DD» BOURGEOIS DE PARIS
Item y celle année , le jour des grands Pasqués , négea toute jour, aussi fort qu'on vil oneques faire à Noël; et si n'eust-on fine en Grève de bûche, qui eust donné ung franc d'un quarteron.
Item y le quatorze avril ïnil quatre cent dixhuict, fut faitte la solempnité du pape Martin par les églises à l^aris et environ, très simplement.
Item y le vingt-quatriesmé jour d'avril, oudit an, revint le roy et son ost de devant Senlis , où il avoit esté depuis le mois de janvier, et ne la pot oneques prendre ; et si lui cousta que en canons que en autre artillerie, avec autres despences, plus de deux cent raille francs; et si furent souvent ses gens tués, rançonnés de ceux de la cité, et ses tentes arses, et prinse son artillerie ; et au dernier s'en parti le roy et le connestable à très petit honneur; dont les gens d'armes qui avec le connestable estoient, furent si enragés de ce qu'ils orent failly à leur intencion de piller Senlis, qu'ils se tindrent si près de Paris de touttes parts, que homme n'osoit aller plus loing de Paris que Sainct- Laurent tout au plus , qu'il ne fust desrobé ou tu^. Et vrai fut que l'année de may, les gens de l'ôstel du roy allèrent, comme accoustumé eàt, au bois de Boulogne, pour apporter du mai pour Fostel du roy; les gens d'armes de Montmartre à la Villel'évesque à l'entrée de Paris, vindrent sur eux à force, et les navrèrent de plusieurs playes , et puis les desrobèrent de tout ce qu'ils porent; et fut bien en ceux desdits serviteurs du roy qui se pot sauver
WOUSTRELET. T, XV. — ■ JOVRH. o'uN BOURG. Di PaRIS. 1 5
22G JOUR M Ali (1418)
OU gippon oiî en chemise tout à pié. En celui temps alloient Temmes d'onneur bien accompaigniées , veoir leurs héritages près de Paris, à demi-lieue , cjui furent eflPorciées , et leur compaignie Ijattue , navrée et desrobée.
Item, vrai fut que les aucuns desdits gens d'armes furent plains de si grant cruauté et tyrannie , qu'ils rostirent hommes et enfants au feu quant ils ne povoient payer leur rançon ; et quant on s'en plaignoit au connestable ou au prévost, leur responseestoit : «S'ils n'y fussent pas allées, et ce fussent » les Bourguignons, vous n'e n parlissiez pas. » Ainsi commença tout à enchérir à Paris : car deux œufs coustoient quatre deniers parisis; ung petit fromaige blanc , sept ou huict blancs ; la livre de beurre , onze ou douze blancs; ung petit hareng soret de Flandres, trois ou quatre deniers parisis; et ne venoit quelque chose de dehors à Paris, pour les gens d'armes dessusdits. Ainsi estoit Paris gouverné faulcement; et tant hay oient ceux qui gouvernoient, ceux qui n'estoient de leur bande, qu'ils proposèrent que par touttes les rues de Paris ils les prendroient et tueroiept sans mercy, et les femmes ib noyeroient ; et avoient prinses par leur force les toilles de Paris aux marchands et autres sans payer, disant que c'estoit pour faire des tantes et des pavillons pour le rôy, et c'estoit pour faire les sacs pour noyer lesdites femmes; et encore plus, ils proposèrent que avant les Bourguignons venissent à Paris, ne que la paix se feist, ils vendroient
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Paris au roy. d'Angleterre ; et tous ceuit qui pas ne dévoient moiirir, dévoient avoir un eseu noir à une croix rotige ; et en firent faire plus de seize mille , qui depuis furent trouvées en leurs maisons. Mais Dieu qui scet les choses abscondées, regarda en pitié son peuple, et esveilla fortune, qui en soursault se leva comme chose estourdie, et mit les pans à sa ceinture, et donna hardementà aucuns de Paris de faire assavoir aux Bourguignons que ils tout hardiement venissent le dimenche ensuivant^ qui estoit vingt-neuviesme jour de mai , à heure de minuit, et ils les mettraient dedans Paris par la porte Saincl-Germain , et que pôiiit n'y eust de faute; et que pas ne leur faudroit pour mourir, el que point ne doubtassent fortune; car bien sceussent que toute la plus grant partie du peuple estoit des leurs. En icelle sepmaine s'esmeurent les Bourguignons de Poutoise, et vindrent au jour dit et à l'heure en Grànelles; et là comptèrent leurs gens , et ne se trouvèrent que environ six ou sept cents chevaux, quant fortune leur dit que avec eux feroit la journée. Adonc prindrent cuer et hardement , et vindrent à la porte Saiûct-Germain entre une heure et deux devant le jour , et en estoit chef le seigneur de l'Isle- Adam, et le Beau sire de Bar, et entrèrent dedans Paris , vingt- neuviesme jour de may, criant : Nostre-D(ime la Paix ! Vwe le Roy et le Dauphin eila Paix! Et tantost fortune, qui avoit nourri lesdites bandes, vit que nul gré ne lui savoient de son
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bien^ vint aveoques lesdits Bourguignons à toutes manières, et du commun de Paris , et leur fist rompre leurs portes et effendre leurs trésors , et piller; et tourna sa roë si despitement en soi vengèant de leurs ingratitudes , pource que de paix n*avoient cure grant. Tout joyeux estoit qui se povpit mucèr en cave , ou en celier, ou en quelque destour • Et quant le prévost de Paris, nommé Tanneguy du Ghastel , vit fortune ainsi contre lui , et que les Bourguignons laschoient à emprisonner les autres en plusieurs prisons diver^s, et le commun àpiller, vint à Sainct-Paul , prinst le dauphin ainsné fils du roy, et s'enfouy atout, droit à Melun , qui moult troubla la ville , de Paris, Et plusieurs autres des plus gros de la bande, comme maistre Robert le Maçon, chancelier du dauphin, Févesque de Glermont, le grant président de Provencé, Tung des mauvais chrétiens du monde, et plusieurs autres de leur bande , se boutèrent dedans le chasteau de la porte Sainct-Anthoine, et par ce furent sauvés, et par le dauphin qu'ils avoient ; et firent moult assaut à ceux qui là passoient de trait, dont foison avoient- Le dimenche au soir, le lundy, le mardy ensuivant convint faire grant guet et feus parmi Paris pour paour d'eux ; et en icelui temps se fournirent de gens d'armes dei fuyants de leur bandé; et le mercredy ensuivant , environ huict heures du matin , yssirent du chastel , et allèrent ouvrir la portjC par dedans la ville, qui que le voulsist veoir; et avecques eux entra grant foison de gens d'armes;
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et entrèrent en la grant rue Sainct- Anthoine , criant : j4 mort ! à mort ! faille guignée ! F^ive le Roy et le Dauphin et le roj Angleterre! Tuez tout! tuez tout !
Item y est vrai que dinianche vingt-^euviesme j our de mai, à l'entrée des Bourguignons, avant qu'il fust nonne de jour , on eust trouvé à Paris gens dé tous estats, comme moines , ordres mandiants, femmes, hommes , portants la croix Sainct-Andry ou de Troye, ou d'autre matière, plus de deux cents mille, sans les enfants. Lors fust Paris moult esmeu, et se arma le peuple moult plustost que les gens d'armes ; et avant que les gens d'armes fussent venus, estoient tant approchés lesdits bandés par force , qu*ils estoient à l'endroit de Tyron. Adoncq vint le noov^au prévost de Paris à force de gens , et à l'aide de la commune , les xepoussa, abattant et tuant à grant tas jusques dehors la porte Sainct- Anthoine ; et tantost le peuple , moult eschauffé contre lesdits bandés, vindrent par toutes les hostelleries de Paris quérant les gens de ladite bande ; et quant ils èn porent trouver, de quelque estât qu'il fust , prisonnier ou non , aux gens d'armes estoient amenés en mi la rue, et tantost tués sans pitié de grosses haches et d'autres armes ; et n'estoit homme nul à celui jour qui ne portast quelque armeure dont ils féroit lesdits bandés en passant par emprès , depuis qu'ils estoient tous morts étendus ; et femmes , et enfants , et gens sans puissance,, qni ne leur poyoient pis faire, les maudissoient en
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passant par emprè$, disant : Chiens traistres^ v(ms estes mieux que à vous appartient : encore enj eut que pleust a Dieu que tous f eussent en tel estât ! Et si n'eussiez trouvé à Paris rue de nom, où n*eust aucune occision , et en mains qu'on n'y iroit cent pas de terre , depuis que morts estoient , ne leur demeuroit que leurs brayes; et estoient en tas comme porcs au milieu de la boe, qui mouk grant pitié estoit ; car pou fu celle sepmaine jour qu'il ne pleust moult fort ; et furent celle journée , dimanche vingt*neuf mai, à Paris, morts à l'espée^ ou d'autres armes en mi les rues, sans aucuns qui furent tués ès maisons, cinq cents ving-t-deux hompaes; et plut tant fort celle nuit, que ancques ne sentirent nulle malle odeur ; mais furent lavées par force de la pluie leurs plaies, que au matin n'y avoit que sang, ne ordures sur leurs plaies.
Item y en ces jours devant dits, prepoit-on les Ârminas partout Paris, et hors Paris. Entre lesquels furent prins plusieurs grands de renom et très mauvais couraige, comme Bernard d'Arminac, conqestaUe de France, aussi cruel homme quifust oncques, Henry de Marie, chancelier de France, Jehan Gaude, maistre de l'artillerie, le pire de tous. Quant les pouvres ouvriers lui demandoient leur salaire de leur besoingne, illeur dispit : « Avez- » y pus point d(ô petit blanc pour achetter ung cheves- » tre (Ucou) pour vous aller pendre? Senglante ca- » naille, c'est pour vous preu (assez).» Et n'en avoieni <autrp chose. Sj par ainsi espargna si grant trésor?
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pins que le roy n'avoit ; maistre Robert de Tuillières, maistre Oudart Baillet , l'abbé de Sainct-Denys en France, très (aux papelart,Remonet de la Guerre, capitaine desplus forts larrons qu'on pusttrouveren place; car ils faisoient pis que Sarrazins; maistre Pierre de l'Esclat , maistre Pierre le Gajant , personne siàmatique, hérite (hérétique) contre la foi, et avoit esté presché en Grève , digne d'ardoir.
Item y il alla après ce à cour de Rome ; et quant il revint , il fnst plus maistre en Chastêlet, et les lettres dont il se mesloit , on avbit avant pour huit sols parisis , il en falloit bailler vingt-quatre solsparisis, et si falloit payer par sa main.
Item^ Tévesque de Clermont, qui estoit tout le pire contre la paix , et plusieurs autres , et tant en avoit au Palais et au Chastêlet petit et grant , à Sainct-Martin , à Sainct-Anthoine , à Tyron, au Temple , qu'on ne les sçavoit où mettre.
Item y cependant estoient toujours les Arminas à la porte Sainct-Anthoine ; pourquoi on faisoit toutes les nuits très grants feus , et n'estoit nuit , qu'on ne criast allarme ; et faisoit-on cris à trompes à minuit, après minuit, devant minuit; et néantmoins tout ce plaisoit au peuple , pour ce que de bon cuer le faisoient.
Item y le peuple s'avisa de faire en la paroisse Saint-Huistasse la confrairie Saint-Andry , et la firent ung jeudi neulViesme jour de juing : qui s'y mettoit, avoit ung chapperon de roses vermeilles ; et tant-s'y mist de gens de Paris, que les maistres
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de la confrairie disoientet aflfermoient qa'ils avoient fait faire plus de soixante douzaines de chappeaux; mais avant qu'il fust doze heures, les chappeaux furent faillis , mais le moustier de Saint-Huistasse estoit tout plain de monde; mais pou j avoit homme^ prestre ne autre , qui n*eust en sa teste chappeau de roses vermeilles , et sentant tant bon au môustier , comme s'il fust lavé d'eau de rose.
Item^ en celle sepmaine, demandèrent ceux de Rouen à ceux de Paris aide , et on leur envoya trois cents lances et trois cents hommes de trait, pour obvier aux Anglois.
Item y le dimanche ensuivant , douziesme jour de juing^ environ onze heures de nuit, on cria allarme, comnie on faisoit souvent alarme à la porte Saint-Germain , les autres crioient à la porte de Bardelles i lors s'esmeut le peuple vers la place Maubert et environ , puis après ceux de deçà les ponts, comme des halles et de Grève et de tout Paris ; et coururent vers les portes dessusdites ; mais nulle part ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la déesse de Discorde, qui estoit en la tour de Mauconseil^ et esveilla Ire la forcenée, et Convoitise, et Enragerie et Vengeance, etprindrent armes de toutes manières, etbouttèrent hors d'à vecq eux Raison, Justice,Mémpire de Dieuet Atrempence (modération) moult honteusement. Et quant Ire et Convoitise virent le commun de leur accort> si les eschauffa plus et plus , et vindrent au palais du roy. Lors Ire la desvée (folle) leur jetta sa semence tout
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ardant sur leurs testes. Lors furent eschau£Pés outre m^esure, et rompirent portes et barres, et entrèrent ès prisons dudit palais à minuit , heure moult esbahissa lit àhomme surprids ; et Convoitise, qui estoit leur capitaine, et portoitla bannière devaut quiavéc lui mesnoit Trahison et Vengeance, qui commencèrent à crier hautement : Tuez^tuez ces chiens traistres ArTYunas. Je reni bue (Dieu)^ se ja pié en eschappe en celle nuiu Lors Force nerie la desvée , et Murtre et Occision abatirent, tuèrent, murtrirent tout ce qu'ils trouvèrent èsprinsons, sans merci, fustde tort ou de droit , sans cause ou à cause et Convoitise ayoit les pans à sa saincture, avec Rapine sa fille, et son fils Larrecin, qui tost après qu'ils estoient morts ou avant , 4eur ostoient tout ce qu'ils avoient ; et ne voulut pas Convoitise qu'on leur laissast leurs brayes , pour tant qu'ils vaulsisseht quatre deniers, qui estoit ung des plus grands cruautés et inhumanités chrestiennes à autre de quoi on peust parler. Quant Murtre et Occision avoient fait ce, revenoit tout le jour Convoitise, Ire, Vengeance, qui dedans les corps humains qui morts estoient , bouttoient tôutes manières d'armes , et en tous lieux; et tant que avant que prime fust de jour , orent de cops de taille et d'estoc ou visaige, tant que on n'y povoit homme congnoistre quel qu'il fust; et ne fust le connestable et le chancelier qui furent cogneus ou lict où tués estoient. Après , allèrent cedit peuple par renortement(avis)de leurs déesses qui les mesnoient, c'est assavoir , Irç, Convoitise et Vengeance, par
toutes les priosons publiques de Paris , c'est assa^ voir à Saint-Eloy^ au petit Chastelet, au grant Ghastelet , au Four4'Evesque , à Saiqt-Magloire , à Saint-Martin des-Ghamps^ au Temple ; et partout firent; comme devant est dit du palais , etn'estoit homme nul qui en celle nuit ou jour , eust osé parler de raison ou de justice , ne demander où elle estoit enfermée ; car Ire les avoit mise en si profonde fosse , qu'on ne les pot oncques trouver toute celle nuit, ne la journée ensuivant. Si en parla le prévost de Paris au peuple , et le seigneur de l'Isle-» Adam, en leur admonestant pitié, justice et raison; mais Ire et Forcennerie respondit par la bouche du peuple : « Malgré bien, sire, de vostre justice, de » vostre pitié et de vostre raison : maudit soit de Dieu » qui aura jà pitié de ces faux traistres Arminas An- » gloisjneque de chiens! car par eux est le royaume » de France destruit et gasté, et si l'avoient vendu » aux Anglois/»
Item, est vrai que devant chascunedesdittesprinsons, avant qu'il fust dix heures du jour, estoient tous entassés^ comme se ce feussent chiens ou moutons;et n'en avoit nul pitié disant :« Aussi ont-ils fait » sacs pour nous noyer et nos femmes et nos enflTentS) » et ont fait faire estandarts pour le roy d'Angle- » terre, et pour ses chevaliers, pour mettre sur les » portes de Paris , quant ils l'auront livré aux En- » gloys.
» Item ^ ils ont fait escussons à une rouge croix )> plus de trente milliers, dont ilsavoient proposé de
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V signer les hnjsde ceuxqui dévoient estre tués ou » non. Si ne nous en parlez plus de par le Diable , » que pour vous n'en laisserons riens à faire, par lé » sang bien! »Quant le prevost vit qu'ilsestoientainsi eschauffés de la faulce ire qui les menoit , si n'osa plus parler de raisop , de pitié^ ne de justice , et leur dit : a Mes amis , faites ce qu'il vous plaira. » Ainsi s'en allèrent es prison^s dessusdittes, et quant ils trou voient trop fortes prinsons, où ils nepovoiént entrer, si boutoient dedans force de feu , et ceux qui dedans estoient , n'avoient riens de quoi leur aider , si estaingnoient et ardoient là dedans à martyre; et ne laissèrent en prinson de Paris, sinon au Louvre , pour ce que le roy y éstoit , quelque prisonnier qu'ils ne tuassent par feu ou par glayve; et tant tuèrent de gens à Paris, que hommes que femmes, depuis celle heure de mynuit, jusqu'au landemain douze heures, qui furent nombrés mille cinq cent dii-huit ; et furegt le connestable , le chancelier, ung capitaine nommé Remonet de la Guerre, maistre Pierre de l'Esclat , maistre Pierre Gaiant , maistre Guillaume Paris , l'évesque de Constances, fils du chancelier de France en la court de darrière devers la coulture; et furent deux jours entiers au pié dû degré du palais sur la pierre de marbre , et puis furent enterrés ce sept à Sainct- Martin en ladite court de darrière la coulture, et tous les autre^^^ Trinité; entre lesquels morts furent trouvés tues quatre évesques du faux et dampnable conseil, et deux des président^ de parlement^
Iteniy celle sepmaiae fut déposé de la prévosté des marchands Guillaume Cyrasse, et y fut mis sire Noël Marchaat.
Item^ en icellui temps^ on attendoit monsieur de Bourgongne de jour en jour , et si n'estoit homme qui peust sçavoir au vrai où il estoit; dont le peuple fut plus félon , et n'osoit le prévost de Paris faire justice.
Iterriy celle sepmaine fut fait procureur du roj ung nommé Vincent Lormoy.
Item, le vingtiesme jour de juing fut fait justice d'ung nommé Boutart, qui estoit sergent à cheval, demeurant en la grant rue Sainct-Denis , Tung des plus mauvais de tous ceux de la bande; et pour ce que si maulvais estoit contre le duc de Bourgongne , et que moult bel parleur estoit , et grant façon d'homme ; il recogneut à la fin que quant il vouloit, il estoit à Testroit conseil des bandés , et avoit eu commission ^ par le prévost et les autres, environ devant huit ou neuf jours que les Bourguignons arrivassent à Paris, de faire tuer tout le quartier des halles; c'est assavoir hommes, femmes et enflFents, lesquels qu'il euSt voulu, et leurs biens confisqués à lui et à ceux qui lui eussent aidé à faire ladite occision. La sepmaine que lesdits Bourguignons entrèrent à Paris, devoit ce eslre fait ; et recongneut que ung nommé Sjmonnet Taranne avoit ung autre qim»tjf r , pour faire semblablement ; et autres [de leur maldit conseil dévoient ainsi faire par tout Paris. Mais Dieu qui scet les choses abscondites, qui mua le conseil d'Olofernea
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par main de femme , les fisl cheoir dans la fosse qu'ils avoient faite, comme devant est dit.
Item , le samedi ensuivant , fut décapité Guillaume d'Ausserre, drappîer, esleu de Saint -Eloy , âgé de plus de soixante-six ans, qui avoit de moult belles filles à Paris, toutes femmes d'estat, lesquelles il vilena moult; car il congnut tant detraysons contre le roy et son royaume, que lui et ceux de ladite bande avoient machinées, et fait alliance aux Englois , que fort seroit à croire ; et accusa autres , desquels fut décapité un sergent d'armes nommé Monmelian, lequel avoit fait par son pourchas décapiter le sieur de Lours, de la porte Baudet, et lequel seigneur de Lours environ six sepmaines après que les Bourguignons furent entrés à Paris, fut despendu, lui et plusieurs autres du gibet , et furent mis en terre saincte , et fut fait leur service honnestement.
Item y ou mois de juing fut la porte Sainct-Antoine murée, et n'avoità Paris que deux portes ouvertes; c'est assavoir la porte Saint-Denis et celle de Saint-Germain.
Item y celle année neifut nouvelle du Landit. Ce ne fût qu'à la fin qu'on vendit un pou de soulier de Breban en trois estaulx en la grant rue Saint-Denis^ emprès les Filles-Dieu.
Itemy la vigille Saint-Jehan furent remises les chaisnes de fer au bout des rues de Paris; et cuidat-on tout trouver ; mais il s'en falloit trois cents que les bandés en leur vivant avoient degasté en
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leur profit, on ne scet en quel lieu, et les refist-^n moult hastivement.
Item y Le dimenche troisiesme jour de juillet , fut fait une des plus belles processions cjue on eust veu oneques. Toutes les églises de Paris s'assemblèrent à Nostre-Danie de Paris ^ et delà vindrent à grant luminaire et sanctuaires à Saint-Jehan-en- Grève , et là moult bien dévotement prindrent le corps Nostre-Seigneur qtie les faux Juifs* bouillirent, et l'apportèrent moult reverentemenf, faisant grans louanges à Dieu, à saint Martin-des-Champs; et alloient les gens de l'université deux à deux , c'est assavoir, emprès chacun maistre alloit un bourgeois au-dessous de lui , et tou$ les autres semblablement.
Item y le vendredi ensuivant, vindrent les Arminaz de Meaux jusques devant Paris, et boutèrent le feu à la Villette, à la Chapelle et ailleurs ès granges pleines de bleds nouveaux. Si cria-t-on alarme à Paris ^ si s'enfouirent ; et en eux en allant , allèrent couper les cordes des Arminaz qui pendus estoient au petit gibet de Paris , et en eux en allant prindrent graiK proye de bestial et prinsonniers povres laboureurs en leur Us, et le conamun de Paris s'arma; mais on ne leur volt ouvrir la porte sitost , pour ce que sans chief estoient. Tantost après vint le prévost de Paris, qui issit à grant compaignie, et eux le suivirent moult asprement. Et fut vrai que les Arminaz povoient bien estre à plus de trois lieues loing, ains que ledit pré-
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vost issist , ne le commun qui moult sentit mal comptât.: toutes voyes suivirent -ils tant leurs ennen^ à pié , qu'ils rescourrei^t presque tous les prinson niera, et furent jusques à Lagny -sur-Marne; et là leur fut dit que la grosse bataille potoit jà bien estre à trois grosses lieues loin. Lors s'en ervindrent le mieux qu'ils porent , moult las ^ car moult faisoit graht chaut, et on ne trouvoit rien nulle part que es bonnes villes ; car pour la guerre on y mettoit tout. Quant ils furent vertus à Paris, si furent moult courroucés , et vpuldrent aller tuer les prinsonniers ArminazJuChastelet, se n'eust esté le capitaine de Paris , qui par doulces paroles les appaisa. Et tantost après on fit faire les barrières devant Chastellet ; mais néantmoins comme il mena les gros prinsonniers à très grant eompaignie de gens d'armes, à la porte Saint- An-, thoine, ou autrement, eussent tués du peuple.
Item, vrai est que en icellui temps , Soissons se rendit aux Bourguignons, et prindrent des gros bourgeois de la ville qui estoient Aripinaz , desrquels ils firent justice ; car ils cogneurent à la mort que dedans quatre jours ils avoient en pensée de tuer par nuit ou par jour tous ceux qui estoient de Ja partie au ducdeBourgongne, et femmes etenffens faire noyer en sàcs qu'ils avoient tous propres fait faire à femmes moult volentaires à la faulce traistre bande.
Item y vrai est qu'ils avoient fait faire monnoie de pion très grant foison ^ et en dévoient bailler
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aux dizeniers de la ville de Paris , selon ce qu'ils avoient de gens en leurs dizaines qui estoient delà bande ; et n'en dévoient avoir nuls autres q^ eux ; et dévoient aller parmi les maisons lesdits bandés partout Paris à force de gens armés portant ladite bande , disant par tout : Avez-vous point de telle monnaie ? S'ils disoient : V eés en ci; ils passoient outre sans plus dire;s'ils disoient : Nous n^en avons point y ils dévoient tous estre mis à l'espée , et les femmes et enffensnojés ; et estoit la monnoie telle ou ung pou plus grant que ung blanc de quatre deniers parisis, en la pille un escu à deux lieppars l'ung sur l'autre , et une estoille sur l'escu en la croix, à ung des quemugnés une estoile, à chacun bout de la croix une couronne.
Item , le jeudi quatorziesme jour de juillet vint la royne à Paris; et la admena le duc de Bourgon- ^ gne , et la présenta au roy au Louvre , laquelle a voit esté long-temps comme bannie et hors de France par les bandés , se le duc de Bourgongne ne l'eust secourue y qui toujours en son exil l'onora comme sa dame , et la rendit à son seigneur le roy de France , moult honorablement le jour dessusdit ; et fut à leur venue la porte Sainct-Anthoine demurée; et furent les bourgeois de Paris vestus tous depers; et furent receus avecque telle honneur et joye que oncques dame ou seigneur avoit esté en France; car par tout où ils passoient, op crioit à haute voix Noël ; et pou y avoit gent qui ne plourassent de joye et de pitié.
UHi^l d'un bourgbois de paris. 24t
Item , lâsepmaine ensuivant, avoit à Saint-Denis en France , un capitaine nommé Jehan Bertran, aussi bon homme d'armes, et aussi preudo'mme pour son seigneur , comme nul en sceust en tout le royaume de France , mais n'estoit pas de grantlignaige. Si accroissoit de jour en jour sa renommée pour le bon sens et proesse qu'il avoit. Si en orent les Piquarssi grant envie, qu'ils espièrent le lundi ensuivant que la ro^ne vinst à Paris, entre Paris et Saint-Denis en droit de la CbapeUe de la ville ; et là l'assaillirent en trajson, et le navrèrent delanôeset d'espées. Moult se defffendit longuement , mais riens ne lui vallut ; car il n'estoit que lui cinquiesme. Enfin le despécèrent tout et murtrirent , dont le duc de Bourgongne fut si dolent quand il le sceut , que il commença à 1ermer moylt fort des yeux ; mais autre chose n'en osa faire, pour paour d'esmouvoir le commun, qui fut si esmeu quant ils le sceurent, qu'à très grant peine furent appaisiés.
Item^ en ce temps, les Arminaz faisoient moult souvent grants griefs autour de Paris, et prindrent celle sepmaine mesme Moret en Gastinois, et tuèrent grant partie du peuple sans merci.
Item y le vingtiesme jour dudit mois de juillet , les Anglois prindrent le Pont-de-l'Arche par deux capitaines faillis , l'un nommé Guillaume , et l'autre Robinet de Braquemont et le rendirent par leur mauvaisetié , avant que les tresves feurent saillies ; car ils sçavoient bien que le secours ve-
MONSTRELBT. 7*. XV* — JoURN. d'uN BOURG. DE PaRIS. i6
2^2 ^OURNÀL (i4id)
noit de Paris très grant , pour j estre à la journée.
Item y en iceluy temps , avoit à Paris un che* valier du guet, nommé messire Gaultier Rallart , qni nulles fois n'alloit au guet , quil n'eust devant lui quatre ou cinq ménestriers, jouants de baulx instruments y qu'il moult estoit estrange chose au peuple ; car ils disoient qu'il sembloit qu'il dist aux malfaiteurs : Fuj^ez-mus-en , car Je viens.
Item y toujours faisoient les povres gens le guet et feux, et veiller toute nuit. Et si estoit la bûche si chère que toujours la bûche dé Bondi Coustoit treize ou quatorze sols parisis , celle de Grève la plus pietite estoit à vingt sols parisis, le molle (stère) à dix sols parisis , le sac de charbon treize ou quatorze sols parisis j et nul temps on n'avoit que deux ou trois œufs pour ung blanc. Là livre de beurre, âu meilleur marché, six blancs, très petit vin pour six deniers parisis à la pinte.
Item^ le dimanche vingt- uniesme jour d'aoust, fust fait en Paris une grant esmeutte , terrible et orrible et merveilleuse ; car, pour la cause que tout estoit si cher à Pâtis, et qu'on ne^agnoit rien, potir leé Arminaz c|ui estoient autour de Paris, s'esmeut le peuple celui jour; et tuèrent et abbàttirent ceux qui porettt sçavoir qui éstoient de ladite bande, et comme c(esvés(fous), s'en vinrent eri Ohàstellet , et rassaillirent de droit assaut ; et cils qui dedans estoient, qui ;bien scavoîent la mâle vôuiéûté du commun espécial aux Atminaz, eux déffendirerit inôiïlt éflRbrcènïenf , et jettoient
(i4tS) D^UN fiOUIlGÊOTS DB PABIS.
tuilles et pierres, et ce qu'ils povoîent, poûr ^.uidér eslonger leurs vies; mais ce ne leur vallut rièû; car le Chastelet fusl esùhellé de toutes parts , et descoul^ert et prins par force ^ et touts ceutde dèdens mis à Fespée ; et la pltis grant pat^tie fîSt-6à saillir sur les carreaux, où la grant compagnié estoil du peuple qui les occioient saus mercM de plus de ceut plaiés mortelles ; car trop souffrôit le peupie de griefs par eui ; Câr rie'ns ne povoit venir à Paris , qu'il ne fust rançonné deux foi^ plusqa'ilne valloit, et toutes ntiils guet de ffeux et de lantetues en mi les rues aux pointes , faire gens d'armes et riens gagnier^ et tout chier plus quë raison par les faux handés , qui tënoient maintés bonnes villes d'entour Paris , comntfe Sens , Moi^ët, Melon, Meaux en Brie, Crecy, Compiègne, Montle-Héry,- et plusieurs^ autres forteresses et chài^teaux , où ils faisoient tous^ les maux qu'on péust faire ne penser. Car par eux fust plus inattyre dè gens que ne feirent lesanchiens ennemis de chrestienté , comme Djoclecien et Maximién , et aot^éi qui feiitent à Rome martyrs pltfêieùfi^ sàincts ét sainctes ; mais leur tyrannie n'estôit poînet âccomparagée auxdits bandés, comme Dieu sCeï, Par quoi ledit peuple estoit airisî esnieu contré eux , comme devant est dit.
Item, dudit Chastelet, quant ils orent mis à l'espée touts ceux qu'ils porent trouver', s'en allë^ rent au petit Chastelet, où ils orent moult fort dssaut ; mais ce xm leur vailhil rièri , caY» touts^ fetf-
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rent tués comme ceux du graut Ghastelet. De là s'esmeurent pour venir au chasteau Saine t- An thoine. Lors vint le duc de Bourgoûgne à eux qui les cuida appaisier par ses douces paroles, mais riens n'y vallut, çar ils s'en vindrent comme gens desvés droit au chasteau ; et l'assaillirent à force , et percèrent portes, et tout à pierres qu'ils jetloient encontre; et nul si hardi d'en haut qui s'osast monstrer ; car ils leur envoyoient s^ijettes et canons si très dru que merveille. Grant pitié en avoit le duc de Bourgongne , qui là affoui à grant haste , accompaigné de plusieurs grants seigneurs et gens d'armes, pour leur cuider faire cesser l'assaut pour la compaignie qu'il admenoit ; mais oncques , pour puissance qu'il eust , ne lui , ne sa compaignie ne les porent appaisier , s'il ne leur monstroit touts les prinsonniers qui là estoient , et s'ils n'estoient admenés ou Ghastelet de Paris, que ils disoient que ceux que on mettoit oudit Ghasteau, estoient toujours deslivrés par argent, et les bouttoit-on hors par les champs, et faisoient après plus de maux que devant , et que pour ce les vèuloient avoir. Et quant le duc de Boiargonghe vit la chance ains^i , que bien véoit qu'ils disoient vérité ; si leur deslivra , par ainsi que nul mal ne leur feroient ; et ainsi fust accordé d'une part et d'autre, et feurent admenés par les gens du duc de Bourgongne, et estoient, que ung que autre, environ vingt. Quant ils vindrent près du Ghastelet, si feurent moult esbahis; car ils trouvèrent si
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fjfrant nombre de peuple, que oneques, pour puissance qu'ils eussent, ne les porent sauver qu'ils ne feus^nt touts martirés de plus de cent plaies; et là feurent tués cinq chevaliers, touts grants seigneurs, comme Enguerran de Malconquat, et son fils, premier chambellan du voy nostre sire, monsieur Ethor de Chartres, et plusieurs autres. Chariot Poupart, argentier du roy , le viel Tavanne, et ung de ses fils, dont le duc de Bourgongne luvSt > moult troublé , mais autre chose n'en osa faire.
Item, après l'occision» droit en l'hostel de Bourbon s'en allèrent , et meirent à mort aucuns prisonniers ; ils y trouvèrent en une chambre une queue plaine de chausses-trappes , et une grant bannière comme estandart, où il y avoit un dragon figuré , qui , par la gueule , jettoit feu et sang. Si feurent plus meus en ire que devant, et la portèrent tout parmi Paris, les espées toutes nues, criant sans raison : « Vées-ci la bannière que le roy » d'Angleterre avoit envoyée aux faux Arminaz, en » signifiance de la mort dont ils nous dévoient faire » mourir. » Et ainsi criant, quand ils orent partout monstré , la portèrent au duc de Bourgongne , et quand il l'eust veue, sans plus dire, fust mise à terre , et marchèrent dessus ; et en print chascun qui en pot autre sa pièce, et meirent les pièces au bout de leurs espées et de leurs haches.
Item y toute celle nuit ne dormirent , ne ne cessèrent de quérir et de demander partout se on
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sçavoit nuls Arminaz. Aucuns en trouvèreut qui feurent tués et njis à mort sur lés carreaux touts nuds.
Item^ le lundi ensuivant^ vingt-deuxiesme jour d'^ousty feurent accusées aucunes femmes, lesquelles feurent tuées et mises sur les carreaux sans robe que de leur chemise ; et ad ce faire estoit plus enclin le boureau que nuls des autres ; entre lesquelles femmes il tua une femme grosse , qui en ce cas n'avoit aucune coulpe , dont il advint un poil de jours après qu'il en fust prins, et mis en Chastelet, lui troisieçme de ses complic<8S j et au bout (Je trois jours ^iprés eurent les testes couppées; et ordonna le boureau la manière au nouveau boureau, cpmment il devoit copper teste , et fust deslié , et ordonna le tronchet pour son col et pour sa face , et osta du bois au bout de la dolaire et à son coustel, tout îMinsi comme s'il voloit faire ladite office à un ^utre , dont tout le monde ^stoit esbahi. Après ce, cria merchi à Dieu, et fust descoUé par sgn varlet.
Item^ en iceluy temps, vers la fia du mois d'^oust , faisoit si grant ehalour de jour et de nuit, que hoiicxpie ne femme ne povoit dormir par nuit , et javec c^î estoit très gr^int mortalité de boce et d'épidimie , et tout sjar jeunes gens et epffens.
ÏVem^celluian, demourpient les blés et les ad-^ voines aux champs à sayer tout autour de Paris , que nul n'y osoit aller pour les Arpiinaz, qui tuoipnt tQuts cjeux qu'ils poYQient prendre, qui
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estoieijt de Paris. Pourquoi la commune de Paris s'esmeut et allèrent devant Mont-le-Héri , et y feurent environ dix ou douze jours , et feirent le . mieux qu'ils porent ; et eussent gaigné le chastel et les traistres de dedenç, sj? n'eussent esté aucuns gentill^ommes , qui avec eux estoient , qui les dévoient garder et mener : mais quant ils veirent que la commune besoignoit si bien , si parlementèrent aux Arminaz, qui bien vément qu'ils ne dévoient longuement durer contre la commune , qui si a^prement les assailloit de jour et de nuit ; et prindrent grant argent des Arminaz , par ainsi qu'ils feroient lever le siège. Et ainsi firent-ils. Qu^nt ils orent l'argent, si firent entendre aux bonnes gens , que vraiment il v^nodt un très grant secours à ceux du cbastel , et qui se pourroit sauver si se sauvast , que plus ne seroient la , et se partirent. Qiiant ce veirent la commune , si ce départirent moult courroucés ; et quant ils vindrent près de Paris , on leur ferma les portes ; et demourèrent à Sainct-Germain , à Sainct-Marcel , à Nostre-Dame-des Ghaipps , deux ou trois jours et nuits; et les Arminaz, tantost après le département du siège , couroient jusqu'au bout desdits villaiges où estoient nos gens pour les cuider sourprendre j mais oncques pour leur puissance ne les porent grever j et si n'avoient nul cappitaine que de ceux de Paris; car les gentilshommes qui les avoient laissés , cuidoient que les Arminaz les deussent taut& tuer y mais oncques Arminaz ne les
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osèrent assaillir. Et vrai estoit que qui eust laissé faire les communes , il ne eust demouré Arminac en France qu'en mains de deux mois n'eussent mis à fin , et pour ce les hayoient les gentilshommes qui ne vouloient que la guerre ^ et ils la vouloient mettre à fin. Quant on vit qu'ils avoient si grant voulenté d'affiner la guerre , on les laissa entrer dedens Paris , et allèrent faire leur labour ; et les Arminaz faisoient du pis qu'ils povoient : car ils tuoient femmes et enffents , ^t bouttoient feux autour de Paris ; et si n'estoit homme nul qui j meist remède aucun. Et d'autre part estoient les Englois devant Rouen de toutes parts assiégés , qui moult faisoient de grief de toutes parts à ceux de Rouen , dont feurent moult afibiblis ; mais à souffrir leur convint ; et tout ce estoit par les faux traistres de France qui ne vouloient que la guerre ; car bien scavoient touts combien de rançon Us dévoient payer se prins estoient. AUoit ainsi le royaume de Franche de pis en pis ; et povoit-on mieux dire la terre déserte que la terre de Franche. Et tout ce estoit , ou la plus grant partie , par le duc de Rourgongne, qui estoit le plus long homme en toutes ses besongnes comme peust trouver ; car il ne se mou voit d'une cité quant il y estoit, ne quant ce fust paix par-tout, se le peuple par force de plaintes ne l'esmouvoit ; dont tout enchérit dans Paris de plus en plus. Car il estoit en septembre le commencemant d'iver qu'on se devoit garnir, et un cent de bonnes bûches valloit tou'
d'un bourgeois de paris. 2^9 jours deux francs ; un sac de charbon, seize sols parisis ; le mouUe , dix ou douze sols parisis ; la livre de beurre salle , sept ou huit blancs envgros ; oeufs , deux deniers parisis la pièce ; ung petit fromaige , trois sols parisis ; bien petites poires ou pommes, ung denier la pièce ; deux petits oignons, deux deniers parisis ; bien petit vin pour deux ou trois blancs ; et ainsi de tôutes choses.
Item yen cellijiy mois de septembre, fust mandé le duc de Bretaigne de par le roy , et y vint à Corbeil , de là à Sainct-Mor-des-Fossés ; et là vint la royne , le duc de Bourgongne , et plusieurs autres seigneurs. Là firent-ils une paix telle quelle , que voulsist ou non la royne. Tout fust pardonné aux Arminâz les maux qu'ils avoient faits ; et si estoit tout prouvé contre eux qui estoient consentants de la venue du roy d'Angleterre , et qu'ils en avoient eus granls deniers dudit roy ; Item, d'empoisonner les deux ainsnés fils du roy de France, et sçavoit-on bien que ce avoit esté et fait faire; et de l'empoisonnement du duc de Hollande, et débouter hors la roy ne de France de son royaume. Et si convint tout mettre ce à nyant , ou se non ils eussent destruit tout le royaume de France , et livré aux Anglois le dalphin qu'ils avoient devers eux. Ainsi fut faite celle paix , qui en fut couroucé ou joyeulx; et fut criée parmi Paris à quatre trompes ^ et à six mènestriers, le lundi, dix-neuviesme jour de septembre, l'ap mil quatre cent dix-huict.
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Item, ea cedit mois^ au commencement, fut depposé de la prévcfâté de Paris, le Beau de Bar, et y fut mis un escuyer nommé Jacques Lam]>en.
Item y cedit' mois de septembre estoit à Paris et autour, la mortalité si trè§-cruelle , qu'on n'eust veu depuis trojs cents ans par le dit des ancimis ; car nul n'eschappoit qui fust féru de Tépidincue, espécialement jeunes gens et enfFens. Et tant eu mourut vers la fin dudit mois, et ^i hastivement, qu'il convint faire es cymetières de Parb grans fosses, où on en mettoit trente pu quarante en chacune ; et es|,oieat arrangés comme lors, et puis un pou pouldre^ par-dessus de terre ; et toujours jour et nuit on n'estoit en rue que on ne réncontrast Nostre-Seigneur , qu'on portoit aux malades. Et tretous avoient la plus belle cognoissance deNostrcr- Seigneur à la fin, que on vit oncques avcwr à chrestiens. Mais au dit des clercs, on ne avoit oncques yeu ne ouy parler de mortalité qui fust si desvée , ne plus aspre, ne dont moius eschapast de gens qui férus en feussent ; car en moins de cinq semaines trespa^sa en ville de Paris plus de cinquante mille personnes ; et tant trespassa de gens , que on enterroit quatre ou six ou huict chefs-d'hostel à une messe à notte; et conyenoit marchander aux prestres pour combien ils la chanteroient, et bien souvent en convenoit payer seize ou dix-huict sols parisis , et d'une messe basse, quatre sols parisis.
Item y en ce temps, qui estoit environ douze jours en octobre, n'estoit pas encore cessée la mor-
(:4»8) d'un DOUnGEOIS DE PARIS. %5i
talité aucunement, ne les Arminaz pour paix, ne pour autre chose ne laissoient à faire comme d'avant tretout le pis qu'ils povoient; et verioientsouvept jusques emprès de Paris prendre proyes et hommes et femmes, et mesnoient en leurs garnisons; ne nul n'en osoit mot dire; et pour vrai il ressembioit qu'au duc de Bourgongne en fust apart, et appoisoit le peuple de douces paroles.
Item y tout le mois d'octobre et de novembre, fut la mort ainsi cruelle, comme devant est dit; et quant on la vit si dcsvée que on ne sçavoit mais où les enterrer, on fist grans fosses, aux Saints Innocens cinq, à la Trinité quatre, aux autres selon leur grandeur; et en chacune on mettoit six cents personnes ou environ. Et fut vrai que les corduaniers de Paris comptèrent le jour de leur coufreipie Sainct-Crespin et Sainct-Crespinian , les morts de leur mestiers; et comptèrent et trouvèrent qu'ils estoient trespassés bien dix-huict cents , tant maistres que varlets, en ces deux mois, en ladite ville. Et ceux de l'ostel-Dieu , ceux qui faisoient les fosses et cinietières de Paris, alTermoient qu'entre la Nativité Nostre-Dame et sa Conception, avoient enterré de la ville de Paris plus de cent mille personnes, et en quatre ou cinq cents n'en paouroit pas douze anciens,que tous enffens et jeunes gçns.
Item , les Arminaz tenoient toujours les villes et forteresse^ devant dittes ; et tii^drent Paris en si grant sabjectiqn, que ung eurent de quatorze ans
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mangeoit bien pour huict deniers de pain à Teure ; et coustoit la douzaine six sols parisis, qu'on avoit eue pour sept ou huict blancs, ung bien petit fromàige, dix ou douze blancs , le quarteron d'œufs , cinq ou six sols parisis, la char d'un bon mouton , le bœuf trente-huict francs; ainsi petite bûche comme de Marne toute verte , quarante sols parisis, ou trois francs le cent; la bûche de molle, douze sols le molle; meschantes bourrées où il n'a voit que feuilles, le cent, trente-six sols parisis ; ung quarteron de poires d'engoisse, quatre sols parisis ; de pommes, deux sols ou six blancs; la livre de beurre salé, huict blancs; ung petit fromaige venant de Foisselle, seize deniers parisis; une paire de souliers, qu'on avoit devant pour huict blancs, en mil quatre cent dix-huict, coustoient seize ou dixfa uict blancs; et touttes autres choses quelles qu'elles fussent, estoient ainsi chères à Paris et partout.
Item^en ce mois de novembre, fut remis le Beau de Bar, c'est à sçavoir messire Guy de Bar, dit le Beau , en la prévosté de Paris , comme d'avant.
Item , en cedit mois de novembre , orent lesdits bouchiers congié de refaire là grant boucherie de Paris , de devailt le Chastelet ; et fut commencé à quérir les fondements le mercredi , onziesme jour de novembre; et environ douze jours après fist crier le roj, à trompes , qu'il pardonnoit à tout homme, fust Arminac ou autre, quelque chose que on lui eust méfait , se non à Troys, le président de Provence, maistre Robert le Maçon, Remon Raignier.
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Ces trois avoient fait tant de traysOn contre le roj, qu'il ne leur volt pardonner : car pour eux trois se faisoient tous les maux devant dits à Paris.
Itâm^ la sepmaine d'après, partit le roj et monsieur de Bpurgongne pour aller contre les Anglois; et allèrent loger à Pontoise , et là furent jusques à trois sepmaines après Noël sans riens faire , se non manger tout le pajs d'antour. Et les Anglois estoiènt devant Rouen, et le dalphin ou ses gens gastèrent le pays de Touraine , ef les autres estoient autour de Paris , et venoient jusqùes aux portes de Paris, piller, tuer; ne oncques le duc de Bourgongne, ne les siens, ne s'avancèrent aucunement de contester aux Anglois ne Arminaz. Et pour ce enchérit tretout de plus en plus à Paris, car riens n'y povoit devenir ceux devant dits. Enicelui temps coustoit un petit pourcel six ou sept francs; et toute char enchérit tellement que poy vres gens n'en mangeoient point ; notais en celle année fut tant de choux, que tout Paris en fut gouverné tout l'hiver ; car febves et poys estoient oultrageusement chers.
Item y en ce temps vaUoit une bonne livre de chandelle huit blancs, ou sept du mains.
Item y on payoit en ce temps tout homme qui vendoit vin de chacune queue en gros , huit sols parisis ; et cil qui l'acheptoit autant; et d'un poinson quatre sols parisis ; et se on la vendoit à détail de yin à quatre deniers autre huit sols ; à six deniers douze sols parisis. Et fut commencé cette
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doulonreose pratique , environ la Tous^aiûct quatorze cent dix-huit.
Item , le vingtiesmé jour de janvier oudit an quatorze cent dix-huit, entrèrent les Angloys dedans Rouen , et la gaigncrent par leur force , ét parce que n'avoient de quoi vivre dedans la cité ; mais mouilla tindrent longuement contre les Angloys , comme environ six ou sept mois.
Item^ après ce, vindrent devers pour gaigner le remenant de France; et nul ne les contredisoit que ceux des bonnes villes qui leur tenoient an pou de pié. Mais tantost lesconvenoit rendre : car nuls àës gentilshommes, ou pou s'en meslotent, pour la hayne de Bourgongne et Arminaz. Et par ce vint si grant charte à Paris de toutes choses dont on povoit vivre : car tous les plus grans estoient esbahis; et valloit un sextier de Hc quatre ou cinq francs audit an quatorze cent dix-huit ; petit pain pour sept sols parisis la douzaine ^ une petit pièce de char six blancs ; une froissure de mouton douze deniers ; pour un petit fromaige quatre sols parisis; trois œufs trois blancs; la livre de beurre salle quatre sols parisis; un quarteron de petites pommes seize deniers f chacune pomme? quatre deniers ; le cent de harengs'^rs trois escus ; le cent de harengs aequés quatre francs ; deux petits oingnons ung denier; deuxchefe d'aux quatre deniers; quatre navez deux deniers; un boissel de bon poys dix ou douze sols p^o-isis, et febves autant ; huche chère , comme devant est dit ; le cefnt de seize
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deniers; la pinte d'huile d'olive six sols parisis ; la livre de saindoulx douze blancs; la chopine dixhuit deniers ; la livre de fromaige de presse trois sois parisis. Brief, tout ce de quoi créature humaine povoit vivre, estoit tant cher, que chacun denier coustoit quatre deniers de toute chose , se non de métaux , comme aitain ou estain. Airain avoit-on por six deniers la livre , estain pour dix deniers la livre ou pour huit deniers ; la livre de potin quatre deniei^; mais argent valoit en ce temps dix francs le marc; ung des Petiz Mouton» devant diz, de seize sols, valôit vingt sdis parisis.
Iteniy la première sepmaine de février oudit an , fut prinse Mante par les Angloys , et ^usieurs forteresses d'entour; et n'estoit homme qui y meist aucun retnède; car les seigneurs de France estoient si courroucés l'ung à l'autre ; car le dalphin de France estoit contre son père à cause du duc de Bourgongne qui estoit avec le roy, et tous les autres seigneurs du sang de France estoient prinsonniers au roy d'Angleterre de la bataille d'Agincourt, du jour sainct Crépin et son frère devant dit.
Item ^ en (îîe mois de février otfdit an quatorze cent dix-huit, fut déposé le Beau de Bar, de la prévosté de Paris , et fust fait prévost de Paris ung dominé Gilles de Blamecy, natif de la ville de Fâris, ce qu'on n'avoit oncques mais vu d'aage d'homme qui à celui temps fut trouvé en vie , que de la nafciou de Paris cm eus?t fait prévost.
Itertiy am mois de mars ensuivant valoit le marc
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d'argent quatorze francs ; le sextier de bon bled cent sols parisis ; la pinte de bonne huile de noix sept ou huit sols^
Item^ ou mois de mars en suivant^ environ quinze jours, fut le blé si cher , que le sextier valoit huit francs; et environ huit jours à l'issue dudit mois fut crié par les carrefours de Paris, que nul ne fust si hardi qu'il vendist blé,segle,plus de quatre francs le sextier, le meilleur sextier de mestail plus de soixante sols parisis, le meilleur froment plus de soixante douze sols parisis le sextier, et que nul moulnier ne prenist point de là mousture que argent ; c'est assavoir , huit blancs pour sextier ; et chascun boulangier.fist bon pain blanc, pain bourgeois, et pain festiz (bis) à toute sa fleur, et de certain prixoucry dit.Quandles marchands qui alloient aus blez, et les boulangiers, ouïrent le cry, si cessèrent de cuire , et les marchands d'aller hors ; et aussi ils n'y alloient point , et n'allassent qu'à une lieue de Paris que ce ne fust sur leur vie , car les Aluglois sans cesser, venoient toutes les sepmaines une fois ou deux jusqu'au pont de Saint-Cloud, et les Arminaz jusques aux portes de Parissans cesser, et nul homme n'osoit yssir.
Item y en la derraine sepmaine de mars , l'an mil quatre cent dix-huict, la quatriesme sçpmaine de caresme, qui eust donné ès halles de Paris, ou en la place Maubert , vingt sols d'une douzaine de pain, il n'en eust pu finer. Vrai est qu'aucuns boulangiers cuisoient ; et n'en povoit avoir chacun