‹ Chronologie égyptienneChapitre 174 sur 179 · V. — ENLIL À NIPPOUR · texte numérisé non relu

V. — ENLIL À NIPPOUR

Qu’il me soit permis d’ajouter ici, comme complément aux considérations exposées supra, p. 94, n. 2, et à mon traité sur Les Sumériens et les Sémites en Babylonie, quelques idées importantes. J’avais dit, p. 30 sq. de cet ouvrage, que l’on ne pouvait admettre un changement dans le nom du grand dieu de Nippour; comment aurait-il pu s’appeler Enlil aux vieux temps sumériens et Bél aux temps sémitiques postérieurs, sans qu’on retrouve la moindre trace de cette transformation, ni dans l’écriture, ni ailleurs ? Comme tous les assyriologues admettaient, sans restriction aucune, que (an) En-lil devait se lire, en sémitique, Bél, j’avais conclu que ceci avait été toujours le nom du dieu de Nippour, que le lieu de son culte était par conséquent sémitique, et j’avais cherché à étayer encore cette hypothèse par d’autres arguments.

L’hypothèse, dont je partais, s’est conlirmée rapidement, mais tout à rebours, les conséquences qu’on en avait tirées, ont été retournées. En réalité les choses sont juste en sens inverse. A. -T. Clay2 a démontré d’après des noms araméens inscrits sur des documents de l’époque Perse, que En-lil n’est jamais rendu par Bel, mais toujours par c’est-à-dire Ellil ; il doit, par conséquent, garder toujours cette prononciation dans les textes cunéiformes. Donc le dieu de Nippour a toujours reçu, en fait, le même nom,

1. Supplément à Sumériens ri Sémites en Iiubylunu • ( Alih . lient.

A /nul., 1906).

2. EUH , the yod, ol' Nippur (;ip. American Journal of Semitic Lan nuages, XXIII, 1907, p. 269 sq.).

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

chez les Sumériens comme chez les Sémites Babyloniens et les Assyriens ; il ne s’appelle pas Bêl, mais Enlil, ou par assimilation Ellil (V R., 37, 21, 2).

Il s’ensuit qu’en réalité Nippour fut, primitivement, un lieu de culte sumérien (et non pas sémitique), et que la conception de ce dieu des tempêtes comme « seigneur des pays » ( luga.l kurkura, = sémitique bêl ma/âti ), dont le trône est sur la cime des montagnes, est d’origine sumérienne (pour l’opinion contraire, voir p. 32). Les hommes imberbes, chauves, au type sumérien, que l’on voit sur les tablettes votives de Nippour (p. 98 sq.), seraient donc des Sumériens, habitants de Nippour ; peut-être en est-il de même du très ancien relief en calcaire, représentant un homme avec perruque, barbe et favoris (p. 80, 2; Hilprecht, Explor. in Bible Lands, p. 487), qui concorde avec les figures similaires, sur la base arrondie originaire de Tello. Les dieux de ces tables votives, à longue chevelure, a barbe et couronne particulière, qui rappellent la figure de Ningirsou, sont des images de dieux sumériens. Les Sémites envahisseurs ont ensuite emprunté, outre le culte, le nom même du dieu de Nippour, et ils l’ont gardé jusqu’aux époques les plus récentes. Au contraire, bêl est originellement, chez les Babyloniens et les Assyriens, toujours écrit {an) en , et jamais [an) en-lil ; ce dernier {an) 50 (= nînnû) n’a pas été un véritable nom de dieu, non plus que baêal chez les autres Sémites, mais seulement un surnom, qui s’appliquera spécialement à Mardouk de Babel, lorsque, plus tard, Bèl sera devenu réellement un des noms propres de ce dieu.

Il faudrait donc réviser, en s'appuyant sur ces nouveaux matériaux, mes hypothèses sur les temps anciens, antérieurs à Sargon. Quant aux résultats, auxquels je suis arrivé pour le temps de Sargon et de ses successeurs, de Goudea et des rois de Sumer et d’Akkad, il n’y a pas lieu de les modifier,

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