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LE CALENDRIER ÉGYPTIEN

Le régime de l’année égyptienne nous est exactement connu, grâce aux astronomes grecs qui ont utilisé le calendrier égyptien pour dater leurs observations'. Cette année a donc une base astronomique. C’est une année vague de 365 jours; comparée à l’année julienne, elle perdait un jour tous les quatre ans, de sorte que 1.461 années égyptiennes = 1.4G0 années juliennes. Pour préciser cette opposition, le

I. Par exemple dans l’introduction aux Parapegmata milésiens (Sitzungsber. d. Berl. Akad. d. Wiss ., 1904, 96). De même les horoscopes publiés par Wilcken ( Ostraka , I, 792) sont datés d'après l’année vague égyptienne à côté de l’année fixe romano-alexandrine. Les dates des observations faites par les Babyloniens (et le canon royal qui s’y rattache), conservées par l’Almagest, sont, bien avant Ptolémée, réduites, par les astronomes grecs, d’après le calendrier égyptien. — Quand les astronomes grecs veulent établir un calendrier immuable, ils usent d’un calendrier idéal d’après la place du soleil par rapport aux signes du zodiaque, et ils y introduisent, pour l’usage pratique, les dates de l’année civile courante (cf. Diels et Rehm, Sitsungsbcr. d. Berl. Akad. d. Wiss., I. c.) : ainsi procèdent Meton, le Parapegma de Geminos, les Parapegmata milésiens, etc. Pendant la période impériale, on date en Egypte d'après le calendrier alexandrin fixe de 365 jours 1/4, qui est identique au calendrier julien (commencement au 1" Thoth = 29 août) ; ainsi fait Ptolémée dans les «l'ànei; àitXavtüv et Tliéon d’Alexandrie dans le Commentaire aux Phénomènes d'Aratus.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

1er Thoth, jour du nouvel an égyptien, tomba, en l’an 1 de Nabonnassar, au 2G février 747 av. J.-C. ; l'année julienne 745 av. J.-C. étant bissextile, en l’an 4 de Nabonnassar, le 1er Thoth recula au 25 février 744 ; en l’an 8, au 24 février 740, et ainsi de suite1.

Avec les données des astronomes concordent les renseignements transmis par les écrivains grecs sur l’année égyptienne2, ainsi que les témoignages et les dates des monuments pharaoniques. D’après ces sources, l’année égyptienne se divise en trois saisons, qui ont chacune quatre mois de trente jours ; en dehors de ces mois, on intercale cinq jours, appelés par les Grecs épagomènes. Dans l'écriture, les quatre mois de chaque saison sont simplement désignés par des chiffres.

C’est sous la XXVIe dynastie que furent introduits les noms des mois que nous trouverons en usage dans les papyrus araméens sous la domination perse, dans les sources grecques et chez les Coptes : ils sont dérivés des noms de fêtes mensuelles. Quelques-unes de ces fêtes sont des fêtes locales de Thèbes et ne furent introduites qu’au temps du Nouvel Empire. D’autres sont très anciennes; maison les célébrait, à l’origine, dans le mois qui précédait celui auquel plus tard elles donnèrent leur nom. (Sur ce développement, voir Y appendice.) Par l’introduction de ces noms de mois, le caractère du calendrier n’a pas été altéré; néanmoins il ne nous est plus possible d’employer (comme l’ont fait la plupart des égyptologues jusqu’à maintenant) les noms des mois pour les temps antérieurs à la XXVIe dynastie.

1. On trouve des tables commodes dans Brandes, Abhandlungen sur Gesch. des Orients ini Alterthum , 1874, p. 130 sqq., pour le 1er Thoth de 4 en 4 ans, depuis 4000 av. J.-C. jusqu’en 136 ap J.-C., et dans Mailler, Chron. Vcrglcichungstabellen, 1888, pour tous les mois de chaque année depuis 747 av. J.-C. jusqu’en 451 ap. J.-C.

2. Voir surtout Hérodote, II, 4; Décret de, Canopc , 1. 43 sqq.; Gerninos, Isag. in phœnoin., ch. vin, p. 106 sqq. (éd. Manitius); Censorin, 18, 10. Diodore (I, 50, 2) prétend que l’année égyptienne est de 365 jours 1/4 ; il confond l’année vraie avec le calendrier civil.

Voici le calendrier égyptien avec ces noms de mois :

I ecAoiitjSaison de l’inondation , 1er mois Thouth

l | 2e » Paophi

3e » Athyr

4e » Choiak

projet, hiver ou saison des semailles ( 1er mois Tybi

Nil

Mechir

Phamenoth

Pharmouthi

III ££££ somou, élé ou saison de la moisson ( 1er mois Pachon

! I 2e » Payni

3e » Epiphi

4e » Mesori

j®1 1 ^ ^ doua heriou ronpet, les cinq épagomènes.

Ce calendrier est d une conception absolument artificielle. Il se caractérise ainsi : ses mois ne sont pas des mois, ses saisons ne sont pas des saisons, son année même n’est pas une année. Le seul élément qu’il ait emprunté à la nature c’est le jour; mois, saisons et année n'y sont que des sommes de jours totalisés en une unité commode. Il obéit à un rationalisme ou radicalisme tel que nul autre calendrier de n’importe quel peuple, à ma connaissance du moins, n’en offre d’exemple, pas même le calendrier julien, qui, dans ses mois absurdes de 28 (29), 30 et 31 jours et dans son jour intercalaire au 24 février, conserve les éléments irrationnels que César lui- même n’osa pas mettre de côté, quand, au calendrier pseudolunaire des Romains, il imposa la longueur de l’année égyptienne. La Révolution française seule, dans sa reforme éphémère du calendrier, eut l’audace des anciens

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

Égyptiens. Ce radicalisme rationnel explique la commodité pratique extraordinaire du calendrier égyptien reconnue par les astronomes grecs et imitée par eux quand l’année julienne fut introduite à Alexandrie. Ils s’épargnaient ainsi non seulement la détermination de toutes les dates astronomiques transmises, mais encore le calcul incommode d’une

année de jours. Par la même raison, nos astronomes ont

conservé les calculs de l’année julienne au lieu de compter d’après l’année grégorienne ou même d’après la véritable année solaire qui est toujours variable dans sa longueur et dont on a fixé la durée, pour l’an 1800 ap. J.-C., à 3651 5*1 48' 46 " , 43 ’ . Une année qui compte par centièmes de secondes n’est pas utilisable pour un calcul chronologique; les dates réelles d’après l’année solaire ne peuvent donc se baser que sur le calcul d’une année fictive; c’est comme telle que

l’année égyptienne de 365 jours a servi aux astronomes

grecs et que nous sert l’année julienne de 365 jours — .

Sans aucun doute, ce radicalisme de l’année égyptienne n’est pas prémédité; mais il repose purement sur une connaissance imparfaite des faits chez les premiers auteurs du calendrier. Ils ont évidemment cru qu’ils avaient trouvé la véritable longueur de l’année solaire et créé un calendrier qui concordait avec la marche des saisons. Il n’y eut de prémédité que l’abandon du mois lunaire et de la nécessité qui s’y attache absolument d’une intercalation continue, par conséquent d’une année de longueur variable; et c’est justement en cela que consiste le grand pas en avant qu’implique l’introduction du calendrier égyptien.

Il y a une difficulté insoluble, avec laquelle lutte tout calendrier qui marche avec la nature : c’est que les deux unités de temps données par la nature, c’est-à-dire le mois lunaire ét l’année solaire, n’ont pas de commune mesure ni entre

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