D’après Wislicenus, Astronom. Chronoloçjic, p
elles ni avec le jour, et, se trouvant d’une longueur variable (mois de 29 et 30 jours, année solaire de 365 et de 366 jours), ne peuvent être rapprochées de plus en plus que par un système d’intercalation très raffiné.
Voici une des conséquences les plus nuisibles de ce système : tant que l’on compte d’après des mois réels, c’est-àdire d’après le temps qui s’écoule du lever de la nouvelle lune au crépuscule du soir jusqu’à la prochaine lune1, non seulement on n’obtient que des mois assez irréguliers de 29 et de 30 jours, mais l’année, pour être en harmonie avec l’état du soleil et le changement des saisons, doit avoir à compter tantôt sur 12, tantôt sur 13 mois, c’est-à-dire tantôt sur 354 ou 355 jours, tantôt sur 383 ou 384 jours2. On sait de quelle façon méritoire les Grecs ont résolu ce problème, mais leur année était complètement inutilisable dans la pratique. Le paysan devait connaître les saisons d’après les phénomènes naturels et les phases des étoiles, et l’historien devait dater d’après elles, tandis que, pour tous les calculs, par exemple les comptes d’impôts, seul était employé- et valable le calcul par jours ou au plus par mois (comptés conventionnellement à 30 jours, qu’ils fussent pleins ou non3).
Pour arriver à une année solaire véritable et à un calendrier dans lequel les mois auront une place fixe, il faut renon-
1. Rappelons ici que la nouvelle lune astronomique, ou (ivraie», c’est-à-dire la conjonction du soleil et de la lune, n’est qu’une construction artificielle trouvée par le calcul. L’appellation « nouvelle lune », vïO|X7)vt'«, n’est donnée à cette conjonction que par un abus contraire au sens du mot. Pour la pratique du calendrier lunaire et de l’année lunisolaire, on ne considère que la nouvelle lune visible.
2. La conception absurde d’une année lunaire pure, de 12 mois lunaires, ne pouvait venir qu’à un homme aussi complètement inexpérimenté en cette matière que Mahomet; il ne fallait pas moins que l’autorité d’une révélation divine pour imposer aux croyants une année aussi dépourvue de bon sens et de sens pratique.
3. A l’occasion, on a défini l’année en lui attribuant arbitrairement un nombre déterminé de mois : 10 mois, par exemple, dans la convention des soldats avec Euinène I"r (Inscription de l’ergame, Dittenbcrger, Oriénlis Gr. Inac-, n" 26G), ou dans l’année fiscale des Romains.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
cer à tout rapport avec la lune. Le Grec, tout comme le Musulman, voulait, le soir où commençait le premier jour du mois, la Noupujvia, que la nouvelle lune fût véritablement visible au ciel, et que le dernier jour du mois, la ev?) xai véa, tombât un jour où la lune est tout à fait invisible1. Pour les Egyptiens aussi, les jours de la lune avaient une haute importance : depuis les temps les plus anciens, les fêtes de la nouvelle lune et de la pleine lune ( ) on^ toujours
été comptées parmi les fêtes principales, et mentionnées très fréquemment à côté des autres fêtes lunaires dans les textes religieux et historiques2. Un compte du temps daté de Sésostris III, montre aussi que, tout au moins sous le Moyen Empire, le traitement en nature des scribes de temple était calculé d’après des mois lunaires de 29 et 30 jours alternativement3, et non pas d’après les mois du calendrier; cependant ces comptes sont aussi datés d’après le calendrier civil de l’année de 365 jours. Ainsi a-t-on conservé, autant que cela était nécessaire, le vieux mois lunaire pour le culte 4 . Mais pour le calendrier ces mois lunaires n’ont aucune signification, quelque intéressantes que nous
1. En fait, on ne pouvait toujours y arriver à cause de l’insuffisance des cycles intercalaires; d’où la nécessité de réformes renouvelées du calendrier.
2. Il suffit, à ce sujet, de renvoyer à Brugsch, Thésaurus, II. Mais, dans les calendriers identiques de Ramsès II et de Ramsès III à Médinet-Habou, les fondations inscrites pour les 29e, 30e, 1er, 2e, 4e. 6e, 10' et 15e jours de chaque mois ne peuvent être basées sur le mois lunaire, comme Brugsch l’entend ( Thésaurus , II, p. 310 sq. et 476), mais, au contraire, sur le mois calendérique, puisqu’on multiplie simplement par douze les totaux isolés afin d’obtenir la somme annuelle. Enfin, avec les mois lunaires, les offrandes prévues pour le 30e jour ne viendraient en compte que moitié moins souvent que pour les autres jours.
3. Borchardt, Æguptische Zeitschrift, XXXVII, p. 92. Voir aussi plus bas, p. 52.
4. Un fait complètement analogue s’est passé à Hambourg, à la suite de l’introduction du calendrier grégorien : la date de départ des domestiques et des fins de loyer s’est trouvée reculée de dix jours, car on n’a
puissent être ces données sur l’état de la lune pour le calcul exact d’une date'.
Le mois du nouveau calendrier n’est en fait qu’une subdivision de l’année, choisie arbitrairement. Mais, tout
comme dans notre calendrier, il a gardé le nom ^ Q ebod « mois », emprunté, comme sa durée, à l’ancienne manière de calculer le temps par lunes véritables. Déjà à cette époque, comme chez les Grecs, on aura compté le mois conventionnellement à 30 jours, qu’ils fussent pleins ou non ; le nouveau calendrier fixe tous les mois à 30 jours. Quant à l’année solaire, le fait qu’elle a environ 365 jours, laps de temps après lequel les saisons et les eaux du Nil revenaient à leur ancien état, ce fait, on doit l’avoir connu de très bonne heure. De même que précédemment on cherchait à rattraper cette année solaire par des intercalations, de même à ces mois de 30 jours une intercalation était indispensable, mais non plus une intercalation irrégulière de mois entiers, mais une intercalation régulière de 5 jours. Cette innovation hardie marque le moment le plus remarquable du calendrier égyptien : elle lui a donné sa stabilité à travers des milliers d’années et aussi sa grande valeur pratique.
Il est très facile de voir combien les Égyptiens avaient compris l’anomalie de ces jours additionnels. Ils les appellent
pas voulu renoncer à des privilèges établis en droit. Mais, par la suite, ce reste du calendrier julien n’a pas été influencé par le déplacement des deux formes d’années relativement l’une à l’autre. Le jour du déménagement et du départ des domestiques tombait encore dans ma jeunesse, partout, le 11 mai et le 11 novembre.
1. Nous connaissons seulement, par la liste des fêtes du tombeau de Chnemhotep à Beni-Hasxan (XIIe dyn.; I.epsius, Denhmaler, II. 123 sqq. ; Brugsch, Thésaurus, p. 231), une fête de « la grande année » et de
« la petite année »,
à côté des deux « fêtes du
nouvel an » et de la « fête de la fin de l’année », et des « douze fêtes de
la nouvelle lune » et des « douze fêtes de la pleine lune » I n \ V
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