‹ Chroniques, Volume 40Chapitre 49 sur 52 · D*UN BOURGEOIS DE PARIS · texte numérisé non relu

D*UN BOURGEOIS DE PARIS

que ung ou deux au plus , et y avoit toujours quelque cinquante ou soixante personnes à Tujs qui attendoient qu'il fust cuit , et le prenoient tout venant du four. En ce point estoit la cité de Paris gouvernée ; et pour vrai en tout le karesme pouvres gens ne mangeoient que pain aussi noir et mal savouré com pouroit faire. Vers la fin de karesme vint des hannons (merlus) de foys à autre; mais on vendoit le sac vingt-six sols parisis , com avoit veu avoir pour cinq blancs autrefois ; et if en avoit-on que bien peu pour cinq ou six blancs. Çt vint un peu de figues grasses et rudes , et si en tendoit-on la livre deux sols ; et toujours un hareng caqué bon huit deniers parisis , ung sor six deniers , une petite seiche trois ou quatre blancs. Et enchérirent tant les oignons , que une petite botte de vingt ou vingt-quatre oignons quatre sols parisis.

Iterriy un pou devant mars, fut pillée Soissons, et grant occision faitte de hommes et de femmes et d'enffents par les Arminaz.

Itenij oudit an, en mars, fut faite grarit occision en la cité de Sens, que le seigneur de Guitre y fist, pour ce que ceux de la cité vouloient mettre les Bourguignons dedens sans son sceu ; car il en estoit bailli.

liem^ en ce temps furent Pasques le seiziesme jour d'avril mil quatre cent dix-neuf. Lors fut la char si chère , que ung bœuf qu'on avoit veu donner maintes fois pour huit francs ou pour dix tout au plus , coustoit cinquante francs, un veau quatre

MONSTRELET. T. XV. — JOCBV. d'oK BOURG. DE PaRIS, l 'J

OD cinq francs, nog mouton soixante sols ou quatre francs. Toute char que on povoit manger, fust volaille ou autre , estoit tant chère ; car ung homme eust bien mangé à son repas pour six blancs de bon bœuf, ou mouton, ou lart; et n'avoit-on que deux œufs pour deux blancs , ung fromaige mol six ou huit blancs, lalivre de beurre salle quatorze blancs, le froys dix-huit blancs , une froissure de mouton deux sols ou huit blancs, ung pie de mouton quatre deniers la teste de mouton trois ou quatre blancs. Et toujours couroient les Arminaz, comme ci-devant est dit, tuoient y pilloient, boutoient feu par tout sur femmes et sur hommes , sur grains , et faisoient pis que Sarrazins , et nul ne les côntredisoit ; car le duc de Bourgongne estoit toujours avec le roy à Prou vins ; et ne s'en bougeoient ; et y furent jusques au vingt-huitiesme jour dé mai mil quatre cent dix-neuf, qu'ils vindrent à Pontoise ; c'est assavoir le roy , la royne , le duc de Bourgongne ; et passèrent pardevant Paris par le bout de Saint-Laurens , sans entrer dans Paris, dont on fut moult esbahi à Paris ; de Pontoise allèrent à Meulan ^ et orent trêves aux Arminaz trois mois ensuivar^t ; et là parlementèrent aux Englois, aussi par trêves, de faire aucun mariaige ; et fut une chose dure au roy de France , que lui qui devoit estrele souverain roy des chrestiens, convint qu'il obéist à son ancien ennemi mortel, pour estre contre son enfant ; et ceux de la bande , qui nonobstant trêves, pilloient toujours, et roboient cotnme devant.

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Iteniy en ce temps-là estoit très grant charte dè toute vitaille , comme devant est dit ; et valloient quatre chefs bien petits d'auls quatres deniers.

liem^ le huitiesmeet peuviesme jour de juing ensuivant , après les trêves devantdites environ six jours , vint tant de biens à Paris de lars , de fromaige de presse , qu'ils estoient ès halles entassés aussi haut queung homme^ et fut donné pour deus blancs ou pour deux francs ce qui coustoit six la sepmaine de devant ; et vint tant d'aux à Paris, que ce qui côustoit douze ou quinze sols la sepmaine dè devant , estôit donrté pour cinq ou six blancs; et vint grant foison de pain de Corbeil , de Meleun et du plat pays d'entour Paris, qu'ils avoient des biens aux bqiines villes, et si en vint d'Amiens et de pardelà ; mai§ pou amenda du marché de tous joi^rs , fors qu'il estoit bien , plus blanc «

liemy la vigile de la Trinité vint tant de poisson à Paris, que on avoit quatre où cinq bonnes ^oUes pour ung gros, et l'aùtre marée à la vallue; et fut la Trinité le jour saint Barnabe , onziesme joûr de juing , l'an mil quatre cent dix-neuf. .

Item y la sepmaine ensuivant fust crié que on prenist les Moutons devant dits de seize sols pour vingt-quatre sols parisis , dont les marchands de loing furent plus eslongnés que devant de venir marchander à Paris ; ne nul n'y venoit qui de la mon noie tenist compte ou. pays qu'elle couroit en ce temps ; car il couroit à Paris blans de Bourgongne.de huit deniers parisis ^ pièce que onappeloit

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biires yqni ne valloient mie trois deniers , et avec ce estoient rouges comme raeriaux (jetons). Si eussiés veupar tout Paris, où marchandise couroit , tous jours desbat, fust à pain ou à vin, ou à autre chose.

Item , en icellui temps, fist tant le duc de Bourgongne , que paix fut faite entre le dalphin et le roy de France son père, et tous les Englois, comme en manière de traité , tant que ladite paix fut faite entre Meleun et Corbeil , en ung lieu dit le Poncel, à ung lieue de Meleun emprès Pouilly ; et là jurèrent tous les vassaux d'une part et d'autre à tenir ladite paix, sans jamais aller à l'encontrede ce qui fait en estoit ; et fut le mardi onziesme jour de juillet; et en fut faite très grande feste à Paris ; et fut confirmée le dix-neuviesme jour dudit mois ladite pai^^ de tous les seigneurs qui pour lors estoient en France; et tous les jours à Paris, espécialement de nuit , faisoit-on très grant feste pour ladite paix à ménestriers ou autrement.

Ilemy le penidtiesme jour dudit mois fust la feste Sàint-Huistace , qui fut faite moult joyeusement : et lendemain, jour Saint-Germain, tourna en si grant tribulalion, que oncques fit feste ; car à dix heures, ainsi qu'ils cuidoient ordonner d'aller jouer aux Marais , comme coustume estoit, vint à Paris un grant effroy ; car par la porte Saint-Denis quelques vingt ou trente personnes si efFroyés comme gens qui estoient, n'avoient guères eschappés de la mort, et bien y parut ; car les aucuns estoient navres, les autres le cueur leur failloit de paour, de

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chaiilt et de faing, et sembloient mieux mort3 que vifs. Si furent artés à la porte, etleur demanda-t-on rachoison(occasion) dont grant douleur leur venoit, et ilsprindrent à larmoyer, en disant : « Nous som- » mes de Pontoise qui a esté cette journée au matin » prinsedes Englois pour certain, et puis ont tué , » navré tout ce qu'ils ont trouvé en leur voie ; et » bien se tientpour bieneure qui peut eschapper de » leurs mains ; car onques Sarrazins ne firent pis » aux chrestiens qu'ils font. » Et ainsi qu'ils disoient, et regardoient ceux qui gardoient la porte devers Saint-Ladre , et véoient venir grans tourbes de hommes, femmes et enfants , les uns navrés , les autres despouillés , l'autre portoit deux enflFents entre ses bras-ou en hostes, et estoient les femmes, les unes sans chapperon, les autres en ung pouvre corcet, et autres en leur chemises, pouvres prestres qui n'avoient que leurs chemises ou ung surpelis vestu, la teste toute découverte, et en venant faisoient si grands pleurs, cris et lamentations, en disant : Dieu^ gardez-nous parvostre grâce de désespoir; car huj au matin estions en nos m,aisons aisés et manants , et à medi ensuii^ant sommes comme gens en exil y quérant nos tre pain. Et en ce disant , les aucuns sepasmoient, lesautress'asséoient a terre si las et si doloreusement, que plus ne pouvoient; car moult avoient perdu aucuns de sang, les autres estoient moult afTeblis de porter leurs enfants; car la journée estoit très chaude et vaine ; et eussiés trouvé entre Paris et le Landit quelques trois ou

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quatre cent ainsi assis qui recordoient leurs grans douleurs et leurs graos pertes de chevances et d'amis; car pou y avoit personne qu'il n'eust $ucun ami ou amie , ou enflPent demouré à Pontoise, Si leur croissoit leur douleur tellement qu'il leur souvenoit de leurs amis qui estoient demôurés entre ces crueux tyrans Englois, que le pouvre ciieur ne lespovoitsoustenir ; car foibles estoient moult ^ pource qu'encore n'avoient le plus beu ne mangé ; et aucunes femmes grosses accouchèrent en la fuite, qui tost après morurent. Et n'est nul sidur cueur qui eust vu leur grant desconfort , qui se fust tenu de plourer ne larmoyer ; et toute la sepmaine en^ suivant ne finèrent que de ainsi venir, que de Pontoise , que des villages d'entour; et estoient parmi Paris moult esbahis à grant tropeaux ; car toute viltaille éstoit moult chère, espécialement pain et vin ; car on n 'avoit point de vin qui rien vaulsist pour moins de huit deniers lâ pinte , ung petit pain blanc huit deniers^ parisis , les autres choses de quoi l'homme povoit vivre ^ par cas pareil,

Item^ le peuple de Paris estoit moult esmerveillé du^ï^oy et du dnc de Bourgongne, que quant Pontoise fut prinse, comme dit est , ils estoient à Saint- Denis bien accompaignés de gens d'armes ; et ne firent aucun secours à ceux de Pontoise ; ains vuydèrent lendemain le bagaige , et allèrent au pont de Charenton , et de là à Laigny, et passèrent au plus près de Pafris sans entarer eus , dont tout lè pJeûplé de. Paris sê tint pour mal comptent ; car il

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sembloit proprement que tous s enfouyssenl devant les Englois, qu'ils eussent grant haine à ceux de Paris et du royaume ; car en ce temps n'avoit chevalier de renom d'armes à Paris , ne capitaine nul, que leprévost de Paris etcehii des marchands, qui n'avoient pas accoustuméà mener fait de guerre. Et pour ce les Englois , qui savoient bien que à Paris ne avoit que la commune ; car toujours avoient-ils des amis à Paris et ailleurs , vihdrent la vigille de Saint-L»aurens ensuivant devant Paris jusques près des murs , sans que nuls les contredist ; mais assaillir n'osèrept Paris pour la commune^ qui tantost se misdrent sur les murs pour deffendre la ville , et feussent voulentiers ladite commune aux champs issue : mais les gouverneurs ne vouldrent laisser homme issir. Quant ce virent les Englois, ib s'en allèrent pillant , tuant , robant, prenant gens à rançon. Et le lendemain, jour Saint-Laurent , revindrènt faire une course devant Paris, et s^en retournèrent devers Pon toise.

Iteniy ce jour, Sainct-Laurent, tonna et esparty le plus terriblement et le plus longuement que on eust veu d'aàge d'homme , et plut à la value ; car celle tempeste dura plus de quatre heures sans cesser. Ainsi estoit le monde dans le doubte de la gtierre Nostre-Seigneur, et celle de l'ennemi.

Iteniy environ douze jours après, commencèrent les bouchiers de rechief à refaire la grande boucherie. En ce temps n'estoit nouvelles , fors que du mal que }es Englois faisoient en France ; car de

jour en jour gaignoient villes et ehasteaux^ et mi- Doient tout le royaume de France de chevance et de gens^ et tout envoioient en Angleterre,

( Ici manquent quelques feuillets touchant la mort de Jean^ duc de Bourgogne,)

Et les seigneurs de France prins des Anglois tout par orgueil, faire sacrilège cent fois le jour, violer églises, manger char au vendredi à ouire, efforcer filles et femmes et dames de religion , rostir hommes et enfants ; brief, je croy que les tjrans de Rome , comme Néron , Dioclétien , Dacien et les autres, ne firent oncques la tyrannie qu'ils font et ont fait. Tous ces faits devantsdits de perdurable perdicion que chascun scet, eistoient tous mis à nyant , quaqt à la justice corporelle ; de la divine je me tais. Quant la déesse de discorde et son père Satban, à qui ils sont, leur fist la fauce trahison doloreuse faire , dont tout le royaume est à perdition , se Dien n'en a pitié , ou y veille de sa grâce ouvrer qu'ils soient en tel estât qu'ils le veulent congnoistre, et qu'ils ne puissent nuire à nulli, comme ils ont fait le temps passé ; car par leiirs faits outraigeux devant dits meurent de fain les gens aux champs et à la ville, et de froit; car aussitost qu'ils orent fait leur dampnable voulenté du bon duc , tous ceux des garnisons coururenf ça et là, pillant , robant , rançonnant , boutant feiux; par quoi tout enchérit tellement, que lé blé qui ne valoit que quarante sols parisis, vallut .tantost après six ou sept francs, ung sexti'er de pois ou de

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febves, dix ou douze francs, fromaiges, œufs, beurre, aulx, oignons, bûche, char, brief touttes choses de quoi gens et bestes et enffents povoient vivre , enchérirent tellement , que très petite bûche valloit trois francs le cent. Et pour celle cherté fut ordonné le bois de Vincennes à estre coppé ; et costoit le molle seize ou dix-huict sols parisis; et n'en avoit-on que trente deux pour molle ; une somme de charbon , trois francs , qu'on avoit eue autreffois aussi bonne pour cinq ou pour six sols.

Item y le petits enffents ne mangèrent point de lait: car peinte coustoit dix deniers ou douze. Certes en icellui temps pouvres gens ne mangèrent ne char ne gresse, car ung petit enffent eust bien mangé pour trois blancs de char à son repas. La pinte de bon saindoux, quatre ou cinq sols parisis ; ung pié de mouton , quatre deniers ; ung pié de bœuf, sept blancs, et les trippes à la value ; beurre salle y quatre sols ; ung œuf, huit deniers ; ung petit fromaige , sept sols parisis ; une paire de souliers à homme, huict solsparisis^ ungs patins, huict blancs; brief, et toutes autres choses quelxconques estoient enchériespourla mort du bon duc; et se ne gagnoiton denier, si ne valloit rien la mônnoye blanche , car ung blanc de seize deniers ne valloit pas plus de trois deniers en argent , et ung escu d'or du temps passé valloit trente-hùict sols parisis; pour ung marc d'argent, quatorze francs. Et pour ce point, pour la foible monnoye, ne venoit point de marchandises à Paris , et si çstoient les Anglois tous

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les jours jusques aiux portes de Paris s'ils vouloient ; et les Arminaz d'autre costé^ qui estoient aussi maulvais ; et alloient chascun deux ou trois fois la sepmaine au guet , une fois parmi la ville , l'autre fois surlesescbifllas (fortification). Et siestoitlefin cueur de l'yver, et toujours pleuvoit et faisoit très froit, et furent les vendanges celle année l'an mil quatre cent dix-neuf, les plusordes et pluyieuses,les raisins pourris , les plus febles vins qu'on eust veu d'aage d'homme ; et si cousta celle année cpiatre fois plus qu'ils n'avoient fait d'aage d'hommtî qui fust en vie , et tous par les maux qu'ils faisoient partout ; car pour certain qui avoit à cinq ou six Jieues près de Paris, la queue luicoustoit cinq ou six francs tant seulement à admener; et en convoi de gens d'armes à une lieue près de Paris , seize ou vingt sols parisis, sans vendanger, labourer, re lyer, autre dépence. Et quant tout ost esté venjdangé et recueilli, ils n'orent ne force ne vertu , jie couleur, et n'en estoit guères ou pou qui sentissent non le pourry ; car le plus n'avoient point ftîsté ordonnés en vendanges à leur droit, pour la paour qu'on avoit des dessusdits^ et pour la doubte qu'on avoit tout temps de leur trayson. La nmtde lasaincte feste deToussainct, oncqueson ne sonna ^ Paris pour les trespassés, comme coustumeest se non guare-feu; et néanmoins touttes ces pouvretés, misères et doleurs oncques à pape ne à empereur, pe à roy ne à duc , si comme je croy, oû ne fist autant de service après leurtrespassem^nt , ne

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aussi solemnel en une cité , comme on a fait pour le bon duc de Bourgongne , à ciri Dieu pardoint !

Item , à Nostre-Dame de Paris , fut fait, le jour Saint-Michel , le plus piteusement que faire se pot ; et y avoit ou moustier trois mille livres de cire , touttes en cierges et en torches ; et là ot un moult }:^iteux sermon que fist le recteur de l'université, nommé maistre Jehan l'Archer. Et après ce le firent touttes les paroisses de Paris et toutes les coofreiries de Paris l'une après l'autre ; et partout faisoit-on la représentation , de grands cierges et de grans torches; et estoientles moustiersencourtinez^ de noires sarges , et chantoit-on le Sùbveniie des morts et vigilles à neuf pseaulmes et à neuf leçons ; èt par tous les moustiers estoient après mis les armes du Bon duc trespassé, et du sire de Nouaille, qui fut mort avec lui , dont Dieu veille avoir les ames ! et de tous les autres trespassés, et veille donner grâce à nous et à toutte ceste gent de le cognoistre, comme noqs devons , et nous doint ce qui disoit à ces apostres : Paix soit avec vous ! car, par cette maldite guerre tant de maux ont esté faits , que je cuide en telx soixante ans passés par-devant il n'avoit pas eu ou royaume de France , comme il a esté de mal depuis douze ans en cà* Hélas! tout premier Normendie en est toutte exillée, et la plus grant partie qui soulloit faire labourer et eslre en son Keu , lui , sa femme , sa meschine (servante) , et estre sans danger, marchands, mar^çhandis^s, gens d'église , moines, tionnaias , gens

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de tous estais ont esté boutés hors de leurs lieux d'estrangers^ comme eussent esté bestes sauvaiges; dont il convient que les ungs truandent (mandient) qui soulloient donner, les autres servent qui soulloient estre servis, lesautreslarronsetmurtrierspar désespoir, bonnes pucelles, bonnes preudes femmes venir à honte par estors (lutte) ou autrement , qui par nécessité sont devenues mauvaises, tantde moines, tant de prestres, tant de dames de religion et d'autres gentils fenimes avoir tout laissé par force, et mis corps et âme au désespoir , Dieu scet bien comment. Hélas ! tant d'enfants morts-nés par faute d'aide , tant de morts sans confession par tyrannie , et en autres manières , tant de morts sans sépulture en forest et en autre détours, tant de mariaigesqui ont esté délaissés à faire , tant d'églises arses , et abbeïes et chapelles, maisons-Dieu, malladeries où on souUoit faire le saint service Nostre-Seigneur et les œuvres de miséricorde , où il n'a mais que les places, tant d'avoir mussé (caché), qui y jamais bien ne sera, et de joyaux d'église et de reliques, et d'autres qui jamais bien ne seront , ce n'est d'aventure. Brief, je cuide que homme ne pourra, pour sens qu'il ait, bien dire les grans, misérables, énormes et dampnables péchés qui se sont ensuivis et faits depuis la très maleureuse et dampnable venue de Benart le comte d' Arminac, connestable de France ; car oncques , puis que le nom vint en France de Bourguignon et d'Arminac, tous les maux qu'on pourroit penser ne dire^ ont esté tous coni-

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mis OU royaume de France, tant que laclamour du sang innocent espandu crie devant Dieu vengeance. Et cuide en ma conscience que ledit comte d'Arminac estoit ung ennemi en fourure d'homme ; car je ne croi nul qui ait esté à lui, ou qui de luise renomme , ou qui porte sa bande , qui tienne point la loi ne foi chrestienne ; ains se maintiennent envers tous ceux dont ils ont lamaistrise, comme gens qui auroient renyé leur créateur , comme il appert par tout le royaume de France ; car j'ose bien dire que le roy d'Angleterre n'eust esté tanthardi de mettre lepié en France, par guerre, se n'eust esté la discension qui a esté de ce malheureux nom; et fust encore toute Normandie frahcoise , ne le noble sang de France ainsi espendu , ne les seigneurs dudit royaume ainsi menés en exil , ne la bataille perdue, ne tant de bonnes gens morts n'eussent oncques esté en la piteuse journée d'Agincourt , où tant perdit le roy de ses bons et loyaux amis, se ne fust l'orgueil de ce malheureux nom Arminac. Hélas! à faire cestes malheureuses œuvres, ils n'en auront de remenant que le péché; et s'ils n'en font amendement durant la pouvre vie du corps , ils en seront en très cruelle, misérable et pardurable damnacion ; car certes on ne peut rien mesconter à Dieu, car il scet tout, plain de miséricorde; ne s'y fie homme nuls ne en longue vie ne en autre chose de folle espérance ou de vaine gloire ; car en vérité il fera à chacun droit selon sa déserte. Hélas! je ne cuide mie que depuis le roy Clovis qui

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fust le premier roy chrestieo , que France fust aussi désoUée et divisée comme elle est aujourd'hui ; car le dauphin ne tend à autre chose jour et nuit, lui ou lés siens, que de gaster tout le pays de son père à feu et à sang , et les Anglois d'autre coèt^ qui font autant de mal que les Sarrazins ; mais encore vautil trop mieux estre prins des Anglois que des gen^ du dauphin, qui se dient Arminas; et lepouvre roy et la royne depuis la prinsede Pontoise ne se meuvent deTroyesà pouvremesnie (suite), comme fussent-ils deschassés hors de leur lieu par leurpropre enlFenl, qui est grant pitié à penser à toute bonne pérsonne.

Item ) fist le roy à Troyes la feste de Toussainct en Tari rail quatre cent dix-neuf, et ceux de Paris ne pouvoient avoir nulle vraie nouvelle de son retour, dont îrioult estoient courrQtK^sçs lés bons.

Item, fist le roy à Troyes son Noiiël, parce què on ne l'osoit oster .de Troyes pcmr faute de piiissance et de compaignié , et pour paôur des Anglois et des Arminas ; càr chacun d'eux le tâchoit à preildre , et par espéciàl les Arminas pour avoir leur paix. La troisiesme cause , tout estoik si cher à Paris, que le plus saige ne ë'y savdit vivre, espécialemént pain et bûche qui estoit si chère , que oncques puis deux cents ans avoit esté , et la char ; car à Nouél uhg quartiér de moutoiî, quant^il estoit bon^ coustoit vingt-quatre sdlsparisis, la chair d'ung mouton six francs, une oie seize sols parisis et l'autre à la valluë. En ce temps4à, û n'estoit nouvelle sur rtiesnaigères d'œufs ni dè fro-

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maiges de Brie, ne de poix, ne de febves ; car les Arniinas destruisoient tout , et prenoient femmes et enfPents à rençon ; et les Anglois d'autre costé. Et convintprendre trêves aux Anglois par force,qui estoient anciens ennemis du roj ; et furent données depuis la moitié de décembre Jùsques au mois de mars. Passa décembre, janvier, février que oncques le roy ne la roy ne ne vindrent à Paris , ains estoient toujours à Troyes ; et toujours couroient autour de Paris les Arminas pillant , robant , boutant feus, tuant, efforçant femmes et filles, femmes de religion ; et â dix lieues autour de Paris, ne demouroit aux villaiges nulles personnes qu'aux bonnes villes, et quant ils s'enfuyoient aux bonneé villes , ils apportoient quelque chose , fust vitaille ou autre chose , tout leur estoit osté des gens d'armes des ungs ou des autres , fust Bourguignon ou Arminac ; chacun en faisoit bien son personnaige ; et aitisi le plus, fust femmes ou hommes, quanl ils venoient aux bonnes villes, y venoient nuds de tous biéns; et convenoit que les bonnes villes fournissent tous les villaiges ; par quoi le pain enchérit tant ; car en ce temps on n'avdit pas trop bon blé pour dix francs le sextier, dont chacun franc valloit seize sols parisis ; et si coustoit le sextier à moudre huict ou dix sols parisis, sans ce que le munier en prenoit à mau prouffit*

Item y pour ce fut ordonné que le blé, quant on le bailleroit au moulnier , seroit pesé , et rendroit la farine par pois; et avoit-on du sextier pesant

272 JOURWAL (i4ao)

huit deniers , et le moulnièr du raouldre quatre sols parisis.

Item y en ce temps , on ne faîsoit point de pain blanc, et si n'en faisoit-on point de mains de huit deniers pour la pièce : par quoi pouvres gens n'en pouvoient finer, et le plus de povres gens nemangeoient que pain de noix.

Item y en ce temps, en karesme es toit celle cherté; car il n'y avoit ni espices , ni figues , ni raisins , ne admende \ de chacun se cotistoit la livre cinq sols parisis ; huile d'olive quatre sols parisis.

Item y la tainture estoit si chère que une aulne de drap à taindre en vert ancre , coustoit quatorze sols parisis , et autres couleurs à la vallue.

Item y en ce temps de mars, l'an quatorze cent dix-neuf, faillirent les trêves des Anglois, et on leur demanda autres trêves en attendant le duc de Bourgogne ; mais le roy Anglois n'en volt nulles donner, s'iln'avoitlechasteau de Beaumontet Corbeil, et le Pont-Sainte-Messan (M aixence)^ et plusieurs autres choses;mais on nelui en accordariulle. Si commença la guerre comme devant ; et tous , ungs et autres , n'avoient envie que sur la ville de Paris seulement, et seulement pour la richesse qu'ils cuidoient à eux usurper , ne à nulle autre chose ne tendoient que à piller tout.

Item y en celui karesme , le jour du grand vendredi, qui fut le cinquième jour d'avril, vindrent les Arminaz comme deables deschainez , et coururent autour de Paris , tuant , robant et pillant.

<i4»9) d'un boui^gI'X)I$ de paris. 275

Et icellui Jour boutèrent le feu au fort de Champigny-sur-Marne, et ardirent femiiies et enffeots , hommes 9 bœufs, vaches, brebis, et autre bétail, advoine , blé et autre grain ; et quant aucuns des hommes failloient pour la destresse du feu, ils mettoient leurs lances à l'endroit , et ains qu'ils fussent à terre , ils estoient percés de trois ou quatre lances, ou de leurs haches. Celle très cruelle félonie firent là ; et ailleurs cedit jour, et lendemain, vigiles de Pasques, érent autant ou pis à ung chastel nommé Croissy.

Item y la «epmaine d'avant, estoient allés les marchands de Paris et d'ailleurs vers Chartres et au proche,, pour faire vebir de la vitàille pour là vill^ de Paris , qui grand mestier çn avoif; mais aussitôt qu'ils furent partis les Arminaz le sceurent par faux.traistres , <le quoi Paris estoit bien garni; si leur allèrent au-devant jusques à Gailardon, et là les assiégèrent ; pourquoi à Pasques ot si grant charte de char , que le plus des gens dé Paris ne mangèrent ce jour que? du lart qui en povoit avoii>; car le cartier d'ung bon mouston cousloit bien trente-deux sols parisis;- une petite queue de. mouton dix sols parisis j une teste de véel et la froissure douze sols chascun ; six sols parisis la vache, le porc au prix, car de bœuf n'y avoit point à Paris pour le jour ; ei pour vcay les bouchers de la grant boucherie de Beauvais juroieàt et aflfermoientpar la foî de leurs corps , qu'ils avoient veu par maintes années, que en Fostel d'ung toutsetil

MovsTnELET. T.Xf^. — Jours, d'un bourg, de Paris. I 8

JOURNAL (i4ao)

boucher de Paris à un tel jour, on avoit tué plus de char que on ne feist en toutes les boucheries de Paris, ne autour.

Item y encore feist le roj sa Pasques à Troyes celle année, Tan quatorze cent vingt.

Item y celle année , estoient les violettes au mois de janvier, bleues et jausnes, plus que l'année d'avant n'avoient esté en mars.

Item y à Pasqaes mil quatre cent vingt , qui lurent le septiésme jour.d'avril , estoient jà les rozes ; et furent toutes passées quinze jours en mai; et en l'entrée de mai vendoit-on des cerises bonnes; et estoient les blés plus murs en la fin de mai, qu'en l'année d'avant , à la Saint-Jehan , et autres biens par cas semblables; qui fut grand bien pour le povre peuple ; car toujours estoit le très cher temps de toutes choses, comme devant est dit, et de vestiire encore plus. Drap de seize sols valoit quarante sols parisis ; sarge seize sols ; et chau<«e et souliers encore plus que devant ; l'aune de bonne toile douze sols ; fustaigne seize sols.

Item y en ce temps, estoient les Àrminaz plus acharnés à cruauté que oncques mais; et tuoient, pilloient , efforcoient, ardoient églises et gens dedans, femmes grosses eteniffents; brief, ils faisoient tous les maux en tyrannie et en cruauté quipussentestre faits par déablesjie par hommes , par quoi il convint qu'on traitasi au roy d'Angleterre, qui estoit l'ancien ennemi de France, nlaugréque on en eust,pourla cruauté des Arminaz,

(lilo) d'un BOÙHOEOIS DI£ PAîllS.

et lui fut donnée une desfiltes de France, nommée Katherine^ et vint gésir dedans Tabbaie de Saint- Denis , le huitiesme jour de mai douze cent quarante ; et le landemain passa par-devant la porte Saint-Martin par dehors la ville; et avoit bien en sa conftpaignie , comme on disoit , sept mille hommes de Irait et très grant compaignie de gens d estoffe ; et portoit-on devant lui uûg heaume couronné d'une couronne d'or pour cc^noissance , et portoit en sa devise une queue de renart de broderie; et alla gésir au pont de Charanton, pour aller à Troyes pour voir le roy, et là lui fut présenté quatre chari^etées de moult de bon vin de par ceux de Paris.

Item y de là alla à Troyes sans contredit des Arminas, qui s'estoietit vantés qu'ils le combatteroient ; maisoncques ne s'osèrent mtonstrer.

Item y le jour de la Trinité mil quatre cent vingt, qui fust le deuxiesme jour de j aing, espousa àTroyes ledit roy Aiïglois la fille de France ; et le lundi ensuivant , quant les chevaliers de France et d'Angleterre voldrent faire uràCS joustes pour la solempnié du mariage de tel prince, comme accoutumé est , le roy d'Angleterre pour lequel on vouloit faire les joustes,pourlui faire plaisir, dil,oïants tous, de son mouvement : « Je prie à'*^onseigneur le roy de » qui j'ai espousé la fille , et à tous sies serviteurs , » et à mes serviteurs je commande*, que demain au » matin nous soyons tou^ pre^s pour aller mettre » le siège devant la cité de Sens, où les ennemis

2yC) lOUANAIi (1410)

» de monseignear le roy sont; et là pourra chacun » dè nous joustfer, et tournoyer et monslrer sa » proesse et son hardement; car la plus belle proesse » n'est au monde que de faire justice des mauvais , » affin que le pouvre peuple se puisse vivre. » Adonc le roy lui octroya; et chacun s'y accorda, et ainsi fust fait; et tant firent que le jour de jour Sainct-Barnabé, onziesme jour dudit mois de juing, fust la cité prinse; et de-Ià vindrent assiéger Mootereau où faut Yonne.

Cj emuit le traktë feit entre leis roys de fVance et Angleterre et tout le conseil.

«Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à perpétuelle mémoire. Combien que pour i^éintégrer la paix, et ester les discensions des royaumes de France et d'Angleterre , pltisieurs notables et divers traités, qui ou temps passé ont esté faits entre nos nobles progéniteurs de bonne mémoire, et ceux de très haut prince, et nostretrès chier fils Heory, roy d'Angleterre, héritier de France, et aussi entre nous et notredit fils, n'ayent apporté le fruit de pâix pour ce désiré , sçavoir faisons à tous présents et avenir: que néantmoins, nous considérants et pensants en nostre cueur qtans et grans inréparables maux, quantes énormités, et quelle doloreuse plaié universale et incurable , la division des deux royaumes dessusdits a jùsques ici mis et apporté , non pas tant seulement auxdits royaumes , mais à

(i4ao) d'un bourgeois Db PARIS. 27 J

toute réglise militante, nous avons naguères re- "prins traité de paix avec nostredit fils Henry, ouquel à la parfin, après plusieurs colacions et parlements des gens de nostre conseil, icelui octroyant eflPet à nos dessein? qui prpmet paix aux hommes de bonne voulenté , entre nous et nostrediç fils^ à l'envie de ladite désirée paix, est conclud , comme il sjeossuit. Premièrement, que po|ir ce que par l'alliance du mariaige fait pour le bien de ladite paix entre nostredit fils le roy Henry , et nostre très ckère etamée fille Catherine, il est devenu nostre fils et de nostre très chère €ompaignieroyne,icellui nostre fils nous amera et honorera et nostredite compaignie comme père et mère, et ainsi comme il appartient honorer tels signeurs , prince et princesse , et devant toutes personnes temporelles du monde.

» Item y q ue nostredit fils le roy Henry ne nous turbera , inquiettera ou empèse hera que nous ne tenons et possidons tant que nous vivrons , ainsi que nous tenons et possidons de présent la couronne et dignité royale de France , et les revenuës , fruits, pourveux d'iceux à la sou$lenance de nostre estât et des charges du royaume ; et que nostredite compaigne aussi ne tiengne tant qu'elle vivra estât et dignité de roy ne, s^on lacoustumeduditi^pyaume, avecques parties desdites rentes et revenuës à elle convenables.

» Item y est accordé que nositredite fille Catherine aura et percepvra ou royaume d'Angleterre douaire , comme les roynes d'Angleterre ont oir

278 joawrs'AL (i4ao)

teoips passé accoustumé d'avoir et percepvoir , c'est assavoir pour chacun ao cparante mille eseus , et desquels les deux valent toujours ung noble d'Angleterre.

» Item, est accordéque noslredit fils Henrj d'Angleterre par toutes voyes , moyens et manières qu'il pourra, sans transgression ou offense du serment par lui fait dç observer les lois et coustumes^et droits de sondit royaume, labourera et pourverra que nostredite fille Catherine, le plus tost que faire se pourra, soit en tout plainement assurée de percevoir et avoir en sondit royaume d'Angleterre du temps de son trespas le douaire devant dit de quarante mille escus annuels, desquels les deux vallent toujours ung noble d'Angleterre.

» Item y est accordé que s'il advenoit que nostre fille Catherine survive à nostredit fils Henry , elle percepvra et aura ou royaume de France, tantost après le trespas de nostredit fils , douaire de deux cent mille francs par an sur les terres , lieux et signeuries que tint et eut en douaire nostre très chière dame de bonne mémoire Blanche, jadis femme de Philippe de bonne mémoire, jadis ro^ de France, nostre Irèsrebolidté signeur et grant ayeuL ^ /fe^^ est accordé que tantost après nostre trespas et dès lors ea avant, la couronne et royaume de France avec tous leurs droits et appartenance de- Tnoureront et seront perpétuellement de nostredit fils le roy Henry et de ses hoirs.

» Item y pour ce que naus sommes tenus et em-

(:4a») BOURGEOIS DE PARIS. 279

]>eschés le plus du temps , par telle manière que nous ne pouvons autre personne entendre, ou vacquer à la disposition des besoingnes de nostre royaume , la faculté et exercice de gouverner et ordonner la chose publique dudit royaume seront et demourront nostre vie durapt à nostredit fils Henry avec le conseil des nobles et saiges dudit royauipe à nous obéissants qui aurDnt amé le prouffit et honneur dudit royaume ; par ainsi que dès maintenant et d'ores-en-avant il puisse icelle régir et gouverner par lui-mêm^, et p^r autres qu*il voudra députer avec le conseil d^ nobles et saiges dessusdits , lesquels faculté et exercice de gouverner ainsi estant par -devers nostredit fils Henry, il la1)ourera affectueusement et loyaument à ce qu'il puist et doit estre à l'honneur de Dieu et de nous et de nostredite compaignie, et ^ussi au bien publique du dessusdit royaume, et à deffendre, tranquiller, appaiser , gouverner icellui royaume selon l'exigence de justice et équité, avecque le conseil et aide des grands signeurs, barons et nobles dudit royaume .

» Item y que jiostredit fils fera de son povoir que la cour de parlement de France sera en tous et chascuns lieux subjets à nous maintenant , et ou temps à. venir.

. » Item y que nostredit fils de son povoir defiendra et conservera tous et chascuns pers, nobles , cités, villes et communautés -et singulières personnes à nous maintenir ou temps -à venir subj^s en leurs droits, coustumes , privilèges i prééiiiinauc^es ^ li-

28o JOUajfAL {i4ao)

bertés et franchise^ à eux appartenir ou d'eux en tous les lieux subjets à nous maintenir ou temps à venir.

» //e/Tf^que.nostreditfilsloyalment, diligemment labourera, et fera de son povoir cjue justice sera administrée oudit royaume , selon les lois , droits et coustumes du royaume de Finance , sans acceptioade personne ; -et conservera et tendra les sujets de-nostredit royaume en pàix et tranquillité, et de son povoir les gardera -et dçfendra de violences et d'oppressions quelconques.

» Item^ est accordé quenostredit fils Henry pourvera , et fera de sou povoir que aux offices, tant de la justice de parlement que des bailliages et seneschauèsées, prévostéset^iutres, appartenants au gouvernement de seigneurie^ et aussi à tous autres offices dudit royaume, seront prinses personnes habilles, prouffitables «t ydoines pour le bon, juste, p£iisible et tranquille, régime dudit royaume, et des adn^nistrations qui leur seront à commettre, et qu'ils soient tels qu'ils doivent estre députés et prins selon les lois et droits dudit royaume.

» Item, que nostredit fils labourera et fera de son povoir, le plustost que faire se pourra prouffitablement, à mettre il nosti>e obéissance' toutes et chascunes cités, villes, chasteaux, lieux, pays et personnes dedans nôstre j?oyaume desobéissants à nous et rebelles tenants la partie> ou-estants de la partie vulgairement appelles du dalphin ou d'Arminaz. • y>Iiemy afin que nostredit fils puisse faire exerceret

(i4ao) d'uI^ BOUBGEOIS DE PARIS. a8l

accomplir les choses dessusdites plus prouffitablement et seurement , il est accordé que les grands seigneurs , barons et nobles , et les estats dudit royaume tant espirituels comme temporels, et aussi les cités èt notablescommunes^les citoyens et bourgeois des villes dudit royaume à nous obéissants pour le temps, feront les serments qui s 'ensuivent.

»Premier à nostredit fils, ayant la faculté et exercile de disposer et gouverner ladite chose publique, et à ses comiïiandémentset mandements en toutes choses concernants l'exercice du gouvernement dudit royaume; et par toutes choses obéiront et entendront humblement à lui et obéissamment.

» Item^ que les choses qui sont ou seront appointées et accordées entre nous et nostredite compaigne laroyne, et nostredit fils Henry , avecques le conseil de ceux que nous et nostredite compaigne et aoçtredit fils aurons à ce commis , lesdits grands seigneurs, baron^^ nobles et estats de nostredit royaume, tant espiritueux que* temporels, ét aussi les cités , notables communautés , les citoyens et bourgeois des villes dudit royaume, en tant que à eux etàchaiscun d'eux pourra toucher, et en tout et partout bien, et loyalement garderont et feront de leur po voir garder par tous autres quèlsconques.

*» Item , que continuellement, dès nostre trespas et après icellui, ils ferdnt féaux hommages liges à nostredit fils et à ses hoirs; et icellui nostre fils pour leur seigneur lige et souverain et vrairoy de France, sans aucune opposition, contradiction ou

283 JOUimAL (i4><»)

difficulté, receveront, et comme à tel obéiront , et qu'après ces choses jamais n'obéiront à autre comme roy ou régent le royaume de France; se non à nostredit fils le roy Henry et à ses hoirs.

» Itemy qu'ils ne seront^n conseil, aide, ou consentement que nostredit fils Henry perde vie ou membre , ousoitprinsde mauvaise prinse, ou qu'il seuflPre dommaige ou diminution en personne, estât, honneur ou biens ; mais se ils scevent aucune telle chose soit contre lui nulle, machinée,' ils l'empescheront de leur povoir, et lui feront assavmr le plustost qu'ils pourront par eux , messaigers ou lettres.

» Iteruy est accordé que toutes et chascunes conquestes qui se feront par nostredit fils Henry hors de la duché de Normandie , dedans le royaume de France , sur les désobéissants dessusdits, seront et se feront à nostre prouffit, et que nostredit fils de son povoir fera que toutes 'et chascunes terres et seigneuries estants ès lieux qui sont ainsi à conquérir, appartenants aux personnes à nous présentement obéissants qui jureront garder cette présente concorde, seront restituées ausdites pf?rsonnes à qui elles appartiennent.

)) Item y est accordé que toutes et chascunes personnes ecclésiastiques, bénéficiées ou duchié de Normandie ou autres lieux quelconques du royaume de France subgets à nostredit fils , à nous obéis^ sants et favorisants la partie Je nostre chier et amé fils le duc de Bourgongne » qui jureront garder

(i4'o) d'un BOUKGfcQiS> DE PAKIS. 285

cette présente concorde , joyront paisiblement de leurs bénéfices ecclésiastiques , estants oudit duché de Normandie ou lieux devantdits.

» Item^ que semblablement toutes et chascunes personnes ecclésiastiques obéissants à nostredit fils le roy Henry et bénéficiers, ou royaume de France, et ès lieux subjets à nous, qui jureront et garderont cette présente concorde , joyront paisiblement de leurs bénéfices ecclésiasticpies ès lieux devantdits^ » Item y que toutes et chacunes églises, universités et estudes généraux, et aussi collèges, estudiants et autres collèges ecclésiastiques estants ès lieux à nous subjefs présentement , ou pour le temps à venir, en la duchié de Normandie ou autres lieux du royaume de France, subjets à not redit fils le roy Henry, joyront de leurs droits et pocessioM, rentes, prorogatives, libertés, prééminences et franchises à eux ou royaume de France comvient que ce soit appartenants ou deues , saufve les droits de la couronne de France et de tous autres,

» Item y et quant il avendraque nostredit fils le roy Henry, vendra à la couronne de France, la duchié de Normandie , et aussi les autres et chascuns lieux par lui conquis ou royaume de France, seront sous la jurisdiction , obéissance et monarchie de ladite couronne de France.

r>Itemy est accordé que nostredit fils le roy Henry de son povoir se parforcera , et fera que aux personnes à nous obéissants et favorisants la partie dite qu'on dit de Bourgongne , auxquelles appar-

2 Ri JOURNAL (i4ao)

tenoient seigneuries , terres , revenus et pocessionsen ladite duchié 3e Normandie , ou aux autres lieux ou royaume de France , par icellui nostre fils le roy Henry, conquises jà pieca par lui données, soit faite sans dimimution de la couronne de France, bonne recompepsation par nous èslieus et terres acquises ou à acquérir en nostre nom sur les rebelles ou désobéissants à nous. Et se nostre vie ladite recompensation n'est faite aux dessusdits, nostredit fils le roy Henry, la fera èsdites terres et biens, quant il sera venu à la couronne de France : mais se les terres , seigneuries , rentes ou possessions qui auxdites personnes appartiennent èsdits dudiié et lieux ^ ne auront esté données par nostredit fils, lesdites personnes seront restituées sans délai.

»Item, que durant nostre vie, en tous les lieux à nous présentement ou pour le temps à venir subjets, les lettres communes de justice, de don^ d'offices, de bénéfices et d'autres pardons , ou par rémissions et privilèges deveront estre escripts , et procéder sous nostre nom et sceL Toutes voyes, pour ce qu'aucuns cas singuliers pourront avenir, qui .par humain engin ne peuvent pas tous estre préveus, èsquels pourra estre nécessaire et convenable que nostredit fils le roy face escrire ces lettres en tel cas y s'aucuns en adviennent , il sera loisible à nostredit fils pour le bien et seurté de nous et du gouvernement à lui , comme dit est , appartenant. Et pour éviter les périls et dommai-

(i4ao' d'u^ bourgeois DE PARl^. 285

ges qui autrement pourroient vraisemblablement avenir, escrire ses lettres à nos subjets, par lesquelles il commandera et deffendera , et mandera de par nous et de par lui comme regent , selon la nature et qualité de la besongne.

» Item y que de toute nostre vie , nostredit fils le roy Henry , ne se nommera ou escrira aucunement, ou fera nommer ou escrire roy de France ; mais doudit nom de tous points se abstendra tant comme nous vivrons.

nltem^ est accordé que nous, durant nostre vie^ nommerons, appellerons nostredit fils le roy Henry en langue Françoise : nostre très-chier fils Henry roy d'Angleterre , héritier de France, et en lan-^ gue latine, noster percarissimus Jilius HenricuSj reoc JinglicBy hœres Francice.

»Item^ que nostredit fils n'imposera ou fera imposer aucunes impositions ou exactions à nos subjets sans cause raisonnable et très nécessaire , ne autrement que pour le bien publique du royaume de France, et selon l'ordonnance des lois, exigence et coustumes raisonnables et approuvées dudit royaume.

»Itemy et afin que concorde,* paix et tranquillité entre lés royaumes de France et d'Angleterre, soient pour le temps à venir perpétuellement observées, et qu'on obvie aux obstacles et commendements par lesquels entre lesdits royaumes débats, discussions ou discordes povoient sourdre ou temps à venir , que Dieu ne veuille ! il est accordé que

nostredil fils labourera par effet de sonpovoir qûe de l'advis et consentement des trois estats desdits royaumes, obstés les obstacles en cette partie, soit ordonné et pourveu que du temps que nostredit fils sera venu à la couronne de France ou aucuns de ses hoirs , les deux couronnes de France et d'Angleterre à toujours mais perpétuellement demourront ensemble , et seront en une mesme personne; c'est assavoir en la personne de nostredit fils le roy Henry, tant qu'il vivra, et de là en avant ès personnes de ses hoirs qui successivement seront les ungs après les autres y et que ces deux royaumes seront gouvernés, depuis ce temps que nostredit fils ou aucuns de ses hoirs parvenr a ou parvenront ausdis royaumes, non divisément, sous divers roys, sous ung mesme temps, mais sous une mesme personne qui sera pour le temps roy et seigneur souverain de Tung et de l'autre royaume , comme dit est , en gardant en toutes choses à l'ung et à l'autre royaume ses droits , libertés ou coustumes, usaiges et lois , non soubmettant en quelque manière Tûng desdits royaumes à l'autre, ne les lois, droits, coustumes ou usaiges de l'ung d'iceux royaumes aux droits , lois , coustumes ou usaige de l'autre.

» Item, que dès maintenant et à tous jours perpétuellement se tairont et appaiseront de tous points, cesseront touttes haines , rancunes, inimitiés et guerre d'entre lesdits royaumes de France et d'Angleterre, et les peuples d'iceux royaumes adhérents

(i4ao) D*UN BOUUGEOIS DE PARIS, 287

à laditte concorde ; et entre lés royaumes dessusdits sera et aura vigueur dès maintenant , perpétuellement elà jamais, paix, tranquillité, concorde, affection mutuelle , amitié ferme et stahle ; et se aideront lesdits deux royaumes ; et de leurs aides et consetils, et assistances mutuelles contre toqtles personnes qui à eux ou à Tung d'eux s'efforceront de donner violence, injure, grief ou dommaige; et converseront, marchanderont ensemble les ungs avecque les autres fr^inchement et seurement , en payant les coustumes et devoirs deubs et accoustumez.

» Itemyque tous les confédérés et alliés de nous et dudit royaume , et aussi tous les confédérés de noslredit fils Henry et dudit royaume d'Angleterre, qui dedens ungmœs, après que cette présente concorde de paix leur sera notifiée , ils auront déclairé se vouloir fermement adhérer à ladite concorde , et estre comprins sous le traité et concorde d'icelle paix, scnent comprins sous les admiiiés et considérations , seureté et concorde d'icelle paix , sauf touttes voyes à Tune et à l'autre desdites couronnes, à nous et à nos subgets, et aussi à nostredit fils le roy Henry et à ses subgets, ses droits , accions , remèdes quelconques convenables en ceste partie , et compétants en quelque manière que ce soit envers lesdits alliés et confédérés,

» Item y il est accordé que nostredit fils le roy Henry, avec le conseil de nostre très chier fils

288 JOURNAL (Mao)

Philippe, duc de Bourgongne, et des nobles autres du royaume qu'il conviendra et appartiendra pour ce estre appelés , pourverra pour le gouvernement de nostre personne seurement, convenablement et honestement , selon l'exigence de nôstre estât et dignité royale, par telle manière que ce Sera Tonneur de Dieu et de nous, et aussi du royaume de France et des subgets d'icelui, et que touttes personnes, tant nobles comme autres, qui serontentour nous pour nostre personnel et domestique service, non pas seulement en offices, mais en autres ministères , seront tels qu'il» auront esté nés ou royaume de France ou des lieux de langaige François , bonnes personnels saiges , loyalles et ydoines oudit serviche.

» Item y que den^eurerons et résiderons personnellement en lieu notable de nostre obéissance, et non ailleurs. . ^ •

» /^ew^ considérés les orribles et enorjnes crimes et* délits perpétrez oudit royaume de France par Charles, soi disant daupliin de Viennoys, il est accordé qoe nous , ne nostredit fils leroy Henry, ne aussi nostre trte chier fils le duc de Bourgongne, ne traiterons aucunement de paix ou de concorde avec ledit Charles, ne ferons ou ferons traiter, se non du conseil et consentement de tous et de chascun de nous trois , et de» trois estats des deux royaumes dessusdits.

»/<em^ est accordé que nous, sur les chosesdessus dittes et chascunes d'icelles , outre nos lettres-pa-

(i4«o) D*UW BOURGEOIS DB PARIS. 289

tentes scellées de noslregrantscel, donnerons et ferons donner et faire à nostredit fils le roy Henry lettres-patentes approbatoires et confirmatoires de nostredite compaigtie, et dudit fils Philippe, duc de Bourgongne , et des autres de nostre sang royal , des grands seigneurs, barons, cités et villes à nous obéissants, desquels en cette partie nostredit fils le roy Henry vouldra avoir de nous.

y> Itemy que semblablement nostredit fils le roy Henry, pour sa partie , outre ses lettres-patentes sur ces mêmes choses scellées de son grand scel , nolisfera donner et faire lettres-patentes approbatoires et confirmatoires de ses très chiers frères, et des autres de son sang royal, des grands signeurset barons, et de cités et villes à lui obéissants, desquels en ceste partie nous vouldrons avoir lettres de nostredit fils le rpy Henry. Touttes lesquelles choses dessus escriptes, nous, Charles, roy de France dessusdit, pour nous et nos hoirs, en tant que pourra toucher nous et nosdits hoirs sans dol , fraude pu mal engin , avons promis et promettons , juré et jurons, en parolle de roy aux saints évangiles de Dieu , par nous corporellement touchées, faire accomplir et observer, et que icelles ferons par nos subgez accomplir et observer, et aussi que nous ne nos héritiers ne vendrons jamais au contraire des choses dessusdittes , ou d'aucunes d'icelles çn quelque manière , en jugement , directement ou par oblique, ou par cpielque couleur exquise. Et aflSn que ces choses soient fermes et estables per-

M Xf^TRELEr. T* Xf^' — JoOBIf. d'cN BOURG. DiPaRIS. 1 ()

290 JOURNAL (ï4ào)

pétuellemeni et à toujours, nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné à Troyes le vingtuniesme jour de may, Tan de grâce mil quatre cent vingt , et de nostre règne le quarantiesme. Ainsi signé. Par le roy en son conseil.

» Jehân db Rivel. »

Item ^ tant furent devant Montereau, en mil quatre cent vingt , que ceux de dedens se rendirent, sauf leur vie, en payant une somme d'argent. Entre les autres estoit Tesné de Guitry, Tung des plus plains de cruauté et de tirannie qui fust au monde, lequel fut délivré avec les autres, qui depuis fist tant de tirannie ou pays de (Gastinois èt ailleurs que fist oncques Sarrazin.

Iterriy de là vindrent le roy d'Angleterre et les Bourguignons devers Melun, et misdrent le siège.

Item^ en ce temps éstoient pleines vendanges à la my-aoust ; et toujours couroient les Arminaz plus que devant; et pour eux enchéry tant la chose, espécialement à Paris, qu'une paire de souliers valloit dix sols parisis ; une paire de chausses pou bonnes , deux francs ou qu^irente sols , touttes choses de quoi homme se povoit aider au prix.

lïemy ung escu d'ox de dix-huict sols valloit en ce temps quatre ffancs ou plus, un bon noble d'Angleterre valloit huict francs,

Itemy en ce temps avoit si grant faute de change à Paris, que les pouvres gens n'a voient nulles aumônes, ou pou; car en ce temps quatre viels deniers parisis valloient mieux qu'un gros de seize

(i4io) d'un bourgeois de paris. 291 deniers, qui pour lors couroit, et faisoit-on de très mauvais lubres de huict deniers, qui par-devant furent tant refusez, et par justice defiendus le^ gros dessusdits. Et pour plus grever le pouvre commun , fut mis le paih de huict deniers à dix , et celui de seize à vingt.

Iteniy une livre de bonne chandelle valloit dix blancs, ung œuf, quatre deniers, la livre de fromaige de presse, huict blancs.

Iteniy à la Saint-Remy, le propre jcTur, fut crié le pain de cinq blancs à deux sols parisis, celui de dix deniers à douze deniers , ung œuf six deniers. , ung hareng caqué douze deniers , ung*hareng pou dré cinq blancs.

Iteniy parcelle saison estoit le vin si cher, qu'une queue de vin du crû d'entour Paris on la vendoit vingt et ung oti vingt-deux francs ou plus. Et en celle abnée plusieurs qui furent cuilliz ou mois d'aousl devindrent gras ou aigres.

Item^ en ce tetiaps couroient toujours devant Paris et venoient jiasques aux portes de Paris les Arminaz; et boutoient feux, prenoient marchands à rentrée de Paris ; et n'estoit homme qu'on laissast j^ssir ; et sembloit qu'aucun de ceux qui y gouvernoierit en ce temps, eussent aucune alliance avec eux ; car nul marchand n'alloit de Paris ou ne venoità Paris tarit secrettement, qu'ils nescussent aucunement l'allée ou la venue ; parquoi Paris demeura si nu de tous biens , espécialénient de pain et débuche, que ung sextier de bonne * farine ,

3g2 JOUKKAL (i4ao)

seize ou dix-sept francs , la meschante bûche de Marne, quatre francs , et touttes choses au prix ; car Tost du roy, qui toujours estoit devant Meleun sans rien faire , dégastoit tant de biens qu'on s'en sentoit bien vingt lieues tout autour.

Item y fut là tout octobre^ et le dix-septiesme jour de novembre, jour Sainct-Germain , à un dimenche, entrèrent nos seigneurs dedens Meleun , et se rendirent tous ceux de dedens à la voulente du roy ; car tous mouroient de faim ; et mangeoient leurs chevaux ceux qui en avoient.

Item y le jeudi ensuivant furent admenez à Paris envirop de cinq ou à six cents prisonniers de ladite ville de Meleun , et furent mis en diverses prinsons.

Item y depuis que la ville de Meleun fut prinse, furent nés seigneurs, c'est à sçavoir le roy de France, le roy d'Angleterre, les deux roynes, le duc de Bourgongne. le duc Rouge et plusieurs seigneur^, tant de France que d'ailleurs, demourants à Meleun et à Corbeil, jusques au premier jour de décembre, jour Sainct-Eloy, qui fut un dimenche; et cedit jour entrèrent à Paris à grant noblesse ; car toute la grant rue Sainct-Denis par où ils entrèrent, depuis la seconde porte jusques àNoslre- Dame de Paris, estoient-encourtinées les rues et parées moult noblement; et la plus grant partie des gens de Paris qui avoient puissance, furent vestus de rouge couleur; et fut faitte en la rue de Kalende, devant le palais, un moult piteux mystère

(i4ao) d'un BOUllGfiOIS DK P\H1S.

de la passion Nostre-Seigneur au vif, selon que elle est figurée autour du cueur de Nostre-Dame de Paris; et duroientles eschaflPaux environ cent pas de long, venants de la rue de la Kalende jusques au murs du palais; et n'estoit homme qui veist le mystère, à oui lé cueur ne apiteast. Ne oncques princes ne feurent receus à plus grant joye qu'ils furent; car ils encontroient par touttes les rues processions de prestres revestus de chappes et de surpeliz, portant sanctuaires, chantants Te Deum laudamus ^ ou Benedictus qui venit. Et fut entre cinq où six heures après midi, et loutte nuit, quant ils revenoient en leurs églises ; et ce faisoient si liement et de si joyeux cueur, et le commun par cas pareil ; car rien qu'ils feissent pour complaire auxdits seigneurs ne leur ennuyoit; et si avoit très grant pouvreté de faim , la plus grant partie, espécialement le menu peuple ; car ung pain qu'on > avoit ou temps devant pour quatre deniers parisis, coustoit quarantè deniers parisis ; le sextier de farine, vingt-quatre francs ; ïe sextier de poix ou de febves bonnes , vingt francs.

Item^ le lendemain, deux dudit mois, entra la royne, avecque elle la royne d'Angleterre, la femme du duc de Clarence, frère du roy d'Angleterre, dedens Paris, à telle joye , comme devant est dit, du jour du diraenche; et vindrent lesdites roynes par la porte Sainct-Apthoine , et furent les rues tendues par où ils vindrent et leur cempaignie, comrae^devant est dit.

lieriiy avant qu'il fust huict jours passés après leur venue, enchéry tant le blé et la farine, que le sextiier de blé froument valloit à la mesure de Paris, ès halles dudit Paris, trente francs de la monnoye qui lorscourroit, et la farine bonne valloit trente-deux francs, et autre grain au prix, selon qu'il estoit, et n'y avoit point de pain à moins de vingt-quatre deniers parisis pour pièce , qui estoit atout le bran, et le plus pesant ne pesoit que vingt onces ou environ. En icelui temps avoient pouvres gens et pouvres prestres mal temps, qu'on ne leur donnoit que deux sols pari»s pour leui? messe , et pouvres ne mangeoient point de pain que choux et naveaux , et tels sans pain ne sans sel.

Item y tant enchéri le pain avant que Noiiel fust, que cil de quatre blancs valoit huitblancs; et n'estoit nul qui en pust encore finer, s'il n'alloit devant le jour chez les boulangers, et donner pintes et chopines aux maistres et aux varlets pour en avoir ; et â n'y avoit vin en ce temps, qui ne coustàst douze deniers la pinte du moins : mais on ne le plaignoit point qui en povoit avoir; car quant ce vènoit environ huit heures, il y avoit si très grant presse à l'uys des boulangers, que nul ne le croiroit qui ne l'auroit veu ; et les pouvres créatures qui pour leurs pouvres maris qui estoient aux champs , ou pour leurs enfants qui mwroient de %im en leurs maisons , quand ils n'en povoient avoir pour leur argent ou pour la presse. Après celle heure, ouyssez parmi Paris piteux plains.

(i4ao) d'un bourgeois DE PARIS. 2g$

piteux cris, piteuses lamentations, et petiz enfants orier : Je meurs de faim j et sur les fumiers parmi Paris, quatorze cent vingt, pussiez trouver ci dix , ci vingt ou trente enfants, fils et filles, qui là mouroient de faim et de froit ; et n'estoit si dur cueur qui par nuyt les oui&t crier : Hélas ! je meurs de faim y qui grant pitié n'en eust; mais lespouvres mesnaigiers ne leur povoient aider ; car on n*avoit ne pain , ne blé , ne bûche, ne charbon ; et si estoit le pouvre peuple tant oppressé des guets qu'il falloit faire de nuyt et de jour, qu'ils ne sçavoient eux aider ne .à autrui.

Item y en ce mois de décembre , fut déposé de la prévosté de Paris , Qamecy ; et fut iqstitué prévost de Paris un chevalier nommé monsieur Jehan du Mesnil, septiesme jour de décembre, jour S.-Ladre.

Item y le jour Saint4ilstienne ensuite fut institué prévost des marchands ung nommé maistre Hugues le Coq*

//ew^ le jour Saint-Jehan évangéliste ensuivant, vingt septiesme jour de • décembre , fut institué évesque de Paris ung nommé maistre Jehan Courtecuisse , maistre en théologie et prudomme.

Item y ce jour partit la fille de France, nommée Katherine, que le roy d'Angleterre avoit espousée , et fut menée en Angleterre ; et fut une piteuse départie , espécialement du roy de France et de sa fille.

Item y le roy d'Angleterre laissa pour estre capi-

2g6 JoniiNAL (1420)

taine de Paris, son frère le duc de Clarence et deux autres comtes qui pou de bien firent à Paris.

Item y en ce temps estoit le blé si cher , que le sextier de bon blé valoit trente-deux francs et plus, le sextier d*orge vingt^sept francs, un pain de seize onces à toute la paille huit blancs, de fèves , de^ pois , nul pouvre homme n'en mangeoit qui ne les lui donnoit.

Item, une pinte de vin moyen pour mesnaige coustoit seize deniers parisis , tout le mains, qu'on avoit eu le temps précédent , ou ciussi bon^ pour deux deniers parisis.

Item y en ce temps, à la Chandeleur, pourcon^ forter pouvres gens, furent remises sus , les enfants de l'ennemi d'enfer , c'est asçavoir , impo-r silions , quatre et malestoutes ; et en furent^ gouverneurs geiis oyseus qui ne sçavoient mais de quoi vivre , qui pinçoient tout de si près , que toutes marchandises laissoient à venir, tant pour la mon-r noie , comme pour les subsides. Par quoi si grant cherté s'ensuivit, que à Pasquesungbon bœuf coustoit deux .cents francs au- plus, un bon véel douze francs , la fliche de lart huit ou dix francs , ung pourcel seize ou vingt francs, un petit, fromaige tout blanc seize sols parisis, et toute viande au prix; ung cent d'œufs coustoit seize sols parisis ; et toute jour et toute nuyt avoit parmi Paris pour la cherté devant dite les longs plains , lamentations, doideurs, cris piteables que oncques je croy que Jérémie le prophète ne fist plus dq^

<i4ao) d'un bourgeois dk pakis. 297

loreux , quand la'cité de Jhérusalem fut toute destruite, et que les enflPants de Israhel furent menés en Babylone en chetivoison (captivité); car jour et nuyt cry oient hommes , femmes , petiz enffants : Hélas ! je meurs de froit^ l'autre de faim. Et en bonne vérité il fit le plus long^yvér que homme eust veu passé avoit quarante ans ; car les foires de Pasquesil négeoit , il geloit et faisoit toute la douleur de froitqueon povoit pencer. Et la grantpouvreté que aucuns des bons habitants de la bonne ville de Paris véoient souflTrir , firent tant , qu'ils acheptèrent maisons trois ou quatre , dont ils firent hospitaux pour les pouvres enffants qui mouroient de laim parmi Paris, et avoient potàige et bon feu et bien couchez. Et en moins de trois mois avoit en chacun hospital bien quarenté lits ou plus bien fourniz, que les bonnes gens de Paris y avoient donnés, et estoit l'ung en la Heaumerie, ung autre devant le Palays , et l'autre en la place Maubert. Et en vérité, quant ce vint sur le doux temps, comme en avril , ceux qui en ^ver avoient fait leurs beuvages comme despence de pommes ou de prunelles, quant plus n'y en en avoit, ils vuidoient leurs pommes ou leurs prunelles en mi la rue , en intencion que les porcs de S. Anthoine les mangeassent : mais les porcs n'y venoient pas à temps ; car aussitôt qu'èlles y estoient getées , ils estoient prinses des pouvres gens , de femmes et d'enffants qui les mangeoient par grant saveur, qui estoit une très grajit pitié, chacun pour oyr

298 JOUBtlAL (i4ao)

mesme ; car ils man^eoient ce 'que les porceau;x ne daignoient manger; ils mangeoient trougnons de chonx sans pains ne sans cuire, leis herbettes des champs sans pain et sans sel. Brief, il estoit si cher temp$ , que pou des mesnaiges de Paris mangeoient leur soult de pain ; car de char n'en mangeoientils point , ne de levés ne de pois, que verdure qui estoit merveilleusement chère.

Item y ou moys de mars vers, la fin , es foires de Pasques prindrent journée de combattre les Arminaz contre le duc de Clarence, qui estoit capitaine de Paris, et le duc d'Opter (Glocester) et frère ainsné du roy Angloys ; et devqit estre la bataille entre Angers et le Manssur la rivière du Loire. Si alla voir la place le duc de Clarence avant que le jour de la bataille fust, laquelle place estoit ou pays d^s Arminaz ; et lui convint passer ladite rivière par ung pont bien estroit ; et fut bien accompaigné de quinze cents hommes d'honneur et de cinq cents archers. Ses ennemis, qui avoient toujours des amis partout, lesceurent, «t firent deux embûches en ung bois où il lui convenoit passer après la rivière ; et devant , outre le bois , avoit bien quatre cents hommes armés au cler sur une petite montaigne , lesquels \e% Angloys pov oient bien voir : si n'en tindrent compte , car ils cuidoient què plus n'en y eust que ceux-là dont ils feurent déceuz; car en la vallée avoit une grosse bataille d' Arminaz;, sans les deux embusches devant dits , qui , aussitôt qu'ils virent que les Angloys furent dedens le boys^

(l4ai) t>*UiN BOURGEOIS DE PAltlS. 29g

issirent par derrière^ et allèrent rompre le pont, et puis les vindrent accueillir par derrière et par les côtés, et les autres par devant; et ainsi furent tous mis àTespée, se non environ deux cents hommes , comme ménestriers et autres , qui eschappèrent par bien fouir ; et refirent le pont le mieux qu'ils porent, et s'enfuirent à leurs logeys ; et quant ceuxdeslogeis qui estoient demourezlesceur rent, ils se mirent comme tous enraigez ès faubourgs du Mans, et mirent le feu^ et tuèrent femmes et enffants, et hommes vieux et jeunes sans mercy . Et fut la vigille de Pasques, qui fut le vingt-uniesme jour de mars quatorze cent vingt.

Item^ en ce mois, fut ordonné garde de la justice de la prévosté de Paris, sire Jehan de la Vallée, chevalier, seigneur de Walestin.

Item^ le samedi ensuivant, Iç douziesme jour d'avril, fut criée la monnoie de Rouen, que le gros de ^ize deniers parisis ne vaudroit que quatre deniers parisis, et le noble soixante sols tournois, et Tescu trente çols toarnois.

Ivamy le mardi ensuiTant, en fut si grand escry à Paris, que chascun cuidoit certainement que on feist ainsi le mercredi ou le samedi ensuivant de la n^onnoie, comme on avoit fait à Rouen ; dont tous vivres enchérirent tant , que on n'en povoit finerf car une pinte d'huile, qui ne valoit que cinq sols ou seize blancs., cousta avant le sabmedi douze sols parisis , la livre de chandelle dix sols parisis, la livre d^ beuirre salé dix sols parisis , et toutes

3oO JOURNAL (i4ai)

autres choses ou prix; et vendoit chacun marchand ainsi qu'il vouloit toutes denrées; car nul n'y mettoit aucun remède pour le prouffit publique ; mais disoit-on que tous ceux qui y dévoient mettre le meilleur remède estoient marchands eux-mêmes; par quoi le pouvre peuple souffroit tant de pouvreté de faim, de froit, et de touttes autres meschances que nul le scet que le Dieu de paradis ; car quant le tueur des chiens avoit tué des chiens, les pouvres gens le suivoient aux champs pour avoir la char ou les trippes pour leur manger.

Item , le dimanche devant la Pentecoste commencèrent les bouchiers à vendre char à la porte de Paris, et laissèrent le cymetière Saint-Jehan, Petit-Pont, la halle de Beauvais et les aulres boucheries qui par-devant avoient esté faites.

Item y en cel an fut y ver si long et si divers , qu'il faisoit très grant froit jusques en la fin de mai, et en la fin de juing n'estoient pas encore les vignes fleuries ; et fut si grant année de chenilles , que le fruit fut tout desgasté ; et furent en celle année trouvés à Paris en aucuns lieux escorpions qu'on n'avoit point en ce temps accoustumé à veoir.

Item y en ce temps, à la Porte Saint-Honoré , fut veue dessous le pont,en l'eau, une source comme de sang un peu moins rouge , et fut apperceue le jour Saint-Pierre et Saint-Paul qui fut au dimanche, et dura jusques au mercredi ensuivant, et en furent les gens qui y alloient moult esbahys, et tant qu'il

(i4ai) d'un bourgeois DE PARIS. 3oi

convint que la porte fut fermée, et le pont levé deux jours, pour lagrant multitude du peuple qui là alloit ; et si ne pot oncques personne scavoir la signifiance de la chose.

/i^e/w^ le jeudi ensuivant, vigile Saiht-aMrtin, furent criées lés monnoies à Paris , que le gros de seize deniers ne vauldroit que quatre deniers parisis ; le blanc de quatre deniers , ung denier parisis 'y une pièce de monnoie de deux deniers parisis qui pour lors estoit , ne valloit qu'une maille; qui moult dommaigea pouvres gens, et ne fist prouffit que à ceux qui avoient rentes et revenues.

Item^ le jour Saint-Martin, entra le roy d'Angleterre à Paris à belle compagnie, et si ne sçavoiton rien de sa venue , tant qu'il fut à Saint-Den js en France.

Item y en ce temps estoient les loups si aflPamés, qu'ils déterroient à leurs pattes les corps des gens qu'on enterroit aux villaiges, et aux champs; car partout où on alloit, on trouvoit des morts et aux champs et aux villes, de la gtant pouvreté qu'ils , du cher temps et de U famine ^ souflProient parla malditte guerre, quitoujourscroissoitde jour jour , de mal en pire.

Item y en ce temps estoit très grant mortalité , et touts mouroient de chalejir, qui ou chief les prenoit^ et puis la fièvre; et mouroient sans rien ' ou pou empirer de leur char , et touts, ouïes plus jeunes gens. En ce temps estoit le vin si cher, que chacune pinte de via moyen coustoit quatre

302 JI0UR5àL (1411)

sols parisis , et si n'amendoit point le vin ; et si y avoit en ce temps à Paris plus de blé que homme qui fust né en ce temps y eust oncques veu de son aage ; car on tesmoignoit qu'il y en avoit pour bien gouverner Paris pour plus de deux ans entiers; et si n'estoit point encore cueilli l'aoust de nul grain.

Item y en ce temps estoit une grosse murmure à Paris pour le cri devantdit de la monnoie, car touts les gens , ceux du palais , du Chastelet^ se faisoient payer en forte monnoie, et tout le domaine du roy, comme impositeur, quatriesme et toutes subsides; et ne prenoient le gros que pour quatre deniers parisis, et le mettoient en toutes choses aux pouvres gens pour seize deniers parisis. Si se courrouça le commun, et feirent parlement en la maison de ville. Quant les gouverneurs les veirent, siorent paour, et feirent crier que le terme des maisons premier venant, se payeroit en douze gros pour ung franc , et cependant on y remédieroit le mieux que on pourroit , et estoit environ dix ou douze jours après la Sainct- Jehan mil quatre cent vingt-ung; et fust dit ou cri que la derraine sepmaine d'aoust , chacun qui lenoit maison à titre de louaige,ou qui devoitcens ou rente, allast parler à«sou hoste, ou censier ou rentier, sçavoir en quelle monnoie ils se vouldroient payer après la Sainct-Remy; et ouye leur response, ils estoient quittes pour renoncer ou louaige, ou cens, ou rente; dont le peuple se desporta.

(i4»0 d'un bourgeois de paris. 3o3

et fust appaisié , pour ce qu^encore avoient deux mois de terme à prendre ou renoncier, et que le terme de la Sainct- Remy venant seroit payé , comme on l'avoit accoustumé devant , douze gros pour ung franc.

Item y en ce temps estoient les loups si affamés, qu'ils entroient de nuit es bonnes villes , et faisoient moult de divers dommaiges^ et souvent passoie nt la rivière de Seine et autres à neu (nage); et aux cimetières qui estoient aux champs , aussitost qu'on a voit enterré les corps, ils venoient par nuit et les desterroient et les mangeoient , et les gembes, qu'on pendoit aux portes, mangèrentils en saillant, et les femmes et enffants en plusieurs lieux.

Item^ la preniière sepmaine du mois d'aoust, l'an mil quatre cent vingt-un, fust institué prévost de Paris Pierre , dit le Barrât.

Item^ en icelui mois print le roy d'Angleterre Dreux, Bonneval, Espernon, et autres villes par traité , que les Arminaz, qui dedans estoient , s'en allèrent sauvemcnt , qui puis firent tant de maux que nul ne le croyoit.

Item^ en ce temps estoit tout fruit si cher, qu'on n'avoit que quatre» pommes pour un blanc; le cent de noix quatre sols ; deux poires six blancs ; deux livres de chandelles pour seize sols parisis ; un petit fromàige trente sols^ ung œuf ti^ois blancs; ung boisseau de fèves ou pois deux francs; la livre de beurre vingt-huit biatics; la

3o4 JOURWAL (i4»0

pinte d'huiUe seize sols parisis ; une paire de souliers de eordouan vingt-quatre sols ; la paire basanne seize sols; la pin le de vin quatre sols; la charge de bûche plus clière que oncques mais*

Item y en ce tenaps , print le roy d'Angleterre deux villes moult nuisants à Paris , que les Arminaz tenoient ; assavoir Rangenay et Villeneufvele-Roj ; et de là s'en vint devant Meaux , droict à la Sainct-Remy.

Item y en ce temps estoit le duc de Bourgongne devant Sainct-Riquier en Pontieu , et là lenoit le siège ; et comme il voult aller à Boulongne sur la mer en pélérinaige, les Arminaz le sceurent et le cuidèrent sourprendre, mais la Vierge Marie y jSst miracle } car une partie de ses gens le laissa et s'enfuirent , comme consentants de la venue des Arminaz ; mais , malgré eux , par la grasce de Dieu et de sa glorieuse mère, les Arminaz feurent desconfits ; et en demoura bien onze cents en la place, sans les cappitaines qui feurent prins, et touts les grands qui là estoient , qui feurent menéis en divers prisons.

Item ^ letroisiesme jour de novembre ensuivant , mil quatre cent vingt -un, fustderechief lamonnoie criée que les gros de seiz^ deniers ne seroient mis que pour deux deniers; et feirent autre monûoie qui ne valloit que deux deniers toiirnois ; dont le peuple fust si oppressé et grevé , que pouvres gens ne povoient vivre ; car comme choux , poreaux , oignons, verjus, etc., on n'avoit à moins de. deux

(Uii) d'un bourgeois de paris. 3o5

blancs , car ils ne vallaient que ung denier après le cri , et qui tenoit à louaige , maison ou autre chose , il en convenoit payer huit fois plus que le louaige, cest assavoir du franc huit francs, de huit francs soixante-quatre francs , ainsi des autres choses ; dont le pouvre peuple ot tant à souffrir de faim et de froit , que nul ne le scet que Dieu. Il geloit aussi fort à la Toussainct qu'il fist oncques à Noiiel ; et finoit-on de rien qui n'avoit menue monnoie.

Item y en ce temps avoit à Paris le premier président de parlement, nommé Philippe de MorviUier , le plus cruel tyrant que homme eust oncques veu à Paris; car pour une parole contre sa voulenté, ou pour sourfaire aucune denrée, il faisoit percer langues ; il faisoit mener bons naarchandsen tumberaux parmi Paris; il faisoit gens tourner au pillorj ; brief il faisoit jugements si crueux et si terribles et si espouventabl<is , que nul homme n'osmt parler contre lui, ne appeller de lui; et avec ce faisoit payer sigrans admendes et si pesantes , que touts ceux qui venoient entre ses mains, s'en sentoient toute leur vie, ou de viUenie ou de chevance , ou de partie de leurs corps.

Item y en ce temps il ordonna , de sa maitrise et de son orgueil, que nul orffevre, ne nul d'autre mestier ne changeroit pour nul besoing à son ami, ne à autre, or pour monnoie , ne monnoie pour or, que les changeurs ; et si n'y avoit si hardi changeur

MOKSTRBLET. T,XV*— JoURK. d'uK BOURG. DE PàRIS. 20

3o6 JOURNAL (i4ai)

qui eust osé prendre d'un escu d'or pour change que deux deniers qui ne lui eust fait tantost amender de deux ou de trois cents livres de bonne monnoie.

Item y en ce temps, estoit encore le roy d'Angleterre devant Meaux , que là périt moult de ses gens de faim , de froit ; car environ quinze jours où trois sepmaine;s devant Noiiel , pleut tant fort jour et nuit , et tant négea ou haut pays que Saine fust si desrivée et grant , que en Grève elle estoit par deçà le moustier du Sainct-Esprit plus de deux lances , et en la grant court du palais , tout outre le moustier deNostre-Dame, dedessoubs la Saincte- Ghappelle et en la Place-Maubert, emprèsla Croix- Hémon ; et ne dura que dix jours, et depuis commença descroistre le dimanche devant Noiiel ; et tant qu'elle mist à croistre , il geloit si fort que tout Paris estoit prins de glace et de gelée , et ne povoit-^n mouldre nul moulin à eaue nul part , qu'à ceux au vent pour les grandes eaues.

Itenij or ce temps, toute ttialheureuseté estoit à Paris par lui qui faisoit payer à tout homme qui avoit point de puissance selon sa qualité argent fin, Tung quatre marcs, l'autre trois, l'autre deux , l'autre trois ou quatre onces , et pour faire celle méchante monnoie davantdit, et qui estoit refusant tantost avoit sergents en sa maison , et estoit mené en prinsons diverses ; et ne povoit-on parler à lui , et le convenoit payer ; et n'eust eu plus vaillant ou monde, puis que ce président l'a-

(i4»i) d'un BOUliOEOlS DE PAUIS, 5oy

voit dit ; et estoient de son conseil deux autres tirans, Jehan Dole et Pierre d'Orgemont, qui meirent marchandises si au bas , que homme ne vendoit ne n'acheptoit que seulement pain et vin ; car un homme estoit tout chargé de dix francs en monnoie ; et pour ce n'en portoit-on point dehors; et si estoif chacun si grevé de payer sa maison , que plixsieurs renoncèrent^ en ce temps à* leurs propres héritaiges pour la rente, et s'en alloient par desconfort vendre leurs biens sur les carreaux, et se partoient de Paris comme gens désespérés* Les uns alloient à Rouen, les, autres à Senlis, les autres devenoient brigands de bois ou Arminaz, el faisoient tant de maux après , comm^ eussent fait les Sarrazins , et fout par le faux gouvernement des devantdils loups ravissants, qui faisoient contre la défense du vieil Testament et du nouvel; car ils mangeoient Ja char atout le sang, et si prenoient la brebis et la laine. Hélas J la grant pitié d'aller parmi la ville de Paris , fust feste ou autre jour ! car vraiment on y véoit plus de gens demandant l'aumosne que d'autres , qui maudis^ soient leurs vies mille fois le jour ; car trop avoient à souffrir ; car en ce temps on leur donnoit très pou , car chacun avoit tant à faire à soi , que pou povoit aider à autre nulle personne ; ne vous eussiez esté en quelque compaignie que vous ne vissiez les ungs lamenter ou plourer à grosses larmes , maudissant leur nativité ; les autres , fortune ; les autres^ les seigneurs; les autres, les gouverneurs

5o8 JOURNAL (i4at)

en criant à haute voix bien souvent et à secret : Hélas ! vrai DieUj quant nous cessera cette pesme douleur et cette douleureuse vie et de damnable guerre ? en disant maintes fois. Vrai Dieu , vindica sanguinem sanctorwji y Venge le sang des bonnes créatures qui meurent sans déserte par ces j aux traisires ArnUnaz.

Item y en ce mois de décembre, le cincjuiésme jour d'iceltiy,^ot la fille de Franche en Angleterre, ung fils nommé Henry.

Item y le lundi devant Noiiel, landemain de Sainct-Thomas , feurent apportées les nouvelles à Paris, dont on sonna partout moult grandement, et fist-on partout Paris les feux comme à la Sainct-Jehan.

Item y en ce temps , la vigile de la Tyephanie vint à Paris le duc de Bourgongne , qui admena foison de gens d'armes qui feirent moult de mal d'entour Paris ; car il ne demoura riens après eux qu'ils peussent, s'il n'estoit trop chault ou trop pesant ; et les Arininaz pu costé de la Porte Sainct- Jacques, de Sainct-Germain, de Bordelles, jusques à Orléans , qui faisoient des maux tant que oncques feirent tirans Sarrazins.

Item y en ce temps estoit le roy d'Angleterre devant Meaux, et y fist son Noël et sa Tyephanie , qui> en toute la Brie, avoit ses gens qui partout pilloiebt ; et pour iceux et pour les devantdits, on ne povoit labourer ne semer nulle part. Souvent on s'en plaignoit aux seigneurs dessusdits ; mais

(i4ai) d'un B0l31iG£0IS DE PAllIS. 5oQ

ils ne s*en faisoient que mocquer ou rire; et faisoienl leurs gens pis trop que devant ; dont l#^lus des laboureurs cessèrent de labourer, et feurent comme désespérés, et laissèrent femmes et enCfants , en disant Tung à l'autre : Que forons-nous.^ Mettons tout en la main du deable j ne nous chaut que nous devenions. Auiantvavl faire du pis qu'on peut comme du mieux. Mieux nous vaulsist sentir les Sarrazins que les cfirestiens j et pour ce faisons du pis que nous pourrons^ aussi-hien ne nous peuston que tmer ou que prendre j car par le faux goui^ernement des tf*aistres gowerneurs^ il nous faut renier femmes et énffants y et fouir aux bois comme bestes esgarées ^ non pas ung ans ne deux : mais d y a ja quatorze ou quinze ans que cette danse dou-loureuse commença ^ et la plus grant partie^ dès seigneurs en sont morts à glaii^e, ou par poison y ou par trahison , ou sans confession , ou de quel-que mauvaise mort contre nature.

Item, en ce temps n'avoit point à Paris d'évesque ; car maistre Jehan Courtecuisse devantdit , esleu par rUniversité et par Je clergé et par le parlement, ne plaisoit au roy d'Angleterre; et pour ce ne fut-il tout cel an aucunement possesseur de l'évesché ; mais demeura tout ce temps à Saint- Germain-des-Prés , car il n'estoit pas bien asseuré en son hostel à Paris , pour ce qu'il n'estoit en la grâce du roy d'Angleterre.

Item y pour la bienvenue du duc de Bourgougne devant dit, onfist crier une petite monnoie nom-

3lO JOURNAL (i4a2)

méeNoireaux,qui neyalloitqu'une Pautevine, vaudrojf une maille tournoise; et fut tout le bien qu'il nous fist pour lors à la rille de Paris, qui tant Taimoit , et qui tant avoit eu à souffrir, et encore avoit et de rechief pour lui et pour son père , qui tant fut long et négligent en ces choses toutes que Dieu scet. Et vraiement le fils en ténoit bien les taches ; car il eust bien fait en ung quart d'an ce où il mettoit deux ou trois ans; et faisoit bien semblant que de la mort de son père pou ou nyant hii cbausist ; car certes il menoit telle \ie dampnable et de jour et de nuit, comme avoit fait le duc d'Orléans et les autres seigi^urs qui estoient morts moult honteusement ; et estoit gouverné par jeunes chevaliers pleins de folies et d'oultre cuidance, et se gouvernoit selon.ce qu'ils se gouvernoient, et eux selon lui ; et, en vérité, de Dieu à nul d'eux se challoit que d'accomplir sa vonlenté.

Item y en ce temps fut déposé de la prévosté de Paris cil qui est nommé devant le Warrat, et fut le bailli de Vermandois de Camp-Luisant.

Item y le roy d'Angleterre fist son Noiiel, la Tyephanie etsa quarantaine devant Meaux.

Itemy le deûxiesme jour de mars mil quatre cent vingt-un , le seigneur d'Auffemont cuida venir conforter les Arminaux de Meaux, et vint environ minuit accompagné de cent fers de lance , et sçavoit bien par où on povoit mieux entrer en la cité par sur les murs ; et là les Arminaz de dedans avoient mis eschelles appuyées aux murs pour

(i42»a) « d'un BOUKGEOIS DE PARIS. 3ll

monter ledit seigneur d'Auffemont et ses gens , et avoient lesdits Ariiiinaz couvertes les eschelles de draps de lit pour sembler à ceux de l'ost, quant ils tournoient pour faire le guet, que ce fussent les murs qui blancs estoient à cellui endroit , et aussi le cuidoit le guet en passant par icellui endroit. Quant le guet fut passé , ceux de dedans virent que temps estoit de faire monter ledit seigneur, firent le signe que faire dévoient quant seroit de monter, et montèrent parles eschelles qui moult estoient près à près. ^

Ilem^ la moitié des g^ns dudit d'Auffemont alla esmouvoir l'ost, pensant que quant il seroit monté lui et l'autre moitié de ses gens , qu'il vendroit accompaigné de ceux de la ville pour secourir les autres ; mais il advint autrement. Comme en la propre eschelle par ou ledit seignetir montoit, avoit devant lui quatre ou cjnq ribaux montani^ comme lui, dont l'ung atoit à son col unes besaces qui toutes estoient pleines de harengs-sors que ledit larron avoit embléés en venant à ung marchant, Conmie il estoit presque au plus haut de l'escbelie, et sa besace lui eschappé , qui pesoit et estoit fort loyée , et encontra ledit seigneur d'Auffemont sur la teste, et lé tresbucha de si hault comme il estoit, dedens les fossés. Quant ses gens l'entendirent, si dirent l'ung à l'autre : Aidons à monsieur. « Helas l » monsieur est chèu. » Càetlàèsfossés avoit desAnglois du commun qui faisoient le guet; si cuidoient que ceux qu'ils oycÊent parler , feussent de leurs^

3l2 JOUAIfAI^ • (i4a»)

gens ; mais quant ils ouïrent dire : Aide a monsieur, sifurentesbahis, car bien sçavoient que nul homme de nom n'a voit ceUe nuit avecqueseux au. guet; et Guidèrent que ceux de la ville descendissent sur eux; si cuidèrent eslongner la place pour l'aller dire à l'ost ; mais pour ce qu'il estoit après minuit, que leurs corps estoient travaillés de veiller, aventure les mena tout droit aux eschelles. Si ouyrent qu'on plaignoit trop le seigneur. Si dirent : « Mon*- » sieur, de parle deable vous morts tretous.» Etcrxè^ rent allarme, et furent les Arminaz si effrayés, qu'ils s'enfouirent qui mieux mieux ; et fut ledit seigneur prius par ung qui estoit queux de la cuisine du roy anglois , et dix ou douze autres qui furent menés au roy d'Angleterre comme prinsonniers*

Itemy ceux qui dedans la v^le estoient sçavoient bien que la mine que le roy d'Angleterre avoit fait faire, estoit près de percée , et sceurent bien le lendemain que le sire d'Auffemont estoit prins et autres, et que le plus d'habitants estoient contre eux s'ils eussent pu et osé ; si prindrent conseil ensemble qu'ils porteroient leurs biens et leurs vivres ou marché, qui moult estoit fort, et bouteroient le feu en la vÛle, et tueroient tous ceux qui ne seroient de leur malle intention dampnable ; et ainsi commencèrent à porter leurs biens oudit marché tellement, et de tel cœur y entendirent, que délaissèrent et oublièrent tout entièrement la garde des murs de la vUle. Ung bon preudomme

(i4ai) d'un bourgeois DE PARIS, 3l5

des habitants de ladite ville, quant il vit qu'ils estoient en ce point, en soi pensa s'il povoit qu'il garderoit la cité d'ardoir, et monta sur les murs, et fist assavoir aux Anglois leur voulenté , et que hardiment assaillissent, que personne ne leur contrediroit ; si lui baillèrent une eschelle, et descendit , et fut mené au roj , et lui dist qu'il vouloit qu'on lui coupast le col, se ainsi n'estoit comme devant est dit. Quant les habitants de la ville se virent ainsi sourprins, si se boutèrent ès églises çà et là où ils purent , et cuidèrent mieux sauver ; et quant le roy Anglois apperceut ainsi leur meschef, si fit crier par tout que chascun revenist à son propre hostel, et (jue chascun fist son labour comme devant faisoient, et ainsi le firent; et le roy d'Angleterre mist le siège devant le marché de ladite ville.

Item y en ce temps avoit au chastel d'Oursay , vingt murdriers ou trente, qui le sixiesme jour d'avril prindrent le pont et le chasteau de Meullant , et fut avecques eux le capitaine d'Estampes; dont tout enchérit après merveilleusement en celui an l'an mil quatre cent vingt-un, à Paris , pour ce qu'il ne venoit nuls vivres en ce temps à Paris que de Rouen; si convenoit passer par là, allant et venant, dont ceux de Paris furent moult esb^his; mais par la grâce de Dieu ils ne s'y tindrent que quatorze jours ou environ, qu'ils ne s'en allassent francs et quittes par traité,* et emportèrent tout ce qu'ils voldrent emporter ; car on ne povoit pour

3j4 JOuarcAL (142»)

lors mieux faire , pour ce que le siège estcât toujours devant Meaux.

Iteniy en celle année estoit la plus belle apparence ès vignes en tout le royaume de France qu'on eust oncques veu ; mais la nuit Saint-Marc et la nuit ensuivant furent toutes gelées entièrement; et sembloit proprement qu'on eust bouté le feu par tout de fait ad visé, tant estoient broyées jusquesà la terre.

Item y celle année mil quatre cent vingt-deux, fut la grant année de hannetons, de Pasques jusques à la Saint-Jeban.

Item y le premier d^anche de mai suivant, se rendirent ceux du marché de Meaux à la voulenté du roy d'Angleterre, etfist-on parmi Paris les feux et très grant feste.

Item y le jeudi ensuivant envoya à Paris le roy d'Engleterre bien cent prisonniers dudit chastel , et estoient liés quatre et quatre , et furent mis dedans le chastel du Louvre , et le deuxiesme jour après furent remis en bateaux et menés en divers prisons en Normandie et en Angleterre.

Item y le mardi ensuivant, on en adn^ena de rechief bien cent et cinquante , et l'évesque au tiOiivre comme les autres; et le vendredi ensuivant, quinziesme jour de mai furent mis en bateaux , comme les autres devantdits ; mais les premiers ne furent point ferrés, mais ceux-ci le furent deux et deux chascun par une des jambes, se non l'évesque de Meaux, et ung chevalier qui avec lui estait.

(l^aa) d'un bourgeois DE PARIS. 3x5

Ces deux furent entre eux deux en ung batel petit, et tous les autres comme porcs en tas ; et en ce point furent menés comihe les autres devantdits. Et nVvoient trois ou quatre àTeure que ung pain bien noir pesant deux livres , et très pou de pitance et de l'eau à boire. Et ce pourquoi estoieïit ferrés et non les autres, la cause est pour ce que natifs du pays estoient etd'eqviron , et estoient avec ce tous de renom et de cEevan<ie ; mais les laboureurs du pays en icellui temps n'avoient nuls pires ennemis; car ils estoient pires à leurs voisins que n'eussent esté les Sarrazins,

Ite)n y le cinquiesme jour de mai ftit le bastart de Vauru traisné parmi toute la ville de Meaux, ét puis la teste coupée et son corps pendu à ung arbre, lequel il avoit nommé à son vivant l'arbre de Vauru, et estoit ung orme; et dessus lui fut mise sa teste en une lance au plus haut de l'arbre, et son estendant dessus son corps.

Item y emprès lui fut pendu un larron meurdrier, nommé Denis de Vauru , lequel se nommoit son cousin , pour la grant cruauté dont il estoit plain ; car on n'ouyt oncques parler de plus cruel chrestien en tyrannie, que tôut homme de labour qu'il povoit attraper, ou faire attraper, quant il véoitqu'ils ne povoient de leur rançon finer , il les faisoit mener liés à queues de chevaux à son ourme tout battant, et s'Û ne trouvoit bourre! prest, lui-mesme les pendoit , ou celui qui fut pendu avecques lui qui se disoit son cousin. Et pour certain , touis ceux

5i6 JOURNAL

de ladite garnison ensuivoient la cruaulté des deux tyrans devant dits ; et bien parut par une dampnable cruauté que ledit de Vauru fist, que c'estoit le plus cruel queoncques guères fut Noiron ne autre; car quant il print ung jeune homme en faisant son labour, il le loia à la queue de son cbeval, et le mena battant jusques à Meaux , et puis le fist gehenner; pourlaqueUe douleur le jeune homme lui accorda ce qu'il demandoitpctor cuider eschever (éviter) la grant tyrannie qu'ils lui faisoient souflFrir; et fut à si grand finance, que tels trois ne l'eussent pu payer. Le jeune homme manda à sa femme , laquelle il avoit espousée en cel an , et estoit assez prest de terme d'avoir enfient , la grant somme en quoi il s'estoit assis pour eschever la mort et le quassement de ses membres. Sa femme qui moult l'aimoit, y vint , qui cuida améliorer le cueur du tyran , mais rien n'y esploita ; ains lui dit que s'il n'avoit la rançon à certain jour nommé, qu'il le pendroit à son ourme. La jeune femme commanda son mari à Dieu moult tendrement plourant , et lui d'autre part plouroit moult fort pour lapitié qu'il avoit d'elle. Adoncqse départit la jeune femme maudissant fortune, et fist le plustot qu^elle pot finance , mais ne pot pas au jour qui nommé lui estoit , mais environ huit jours après. Aussitost que le jour que le tyran avoit dit fut passé , il fist mourir le jeune homme, comme il avoit fait les autres, à son ourme, sans pitié et sans merci. La jeune femme vint aussitost qu'elle pot avoir l'ait

D*UIT BOURGEOIS DE PABIS. Zl'J

finance ; si vint au tyran , et lui demandà son mari en plorant moult fort , car tant lassée estoit que plus ne se povoit soustenir, tant pour l'eure dû travail qui approchoit , que pour le chemin qu'elle avoit fait, qui moult estoit grand ; brief , tant de douleur avoit qu'il la convint pasmer. ijuant elle revint > si se leva moult piteusement quant au secret de nature , et demanda son mari de recbief ; et tantost lui fut respondu que jà ne le verroit, tant que sa rançon fust payée. Si attendit encore, et veit plusieurs laboureurs admener devant lesdits tirans , lesquels, aussitost qu'ils ne poyoient payer leur rançon , estoient noyés ou pendus sans merci. Si ot grant paour de son mari; car son pauvre cueur lui jugeoit moult mal ; néantmoins amour la tint de si près, qu'eUe leur bailla ladite rançon de son mari. Aussitost qu'ils orent la pécune, ils lui dirent qu'elle s'en allast d'illec, et que son mari estoit mort ainsi que les autres villains* Quant elle ouyt leur très cruelle parole , si ot tel deuil à son cueur que nulle plus ; et parla à eux comme femme forcenée , qui son sang pwerdoit pour la grant douleur de son cueur. Quant le faux et cruel tirant, le bastard de Vauru, veit qu'eUe disoit paroles qui pas ne lui plaisoient , si la fist battre de bastons, et mener tout battant à son ourme , et lui fist accoler et la fist lier , et puis lui fist Gouppep touts ses draps si très courts, qu'on la pouvoit veoir jusques au nombril, qui estoit une des plus grandes inhumanités qu'on

3l8 JOUKNàL (i\%2)

pourroit penser, et dessus lui avoit quatrevingt ou cenls bommes pendus , les ungs bas, les autres bauts ; les bas aucunes fois, quant le vent les faisoit brandiller, toueboient à sa teste, qui tant lui faisoient de fraour , qu'elle ne se povoit soustenir sur pied ; si lui coppoient les cordes dont elle estoit liée la cbar de ses bras ; si crioit la pouvre lasse moult bauts cris et piteux plains. En cette douloureuse doulour où elle estoit, vint la nuit , si se desconforta sans mesure , comme celle qui trop de martyre soùfFroit ; et quant il lui souvenoit de l'borrible lieu où elle estoit, qui tant estoit espouventable à bumaine nature > si recommançoit sa doulour si piteusement, en disant : (( Sire , Dieu , quant me cessera cette pesme dou- « lour que souffre. » Si crioit tant fort et longuement , que de la cité la povoit-on bien ouvr, : mais il n'y avoit nul qui l'eust osée oster dont elle estoit, que n'eust esté mort. En ces douloureux cris, le mal de son enffantla print, tant pour la doulour de ses cris, comme de la froidure du venjt qui , par dessous , l'assailloit de toutes parts ; ces ondées la bastèrent plus. Sicria tant haut que les loups qui là repperoient (venoient) pour la charongne, vinrent à son cri droit à elle, et de toutes parts l'assaillirent espécialement au pouvre ventre qui descouvert estoit , et lui ouvrirent à leurs cruelles dents, et tirèrent l'enfant bors par pièces , et le remenant (reste) de son corps despécèrent ; tout ainsi fîna celle pouvre créature; et fustou mois de mars, en karesme mil quatre cent vingt et un.

(i4aa) d'un BOURGKOTS DE PARIS. Sig

Item y en ce temps , le samedi vingt-troisiesme jour de mai , firent crier soudainement les gouverneurs de Paris, que nul, de quelque estât qu'il fust, neprinst gro^, ne ne feist prendre; sur très grosses peines, et que on lès portast tous aux changeurs ordonnés pour ce changer , lesquels estoient qi^atre qui avoient chascun ung banquèrede France à leur change ; et n'avoit-on du marc pesant des bons gros que huict sols parisis des mauvais aussi comme rien; qui fust une très esbahissante chose à Paris aux riches et aux pouvres , car le plus n'avoient autre monnoie^ si perdoient tnoult ; car le meilleur qui souUoit valloir seize deniers, ne valloit que ung denier ou ung tournois ; si oit grant murmure du peuple , mais à souflfrir leur convint, quelque nécessité qu'ils eussent de pain ou de vin par deflPaut d'autre monnoie ; car vrai est que iceux gros furent ainsi deflPendus à prendre pour gros-très mauvais que le dauphin ou les Arminas faisoient faire en son nom, qui par eux estoient envoyés à Paris , et ès autres bonnes villes non tenants leur parti dampnable, par faux marchants^ qui après ce encore gagnoient par grant déception ; car quant la monnoie fust criée que plus ne eust de Cours , tout le meilleur d'iceux gros faux on n'en avoit qu'une maille tournois, et pour celle cause ^nst ainsi deffendue que nul n'en fit aucun trésor.

Item y le vingt-cinquiesme jour de mai^ jour Saint-Urbin, furent à Paris déscapités deux des capitaines de la rébellion de Meaux; c'est assavoir

320 JOURNAL (i4ai)

maistre Jehan de Roubres^ et ung chevalier qui estoit bailli de ladite ville , nommé messira Gas.

Item^ ce jour, vint la royne d'Angleterre ou bois de Vincennes à moult belle compaignie de chevaliers et de dames.

Item y le vingt-neuviesme jour dudit mois de mai vint la roine à Paris , et portoit-on devant la litière deux manteaux d'ermines j dont le peuple ne scavoit que penser sur ce , se non que c'estoit signe qu'elle estoit royne de France et d'Angleterre.

Item y. pour l'amour du roy d'Angleterre et de la royne , et des signeurs dudit pays , firent les gens de Paris les festes de la Panthecotes, qui fust le , derrain jour de mai, le mystère de la passion Saint- George en l'hostel deWéelle.

/tem^ lendemain delaFeste-Dieu; se partistleroy d'Angleterre de Paris , et emmena à Senlis le roy et la royne de France et sa femme , et la sepmaine ensuivant fust prins ung armurier de la Heaume-

rie y nommé maistre Jehan , lequel estoit ou

avoit esté armurier du roy et sa femme, et ung boul-

langer du coiug de la Heaumerie, nommé ,

lequelboullanger otla teste coppée un pou de temps après , et fust prins ledit armurier à Côuppaux les Saint-Marcel dehors Paris, et sa femme aussi, et furent emprisonnés au Palais, et disoit-on qu'ils avoient marchandé aux Arminaux de livrer la ville de Paris le dimanche ensuivant , qui estoit le vingtuniesme jour de juing mil quatre cent vingt-deux , et que pour celle cause les Arminas de Compiègne

(i4ii) d'un bourgeois de PARIS. 321

s'estoient plustost rendus en espérance, que en celle journée On pillast Paris, Mais Di^u qui ordonne, et nous deviscBQS, les en garda, dont ils se tindrent moult à deceups; car ils estoient assés forts et bien envitaillés pour tenir ungan entier la place, comme il apparut quant ils issirent. Ils estoient plus de cent honjmes d'armes à cheval , et bien mille de pié , et bieivéinq cents foies maies femmes, qui tous firent le serment au roy que janjiaisTie s'armeroient contre le roy de France ne d'Angleterre ; et ainsi s'en allèrent francs et quittes , emportant chascun ce qu'il pof emporter, sans aucune autre aide de chevaux ou de charrettçs ; et s'en alloient moult joyeusement en celle intencion de piller Paris,

Item^ en celle année fist merveilleusement chaut en juipg et en juillet, et n'y plut qu'une fois, dont les terres se séntissent ; pourquoi les potaigés et les mares furent ainsi que tous ars aux champs, et ne rendirent pas la moitié de leurs semences ; et convint arracher les advoines et les orgès à la main , racine et tout sans faucher ne soyer ; et pour celle grant chaleur fut si grande année d'enfants malades dç la véroUe , que oncques de vie homme on eust veu ; et tant en estoient couverts , que on ne les recongnoissoit ; et plusieurs graps hommes l'avoient , espécialement des Anglois ; et disoit-on que le roy d'Angleterre en ot sa part. Et vrai est que moult de petits enfants en furent si aggrevés , que les ungs en mouroient ; les autres en perdoient la vue corporelle.

M0H3TR£LET. 2'. XV. — JoURN. d'uK BOURG, DE PARIS. 2 1

323 JOURNAL (i^»,)

Item^ icelle année mil quatre cent vingt-deux, fust largement fruit et si bon que on doit ou peut demander^ et très bon bléetTargement; et vrai est qu*ilfut si très peu de vin , qu'en deux arpents on ne trou voit qu'une caque de viû ou ung pmnsson tout au plus.

Item y en la daraine sepmaine d'aoust estoient plaines vendanges*

Item^ en cel an, ou mois de juing, deflôèrent les Ârminas le duc de Bourgongne et toute sa puissance ; et devoit estre la journée le deuxiesme mercredi d'aoust ; et le douziesme jour dudit mois ce devoit estre la bataille en leurs maf cKes sur la' rivière de Loire , vers la Charité-sur-Loire . Si fist le duc de Bourgongne une très belle assemblée , et vint en la place où estoit devisé que la bataille seroit ; et là fut devant la journée que ce devoit estre , et après trois ou quatre jours. Mais les Arminas quant ik sceurent sa puissance ^ ils ne se osèrent oncques montrer, et n'orent -point de honte de eux enfouir sans cop frapper, et tant que le duc de Bourgongne les attendoit, qui les avoit bel attendre; car ilsscavoient que le plus des graos garnisons deNormandie estoient venuesenl'aide du due de Bourgongne . Là tournèrent-ils et firent occisions, boutèrent feu, ardirent églises , et tous les maux que on peut penser, comme eussent fait Sarrazins.

Item^ en ce mois d'aoust, le darrain jour, à ung dimanche, trespassa le roy d'Angleterre Henry au bois de Vincennes, qui pour lors estoit régent de

(Uaa) D*UN BOUIIGEOIS DE PARIS. 323

France , comme detant est dît ; et fut audit bois tout mort pour rordonner jcomme à tel prince affiert, jus<Ju'au jour de Texaltatioti de Sainte-C^oix eii septembre ; et ce jour après disner fut porté à Saint*Denis, sans entrer à Paris; et le lendemain^ joordesoctavesNostrè-Damej fut fait sDn service à Saint-Denys en France , et toujours y avoit cent touches ardents en cbeïnin comme aux églises.

Item , de Saint-Penys fut porté 'à Pontôise , et de là à Rouen.

Iterriy le samedi après là Sainte-Croix en septembre , vint le roy de France et la royne à Paris , qui moult avoit esté grant pièce à Sènlis , et moult fut le peuple de Paris joyeux de leur venue , et crioient parmi les rues où ils passoient moult hautement Nouël! et faisoient bien signe què moult aûioiént leur souverain seigneur loyalement.

Item y ib firent au soit des feus parmi Paris; et dansoient et monstroient signé de liesse moult grant de la venue dudit seigneur.

Item y le samedi ensuivant , après la venue du roy et de la royne , qui fut vin^t-cinquiesme jour deseptembre mil quatre cent vingt-deux^ fut descollé et escartelléès halles de Paris ung nommé messire des Bosquiaiax , chevalier et grant teirrien et grant signeur,lequelestoit de la maldite bande ung dés souverains; et congnut et confessa que pat luiestoient oti avoient esté tues et murdris, de laboureurs et autres, plus de six à sept cents hommes , sans ce qu'il avoit bouté feux^ pillé églises, ^flfbrcé pucelles et femmes

524 JOURNAL (i43t)

de religion et avtres ; et si fut le principal de piller la ville de Soissons.

Item y le vingt- uniesme jour du mois d'octobre , vigUle de onze mille vierges, trespassa de ce siècle le bon roy Charles, qui plus longuement régna que nul roy chrestien dont on eust mémoire; car il régna roy de France quarante-trois ans ; et fut en l'ixostel Saint-Pol , comme il estoit trespassé dedans son lict en sa chambre, le visage trestout descouvert deux ou trois jours, la croix au pied de son lict et bel luminaire; et le véoit chascun qui vouloit pour prier pour lui.

Item y il fut ordonné à Saint-Pol, comme à tel prince appartenoit ; et y mist-on , tant pour l'ordonnance comme pour attendre aucun d^s seigneurs du sang de France pour l'accompaigner à mettre en terre ; car il fut à Sainct-Pol depuis le premier jour de son trespassement devant dit, jusqu'au neufviesme jour d'octobre ensuivant, jour Saint-Martin : mais oncques n'y ot à l'accompaigner cellui jour, nul du sang de France, quant il fut porté à Nostre-Dame de Paris ne en terre, ne nul seigneur que ung duc d'Angleterre, nommé le duc de Betfort , frère du feu le roy Henry d'Angleterre , et son peuple et ses serviteurs, quïmoult faisoient grant deuil pour leur perte ; et espécialment le menu commun de Paris crioit quant on le portoit parmi les rues : Ha très cher prince y ja- Vfidis aurons si bon^ jamais ne te verrons* Malditte soit la mort y jamais naîtrons que guerre puisque tu

(i42a} d'un 'bourgeois DE PARIS. 325

nous fis laissé. Tu vas en repos y nous demourons en toutte tribulation et engloutie douleur j car nous sontmes bien taillié^ que ncMis ne soions en ta manière de la cheù\K>is0n (captivité) des enffants d^ Israël quant ils juremi menés en Bahjlone. Ainsi disoit le peuple en faisant grands plains, jirofondssoiipixs et piteux.

Item y la manière commènt il fut porté à Nostre- Dame de Paris,^ Il y avoit que évesques, que abbés, dont les quatre avoient la mitre blanche , dont Tung estoitl'évesque de Paris nouvel ; cai* il avoit chanté premièrement âPa jis le j oûr de laToussainct comme évesque ; lequel attegdft; le corps du roy à l'entrée de SainCt-Pauipour lui donner eaue benoiste au paitir dudit lieu , et tous les autres ^trèrent dedens ledit lieu , se non lui; c'est assavoir tous les mandiants , l'université en son estât, tous les collèges , tout lè parlement, le chastellet, le commun ; et lors ftit apporté hors de Sainct-Pol. Quant tout fut asseiAblé, lors commencèrent les serviteurs tel et si grant deuil , comme devant est dit.

La manière commel^it il fut porté à Nostre- Dame et à Sainct-Deni^^ et enterré. *

Il fut porté tout ^n la manière que on porte le corpsde Nostre-Seigneur à la îeste Sainct-Sauveur, et uqg drap d'or sur lui, porté par quatre proches ou six , et le pôrtoient les serviteurs sur leurs espauUes, etestoient bien trente ou plus ; car il pesoit bien comme on disoit.

Item y il estoit haut comme une toise , largement couché eïivers en unglict, le visage descouvert ou

336 JOURNAL * (i4a«)

sa semblauce , couronné dW, tenant en une de ses mains un sceptre royal, et en ^autre une manière de main faisant la bénédiction d^ deux doigts,et étoient dorés et si longs, qu'ils advenoient à couronne.

Item y tout devant alloient les mandi^nts, Iqniversité , après les églises de Paris , après. Nostre- Dame de Paris , et le palais après , et chantoient ceux-là et non autres. Et tout le peuple qui estoit en my les rues, et apx fenestres plorpient et crioient comme se chascun veist mourir la rien (chose) que plus amast ; et vray épient leurs lamentatiops estoient assez semblables à ceux de Jérémie }e prophète , qui crioit au dehors de Jérusalem^ quant elle fut destruite : Quomodo sedet sola cmixis plena popuio*

Itemy là avoit sept croces ; c'est assavoir ; l'eFesque de Paris nouvel, celui de Beauvais, celui de Terouenne, Tabbé de Sainot-Depîs, celui de Sainct-Gèrmain des Pf^s , celui de Sainct-Magloire, celui dç Sainct-Grespin et Saiact-Crespinien ; et estoient les prestres et clercs* tous d'un rang, et les seigneurs du palais , comume le prévast, le chancelier et les autres de l'autre rang; et devant y avpit deuiç cents torches que les pouvres serviteurs portoient,*toi:is vestus de noir, qui moult fort plouroient, et ung pou devant y avoit dixhuicts crieurs de corps.

lierriy il ayoit trente-quatre croix de religieux et autres sonnants leurs cloches devant. Ainsi Ait porté ; et estoit après le çprps tout seul le duc de Betfort, frèr^ du (eu poy Henry d'Angleterre , qui

(i4aa) Ï>'UN BOURGEOIS DE PARIS. Z2J

tout seul faisoit le deuil, ne quelconque homme du sang de France n'y avoit. Ainsi fut porté ce lundi à Nostre-Dame de Paris^ où il avoit deux cents torches qui touttes estoient allumées. Là fureet dittes vigilles; et landemain bien matin la messe; et après la messe^fut porté en la manière devant ditte à Saincl-Denis , et fut après son service enterré emprès son père et sa mère; et j alla de Paris plus de dix-huict mille personnes , tant petits que grans ; et fut faitte une donnée à tous de huict doubles, qui pour lors valloient deux deniers tournois la pièce ; «t n'avoit pour lors plus grant monnoye ne pluapetitte, se n'estoit d'or.

Item y on donna a disner à tous venants, et fut le mercredy qu'il fut enterré ; et quant il fut enterré et couvert, et que Tévesque de Paris, qui avoit dit^ la messe, et son diacre l'abbé de Saint- Denis^ et le sous-diacre l'abbé de Sainct-Crespin, qu'ils orent dit les commendaces des trespassés, ung héraut cria hautement que chacun priast pour son ame, et^ que Dieu voulait sauver et garderie duc Henry de Lanclastre , roy de France et d'Angleterre ; et eu criant ce cry, tous les serviteurs du roy trespassé tournèrent ce dessus dessous leurs maces, leurs verges, leurs espées comme ceux qui plus n'estoient officiers.

Item y le duc de Betfort, au revenir, fit porter Tespée du roy de France devant lui comme régent, dont le peuple mu|*iniiroit fort ; mais à souffrir à celle fois le convint.

328 JOURNAL (i4a2)

Item^dL tel jour proprement, le jour Sainct- Martin d'y ver, et avecque à telle heure, comme il entra à Paris au revenir de son sacre, au quarante-troisiesme an de son règne fut-il porté en^ terrer à Saint-Denis le jour Siiinct-Martin d'yverj et disoient aucuns anciens qu'ils avoient veu son père venir du sacre^ et vint en estât royal , et en telle manière fut porté etîterrer à Sainct-Denis ; et aussi comme on disoit, avoit esté cestuy roy à son sacre ainsi ordonné de souliers d'azur semés de fleurs de lys d'or , vestu d'un manteau de drap d'or vermeil , fourré d^ermines , et comme chas* cun le pot veoir ; mais plus noble compagnie à son sacre qu'il n'ot àson enterrement; et son père ot aussi plus noble compaignie ou plus à son enterrement qu'à son sacre ; car il fut porté enterrer de ducs et de comtes, et non d'autre gent, qui tous^ estoient vestus des armes de France ; ot y avoit plus de prélats, de chevaliers et d'escuyers de renommés , qu'il n'y avoit à accompaigner ce bon roy à ces darrains jours de touttes gens, de quelque estât que ce fust ; et veues les grands lamentacions que le pouvre peuple si débonnaire avoit pordu le pou d'amis qu'ils avoient, et la foison d'ennemis, n'est pas merveilles se ils doubtoieiït moult la fureur des ennemis , et se ils disoient la lamentation de Jérémie le prophète : Quomodo sedet^sola civitas? Et par toujours faisoient iceu^ ennemis de pis en pis ; et convint en ce temps abattre le chastel de Beaumont, et fut abattu.

(i4aa) d'un bourgeois DE PAR[S. Ssg

Item y en décembre , leè blancs de deux blancs en la première septnaine furent driés à prendre par tout , un pou devant Noueî.

Item y en icelui temps fat démis le prévost de Paris devant nommé , qui ayoit esté bailly de Vermandois , et fut esleu ung noiUmé messire Simon Morthier, chevalier.

Item y en icelui temps, Je premier jour de Fan, piîndrent les Armiôaz le poct de MeuUeftt , qui tant cousta que Dieu le scet ; car il leur convint assiéger, et ils se tindrent fort et puissamment ; et coururent ju^ues à Mante, souvent piller et rober, ou ailleurs, comme accousiumé 4'avoient*

Item y le dixiesme jour après qu'ils orent^prins Meullent, à la commutation du mtois de janvier, douziesiïie jour, fît le plus aspre froit que homipe eu$t veu faire; car U gela si terriblement , qu'én mains de trois jours, le vinaigre, le verjus^. |çâ6|l dedans lés qeliers, et pendoient les glaçons ès* voûtes des caves ; et fut la rivière de Saine,qui grande estdit*, toute prinse, et les puits gelé? en mains de quatre jours, effià'wne telle Wl^e gelée dix-huict jours entiers ; et si avoit tant rîégé avant que "celle aspre gelée comme ncast^en^iron ung jour ou deux devant, comme on avoit veu trente ans devant ; et pour Taspreté de cette gelée, et de la neige, il faisoit si très froit, que personne ne faisoit quelque labour que fouUer, crocer, jouer à la pelote ou autres jeux pour soi eschauffer ; et vrai est qu'elle fut si forte , qu'elle dura, en gla-

35o JOURNAL (i4««)

cons en cours, en rues/'prè^de fontaines, jusques la^ostre-Damé en mars. Et viray est que les coqs et gelines avoient les cre^;es galées jusques à la teste.

Item , en icelui mois de féyrier, furent sarmentés tous ceux de Paris, cW assavoir : bourgeois, mesnaigers, charretiers, bergers, vachers, porchers des abbayes, jet les chambrières, et les moines mesmes, d*estre bon$ et loyaux au duo de Betfort', frère de feu Henry, roy d*Angleterre , logent de Franiîe , de lui obéir en tout et partout , et de nuire de tout leur povoir à Charles, qui se disoit roy de France et à tous ^s alBés ou complices. Des ungs.de bon «ueunle firent, les autres de très malvftse voulenté.

Itêmy en icelui temps cuidèrent les Arminaz faire lever le siège qui devant le pont de lM[pitllent es^ toit ; mais ib n'osèrent , pour ce que trop pou côtoient et moult doubtoient les communes qui trop les hayoient; et à bonne cause estoit ^ càr tous les p&esSarrazins de ce monde ne leur eussent pas fait flus'de tyrannie qu'ilsfaisoient tjuant ils les prenoient. Ef guant ib virent la piiissaçce dudit régent', se lui mandèrent journée de bataille au vendrédy, vingt-sixiesmé jour de février; et la sepmaine devant celuy jour, on ne cessait jour et lyiit de prendre gens à "Paris que on soupçonnoit estre de leur parti, et estoient mis enprinsoiis.

Item^ en celle sépmairie on fit quatre jouts ensuivant processions, et ne fist homme à Paris quelque labour en ces jours.

(i4aa) d'un BOtJRQEOIS PJ.; PARIS. 35l

Iteruy quant ce vint à la journée que combattre se dévoient les Arminaz, vint à quatre lieues près ou environ , un comte d*Escossfe (pi estodt Men accompaigné ; mais il attendoit le secours de Tanguy du Chastel, quiluiavoit promis qu'il le secoureroit; mais il lui joua de son noiestier, i|bnt Gannelon joua à son vxv^Bt ; car il n'y vint ne n'y envoya. Quant ce' vit le comte d'Escossë gui fut trahy, il se retrait le plus bel qu'il purtpQtfrsauvél* ses- gens et lui verSîle pays des Arminaz ; et là ot grant contencion enlre lui 'et Tanguy, 0t grosses, paroles; par quoi ledit comte se parti de leur compaignie , et s'en alla en son pays. Et c«ix de JVIeuUent qui dedans estoient assiégés, ne se sceurent comnient conseiller; car bien apperçurent qu^Tanguy, en qui ils se fioieirt le plfe, les avoit trahis. Si ^e fièrent pou ou dençtourant des Arminaz ; car ils n'avoiènt à mapger si pau non ; et bien sçavoient que le%communes les hay oient la?ès mortellement, comme ceux qui bfeu l'avoient^ desservi à eux, comme Rêvant est dit , de leur cruauté et tyraiyaie. Si n'osèrent attendre plus , ne eux fier en leur fortune; ains se repdirfçnt, l)on gré malgré, à la voulenté du duc de Betfort, récent, lequel, les print tous à mercy le premier jour de mar^ l'an mil quatre cent vjngt-devi^c, pour ce que à grant foison estoient geplilshommes ; car iU ^stoient bien de cent à quatre-vingts çQtte$ d'armes. Si soi pensa que moult appetissoit la puissance des autres^ et que la sienne croistroit, dopt il fut déceu ; car aussitost qu'ils

332 JOÎJRHAL («4»5)

porent yssir, ils ne tindrent oncques^ ne foy ou serment qu'ils eussent fait, mais firent pis qu'ils n'avoienf fait devant, dont le peuple fut moult à malle paix ; mais h souflFrir le convint. , Item y en avril ensuivant après Pasques, qui furent le quatrûisme jour d'avril, l'an mil quatre cent ^ngt-trob , fut fait ui^ graiit conseil en la cité d*Amiens de nos signeurs, et là firent mar^aiges et alliancç^ de maintenir la gyerre contre les A^minaz ; et fut donnée la séeur du duc de Bourgogne au régent de France , et après leursdits mariaiges vindrent à Paris ; c'esï assavoir : le duc de Betfort, le c#mte de Salsebry, le comte de^Suffbrt et plusieurs autres signeurs d' Angleterre; ne n'y vint quelque signeur de France \ se non Anglois, lesquels* menoient le plus g^ût eStat de vesture et de joyaulx que on eust oncqui^ veu de aage d'hoi)[ime ; ne nul ne s*en remettoit du gouvernement du royaume que eux.

Item y en celui an furent tods les figuiers, romarins , le^ treilles de marais , et très grand partie de vignes toutes gelées, et des noyers, fle la gelée devant dite, espécialement tout cequi estoit dehors la terre ; et environ la mi-m^ai commencèrent à jétter de terre, »

Item y en cel an quatorze cent vin^t-trois , la seconde sepm aine de juing, allèrent les Anglois devant OuVsay, qui tant avoit fait de mal en France, espécialement autour de Paris , de toutes parts ; caries larrons qui estoient dedans le chastel,

(i4a3j d'un BOUUGEOIS DE PAItlS. 533

estoient pires que Sarrazins qqi oncques fussent ; n'esl nul qui creust la douleur et la tyrannie^ qu'ils faisoient souffrir aux chrestiens qu'ils prenoient ; Car premier nulz n'eschappoit d'eux quant ils le prenoient , qu'il ne piefdi^j; quant que il avoit , s'ils povoient; et après cdle cruelle rancdn, quant ils avoient tout ce que l^s pouyres gens ôu les riches povoient finer , les faisoient-ils aucunes fois mourir de faim ou d'autre cruelle mort. Et pour ce , aussitost que on mist le siège devant , ceux -de Paris et des villaiges d'alentour y allèreiît^de bon cueur: et fut assiégé ledit chastel moult asprement. Moult se deffendirent les larrons qui de^dans estoient , car bien avoient de quoi ; car grant temps avoit qu'ils n'avoient faitque gaigner par roberies; mais leur deffense rien ne leur valut ; car ayant huit jours ensuivant ils furent si honteusement prins, qu'ils furent amenés à Paris, chacun ung chevestre (licou) dedens le col bien estroit, ferme, accouplez l'ung à l'autre, comme chiens, vénants à pié depuis ledit chastel jusques à Paris ; et estoient environ cinquante, sans les femmes et petits paiges.

Item y ceux que on tenoit à gentilhopmes venoient un pou après les devalit diz^, et n'avoient point de corde au col ; mais ils tenoient chacun en la dextre main une espée toute nue par le milieu de l'alenfelle ou environ , la pointe contre la poitrine en signe de gens rendus à la youlànté du prince ; et furent admenez le jour Sairit-Gervais et Saint-Prothais , qui fut celle année au sabiuedy. /tem^ tantostapiès fut faite une grosse taille et

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emprunt qui fist tant dô grief auit pouvres geM , que t»ès grant foison s'en allèrent hors de Paris demourer,

Item^ la daraine semaine du moys de juillet^ fut ordonné par Tevesque de Paris, que nulle femme ne seroit'ou cueur du mdustier, quand on feroit le divin oflSce , ne nul homme bigame ou sans couronne, ne toucheroit aux reliques ne à quelque chose 'qui fust sacrée ou béniste, ne serviroit le prestre à l'autel ; maiè ce ne dura goères.

Item^ exi ce temps fut monnoie noife de trois tournois la pièce, que on n'osa faire oncques courir poUr ce que celle de deux tournois estoit blanche, et celle de trois tournois nonfe. Le peuple en fut si mal comptent , qù'il la convint laisser, et si estoit tout assenée.

Item y en ce temps venoient à Paris les loups toutes les nuyts , et en prenoit-on souvent trois ou quatre à ugne fois ; et estoient portés parmi Paris pendus par les piés dé derrière , et leur donnoit-on de l'argent grant foison.

Item y le jour de l'Invention Saint-Etiesne , troisiesme jour d'aoust, futfaitte grant feste à Paris au soir , comme de faire grants feuz , dancer fout ainsi comme à la Saint-Jehan : mais c'estoit moult jHteuse chosç à penser pourquoi la feste se faisoit; car mieux on deust avoir plouré : car , comme on disoit que trois mille ou plus furent morts des Arminaz par armes , et quelques deux milles prins, et quelques quinze cents noyés pour eschever la cruelle mort que ceux qui les snivoient leur pro-

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