevins ; c'est à sçavoir, le prévost des marcliands ,
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Philippe de Breban, fils d*un impositeur, les échevins, Jehan du Pré, espicier, Estienne de Bonpré, pelletier, Regnault Pidoye^ changeur, Guillaume d'Ausserre, drappier ; et si estoient le roy et M, de Guienne à ce jour en Normandie , l'un à Rouen et l'autre à Vernon , ne oncques ceux de Paris n'en sceurent rien, tant que ce feust fait ; et furent moult esbahis, le prévost des marchands et les eschevins qui devant estoient, quant on les desposa sans autre mandement du roy ne du duc de Guienne, ne sans le sceu des bourgeois de Paris.
Item^le vingtiesme jour dudit mois ensuivant, les seigneurs de France oiiyrent dire que les Anglois s'en alloient par la Picardie : si les tint monsieur de Charollois si court et de si près, qu'ils ne porent passer par où ils cuidoient. Adoncques allèrent après tous les princes de France , sinon six ou sept , et les trouvèrent en ung lieu nommé Àgincourt , près de Roustanville ; et en ladite place , le jour Sainct-Crepin et Crepinien, ils combattirent à eux; et estoient les François plus la moitié que les Anglois ; et si furent François desconfits et tués , et prins des plus grands de France.
//ew^ tout premièrement le duc de Breban, le comte de Nevers , frères du duc de Bourgongne , le duc d'Alençon , le duc de Bar, le connestable de France , Charles deLabrait , le comte de Marie, le comte de Roussy, le comte de Salmes , lè comte de Vaudemons , le comte de Dampmartin, le mar-^ quis du Pont ; ceux cy nommés furent toiits morts
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en la bataille, et bien trois mille espérons <lorés sur l^s autres ; mais de ceux qui furent prins et menés en Angleterre, le duc d'Orléans, le duc de Bourbon > le comte d'Eu , le comte de Richemont ^ le comte de Vendosme, le marescbal de Bouciquaut, le fils du roy d'Ermenie , le sire de Torsy , le sire de Helly, le sire de Mouy, M. de Savoisy, et plusieurs autres chevaliers et escuyers dont on ne scet les noms. Oncques, puis que Dieu fut, ne fut fait telle prinse en France par Sarrazins, ne, par autres ; car avçc eux furent morts plusieurs baillis de France qu'ils avoient avec eux admenés. les communes des bailliages, qui tous furent mis à Fépée, comme le bailli de Vermandois et ses gens , le bailli de Mascon et ses gens, celui de Seps et ses gens, celui de Senlis et ses gens, cèlui de Caen et ses gens , le bailli de Meaulx et ses gens ; et disoit-on communément que ceux qui prins estoient, n'avoient pas esté bons ne loyaux à ceux qui moururent en la bataille. Environ trois sepmaines après, vint le duc dé Bourgogne assez près de Paris , moult troublé de la mort de ses frères et de ses hommes, pour cuider parler au roy, ou au duc de Guienne ; mais on lui manda qu'il ne fust si hardy dè venir à Paris ; et fist-on- tantost murer les portes, comme autresfois; et se logèrent plusieurs cappitaines au Temple, à Sainct-Martin et ès places devant dittes, par delfaulte des seigneurs; et furent toutes les ruelles d'entour les lieux devantdits prinses desdits cappitaines^, ou de leurs gens , et les povres gens
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boutés hors de leurs maisons; et à grant prière et à grande peine avoient-ils le couvert de leur hostel; et cette laronnaille couchoient en leurs licts, comme i^s feissent à dix ou douze lieues de Paris ; et n'estoit homme qui en osast parler, ne porter coustel, qui ne fut mis en diverse prison, comme au Temple, à Sainct-Martin, à Sainct Magloire, en Tyron et en autres diverses prisons.
Item y environ la fin de novembre , Tan mil quatre cent quinze, le duc de Guienne, aisné fils du roy de France, moult plain de sa voulenté plus que de raison , accoucha malade , et trespassa le dixhuictiesme jour de décembre oudit an , jour mercredi des quatre-temps ; et furent faittes ses vigilles le dimanche ensuivant, à Nostre-Dame de Paris ; et fut apporté dû Louvre sur les espaules de quatre hommes ; et n'y avoit que six hommes à cheval, c'est à sçaVt>ir devant ; après, lesquatreordres mandiant et les autres collèges de Paris; après, sur un grant cheval lui et son paige ; sur ung autre fut le chevalier du guet ; après grant pièce le prévost de Paris- Après le corps fut le duc de Berry, le comte d'Eu et ung autre* En ce point fut porté à Nostre-Dan>e de Paris , et là fut enterré le landemain.
Item^ en ce temps fut le pain très eher ; car le pain qu'on avoit devant pour huit blancs , raloit cinq sols parisis , et bon vin pour deux deniers parisis la pinte, En ce temps furent les portes murées , comme autrésfois, pour le duc de Bourgongne, qui
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estoit près de Paris, et grant foison Je gens d*armes, parquoi fromaiges et œufs furent si chèrs, qu'on n'avoit que tr^is œufs pour un blanc, et uû fromaige commun pour trois ou quatre sols parisis. Et Paris estoit gardé par gens étranges ; * et estoient leurs cappitaines , ung nomiAé Remonet de la Guerre, Barbasan, et autres tous mauvais et sans pitié; et pourmieuit faire leur voùlenté, mandèrent le comte d*Arminac , personne excommuniée, comme devant est dit, nommé Benart, et de celui firent connestable de France à ung lundy en la fin de décembre ; et le prévost de Paris , au mois ensuivant, fut fait admirai de France, gouverneur de la Rochelle ; et fut desposé d'estre admirai une mauvaise personne nommée Clignet de Bréban , qui moult fit de mal ep France , comme il fut admirai.
Item , le duc de Bourgongne estoit toujours en la Brie , ne ne povoit parler au roy , ne le roy à lui, pour puissance qu'ils eussent eux deux; car les traistres de Franche disoient au roy , quant il demandoit, qui moult le demandoit souvent, que plusieurs fois on Favoit mandé ; mais il ne daignoit venir , et d'autre part mandoient au duc dë Bourgongne , qui estoit à Laingny , que le roy lui deffendoit sa terre, sur peine d'ëstre réputé pour traûstre faux.
Item y le douziesme jour du mois de février fust fait par les dessusdits bandés ledit comte d'Arminaç seul de tout le royaume de Franche à qui il en
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dépleust, car le roy estoit toujours mal disposé. En celui temps s'en alla le duc de Bourgongne en son pays.
Item y le premier jour de mars mil quatre cent quinze ensuivant, jour de Sainct- Aubin, entra l'empereur roy de Hongrie à Paris , à ung diman-* che ; et vint par la porte Sainct-Jacques ; et f ust logé au Louvre ; et le deux , mardi ensuivant , furent envoyées semondre les demoiselles de Paris et des bourgeoises les plus honnestes, et leur donna à disner en l'I^ostel de Bourbon le dixie^sme jour ensuivant après sa venue , et à chacune aucun joiiel.
Item y il fust à Paris environ trois sepmaines^ et puis s'en alla devers Angleterre pour av^ir les prisonniers du sang de Franche, qui là estoient de la prinse d'Agincourt.
Item, commençant la sepmaine penneuse ensuivant, qui fust entrant le treiziesme jour d'avril mil quatre cent quinze , entreprindrent aucuns des bourgeois de Paris de prendre ceux qui ainsi tenoient Paris en subjeclion ; et dévoient ce faire le jour de Pasques , qui furent le dix-neuyiesme jour d'avril : mais ils ne le firent point par scus ; car il fust sceu par ceux de la bande , qui les prindrent et les misdrent en prison ; et le vingt-quatriesme jour dudit mois d'avril mil quatre cent seize , fust mené en ung tombeel à boiie le doyen de Tours, chanoisne de, Paris, frère de l'évesque de Paris de devant cellui qui pour lors estoit, maistre NicoUe
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d'Orgemont, fils de feu Pierre d'Orgemont, En ce point, vestu d'ung grand mantel de vioUet et chaperpn de mesmes , fust mené ès halles de Paris ; et en une charrette devant estoiejit deux hommes de honneur sur deux ais, chacun une crôix de bois en sa main ; et avoit l'ung esté eschevin de Paris, et l'autre estoitTiomme d'honneur,etestoit marcher én ars nommé maistre Régnault, et l'eschevin Robert de Belloy; et à ces deux on couppa les lestes, voyant ledit d'Orgémoiit , lequel n'a voit qu'un pied ; et après la justice ftist ramené sans ostèr dudit tom^ berel en prison ou chastel Sainct-Anthoine ; et environ quatre jours après fust preschié ou parvis Nostre-Dame de Paris , condampné en chartre perpétuelle au pain et à l'eaue.
Item y le premier samecii de mai ensuivant furent décollés pour ce fiait, troismoult honnestes hommes, et de moult bonne renommée ; c'est assavoir le signeur de Lours, de la porte Baudet, ung tainturier nommé Durant de Vry , ung marchant de laion et espinglier, nommé Jehan Perquin ;*et est oit ledit tainturier maistre de la soixantaine des arbalestriers de Paris.
Item y le septièsme jour dé mai fust crié parmi Paris que nul ne fust si hardi de faite assemblée à corps, ne à nopces , ne en quelque manière , sans le congié du prévost de Paris. En ce temps avôit, quant on faisoit nopces, certains Commissaires et sergents aux despens de l'espoùsé, pour garder que homme ne murmurast de rien.
2l4 JOUUKAL (i4»6)
Item^le huitiesme jour demai, venderdi, furent ostées les chaisnes de fer qui estoient à Pçiris, et lurent portées à la porte Sainct- Anthoiae. En ce temps estoit toujours le pain si cher , que petits mesnaiges n'en povoient avoir leur saoul ; car la charte dura moult longuement ; et coustoit bien la douzaine , que on avoit devant pour dix-huict deniers, quatre sols parisis.
Item y le samedi ensuivant, neuviesme jour dudit mois , furent ostées les armures aux bouchers en leurs maisons , tant de Sainct Germain , de Sainct- Marcel , de Saiûcte-Geneviefve et de Paris.
Item y le lundi ensuivant fust crié parmi Paris, sur peine d'estre réputé pour traistre, que tout homme, prestre, clerc ou lay, portast ou envojast toutes ses armures , quelles qu'elles fussent , ou espées, ou badelaires, ou hachets, ou quelque armure qu'il eust , au chastel de Sainct-Anthoine.
Item y le venderdi quinziesme jour dudit mois, firent lesdits commencer à abattre la grant boucherie de Paris ; et le dimanche ensuivant vendirent les bouchers de ladite boucherie leurs chars sur le pont Nostre-Dame^ moult esbahis pour les franchises qu'ils avoieqt en la boucherie , qui leur furent toutes ostées ; et sembloit ce dimanche que lesdits bouchers euissent eu quinze jours ou trois sepmaines de t^mps à faire leurs estaux, tant furent bien ordonnés du venderdi jusques au dimanche.
Item y le venderdi ensuivant furent commencées à murer les portes comme autrefois.
04i6). d'un BOURGEPIS de PARIS. 3l6
Item y le lendemaîn de la Sainct-Laurens eesuivant, firent crier lesdits bandés parmi Paris, que nul ne fust si hardi d'avoir à Sa fenestre coflPre ne pot , ne hôcite, ne coste en jardin, ne bouteilleà vinaigre à sa fenestre qui fust sur rue , sur peiné de perdre corps et biens, ne que nul ne se baignàst en la rivière , sur peine d'estre pendu par la gorge»
Item y le jour de Sainct-Laurens ensuivant,, feirent chanter lesdits bandés aux Quinze- Vingts, fust tort ou droit; et y a voit commi3saires et sergens qui faisoient chan^r devant e^x tejs prèstrès qu'ils vouloient , malgré ceux dudit lieu , lesquels vouloient que on leur fist droit de certains prisonniers qui esloient au Geôle, lesquels feurentprins en la franchise par l'outrage du prévost de Paris; et feurent prinsle vingt-cinquiesme jour de mai, vigile de l'Ascension de Nostre-Seigna^sir j et fust avant la Sainct-Laurens ensuivant , que on chantast ne messe ne vespres en ladite église.
Item^ la première sepm^ine de septembre ensuivant , fist-on defFense aux bouchiers que plus ne vendissent leur char sur le pont Nostre-Pame ; et celledite sepmaine commenchèrent. % vendre en la halle de Beau vais, à Petit-Pont, à la Porte- Bandais : et environ quinze jours après , commenchèrent à vendre devant Saift^Jjimifray, au Trou- Pugnais.
Item , en ceilq sepmàii^ fu3t crié que mil sergent à cheval ne demourast hors de U villie de Paris , sur peine de perdi?e son oflice.
2l6 JOURNAL (i4iy)
llem. fast crié celledite sepmaine que lesdits estaux de boucherie seroient bailliés au prouffit du roy au plus offirant , et que lesdits bouchiers n'y auroient quelcpie franchise.
Item ^ le mois d'octobre ensuivant, fust commencée la boucherie du cimetière Sainct-Jehah , et fust achevée ; et j vindrent vendre ceux de derrière Sainct-Gervais , le premier dimanche de febvrier oudit an.
Item y le vingtiesme jour de febvrier oudit an , fust crié que Ton ne prinst nulle monnoie à Paris que celle du roy ; qui moult fist grand dommaige aux gens de Paris ; car la monnoie du duc de Bretaigne et du duc de Bourgongne estoient prinses comme celle du roy ; dont plusieurs marchands, riches et pouvres , et autres gens qui en àvoient . perdirent moult; car, pour la desfence, homme n'en eust eu quelque nécessité , se non au buil^ Ion : mais environ un mois après, on reprint les dessusdites monnoies deiFendues , comme devant feurent.
Item y le troisiesine jour d'avril oudit an, trèspassa monsieur de Guienne, aisné fils du roy de Franche à Compiègne , qui avoit esté quinze mois ou environ dalphin.
Item y ledit roy Loys, l'an mil quatre cent dixsept, trespassa environ trois jours en la fin.
Item , en iceluy temps, on avoit vin sain et net pour un denier la pinte ; mais de grosses tailles, trois ou quatre touts les ans ; et n'osoit nul parler»
(lit;) d'un bourgeois DE PABTS. 2 ij
du due de Bourgongne , qu*il ne fiist en péril de perdre le corps ou la chevanee, ou d'estre banni.
Item^ le vingtnieuviesme jour de mai ensuivant , vigile de la Pentecoste, fust crié que nul ne prinst quelque monnoie , que celle seulement du coing du roy , et que on ne marchandast que à sols et à livres ; et feurent aussi criés à prendre petits moutons d'or pour seize sous parisis^ qui n'en valloient pas plus de onze sols parisis; et le lundi ensuivant , premier jour des festes de Pentecostes , commenchèrent les gens de Paris; c'est assavoir de quelque estât qu'ils feussènt , prestres, ou clercs, ou autres, à curer les voiries , ou à faire curer à leur argent ; et fust celle queuUette si aspre, qu'il falloit que chascun, de quelque estât qu'il fust , de cinq jours en cinq jours , enbaillast argent; et quant on payoit pour cent, on y en mettoit une quarantaine , et avoient les gouverneurs le remenant (reste).
Item y celledite sepmaine fust fait le pont levye à la porte Sainct - Anthoine ; et celle année feurent faites les maisons entre les bastilles et l'escorcherie aux Tuileries.
Item , en celui temps fust prins , de par le pré*vost de Paris, un nommé Louis Bourdon, chevalier , qui tant feit de peine au chastel d'Estampes, comme devant est dit , et fust noyé pour ses démérites; et fust la royne privée du tout, que plus ne seroit au conseil , <?t lui fust son estât amendrj^ ; et demourèrent les choses en ce point , sinon que
2l8 jaUKNÂL (i4»7)
toujours preuoient lesdits gouverneurs , desquels vouloient et les bannissoient ; et si falloit qu'ils allassent où lesdits gouverneurs vouloient, et en mains de trois sepmaines, en bannirent plus de huit centsi sans ceux qui demeurèrent en prinson.
Item , en ce temps , à l'issue d^aoust , s'esmeut le duc de Bourgogne , pour venir à Paris , et vint en conquestant villes, cités, cfaasteaux, et partout faisoit crier, de par le roy et le dauphin, et de par lui , que on n'y payast nulles subsides , dont les gouverneurs de Paris prindrent si grant haine contre lui , qu'ils faisoient faire processions, et faisoient prescher qu'ils savoient bien de vrai qu'il vouloit estre roy de Franche , et que par lui et par son conseil , estoient les Engloys en Normandie , et par toutes les rues de Paris avoit espies qui estoient résidants et demourants à Paris,, qui leurs propres voisins faisoient prendre et em-* prisonner ; et nul homme , après ce qu'ils estoient prins , n'en osoit parler aucunement , qu'il ^ne fust en péril de sa chevance ou de sa vie.
Item , à l'entrée de septembre mil quatre cent dix-sept , approcha le duc de Bourgongne de Paris, et gaignal'Isle-Adam, Pont-Saincte-Maxence, Senlis , Beaumont. Adoncq fust la porte Sainct- Denis ferméé , et feurent abattues les arches pour faire un pont leveys, et fust deux mois fermée, en la droite saison de vendanges.
Item y environ huit ou neuf jours en septembre , ftist desposé Breban, devantdit, de la prévosté des
{i4l7) I>'UN BOUHGBOIS DE PAHIS. 3 10
marchands , et fust fait prévost Estienne de Bonpuis , lequel ne le fust que cinq joints ; et fust mis en la prevosté un faiseur de coffres et de bans , nommé Guillaume Syrasse , le douze septembre oudit an. En ce temps vindrent les Bourguignons devant SainctrCloud ; et lors fust le pont rompu , et les Bourguignons assaillirent la tour à engins, et l'endommaigèrent mouh; mais point ne fust prinse à celle fois , ains la laissèrent : mais ils tindrent si 1q pays autour de Paris, que quelque marée ne venoit à Paris de nulle part.
Item y la livre de beurre salé valoit deux sols parisis, et vendoit-on deux œufs ou trois au plus, quatre deniers parisis ; ung petit hareng caqué , six deniers parisis :1e frois hareng vint environ les ottaves Saint^Deais , trois ou quatre penniers ; et vendoit-on la pièce trois ou quatre blancs , tout lance et le poudre. deux blancs, rien mains; et le vin qu'on avoit en aoust pour deux deniers, coustoit, en septembre ensuivant , quatre ou six deniers parisis.
Item y en ce temps avoit si pesme douleur à Paris, que nul n'osoit aller vendanger hors Paris, devers la Porte Saint-Jacques, de touttes parts, comme à Chastillon, â Bannex, Fontenay, Vanves, Icy, Qamàrt, Montrouge; car les^ Bourguignons h^yoient moult les bourgeois de Paris , et ils venqient fpurrer jusques aux fauxbourgs de Paris ; et, quelques personnes qu'ils trouvoient, estoient prins et emmenés en leur ost ;v et avecques eux
S20 JOUKNAL (lit?)
avoit moult de geos de Paris qui avoient été bannis, qui tous les cognoissoient pour enquérir ou autrement. Et s'ils estoient de quelque renom , ils estoient cruellement traités, et mis à si grant rançon comme on les povoit mettre ; et s'ils eschappoient par aucune aventure et venoient à Paris , et on le scavoit, on leur mettoit sus qu'ils s'étoient (ait prendre de leur bon gré , et estoient mis en prinson* Item y en ce temps, furent fait capitaine de la porte du Temple, ung nommé Sjmonnet du Bojs, qui estoit clerc ; Jacquot l'empereur , garde des coffres du roy; et de la porte Saint-Martin, un nommé Jehannin Nepveu, cbauderonnier , fils d'un chauderonnier nommé Colin Nepveu, -
lient y en cestuy mois d'octobre , fust faite une grosse taille de sel ; car pou fu de gens qui fussent de nulle renommée , à qui on ne envoyast deux sextiers ou trois , au gros , ung muy ou demi-muy; et si le convenoit payer tantost et le porteur , ou avoir sergents en garnison, ou on estoit mis en prinson au Palais ; et coustoit le sextier quatre escus de dix-huit sols parisis pour pièce •
Item , la plus grant partie des cappitaines qui estoient dans Paris, on les payoit des advoines que ou avoit admenées à Paris pour estre bien salvement ; et avoient congié de prendre ce qu'ils povoient piller autour de Paris , à deux ou trois lieues environ , et ils ne s'en faignoient pas. En ce temps feirent les bouchiers de Sainct-Germain-des-Prez leur boucherie, en une rue qui est
(i4i7) d'un bourgeois de paris. 221
entre les Cordeliers et la porte Sainct-Germain , en ung lieu en manière de celier , où on descendoit à degrés qui avoient dix marches.
Item y en ce temps valloit le caque de hareng , seize livres pari3is.
Item , autour de Paris , de quelque part que ce fust, n'osoit homme aller qu'il ne fust desrobé; et s'il se revenchoit ou deflfendoit , il estoit tué des gens d'armes de Paris mesmes , qui issoient toutesfois qu'ils vouloient hors de Paris , pour piller ; car quant ils revenoient , ils estoient aussi troussés de biens que fait le hériçon de pommes , et nul n'en oyoit parler ; car ainsi plaisoit aux gouverneurs de Paris. ^
Item y en iceluy temps allèrent les Bourguignons devant Corbeil , et fourrèrent le pays tout entour, et feirent plusieurs assaux ; mais pas ne le princirent à celle fois ; car ils se retrairent vers Chartres : mais la nuit Sainct-Climent, arrivèrent devant Paris si soudainement que mérveilles ; et les gens d'armes de Paris les allèrent souvent escarmoucher, mais toujours y perdoient grant foison de Soudoyers de iParis ; et ceux qui eschappoient s'en revenoient par les villaiges d'entour Paris , et pilloient , roboient , rançonnoient , et avec ce admenoient tout le bestial qu'il povoient trouver, comme bœufs , vaches , chevaux, asnes, asnesses, juments , porcs , brebis , moutons , chèvres , chevraux, et loutesautreschoses, dont ils povoient avoir argent ; et en église prenoient-ils livres , et toutle
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autre chose qu'ils povoient happer ; et en abbajes de dames autour de Paris prindrent-ils jrhessel , bréviaires, et toutte autre chose qu'ils povoient piller ; et quelque personne qui s'en plaigfioit à justice , ou au connestable , ou aux cappitaines , tout bel lui estoit de soi taire. Et vrai est que les gens aucuns qui venoient de Nornaandie à Paris , qui estoient eschappés des Englois par rançon ou autrement après, et avoient été prins des Bourguignons, et puis à demi - lieue ou environ , estoient reprins des François , et traittiés si craellement et par tyrannie, comuHî Sarrazins : mais ilis, par leurs serments , c'est ascavoir aucuns bons marchands , hommes d'honneur , qui avoient été prisonniers à tous les trois devant diz , dont ils estoient eschappés par ai^nt, et affermoient que plus amoureux leur avcnent été les Englois que les Bourguignons ; et les Bourguignons plus amoureux cent fois que ceux de Paris, et de pitance et de rançon , et de paine de corps et de prison ; qui moult leur estoit esbahissant chose , et à tout bon chrétien doit estre.
Item J un pou après la Toussainct , enchérit tellement la bûche, que le cent de bons costerets valoit deux francs , et vingt-quatre moyennes bûches, et celle de Bondis , vingt sols parisis.
Item^ la bûche de molle ^ valoit dix sols parisis le molle ; et dura celle charté tout hyver.
(i) Mesure de bois valant un stëre.