BOURGEOIS DE PARIS
Environ dix ou douze jours après , furent changées les serrures et clefs des portes de Paris , et furent faits monseigneur de Berry et monseigneur de Bourbon capitaines de la ville de Paris ; et vint si grand foeson de gens d*armes à Paris , que aux villaiges d*entour ne demeurèrent aussi comme nuls gens : toutes voies, les gens du dessusdit duc de Bourgogne ne prenoient rien sans payer , et comptoient touts les soirs à leurs hostes et payoient toutsecen la ville de Paris. Et estoient, ce temps durant, les portes de Paris fermées, non quatre : c'est assavoir la porté Sainct-Denys , Sainct-Anthoine , Sainct-Jacques , Sainct-Honoré. Et le dixiesme jour de septembre ensuivant furent murées de piastre la porte Temple, la porte Sainct-Martin, et celle de Montmartre. Et le vendredi ensuivant, douziesme jour dudit mois, arriva à Paris l'évesque de Liège ; et lui fist faire serment le prévost de Paris, et autres, à l'entrée de la porte Sainct-De-
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Ti js, que il ne seroit contre le roj ne contre la ville, ne lui ne les siens ; mais leur seroit garant de trèstout son povair : et ainsi le promist-il par la foi de son corps et par son seigneur; et après entra à Paris, et fust logé en l'ostel de la Trimouille. Et icellui jour, après sa venue^ fust crié ce que on mist des lanternes à bas les rues et de Teaue aux huis et aussi fist-on. Et le dix-neuviesme jour dudit mois de septembre fust crié et commandé que on estoupast les pertuis qui donnoient clarté dedans les celiers. Et le vingt-quatriesme jour ensuivant fust commandé par trestouts les ferez et maréchaux de Paris et chauderonniers , qu'on fist des chaisnes comme autresfois avoient esté ; et lesdits ouvriers de fer commencèrent le lendemain , et ouvrèrent festes et dimanches et par nuict et jour. Et le vingt-sixiesme jour dudit mois de septembre fust crié de parmi Paris que qui auroit puissance d'avoir armure si en achatast pour garder la bonne ville de Paris. El le dixiesme jour d'octobre ensuivant, jour de samedi, vint telle esmeutte en la ville de Paris, comme on pourroit guères voir, sans sçavoir pourquoi. Mais on disoit que le duc d'Orléans estoit à la porte de Sainct-Anthoine â toute sa puissance , dont il n'estoit rien ; et les gens du duc de Bourgogne s'armèrent : car les gens de Paris furent si esmeus , comme se tout le monde feust contre eux et les voulsist détruire ; et si ne sceust-on oucques pourquoi ce fust.
L'an mil quatre cent-neuf, le jour de la mi-aoust
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fist tel tonnoyre , environ entre cinqou six heures au . mâtin^qtieune iitiage cleNostre-*Dame,quiestoit sur le moustier de Sainct-Ladre, de forte pierre et toute neuve , fust du tonnoyre tempestée et rompue par le milieu , et portée bien loing de là ; et à l'entrée de la villeote Sainct-Ladre, au bout de devers Paris, furent deux hommes tempestés , dotit Tung fust tué tout mort, et ses souUiers ses chausses^ et son gippon furent tous dessirés , et si n'avoit point le corps entamé ; et Tautre homme fust tout affolé.
Item y le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, c'est assavoir mil quatre cent-neuf, fust prins ung nommé Jehan de Montagu, grand maistre d'hostel du roy de Franche, emprès Sainct-Brenetor, et fust mis en petit Ghastelet; dont il advint telle esmeutte à Paris à l'eure qu'on le print; comme se tout Paris fust plain de Sarazins; et si ne sçavoit nul pourquoi ils s'enfuyoient ; et le print ung nommé Pierre des Essarts, qui pour lors estoit prévost de Paris ; et furent les lanterixes commandées à allumer, comme autrefois, et de l'eaue à huis, et toutes les nuicts le plus bel guet à pied et à cheval qu'on vist guères oncques à Paris ; et le faisoient les mestiers l'ung a:près l'autre. Et le dixseptiesme jour du mois d'octobre jeudi, fust le dessus dit grand maistre d'hostel mis en une charrette, vestu de sa livrée^ d'une houpelande de blanc et de rouge , et chaperon de mesme y une chausse rouge et l'autre blanche , ung esperon doré , les mains liées devant , une croix de bois entre ses
MoHST&ELCT. 7*. Xf^. — Jour». d*iih bourg, de Par». 1 1
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mains ^ haut assis en la charrette, ileux trompettes devant lui, et en cet estât mené ès halles. Là ou lui . couppa la teste ; et après fust porté le corps au gibet de Paris , et pendu au plus haut en chemise à toutes ses chausses et espérons dorés ; dont la rumeur dura à aucuns des seigneurs de Franche , comme Berry , Bourbon, Alencon et plusieurs autres. Donc il advint Tannée ensuivant mil quatre cent dix^ environ la fin d'aoust , que chacun en droit soi admena tant de gens d'armes autour de Paris, que à vingt lieues environ estoit tout dégaslé ; car le duc de Bourgoingne et ses frères admenèrent leurs puissances de devers Flandres et Bourgogne ; mais ils ne prenoient que vivres ceux au duc de Bourgogne ne à ses aidants , mais trop largement en prenoient ; et les gens de Berry et de ses aidants pilloient , roboient, tuoient en églises et' dehors églises, espécialement ceux au comte d'Arminac et les Bretons; dont si grand charté s'ensuivit de pain, que plus d'ung mois le sextier de bonne farine valloit cinquante francs ou soixante, dont les pouvres gens de ville, comme au désespoir, fuioient; et leur firent plusieurs escarmouches et en tuèrent moult; et tout ce n'estoit que pour l'envie qu'ils avoient pour ce que les gens de Paris aimoient tant le duc de Bourgogne , et le prévost de Paris , nommé Pierre des Essarts , pour ce qu'il gardoit si bien la ville de Paris ; car tout niiict et tout jour il alloit parmi la ville de Paris, tout armé, lui et grand foison de gens d'armes, et faisoit faire aux gens de Pari?;
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toutes les nuicts le plus bel guet qu'ils pooient ; et ceux qui n'y pooient aller , faisoit veiller devant leur maison , et faire grands feus par toutes les rueà jusques au jour ; et y avoil quarteniers , cinquanteniers , disehiers , qui ce ordonnaient ; dont ceux de devers Berrytindrent si court ceux de Paris par-devers la porte Sainct-Jacques , Bordelles , Sainct- Marciau , Saibct-Michel , que les vignes demourèrent à vendenger et les semailles ; et plus à quatre lieues autour de Paris, devers lesdites'portes, jusques à la Sainct-Climent, encore vendengeoit -on, et par la grâce de Dieu il y avoit très peu de pourris ; car il fist très bel temps ; mais ils ne se pooient eschauflPer ès cuves , et si ne venoit pain à Paris qu'il ne convenist aller querre à force de gens d'armes par eaue et par terre ; et y avoit ung chevalier logé à la chapelle Sainct-Denys, nommé messire Morelet de Betencourt, qui alloit querre le pain à Sainct- Briceet ailleurs, lui et ses gens, tant que ce contens (débat) dura , qui dura jusqu'à la Toussains. Et un pou devant avoit preschié devant le roy le ministre des M athurins, très bonne personne; et mônstra la crualité que ils faisoient par deffaut de bon conseil, disant qu'il falloit qu'il y eust des traistres en ce royaume , dont ung prélat nommé le cardinal de Bar, qui estoit audit sermon le desmenti et nomma villain chien , dont il fust moult hay de l'Université et du commun ; mais à peu lui en fu, car il praticoit grandement a vecq les autres qui portoient chacun unebende; dont il estoit ambassadeur. Carie
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duc de Berry portoit celle bende, et tous iceux de par lui ; et se tindrent tellement en cell^ bende , qu'il advint que ledit prévost fust déposé pour Tenvie qu'ils avoient sur le commun' de Paris qui gardoit sibien : car aucuns et le plus de la bende , qui cuidoient de certain qu'on deubt pilier Paris, et tout le mal qui se faisoit de de-là , chacun disoit que ce faisoit le comte d'Arminac ,*tant estoit de malle voulonté plains et pour certain on avoit autant de pitié de tuer ces gens comme de chiens. Et quelconque estoit tué de là, on disoit: c'est ung Arminac : car ledit comte estoit tenu pour très cruel homme ettiran et sans pitié. Et certain , ceux de ladite bande eussent fait du mal plus largement , se ne fust le froid et la famine qui les fist traictier comme une chose non achevée , comme pour en charger arbitres ; et fut fait environ le six novembre mil quatre cent dix ; et s'en alla chacun à sa terre jusques à ce qu'on les mandast, et qui a perdu si a perdu. Mais le royaume de France ne recouvra la perte et le dommaige qu'ils firent en vingt ans ensuivans , tant viengne bien. En ce temps fut la rivière de Saine si petite , car oncques on ne la vit à la Sainct-Jéhan d'esté plus petite qu'elle estoit à la Sainct-Thomas devant Noël ; et néantmoins , par la grâce de Dieu, on avoit à Paris en ce temps, environ cinq semaines après l'allée des gens d'armes , très bon blé pour dix-huit ou vingt sols le sextier.
L'an mil quatre cent onze ensuivant, recora-
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mancèrent ceux de la bende leur mauvaise vie : car en aoust, versla fin, vindrent devant Paris, du costé de devers Sainct-Denis, et déifièrent le duc de Bourgoin^ne; et fit chacun son assemblée vers Mônt- Didyer. Mais lors que les bandés sceurent la belle compaignie que BourgoingJre avoit, ils ne l'osèrent oncques assaillir ; et si les attendit-il par cinq se*? maines. Quant le duc vit la chose , il dit qu'ils n'avoient guerre qu'au roy et à la bonne ville de Paris; lors renvoya ses communes et les convoya grand pays, çt les faux bandés Armignacs commancèrent à faire tout le pis qu'ils povaient , et vinrent au plus près de Paris en plaines vendanges, c'est assavoir environ my-uuit entre samedi etdimenche, troisiesmejour d'octobre mil quatre cent onze, furent à Pantin , à Saint-Ouyn , à la Chapelle Sainct-Denis, à Montmartre, à Glinencourt, (Clignancourt) et partouts les villaiges d'entour Paris dudit costé , et assegèrent Sainct-Denis; et firent tant de maux, comme eussent fait Sarrazins ; car ils pendoient les gens, les uns par les pouces, autres par les pieds , les autres tuoient et rançonnoient, et efforçoient femmes et boutoient feux ; et quiconque ce feist , on disoit : ce sont les Armignacs ; et ne demouroit personne èsdits villaiges que eux mesmes; Cependant vint Pierre des Essars à Paris , et fut • prévost comme devant, et fit tant qu'on cria parmi Paris, qu'on abandon noit les Armignacs et qu'on povoit les tuer , si les tuast et print leurs biens. Si y alla moult de gens qui plusieurs fois leur fi^
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rent dommaige, et par espécialement compaignies, de viUaiges qu'on nommoit brigans, qui s'assemblèrent et firent du mal ; assavoir sous l'ombre de tuer les Arminaz, En ce temps prindrent ceux de Paris , chapperons de drap pers et la croix Saint- Andrieu, un J au mii^u de la croix, ungescu à la fleur de lis; et en mains de quinze jours avoit à Paris cent milliers, que liommes que enfants, signés de ladite croix ; car nul n'yssoit de Paris qui ne l'avoit.
Item , le treiziesme jour d'octobre , prindrent les Arminaz le pont de Sainct-Cloud , par un faux traistre qui en estoit capitaine , qu'on nommoit Colinetde Pisex, qui leur vendit et livra ; et furent tuez mouljt de bonnes gens qui estoient dedans, et tous les biens perdus, dont il y avoit grand foison ; car tous les villaiges d'entour y avoient leurs biens, qui furent tous perdus par le faux traistre.
Item , le yingt-quatriesme jour d'octobre , prinrent Sainct-Denis, comme Sainct-Cloud, par trahison d'aucuns qui estoient dedans , si comme on disoit que le seigneur de Chalons en esloit consentant , lequel estoit au duc de Bourgoingne. Quant les bandés furent maistresdes deux, de Sainct-Cloud et de Sainct-Denis, ils s'enorgueillirent tellement qu'ils venoient jusques aux portes de Paris ; car leurs seigneurs estoient logés à Montmartre , et venoient jusques dedans Paris , et qui y entroit et issoit , dont ceux de Paris avoient grand doubte. En ce temps, avoit à Paris, ung escuier nompaé
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Enguerrand de Bournonville , et ung nommé Amé de Brey , qui moult leur firent d'escarmouches et de jour et de nuict : car les Arminaz doubtoient plus ces deux hommes, que le comte de Sainct-Paul et toute sa puissance , qui lors estoifr capitaine de Paris, et portoit en sa bannière fleurs de.Bouraches,
Item , le seiziesme jour d'octobre , estdient les Arminaz emprès le moulin-à-venl au-dessus de Sainct-Ladre, Adoncques issirent ceux de Paris, sans gouverneur, et allèrent sur eux tous nuds d'armes , fors que de trait et de piques de Flandres ; et les autres estoient bien armés et vindrent sur la chaussée à eux , et tantost en tuèrent bien soixante à quatre-vingts , et leur ostèrent quant qu'ils avoient jusques aux brayes , et plus en eussent tué largement, se ne fust Je chemin qui estoit estroit, et la nuict» qui venoit; car non pourtant moult de ceux de Paris furent navrés; ainsi advint. ( Quelques feuillets ont été déchirés ).
Adoncq estoient ceux de Paris moult esbahis ; car on ne sçavoit nulle nouvelle du duc de Bourgoingne, el cuidoit-on qu'il fust mort ; et il estoit allé traiter aux Englois en Angleterre; et revint à Paris le piustot qu'il pot, et y entra le vingt-troisiesme jour d'octobre , oudit an , el amena en sa compagnie bien sept à huit mille Anglois avecques ses gens ; et le vingt-cin(juiesme jour dudit mois , allèrent les Anglois escarmoucher ou moulin à vent , et tuèrent moult des Arminàz et de leurs chevaux par force de trait.
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Item, le buictiesme jour de novembre ensuivant, oudit an, fist chascune disenne selon sa puissance de compagnons vestus de jacques et d'armes; et firent leur monstre cedit jour ; et furent bien seize ou dix-sept cents, tretous forts hommes 5 et ce jour, environ dix heures de nuict, partistdeParisle duc deBourgongne, avecqueslui les compaignons dessusdits et les Anglois, et alla toute nuict à Sainct-Cloud; etpartistparlaporte Sainct- Jacques; et quant il fut devant le pont de Sainct-Cloud , il lut le point du jour. Adoncqil fist assaillir ledit pont et la ville qui estoit toute plaine de très puissants gens d'armes Arminaz, qui moult se deflPendirent ; mais pou leur valust; car tantost furent desconfîts, et tous mis à l'espée ; et furent bien six cents tués; et le faux traistre qui avoit vendu ledit pont , fut prins en l'église de Sainct-Cloud, au plus haut du clocher, vestu en habit d'un prestre, et fut admené à Paris en prinson ; et le duc de Bourgongne fist mettre le feu dans le pont-levis , dont il s'en noya bien trois cent ; et dit-^on que ce fut de paour et de haste d'entrer en la tour. Et dit-on que ce fut ung des beaux assaux qu'on neustpoin t veu passé à longtemps ; car une partie de la plus grand force des Arminaz estoient en la tour , si que on ne la peust avoir si legièrement ; et aussi tous les Arminaz de Saint-Denis y vinrent de l'autre costé de l'eau ; si ne porent rien faire l'un à l'autre , que gaster leur trait. Ijors fit le duc de Bourgogne retraire ses gens, et s'en revint à Paris pour aller assaillir ceux
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de Sainct-Dems. Et le lendemain allèrent à Sainct- - Denis le prévost , et Engnertan et ceux de Paris ; mais ils n'y en trouvèrent nuls , tous s'en estoient fuis la nuict de devant , et passé la rivière par un pont de bois qu'ils avoient fait en ladite ville de Sainct-Denis. Et ce jour que nos gens furent à Sainct-Denis , estoit la vigile Sainct-Martin d'hiver; et fut ce jour faite procession générale àNostr«-Dame de Paris; et là, devant tout le peuple, fut maudite et excommuniée toute la compaignie des Arminazet tous leurs aidants et confortants; et furent nommés par nom tous les grands seigneurs de la maldite bande : c'est assçavoirle duc de Berry, le duc de Bourbon, le comte d'Alencon, le faux comte d'Arminac , le Connestable , l'archevesque de Sens , frère du devantdit Montagu , Robert de Tuillières , lieutenant du prévost de Paris , frère Jacques le Grand, augustin , qui le pis conseilloit de tous; et furent excommuniés de la bouche du Saint-Père, tellement qu'ils ne povoient estre absouls par prestre nul , ne prélat> que du Sainct- Père en article de mort. Et deux ou trois fois devant avoit esté faite à Paris telle procession et tel excommuniement sur la faulce bande.
Item , le jeudi douziesme jour de novembre , audit an, fut mené le faux traistre Colinet de Pisex, lui septiesme, ès halles de Paris , lui estant en la charette sur un aiz plus haut que les autres , une croix de fust (bois) en ses mains , vestu comme il futprins, comme nng prestre. En telle manière fut
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mis en l'efchaffaut , et dépouillé tout nu; et lui coupa-on la teste à lui siîdesme; et le septiesmefut pendu , car il n'estoit pas de leur fanse bande ; et ledit Golinet faux Iraistre fut despecé les quatre membres ; et à chascune des maistres portes de Paris, l'uû de ses membres pendu , et son corps au gibet^ et leurs testes ès halles sur six places, comme faux traistres qu'ils estoient ; car on disoit tout certainement que ledit Golinet , par sa fause et deslojale trahison , fist dommaige de plus de deux millions en France, sans plusieurs bonnes gens qui estoient avec lui, qu'il fist tuer les uns, les autres rançonner, les autres emmenér en tel lieu que on n'ouït puis nouvelles, puis fist-on mainte justice. Gependant alla monseigneur de Guienne et de Bourgongne devant Estampes, qui estoit de la bende ; et y furent par plusieurs jours; tant que par miner, que par assaut, ils se rendirent au roj à sa voulonté. Et fut prins le capitaine nommé Bourden , lequel fut mené en prinson en Flandres , et depuis ot sa paix. Puis refut prins ung autre chevalier de la bende, nommé messire Maussart du Bois , ung des beaux chevaliers que on peust voir, lequel ot la teste coupée ès halles de Paris ; et de sa force de ses espanles, depuis qu'il ot la leste coupée, bouta le tronchet si fort, qu'à pou tint qu'il ne l'abattit, dont le boureau ot tel fréour , que il en mourut à tantost après six jours , et estoit nommé maistre Guieffroy. Après fut bourel Gapeluche, son varlet. Et en ce dit an fut fait connestable de France le
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comte de Saînct-Paul, nommé messire Galleran , et alla en la comté d'Alençon; et là estoit messire Anthoine de Graon, lequel devoit avoir journée au comte d'Alençon , lequel n'osa oncques venir : si s'en revint ledit connestable. Et en revenant le cuida détruire le$eigtiéur de Gaucourt, qui avoit bien en sa compaignie mille hommes d'armes ; mais, par la grâce de Dieu , ledit Gaucourt et ses gens furent desconffits honteusement, et en furent tués bien six cents , et bien cent nojés , et bien cinquante des plus gros prins , mais Gaucourt eschappa par son cheval • En icellui temps , se firent plusieurs escarmouches, dont on ne fait nulle mention ; car on ne faisoit rien à droit pour les traistrès dont le roy estoit tout advironné.
En l'an mil quatre cent douze, sixiesme jour de mai, se mist le roy sur les champs, avecques lui son aisné fils, le duc de Guienne , le duc de Bourgongne et plusieurs autres, et allèrent droit en A usserre; là furent aucuns jours. De là se départirent et allèrent assiéger la ville de Bourges en Berry , où estoit le duc de Berry, ancien de bien près quatre-vingts ans, oncle dudit roy de France , maistre et ministre de toute traïson de ladite bende , cruel contre le menu peuple, en tant que fut oncques tiran Sarazin , et aux siens comme aux autres , pourquoi il estoit assiégé. Et sitost que ceux de Paris sceurent que le roy estoit en la terre de ses ennemis, par commun conseil , il3 ordonnèrent les plus piteuses processions qui oncques eussent esté
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veues de l'âge d'homme. C'est assçavoir le pénultiesme jour de mai audit an , jour de lundis firent procession ceux du palais de Paris, les ordres mandiants et autres, tous nuds pieds, portant plusieurs sainctures moult dignes , et portants la saincte vraie croix du palais. Ceux du parlement, de quelque estât qu'ils fussent , tout deux et deux, quelques trente milles personnes après avecques , tous nuds pieds. Le mardi , dernier jour de mai , oudit an , partie des paroisses de Paris firent processions , et leurs paroissiens autour de leurs paroisses , tous les prestres revestus de chappes ou de sourplis , chacun portant un cierge en sa main et reliques , tous pieds nuds, la chasse Saint-Blanchard, de Sainct-Magloire , avecques hien deux cents petits enfants devant , tous pieds nuds, chacun cierge ou chandelle en sa main. Tous les paroissiens qui avoient puissance , une torche en leur main , tous pieds nuds , femmes et hommes. Le mercredi ensuivant , premier jour de juing , oudit an, en la forme et manière du mardi, fut faite la procession. Le jeudi ensuivant fut le jour du Saint-Sacrement; la procession fut faite, comme on a accoustumé. Le vendredi ensuivant, troisiesme jour de juing, oudit an , fut faite la plus belle procession , qui oncques fut guère vue ; car toutes les paroisses et ordres , de quelque estât qu'ils fussent , allèrent tous nuds pieds , portants, comme devant est dit , sainctureou cierge en habit dè dévotion, du commun plus de quarante mille personnes avecques,
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tous nuds pieds et à jeun, sans autres secrettes abstinences , bien plus de quatre mille torches allumées* En ce point allèrent portant les sainctes reliques à Sainct-Jehan en Grève. Là prindrent le précieux corps Nostre-Seigneur, que les faux Juifs bouillirent, en grands pleurs , en grands larmes , en grand dévotion, et fut livré à quatre évesques, lesquels le portèrent dudit moustier à Saincte-Geneviefve, à telle compaignie du peuple commun ; car on affermoit que ils estoient plus de cinquante et deux mille. Là chantèrent la grand messe moult dévotement , puis rapportèrent les sainctes rebques où ils les a voient prinses à jeun. Le samedi ensuivant , quatriesme jour dudit mois audit an , toute l'université, de quelque estât qu'il fust, sur peine de privation , furent à la procession , et les petits enfants des escoles , tous nuds pieds, chacun un cierge allumé en sa main , aussi-bien le plus grand que le plus petit ; et assemblèrent en celle humilité auxMathurins; de là s'envindrentà Saincle Catherine du val des escoiliers , portant tant de sainctes reliques que sans nombre. Là chantèrent la grande messe , puis revindrent à cueur jeun. Le dimanche ensuivant, ciiiquiesme jour dudit mois oudit an , vindrent ceux de Sainct-Denis en France à Paris, tous pieds nuds, et apportèrent sept corps saincts, la saincte oriflamble, celle qui fut portée en Flandres , le sainct clou , la saincte couronne, que deux abbés portoient accompaigniés de treize bannières de procession ; et à l'en-
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contre d'eux alla la paroisse Sainct-Huitace(Euslache), pour le corps de Sainct - Huitace , qui estoit l'une desdites chasses, et s'en allèrent droit au palais de Paris tous. Là dirent la grande messe en grande dévotion, puis s'en allèrent. La sëmaine ensuivant, tous les jours firent moult piteuses processions chacun à son tour ; et les villages d'entour Paris semblablement venoient moult dévotement, tous nuds pieds, priant Dieu que par sa saincte grâce , paix fût réformée entre le roy et le seigneurs de France: car par la guerre tout France estoit moult empirée d'amis et de chevaux ; car on ne trouvoit rien au plain pays , qui ne lui portoit.
Item y le lundi ensuivaul> sixiesme jour dudit mois de juing audit an, allèrent ceux de Sainct- Martin-des-Champs , avecques eux plusieurs parroisses de Paris et bailliages, tous nuds piés, accompagniés comme devant de luminaires et de reliques, à Sainct-Germain-des-Prez. Là dirent la grant messe en grant dévocion ; et les autres parroisses allèrent aux martyrs, et là chantèrent la grant messe. Et ceux de Saincte-Catherine du Val des escoUiers , vinrent chanter la grant messe à Sainct-Martin-des-Champs.
Item , le mardi et mercredi sepliesme et huitiesme jour dudit mois oudit an , fist-on procession , les parroissiens autour de leurs parroisses.
Item y le jeudi neufviesme jour dudit mois oudit an, feurent plusieurs parroisses, accompaigniées de très grant peuple d'église et de commun,
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tous piés nuds , à grant reliquaire et luminaire , et en ce poinct allèrent à BouUongne-Ia-Petite ; là firent leur dévocion et dirent la grant messe ^ puis s'en revindrent.
Item , le vendredi ensuivant , dixiesme jour dudit mois oudit an , fust faitte procession générale, une des plus honorables que on eust oneques veue : car touttes les églises, coljéges et parroisses y feurent tous nuds piés , et tant de peuple que sans nombre ; car le jour de devant avoit esté commandé que dé chacun hostel y fust une personne ; et pour cette dévote procession , plusieurs parroisses des villaiges d'entour Paris , y vindrent en grant dévotion et de moult loing, comme de plus de quatre grosses lieues , comme de pardelà Villeneufve-Sainct-Georges, de Montgison, et d'autres villes voisines; et vindrent à toutes les reliques dont ils porent finer^ touts piés nuds , très anxiens hommes, femmes grosses et petits enffents , chacun un cierge ou chandelle en sa main. Les sabmedi et dimenche, onziesme et douziesme jours dudit mois oudit an , on fist procession commune autour des parroisses. Le lundi , treiziesme jour dudit mois oudit an , vindrent ceux de Sainct-Mor-des-Fossés , accompagniés de dixhuit bannières , des reliques , très grand foison , vingt croix , tous piés nuds , à Nostre-Dame de Paris, et chantèrent la grant messe. Le mardi ensuivant , le quatorziesme jour dudit mois oudit an , allèrent ceux de Paris, en procession à Sainct-
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Anthoine-des-Champs ; là dirent la grant messe. Le mercredi, ensuivant , quinziesme jour dudit mois oudit an , fust faîte un procession autour des parroisses. Le jeudi ensuivant , seiziesme jour dudit mois oudit an , feirent les parroisses de Paris , les processions aux Martyrs et à Montmartre ; là chantèrent la grant messe. Le vendredi ensuivant, allèrent à Sainct-Denis en France , c'est assavoir Sainct-Paul et Sainct-Huitasse , les gens tous nuds pies; là dirent la grant messe. Et tant comme on fist ces processions, ne fist jour qu'il ne pleust très fort que les trois premiers jours. Pour vrai ceux de Meaux vindrent à Sainct-Denis , et de Ponthoise et de Gonnesse , et par-delà vindrent à Paris en procession. Le sabmedi ensuivant, firent ceux du Chastelet, touts grands et petits, procession. Le dimenche ensuivant , procession aux parroisses. Le lundi ensuivant, Sainct-Nicolas, Sainct- Sauveur , Sainct-Laurent, allèrent à Nostre-Dame de BouUongne-la-Petite , en la manière que dit est^ d'avant le jeudi, neufvîesme dudit mois. Tretout le temps que le roy fust hors de Paris , feirent ceux de Paris et ceux des villaiges d'entour, procession comme devant est dit ; et alloient chascun jour , par ordre en procession , aux pélérinaiges de Nostre-Dame entour Paris , comme au Blanc- Mesnil, comme au Mesche et aux lieux plus renommés de dévocion. Et fust vrai que le sabmedi, troisiesme jour dudit mois de juing , arriva le roy de France , avec son ost , devant la cité de Bourges
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en Berri ; çt quant ils feurent devant , ils assail-* lirent la ville moult asprement , et les Arminaz se deflPenclirent moult fort ; mais moult feurent aggrevés ; si demandèrent trefves ; si feurent données deux heures , non plus. Ung pou avant que les trefves feurent faillies^ issirent hors les faux traistres à grant compagnie , cuidant traïr et sourprendre nos gens qui point ne s'en gardoient; mais l'avant-garde les recula moult asprement ; et si férirent en eux si cruellement , que touts les feirent flatir jusqu'aux portes ; et là feurent de si près hastés les traistres , que le sire de Gaucoùrt conduisoit , qu'en la placé en demoura plus de sept vingts hommes de nom , touts morts, et foison prins , lesquels recogneurent qu'ils cuidoient emmener le roy par force , et tuer le duc de Boorgongne ; mais Dieu les en gardast celle fois ; puis passèrent plusieurs jours sans aucun assaut. Cependant eux {lacune) y ceux du chas tel de Sansserre , lesquels avoient fait moult de grief en l'ost , car au commanchement du siège par ceux-là et par autres^ pain y esloit si cher que ung homme n'eust pas esté saoul de pain à ung respas pour trois sols parisis ; mais tantost après par la grasce de Dieu , il vint assez de vivres ; et si estoient bien en l'est plus de cinquante mille hommes à cheval , sans ceux de pié qui estoient en grant foison.
Item , vers la fin de juillet , quant tout le pouvre commun , et de bonnes villes et du plat pays, feurent touts mengés , les ungs par tailles -, les autres
WOSSTRELF.T. T'.A'/^. — JoUBN. d'oN BOURG. DE PaRIS. 1 2
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par pillaigeSy ils feirent tant que ils feirent traîtter au jeune duc de Guyenne, qui àinsné fils du TOj estoît , et qui avoit espousé la fille au duc de Boui^ngne y tant qu'il leur accordast par faux traistres privés qui estoient entour le roy, qu'il les feroit touts estre en la bonne paix du roy : et ainsi le fist-il qui que le voulsist veoir ; car chacun estoit moult aggrevé de la guerre pour le grand chault qu'il faisoit ; car on disoit que d'aage d'homme qui fust , n'avoit-on veu faire si grand chault , comme il faisoit , et si ne plut point depuis la Sainct-Jehan-Baptiste , qu'il ne fust deux jours en septembre. Si furent les Arminaz si grevés, qu'ils estoient comme touts desconfists par toutle royaume, quant ce faux conseil traictié fust ainsi machiné , et fust ordonné qu'ils venroient touts én la cité d'Aussoire (Auxerre). En ce temps feurent plusieurs communes, comme de Paris , de Rouen et de plusieurs autres bonnes villes devant eux , ( ici manque quelque chose. ) et gaignèrent tantost la ville, et moult tuèrent de gens du plain pays , que touts se rebellèrent en tout le pays de Beausse ; car ils avoient tant de peine et de charge de gens d'armes, qu'ik ne sçavoient auxquels obéir. Si se tindrent aux Arminaz , qui là estoient Jes plus forts pour le temps que la malle guerre commença.' Et quant lesdites communes vindrent à Dreux , ils les trouvèrent si rebelles , qu'ils les tuèrent touts ; et les faux traistres Arminaz , gens d'armes j qui dévoient les secourir, s'enfouirent
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au chastel de ladite ville ^ et laissèrent tuer les pouvres gens, et puis feurent assiégés de nos gens d^ c^omnmn si asprenfient , qu'ik ne se povoient plus tenir , quant ung chevalier qui estoit maistre gouverneur desdites communes, comn^ faux traistre , fist laisser Tassaut , et print grant argent des Ârminaz, et fust du tout de la bande ) et ai disoit-on que c'estoit un des bons de Franche ; et ne se scavoit-on en qui fier ; car il mist nos gen^ en tel estât qu'il leur convint partir à minuit pour eux en venir à Paris, ou autrement eussent esté touts tués par les faux traistres et autres gentilshommes qui tant les hajoient, qu'ils ne les povoient soufiBrir, pour ce qu'ils besoingncHent si bien; car qui les eust crus, ils^ eussent nettoyé le royaume de France des faux traistres en moins d'ung an , mais autrement ne pot estre ; car nul preud'homme ne fust escouté en ce temps* Et pour ce fust faite paix du tout à leur gré , qui que le voulsist veoir; car le roy estoit toujoi^rs malade, et son ainsné fils ouvroit à sa volenté plus que de raison , et croyoit les jeunes et les fols ; si en faisoient lesdites bandes tout k leur guise ; et ii3t-on par la jode d'icelle paix, les feuz avau Paris, Le premier sabmedi d'aoust mil quatre cent douze, et le premier mardi de septembre, fust criée parmi Paris à trompettes, mais il fust autrement; car il fust mis ès carrières de Nostre-Dame-des- Champs ; et le pénultiesme jour dudit mois oudi^ an , le roy vint au bois, et le duc de Bourgongne
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à Paris, et allèrent les bourgeois au-devant par commandemeiit.
Item y le mardi, dix-septiesme jour, de septembre, jour Sainct-Cosme et Sainct-Damien , fust despendu par nuit du gibet de Paris , Jehan de Montaigu , jadis grant maistre-d'hostel du roy, lequel avoit eu la teste couppee pour ses démérites; et fust porté à Marcoussy, aux Gélestins, lesquels il avoit fondés en sa vie.
Item y le dimanche vingt-troisiesme jour d'octobre ensuivant , entra le roy à Paris, et fust faite à sa venue la plus grande feste et joie du commun, qu'on avoit veuè passée avant douze ans ; car petits et grands buccinoient ; et vint avecques le roy, le duc de Bourbon et le comte de Vertus nepveu , et plusieurs autres ; et feurent avec le roy à Paris, moult amés du roy et du commun , qui avoit grant joie de la paix qu'on cuidoit qu'ils tenissent bonnement ; et ils ne tendoient qu'à la destruction du roy, et espécialement de la bonn^ ville de Pari* et des bons habitants ; et firent tant par leur mauvaise malice , pour mieux venir à leur malheureuse intencion , que plusieurs qui amoient et avoient amé le roy, et le prouffit commua, feurent du tout de leur mauvaise et faute intencion, comme le frère de la royne de Franche, Pierre des Essarts, prevost de Paris, et plusieurs autres , et par espécial ledit prevost, qui se povoit venter que prevost de Paris , depuis cent ans devant , n'avoit eu aussi grant grâce que ledit prevost
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avoit et du roy et du commun; mais si mal se porta>. qu'il convinst qu'il s'enfouist , lui et plusieurs des autres des plus grands, comme le frère de la royne, duc de Bavière, le due de Bar, Edouart , Jacques de la Rivière , et plusieurs autres chevaliers et es-, cuyersj et fut en la fin de février mil quatre cent douze, et demoura la chose plusieurs jours, aussi comme se on les eust oubliés» Et cependant l'unfversité , qui moult amoit le roy et le commun , fist tant par grant diligence et grant sens, qu'ils orent tous ceux par escript de la maldite et fausse trahison ; et la greigoeur partie de tous les grands en estoient , tânt gentils que villains* Et quant l^umve^||té, par grant cure, orent mis en escript espécialement tous ceux qui povoient nuire , cependant revindrent les dessusdits ^ qui fuis s*en estoient , et feirént les bons varlets, et brassèrent ung mariaige de la femme au comte de Mortaing , qui mort estoit , au frère de la royne , duc de Bavière ; et estoit leur maleureuse intencion de faire leurs nopces loing, et de emmener le roy, pour estre maistres de Paris , de en faire toute leur volenté, qui moult estoit malvaise. Et l'université, qui tout savoit ce, le fit sçavoir au duc de Bourgongnç et au prévost des marchands , qui avoit nom Andrier d'Esper-» non, né de Quinquenpoix,etauxeschevins. Si firent tantost armer la bonne ville et clercs, devantdiz^ comme parurent, et ceux s'enfuirent ou chastel de Saint- Anthoine ; et là se boutèrent par force ; et le frère de la royne fist le bon varlet, et servoit le
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roy aussi comme s*il n'en sceust riens , et ne se mot oncqnes d'avec le roy. Tantost après fut la ville armée, et assiégèrent ledit chastel; et jurèrent que jamais ne s'en partfroient tjsint qu'ils les eussent prins par force; et quant ceux qui dedans le chasteau estoient virent tant de gens , et si esmeus , sise rendirent vers le soir au duc de Guienne, et au dliG de Boui^ongne ^ qui en respondirent, ou les gens de Paris les eussent tous despéciés ; car ils estoient bien vingt-quatre mille. Lors furent prins bien etestroitement, et menés au Louvre ; et ce fut le cinq jour de may mil quatre cent treize, jour de vendredy ; et ledit prévost demeura dedans Saint- Ânthoine encore quatre ou cinq jours après; ^^ut allé querre et admené au Louvre environ l'heure du minuit , et là fut emprisonné ; et la sepmaine de devant l'Ascension fut la ville de rechief armée, et allèrent en l'hostel de Sainct-Paul, où le frère de la. roy ne estoit, et là le prindrent, voulsistou non ; et rompirent l'uys de la chambre où il estoit, et prindrent avecques lui treize ou quatorze que dames que damoiselles, qui bien sçavoient sa malvaiseté ; et furent tous menés au Louvre pêle-mêle ; et si cuidoit ledit frère de la roy ne le lendemain espouser sa femme, mais sa chance tourna contre sa volonté. Le mercredi, vigille de l'Ascension, le derrain jour de may, oudit an mil quatre cent treize, fut amené ledit prévost du Louvre au palais en prinson, et cedit jour fut nommé le pont de la Planche de Mibray, le pont Nostre-Dame , et le
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nomma le roy de France , Charles ; et frappa de Ifi^ trie sur le premier pieu , et le duc de Guienne , son fils , après , et le duc de Berry et de Bourgongne, et le sire de la Trimouille; et estoit l'heure de dix heures de jour au matin. Et en cedit mois de may print la ville chapperons blancs; et firent bien faire de trois à quatre mille , et en print leroyung, et Guienne, et Bourgongne; et avant que la fin du mois fust , tant en avoit à Paris , que tout partout vous ne vissiez guères autres chapperons ; et en prindrent hommes d'église et femmes d'onneur , marchandes , qui à tout vendoient les denrées.
Item y le dixiesme jour du mois de juin mil quatre ceût treize , jour Saint-Landry, vigille de la Pentecoste, fut mené messire de Jacques de la Rivière, chevalier, et Symonet Petitmeny, escuyer, eux deux furent prins au palais du roy, et de là traisnés jusques ès halles de Paris; c'est à scavoir, Jacques de la Rivière , car il estoit mort , et se estoit tué d'une pinte pleine de vin , dont il s'estoit féru sur la teste si granl cop , qu'il se cassa la teste et la cervelle, et ledit Symonnet futtraisné jusques à la Heaumerie, et là mis en la charrette sur un ais assis , une croix en sa main , le mort traisné jusques ès halles, et là orent les têtes couppées; et dirent à la mort que d'eux deux ç'avoit esté la plus belle prinse qui eust esté faite pour le royaume , passé avoit vingt ans; et iceuxavoient e^té prins au chastél de Sainct-Anthoine, comme avant est dit.
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Ilem y le jeudi ensuivant ^ autre', nommé Colin Brey, escujer, prins oudit lieu , comme avant est dit , et prins au palais , traisné comme Symbnnet d'avant dit, et couppé sa teste ès Halles , de ladite bande, très plein de tyrannie, très laide et cruelle personne , et recognut plusieurs trahisons ; car il a voit en pensée de faire de par le prévost de Paris; car il cuida trahir ceux du pont de Charenton ; et là fut pris', atout finance qu'il cuidoit faire passer pour ledit prévost , qui cuidoit passer par ledit pont celle nuit.
Item y le premier jour de juillet mil quatre cent treisie , fut ledit prévost prins dedans le palais , traisné sur une claye jusques à la Haumerie, et puis assis sur ungaisen la charrette tout jus, une croix de bois en sa main , vestu d'une houppelande noire déchiquetée, fourrée de martre3, une chausse blanche , ung escafinpn (escarpin) noir en ses piés ; en ce point mesné ès halles de Paris , et là on lui couppa la teste ; et fut mise plus haut que les autres plus de^ trois pieds. Et si est vrai que depuis qu'il fut mis sur la claye , jusques à sa mort, il ne faisoit toujours que rire , comme il faisoit en sa grande majesté , dont le plus de gens le tenoient pour un fol ; car tous ceux qui le véoient plouroient si piteusement , que vous ne ouïssiez oncques parler de plus grands pleurs pour mort d'homme ; et lui tout seul rioit , et estoit sa pensée que le commun le gardast de mourir; mais il avoit en sa voulonté, s'il epst plus vescu, de trahir la ville, et de la livrer
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es mains de ses ennemis, et de faire lui-même très grands et cruelles occisionç, et piller, et rober lès bons habitants de la bonne ville de Paris ^ qui tant l'aim oient loyaument; car il ne commandit rien qu'il ne fissent à leur povoir, comme il apparoist qu'il avoit prins si grant orgueil en soi , car il avoit assez offices pour six ou huit fils de contes ou de bannerets. Premièren^ent , il estoit prévost de Paris, il estoit grand bouteiller, maistre des eaux et desforests, grant général, capitaine de Paris, de Cherbourg, de Montargis, grant fauconnier, et plusieurs autres offices ; dont il cueillit si grant orgueil , et laissa raison ; et tantost fortune le fist mener à celle honteuse fin. Et saichiez que quant il vit qu'il convenoit qu'il mourust, ils^agenquilla devant le bourrel, et baisa ung petit image d'argent que le bourrel avoit en sa poitrine ; et lui pardonna sa mort moult doucement , et pria à tous les seigneurs que son fait ne fust point crié tant qu'il fust descollé; et on lui octroya. Ainsi fust de^ collé Pierre des Essarts, et son corps mené au gibet , et pendu au plus haut. Et devant environ deux ans , le duc de Braban, frère du duc de Bourgogne, qui véoit bien son outrageux gouvernement, lui dist , en l'hostel du roy : « Prévost de » Paris , Jehan de Montagu a mis vingt et deux ans » à soi faire coupper la teste ; mais vraiment vous » n'y en mettrez pas trois » ; et non fist-il, car il n'y mist qu'environ deux ans et demi depuis le mot; et disoit-on p^ir esbatteinent parmi Paris , que ledit duc estoit prophète vrai disant.
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Item , vers la fin dudit mois^ recommancèrent ceux de la maldite bande à venir près de Paris, comme autrefois avoient esté ; et vuidèrent ceux des villages d'entonr Paris, tout ce qu*ils avoient , et l'amenèrent à Paris. Et lors fut fait ung traité pour faire la paix, et devoit estre fait à Pontoise ; et y alla le duc de Berry , le vingtiesme jour dudit mois , jour Saincte-Marguerite , et le duc de Bourgongne le lendemain vigillede la Magdeleine; et là furent environ dix jours pour cuider la paix, et firent tant qu'elle fut oncques faite ; et n'eust esté aucunes demandes que lesdits bandés demandèrent qui estoient inraisonnables , car ils demandoient aucuns de ceux de Paris pour en faire leur plaine voulonté , et autres choses touchans vengence très cruelle, laquelle chose ne leur fut point accordée ; mais à celle fia que la paix ne tinst à ceux qui de par le roy y estoient allés, firent tant que lesdits. bandés envoyèrent à sauf-conduit leurs ambassadeurs avec la compaignie de Berry et Bourgongne, et ceux de Paris, pour parler au roy à bouche ; et entrèrent le jour saint Pierre , premier jour du mois d'aoust ensuivant , qui fut au mardi ; et parlèrent au roy à bouche tout à leur voulonté , qui leur fist faire très bonne chère. Quant est des demandes et des réponses , je me tais; car trop longue chose seroit : mais bien sçai que ils demandoient toujours à leur povoir la destruction de la bonne ville de Paris et des habitans.
Jtem, le jeudi troisiesme jour dudit mois d'aoust,
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fut Tuniversité de Paris à Saint-Paul demander congié au roy de proposer le lendemain certaines choses qui moult estoientprouffitables pour la paix du royaume ; laquelle chose leur fut octroyée. Et le lendemain, jour de vendredi, quatriesme jour d'aoust, comme se le diable les eust conseillé, proposèrent tout au contraire de ce qu'ils avoient devant conseillé par plusieurs fois ; car leur première demande fut que mist hors tous les prisonniers, qui de la trayson dont Pierre des Essars , messire Jacques de la Rivière et Petitmesnil avoient eu les testes couppées , estoient droit maistrés et ministres; et estoient : le duc de Bavière, frère de la royné de France, messire Edouart, duc de Bar, le sire de Boissay et deux de ses fils , Anthoine des Essars , frère dudit Pierre des Essars, et plusieurs autres, lesquels estoient emprisonnés au Louvre , au palais et au petit Ghastellet. En après, que tous ceux qui contrediroientleurs demandes touchant la paix, fussent tous habandonnés , leurs corps et leurs biens. Après, autres demandes firent-ils, et ne proposèrent point pour la paix de ceux qui avoient gardé à leur povoir la ville de Paris , et qui avoient esté consentans d'emprisonner les devantdits prisonniers pour leur démérites. Et si scavoient-ils bien que tov& les bandés les hayoient jusques à la mort. Iceuxhays estoient maistre Jehan de Troyes, juré de la ville de Paris , consierge du palais, deux de ses fils , ung nommé Jean le Gouays et ses deux fils, bouchers, Denisot Caboche, Denisot de Saint-
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Yon, tous deux bouchers; ledit Caboche capitaine dupontdeCharenton, ledit de Saint- Yoa capitaine de Saint-Cloud; Iceux estoient en la présence , quant le propos fut ottroyé , qui leur sembla moult dure chose ; et s'en vindrent tantost à l'hostel de la Ville , et là assemblèrent gens , et leur monstrèrent comment la paix qui estoit traitée , n'estoit point à Tonneur du roy , ne du duc de Bourgon-gne , ne au proufBt de la bonne ville , ne des habitants^ mais à l'honneur desdis bandés, qui tant de fois avoient menti leur foi. Mais jà pource le menu commun, qui jà estoit assemblé en la place de Grève, armés tous à leur povoir, * qui moult désiroient la paix , ne vouldrent oncques recevoir leurs paroles: mais ils commencèrent tous à une voix à crier : La paix , la paix ! et oui ne la ineiill y si se traie au sénestre et qui la vieult j se traie au costé dexti^ ! Lors se trairent tous au costé dextrê ; car nul n^osa contredire à tel peuple. Cependant le duc de Guienne et le duc de Berry se mirent au chemin pour v^nir en Grève ; mais quant ils furent devant l'hostel d'Anjou, on ne les osa oncques laisser entrer en Grève , pour paour qu'aucune motion de peuple ne se feist; et s'en allèrent au Louvre ; et en ostèrent le duc de Bar et le duc de Bavière à trompettes ; et à aussi grantonneur furent admenés, comme s'ils venissent de faire le plus bel fait com puist faire en ce monde de sarazinesiqé ou d'autre part. Et en venant querre les prisonniers desstisdits , c'est à
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sçavôir, le. duc de Bavière, le duc de Bar, et autres qui estoient au Louvre, ils encontrèrent le duc de Bourgogne qui alloit à Saint-Paul , et de ce ne scavoit riens. Si fut moult esbahi quant on lui dit la chose. Toutes voies il dissimula celle fois, et alla avecques eux au Louvre , regardant faire l'exploit devant dit. Après ce fait ils revindrenf au palais, et crioit-on JVouëll partout où ilspassoient. Audit palais estoit le sire de Boissay, deux de ses enfants et AnthoinedesEssars, qui furent tous deslivrés plainement, qui que le voulsist voir, fust tort ou droit. Et tantost le duc de Guienne , qui ouvroit à voulonté , abandonna les corps et les biens de tous ceux qu'il scavoit bien qui avoient causé de les emprisonner. Pour lors estoit concierge du palais maistre Jehan de Troie ^ devant nommé, et là demeuroit; mais après l'abandonnement, en moins d'heures que on ne seroit allé de Saint-Nicolas à Saint-Laurens, l'hostel dudit de Troye fut tout pdlé et desnué de tous biens , ses serviteurs prins , menés en diverses prisons. Le bonhomme soi arma le mieux qu'il pot, et tous les autres par tel parti, c'est à sçavoir, les Gouais, les enfants dudit de Troye, les enfants Saint- Yon et Caboche, et plusieurs autres, qui la bonne ville s'estoient avancés degarderà leurpovoir; mais forliune leur fut si perverse à celle heure, que se ils eussent esté trouvés, fust du gentil ou du commun, ils eussent esté tous despéciés; et si ne sçavoit-ou pourquoi, fors qu'on disoit qu'ils estoient trop convoiteux. Or voit-ou
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comme peu de fiance partout; carie jour de devant ils eussent peu, s'ils eussent voulu, faire assembler la ville de Paris en une place. Ainsi leur advint par fureur de prince , par murmure de peuple , et furent tous leurs biens mis en la main du roj. Ainsi fust. Advint après, que le duc de Guienne et les autreS vindrent à Saint-Paul ; et changèrent , ce propre jour de vendredy , le prévost de Paris , qui estoitallé en Picardie pour le roy, et estoit nommé le Bwgne de la Heuse, et la baillèrent à ung des serviteurs au duc d'Orléans mort, qui estoit Breton, et estoit nommé Tanneguy du GhasteL Ils changèrent deux des eschevins et misrent deux autres, c'est à scavoir Perrin Oger, changeur, Guillaume Ciraflfe, charpentier, qui avoient renommée d'estre de la bande. Ils laissèrent Andry de Spire pré* vost des marchands, pour sa très bonne renommée.
Item^ ils firent les deux ducs devant dits, de Bavière et de Bar, cappitaines , l'ung de Saint-Anthoine , et l'autre du Louvre ; et autres de Saint^ Gloud, du pont de Gharenton, firent cappitaines tous haineux du commun.
Item, le sabmedy ensuivant, fist chercher autour de Paris pour trouver aucuns des gouverneurs devantdits ; mais nul n'en trouva, et ce jour fut terminé qu'on meist des lanternes par nuit.
Item y le dimanche ensuivant , sixiesme jour d'aoust mil quatre cent treize, fut criée la paix par les carrefours de Paris > et que nul ne se meslast de choses que les seigneurs feissent , et que nul ne
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£eist ârmé) se non par le commandement des qnarfeniers et cinquanteniers ou diseniers.
Item^ le mercredy ensuivant, fut fait sire Henrj de Marie chancelier de France, et fut desposé maistre Huistase de Lestre, qui Tavoit esté environ deux mois; et Tavoit esté fait par les bouchers devant dits; et avoient desposé messire Ernault de Corbie, qui bien avoit maintenu Tofiice plus de trente ans; et fut cappitaine de Paris le duc de Berry le vendredj ensuivant ; et ce jour revînt le prévost, c'est à scavoir le Borgne de la Heuse, et fut remis en sa prévosté, et l'autre, voulsist ou non, depposé. Et ainsi ouvroit fiHtune à la voilée en ce royaume, qu'il n'y*avoit ni gentil ne autre qui sceust quel estât estoit le meilleur. Les grands s'entrehayoient, les moyens estoient grevés par subsides, les très pouvres ne trouvoient où gaignier.
Item^ le seiziesme jour d'aoust, oudit an, furent murées la Porte Saint-Martin et celle du Temple ; eifist si chaut, que les raisins d'entour Paris estoient prescpje bons à vendanger en icelui temps.
Item y le vingt-troisiesme jour d'aoust , fut despendu le devant dit pré vost et Jacques de la Rivière, et furent mis en terre berioiste par nuict ; et n'y avoit cpie deux torches; car on le fist trèscelérément pour le commun , et furent mis aux Mathurins.
Iterriy la troisiesme sepmaine d'aoust ou environ, furent commencés huguez (chaperon) pour ceux qui gouvernoient, où il avoit foison feuilles d'argent;
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et en escripi d'argent le droit chemin , et e^toîent de drap violet. £t avant que la fin d'aoust Tnst, tant en avoit à Paris que sans nombre , et espécialement ceux de la bande , qui estoietit revenus à cent et à milliers, la portoient. Et lors commencèrent à gouverner et misrent en tel estât tous ceux qui s'estoient meslés du gouvernement du roy et de la bonne ville de Paris, et qui y avoient mis tout le leur, que les ungss'enfuioient en Flandres, autres en Tempire, ou outre mer, ne leur chaloit-on; mais se tenoient moult heureux , quant ils pouvoiént eschapper comme truans (mandiants) , ou comme paiges, ou comme porteurs d'adventure, ou en autre manière, quelle que ce fust ; et nul si hardi d'oser parler contre eux. '
Item y celledite sepmaine , s'en alla le duc de Bourgongne hors de Paris , et feit le mariage de une de ses filles , comme on disoit ; mais de ce rien n'estoit.
Item y le venderdi quinziesme jour de septembre mil quatre cent treize, fust osté le corps du faux traistre Colinet de Pisieux du gibet , et seS quatre membres des portes^ qui devant avoit vendulepont de Saint-Cloud; et néantmoins il estoit mieux digne d'estre ars ou baillé aux chiens , que d'estre mis en terre benoiste , sauf la chrétieuneté ; mais ainsi faisoient à leur volonté les faux bandés.
Item y le jour de Saint-Mathieu ensuivant, fust deffermée la porte Sainct- iVIartio , qui avoit esté murée par commandement des bandés , et par eux
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fust faite démurer, cpji ainisi gouvernoient tout, ne nul n*en osoit parler : et environ dix ou douze jours devant , fust déposé leprévostdes marchands ; c'est assavoir, Andrietd*Espernon, et y fust remis Pierre Gensien , qui moult avoit esté contraire du menu commun , et s'en estoit foui pour ses faits avec les bandés, qtili le remirent en son oflfice, fust tort ou droit.
Item y le vingt-cinquiesme jour de septembre mil quatre cent treize, dénmtretit le Borgne de la Heuse de la prévosté de Paris , et firent prévost de Paris ung de leur bande nommé Andri Marchant. En conclusion , il ne demoura oncques nul officier du roy que le duc de Bourgongneeust ordonné , qui ne fust osté ne déposé, sans leur faire aucun bien; et faisoient crier la paix aux samedis es halles ; et tout le platpaysestoit plain de gens d'armes, de par eux; et firent tant par placebo , qu'ils olrent tous les grigneurs (plus grands) bourgeois de la ville de Paris de leur bande, qui par semblant avant, avaient amé moult le due de Bourgongne, pour le temps qu'il estoit à Paris; mais ils se tournèrent tellement contre lui, qu'ils eussent mis corps et chevance pour ledestruire lui et les siens; ne personne, tant fust grand, n'osoit de lui parler que on le sceust, qu'il ne fust tantost prins et mis en diverses prinsons, ou mis à grand finance ou banni. Et mesme les petits enfants qui chantoient aucunes fois une chanson qu'on avoit faite de lui, où on disoit : Ducde Bourgongne y Dieu te remaint en joie! estoient foiillés en la boue, et
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navrés villainement desdits bandés , ne nul n'osoit les regarder, ne parler ensemble en-miles rues, tant les doubtoit-on pour leur cruauté, et à chacun disoit : faux traistre ! chien bourgoignon ! je regni Dieu se vous Ae serez pilliésî» Et en ce temps estoit toujours le roy mallade et enfermé ; et ils tenoient son aisné fils , qui estoit duc de Guienne , et avoit épousé, la fille du duc de Bourgongne , dedans le Louvre , de si près, cpie homme nepovoit parleràlui ne nuict ne jour que eux ; dont le povre commun de Paris avoit moult de détresse au cueur, qu'ils n*avoient aucun chef qui pour eux parlast ; mais autre n*en povoient faire. Ainsi gouvernèrênt lesdits bandés tout octembre , novembre , décembre , janvier » mil quatre cent treize.
Item y à l'entrée de février oudit an , vint le duc de Bourgongne à Sainct-Denys ; et fust le neufviesme jour dudit mois ; et le samedi ensuivant il cuidoit entrer à Paris pour parler au roy ; mais on lui ferma les portes ; et furent murées, comme autf esfois avoient esté ; avecq ce très grand foison de gens d'armes les gardoient jour et nuict , et nulle de deçà les ponts n'estoit ou verte que celle de Sainct- Ânthoine , et delà celle de Sainct-Jacques ; et estoit garde de la porte de Sainct-Denys le sire de Gaule, et de celle de Sainct-Martin Loys Bourdon , qui donna tant de peines à Estampes; et le ducdeBerry gardoit le Temple; Orléaiis Sainct-Martin -des