Corr. de Gutsclimidt pour
ANNALES DU MUSEE GUIMET
ne contiennent que très peu de noms. La grande table de Thoutmosis III à Karnak', elle-même, est de peu d’intérêt pour nos recherches. Elle contient au début deux noms de l’Ancien Empire, puis quelques-uns de la XIe dynastie, tons ceux de la XIIe dynastie (en partie détruits) ; mais ces noms mêmes sont les uns présentés dans l'ordre exact, les autres mêlés, en complet désordre. Tous les autres (excepté Seqenenre', de la XVIIe dyn.) appartiennent à la XIIIe dynastie, et ne sont pas sans valeur pour l’étude de celle-ci, quoiqu’il y ait très peu à tirer de l’ordre des noms. Le choix des noms et leur classement restent absolument énigmatiques.
Les deux tables royales d’Abydos et de Sakkara n’en ont que plus d’importance. La première, celle du temple de Séti Ier à Abydos \ donne une liste royale de 76 noms (ce sont les noms pris au moment du couronnement), depuis Mènes jusqu’à Séti Ier; ce roi apporte à ses ancêtres les offrandes funèbres, et son fils, le prince royal Ramsès, récite les formules qu’il lit sur un rouleau de papyrus1 2 3 4. La table de Sakkara1, qui nous vient du tombeau de Tounroi ( ( ( [|(|, scribe royal et premier officiant (rherheb),
se trouvait sur une paroi détruite du tombeau, et n’a été conservée qu’en partie; il manque un morceau dans le mi-
1. Conservée seulement en partie; maintenant à Paris (Bibliothèque nationale); publiée par Lepsius, Ausœakl, pl. I.
2. Découverte par Mariette et publiée en 1864 par Dümicben ( Æ . Z ., XI, 81), et souvent reproduite (par ex. par De Rougé, Recherches sur les Monuments des six premières dj/nasties , pl. II). La publication de Mariette, Ahi/dos, I, pl. 43, a une valeur indépendante. On sait que la table incomplètement conservée de Ramsès II (à Londres, publiée par Lepsius, Ausu-nhl, pl. 2), n’est qu’une copie exacte de la table de son père.
3. Sur la photographie, on distingue clairement le rouleau ouvert.
4. Découverte en 1860 par Mariette, publiée dans la Reçue archéologique, nouvelle série, X, pl. 17 (cf. De Rougé, toc. cit., pl. I), et Monuments dicers , pl. 58.
lieu. Comme Mariette, dans sa publication, a donné les dimensions de tous les fragments et la longueur totale de la paroi, calculée sur ce qui reste de la construction, on peut se rendre compte de l’étendue de la brèche : elle correspond au nombre des cartouches de la XVIIIe dynastie qui manquent à la ligne placée au-dessus. On peut déterminer ainsi combien de noms ont disparu à la ligne inférieure; la chose est d’une grande importance historique.
Je donne, à la planche I, les deux tables des rois. Pour la table d’Abydos j’ai supprimé les figures et la ligne d’en bas, qui répète simplement les noms de Séti Ier. J’ai pu utiliser une collation faite par Borchardt, pour le Dictionnaire et une photographie. Sans parler des corrections apportées à quelques erreurs des publications antérieures, je puis prouver qu’il faut bien lire le nom du roi n° 52 Sneferka 'Anou, comme l’a fait Mariette, (et non pas, comme Dümichen, Neferkere' cAnou).
L’édition fondamentale de la table de Sakkara se trouve dans Mariette, Monuments divers. En outre M. le prof. II. Schafer m'a très aimablement communiqué une esquisse du tableau et une copie collationnée sur l’original qui permet de lire exactement les noms n° 10 (Houzefa), 15 (Houni), 44 (Amenemhet III) et 57 (Séti Ier). J’ai introduit sur la planche les cartouches détruits, et j’ai restitué les noms autant que possible, au trait ponctué.
La table de Sakkara contenait 58 noms depuis Miebis jusqu’à Ramsès II; les dix souverains de la XIe et de la XIIe dynastie (nos 37-46) sont comptés à rebours, Sebaknofroure* (mal écrit Sebakkcre') mis en tête, Nebchroure* (Mentouhotep II) mis en queue; d’où il résulte, que la liste a été extraite d’un premier document, divisé par dynasties, où les derniers rois de la XIe dynastie étaient réunis à ceux de la XIIe. Des fautes d’écriture, qui proviennent sans doute d’une lecture rapide de l'original hiératique, se remarquent plusieurs fois ( ® pour Choufou, ofjiJ
ANNALES UU MUSÉE G U IM ET
pour Dodkcre") ; dans les noms de Mentouhotep II, d’Amo-
sis Ier et de Ramsès Ier, o
et
oîf
, les
signes sont intervertis1 2. Dans la table d’Abydos il n’y a d’autre faute que pour Zoser.
Pour les noms et la suite des rois, les deux tables sont généralement d’accord, mais dans le choix des noms elles s’écartent beaucoup l’une de l’autre. La liste de Sakkara pour la Ire dynastie ne donne que 2 (3) noms; la liste d’Abydos en donne 8; la liste de Sakkara donne plus de noms dans les dynasties IIe et IVe et souvent, dans la IIIe dynastie, et ailleurs, d’autres noms que la liste d’Abydos. Jusqu’à la fin de la VIe dynastie, les deux listes marchent parallèlement ; viennent ensuite, dans la liste d’Abydos, 18 noms (— VIIIe dyn.) qui sont omis dans la liste de Sakkara. Les Hérakléopolitains (IXe et Xe dyn.) manquent dans les deux listes, comme dans la table de Karnak. Viennent ensuite, dans les deux listes, les deux derniers rois de la XIe dynastie (leurs prédécesseurs, que nomme en partie la table de Karnak, sont par contre absents des autres deux listes). Puis vient la XII" dynastie au complet (sauf Sebaknofroure', qui manque dans la liste d’Abydos). Après, les deux tables sautent à la XVIIIe dynastie (roi Amosis), et donnent les rois légitimes jusqu’à Séti Ier = Ramsès II; Ha’tsepsout et les rois hérétiques sont naturellement omis.
Il est clair que les deux tables sont issues de documents différents ; on pourrait admettre que la table d’Abydos donne un choix d’après la liste des rois qui passaient pour légitimes à Abydos, et la table de Sakkara, un choix d’après la liste qui prévalait à Memphis. Nous verrons plus loin que la table de Sakkara touche de près en plusieurs endroits