‹ Chronologie de la Vie et de l'Œuvre de Thomas GrayChapitre 50 sur 83 · AB · texte numérisé non relu

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Voyage en Ecosse. En dehors de Old Park, Gray trouve maintenant à Durham un autre cercle d'amis chez les Lyon, qu il avait connus à Cambridge et revus à Londres. Il y avait là Lord Strathmore, Thomas Lyon, des dames et des amis, dont un certain « Major », — tous séjournant à Gibside, résidence des Strathmore occupée par Thomas (à Hetton, Durham). Au mois d'août, les messieurs devaient accompagner Lord Strathmore dans son château de Glamis (Forfar). On invita Gray, et le lundi (11 ou 18 août) Lord Strathmore, Thomas Lyon, le Major et lui se mettaient en route. Le voyage dura six jours :

Lundi : De Durham à Tweedmouth, par Newcastle, Morpeth, Alnwick et Belford; route longeant la mer, que l’on découvre parfois, mais sans grand intérêt.

Mardi : De Tweedmouth à Edimbourg, par Ayton et Haddington; mornes landes”.

Mercredi : Les Lyon ayant à rendre visite à leur tante, à Lenox-Love, Gray et le Major visitent Edimbourz (Château, Holyrood Palace, Heriot's Hospital, Greyfriars). Le jeudi soir, Gray est invité à dîner à l'Université et rencontre le Principal (l'historien Robertson) et d’autres professeurs.

56. Pour cet itinéraire, je dois à la complaisance du Dr Toynbee d'utiliser des documents inédits en sa possession.

Vendredi : D'Edimbourg à Perth; traversée du Forth à Queensferry; alternance de campagnes prospères et de landes pittoresques; monuments locaux, églises gothiques. Belle vallée du Tay.

Samedi : De Perth à Glamis, où ils arrivent à l'heure du dîner.

Le Château de Clamis, de forme originale, son grand parc, le cirque des collines qui l'entourent, la perspective des Grampians dans le lointain, les fermes que Lord Strathmore exploite méthodiquement, les travaux d'irrigation qu'il dirige lui-même, furent pour Gray une source d’admiration et d'intérêt. Le beau temps permet de longues promenades, de petites excursions : en août (ou début de sept.), à Arbroath, sur la côte de la Mer du Nord; en septembre, dans les Grampians :

11 septembre. — De Glamis à Dunkeld : Meigle, Coupar Angus, traversée de l'Isla; landes sauvages, vallée montagneuse du Tay, pittoresque avec ses larges méandres.

12 septembre. — De Dunkeld à Taymouth : route escarpée à travers bois; montagnes arides et « prodigieuses »; Loch Tay, « magnifique »; observations botaniques.

13 septembre. — De Taymouth à Blair Atholl : Logierait;: traversée du Tummel; Passe de Külliecrankie, vrai pays de Fingal, avec ses curieuses falaises, le noir Garry, et, dominant Blair Atholl, le Ben-y-Gloe.

14 septembre. — De Blair Athell à Dunkeld par la rive gauche du Tay, « la plus pittoresque des routes ».

15 septembre. — Retour à Glamis.

Depuis la traversée des Alpes, Gray « n’avait rien vu de sublime jusqu'à ce voyage ». Le 30 août, James Beattie, alors professeur de philosophie à Aberdeen, apprenant la venue de Gray en Ecosse, lui écrivit spontanément sans le connaître, pour l'inviter *’. Gray lui expliqua qu’un aussi long déplacement lui était impossible, mais que lord Strathmore serait heureux de le recevoir avant son départ. Beattie vint à Glamis à la fin de septembre. Gray s’entretint de littérature avec le

57. On lira cette première lettre de Beattie à Gray dans The British Prose Writers, Vol. XXV, p. 19.

jeune poète, mais lui donna des conseils de sagesse sur !a profession d'écrivain. Beattie, de retour à Aberdeen, lui offrit, au nom de l'Université, le grade de docteur; par égard pour Cambridge, Gray ne crut pas pouvoir accepter.

Le 7 octobre, Gray repartait pour l'Angleterre. Il revint à Edimbourg par Stirling, faisant un détour de 35 milles afin

. d'éviter la traversée du Forth, où il avait eu peur de se noyer à l'aller, et gagna Old Park, où il se reposa quinze jours. N'ayant plus d'argent, il renonça à s'arrêter à York pour féliciter Mason de son mariage (25 sept.), et rentra directement à Londres en trois jours d'étapes (28-30 oct.), « enchanté de son expédition d'Ecosse ».

Il raconta son voyage à Stonhewer, à Hurd et au Dr. Balguy: passa chez Walpole, mais trouva la maison vide, Walpole étant à Paris depuis le 9 septembre. Avant de rentrer à Cambridge (s. 29 nov.), il eut le plaisir de rencontrer Mme de la Peyrière, devenue grande dame, très fardée et entourée d’une ménagerie de chiens et d'oiseaux exotiques.

L'hiver fut assez bon: il ne souffrit pas, ne fut « ni heureux, ni malheureux », vécut dans une « douce stupéfaction d'’esprit ». S'il oublia trop souvent d'écrire à Wharton, par l'inteimédiaire de Stonhewer, devenu son « oracle d'état »°°, il s’intéresse à la politique : c'était l'époque où Pitt livrait ses assauts contre Rockingham. Il continue à faire ses observations de météorologie et d'histoire naturelle, ‘en est au treizième Livre de Buffon, et lit à loisir la Vie de Pétrarque de l'Abbé Jacques de Sade.

Vacances dans le Kent. Dans la semaine du 18 avril, il alla à Londres (Jermyn St.), où il trouva la compagnie de Stonheweï et de Palgrave: le 16 mai à Denton (Kent), chez William Robinson. Il passa la fin de mai et tout juin dans ce « riant pays, immense jardin riche et prospère ». Il avait eu l’occasion de revoir Canterbury au passage; sur les fausses ruines construites par Lord Holland à Kingsgate, il composa un Impromptu (AB 90-1); il explora la côte du Pas-de-Calais, qui l’enchanta (Margate, Ramsgate, Sandwich, Deal, Dover, Folkestone, Hythe); revint à Londres et y rencontra Jonathan Wharton:; rentra à Pembroke dans la semaine du || juillet.

58. Stonhewer est secrétaire du duc de Grafton depuis juillet 1765.

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Au mois d'août, après une absence inexpliquée (s. 25 juillet à s. |” août), il est repris de mélancolie, voit « les soucis de ce monde s’accumuler sur lui ». Ni les lettres paternelles qu'il adresse à Nicholls, ni le quatorzième Volume de Buffon, ne lui ôtent son pessimisme. En septembre, il fait un voyage dans le Norfolk et le Suffolk (de la s. 12 sept au 22 sept.); le 6 oct. va à Londres pour affaires. Il y resta deux mois (Jermyn St.); rendit visite à Walpole, qui se remettait d’une violente crise de goutte, et allait se reposer à Bath; s’occupa avec Stonhewer de l’avancement de Mason; écrivit à Nicholls pour lui confier ses peines et s'inquiéter pour lui d’une vacance de fellowship; lut les Voyages en Italie de Samuel Sharp; s’intéressa à la politique. En novembre, Mason arriva avec sa femme, sérieusement atteinte de tuberculose. Gray, après s'être renseigné auprès des médecins, essaya de rassurer son ami. Ils allèrent ensemble à l'Opéra (15 nov.). Retour à Pembroke dans la semaine du 5 décembre.

L'année commence dans l’abattement:; il est plein du « sentiment de son inutilité »; sans être très malade, il sent « quelque chose qui s’enfle dans sa gorge ». Pendant le mois de janvier, il soigne Brown, qui s’est fracturé la jambe; écrit à son confident Nicholls, toujours à Ripon; à Mason, de plus en plus inquiet sur la santé de sa femme, en lui conseillant de l’emmener au bord de la mer, à Ramsgate. Mason préféra Bristol, où la malade mourut à la fin de mars.

Dans la semaine du 24 avril, Gray va à Londres, s'occupe de faire construire un tombeau pour Mrs. Mason et compose le dernier quatrain de l’Elégie qui devait y être gravée (AB 94 et 270). Il fait une excursion dans les environs, dont il admire* la verdure « d'émeraude », visite la résidence du Comte de Burlington, s'arrête à Strawberry Hill, à Sion (chez Holdernesse), et dîne à Richmond Hill. Au retour, il voit quelques amis : Palgrave et Frederick Augustus Hervey‘°, jeune prélat plein d’entrain, avec qui il mange des gâteaux chez les pâtissiers. Mais au début de juin il est impatient de repartir.

59. Ami de Mason, né en 1730. Aumônier du roi, il venait d'être, malgré l’excentricité de ses manières, nommé évêque de Cloyne. Hérita du titre de comte de Bristol en 1779 à la mort de son frère, l'amiral Augustus John Hervey, premier mari de la scandaleuse Elizabeth Chudleigh. Le frère aîné, George William (cf. supra, n. 12) était mort en 1775.

A Cire

Le 12, il est à Cambridge; le 15, se remet en route pour le Nord. Brown l'accompagne cette fois. Ils s'arrêtent d’abord à Aston, chez Mason. Gray est très occupé à faire admirer à Brown les beautés de cet « Elysée », à lui faire visiter les curiosités de la région (ruines de Roche-Abbey, Dovedale, ie Peak). Le lundi 29, ils accompagnent Mason à York, y restent deux ou trois jours, et repartent pour Old Park. Brown est enchanté de Durham: ils font des promenades (Barnard Castle, Richmond), vont à Hartlepool fréquemment. Le || août, ils sont reçus à Gibside, chez Lord Strathmore nouvellement marié. Gray y laisse Brown, qui doit accompagner Strathmore à Glamis le 1°” septembre, et revient seul à Old Park.

Premier voyage au pays des Lacs. Le 29 août, Gray et Wharton partent ensemble pour un voyage dans la région des Lacs. Depuis longtemps ils avaient fait ce projet; mais Pie plaisir fut gâté par une pluie diluvienne :

Samedi 29 août : de Durham à Hexham, par Newcastle. Dimanche 30 : Carlisle; pluie continuelle.

Lundi 31 : Penrith.

Mardi 1* septembre : Keswick; impossible re rien voir; dans la nuit Wharton a une crise d’asthme.

Mercredi 2 : Cockermouth, en traversant des montagnes « prodigieuses »; Wharton passe une nuit pire que la précédente.

Jeudi 3 : retour à Penrith par Keswick.

Vendredi 4 : de Penrith à Dot Wharton va mieux: mais il pleut toujours.

Samedi 5 : retour à Old Park, par la lande de Stainmore.

Malgré leur déception, ils jurèrent de revoir le pays du Skiddaw à la première occasion.

Le samedi 24 octobre, Gray revient à York accompagné de Wharton, qui repart le 28. À son tour, Gray se met en route le 1* novembre et se rend à Londres (Jermyn St.). Il s’entretient avec Walpole des Historic Doubts on Richard III, que celui-ci prépare; va voir Nicholls à Richmond (chez Floyer) pour le féliciter d’avoir obtenu un bénéfice dans le Suffolk.

Une crise de goutte le retint à Londres jusqu’à la semaine du 11 décembre. De retour à Cambridge, il est de nouveau immobilisé par la goutte et d’autres « petites misères » qui

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l'obligent à l’abstinence; cependant, il peut faire les recherches historiques que Walpole attend pour publier son ouvrage. Il continue à noter, mais plus brièvement, la température et les floraisons: envoie à Wharton les descriptions que le vieil antiquaire John Leland a faites de son pays; des livres de voyages et d'histoire naturelle; des boutures de fleurs pour ses filles.

En janvier, Gray se remet de sa crise de goutte. Tout le Collège attend Mason, qui doit venir d’Aston, et il écrit — ce sont les seules productions dont il est maintenant capable — quelques vers pour le lui dire (Comic Lines, AB 95; 8 janvier).

Vers le 20, Gray fut éveillé au milieu de la nuit par un incendie qui détruisit plusieurs appartements dans l'aile nord de l’'Ivy Court, en face de sa chambre. Mason arriva deux jours après, et fut reçu avec empressement par Gray, Brown et Delaval.

En février, Walpole lui envoie ses Historic Doubts; il en fait

une critique détaillée. Dans le courant du même mois paraissait chez Dodsley une édition de ses poèmes (Poems by Mr. Gray) *”. Walpole n'avait pas été mis au courant de la préparation de cette édition; il s’en plaignit et reprocha en même temps au poète de ne plus rien produire; à quoi Gray répondit « qu'il ne pouvait plus ». Cependant, en mars, il s’empressa à le documenter pour un supplément des Historic Doubts. : , . À Ja fin de mars, Mason est parti pour Londres. Gray l'y rejoint dans la semaine du l* avril. Ils passèrent leurs soirées ensemble et allèrent tous deux chez Walpole à Strawberry Hill (17 avril). En mai, Gray eut la compagnie de Nicholls, de sa mère et de sa cousine Fanny Floyer; il les accompagna au théâtre et aux concerts.

Vacances dans le Kent. Le 30, il alla dans le Kent, chez Robinson, y passa deux mois à sa plus grande satisfaction, rayonna dans les environs et séjourna quelque temps à Ramsgate.

Nomination de professeur. Entre temps, Lawrence Brockett, victime d'une chute de cheval (21 juillet), mourait de ses

60. Pour le contenu de cette édition (BN 52). cf. infra, Chronologie des poèmes.

roue

blessures (24 juillet). Gray apprit la nouvelle par sa cousine Mary. Sans qu'il eût à faire de démarches, le Duc de Grafton, dont Stonhewer était toujours secrétaire, lui offrit cette fois le poste (27 juillet). Le lendemain, le roi signait la nomination et, le 29, recevait Gray à son lever. Le « Professorat d'Histoire et de Langues Modernes » assurait à Gray un traitement de 400 livres, sur lequel, toutefois, selon la tradition, il devait payer des maîtres enseignants. Il prépara luimême un cours public en latin, fit un plan d’enseignement, mais, en définitive, n'exerça pas. Il devait même, se considérant comme inutile, songer à donner sa démission en 1770.

Blundeston. Après sa nomination, Gray se rendit à Cambridge le 1°” septembre pour y remplir les formalités officielles d'installation, et dans la semaine du 9 alla chez Nicholls, maintenant installé à Blundeston (Suffolk). Il passa quelques jours heureux dans une famille qu'il considérait comme la sienne. Au retour, Nicholls le raccompagna jusqu’à Norwich: en le quittant, Gray s'arrêta en chemin pour visiter l'Abbaye de Wymondham, et revint à Pembroke dans les premiers jours d'octobre. Au même moment, l'éditeur F oulis, de Glasgow, publiait une édition de ses poèmes préparée par les soins de Beattie.

Dans la semaine du 11 novembre, voyage à Londres pour liquider ses maisons de Hand-Alley, dont il partageait les revenus avec Mrs. Oliffe, et qui lui occasionnaient de continuels soucis. [Il rentra à la fin du mois, puis repartit aussitôt pour régler l'affaire : il recevait 1.000 guinées et faisait assurer à Mrs. Oliffe une rente annuelle de 80 livres. Gray revint définitivement à Pembroke dans la semaine du 23 décembre, :e félicitant d’être, au Collège, un des rares en bonne santé cet hiver-là. Depuis sa nomination, du reste, il fait preuve d’une certaine gaieté.

Avec le froid la goutte fait son apparition; il eut deux crises successives, peu graves, mais « longues et déprimantes ». A la fin de janvier, Mason vint lui tenir compagnie quelque temps: il reçut ensuite la visite de Nicholls. Pendant ce premier trimestre, il compose laborieusement son /nstallation Ode (AB 55-19) en l'honneur du Duc de Grafton, nommé Chancelier de l'Université.

Il partit pour Londres au début d'avril, s’y retrouva avec Mason, et alla passer quelque temps à Windsor, pendant les

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