Ammenemnes
Ce sont les mêmes noms que dans l’Epitomé, si ce n’est que l’Africain, au n° 21 (Ramsès II), donne pareillement la forme Ramesses [Eusèbe l’a omis] ; mais l’interpolateur déclare que le n° 18 (Sethos), comme le n° 21, sont identiques ;iu n" 16, c’est-à-dire à Ramesses Miamoun, le vrai Rampa H. Il suit de là que chez lui le n° 19 (Ramsès I) disparaît et que trois Aménophis (appelés Ammenemnes) ios17, 20, 22 sont identiques. On voit que l’interpolateur i très bien connu l’histoire d’Égvpte. Il a, en réalité, appli- |ué a la liste de Josèphe la même critique que nous-même, i ce n’est qu’il a fait, à tort, de Sethos et de Ramsès un M personnage. Nous obtenons la véritable liste histofqueen effaçant le n° 16 et le n° 17 dyn. XVIII, 16 dans Afr., 13, 14 dans Eus.) et les nos 21 et 22 (= dyn. XIX,
I* & dans E Afr. , 4 dans Eus.) et en ne gardant que les ',8 19, 20 (= dyn. XIX, 1-3 dans l’Afr. et Eus.).
Je crois que nous devons en substance procéder ainsi, si ous voulons reconstituer le vrai Manéthon. En effet, la infusion n’a commencé que parce que les deux Extraits / et V donnés par Josèphe, qui, comme nous l’avons vu,
- s enchaînaient pas à l’origine, ont été regardés, dans la pirce où a puisé Josèphe, comme se faisant suite. Nous »\ons maintenant que dans IV aussi la liste IV ci, qui •t complète avec 17 Aménophis, doit être séparée du récit
IV b, qui s’y rattache, sur Sétlios et Harmais. Ce n’est donc point par hasard que dans ce dernier récit, il n’y a aucun chiffre d’années; il n’appartient même pas à la liste IV a, mais c’est un récit historique indépendant de Manéthon. Si nous détachons ces deux morceaux, la liste est correcte à la lin, sauf qu’avant Ramsès II Miamoun, son père Séthos a été omis, soit par hasard, soit par ce qu’on a confondu les deux rois. Également correcte (et même plus correcte encore, puisqu’elle connaît Séthos) se trouve être la liste V, du moment que nous ne la considérons pas comme une suite de IV, mais comme une tradition parallèle. On s’explique, pour la même raison, que V a, l’introduction chronologique à l’histoire d’Osarsiph, nomme Hermaios, tandis que IV b nomme Harmais.
Les Extraits de Manéthon se groupent donc de la façon
suivante :
IV a
IV b
Liste royale IV a § 94-95
Liste royale
se termine avec
14 Harmais, 4 ans 1 mois
15 Ramsès Ier, 1 an 4 mois
[16 « Séthos]
Histoire de Sétlios
Séthos, 59 ans
16 b Ramsès II Miamoun, 66 ans 2 mois
17 Aménophis 19 ans, 6 mois
Ramsès, 66 ans
Histoire d’O N|>i sous Amé phi' et son fils I ns"
Ceci ne nous donne pas encore de l’histoire pure. L’histoire du prêtre héliopolitain Osarseph et du sage Aménopliis, fils de Paapis — lequel fut un contemporain d’Ainénophis III — cette histoire, dis-je, s’est passée sans aucun doute sous Aménophis IV ; c’est un récit légendaire sui l’introduction du monothéisme solaire et la persécution des dieux parce roi’; mais Manéthon l’applique sûrement i
1. Voyez mon Histoire d'Égypte, I1, p. 276 sq. ; confirmé par Vile ken, dans ses Ægyptiacct, p. 147 sq.
Merneptah, le lils de Ramsès II, et c’est pourquoi il change son nom en celui d’Aménophis. Quand ce roi se retire 13 ans en Éthiopie, et n’en revient qu’avec le secours de son (ils Ramsès devenu majeur à 18 ans (il l’avait confié à un ami, a l’âge de 5 ans), — quand il revient et chasse les impies — cela fait penser aux temps troublés qui suivirent Merneptah. Quant au fils d’Aménophis = Merneptah, ce fils dont le nom rappelle celui du père de celui-ci, Ramsès II, et qui (est évidemment, dans ce bref récit, le vainqueur et le rénovateur de l’ancien culte, c’est bien Ramsès III. Sans doute ce n’est pas là de l’histoire; mais cette légende convient tout à fait au personnage : il s’est montré en tout le successeur et l’imitateur du grand Ramsès, et il a, en fait, rétabli l'Empire sur l’ancien modèle. La légende le rattache à l’ancienne maison royale et son véritable père, Setnech, est supprimé. Le fait qu’ « à l’âge de 5 ans il fut placé en tutelle vhez un ami, par son prétendu père Ainénophis » et qu’ensuite, après 13 années, il réapparut comme un jeune héros libérateur, fait assez clairement apercevoir la réalité historique. Au reste, la fuite du vieux roi en Ethiopie devant les conquérants étrangers et impies, a son équivalent dans la légende de Nectanébo, et de même qu’Aménophis a engendré Ramsès vengeur et sauveur, Nectanébo est le père U Alexandre,
Nous pouvons faire un pas de plus dans l’analyse de l/otte légende. D’après elle, les Lépreux au temps d’Osarseph je’est-à-dire les instigateurs de la réforme venue d’Héliopolis, et quelque temps triomphante sous Aménophis IV Jhouenaten), appelèrent à leur secours les descendants des ’asteurs, qui s’étaient établis à Jérusalem; et ceux-ci, de oncert avec eux, dominèrent et ravagèrent l’Egypte durant 3 ans ($§ 241-248 /). Au temps de la réforme, il n’est pas piestion d’une invasion asiatique en Egypte ; au contraire, p rois hérétiq nos ont maintenu eux aussi un reste de suprématie en Syrie. Par contre, dans les temps troublés (pii ont
ANNALES DU MUSEE GUIMET
précédé Ramsès III, le témoignage du roi lui-même, conservé au papyrus Harris nous apprend qu’un Palestinien, le Chorite Arsou1, a régné sur l’Egypte et levé des tributs, tandis que ses compagnons se livraient au pillage et traitaient « les Dieux comme les hommes : on n’apportait plus d’offrandes dans les temples » — jusqu’au moment où Setnecht, le père de Ramsès III, le renversera et restaurera les lois et le culte. On voit clairement comment chez Manéthon les deux légendes d’Osarseph et de Ramsès III, qui à l’origine étaient entièrement distinctes, se sont contaminées mutuellement : à la première, appartiennent les Lépreux, à la seconde, les conquérants asiatiques, les « Pasteurs » ou « Solymites », c’est-à-dire Arsou et ses compagnons. La légende permet ici de compléter le récit historique de Ramsès III ; elle prouve qu’avec la royauté d’Arsou, il s’agit d’une domination étrangère — ce dont, moi et d’autres, nous avions douté jusqu’à présent.
On pourrait peut-être avec cela faire la lumière complète sur l’origine et le sens de la légende relatée par Manéthon. Mais Manéthon lui-même 11e l’a plus comprise. Il l’a luimême signalée comme étant un récit populaire2, et Josèphe fou plutôt sa source) lui fait un vif reproche de l’avoir ainsi qualifiée. Près d’elle, se conservait dans les listes des rois la tradition qui nommait, comme successeur de Ramsès II, non pas Aménophis, mais Merneptah MsvscpOr^, puis plusieurs princes éphémères, qui semblent se cacher dans l’Épitomé sous le nom de Soùcopiç. Peut-être est-il possible que Manéthon lui-même ait distingué Ramsès, le filsd’Amé-
1. O11 ne saurait affirmer qu'il fût identique avec un des rois éphémères de ce temps; mais il est assez vraisemblable qu’il avait pris un nom égyptien.
2. § 105. 'Yrcsp (i)v 6 MavsO<i>; o*j x ex t<5v rcap1 Atyj7motç TcpayuaT wv, à XV (î)ç a-jt'oc Ou.oÀôyvy/.ev. èx T(ïW àSïi77tÔT<>>; u. -J 0 o ). o y o 'J p. £ v (0 v 7rpo;TS0£i/£v, 'jG-rspo v £|s).£yE(i) xaTa pÉpo: à7toS£ixv-j; t r,v âiriOavov a-lto-j t]/svSoXoytav. = 229 "Etieitx 8È 2o-j; sloverîav a J7<j'> Sià to :pâvai ypâ:p£iv ta ,u.-j0£-j6p.£va -/ai ).£vdu£va 7t£pi tüv ’louSatwv, >.6 y o-j; auiSavo-j; 7iapEvÉêaXev. Cf. aussi § 287.
nophis, de Ramsès III, et qu’il ait été amené ainsi à commettre le premier de ces doublets, que nous avons reconnus. Si le pas est exact, sa liste de la XIXe dynastie serait composée :lans le genre de l’Epitomé de l’Africain. On a déjà soupçonné pie, dans certaines formes altérées de noms, où Mernephtah ipparait deux fois ’Ap.p.svs'fG'çç et bV[Jt.p.£V£[j.v^ç, se retrouve 'influence du nom Aménophis’.
En résumé, un problème insoluble jusqu’à présent trouve me solution complète : je veux dire la place absurde où ’Epitomé fait une coupure de dynastie et commence la CIXe dynastie. On sait qu’une coupure ne se justifie historiluement qu’après les rois hérétiques (ou plutôt après les rois (légitimes, Tout'anchamon et Ai, qui étaient déjà revenus l’orthodoxie), avant Harmais = Haremhebi; de même, on e peut faire commencer la XXe dynastie qu’avec Setnecht, ; père de Ramsès III. La fausse division en question s’exlique très simplement en ce qu’elle est identique à celle ui se trouve dans les extraits IV et V de Josèphe. L’Épi- >mé a placé en bloc dans la XVIIIe dynastie les rois énulérés dans IV1 de 1 à 17 (de Tethmosis (= Amosis) à ménophis); avec les souverains nommés dans V, qui en :alité sont identiques aux derniers rois du IV, il a formé
1XIXe dynastie.
Et maintenant peut-être y a-t-il quelque signification «lins ce fait (pie la liste du Livre de Sothis passe sousïfence tous ces rois de la XIXe dynastie de l’Epitomé, et "ime immédiatement Thouoris après le premier couple, llimesses et Aménophis (— 16, 17 dans Josèphe). Peut-
1. Peut-être retrouverait-on aussi, dans la désignation du roi Amëi plus comme 'I'c-joê; ovo|j.a et ’flx'jù.ijz dans Josèphe. 230, 232.
1 morceau du Manéthon authentique, qui s'est ensuite corrompu die/ J éphe (v. plus haut p. 111). Il pourrait dans son récit historique •M’ir dit Msveç6r(c d’après les ’Ava^pa?*!, et dans la légende p tenant les deux noms pour identiques.
I. C’est le morceau qn’Kusèbe seul a inséré dans son premier livre cflont le Livre de Sothis s’est aussi servi.
être aussi n’est-ce qu’un hasard; mais l'on peut penser qu’ici la vérité s’est conservée. Si nous rétablissons Ramsès Ier oublié et Sétbos confondu avec Ramsès II, alors la liste du Livre de Sothis, seule entre toutes, devient complètement correcte à cette place.
CONCLUSION. HISTOIRE DE LA TRADITION MANÉTHONIENNE LES TOTAUX PAR DYNASTIE ET PAR « TOMOI »
Il est aujourd’hui de toute évidence que Josèphe et l'Épi tomé ne présentent que des versions différentes du mém extrait de Manéthon ; il en résulte de suite que ce n’est pa du tout par hasard que tous deux, en ce qui concerne le dynasties précédentes, ne comptent les noms de rois qu pour la Ire dynastie des Pasteurs. Mais sur la longue histoii de ces Extraits, nous avons aussi pu jeter un regard. Je va essayer d’en tracer une esquisse, mais je rappelle qu i comme dans toutes les autres recherches analogues, les d tails et les particularités fortuites ne peuvent jamais sed voiler entièrement, et que par conséquent il n’est jama possible de dire qu’il ne reste plus rien à élucider’.
Les listes des chronographes sont le reste d’un Epitorr résumé de l’ouvrage complet de Manéthon. Cet Épiton dans ses autres divisions, présente exactement le même ( ractère que pour les dynasties XVe à XIXe ; c’est un extr chronologique, accompagné parfois de courtes notic , telles que celles qui concernent les Hyksos, telles que ' annotations ’AôeX'p-q, Huyàrqp, ’AÔeXcpôç dans Josèp ,
1. Il n’y a donc pas le moindre doute que le premier savant, ii s’occupera de ces questions, commencera par rejeter mon esquisse et n en proposer une autre k sa place. Qu’à cela ne tienne! Mon esqv* n’est en effet qu’une construction auxiliaire destinée à confirme! faits découverts par nous et complètement indépendants de celli i
nos 4, 10, 11, — ou d’additions isolées, tirées d’Hérodote et d’autres écrivains grecs; dans les dynasties les plus importantes, l’Epitomé donne les noms et les nombres des rois, comme aux dynasties XVe, XVIIIe, XIXe; pour les autres dynasties, il ne fournit que le chiffre total, comme aux dynasties XVe et XVII1'.
Il n’y a donc aucun doute, que les listes des Hyksos et de la XVIIIe et de la XIXe dynastie aient été empruntées à l’Epitomé par la source primitive de Josèphe', c’est-à-dire que cette source se trouvait déjà, en substance, telle que nous la possédons, quand un apologiste juif la fit servir à ses desseins. L’intention de celui-ci a été évidemment de démontrer que les Juifs étaient identiques aux Hyksos, et ne pouvaient point, par conséquent, être les Lépreux d’Osarseph. D’où les récits suivants :
1° L’histoire des Hyksos (. Eæc ., I dans Josèphe), et peutêtre le récit d’après Manéthon lui-même; la suite des rois d’après l’Épitomé [il y faut peut-être rattacher le $ 84 f sur la durée de leur domination et le commencement de la guerre d’indépendance, mais certainement pas le §86 //'sur Misphragmouthosis et Thoummosis]. Comme conclusion venait la liste des rois du Nouvel Empire, commençant avec Amosis, et allant jusqu’à Ramsès Miamoun et son fils Ainénophis (n° 17), sous lesquels tombait 1 histoire d’Osarseplt. Dans cette liste {Eæc., IV a) le nom de Séthos manque.
2” Ensuite venait, indépendamment, l’histoire d’Osarseph I (E/<\, V b) empruntée à Manéthon même; elle était introduite par les noms des rois Séthos et Ramsès, prédécesseurs immédiats de ces événements d’après l’Épitomé (Eæc.,V a). Aussi cet Extrait fut-il considéré comme la suite du n° 1 : p est ainsi que se dédoublèrent Ramsès II et son fils.
3" En cet état, la liste a servi à un écrivain qui voulait
b On s'explique pourquoi il n’est pas question d'une division par dynasties dans Josèphe ; cette particularité n’avait aucun intérêt pour
in apologiste juif.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
trouver combien de temps il y avait entre l’Exode sous Amosis, et l’époque d’Aigyptos identifié avec 'Séthos (393 ans), pour établir par là combien l’histoire juive était plus ancienne que l’histoire grecque. C'est la raison pour laquelle il a inséré l’histoire de Séthos et de Harmais [Exe., IV b) d’après Manéthon dans l’Épitomé.
4° La liste est parvenue ainsi constituée aux chronologistes chrétiens, plus pure pour l’Africain, beaucoup plus remaniée et défigurée pour Eusèbe. Ils tiennent donc (directement ou indirectement) leur Epitomé d’un chronographe juif, lequel a corrigé l’Epitomé originel d’après ce même apologétiste juif qui a gratifié la période, depuis les Hyksos jusqu’à Aménophis, de l’aspect décrit aux nos 1-3. Celui-ci a admis le redoublement ou plutôt la triplifîcation des rois, et placé une division de dynastie entre 1 et 2. Par contre il ne sait rien du remplacement d’Amosis par Tethmosis. et moins encore de la confusion de Séthos et de Ramesses ; les Hyksos sont pour lui BacuXeïç uoifjiveç (plus tard déclarés Phéniciens) ; dans la XIXe dynastie, il n’a pas le nom Aménophis, mais Ammenephthes et Ammenenmes. Après ce dernier, il revient avec Thouoris au véritable Épitomé.
5° D’autre part, avant que les Extraits n’arrivent jusqu’à Josèphe, on y a inséré les morceaux II, III prétendus manéthoniens, sur l’origine arabe des Hyksos et l’explication du nom àtyp.àXwTOt 7roi(jtiv£ç, sur Misphragmouthosis et Thoummosis; c’est pour cela que le nom d’Amosis a été changé en Thetmosis. Enfin un interpolateur tout à fait bien informé a identifié les rois n° 18 (Séthos) et n° 21 (Ramesses) l’un avec l'autre et avec le n° 16 (Ramesses Miamoun) ; en conséquence il a écrit les deux fois HéÔcoç ô xai ’Pa p-ECTa'/jç. C’est dans cet état que Josèphe a reçu les morceaux.
Quant à la chronologie, en faveur de laquelle nous avons entrepris cette longue recherche, il résulte que Manéthon, dans sa teneur originelle que nous pouvons définir, n’est
point responsable des fautes grossières que l’Épitomé nous présente dans la rédaction actuelle ; cependant, par exemple dans la XIIe dynastie, il est resté encore bien loin de la vérité historique. Il faut admettre cela aussi bien pour les noms et la suite des rois que pour les nombres des années de règne, quand bien même nous mettrions autant de ces fautes au compte des copistes postérieurs. Pour les nombres, par exemple pour la XIIe dynastie, si quelques-uns sont tout à fait justes ou à peu près, la plupart sont absolument faux. Manéthon pouvait très bien servir de guide pour le classement des monuments, quand l’Égyptologie en était à ses débuts; actuellement, nous ne devons le suivre qu’avec la plus grande réserve. -Si cela est vrai pour les meilleures périodes du Moyen Empire et du Nouvel Empire, dans les temps plus anciens et surtout aux époques obscures cela dépasse toute mesure. Il est impossible de contrôler jusqu’à quel point les nombres de l’Épitomé pour les dynasties XIIIe-XVIIe (excepté pour la XVe) sont ceux de Manéthon ; et là ils ne sont assurément pas historiques. Quant à leur somme totale, comme nous l’avons vu page 80, elle est absurde au plus haut degré; il faut par conséquent la rejeter sans scrupule comme tout à fait inutilisable.
Un autre résultat acquis, c’est que les totaux de dynasties tant prisés chez l’Africain', n’ont aucune valeur pour Manéthon, et bien moins encore pour l’histoire. En effet le total pour la XVe dynastie = 28-1 ans, repose sur la répétition erronée du chiffre attribué à Apophis; celui de la XVIIIe dynastie = 263 ans (ou plutôt, d’après le total des règnes, 262 ans), sur l’omission du chiffre attribué à Amosisa, sur la liste interpolée, sur les nombres mal écrits
1. Il va sans dire que les totaux d’Eusèbe n'ont aussi aucune valeur.
2. Eusèbc, comme Josèphe, lui donne 25 ans (4 mois), comptés à partir de l’expulsion des Hyksos. Unger ( C/irori . et. Mon., 16à) croit avoir trouvé le nombre total des années de règne ap. / iarbarus , p. :>8 «, dans une notice sur le dieu-roi Anubis, qu’il a reconstituée avec pers-
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
d’Aménophis Ier, Acherrès, Rathos, et sur l'omission de Raraesses Miamoun; celui de la XIX1' dynastie = 209 ans, repose également sur la liste interpolée.
Ce n’est pas non plus sur les totaux partiels des dynasties que s’établit le chiffre total, que donne l’Africain pour les x6p.ot, de Manéthon et qu’Eusèbe a pris aveuglément, quelque différent qu'il fût de ses nombres’ — preuve nouvelle qu’il ne donne qu’une déformation de la liste de l’Africain. La somme du second Tomos (XIIP-XIX° dyn.) est2 de 92 rois (Eus., 96), 2121 ans. Ici le total des années repose sur les totaux des dynasties de l’Africain. En effet, si pour la XVIIIe dynastie nous attribuons à la somme des règnes 262 au lieu de 263, nous aurons :
XIIe dynastie,
rois
ans
XIIIe
XIVe
XVe
XVIP
XVIIe
XVIIIe
XIXe
Total
246 (289) rois ;
ans
Que le total des ans dépasse juste de 100 le nombre donné plus haut, ce ne peut être par hasard ; évidemment dans une des dynasties XIIIe, XIVe, XVE, XVIIe, le nombre doit être diminué de 100; peut-être est-ce dans la XVIe dynastie, où Barbares donne 318 ans1.
picacité (comp. Gelzer, A/E, 1. 202); d'après lui, Atnosis aurait régné 07 ans. Naturellement ce chiffre ne paraît pas avoir une valeur historique.
1. Chez Barbarus au contraire, la somme des Tomoi est corrigée en concordance avec sa liste (v. plus haut, p. 120).
2. A fi'., dans S;/uc., p. 135; Eusèbe, Chron., I, p. 115 = S;/nc., p. 136 (mal écrit ap/.a').
3. Gelzer (Af'r., I, 199 sq.) admet d’après Barbarus que le tomos II
Comment par contre expliquer l’énorme différence qu'il y a pour le chiffre total des rois? Je ne puis le dire. Du moins est-il évident, que le total des rois et celui des années doivent être d’origine tout à fait différente. A-t-on fait ici ce calcul que parmi ces 246 (289) rois, il en fallait laisser de côté environ 150 (193) comme éphémères, ou comme ayant régné en même temps que d’autres? Et serait-ce une indication que ce temps a été beaucoup plus court en réalité qu’il ne semble d’après les listes?
LA LISTE DE ROIS THÉBAINS d’eRATOSTHÈNE
Pour le Syncelle, l’Épi tomé de l’Africain et d’Eusèbe n’avait pas de valeur historique; dans la partie narrative de sa Chronorjraphie, il l’a remplacé par le Livre de Sothis. En outre, lui-même (ou plutôt sa source Panodore, avant lui) a adopté encore une liste de rois thébains qu’il fait remonter à Apollodore. Elle se compose de deux parties :
1° Une liste de 38 rois, qu’Apollodore a empruntée à Eratosthène et que le Syncelle cite;
2" Une liste de 53 autres rois, qu’Apollodore a ajoutée et que le Syncelle laisse de côté comme superflue’.
est clos avec la XV IIIe dynastie et avec un total de 2120 ans (donc 1 an de moins), tandis que pour la XIV dynastie, il prend le nombre d’Eusèbe (484 ans) et, pour les dynasties XV, XVIe, XVIIe, XVIII'', il adopte les nombres de Barbarus (224, 318, 221, 260). Je ne puis tenir cela pour exact.
1. Si/ ne., p. 171 : ’ArcoXXoÔMpoî xpovizoc aXXr,v A’v-jtttùov t,„v Mrjîattov '/ ;vo - V-Son pocnXeiav àvsy prî/a-ro fixTi/srov avj% èt <5v ao;' (1076) f Le Syncelle les place anno mundi 2900-3975], wv Tr,v -poi/riv, epr^tv, ù ’Eparo'jOivr,; Xafii'ov Alyv- TtTtaxoïç Û7CO|xvr,(na<Tc zai ôvôjj.aTi zatà TrpÔTraÇiv fJa'TtXixyjv t/( 'EXXxSi çoivr, Trapi- Ppa'Tîv ovt — suit la liste. Voir aussi, à la fin. p. 270 : 'Il TwvXrj' fta'TtXéiov -(»-/ /. a t ’At-yuitTov XcYoiasviov (")/]5af(üv, i nv ià o'/'/p.aTa ’EpairroOévr,; Xafiiov âz tidv ii AicnritiiXet UpoYp«|i|AaT£ii>v 7rap£?pa<7ïv àÇ A!yj7rrt'a; si; 'EXXâoa çwvfjv, àvTa-jOa
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
Ces 53 derniers rois, comme Von Gutschmidt' Ta soupçonné avec beaucoup de vraisemblance, sont identiques à ceux de l’Épitomé d’Eusèbe, depuis le nQ 2 de la XXe dynastie, jusqu’à la fin de la XXXe. Mais l'Apollodore auteur de cette liste n’est pas, comme on le croit généralement, le célèbre écrivain de la Chronique iambique qui remonte jusqu’à la destruction de Troie, mais ce même Apollodore ou Pseudo-Appollodore, auquel Eusèbe et le Syncelle ont emprunté la liste des rois chaldéens, et qui avait dressé aussi la liste des rois primitifs de Sicyone et d’Argos5.
Mais cela ne nous apprend encore rien de décisif sur Eratosthène ni sur la liste des 38 rois thébains. A dire vrai, cette liste, jadis estimée et louée outre mesure, passe aujourd’hui pour une mauvaise et récente compilation ; il n’y a que Frick3 et Gelzer1 qui en soutiennent énergiquement l’authenticité.
Une comparaison avec l’Épitoiné va montrer que cette liste a été interpolée :