ÉTAT DE GÉORGIE
Cet état est situé çntre le 3o« 3o' et le 35« de lat. nord, et entre le 3*» 5o' et le 9*» 5' long, ouest de la cité de Washington. Il a une superficie de 60,000 milles carrés.
Mouvement de la population,
ariiiIes. habitahts.
inAo 6,000 y compris les noirs.
fto «;/« ) ^9>264 esclaves.
1790 82,548 J ^ n<,i„ Hbres.
o «« fi«A ) ^^ esclaves.
,800 i6a,686 j ^ aoirs libres.
- ,«, 4 io5,ai8 esclaves.
1810 a52,433 J , 8^j, „^8 ^Yxte%.
i8ao 340,987 i49»656 esclaves.
c /: û 9 ) 2i7,53i esclaves.
i83o 5i6,8a3 j ^^^Sô noirs libres.
^ ^ , \ S 280,944 esclaves.
1840 691,39» (0- • • • j a,753 noirs libres.
Tableau des différentes classes de la population de Géorgie en 1840, fait en vertu d*un acte du Congrès des Etats-Unis.
mâles 210,534
„ , .^ , . , ) mâles 210,5
Habitants blancs.j femelles 197,6^
Gens de couleur j mâles 1,374
libres ^ femelles 1,370
^ , 5 mâles 139,335
Esclaves \ femelles , . . 141,609
I sourds-muets • . . . . iqÎ
aveugles i36
fous et idiots, au3L frais de l'Etat .... 5i
— aux frais des particuliers. 24^
i sourds- muets 64
aveugles . ••••••.•: • ,^; • • • • • »5i
fous et idiots, aux frais de l'Etat .... 2b
— aux frais des particuliers . 108
Pensionnaires militaires 325
f 1) Les dénombrements depuis 1790 ont été faits en vertu des actes du Congrès des Etats-Unis.
Mineurs • 524
Agriculteurs a09,3B3
Commerçants a}4^8
Manufacturiers et Ai^tisans. 799^4
Marins ; aôa
Mariniers ; H52
Professions savantes i^a5o
Universités ou collèges. ii
Etudiants 62a
Académies et écoles de grammaire 176
ÉtudianU 7,878
Ecoles primaires 6or
Elèves i5,56i
Habitants blancs , âgés de plus de 20 ans , qui ne savent ni
lire ni écrire 30,717
Tableau des comtés de VEtat de Géorgie avec leur population en 1840.
Appling 2,052
Baker 4,226
Baldwin 7,260
Bibb 9,802
Bryan 3, 182
Bullock 3,102
Burkc 13,176
Butts 5,3o8
Gamden 6,076
Campbell 5,370
CarroU 5,252
Cass 9,390
Chatham 18,801
Chattooga 3,^38
Cherokee 5,695
Clarke 10,622
Cobb. 7,539
Columbia 11 ,356
CQiweta. 10,364
Crawford 7,981
Dade i,364
Decatur . . . '. .4. . . . 6,872
DeKalb • . 10,467
Dooly 4,427
Early 6,444
Effingham 3,076
Èlbert r 1,126
Emanuel.
Fayette .
Floyd . .
Forsyth • Franklin.
Gilmer. .
Glynn. .
Greene .
Gwinnett 10,804
Habersham 7y98i
Hall 7,876
Hancock
Harris
Heard 6,^29
Henry 11,766
Houston 9971 1
Irwin 2,o38
Jackson 8,622
Jasper ii,iif
Jeiferson. ■. 7»^54
Jones io,o65
Laurens 6,586
Lee 4'^o
Liberty 7,H'
Lincoln . $9896
Lowndes 5,674
Lumpkin . .6,671
Maçon 6,046
Madison ^fiio
Marion 4»8i2
Me Intosh 5,36o
Meriwetber i4>i32
Monroe 10,275
Montgomery 1,616
Morgan 97I21
Murray 4i^9^
Muscogée i>>699
Newton 11,628
Oglethorpe 10,868
Paulding 2,566
Pite 9,12"
Pulaski 5,;
Pntnam 10,260
DE L'AMÉRrQfTE.
Babun 1,912
Raudolph 8,1176
Richmood ii»9^3
Scriveu 4»794
Stewart Sumter. . .
Talbot. . .
Taliaferro .
Tatnall . .
Telfair. . .
Thomas . .
Troup. . .
Twiggs. . .
Union 3yi5a
Upson qA^
VValker. . . , 6,57a
Wallon 10,209
Warc a,3a5
Warren. 9,7^9
Washington 10,565
Wayne 1,268
Wilkes 10,148
Wilkinson 6,84a
Total.
Les Muskohge^ ou nation des Creeks (i), habitaient autrefois un pays d'une étendue de 180 milles du nord au sud, situé presqu'au centre, entre les Cheerakes, les Choktahs, les Chikasahs, la Géorgie et la Floride-Orientale et Occidentale, Suivant Âdair, ils possédaient autrefois 5o villes ou villages, et 3,5oo guerriers. Cette nation était composée de plusieurs tribus, savoir : les Tamétah; les Taekeoge, les Okchai, les Pakkdna, les Pf^eetamkaj les Shawaos, les Nahchee, les Kooasahte^ les Oosécha, les Okone^ les Sawakola, La rivière Koosah formait la limite orientale de leurs villes (2).
1721. Un traité de paix et de commerce fut conclu, cette année, entre François Nicholson^ gouverneur de la Caroline, et les Indiens Creeks, d'après lequel le fleuve de Savannah fut fixé pour le terme des chasses de ces derniers. Un agent américain fut nommé pour régler les affaires entre eux et les colons de la manière la plus équitable. Le gouverneur décrit ces Indiens commiî très-nombreux et /orwdables (3).
1774. Un traité fut conclu entre fir James Wright, gouverneur de Géorgie, et un grand nombre des chefs des Creeks et des Cherokées, d'après lequel plusieurs millions d acres de terres fertiles furent cédés au roi d'Angleterre, pour le paiement de dettes dues aux trafiquants anglais (4).
(1] Ainsi appelés à cause du grand nombre des creeks ou petites rivières qui coupent le pays dans différentes directions.
(2) Adairs' history ofthe american Indians — Account ofthe Mutkohge nation, London, 1775.
(3) Hewatts' South-Carolina and Georgia, î, ch. 6.
(4) Stokes" conêtitution ofthe Bntiik colonies» London, 1783»
V^ XVIII. flS
434 CHRONOLOGIE HISTOEIQUE
1786. La population desCreeks s'élevait à 17,280 indivi* dus, dont 5,060 guerriers.
1790, 7 août. Un traité de paix fut conclu, à New- York, entre les États-Unis et hj^ chefs de la nation des tireeks, d'après lequel ils cédèrent à ces États une grande étendue de terrain qui avait été réclamée par la Géorgie, pour une rente annuelle de i^5oo dollars. Gillivray, le principal chef, qui dirigeait tout le commerce des Creeks, et leur procurait les marchandises dont ils avaient besoin , par l'entremise d'une compagnie anglaise, ainsi que par le territoire espagnol, exemts de tous droits , ne voulait pas renoncer à ces avantages. Pour lui plaire, il fut stipulé que les marchandises destinées aux Creeks passeraient sans payer de droits à travers le territoire des États-Unis ( i ).
1796, 29 juin. Traité de paix et d'amitié conclu à Colerain, en Géorgie, entre le président des États-Unis et les Indiens Creeks, en vertu duquel leurs territoires respectifs furent reconnus. Il fut accordé au premier le droit d'établir un poste militaire sur le bord méridional d'Alatamaha, appartenant aux Indiens, qui cédèrent, pour cet objet, un terrain de cinq milles carrés. Les États-Unis leur donnèrent, en échange, ^es marchandises pour la valeur de 6,000 dollars, et envoyèrent chez eux deux forgerons, avec les outils nécessaires.
En 1802, les Creeks cédèrent aux Etats-Unis une grande étendue de terrain, qui forme Tangle du sud- ouest de la Géorgie, sm^ les bords de l'Apalache, de l'Oconée et de l'Alatamaha, pour laquelle ils reçurent la somme de 25,ooo dollars, pendant dix ans, ainsi que le contrat d'une autre rente, qui doit leur être payée à perpétuité.
Par le traite de i8o5, les Creeks cédèrent aussi aux Etats- Unis une autre pwtion considérable de terres situées entre rOconée et TOakmulgée, se réservant seulement un terrain de cinq milles de longueur et de trois de largeur, sur les bords de cetle dernière rivière, dont leis blancs devaient avoir la libre navigation, et un chemin de libre traversée pour les chevaux dans le pays, depuis l'Oakmulgée jusqu'à la Mobile.
181 3. Au mois d'août, les Creeks prirent les armes contre les États-Unis, Sept cents guerriers, fournis d'armes et de
(i) American muséum, yHIj appendix a. Philadelphia, 1790.
M l'amébiodb. 435
mmiitioDS qu'ils avaient reçues de Pensaoola, surprirent le fort Mîmms, situe presque ris-à-vis le fort Stoddard, et massacrèrent plus de 3oo personnes, hommes, femmes et enfants, dont un tiers ëtait des volontaires du territoire de Mîssissipî, envoyés à la défense de ce fort. Au mois de novembre suivant, ils reçurent le châtiment de leur barbarie. Leurs villes de Tallahatchée furent attaquées par le général américain Cofféej et tous les guerriers, au nombre de 200, furent pas-ses au fil de l'épée. Après avoir été défaits en rase campagne, ils s'étaient retirés dans leur fort, où ils combattirent avec un courage extraordinaire, tant qu'il leur resta la force de manier leurs fusils et leurs arcs 84 femmes ou enfants furent faits prisonniers. Les Américains eurent 5 morts et 45 blessés. Le général GUli^ray^ leur célèbre chef, était fils d'une femme de ceitte nation, et avait servi sous les Anglais durant la guerre de la révolution américaine. Ayant perdu, pour cette raison, ses propriétés en Géorgie, il s'était retiré parmi les Creeks, qui lui donnèrent le pouvoir d'un chef de premier rang.
i8i4, janvier. Les Creeks qui habitaient le pays arrosé par la Tailaposa, et cjui avaient pris les armes contre les États- Unis, furent vaincus par un corps de volontaires de l'Etat de Tenessée, et environ 200 Creeks et Cherokées, sous les ordreï du général Jackson, Les Creeks perdirent 189 guerriers. 28 Américains furent tués et 75 blessés. Bientôt après, les Creeks furent encore défaits par un corps de miliciens, sous les ordres du général Floyd,
181 8. Le 11 janvier, ces mêmes Indiens cédèrent aux États-Unis, en faveur de la Géorgie, deux portions considérables de terres ; l'une est située à l'est d'une ligne qui doit partir d'un point ap|)elé communément la Ligne du Traité de Jackson, passer à la source d'une petite rivière nommée,
f»ar les Indiens, Alkasacalikie, et se rendre directement à 'Oakmulgée, qui la reçoit auprès de son grand détour; Tautre, qui a aussi une grande étendue, est située entre V Alkasacalikie, VAppalachie et la Chatahooche,
1822. Les Creeks, quoique réduits par la guerre, étaient encore au nombre de 20,000 (i), dont à peu près un quart de guerriers. Ils occupaient la partie occidentale de la Géor-
(1) Dr. Morses' f report io the secretary ofvfor, appendix, New Haven, 1823.
436 CHRONOLOGIE mSTORIOUE
gîe et l'est de l'Alabama. Avant leurs hostilités, en i8i3, ils avaient fait des progrès considérables dans les arts utiles, particulièrement ceux qui demeuraient sur le Flint, affluent de la Chatahooche. Ils avaient de belles campagnes, de beaux jardins avec des enclos, une grande quantité de bétail, de cochons et de volailles. Ils cultivaient le maïs, le riz, les pommes de terre et le tabac. Ils possédaient quelques manufactures. Us avaient des écoles où leurs enfants apprenaient à lire et à écrire. Ce changement de vie venait de la rareté du gibier, du voisinage des blancs et des soins des agents américains pour introduire parmi eux la connaissance de l'agriculture et des arts mécaniques.
Sequoyah ou Guess^ cherokëe de nation, est Tinventeur d'un alphabet, composé de 85 lettres classées, sans système ni méthode, dans Tordre où elles se sont présentées à son esprit. Chaque caractère exprime une syllabe, à l'exception d'un seul, qui a le son de Vsy et qui se combine de tant de manières différentes que, si on le supprimait, il faudrait y substituer 17 nouveaux caractères ; ce qui porterait à 102 le nombre des lettres de Talphabet, et le rendrait entièrement syllabique. Il résulte de la et du peu de syllabes que renferme la langue, que l'étude en est beaucoup plus facile que celle de l'anglais, fin jeune Cherokée int(;lli(i;ent peut apprendre à lire sa langue en deux ou trois jours.
Un journal hendomadaire, intitulé le Phénix cherokée, a paru à IVe\v-Echotaj le 21 février 1828, rédigé par M. Boudinot. Il fut imprimé en anglais, avec la traduction cherokée en regard, et l'abonnement ne coûta que i3 francs par an.
1825, 12 février. D'après un arrangement fait entre les États-Unis et la Géorgie, en date du 24 avril 1802, des commissaires furent envoyés, en 1825, à la nation des Creeks, pour les informer du désir qu'avait le gouvernement américain que les tribus indiennes se retirassent à l'ouest de la rivière Mississipi, où elles trouveraient une meilleure protectiop, plus de sécurité, et où elles auraient plus de moyens de faire des progrès dans leur civilisation. Les chefs des différentes tribus (à l'exception de ceux de Tokaubalchée\ consentirent à un échange mutuel de terres. Ils cédèrent aux États-Unis celles auxquelles ils avaient des droits dans les limites de la Géorgie, nour une quantité égale dans le pays arrosé par la rivière Arkansas, et il fut convenu que, si, après avoir examiné ces terres, ils n'en étaient pas satisfaits, ils
DE l'aMÉRIOUB. 437
poarraient en choisir d autres sur les rivières Aed Canadien, ou Missouri, excepté celles des Cherokëes et des Ghoctaws. Ce traité fut ratifié par le jM^'sident des États-Unis, le 7 mars (i).
Les Creeks et les Seminoles, qui cédèrent leur territoire pour celui d'Arkansas, étaient au nombre de 28,000, dont 23,000 Muskhogées, 2,400 Seminoles, i ,200 Uchées, 600 Stitchitées, 5oo Alibamons et Coosadas, et 3oo Nalchez (2).
M. Bolzius , ministre des Saltzbourgeois , a fourni beaucoup de renseignements concernant les Indiens établis auprès de Sayannab. Ils se peignaient le corps de rouge, et le marquetaient, ainsi que le cou et le visage, de figures bleues. Ils portaient des colliers et des boucles d'oreilles en métal, ou en plumes teintes. Leur langue, composée d'environ mille mots primitifs, abonde en voyelles longues et brèves, dont les sons ne peuvent être rendus que par des caractères grecs. Ils reconnaissaient un être supérieur, nommé Sotolycate^ ou celui qui est assis en haut et qui a tout créè, surtout la Sagesse. Ils n'avaient pas de cérémonies religieuses, excepté une fête annuelle. Ils n'adoraient point des idoles, mais ils chantaient des chansons àJeurs anciens pères. Ils fesaient la guerre plutôt pour la gloire que pour gagner des terres. Ils montraient le plus grand respect pour les vieillards. S'ils recevaient une insulte, la réconciliation était impossible. Ils n'oubliaient jamais les bons services que d'autres leur avaient rendus. Leurs rois , nommés rois de paix, gouvernaient comme conseillers. Ils exposaient leurs opinions et leurs projets aux vieillards, et ceux-ci à la jeunesse. Si la proposition était acceptée, elle était mise à exécution. Les rois fixaient la saison pour la chasse, les semences et la moisson. Ils avaient soin des veuves et des malades. Lorsqu'un roi ne pouvait plus remplir ses devoirs, il était remplacé par un autre , qui avait la plus grande réputation de sagesse. Les Indiens avaient des capitaines de guerre , qui donnaient la dixième partie de leurs biens au roi, pour éti^e partagée parmi tous ses sujets. Les veuves laissaient tomber leurs cheveux sans les couper ; mais on distinguait chaque nation par la manière particulière de tailler sa chevelure; Ils ne manquaient jamais à leur parole, et méprisaient les menteurs. Ils ne savaient point ce qu'était
(1) mies register, vol. XXVIIl.
{p) S/nopsis ofthe Indian tribes, by Albert Gallatin (p. 97), ià archceologia americana, vol. II. Cambridge, 18^6.
438 GHR0N0L0GI2 HISTORIQUE
rîvresse. Ils ne travaillaient jamais pour d'autres y crojant que, parce moyen, ils se rendaient esclaves. Ils avaient une granae vënération pour Oglethorpe, qu'ils regardaient comme leur père.
Guerre» Elle est toujours résolue par le grand guerrier. Quand le MicoeX les districts sont d'avis qu'un district a été insulté, le grand guerrier lève la hache de la guerre contre la nation qui l'a provoquée ; mais aussitôt, le Mico et les conseillers peuvent intervenir, empêcher la guerre par leurs sages conseils, et terminer la mésintelligence par des négociations. Si le grand guerrier persiste et sort, il est suivi par tous ceux qui se déclarent pour la guerre. Rarement un district est unanime ; la nation ne Test jamais ; et les plus âgés ne se rappellent point que plus de la moitié de la nation se soit déclarée en même tems pour la guerre, ou ait, suivant leur expression, voté l'entretien de la guerre.
Quand le grand guerrier se met en marche, il donne avis du lieu où il doit camper, et s'avance quelquefois avec deux ou trois guerriers seulement. Il décharge son fusil et déploie les enseignes de guerre. Tous ceux qui le suivent l'imitent et marchent souvent une ou deux nuits de suite. La paix est irrévocablement aiTêtée par le Mico. et les conseillers, et les paroles de la paix s'adressent toujours à la demeure du Mico. Quel(|uef<>is, quand le ressentiment des guerriers s est porte trop loin, le Mico et le Conseil se sont trouvés embarrassés.
Mariage, Un homme qui veut une femme , ne la demande jamais lui-même ; il envoie sa mère, sa sœur bu quel* que autre parente, à celle avec laquelle il désire se marier. Elles consultent les frères et les oncles du côté maternel, et quelquefois le père ; mais ce n'est que pour la forme, puisque son approbation ou son refus ne font rien à l'affaire. Si les })ersonnes auxquelles on s'adresse donnent leur consentement, elles ont répondu pour la femme que l'on demande en mariage. Le fiancé envoie alors, par les mêmes personnes, une couverture de laine et d'autres objets d'habillement, suivant ses moyens , aux parents de l'accordée ; si celle-ci les accepte, le mariage est conclu, et l'homme peut aller à la demeure de sa femme aussitôt qu'il le veut. Dès qu'il a construit une maison , qu'il a cueilli sa récolte , qu'il a fait sa chasse, qu'il a ap|K>rté sa proie, et qu'il a remis le tout à sa femme , la cérémonie est terminée , et ils sont mariés, ou, comme ils disent, la femme est liée. Du moment où, pour la
]>£ L AMÉRIQUE. 43g
première fois, le futur se rend au logis de sa fiaucée, jusqu'à celui de la cerëmonie, il lui est entièrement soumis.
Cet usage a été différemment interprété par quelques hommes jaloux, qui veulent qu'an^ôt qu'ils ont aidé la femme à semer et planter ta prochaine récolte , la cérémonie soit terminée et la femme liée. Nul homme ne se marie jamais dans sa propre tribu. Les deux parties peuvent également divorcer. L'homme peut se remarier aussitôt qu'il le veut; mais la femme est liée jusqu'à ce que tous les travaux de l'année soient terminés. Le mariage ne donne aucun droit au mari sur la propriété de sa femme, et, quand les époux se quittent, elle garde les enfants et tout ce qui lui appartient.
Jj' adultère est puni par la famille de l'époux. Elle se rassemble, se consulte, et, si la cause lui paraît claire, elle prend la résolution de punir les coupables. Alors elle se partage pour s'emparer d'eux. Les uns vont à la maison de la femme, les autres à celle de l'amant, où ils se réunissent comme ils l'ont réglé à l'avance. Ils les saisissent , les frappent à coups de bâton et les tondent. Les cheveux de la femme sont portés en triomphe sur une place publique. S'ils ne parviennent à s'emparer que d'un des coupables, et que l'autre s'échappe, ils en tirent vengeance sur ses plus proches parents. Si tous deux leur échappent, et que la tribu ou la famille s'en aille et dépose les bâtons, le crime n'est plus vengé. Il n'y a qu'une seule famille , celle des Hotiilulgo qui puisse reprendre une seconde fois les bâtons. Ce crime est encore puni d'une autre manière. Si les parties coupables s'absentent jusqu'après les récoltes, tous les crimes sont oubliés, excepté le meurtre, et leur mention même , ou toute autre chose qui les rappelle , est interdite.
Meurtre. LtA famille ou la tribu ont seules le droit de venger un meurtre. Elles se rassemblent, se consultent et décrètent. Les chefs du district ou de la nation n'ont rien à faire ou à dire dans cette occasion. Les parents de la personne tuée se consultent d'abord entre eux, et, si l'affaire est claire et que leur famille et leur tribu ne doivent pas souffirir vraisemblablement de leur décision, ils prennent une résolution définitive. Quand la tribu peut en souffrir dans un cas douteux, ou lorsqu'il s'agit d'une ancienne demande de ju3tîoe, la famille consulte alors sa tribu, et, après en avoir délibéré avec elle, s'empare d'un des membres de la famille du cou^ pable. Quelquefois, la famille qui a commis une offense pro«
44o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
met réparation ; dans ce cas, on lai accorde un tems raisonnable pour rexëcution de sa promesse. D'ordinaire, elle s'empresse de mettre elle-même le coupable à mort pour sauyer un innocent. Le droit danger et de demander satisfaction appartenant à la famille Tm à la tribu, cela suffit pour que leurs stipulations soient toujours exécutées, "rout prisonnier de guerre devient la propriété du vainqueur.
1721. Cherokées. Traité d'amitié et d'alliance entre François Nicbolson, gouverneur de la Caroline, et les Cherokées, représentés par lies chefs de trente-sept différentes villes. Par ce traité, les limites de leurs terres et celles des colonies anglaises furent fixées. Les poids et les mesures pour le commerce furent réglés. Un agent fut nommé pour surveiller leurs affaires ; et, afin de les réunir sous un seul chef, PVro» setasatow fut unanimement nommé commandant de toute la nation, investi de pouvoirs pour punir les coupables de dé* prédations et de meurtre , et pour obtenir la réparation des injures faites aux Indiens par les Anglais. Les Indiens furent très-satisfaits d'être ainsi traités couime un peuple libre et respectable. On portait alors le nombre de leurs guerriers à 6,000(1).
En 1736, un Français, dit M, Roux de Rochelle (2), était venu s'établir au milieu des Cherokées. Il apprit leur langue, leur donna une forme de gouvernement , fit couronner empereur leur vieillard le plus vénéré, devint son ministre, et créa un empire (|ui dura cinq ans. Il avait ouvert des relations entre les Cherokées et les établissements français, lorsqu'on se rendant à la Mobile, il fut arrêté à Talahassée par les Creeks, qui le livrèrent aux habitants de la Géorgie. On le conduisit en prison à Fréderica, et il y mourut. Le tems réservait aux Cherokées d'autres essais de civilisation, et cette grande tribu mérite d'être citée dans l'histoire, comme un témoignage vivant des progrès intellectuels dont les aborigènes nous ont paru susceptibles.
A l'arrivée des colons dans la Géorgie, en 1733, les Cherokées comptaient 6,000 guerriers; mais, en 1730, ils en perdirent 1 ,000, tant par l'usage du rhum que par l'invasion de la petite vérole.
(i) ffewatts' South'Carolina and Georgia, l, ch. 6.
Ce traité fut confirmé par celui de 1730.
(2) Dans «on excellente histoire des Etats-Unis d'Amérique (p. 117 et 118), I vol. in-8<». Paris, 1837, qui fait partie deV Univers pUtorts^ resque, publié par MM. Didot.
DE l'amérique. 44[
1785. Le 18 novembre) un traité fut conclu entre les Etats-Unis et les cbefs cherokëes, au nombre de trente- sept^ par lequel ces derniers se mirent soos la protection des premiersy après avoir reconnu la démarcation entre les deux territoires. Tous les prisonniers américains et les nègres furent rendus. Des règlements furent faits concernant les crimes capitaux. Les Etats-Unis eurent le droit exclusif de régler le commerce avec les Indiens, qui obtinrent celui d'envoyer un député au congrès. Néanmoins, les colons continuèrent à empiéter sur le terrain des Indiens , en violation du dernier traité et d'une proclamation du premier septembre 1 785 , qui enjoignait , à tous ceux qui s'y trouvaient , d'en sortir avec leurs familles (i). On en comptait 5oo, outre celles qui s'étaient fixées entre les a£Qluents des rivières French, Broad et Holstein (2).
1791. En vertu d'un traité conclu cette année, les Cberokées cédèrent une nouvelle portion de leurs terres, pour laquelle ils devaient recevoir annuellement mille dollars, et être fournis gratuitement d'instruments aratoires.
En 1794} un autre traité, fait pour confirmer le précédent, stipula qu'au lieu de tout paiement pécuniaire, les Indiens devraient recevoir cbaque année des marchandises dont ils auraient besoin, pour une valeur égale à la somme de 5, 000 dollars. Par un nouveau traité, conclu en 1798, lél Indiens cédèrent encore une autre portion de leur territoire, pour des provisions et des marchandises, estimées 5, 000 dollars, avec une rente de mille dollars, tant qu'ils demeureraient en paix.
1802. Aux termes d'une convention conclue, le 24 août, entre les Etats-Unis et l'Etat de Géorgie, le gouvernement américain s'engageait à éteindre, à ses frais, et aussitôt qu'il le pourrait, à des conditions raisonnables, les titres des Indiens sur toutes les terres qui dépendaient de cet état.
Une autre cession fut faite à TellicOj en i8o5. Les Etats- Unis consentirent à payer trois mille dollars en marchandises, onze ' mille en argent comptant , avec une rente de trois mille.
1807. Au mois de juillet, les Cherokées firent aux Etats- Unis une nouvelle cession d'un terrain situé entre les mon-
(i) Àmericcui muséum, vol. \III, appendix 11. Philadelphia, 1790. (a) H^ashingtons' writings, by Jared Sparks, vol. XII, p. 88.
44a CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tagnes du Tennessee et la rivière du même nom. On paya, à cet effet, 10,000 dollars, avec une rente de 100 dollars au vieux chef cWokëe, nomme Renard Noir. On établit aussi, pour l'usage de la tribu, un moulin à farine et une machine à nettoyer le coton.
Un comité de la législature de la Géorgie déclara, le 24 décembre 1807, que le congrès des Etats-Unis était tenu de garantir les terres mentionnées ci-dessus à cet Etat ; que les Indiens n'en étaient que les tenanciers ; que, s'il était nécessaire de leur accorder des terres en réserve, cette cession ne devait pas excéder le sixième du territoire en question, et qu'en outre le gouvernement général devait en faire l'acquisition pour la Géorgie.
En 18 10, la population des Cherokées était de i3,3ig individus , dont la moitié se composât de métis ^ non compris 341 blancs et 383 esclaves noirs. Ils avaient 65 villages. Leurs propriétés en chevaux, bétail, troupeaux, instruments aratoires, moulins, etc. , étaient estimées environ Sy i ,5oo dollars. A cette époque, ils avaient déjà 6,100 cheyaux, 19,500 bétes à cornes, 19,600 cochons, et 1,037 moutons. Ils possédaient, en outre, 5oo charrues, 3o chariots, 1 ,600 rouets à fîler, 467 métiers de tisserands, i3 moulins à farine, 3 moulins à scie , 3 salpé trières ou moulins à poudre et 49 boutiques d^ joaillerie. Us cultivaient le tabac, le maïs, la vigne, les arbres fruitiers et les plantes potagères. Gomme leurs voisins les blancs , ils chargeaient des travaux pénibles les esclaves.
Les Gherokées, entourés de la population blanche, ne pouvant plus subsister de la chasse et de la pèche, ont été forcés de s'adonner à l'agriculture et aux arts mécaniques. Ils avaient fait des progrès surprenants. Ils habitaient des maisons commodes, réunies en villages. Beaucoup de familles possédaient des fermes de 3o à 40 acres bien cultivées, et pourvues de bétail, de chevaux et de porcs. Us en vendaient dans les Etats Toisins, et échangeaient le superflu de leur maïs pour du sucre , du café et d'autres denrées. Les femmes faisaient du beurre , des fromages , filaient et tissaient. Les hommes se livraient à l'agriculture et aux arts mécaniques les plus utiles. Ils fabriquaient leur drap eux-^mémes.
Au moyen de 10 à 12 missions établies parmi eux, et dirigées par des Baptistes et des Moraves, ils ont appris à lire* à écrire et à compter. Il y avait 5oo enfants dans les école^ tous parlant anglais.
m l'amériqub. 443
181 7. Au mois de juillet de cette année, un traite fut signé entre des agents des Etats-Unis et les chefs des Cherokées, par lequel ceux-ci s'engagèrent à fournir, au mois de juin de Tannée suivante, un état de leur nombre, tant à Test [u'à l'ouest du Mississipi, et à céder aux Etats-Unis une étenue considérable de terres , situées à l'est de ce fleuve , en échange d'autant de terrain sur l'Arkansas et la rivière Blanche. En 18 18, et pendant les années suivantes, près de 6,000 individus de cette nation abandonnèrent leur pays pour s'établir sur les bords de l'Arkansas , dans le territoire du même nom ; malgré cette émigration , elle éprouva ensuite un accroissement considérable ; car, en 1826, sa population s'élevait à i5,o6o individus, en y comprenant 1277 esclaves et i47 hommes blancs qui se sont mêlés avec elle.
18 19. Les Cherokées cédèrent aux Etats-Unis une partie de leur territoire, situé au nord de la Tennessee et à l'est de la Ghatahoochée. Le gouvernement en détacha une portion de 12 milles carrés, qu'il affecta, avec leur approbation , à la fondation d'une école à leur usage. Avant cette cession, ils possédaient environ 24,000 milles carrés d'une belle contrée, arrosée par la Tennessee et ses affluents, ainsi que par quelques-unes des rivières, qui se jettent dans le golfe du Mexique. Ils possédaient encore un territoire d'environ 1 4,000 milles carrés, comprenant l'angle N.-O. de la Géorgie, le N.- £. de l'Etat d'Alabama, et le S.-E. He celui de Tennessee, au midi de la rivièro^de ce nom et de celle d'Hewassée.
1827. La constitution de la nation cherokée fut adoptée par les représentants des différents districts , le 26 juillet 1827. Le gouvernement réside dans les trois pouvoirs législatif, exécutif ^judiciaire, La législature se divise en deux branches , savoir : un Comité et un Conseil entièrement indépendants l'un de l'autre, et qui , réunis , prennent le titre de Conseil général de la nation cherokée. Le comité se compose de deux membres, et le Conseil de trois, pris dans chacun des huit districts de la nation, et nommés, pour deux ans, par les électeurs. Le Conseil général s'assemblera, une fois 1 an , à New-Echota. Nul ne pourra siéger au Conseil général, s'il n'est citoyen cherokée libre , et âgé de 26 ans. Les descendants d'hommes cherokées et de femmes libres , ainsi que ceux des femmes mariées à des hommes d'une condition libre, jouiront de tous les droits et privilèges de citoyen ; mais aucun individu né de parents noirs 00 mulâtres,
ne poarra parvenir aax emplois, honneurs et dignités sons le goaremement.
Toat dtojen libre , ayant i8 ans accomplis y a le droit de voter dans les élections publiques , excepté les noirs et les descendants de blancs et d'Indiens par des femmes noires qui peuvent avoir été affranchies.
Le pouvoir exécutif est confié à un chef principal, nomme
Sr le Conseil général poiir quatre ans. Il doit être citoyen >re, né dans le pays , et avoir atteint Tâge de 25 ans. Il veillera à Texécution des lois , et visitera les différents districts, au moins une fois tous les deux ans, et, dans les occasions importantes , il aura le droit de convoquer extraordînairement le Conseil général.
Le pouvoir judiciaire est exercé par une Cour suprême et par autant de tribunaux inférieurs que le Conseil général jugera à propos d'en établir.
Il y aura un trésorier, choisi, pour quatre ans, par le Conseil général ; un maréchal ponr le même terme ; un shérif, pour deux ans, nommé par les électeurs de chaque district. Aucune loi ne pourra avoir d'effet rétroactif. En matière politique , le droit d'accusation est réservé au Conseil ; celui d'être jugé par le jury, est inviolable. Dans tous les procès, l'accusé aura le droit d'être entendu, de demander la cause de l'accusation, de faire confronter les témoins. Nul ne peut être jugé deux fois pour le même délit. Le libre exercice du culte est autorisé. Cette constitution se compose de 26 articles, et renferine beaucoup d'autres règlements très-sages , que nous sommes forcés de passer sous silence (i).
1828. En conséquence de la discussion de la législature de Géorgie, du 24 décembre 1807, et d'autres réclamations subséquentes , la Chambre des représentants des Etats-Unis demanda, le 3 mars 1828, des renseignements^ au président, sur l'établissement du nouveau gouvernement des Indiens Cherokées dans les États de la Caroline du Nord, de la Géorgie, du Tennessee et de l'Âlabama. Le secrétaire du département de la guerre, dans son rapport du 20 mars, adressé à ce sujet au président, expose « que rien, dans ses attributions, ne lui a démontré que le nouveau gouvernement cherokée ait été reconnu, en aucune manière , soit par le pou-
(1) Bulletin de la Société de géographie de Paris, vol. IX, n» 60.
voir exëcatif des Etats-Unis, par (jaelque département, agent ou fonctionnaire en dépendant, soit par quelque Etat ou tribu indienne. )» En conséquence, le président chargea le même secrétaire d'inviter l'agent cherokée à se rendre auprès des chefs de cette nation, pour les avertir que leur acte constitutionnel ne pouvait être considéré que comme un règlement intérieur , et qu'il ne pouvait changer , en aucune manière , leurs relations avec le gouvernement général, qui continueraient telles qu'elles existaient avant l'adoption de cette constitution (i).
En vertu d'une loi de la législature de la Géorgie du 20 décembre 1829, les Gherokées étaient soumis aux loi^et aux règlements qui, à l'avenir, seraient établis par cet Etat, et de plus déclarés incapables d'être témoins dans aucun procès contre un homme blanc. Ils appelèrent de cette loi à la Gour suprême des Etats-Unis , qui décida que la Géorgie n'avait pas le droit d'exercer sa judicature sur le territoire des Gherokées. Gependant, la législature insista sur l'exécution de la loi de 1829, et, en i835, communiq[ua cette prétention au gouvernement des Etats-Unis, qui, craignant une rupture, proposa des mesures conciliatrices, en faisant l'acquisition des terres des Gherokées. Le révérend M, Schermerhorn^ ayant été nommé commissaire pour cet objet, décida un certain nombre de chefs à signer un traité , par lequel ils cédaient aux blancs leur territoire, qui devait être remis, avant l'expiration de deux ans , pour la somme de cinq millions payables après la ratification du congrès des Etats-Unis. Ce traité, ratifié par io4 votes contre 97, fut publié à Washington, le i4 mars i836. Les Gherokées présentèrent, contre cette mesure, une pétition revêtue de plus de i5,ooo signatures. Leur population était alors de 18,000 individus.
En i838, le gouvernement exécutif, craignant des hostilités entre les Géorgiens et les Gherokées* envoya un corps de 200 hommes, commandé par le général Scott j qui fit une proclamation, par laquelle il informait les Indiens qu'il avait l'ordre, conformément an traité ratifié par le gouvernement, des Etats-Unis, de les forcer à quitter la Géorgie, et de les
(1) Message du président des Ëtats-Uuis, trausmettant les renseignements demandés , le S mars , par la Chambre des représentants , .sur l'établissement cVun nouveau gouvernement chez les Gherokées , n« au.
faire marcher au pays d'Ârkansas, Ils ne firent aueane résistance (i).
Esclaves. L'introduction des esclaves fut d'abord défendue par les lois de la colonie. Au mois de décembre 1738, les habitants de Savannah firent des représentations à ce sujet aux commissaires britanniques, qui répondirent, en observant qu'outre les risques qui accompagnaient l'introduction des noirs, elle détruirait toute industrie parmi les blancs, et que , permettre à ceux-ci d'aliéner leurs terres , ce serait dépouiller bientôt la colonie de sa population blanche , la remplir de noirs , et la réduire à devenir la propriété précai|^ d'un petit nombre d'individus, ce qui l'exposerait également aux trahisons intérieures et aux invasions étrangères.
Quand le terme du service des domestiques européens fut expiré , il fallut employer les domestiques noirs de la Caroline du Sud , qu'on louait pour la vie ou pour le terme de cent ans. On payait d'avance une somme de la valeur de l'esclave , et, si les commissaires voulaient empiéter sur les règlements, le propriétaire avait le droit de faire ses réclamations. Il y eut ensuite des marchés ouverts à Savannah avec les marchands d'Afrique. Les magistrats favorisèrent l'introduction des esclaves, et les Cours éludèrent la loi. Quelquesuns furent publiquement achetés par la Maison des Orphelins, et , quand le gouvernement royal fut établi, les marchands anglais fournirent des noirs à la province. En 1778, il d'en trouvait déjà i4,ooo. En i83o, il y avait 217,581 esclaves, et 2,486 gens de couleur libres ; en 1840, 280,944 esclaves et 2,753 noirs libres (2).
D'après la législation actuelle, la personne qui amène dans TEtat un esclave, qu'elle met en vente dans le conrant de l'année qui suit son introduction, est soumise à une amende de 1,000 dollars, et à un emprisonnement de cinq années dans la prison d'Etat. Les personnes qui viennent s'établir dans l'Etat peuvent amener avec elles des esclaves. Quiconque prive, à dessein, un esclave de la vie, ou d'un membre, est condamné à la même peine que si le crime eût été commis sur un blanc, excepté en cas d'insurrection, ou si l'esclave
(1) Dans sou histoire des Indiens, Samuel G. Drake donne une longue narration de cette affaire. Boston, 8^ édition, i84i«
(a) Voy. Mouvement de la population, p. i, et le tableau de la po« pulation des Etats-Unis en 1840, à la fin du volume.
DE L'ABiÉRIQVE. 447
motirait d'accident eo recevant une correction me'ritee. On ne peut passer de lois sur l'émancipation des esclaves qu'avec le consentement de leurs mait|<es, et nul ne peut être mis en liberté qu'avec la sanction de la législature.
Stokes , le dernier chef- juge anglais de la province de Géorgie, qui avait été planteur aux Indes occidentales , remarque « que, dans les rizières, le sort des noirs n'est point tout à fait aussi à plaindre que dans les îles à sucre ; car, dans les premières, ils ont du riz, du maïs, des pommes de terre en suffisance pour leur nourriture , et assez de terrain pour planter » . Ils ont aussi un tems limité ckaqae jour, soit pour travailler à leur propre plantation, soit pour scier du bois de charpente, et cette occupation est ordinairement peu pénible. Ceux qui sont employés dans les plantations d'indigo et dans les propriétés forestières, se maintiennent en bon état de santé ; mais ceux qui cultivent le riz sont exposés à des brusques changements de température , lorsqu'ils quittent les granges où ils travaillent, en hiver , avant le jour , pour se rendre à leurs plantations. Ils sont fréquemment atteints de maladies graves, telles que la pleurésie et la péripneumonie (i).
Dans la Géorgie, comme dans la Virginie et les Garolines, les noirs sont un bien immobilier qu'on vend comme toutes les autres propriétés, et dont on peut hériter.
17 17. Premiers établissements. Sir Robert Mountgomry^ baron, publia, cette année , une brochure (2), contenant le plan de l'établissement d'une nouvelle colonie au sud de la Caroline, entre les fleuves Alatamaha et Savannah, et les 3 1 et 32 degrés de latitude nord , sous le nom de Margraviat d'Azilia.
1728. D'après la peinture qu'Howard et d'autres écrivains (3) avaient faite des souffrances des prisonniers anglais, et un legs qui avait été laissé pour libérer cW débiteurs in-
ii) Constitution of'the British colonies, p. 4i4*
(a) A discourse concernin^ the designed establishment ofa new colony to the south ofCarolina in the moU delightful country qfihe universe, by sir Robert Mountgomry , baronet, a4 P.. iii-8. London, 1717. In tfie transactions ofthe American historical society oj Wa^ hington, vol. I, 1839.
(3) Le célèbre peintre Hogarth a représenté dans un tableau les souffrances que les geôliers font endurer à ces malheureux prisonniers. Grahaim United StaUs^ vol. III , lîôok 9.
448 GHROKOLOGIE &ISTOKIQUE
soWables , la Chambre des communes se décida à nommer une commission chargée de donner des renseignements exacts sar la discipline des prisons : Jacques Ogïetkorpe en fut nommé membre et président. On troava que plusieurs malheureux débiteurs étaient enfermés depuis long-tems , sans espérance de recouvrer leur liberté, confinés dans des cellules malsaines, souffrant d'une mauvaise nourriture et des traitements cruels de leurs geôliers. Touché d'une situation si pénible et de l'état de leurs familles laissées sans soutien, Oglethorpe forma le projet de les secourir, en établissant une colonie dans la partie méridionale de l'Amérique du ]^ord , où les protestants persécutés pourraient trouver un asile, et où les Indiens se civiliseraient par l'influence de la religion chrétienne. La Chambre des communes, voulant aussi fortifier la province de la Caroline, étendre son territoire vers le sud, et lornier une barrière contre les Espagnols de Saint-Augustin , accorda la somme de io>ooo livres, pour aider à l'établissement de cette colonie.
1782,9 juin. Charte de la Géorgie (i), accordée par George II.
Cette colonie fut d'abord établie pour servir d'asile à des débiteurs insolvables, à de pauvres artisans et à des ouvriers incapables de gagner leur vie dans leur pays. Un riche Anglais ayant légué , par son testament , une somme considérable dans cette intention bienfesante, le gouvernement, de son côté, fit cession d'une vaste étendue de terrain situé au sud des établissements de la Caroline. Ce territoire était situé entre les deux fleuves de Savannah et de Alatamaha, depuis leurs sources jusqu'à leurs embouchures dans la mer Atlantique, s étendant desdites sources , en ligne directe , jusqu'à l'Océan Pacifique , en y adjoignant les îles fesant face à la côte, jusqu'à la distance de vingt lieues. La colonie fut placée sous la directmn d'une Corporation de vingt-quatre membres (2), choisR parmi la noblesse et la bourgeoisie, sous le nom de Commissaires pour l'établissement de la colonie de la Géorgie en Amérique.
(1) Ainsi nommée en l'honneur de ce roi.
(a) Jean Lord, vicomte Purcival, Edouard Digb^', George Carpenter, James Oglethorpe, George Heatbcote, Thomas Tower, Robert Moore, Robert Hucks, Roger Holland, William Sloper, Francis Eyles, Jean Laroche, James Vernon, Guillaume Beletha, écuyers; Jean Burton, Richard Bundy , Arthur Beaford , Samuel Smith , Adam Andersen et Thomas Coram, gentilshommes.
1» L'AHtRIOUlS. 449
Pour mieux établir, soutenir et maintenir ladite colonie, les commissaires et leurs successeurs seront habites en justice, à prendre , recevoir et posséder tous manoirs, terres, droits, libertés, privilèges, juridictions et héritages quelconques, dans la Grande-Bretagne, pourvu que leur valeur n excède pas un revenu annuel de i,ooo livres sterling j ainsi que des biens à vie, ou à un nombre déterminé d'années, et à accorder , louer , arrenter lesdits manoirs , terres , etc. , sans excéder le terme de 3 1 ans.
Les commissaires et leurs successeurs seront habiles k poursuivre et à être poursuivis, à plaider et à être plaides, à défendre et à être défendus en toutes Cours et places quelconques, et devant tous juges, justices et autres ofEciers, d'une manière et forme aussi amples que nos sujets liges de la Grande- Bretagne .
Un Conseil commun de la corporation fut établi et composé de quinze personnes (i), pour continuer en office tant qu'ils se conduiront bien. Leur nombre peut être porté à 24> lors d'une augmentation des membres de la corporation. Ni les commissaires, ni leurs successeurs ne pourront prélever aucuns salaires, honoraires, droits ou profits sur ladite colonie, ni recevoir aucune concession de terres dans les limites de la province, ni même en jouir à titre de dépôt. Les dons de bienfaisance devront être versés dans la banque d'Angleterre^ les noms des donataires inscrits sur les registres, et un reçu du montant délivré. On devra soumettre les comptes des recettes et des dépenses annuelles au lord grand-chancelier, au premier juge de la Cour du banc du roi et aux autres autorités de la couronne. Des exemplaires imprimés en seront délivi^s aux principaux donataires.
Pour encourager ladite corporation , le roi lui accorda, à perpétuité, les sept parties indivises ( le tout divisé en huit parties égales) du territoire susdit, avec les baies, ports, mines, minéraux, bois, pêches, douanes , juridiction, droits et privilèges, comme relevant des seigneuries royales de Hampton-Court, comté de Middlesex, en libre et commun soccage, et non pas in capitej, moyennant le paiement d'une redevance annuelle de 4 schellings pour chaque centaine d'acres des terres que la corporation accordera , établira , ou
(i) Jean Lord, vicomte Purciyal, Edouard Digby, George Garpenter , James O^lethorpe , George Heathcote , Thomas Laroche , James Ternon, Wilham Beietha et Stephen Haies.
T. STiiu aa
45o GHRONOL<M» filSf mUQUE
ioaera^ paiement qui ne sera exigible que dix àni après le commenoement de la plantation on de l'établissement.
Toutes les personnes qui habiteront ou résideront dans la province, sont déclarées Hbres, et ne seront su j^tes à aucunes lois, statuts ou ordonnances qui ont été faites, ou qui seront faites, à l'avenir, par la province de la Caroline mériclionale, excepté seulement au commandement de la milice ; mais elles seront tenues d'obéir aux lois, statuts et constitutions qui se^ ront établis pour la Géorgie.
A commencer de la date des présentes, la corporation est autorisée à établir des lois, statuts et ordonnances convenables et nécessaires pour le gouvernement de la colonie, pourvu qu'elles ne soient pas contraires à celles d'Angleterre.
Tous les membres de la corporation ne pouvant pas s'assembler aussi souvent qu'il en pourrait être besoin pour la bonne administration de la colonie, le Conseil commun, ou la majorité de ses membres, était autorisé à se réunir à cet eilet ; à dépenser et appliquer tout l'argent et les efiets de la corporation, dételle manière qu'ils jugeraient la plus utile; à nommer des trésoriers, des secrétaires , et tels autres officiers qui seraient nécessaires pour la bonne administration de leurs affaires, et à fixer leurs salaires, émoluments ou récompenses ; mais, ces officiers ne pouvaient être membres de la corporation durant le tems qu'ils rempliraient leur office.
Il était permis aux officiers et agents de la corporation de faire transporter, dans la susdite province, tous sujets de la Grande-Bretagne ou étrangers qui voudraient aller l'habiter ou y résider, avec navires, artillerie, munitions, vivres, marchandises, outils, meubles, chevaux, bestiaux et toutes antres choses nécessaires à la colonie.
Toutes les personnes qui viendront à naître dans ladite province, leurs enfants et leur postérité jouiront de toutes les libertés, franchises et immunités des libres sujets naturels, comme s'ils étaient nés ou demeuraient dans le royaume de la Grande- Bretagne .
Toutes les personnes qui habiteront ou résideront dans la province , les papistes exceptés , auront un libre exercice de leur religion.
Le Conseil commun avait le pouvoir d'accorder, aux sujets naturels ou naturalisés, telles portions de terres , ténures et héritages qui pouvaient être légitimement accordées , comme il lui paraissait convenable, pourvu qu'aucun octroi nefdt
DE L*AM£RIQeE. 45l
impose ea Savenr d'an des membres de la corporation, il ne pouvait accorder plus de 5oo acres 4 la même personne.
Le pouvoir de faire prêter les serments d*allégeance et d'abjuration, ainsi que de recevoir i'af&rmatton des quakers, appartiendra à la personne nommée pour cet objet par la corporation.
Ladite corporation, pour et durant le terme de 21 ans, à commencer de la date de cette cbarte, aura plein pouvoir et autorité d'ériger des Cours de judicature et autres, pour connaître de toutes sortes d'offenses ou de crimes capitaux ou non capitaux commis dans la Géorgie , ainsi que des procès élevés entre ses habitants, soit que les procès soient réels, personnels ou mixtes, et elle en fera exécuter les jugements.
La corporation doit faire enregistrer tous les baux, octrois des terres ténures ou héritages, et en transmettre des états authentiques à l'auditeur des plantations, ou à son député, ainsi qu'à l'arpenteur actuel de la Caroline méridionale.
Les rentes, redevances et autres profits qui reviendront à ladite corporation, seront employés de la manière la plus utile, pour l'amélioration et l'augmentation de la colonie, et un état de ses progrès sera adressé, de tems à autre , à Tun des principaux secrétaires d'Etat et aux commissaires du bureau du commerce et des plantations.
Les actes de l'assemblée du Conserl commun devront être approuvés et signés par la majorité de huit membres, j corn* pris le président. Le Conseil était investi du pouvoir de nommer et constituer, pour et durant 20 ans, des gouverneurs, juges, magistrats, ministres et officiers civils et militaires, tant de mer que de terre, excepté ceux nommés et constitués pour la perception et la recette des revenus dans ladite province. Le Conseil avait aussi lé pouvoir de faire discipliner et exercer une milice pour la défense de la colonie ; de poursuivre, tuer, massacrer et détruire, par toutes voies de guerre, toutes les personnes qui entreprendraient de molester, troubler on détruire ladite colonie ; d'exercer la loi martiale et d'élever des fortifications. La milice devait obéir à tous ordres et directions du gouverneur ou commandant en chef.
Après l'expiration du terme de 21 ans, le roi nommera tous les officiers civils et militaires de la province. Par lettres du sceau piivé. Signé : Cooxs.
1782. Les commissaires se réunirent, pour la première fois, le 22 juillet, afin de statuer sur l'établissement de la
452 GHRONOLOâlS BIOTORIQUE
colonie. La Charte fut lue. Lord vicomte Perdyal fat nomme président. Après avoir prêté serment devant le lord premier baron de récniqaier de S. M. , il fit prêter, partons les membres présents, le même serment d'administrer fidèlement la charge qui leur était confiée. Le 22 septembre , lord Car-penter fut élu président, en l'absence de lord Percival. Sir Gilbert Heathcote informa la Cour des directeurs de la banque que le roi avait fait une donation, destinée à secourir les émigrés indigents. L'exemple donné par le souverain fat suivi par tous les directeurs présents. Pour encourager les autres, Heathcote démontra les grands avantages (|ui reviendraient à l'Angleterre , si Ton fortifiait les colonies américaines, et si l'on augmentait leurs produits, particulièrement celui de la soie^ pour laquelle plus de 200,000 liv. sterling étaient payées tous les ans au Piémont.
Après avoir reçu le serment des membi^s présents, le pré< sident les invita à s'occuper d'un sceau commun. Voici celui qui fut adopté : D'un coté sont représentés deux fleuves appuyés sur leurs urnes, c'est-à-dire l''Alatamaha et le Savannan, qui forment les limites de la Géorgie, et entre eux deux son génie assis, avec un bonnet de liberté sur la tête, tenant d'une main une lance, et de l'autre une corne d'abondance, avec cette inscription : Colonia Georgia Ang. De l'autre côté du sceau, on voit des vers à soie, dont les uns commencent à filer, tandis que les autres ont fini leurs coques, avec ces mots : Non sibi sed aliisj « emblème fort juste ; car, les associés, ni leurs successeurs, ne peuvent avoir aucun intérêt personnel dans la colonie (i). »
Les commissaires pensaient que la préparation de la soie emploirait au moins 20,000 personnes pendant quatre mois de l'année , un égal nombre de pauvres durant l'année entière, et que le produit de cette substance précieuse épargnerait un tribut annuel de 5oo,ooo livres, payées pour ce seul article à l'Italie et à la France.
Comme la Géorgie abondait en bois, on espérait en tirer de grands avantages pour la fabrique de la potasse. La vigne, l'olivier, les bois de teinture, le chanvre, le lin, l'indigo et la cochenille, promettaient aussi des profits considérables*
Un autre grand avantage était la formation d'un cordon de population le long des deux fleuves de Savannah et de Alatamaha.
(i) Hewam' Souûi-^arolina and Georgia, II, ch. 7. London, 1779*
DK l'aMÉHIQUE^ 453
Deux objections principales; s!éleyaient contre rétablissement de cette colonie: i'^ elle enlevait à l'Angleterre des bras dont elle avait besoin pour cultiver les t^res ; 2^ les colonies pourraient devenir , avec le tems , assez puissantes pour secouer le joug de la métropole.
Benjamin MartyUj, secrétaire du bureau des commissaires, répondit à ces objections , et termina ainsi sa réfutation : « Qu'un des généreux souscripteurs pour la colonie s'imagine transporté dans quelques années en Géorgie , il y verra, ceux qui sont maintenant dans la misère, établis dans des villes situées, de distance en distance, le long de deux grands fleuves ; des troupeaux paissant dans de riches pâturages , bordés de mûriers, autour desquels s'entortille la vigne, dont les branches rompent sous le poids des fruits ^ des vergers peuplés d'orangers, de grenadiers et d'oliviers, et de vastes champs de blé, de chanvre et de lin. Il verra des femmes et des enfants élevant des vers à soie , des hommes possesseurs de terres qu'ils pourront laisser à leurs enfants. Je lui demanderai si, alors, il voudrait échanger la satisfaction d'avoir contribué à ces heureux résultats^ contre le plaisir passager qu'aurait pu lui procurer l'argent qu'il a fourni. »
1782. Le 3 octobre, les commissaires résolurent d'envoyer à la Géorgie 1 14 personnes des deux sexes, choisies parmi les classes indigentes, et incapables de gagner leur vie en Angleterre, ainsi que des débiteurs à qui leurs créanciers avaient accordé la permission de s'expatrier. Le 24, ces personnes acceptèrent les conditions fixées par les commissaires. Quatre ^ d'entre elles exprimèrent le désir que leurs filles pussent hériter comme leurs fils, et que le douaire fût assuré à la veuve. D'après cette demande, il fut statué que tous les colons auraient le privilège de nommer un héritier pour leurs terres, dans le cas qu'il ne s'en trouvât pas en ligne directe, et que la veuve aurait , comme en Angleterre , un tiers de l'héritage.
1732. Le général Oglethorpe s'embarqua à Gravesend, en Angleterre, le 1 7 novembre, sur le navire Sainte^Anntj de 200 tonneaux, commandé par le capitaine Jean Thomas , avec 1 14 émigrants (i), de l'artillerie, des munitions et des provisions poiu* plusieurs mois. Après une traversée de
(1) Parmi les passagers se trouvaient le révt'rend M. Herbert, de rëghse anglicane, et un Piëmontais y pour enseigner aux colons la manière de préparer la soie.
454 GHROIfOLOGIE HISTORIQUE
cinquante-sept jours, il aborda la c6te amëricaine, et deliarqua, le i3 janvier, à Chariestown, où il fut bien acenetlH par le gouverneur Jobnson , ainsi qae par le Conseil de la Caroline.
1733. Le i4 janvier, Ogletborpe s'embarqua pour le port royal de la Caroline, conduit par le pilote royal. En même tems, les émigrés furent conduits, sur des barques, jusqu'à Tembouchure de la Savannah. Le 18, le gouverneur débarqua à rîle de Frenckj ensuite à celle de Saint- Jean , où il laissa buit bommes pour préparer des buttes, en cas que ses gens s y arrêtassent. S'étant remis en route, il arriva à la ville de Beaufort, dans ladite province de la Caroline, où il fut salué de plusieurs coups de canon. Les officiers du roi s'empressèrent de faire construire des cabanes pour recevoir les nouveaux colons , qui arrivèrent le 20. Le gouverneur remonta le fleuve, afin de choisir un emplacement pour sa ville capitale, et de visiter le pays avec Tomochichi, chef de la qation indienne la plus proche. Il revint à Beaufort le 24, et le dimanche suivant fut célébré comme jour de fête et de reconnaisî>ance. Le révérend M, Jones prononça un discours religieux, dans l'église, devant un nombreux auditoire. On servit ensuite un dîner, composé de quatre gros cochons, de huit dindons sauvages, de poulets et de viandes anglaises. Pour boisson, il y avait une barrique de punch, une autre de bière et une bonne quantité de vm. Tout était si bien ordonné, que tous les convives se maintinrent dans l'ordre.
Les colons s'embarquèrent, le 3o, à bord d'une goélette de soixante-dix tonneaux et de cinq pirogues. Ils rencontrèrent une tempête, qui les força à s'arrêter au lieu nommé Look" Outy ou Vigie, pour y passer la nuit. Le lendemain, ils continuèrent leur route, et arrivèrent à Saint-Jean, où ils trouvèrent des cabanes pour se mettre à l'abri, et un souper d'exœilente venaison. Ils se rembarquèrent, le i"' février, pour se rendre au site choisi pour établir la ville. Y étant arrivés, on éleva quatre grandes tentes, et on débarqua les provisions et les marchandises. Le 7 , Ogletborpe divisa ses gens en trois corps, dont le premier fut chargé de préparer le terrain à eufemencer ; le second, d'établir une palissade, et le troisième, d'abattre les arbres qui se trouvaient sur l'emplacement destiné à la ville. Au même tems, le colonel Bull arriva, porteur d'une lettre du gouverneur de la Caroline, Johnson, d'après lac^uelle Ogletborpe fut prévenu que l'assemblée de cette province avait décidé de lui offrir, pour la colonie, vingt
Googk
I>S L AMÉftlOUE. 455
barils de m^ cent bétes à cornes ^ un certain nombre de cochons, et de lui envoyer un détachement de cavalerie (i), ainsi qu'une chaloupe armée (3) pour sa protection. Le colonel Bull avait amené quatre noirs esclaves, pour être em- Sloyés comme scieurs , à ses frais. Le 9 , on traça les limites e la ville et des lots de terres, puis Ton commença la première maison. Dix hommes de la compagnie indépendante y travaillèrent aussi, moyennant une petite rétribution.
Le général, ayant accepté Tinvitation que lui fit Tomuchichi de lui rendre visite, alla le trouver avec ses gens. On passa la nuit en festins. Ce chef de peuplade , qui habitait à 5o milles environ de la mer, fît non*seulement amitié au général, mais encore désira qu'il lui accordât des terres parmi les siennes, et qu'il admît ses enfants dans les écoles pour leur éducation. On convint des articles d'un traité, qui fut signé le a E mai. On donna à chacun des chefs indiens un habit galonné, un chapeau bordé et une chemise ; à chaque suerrier un fusil et un manteau; et à leur suite des gros draps. On leur remit, pour emporter et partager entre eux, un baril de poudre à canon , quatre caisses de balles, une pièce de drap de laine , une pièce de toile d'Irlande, une caisse de pipes à tabac, huit ceintures, et autant de sabres dorés, huit barils de rhum, et des rubans de différentes couleurs. On donna, en outre, une livre de balles pour chaque homme, et des provisions pour son voyage.
La paix étant faite avec cette peuplade, Oglethorpe partit de Savannah le 21, et s'embarqua pour Gharlestown. Le 9 juin, il fit un discours à l'assemblée, dans lecjuel il exprima sa reconnaissance pour l'intérêt qu'elle avait témoigné à la colonie de la Géorgie (3). Dans une lettre du 10 février 1733, qu'il adressa de son camp, près de la Savannah, aux commissaires de la colonie, il donna les renseignements suivants, concernant le pays et les premiers travaux des colons : % Notre monde arriva, le 20 janvier, à Beaufort, où il fut logé dans quelques baraques construites par les soldats. Après avoir reconnu les bords de la Savannah, le i*' février, je choisis un emplacement élevé, sur son bord méridional, à
(i) En anglais, Bangers.
^2) En anglais , stout-boat.
(3) A briefaccount pfthe colon/ of Georgia under gênerai James Oglethorpe, i,february 1733 — in thefirst volume oflhe Transac^ tiom oj the American Philoiophical Society qf ff^oêiington.
456 CHRONOLOGIE HISTOBIQUE
dix miltes de la mer, où le fleuve forme une demi»lane, au sud duquel se trouvent des bancs de 4o pieds de haut. Le pays est plat, maïs élevé, jusqu'à la distance de 5 à 6 milles du fleuve. Les navires tirant 12 pieds d*eau, peuvent ancrer à 3o pieds du banc. Une île voisine, couverte de riches pâturages, fut choisie pour y mettre le bétail des commissaires. L'eau est bonne. De la place de la ville, on découvre jusqu'à l'île de Tybèe <, située à rembouchure du fleuve. C'est un paysage magnifique. Mes gens arrivèrent ici le i*' février, et y dressèrent des tentes. Le débarquement de tous les objets les occupa pendant neuf jours; ensuite, iis travaillèrent, les uns aux fortifications, les autres à abattre les bois et à fabri* quer une grue. Le 9, on commença à construire la première maison. Le chef d'une petite nation indienne, établie à 5o milles de cet endroit, non-seulement nous fit amitié, mais exprima de plus le désir d'être reconnu comme sujet du roi George, d'avoir des terres parmi nous, et de voir ses enfants élevés dans nos écoles. »
Oglethorpe , dans une autre lettre datée du 20 février 1733, s'exprime ainsi : Nos gens sont tous en parfaite santé. J'ai choisi, pour bâtir la ville, un emplacement qui a plus de 4o pieds de hauteur perpendiculaire au-dessus des plus grosses eaux. Le sol. y est sec et sablonneux, et des sources y jaillissent du sein des montagnes. L'eau du fleuve est limpide. Je me suis décidé pour cet endroit, non-seulement à cause de sa belle situation, mais encore parce que j'ai vu que les avantages dont je viens de parler contribuent à le rendre salubre. Il est d'ailleurs garanti des vents de l'ouest et du midi par des forets de pins, dont les plus grands sont de 100, et les moindres de 70 pieds de hauteur. Il n'y a pas de mousses sur les arbres, quoique dans la Caroline ils en soient presque tous couverts. La meilleure preuve que je puisse donner de la salubrité de ce lieu, c'est qu'une nation indienne, qui connaît parfaitement la nature du pays, y a établi sa résidence (i).
(i) Dans une lettre du 11 mars 173^, publiée dans la Gazette de la Caroline du Sud, donnant un détail des premiers établissements de la Gëorçie, il est dit que le général Ogiethorpe avait avec lui le journal de sir Walter Raleigb, et que les Indiens lui apprirent que leur roi avait désii é être enterré sur un monticule de terre, à la distance d'un mille de Savannab, où il avait eu un entretien avec ce grand homme: si le général avait eu le manuscrit de Raleigb, il n'aurait pas manqué de le faire eonnaitrei
DE l'aMÉRIQUE. 457
1733. Le 12 mars, le gênerai Oglethorpe fournit de nouveaux renseignements sur la colonie. Elle est , dit-il , plus étendue que nous ne pensions. Le cours de FAlatamaha est fort long. La ville du même nom est située à 120 milles de son embouchure. Les Indiens y font un trafic considérable. 11 a déjà passé plus de douze barques depuis notre arrivée. Du coté de la montagne, on trouve trois nations considérables : Tune, nommée Lower-Creek j se compose de neuf villes ou cantons , qui renferment environ i ,000 guerriers ; le chef d'une de ces ^^illes, qui n'est éloignée que d'un demimille, nous a cédé ses droits sur cette partie du pays, à l'exception de quelques terres qu'il s'est réservées. Le roi fréquente notre église, et désire se faire instruire dans la religibn chrétienne. Les deux autres nations sont les Upper~ Creekj au nombre de i,ïoo hommes, et les PFehees, de 200. P^ous vivons en si bonne intelligence avec eux, qu'ils m'ont établi juge d'une contestation qui aurait pu causer des hostilités entre ces peuplades. Nos gens habitent encore sous des tentes ; car il n'j a que cinq maisons achevées, dont trois de bois scié, et deux de planches. Depuis notre arrivée, nous n'avons pas perdu un seul homme.
Le général Oglethorpe, ayant jeté les fondements de sa colonie, revint à Charlestown pour demander des secours. L'assemblée s'empressa de faire don aux planteurs de 100 génisses, de 4 vaehes, de 5 taureaux, de 20 truies et de 20 barils d'excellent riz, qui furent transportés à la Savannah, en bateaux, et escortés par i5 soldats. L'assemblée accorda aussi la somme de 2,000 livres , monnaie du pays , pour la première année. Le comité^ pour les secours, promit 12,000 livres pour l'année suivante. Les habitants de Charlestown contribuèrent pour i ,000 livres, dont 5oo furent employées à acheter du bétail.
Oglethorpe quitta Charlestown, le i4 mai, pour retourner à la Savannah, où il débarqua le 18. Le navire James ^ de 1 10 tonneaux , venait d'y arriver , avec des passagers et des marchandises. Le général y trouva aussi M, fVhiggan j l'interprète qui accompagnait une députation de Muskhogées^ ou Lower^Creek, pour traiter d'une alliance. Cette nation, qui, autrefois, se composait de dix tribus, était réduite à huit (i). Quoique alliées ensemble, chacune d'elles réglait ses affaires ; mais toutes parlaient le même langage.
(0 Voici leurs noms : Goweeta, Cussetaho^ Owse^che/o, Chtehwvs^ Schetoêf Pallachucolasp Oconas, Eufauké
Le 29 mai , le gonvprnenr reçat les Indiens dans une des maisons nouYellement bâties. Il s'y trouvait nne dëputation de chaque tribu, et cinq d'entre elles avaient leur roi à leur tête. Quand ils furent tous assis , Ovekachumpa (i), roi à'Oconas j se leva, et ce vieillard , après avoir rëclamé tout le terrain situe au sud du fleuve de Savannah, prononça d'an ton lent et traînant , et en étendant les bras , un discours conçu en ces termes : « Nous sommes pauvres et ignorants ; néanmoins , celui qui a donné la vie aux Anglais , l'a aussi donnée aux Indiens; mais il a accordé plus de sagesse aux hommes blancs. La grande puissance qui habite au ciel et tout autour, vous a envoyés pour instruire les Greeks , leurs femmes et leurs enfants : c'est pourquoi nous vous cédons nos droits au terrain dont nous ne noas servons pas nous-mêmes. Telle est la volonté des huit villesi des CreeKS , dont les députés vous offi*ent un présent de peaux, leurs seules richesses. » Us apportèrent alors huit paquets de peaux, qu'ils déposèrent aux pieds du général , au nom des huit tribus. Reprenant la parole , l'orateur remercia le gouverneur de sa bonté en faveur de Tomochichi {1) et des Indiens qui lui obéissaient, en disant que ce roi, quoique banni de sa nation , était honnête homme, qu'il avait été un grand guerrier, et que c'était à cause de sa sagesse et de son courage que les bannis Tavaient choisi pour leur roi. L'orateur termina son discours, en déclarant que , s'il était vrai qae les Cherokées avaient tué quelques Anglais, il entrerait avec toutes ses forces dans leur pays pour venger les blancs, en détruisant les maisons de leurs ennemis. Oglethorpe répondît que c'était un faux bruit.
Tomochichi, chef des Indiens y'amacrawj se présenta devant le général, et parla ainsi : Voici un petit présent de peau de buffle, sur laquelle on a peint une tête de cet animal, et des plumes d'aigle. Le buffle est Temblème de la force, et l'aigle de la rapidité. Les Anglais sont forts comme la bête, et agiles comme l'oiseau. Comme le premier, rien ne i)ent les arrêter, et, comme le second, ils volent, du point le plus re~ culé de la terre, à travers le vaste Océan. Les plumes de l'aigle sont douces, et sont l'emblème de l'amour. Alors, Tomochichi s'avança vers le général, et, se prosternant jusqu'à terre, s'exprima dans les termes suivants : « Je suis un
(1) Nommé Long-tdng par les Anglais.
(a) Quelques auteurs écrivent Tûmo-ma-chi,
DB L'AMÉRIQUE. 45g
Iranni. Je suis tenu ici poor cbercber an bon terrain ^ près da tombeau de mes ancêtres. Vous nous avez donne possession de nos terres. Noas sommes faibles et sans bled. Vous nous nourrissez ; tous élevez nos enfants ; nous vous avons exprime la reconnaissance de nos cœurs ; mais nos expressions sont insuffisantes pour reconnaître de pareilles faveurs. Les fourbes ont de belles paroles, comme ceux qui ont le cœur droit. Ifous voulons oemeurer ici, et vivre et mourir avec votre peuple. » Il termina son discours, en réclamant la protection et l^mitié des Anglais.
Tomochicbi reprit sa piaoe , et Fahoulakee^ roi de Coweetas se leva , et dit : Nous avons fait vingt-cinq jours de marche pour venir vous voir. On m'a souvent invité à aller à Charlestown ; mais je craignais de mourir en chemin. J'ai appris que vous étiez de bonnes gens, envoyés par le ciel pour enseigner la sagesse aux Indiens ; c'est pourquoi je suis venu ici. Je me réjouis d'avoir vécu assez long-tems pour jouir de ce bonheur, et embrasser nos amis, qui sont venus de loin pour demeurer parmi nous. Notre nation était forte autrefois ; elle se composait de dix villes ; nous sommes faibles à présent ; car nous n'en avons plus que huit. Vous avez consolé les bannis ; vous avez rassemblé ceux qui étaient dispersés , comme l'aigle fait pour ses petits. Permettez à Tomochichij à Stimoiche et à IllispelU de faire venir leurs parents et leurs amis des villes creeks, pour former une ville avec les Yamassees, qui soupirent de voir les tombeaux de leurs ancêtres avant de mourir. Parce moyen, notre nation sera composée de dix villes, comme auparavant (i).
Ogletborpe employa, comme interprète, une femme nom* mée Mary^ de sang mêlé, qui avait épousé un négociant de la (laroline, du nom de Musgrosfe^ et qui parlait la langue anglaise et celle des Creeks , et il lui accorda un salaire de loo livres par an.
1733. Benjamin Martyn^ secrétaire du bureau des commissaires de la Géorgie, publia une brochure, pour y encourager l'émigration, sous le titre suivant : « Raisons pour établir une colonie en Géorsie, en ce qui regarde le commerce de la Grande-Bretagne, l'accroissement de la population et l'emploi et le soutien qu'elle donnera à un grand nombre de
(0 ledianU naval hUtory ofBngland lll, book VI , ch. 6. Mewatts history ofCarolina and Georgia, vol. II, ch. 7.
46o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
nos paayres et aux protestants persécatés des pays étrangers (i). L'auteur y a ajouté une description du pays, et un aperçu des projets des commissaires.
En 1733 9 il fut encore publié, à Londres , une brochure, sous le titre de : « Description nouvelle et exacte des pro- Tinces de la Caroline du Sud et de la Géorgie », dans laquelle l'auteur fait connaître la bonté et les avantages de cette dernière province. Le climat, dit-il, est sain et délicieux; l'hiver doux et de courte durée. Les chaleurs de l'été sont tempérées par des vents frais et des brises de mer. Le terrain ne coûte rien : toutes sortes de grains y réussissent merveilleusement. Le labourage est si aisé, qu'on ne fait que racler la terre pour l'ensemencer. La vigne y croît naturellement. Le bétail et les poules y multiplient de telle manière , qu'ils sont de nulle valeur. Un daim ne se vend que 6 pences, et un dindon sauvage, pesant 4o livi-es, n'en coûte que deux. •
Dans un poème, intitulé : Georgia^ par le révérend Sa'fïïwU PF'esUfy chef des méthodistes , cette province est dépeinte comme un paradis abondant en toutes sortes de biens et en « nectar délicieux ».
A l'arrivée des émigrés en Géorgie, les commissaires leur fournissaient des armes pour se défendre, des outils, des instruments aratoires, des graines pour ensemencer leurs terres, et des provisions pendant un an, ou jusqu'à ce qu'ils pussent fournir à leur subsistance. Pour encourager la bonne culture, on ne donna à chaque planteur qu'autant de terre qu'il lui en fallait pour vivre commodément. La part consignée à chacun se divisait en trois lots ; une habitation et une cour dans la ville ; un jardin hors des murs, et une ferme dans le voisinage. Tous devaient aider à la construction des maisons, qui furent réparties au sort.
1733. Suivant le rapport annuel, du 9 juin, présenté an lord chancelier, le nombre des personnes expédiées pour la Géorgie , aux frais des commissaires , pendant la première année, s'élevait à cent cinquante-deux, dont cent quaranteun Anglais et onze protestants étrangers. De ce nombre , soixante-un étaient en état de porter les armes. Les terres accordées à la classe indigente comprenaient une étendue de 5,600 acres, et de 494^^ ^^^ personnes qui étaient venues à
(i) Reasons for establishing the colony of Georgia, etc.^ London, iii-40, p. 48, a« éd. I7Î3.
DS I'âMÉRIQUE. 401
leurs frais. L'argent, provenant des contributions particulières , s'élevait à 3,728 livres sterling ; les dépenses de la colonie montaient à 2,254*
Le nombre des personnes envoyées par cbarité , l'année -suivante (1734)9 s'éleva à trois cent quarante-un, dont deux cent trente-sept Anglais et cent quatre protestants étrangers : on comptait dans ce nombre cent trente-cinq hommes.
L'étendue des terres accordées par fîdéi-conimis, ^our être louées par lots, fut de 8,100 acres. 5,7^5 acres furent, en outre, accordées aux personnes qui s'étaient rendues à leurs frais.
L'argent reçu , d'après un acte du Parlement , fut de 10,000 livres , et celui provenu de personnes particulières, de i,5o2. On en dépensa 6,863 (i).
1733. Le 12 juin, le général, accompagné du capitaine Macpherson^ avec un détachement de ses coureurs, pénétra dans le pays, du côté de l'ouest, à plus de 4o milles de la Savannah, où il trouva une colline , qui dominait tous les alentours, et une belle rivière qui coulait au pied. Le général décida d'y établir un poste, d'élever un fort, sous le nom A^Argyhj et d'y fixer dix familles pour cultiver les terres au voisinage. Ce fort devait commander les passages par lesquels les Indiens avaient réussi à envahir la Caroline, pendant les dernières hostilités.
La même année , on jeta les fondements de plusieurs villages ; celui à^ Abtrcorrij smt un aJBiuent du fleuve Savannah, à 10 milles à l'est d'Ëbenezer, n'eut d'abord que dix familles.
Le village de Uighgate fut fondé par douze familles , la plupart françaises ; il est situé à 5 milles sud-ouest de la Savannah.
Un troisième village, composé de dix familles , fut auss^ établi dans l'île de Skiddoway.
Le général commandant fît encore construire un fort sur les bords de la rivière Ogechée^ pour protéger la colonie contre les attaques des Espagnols de Saint-Augustin. Au même tems, il fit établir un phare de 90 pieds de haut, à l'extrémité orientale de l'île de Tybée.
1733. Etablissement de la ville ile Sas^annahj ^ar la
(1) Account of thé colony qf Gecrgia , pttblisked by the trustées. Loadon, 1741*
469 CHRONOLOCIB HISTORIQUE
latitade de Sa"" 4' nord, et 83<^ 7' de longitade ouest de Paris, sur les bords du âeuye Savannah, à i5 milles au* dessus de son embouchure. La ville fut divisée en quatre quartiers, dans chacun desquels on réserva une place carrée pour les usages publics. Les rues, tiacées au coraeau, furent garnies, des deux côtés, de maisons commodes. Chacune eut un jardin dans le voisinage. Le pays à Tentour abondait en bêtes fauves, en dindons sauvages [mdtagris)^ dont quelques^ uns pesaient 5o livres ; en pigeons et en plusieurs autres espèces d'oiseaux passagers. On trouvait dans le fleuve beaucoup de poissons , esturgeons , truites , perches , chats marins, etc. (i).
Le traité d'alliance , fait an mois de mai, par le généralcommandant, avec les Indiens Creeks, fut ratifié, le 18 octobre , par les commissaires de la Géorgie. En vertu de ce traité , les Indiens ce'dèrent tout le territoire arrosé par la Savannah, jusqu'à la rivière Ogechée, ainsi que celui qui s'étendait le long de la mer , jusqu'au fleuve Saint-Jean , avec toutes les îles Frédtrica^ Cumberland et Amélie. Les députés creeks conservaient , pour leur nation , tout le terrain entre Pipe Makers Bliifftt la Savannah, ainsi que les îles Sainte-Catherine j Ossaba^w et Sapelo. Le prix des marchandises et des pelleteries fut fixe. Chaque villaee devait avoir son commerce particulier. Toutes les causes criminelles devaient être jugées d'après les lois anglaises. Les fugitifs , ainsi que les esclaves, devaient être rendus par les Indiens.
1733-4' Le premier transport de Saltzbourgeoisj sous la conduite de M, Van Reck^ accompagné des ministres Bol^ zius et Gronanj s'embarqua à Rotterdam, le 27 novembre. Us abordèrent à Douvres, où ils reçurent la visite de quelques -
(1) En 1740, la ville de Savannali était composée de 14a maisons et de plusieurs cabanes. Elle renfermait un hôtel-de-vilie, un corps-degarde, une prison, un magasin public et une grande salle pour recevoir les Indiens, députés de leur nation. La ville était défendue par un fort avec une garnison de 12 à i5 hommes. Il y avait, dans le voisinage de la ville, un jardin botanique d'une étendue de 10 acres, planté d'orangers , de mûriers , d'oliviers et de vigne , pour en fournir aux colons. Au milieu de ce jardin était un monticule qui, selon les traditions des Indiens, renfermait un de leurs rois, qui avait eu une conférence avec un étranger d'une grande distinction. On a sumiosé que c'était le célèbre Walter Baleigh. Les navires de 3oo tonneaux pouvaient remonter le fleuve jusqu'à la ville ; le» grandes chaloupes jusqu'à a5o millet plus haut, et les canots jusqu'au pays des Gherokées. £n 1820, Savaanah renfermait 7)5a3 habitants; en i83o, 7,776; en i84o> ii|3i4*
M L'ABfiftIQI»* 463
imB àes oommtBsaires de la oolonie, qai leur firent remettre
Éusieurs articles utiles pour leur établissement. Continuant ar route , ils arrivèrent ^ le 17 mars , à Gharlestown. Van Reck 7 rencontra le général Oglethorpe, qui, après lui avoir montré le plan de la colonie, lui donna la permission de choisir un lieu pour y établir ses gens. Oglethorpe leur envoya en même tems, comme présent, une quantité de provbions et deux tonneaux de vin, pour les rafraîchir après leur voyage. Le 10 avril, ils arrivèrent près du fleuve Savannah, et débarquèrent à la ville du même nom, où ils trouvèrent une grande tente, qui avait été dressée pour les recevoir. Ils furent accueillis avec beaucoup d'amitié par les anciens colons. M. Van Reck, qui avait trob chevaux pour son service, alla reconnaître le pays. Il fit choix d'un terrain, situé à 21 milles de la ville de Savannah, à 3o de la mer, et renfermé entre deux affluents de la Savannah..
Oglethorpe, désirant que les émigrants fussent établis avant son départ pour l'Angleterre, retourna à Savannah, et se transporta, avec M. Van Reck,' au lieu choisi par celui-ci : les colons y arrivèrent le 17, et ce dernier se décida à bâtir une ville auprès de l'affluent le plus considérable du fleuve, auquel on donna le nom d'Ebenezer (i). La rivière était navigable pour de gros navires, tirant douze pieds d'eau. Deux petits ruisseaux, dont l'eau était claire comme du cristal, coulaient, l'un à travers l'emplacement de la ville , l'autre à coté, et se déchargeaient dans TEbenezer. On jeta aussi, à la jonction de l'Ebenezer avec la Savannah, les fondements d'un village qui fut nommé Abercorn,
Oglethorpe et Van Reck retournèrent à Savannah , d'où ce dernier fît transporter les colons en chaloupes, avec des armes, des munitions, ainsi que tout ce qui était nécessaire pour bâtir des maisons et labourer la terre. Ils arrivèrent le 17 à leur destination , et la ville prit aussi le nom d'JEbe^ nezer,
1 734. Le premier soin des colons fut d'ouvrir une route, depuis la ville jusqu'au village d' Abercorn, distant de 12 milles. Ce travail fut achevé le 19, quoiqu'ils eussent été forcés d'abattre les arbres qui obstruaient le chemin, et de construire sept ponts sur autant de rivières. Ce même jour, un gros cheval blanc arriva à la tei^ de Van Reck. Le 22,
^i) Ou Pierre de secourt, pour rappeler que Dieu les y avait conduits.
464 CHROROLÛGIE BIST4ttIQUE
on en tronya an aulne dans les bois. Les colons en araîent déjà plasienrs reçus des entrepreneurs, et on les employait à transporter les provisions, sur des traîneaux, d'Aberoom à Ebenexer. Un colon trouva de l'orge bien conserve dans le creux d'un arbre.
Ogiethorpe envoja aux Saltzbourgeoîs trente vaclies , qui jui avaient été données par la colonie de la Géorgie pour les habitants de Tîle d'Edisto. Le 2 mai, les colons reçurent encore dix vaches avec leurs veaux, qui avaient été envoyées par les magistrats de Savannah , d après les ordres d'Oglethorpe. Le 9, une chaloupe leur apporta dix tonneaux de grains. Le lendemain , les Indiens leur offrirent un daim. Le I*' mai, on avait tiré au sort pour la construction des maisons. Tout le pays était couvert de forêts de cèdres , de chênes , de cyprès , de noyers et de pins ; mais les arbres étaient si éloisnés les uns des autres , qu'on pouvait parcourir 20 à 3o milles sans difficultés. Il se trouvait entre eux une grande quantité de myrtbe (i), dont la graisse donne, par l'ébuUition, une cire verte, propre à faire des chandelles. On y voyait aussi beaucoup de sassafras , d'indigotiers et de vignes sauvages, grimpant jusqu'au sommet des plus grands arbres. Le sol était très-fertile, et le pâturage excellent. On y rencontra des buffles, des chevaux, des cerfs, des chevreuils, des vaches sauvages, des lièvres et des perdrix.
Au mois d'avril, Ogiethorpe s'était embarqué pour l'Angleterre, à bord de VAlboroughj emmenant avec lui Tomo^ chichi^ roi de Yammacraws ; Senawki^ sa femme ; Toonakowi , son neveu ; Illispelh, capitaine de guerre , et cinq autres chefs indiens. Le i"' août, ils furent présentés à la famille royale , et accueillis par des gens de la cour , qui leur firent connaître tout ce qui pouvait leur donner une haute idée de la puissance britannique. Tomochichij en s'adressant au roi, s'exprime ainsi : En ce jour , je vois la majesté de votre face, la splendeur de votre maison et le nombre de votre peuple. Je suis vieux et ne cherche aucun avantage pour moi-même. Je suis venu pour le bien des enfants de toutes les nations des criques hautes et basses, afin qu'ils puissent
(i) Myrica cerifera.
W h^AMiUVn. 465
nos terres , etôst été portées de Tille en ville. Noas les avons transportées ici, ô grand roi, pour vous les offrir, comme un sjmbole de paix éternelle. G grand roi, quelles que soient les paroles que vous m'aurex dîtes, ye les rapporterai fidèlement à tous les rois de la nation des Creeks. Le roi répondit qu'il était heureux de trouver l'occasion de les assurer de nntérét que lui inspiraient les Indiens qu'ils représentaient ; qu'il acceptait leur présent comnie un gage ae leurs bonnes dispositions envers lui et son peuple ; qu'il serait toujours prêt à cultiver et à maintenir de bonnes relations entre 8G8 sujets et les Greeks.
La couronne leur accorda 20 livres sterling par semaine, durant leur séjour en Angleterre, et ils reçurent des présents pour la valeur de 4^0 pounds. Après un séjour de quatre mois, ils désirèrent retourner dans leur pays, et furent conduits, dans une des voitures du roi, à Gravesend, où ils s'embarquèrent , le 3o octobre , à bord du Prince de Galles^ commandé par le capitaine George Dunbar^ allant à la Géorgie avec un grand nombre de Saltzbourgeois ou d'Allemands protestants. Us arrivèrent à Savannah, le 27 décembre.
Pendant le séjour d'Oglethorpe en Angleterre , les JVat^ elles (i) , ayant reçu des renseignements concernant la colonie, firent une alliance avec elle. Le capitaine du premier navire qui arriva à Savannab, reçut la récompense qui avait été promise à celui qui le premier toucberaît ce port. Bientôt après^ il en arriva un autre avec 5o familles. Le nombre des individus venus sur ces deux bâtiments, montait à 61 8, y compris les femmes et les enfants (2).
1734* Le 20 mars, la fête anniversaire de l'assemblée des commissaires pour l'établissement de la colonie de la Géorgie, avait été célébrée à Londres, dans l'église paroissiale de Saint-Bridé, et le docteur Haies ^ un des associés, y avait prononcé un discours analogue au sujet.
D'après un examen des comptes, il paraît çiue, depuis la date de la charte, on avait reçu les sommes suivantes :
Pour rétablissement de la colonie \é^,^\^\xv,sU
Pour l'exercice de la religion aoa
Pour encourager l'agricalture et la botanique en
Géorgie aoS
Total i4,8ai
(i) Voyez l'article JLouisiana,
(a) JVynru^ British empire f II, art. Georg|a«
T. xviir* 3o
466 CHROMMOGIE HISTORIQUE
On avait dépensa pour le premier objet, c'eat-a-dire pour Vëtablissement et Tentretien de trois cent srâxante-aeise Anglais et de cent qaincé étrangers, la somme de 8,0 1 3 livres, et 187 ponr encourager la culture des terres et la botanique. Oatre les personnes établies au moyen des contributions pabliqoes, il y avait Tingt*un maîtres et cent six domestiques qui s'y trooraient à ienrs frais (i).
1734* Règlements pour la colonie. Il fut statué que chaque concession de terrain serait considérée comme fief militaire, dont le propriétaire devait prendre les armes, pour la défense du pays , en cas de hesom. Pour empêcher qu'une trop grande étendue de terrain tombât en la possession d'une seule personne, les femmes furent exclues de la succession, et, lorsqu'il manquait un héritier , le Conseil accordait la propriété à ceux qui avaient rendu le plus de services à la colonie, et particulièrement aux filles deplanteurs qui avaient fait de bonnes améliorations. On accorda aux veuves de ces derniers la principale maison [mansion-house) et la moitié des terres cultivées. On défendit l'introduction des nègres , l'importation du rhum , ainsi que le commerce avec les Indiens, excepté d'après une permission spéciale (2).
Après le départ d'Ogletnorpe , les affaires de la colonie avaient été confiées à Thomas Causton^ avec le titre de iailli et gc^rcU^mugasin . Il se conduisit d'une manière si tyrannique, qu'il devint lu terreur des habitants , au point que plusieurs d'entre eux ahandoimèrent la colonie pour s'établir à la Caroline.
Parmi les émigre's de nette année, il y avait vingt familles juives,
1735, janvier. Alîn d'empêcher Tusage des liqueurs spiritueuses aans les colonies et parmi les Indiens , les commissaires passèrent un acte, pour en défendre l'importation dans la province. Les autorités de Savannah eurent néanmoins la faculté d'accorder des licences à certaines personnes, pom* vendre du vin de Madère, de la bière anglaise et de l'aie.
D'après la charte, à défaut d'héritiers mâles , les terres devaient revenir aux commissaires , aGn d'avoir une milice suf&sante ; mais, ayant pensé ensuite que les femmes ne seraient pas en état de les cultiver, ils résolurent de leur payer
(0 Êriiish empire in America (Oldraison), vol. I, article Georgia. (a) HewattSy history of Caroiina) II, page 4» 5.
BB l'aMÉRIQUE. 467
la Talear des amëliorations qui y auraient été faites : le pre* mier exemple de ce genre , qui eut lieu le 5 févrieri fut en faveur de la fille de M. ^ Ferron.
1735. Quatre-vingt-un émigrants de Saltzburg arrivèrent aux frais des commissaires. Ils se réunirent à leurs compatriotes, à leur établissement d'Eben^zer, à aS milles de Sa« vannah.
Les contributions s'élevèrent cette année à 3i,4i6 livres sterling. i2,5oo acres de terres furent accordés à la classe indigente, et 1,900 à ceux qui vinrent à leurs frais.
Les commissaires donnèrent des ordres pour rétablissement de la ville d'Jugusta^ qui devint bientôt très-importante pour le commerce avec les Indiens.
1736. Établissement dé la ville d^Jugusta j à 33* ^8' de latitude nord, et à 4"* 5^' ouest de la cité de Washington,
* dans une plaine , sur les bords de la Savannah , à près de 3oo milles de la mer, en suivant le cours de la rivière (i). L'accroissement de cette ville fut si rapide, qu'en 1 739 elle contenait déjà plusieurs magasins pour trafiquer aver les Indiens, et cinq grandes chaloupes pour porter annuellement à Gharlestown 100,000 livres de peaux de daim et de castor^ dont on estimait la valeur à plus de 100 livres sterling. Ce commerce employait plus de 600 hommes blancs (2).
Le 2 juillet 1735, les commissaires, ayant résolu d'établir une nouvelle ville dans la Géorgie, avaient fait à ce sujet de nouvelles propositions, offrant aux émigrants de payer leur passage, et de les soutenir pendant un an, à condition dif travailler , pendant ce tems , pour la province conformément aux ordres des commissaires , de Thabiter les deux années suivantes, et de cultiver les terres qui leur seraient données. Chaque homme devait avoir 5o acres, moyennant l'engagement de payer, pour le maintien de la colonie, une rente de 2 schellings, paiement qui ne commencerait que dix ans après la concession. Pour empêcher les ivrognes et les personnes vicieuses de profiter de ces avantages, on ne recevait i® que ceux qui n'étaient pas en état de gagner leur vie en Angleterre : ceux qui étaient endettés devaient obtenir le consentepnent de leurs créanciers ; 2^ ceux qui avaient une nombreuse fa-
(1) La population d'Âugusta, en i83o, s'élevait à 4,000 individas: en 1840, à 6,403.
(a) British êmpirt in America (Oldmixon), yol. I^ article Géorgie.
Soi
mille, S'ils étaient recommandés par les ministres on officiers de l'église de leurs paroisses respectives.
D'autres conditions furent ensuite offertes. Ceux qui passaient en Géorgie, à leurs frais, ayeo dix domestiques, ootenaient 5oo acres de terre, en s'engageant à payer, pour chaque centaine d'acres , la rente annuelle de vingt schellings , paiement qui ne devait commencer que dix ans après la concession , à cultiver , pendant ces dix années , 200 acres , à y planter 2,000 mûriers blancs, et à en planter également 1,000 snr chaque centaine des 3oo autres acres. Chacun des domestiques, après un séjour de quatre ans, avait droit à 20 acres.
Le Parlement anglais ayant accordé de fortes sommes pour l'amélioration de la colonie de la Géorgie , à cause de son importance pour la défense de la Caroline du Siid , les commissaires résolurent d'établir une nouvelle ville dans la ^ partie méridionale delà province, sur la rivière Alatamaha. * Les premiers émigrants , qui habitaient précédemment de grandes villes , s'étant montrés paresseux et débauchés , les commissaires statuèrent de faire des pro|>ositions aux Ecossais et aux Allemands, accoutumés à une vie laborieuse, et de les inviter à éinigrer dans leur colonie. Ces propositions, publiées à Inverness , furent acceptées par cent trente montagnards (i)*
1736. Au mois de janvier, de nouveaux émigrants de l'Angleterre, de la Suisse et de l'Allemagne arrivèrent à la Géorgie, et prirent des terres aux conditions proposées par les comiyiissaires. Cent trente-deux montagnards écossais, hommes, femmes et enfants, s'établirent sur les bords de l'Alatamaha, à 12 milles environ de son embouchiu^, où ils jetèrent les fondements de la ville de JYe^v-lnveniess , qui fut ensuite protégée par un fort, nommé Daritn, armé de quatre canons. On y construisit nn corps-de-garde , un magasin et une chapelle.
Le 5 février, Oglethor|)e revint à Savannah avec deux navires, ayant à bord trois cents passagers, dont cent soixantedix Allemands, qui s'établirent dans la ville A'Ebenezer; de man{&re que, dans l'espace de trois ans, le nombre des colons anglais fut de quatre cents, et celui des étrangers décent soixan-
(i) Historv of Georgia, bv cnpu H, Mac Cal/, I, ch. 2. Sayannah, i3it.
te^dix (i). Les navires (étaient le Symonds^ capitaine Cornish^ et le London-Merchantj capitaine Thomas. Le général O^lethorpe débarqua le 6 , et fat reçu avec les honneurs militaires. Le 7, plusieurs des habitants de Purrysburg lui ren-* dirent visite, et lui firent connaître la situation de leur ville. Le jour suivant, le baron Van Reck et les deux ministres saltzbourgeois vinrent le voir, et sollicitèrent Ja permission de s'établir, avec les nouveaux venus , à Tembouchuré du fleuve. Oglethorpe y ayant consenti, quoiqu'avec répugnance, ils bâtirent une ville, qu'ils nommèrent New-Ebenezer.
Oglethorpe laissa bientôt Savannah, et se rendit à Tiie de Saint-Simon^ dont il prit possession. li y donna des instructions pour rétablissement d'un fort, qui fut nommé Fréde' ricaj et qui était presque terminé au mois d*avnl. On y construisit aussi trente-sept maisons en bois de palmier. Pendant son séjour à l'île de Saint-Simon , le général fut visité par Toii^)chichi , accompagné de son neveu et d'un parti d'Indiens, qui lui firent présent de plusieurs daims, et lui apprirent qu'ds avaient Tintention de chasser les buffles jusqu'aux frontières espagnoles. Oglethorpe , craignant que leurs postes avancés ne fussent attaqués, les accompagna. Ils offrirent alors de lui montrer, suivant la promesse qu'ils avaient faite au roi d'Angleterre, les terres appartenant à leur nation. Le premier jour, ils arrivèrent à une île, à l'embouchure de la Sunde de Jekyl , où Oglethorpe, ayant décidé de faire élever un fort, nommé Saint- André , laissa , pour cet objet , un parti de montagnards écossais, sous les ordres de Hugh JVTackay. Toonakowi , tirant alors une montre , qui était un présent du duc de Cumberland, donna le nom de ce prince à l'île. Le jour suivant, ils traversèrent le Clothogotheo , affluent de l'Alatamaha , et découvrirent une autre belle île, de 16 milles de long, couverte d'orangers, de myrtes et de vignes, qui fut nommée Amelia, Le troisième jour, étant arrivés près des avant-postes des Espagnols , les Indiens témoignèrent le désir de les attaquer. Pour les en empêcher, Oglethorpe les laissa dans l'île, et retourna à Savannah, par la rivière Saint- Wans (2).
(i) He watts* hiitory of SoiUh'Carolina and Georgia , II, ch. 7. LondoD, 1779.
(3) Tomochichi mourut le 1 5 octobre 1 7^9 , prés de Savannah , ù rage de quatre-vingt-dix-sept ans. Se voyaot près de sa (iu, il conseilla à ses gens de rester fidèles dux Anglais, et exprima le désir d'être en-
470 CHROlfOLOGIE HISTORIQUE
^ 1736. Oglethor{|es'occapa, sans relâche, à fortifier lestiez situées près du territoire espagnol. Il établit deux forts : Tan à Aiignsta, sur le bord du fleuve Savannah; l'autre, dans Ille de Saint-Simon, près de Temboachure de l'Âlatamaha, où il jeta les fondements de la yille de Friderica, Dans une autre île, nommée < umbcrland^ située plus près de b mer, il dressa une batterie pour commander Tentr^e de là Sande de Jekyl, et, par ce moyen, d'empêcher les vaisseaux ennemis d'y pénétrer pour arriver à Fréderica. Au même tems, il établit les forts nommés George et Guillaume, pour dominer les entrées de Saint>Jean et de Sainte-Marie. Tous ces ouvragps furent construits dans ^espace de sept mois. Le Parlement anglais accorda la somme de 10,000 liv. sterl. pour couvrir les dépenses et entretenir les garnisons de ces forts.
Les directeurs de la colonie , désirant avoir un ministre presbytérien pour prêcher en langue galloise aux Ecossais, enseigner Tanglais et le catéchisme à leurs enfants , et convertir les Indiens, s'adressèrent à la société établie en Ecosse pour la propagation de l'Evangile, qui lenr envoya Jean Macloud, natif de l'île de Sky. Les directeurs lui accordèrent un traitement de 5o liv. sterl. par an (i). Cette mission cessa en 1740, après qu'une partie des habitants eut péri dans rexpédltion contre les Espagnols de Saint- Augustin.
1736. Oglethorpe avait amené à la Géorgie John et Charles Wesley. Tandis qu'ils se préparaient à s'embarquer, deux femiiies de mauvaises mœurs, paraissant se repentir, avaient sollicité la permission de se joindre aux émigrants. Cette fa- , veur leur avait été accordée^ malgré le général, qui ne croyait pas à leur repentir. Cependant , l'une d'elles, par ses séductions, prit un tel empire sur Oglethorpe , qu'elle parvint à lui rendre suspect Tamitié des Wesley (2). Elle les lui représenta comme des censeurs rigides de sa conduite, voulant s'opposer à son autorité. Il les traita alors avec froideur et méfiance, et conseilla même aux colons de ne pas se fier aux
terré parmi eux, à Savannah; ce qui fut exécuté avec les honneurs miliraires Le général Oglethorpe a consacré la mémoire de ce chef, par une inscription qu'il a fait graver sur son tomt>eau.
(1) 4ccount oftfie society in Scotland for propagating chnstian knowledge. Ediniburgh, 1774* (3} John Wesley e^t le fondateur de la secte qui prit le nom de méiiiles.
t>E l'aMÉRIQUE. 471
àenx frères. Les colons se montrèrent bientôt contraires k toute innovation, à l'égard de la liturgie anglaise, ainsi qu'au baptême des enfants |iar immersion ; et Jobn fut menacé d'un procès civil et criminel , pour avoir refusé les sa* crements à une personne reconnue adultère. D'après ces circonstances, l'objet de la mission de John, d'exciter un esprit religieux parmi les colons, étant entièrement manqué, il quitta, ainsi que son frère, la Géorgie. John alla visiter alors les provinces de Test , où il Bt un grand nombre de prosélytes. Il paraît qu'ensuite Oglethorpe regretta la manière dont il s'était conduit envers ces deux frères. M. Graham raconte que Sarahj fille de Charles Wesley , lui permit de parcourir le journal de son père, que celui-ci n'avait pas publié pour ne point blesser Oglethorpe, et que les descendants de Charles lui avaient affirmé que leur père , ainsi que leur oncle, conservant les plus tendres sentiments pour ce gouverneur, plaignaient plutôt qu'ils ne condamnaient sa conduite envers eux. Le journal de John Wesley ne parle pas de cette rupture (i).
Traité conclu et signé, le 9.6 octobre, par le gouverneur James Oglethorpe et don Francisco ael Moral Sanches Villegasj capitaine-général et gouverneur de Saint-Angus«tin de la Floride : i^ Chaque partie s'engage à empêcher ses sujets indiens de commettre des hostilités ; 2"* Oglethorpe promet de faire tous ses efforts pour empêcher les Indiens libres des Criques d'attaquer les sujets de S. M. catholique ; 3"* il s'engage aussi à retirer la garnison et Tartillerie de 1 île Saint-George, dans l'espace de quatorze jours à dater de la ratification du traité, à condition qu'elle ne sera point habitée ni fortifiée par aucun des sujets dii roi d'Espagne, et que le roi d'Angleterre conservera la propriété de ladite île; 4° les deux parties contractantes s'engagent à empêcher que les sujets de leur souverain ne molestent ceux de l'autre ; 5"^ tous les différends existants , ou qui pourront subvenir entre les deux gouvernements, concernant les possessions de chacun d'eux, seront réglés par leur Cour respective; 6° personne ne sera reçu, par aucune garnison, dans l'un des deux Etats, sans être muni d'un passe-port du gouverneur.
En consentant ce traité, Oglethorpe ignorait, sans aucun doute, les intentions du gouvernement espagnol , et que , le !•' septembre, sir Thomas Geraldino avait présenté un
(1) /If. Grahamsy United StaUs^ vol. III, book 9.
47S CHRONOLOGIE DISTORIQUE
mémoire au dac de 5ew*Ca8tle , dans lequel il réclamait la colonie de la Géorgie , comme établie dans les possessions espagnoles, et que son gouvernement avait décidé de forcer celui d'Angleterre à la rendre. Bientôt après, le gouverneur de Saint-Augustin fit savoir à Ogletborpe qu'un commbsaire espagnol , qui venait d^arriver, désirait le rencontrer à Fiéderica. Ce commissaire se rendit à la Géorgie par mer ; mais, Ogletborpe , ne voulant pas lui permettre d'aller à Frédtrma, se rendit au-devant de lui, à la Sonde de Jekyl ; là, le commissaire demanda que les Anglais évacuassent immédiatement tout le territoire situé au sud du sund de Sainte- Hélène, comme appartenant à l'Espagne, déclarant que , dans le cas où Ogletborpe refuserait, il avait ordre de se rendre à Cbarlesto^n, et de communiquer ses instructions au gouverneur de cette province. Ogletborpe , après avoir essayé vai- ' nement de convaincre l'Espagnol de Tinjustice de cette demande, prévoyant le danger qui menaçait la colonie, s'embarqua pour l'Angleterre , afin de faire part de ces circonstances aux commissaires de la Géorgie.
1737. Le 17 avril, les commissaires de la Géorgie adressèrent un mémoire au roi, le suppliant d'envoyer des forces nécessaires pour protéger la colonie contre les dangers dont elle était menace. Ce mémoire était signé : Benjamin Martyn, secrétaire.
Le 25 du même mois , Oglethorpe fut nommé colonel et commandant en chef des forces de la Caroline dic Sud et de la Géorgie ; il reçut des instructions pour lever, aussitôt que possible , un régiment de six cents bommes , afin de défendre les frontières méridionales de ces deux colonies. Dans ce but , les commissaires offrirent cinq acres de terre à cbaque soldat , durant le tems qu'il resterait au service, et vingt après Texpiration de sept années, à condition qu'il s'établirait dans la colonie. Ce régiment fut bientôt formé.
En 1787, la province comptait cinq villes et quelques villages, outre un grand nombre d'babitations , éparses çà et là dans le pays. Savannab, sa capitale, renfermait cent quarante maisons, quelques magasins et boutiques. Son principal commerce consistait en peaux, non préparées, expédiées pour la Havane.
A la fin de cette année, le nombre des colons s'élevait à mille cent dix, sans compter ceux qui s'étaient établis à Augusta, à Tybée, à Skidaway, à Argyle, à Tbunderboldt , à
Gumberland , à Amelia, et qui avaient amené dés dome$tio ques à leurs frais.
Le grand objet des commissaires était la culture de la vigne et des mûriers, qui était trop fatigante et trop coût^se pour une nouvelle colonie. Les émigrants avaient besoin de nourriture et d'habillements. Si l'on avait suivi la méthode des Saltzbourgeols , la colonie aurait prospéré dès le commencement (i).
1738. Au mois de septembre, le général Oglethorpe arriva à la Géorgie, avec son régiment, à bord des deux vaisseaux de guerre V Hector et le Blanford. Ayant établi son quartier-général à Fréderica, il plaça de petites garnisons dans les îles de Jekyl et de Cumberfand. Le gouverneur espagnol avait cherché , par différents moyens , à séduire les Greeks , en leur offrant des présents et leur fesant des promesses d'amitié et d'allégeance ; mais ils restèrent attachés à Oglethorpe, l'invitèrent à visiter leur ville, et lui offrirent mille hommes, pour l'aider contre les Espagnols.
Dans le même tems, les colons de Savannah renouvelèrent leurs plaintes, demandant les titres de leurs terres , de leurs esclaves, et la permission d'avoir des liqueurs spiritaeuses. Dans une longue lettre (2) adressée au gouverneur^ il est dit qu'aucune des deux classes de colons n'a pu exécuter les plans des commissaires, l'une ayant épuisé ses moyens d'existence ; l'autre, ses fonds particuliers, et que, sans nègres, la colonie ne pouvait pas prospérer.
Pendant l'absence du général, une grande quantité de provisions et d'autres articles avaient été introduits à Savannah par le garde-magasin , contrairement aux ordres des commissaires, et dont il n'était pas en état de payer le montant. Pour empêcher la répétition de cette fraude, les commissaires ordonnèrent que toutes les dépenses, pour les besoins de la colonie, seraient payées en lettres de change revêtues de leur sceau.
Une autre circonstance désagréable eut lieu en l'absence du général. L'assemblée de la Caroline du Sud avait passé un acte pour lever une somme d'argent destinée à indemniser ses trafiquants , contrairement à un acte du Parlement anglais^, pour maintenir la paix dans la Géorgie. Sur le rap-
(i) History of Georgia, by captain Mac» Call, ch. 11. (2) Signée le Plaindealer, et attribuée à Patrick Tailfer.
474 CHRON<M.O<;iE HISTORIQUE
port des lords^commissatres pour le commerce, cet acte avait etë annale par le roi, et les commissaires des deax provinces avaient reoii des instructions pour concerter les moyens de fairs le commerce avec les Indiens de l'une et de l'autre.
fVîlliam Stephens, nommé secrétaire de la Géorgie , trouva que le grand jury de Savannah avait réclamé le droit de faire nréter serment , et, ayant informé les commissaires de cette aemande, ceux-ci lui' donnèrent des instructions pour qu'il &t savoir au jury qu'ils ne pouvaient pas approuver 1 exerciee de ce pouvoir, à cause des conséquences fâcheuses qui pourraient en résulter.
Pendant l'absence d'Oglethorpe , un différend eut lieu entre Caustorij premier magistrat de la Géorgie, et le gouverneur de la Caroline , au sujet d'un entrepôt commercial établi à Augusta par les trafic^uants deCharlestown, qui, en passant par Savannab, vendaient secrètement du rhum aux soldats de cette ville. Gauston, ayant visité un bateau, dans lequel il trouva un baril de rhum , qu'il fit couler , ordonna 1 arrestation du propriétaire. Le gouverneur de la Caroline, vivement blessé de cette action, demanda de quel droit Causton avait saisi des marchandises et arrêté un citoyen, sur un fleuve ou les droits de navigation étaient assurés à la Caro-* line par une loi de la Géorgie. Des membres de la législature de la Caroline furent envoyés pour informer sur cette affaire. Causton avoua son erreur, ordonna que les marchandises fussent restituées avec compensation, et il fut arrêté, par un engagement mutuel , que la navigation serait libre pour les deux provinces ; mais qu'il ne serait point fourni de liqueurs spihtueuses aux habitants. Â la même époque, plusieurs des colons montrèrent du mécontentement, particulièrement ceux qui, ayant lu les descriptions poétiques de la Géorgie, avaient cru qu'un léger travail suivrait pour leur fournir les moyens de vivre avec luxe. Ils trouvèrent que les terres basses étaient malsaines , et le sol sablonneux et stérile : c'est pourquoi, découragés, ils abandonnèrent cette province pour se fixer dans la Caroline.
1738. Le 9 décembre, les francs-tenanciers du comté de Savannah préparèrent une pétition , qu'ils transmirent aux commissaires de la colonie, dans laquelle ils disaient : <}ue la terre était usée au bout de quatre ou cinq ans ; qu'aucun commerce ne pouvait être étanli à cause des restrictions qui lui étaient imposées ; que le travail, étant beaucoup moin«
0E l'amérique. 4^5
cher dans la Caroline , cette colonie rainerait la Géorgie, à moins qu'elles ne fassent mises toutes deux sur le même pied, et que, durant les deux dernières années, à l'exception des émigrants envoyés par charité, il n'en était venu spontanément que deux ou trois pour se livrer au commerce ou à Fagriculture.
lySg. Le 3 janvier, ces colons recommandaient les moyens suivants : i° la délivrance des titres aux terres, pour encourager rémigration ; 2° ^introduction des nègres, avec les restrictions convenables. D'un autre côté , dix-huit des habitants de New-Inverness, Dariens, Allemands et montagnards écossais, présentèrent au général Oglethorpe une pétition où ils lui exposaient : i°\e danger d'introduire des esclaves dans la colonie ; ceux des Espagnols ayant été déclarés libres, il serait impossible d'empêcher ceux de la Géorgie de se joindre aux premiers , et, dans ce cas , le pauvre maître serait plus esclave de ceux qu'il aurait achetés , qu'il avait le droit de vendre, que les nègres eux*mêmes, et que celui qui en serait propriétaire serait obligé d'avoir une garde pour sa défense ; 2" qu'un homme blanc peut-être employé plus utilement
Îa'un nègre ; 3° qu'indépendamment de ces considérations, est affreux de penser que des hommes, quelle que soit leur race, puissent être condamnés à un esclavage perpétuel. Ils suppliaient, par conséquent, d'introduire dans la colonie, au lieu d'esclaves, ceux de leurs compatriotes qui en feraient la demande.
1739. Le i5 mars, des habitants d'Ëbenezer adressèrent une lettre au général Oglethorpe , en le priant d'inviter les commissaires à envoyer plus de Saltzbourgeois pour s'établir dans leur ville. Ils disaient que, quoique le climat soit beaucoup plus chaud que celui de l'Allemagne, le pays est plus favorable aux laboureurs, qui peuvent travailler pendant l'hiver sans avoir l'inconvénient du froid, et pendant l'été , excepté de dix heures avant jusqu'à trois après midi ; qu'ils avaient reconnu que le riz peut être cultivé par des blancs, plusieurs de leur compagnie en ayant récolté , l'année précédente, plus qu'il n'était nécessaire pour leur consommation, et (]u'ils avaient recueilli une grande quantité de maïs , de pois, de pommes de terre et de potirons.
Oglethorpe ayant informé les commissaires du mécontentement du peuple relativement aux titres des terres, ils décidèrent qu'à défaut d'héritier mâle, le propriétaire légal de
476 CHRONOLOGIE HISTORIOUJE
terre pourrait, par son dernier testament, nommer, pour lui succéder, un de ses parents de l'un ou de Tautre sexe, pourvu que la |)ersonne ainsi désignée réclamât la propriété ayant 1 expiration de dix-huit mois à dater de la mort du titulaire.
Tandis que le général préparait les moyens de se défendre contre une invasion des Espagnols, ceux-ci formaient le projet de l'assassiner. Des soldats de son régiment qui avaient servi à Gibraltar, et qui savaient parler Tespagnol, étant en garnison dans l'île de Cumberland, se lièrent avec ceux des postes avancés des Espagnols. Un d'entre eux , qui avait une grande aversion pour la religion protestante, décida plusieurs de ses camarades à se joindre à lui pour assassiner le général, et passer ensuite à Saint-Augûstin. Le jour ayant été fixé pour exécuter ce projet, ils s'approchèrent d'Oglethorpe , et lui firent quelques demandes extraordinaires. Ayant été refusés, l'un d'eux fit feu sur le général, avec son fusil, à quelques pas de distance, sans l'atteindre ; un second tira aussi et le manqua également ; un troisième, qui essaya de le frapper avec son sabre, fut tué, à l'instant même, par un officier qui survint heureusement. Les assassins tentèrent de s'échapper ; mais ils furent arrêtés , jugés par une cour martiale et condamnés à être fusillés. Ce plan ayant manqué, les Espagnols eurent recours à un autre encore plus horrible : celui d'exciter une insurrection parmi les nègres de la Caroline du Snd, qui, alors, étaient au nombre de 40,000^ tandis que celui des blancs n'excédait pas 5,ooo.
1739, 20 juin. Réponse de Benjamin Martyn^ secrétaire des commissaires j adressée aux magistrats de Sauannah. Le secrétaire reproche aux magistrats d'avoir proposé d'altérerles lois fondamentales concernant les esclaves et la succession aux terres. Il leur dit qu'il a reçu des pétitions de Darien et d'autres parties de la province, exposant le danger qu'il y aurait à introduire des nègres, qui détruiraient Tmdustrie parmi les blancs, et que le pouvoir donné aux propriétaires, d'aliéner leurs terres , remplirait la colonie de la race noire, et laisserait le pays expose aux trahisons domestiq[ues et aux invasions étrangères. Le a8 août, les commissaires firent d'autres règlements , concernant les successions et les titres des terres, accordant aux veuves et aux eufants du propriétaire décédé la moitié des terres, de la maison et du jardin, leur vie durant.
Oglethorpe, qui avait été informé, le ai août, des moyens
employés par les Espagnols pour engager les Indiens à s'unir contre les colons anglais, se rendit immédiatement à Co^eta, à 4^0 milles de Fréderica, où il rencontra les députés des Indiens Creeks , des Cherokées et des Chicasaws , arec lesquels il fit un traité confirmant la cession, aux Anglais, de toutes les terres situées sur la Sayannah et sur la rivière d'Ogeechée, aussi bien que de celles qui bordent la mer jusqu'à la rivière Saint- Jean , au point de la haute marée, ainsi que des îles Frëderica , Cumberland et Âmelia, réservant aux Indiens les terres depuis Pipe -Makers-BlufF jusqu'à la Sayannah, et les îles de Sainte-Catherine, d'Ossabaw et de Sapelo, déclarant que tout le territoire compris entre les rivières Savannah et Saint- Jean, et depuis cette dernière jusqu'à la baie de l'Âpalache, et de là jusqu'aux montagnes, appartenait à la nation des Creeks, qui l'avaient défendu contre leurs ennemis, comme pouvaient le prouver les monceaux de leurs ossements. Oglethorpe les assura qu'il ne permettrait jamais ni aux Espagnols, ni à d'autres peuples que les Anglais, de s'y établir (i).
a3 octobre. Des plénipotentiaires des deux puissances anglaise et espagnole se réunirent à Pardo, afin d'établir les limites entre la Géorgie et la Floride. N'ayant pu parvenii- à un arrangement, l'Angleterre déclara la guerre à TEspagne.
A cette époque, le nombre des personnes envoyées à la Géorgie et soutenues aux frais des commissaires , s'élevait, après huit ans , à i ,52 1 , coûtant chacune 33o dollars. Le nombre des sujets anglais était de 91 5, et celui des étrangers protestants, de 606. Il y avait 686 hommes en état de porter les armes. Les contributions montaient à i ia,ooo livres, sur lesquelles 94>ooo étaient appropriées par le Parlement anglais.
1740, mars. Établissement pour les orphelins et les orphelinesj créé par le célèbre prédicateur George PFhitefield. Cet édifice, situé sur un terrain élevé, près de la mer et à 4o milles environ de la ville de Savannah, était construit en bois, et avait près de 70 pieds de longueur sur 4o de largeur. Pendant le premier semestre, on y admit cent personnes, hommes , femmes et enfants , sous la direction de L, Habershanij président. Pour subvenir aux dépenses , les commissaires pour la province avaient accordé des terres, qui
(i) fVyttn^* Britîsh empire, II, art. Georgia,
478 GHROHÛLOGIE HISTORIOUE
forent coltiyëes par des noirs esclaves ; et des dons considérables en argent, en habits et en livres, avaient ëte' faits par plusieurs riches Anglais et Anglaises, particulièrement par lady Huntingdon (i), dont Whitefield avait é\& chapelain. Environ trente ans après la fondation de cet édifice , il fut brûlé, ainsi que sa bibliothèque et tout ce qu'elle renfer* mait (2).
1^40, 9 juin. Pendant les huit années écoulées depuis la fonaation de la colonie, il avait été concédé 4 1 9600 acres de terre, dont 900 pour la religion, et 5oo pour la maison des orphelins. L'argent qui fut accordé cette année, par un acte du Parlement, s'éleva à 20,000 livres sterling, et celui qui provint des dotations , à 181 livres, dont 94 données par l'Angleterre et 86 par la Caroline du Sud.
La même année , les commissaires , afin de faire cesser les plaintes concernant les titres aux terres , les étendirent , par néritages , sur les enfants des concessionnaires , pourvu que la concession ne comprît pas plus de 2,000 acres; et les propnétaires actuels furent autorisés à louer, ponr un terme qui n'excédât pas trois ans, des portions de leurs terres, à quelque personne que ce fût , demeurant en Géorgie et s'engageant à y résider durant le terme susdit. Les possesseurs actuels furent aussi absous de toute forfaiture qui aurait eu lieu, avant Noël de Tannée 1740 9 par rapport aux titres ou à la culture des terres ; et ceux qui en possédaient 5o acres ne furent plus tenus d'en cultiver au-delà de 5, à partir de la date de leur concession, et ceux qui en avaient 5oo, 120, en 20 ans , à dater également de leur concession (3).
Pour empêcher les progrès des colonies de la Caroline et de la Géorgie, les Espagnols publièrent, au fort Saint-Augus« tin, une proclamation offrant la liberté et des terres en Flo-
(1) On dit que cette clame charitable avait donné, à différentes époques de sa vie^ 100,000 livres sterling pour les pauvres et pour la pro« pagalion de rË?angile.
(3) HUtory of Georgia^ by captain Mac- Call, ch, 4. Selon cet auteur, WhiteGeld mourut en 1770, à Newburyport, Etat de Massachussetts. La législature de Géorgie désirant le faire enterrer sous les ruines de TëdiGce qu'il avait éleyé, alloua une somme d'argent pour cet objet ; mais les habitants de la ville où il était mort ne voulurent pas y consentir Uewatt assure (vol. II, ch. 9) que son corps a été transporté de New-England à la Géorgie , et enterré à son établissement pour les orphelins.
(3) jlrc'^'^'^*^ qf'the colony •/ GewFgia from it$ first establishment pMishedby the Trustées, London, 1741.
ride» à tcmt domestkpie blanc et à toat noir esclave qoi déserterait les colonies anglaises. Ces promesses encouragèrent les n^res à la rérolte ; mais , afnrès avoir commis plusieurs actes de vîolenœ , ils furent réduits à l'obéissance par la milice.
Cette année , les commissaires accordèrent 3oo acres de terre . cultivés à leurs frais , à la société formée en Ecosse pour la, promulgation des connaissances de la religion chrétienne 9 ainsi que pour le maintien des ministres écossais à Inverness.
1740. Expédition du général Oglelhorpe contre Saint- Augustin de la Floride, Cette expédition était composée de 4oo soldats, de 200 marins et de 3oo Cberokées. Les Indiens étant réunis à l'entrée du fleuve Saint- Jean, l'expédition s'avança, le 9 mai, contre le fort Diego , situé à 20 milles au*dessus et à 25 de Saint-Âugustin. Le commandant du fort Diego se rendit par capitulation, et le général, après y avoir mis une garnison de 60 hommes sous les ordres du lieutenant Dunbarj retoama à lentrée du fleuve de Saint-Jean. U y fut joint par un régiment de la Caroline, commandé par le colonel Fanderdussen^ et par une compagnie écossaise de Dariens , sous les ordres du capitaine Mac Intosh. Avant l'arrivée de ces troupes au fleuve Saint-Jean, six galères espagnoles, armées de canons dé bronze, et deux goélettes chargées de provisions, avaient abordé dans la rade de Saint-Augustin. Oglethorpe marcha alors avec toutes ses forces contre le fort Musa qui fut évacué, à son approche, par la garnison qui se retira dans la ville de Saint-Augustin, distante de deux milles seulement. Le château de Saint-Augustin était défendu par 5o pièces de canon; sa garnison se composait de 700 nommes de troupes régulières, de deux compagnies de cavalerie et de quatre compagnies de noirs esclaves. On avait eu soin de rassembler tout le bétail dispersé dans les bois enyironnants, et de le ramener à la ville, pendant que les troupes anglaises s'étaient arrêtées à Diego. Le général, ayant reconnu
Ïu^n attaquant le château, il pourrait perdre beaucoup 'hommes sans être sûr de réossu', résolut d'en faire le blocus avec une force navale de quatre navires de 20 canons chacun, et de deux goélettes sous le commandement de Pincent Priée, Dans ce but, il fit les préparatifs suirants : Un détachement de 93 montagnards écossais et de 4^ Indiens fut placé au fort Musa, sous les ordres du colonel Pal" merj afin d'intercepter tout secours par terre. Le colonel
48o GHRONOLOCIE BISTORIOUE
Yanderdossen , avec son régiment , fat envoyé ponr prendre possession d'ane langue de terre nommée Point- Quartelj à un mille environ du château, et pour y élever une batterie. Le général , son r^iment et la plupart des Indiens traversèrent en bateaux, jusqu'à l'île aAnastasia située en faoe.dn château et dans une position favorable pour le bombarder. Afin de couper aussi les communications par mer, un navire fut mis en station pour garder le passage par le Matanzas, et les autres furent placés à Tentrée de la rade. Oglethorpe, ayant dressé des batteries dans l'île d'Ânastasia , somma le gouverneur espagnol de se rendre. Celui-ci répondit qu'il serait heureux de pouvoir serrer la main du général anglais dans son château. Oglethorpe en commença alors l'attaque et bombarda la ville. Le fort et les galères de la rade répondirent à l'attaque qui continua pendant plusieurs jours , mais le feu fut sans résultat des deux côtés, vu la trop grande distance.
Pendant ce tems , le gouverneur espagnol envoya un détachement de 3oo hommes attaquer le fort Masa qu'ils surprirent à la faveur de la nuit ; ils tuèrent plusieurs soldats et renfermèrent dans les donjons ceux qu'ils firent prbonniers. Un petit nombre s'échappèrent en bateaux et se réfugièrent à Point-Quartel. Quelques Chickasaws , ayant rencontré on Espagnol , lui coupèrent la tête et vinrent l'offrir au général qui la repoussa avec horreur, en les appelant des chiens barbares ; offensés de ce reproche, ils l'abandonnèrent immédiatement. Un parti des Creeks, ayant surpris un bateau espagnol, s'empara de quatre personnes qu'il amena à Oglethorpe, et qui lui apprirent que la garnison avait reçu de la Havane un renfort ae 700 hommes , ainsi qu'une grande quantité de provisions. Il n'y avait plus alors à espérer que le château se rendit. Les troupes de la Caroline, abîmées par la chaleur et les maladies , se retirèrent. Les soldats étaient accablés par la fatigue et la dyssenterie ; le général l\ii-méme était atteint de la fièvre ; les provisions des navires se trouvaient presque épuisées, et la saison des ouragans approchait. Ces malheureuses circonstances forcèrent Oglethorpe à abandonner son entreprise et à retom^ner à Fréderica où il arriva le 10 juillet (i). Il attribuait la perte de Musa au commandant du détachement qui 1 avait abandonné, et à l'avant-garde qui, au
(i) History ofGeorgia hf capt, Mac. Cali\ ch. 3. ffewatts* Carolina and Georgia, tom. II, ch* 8.
DE l'amérique. 48 1
lieu de donner Falarme y avait mis bas les armes et pris la fuite.
Après cette malheureuse entreprise, durant les mois d'août et de septembre, uu grand nombre d'habitants , particulièrement de ceux du comlé de Savannah, laissèrent la colonie.
Le révérend M. Boltzlus d'Ebenezer, dans une lettre du 23 juillet 1741 adressée au docteur Franck, professeur de théologie au collège de Hall, parie de la fèi tillté du sol de la Géorgie, et dit que, si Isaac ( i ], par les grâces de Dieu, avait recueilli le centuple de ce qu*ll avait semé, il ose assurer que les Sàllzbourgeols auront mille grains pour un. Dans une autre lettre, li raconte que trois grains de seigle avaient produit 170 tiges et autant d'épis dont tous les grains étaient bons (2).
1741. Au même tems , les colons se plaignirent en exposant : i^ que la redevance de ao scbellltigs stirling , pa»és annuellement pour chaque centaine d'acres de terre, excédait oe qui était exigé dans les autres colonies, et que les autres amditions étalent trop sévères, car si le paiement de la rente était différé^ au bout de six mois la terre était confisquée au profit des commissaires ; de même que si Ton n'y avait pas planté 1,000 mûriers; 1^ qu'on ne pouvait pas trouver de compagnie pour faire de la potasse; 3** qu'aucune partie des tenes ne pouvait être tran^érée ; 4° qu'il était défendu d'employer des nègres ; 5"" que les terres retournaient aux com« mlssalres si les propriétaires venaient à mourir sans liéritiers mâles; 6® que dans le cas où quelques portions d'un terrain de 5oo acres restât inculte apr4^s lestpaoe de 18 ans, le tout revenait aux commissaires ; 7<* que la prohibition de l'importation du rhum était un juste sujet de plainte.*», puisque c'était le seul article que l'on pût recevoir, des îles qui ne produisaient que du sucre, pour l'échange des bois; que d'ailleurs les habitants trouvaient qu'il leur était nécessaire d'en faire un usage modéré, et qu'une grande quantité en était Importée, de la Caroline et de la JNouvelle-Augletet re , pour de l'argent comptant.
Les commissaires, pour se justifier relativement aux oon-» dations de la charte , observèrent : qu'en accordant des lois
(1) Genèse, XXVI, 12.
(a) A State ofihe province of Georgia , mtlested upon oath in ihe court ofSauannah, 10 noi^embèr 1749<
T. SXTIII. 3^
483 CHRONOLOGIE piSTORIQUE
de 5o acres, ils araient en vue la foroe militaire de la colonie^ car cette qaantitë de terre était jugée suffisante pour soutenir an planteur et sa famille ; que chaque lot devait être considéré comme un fief militaire, et que, dans ce but , les terres n'étaient accordées qu'à la succession ifiâle , pour conserver le nombre des planteurs ou des hommes en état de porter les armes ; que les premières personnes qui avaient été en-* voyées dans la colonie étaient des indigents dont on avait payé le passage , à qui Ton avait fourni tout ce qui leur était nécessaire , et que plusieurs d'entre eux avaient été soutenus par les fonds publics , pendant quatre années , à dater de leur arrivée. Les commissaires avaient eu aussi en vue la conservation de la religion protestante, qu'il était nécessaire de protéger contre l'influence des Français de l'ouest et des Espagnols du sud de la province. On avait également prévu qu'un monopole de plusieurs lots occasionnerait nécessairement vente , contrairement à la charte , d'après laquelle une concession ne peut excéder 5oo acides pour la même personne. ' On avait craint encore qu'on tenancier venant à mourir sans enfants ou sans avoir testé, l'héi^tier légitime ne pût réclamer la succession que plusieurs années après. Néanmoins les commissaires accordèrent des permissions d'aliéner les terres dans des cas particuliers , et admirent les femmes à succéder aussitôt que la population de la province eût augmenté, et qu'elle fût fortifiée par les troupes royales. Les commissaires avaient jugé nécessaire d'obliger les habitants à mettre leurs terres en culture dans un espace de lems limité à dix ans, et comme la soie devait être un de leurs produits, -loo mûriers blancs devaient être plantés sur chaque dixaine d'acres de terres en friche. Les planteurs, redoutant sans cesse nne invasion de la part des Espagnols , souffrant des sécheresses -et d'accidents imprévus, ne purent remplir les conditions qui leur avaient été imposées, et les commissaires n'exigèrent plus que la mise en culture de cinq acres par année.
Les commissaires , afin d'engager les personnes qui voudraient s'établir en Géorgie à leurs frais, firent des conœs* sions particulières de terre, aux conditions suivantes, savoir: d'arriver à la Géorgie avant l'expiration d'un an , à compter de la date de la concession , avec un domestique mile, pour chaque cinquantaine d'acres ; de l'habiter pendant trois ans; de mettre en culture, dans l'espace de dix ans , la cinquième partie des terres, trois autres cinquièmes pendant les dix années suivantes , et enfin de planter i ,000 mûriers sur chaque
centaine diacres de terre en (Hche. On aeoordait ao années aux domestiques niâtes, aux mêmes conditions, quand ils étaient recommandés par leurs maîtres.
Les commissaires prohibèrent l'importation des nègres, pour les raisons suivantes : i ^ que leur but avait été de se-* oourir les g^ns pauvres incapables de gagner leur vie dans leur pays, ainsi que les protestants étrangers et petsécutés qui n'avaient ni les moyens d'acheter des noirs , ni ceux de les faire subsister ; que si les commissaires eux-mêmes achetaient des nègres, ils ne pourraient plus expédier des blancs, le
Cix d'un noir étant de 3o livres, somme qui couvrait toutes 3 dépenses d*un blanc pendant un an ; 2** que les blancs , ayant des nègres à leur service , seraient moins disposés à travailler, et qu'en cas de mort d'un blanc, sa femme et ses enfants resteraient à la merci des nègres 3 3^ que les £spa« gnols chercheraient continuellement à les séduire et à les en* courager à émigrer ; 4^ que les productions de la colonie n'étaient pas de nature à exiger le travail des nègres ; 5® que l'introduction des noirs parmi de riches planteurs porterait ceux-ci à abandonner leurs propriétés à des gérants , pour aller vivre tranquillement ailleurs ; enfin qu'il était aussi k craindre que les habitants pauvres , aussi bien que ceux qui venaient s'établir à leurs frais , s'ils avaient la permission d'aliéner leurs terres , ne les hypothéquassent à des nègres ou à des négociants , ou bien ne devinssent les débiteurs de ces derniers , par des aci|uisitions, et qu'ensuite ceox-ct ne les forçassent à vendre leurs esclaves, ou leurs terres, ce qui ferait tomber les petites propriétés dans les mains des pins ri* ches planteurs. On pensait aussi (|ue Tintroduction des nè-v
Ères dans la Géorgie encouragerait la désertion de ceux de 1 Caroline.
1743. Défaite d'une expédition espagnole contre la Géor* gie. L'ambassadeur espagnol auprès de la cour d'Angleterre avait déclaré que les droits du roi d'Espagne sur la province de Géorgie étaient aussi bien fondés que ceux qu'il avait sur Madrid. Le gouvernement espagnol, voulant profiter du re* vers qu'avait éprouvé l'expédition contre Saint- Augustin, ainsi que du mécontentement des colons de la Géorgie, décida de les en déloger par la force des armes. Une expédition, composée de 2,000 hommes de troupes régulières, venant de la Havane, arriva vers le t*'' mai à Saint-Augustin. Le gé-» néral Ogiethorpe, en ayant été prévenu par le capitaine ttay" mer, commanaant du vaisseau le Fiamborough, expédia une
494 CHRONOiOGU niSf ORÎQUE
Sëlette au Indes-Occidentales pour {n*ier Tamiral Vemon lai envoyer des secours* Il nt partir en même tems, et pour le même objet , des messagers , pso* terre et par mer , pour le gottvernear de la Caroline mà'idionale; mais les autorités de cette prorinoe lui refusèrent assistance.
Le général ayant concentre toutes ses forces oomposées de son régiment , de (|uelques cavaliers et d'un petit nombre d'Ecossais et d'Indiens , établît son quartier-général à Frë* derica.
Le a8 juin , la flotte espagnole , composée de 36 navires , ayant à bord plus de 5,ooo hommes y en y comprenant les matelots et les soldats de la marine, soas le commandement de don Manuel de MonteanOj jeta l'ancre près du barre de Saint-Simon. Après avoir sondé l'entrée de la rivière, les navires s'avancèrent à la fareur de la haute marée. Il s'engagea alors un combat qui causa à l'ennemi la perte de 17 hommes tués et de 10 messes. Après cette affisiîre y la flotte gagna l'extrémité méridionale de l'île de Saint-Simon, où elle débarqua ses troupes et dressa une batterie qu'elle arma de ao pièces de canon. Il y avait parmi ces soldats un régiment d'artillerie , et un autre de noirs commandé par don Antonio de Rodondo. Les officiers noirs avaient le même rang que les blancs et portaient le même uniforme. Ogletborpe , ne pouvant résister à des forces si supérieures y fit enclouer ses canons, détruire une partie de ses munitions, et se retira , avec 700 combattants seulement , sar Fréderica pour s'y tenir sur la défensive. Le 7 juillet, un détachement espagnol, qui s'était avancé jusqu'à an mille environ du fort, fut surpris et défait et perdit 129 hommes tués ou faits prisonniers. Dans cette affaire, Tooanohowi ( i ), chef indien qui avait été blessé au bras droit par le capitaine Mageleto, le tua d'un coup de pistolet. Les Espagnols ayant obtenu , à Saint- Jean , quelques avantages contre les Indiens , Oglethorpe s'embarqua sur des bateaux avec un détachement , arriva pendant la nuit , et, secondé par quelques Indiens qui vinrent le joindre , il attaqua les Espagnols et en tua plus de quarante.
1743* Les forces sous le commandement âe Monteano s'élevaient à 5,090 hommes, saroir :
(1) Neveu de Tomocbichi et qui avait accompagné le général Ogletborpe en Angleterre, en i734«
M L'AMeRIOîlB. 485
Vn régiment de draeims démontés, de Aoo
Un régiment de la Havane 5oo
Milices de la même ile i ,ooq
Un régiment d'artillerie ^oo
liilicet de la Foride &oo
Bataillon de mulâtres . aoo
Réeimeut de noirs 4oo
Indiens 90
Soldats de la marine 600
Matelots 1,000
Total 5,090
L'armée du général Ogletfaorpe était composée de 65s hommes^ saroir :
Son régiment de. ... 47^
Une compagnie de Bangen io
Ecossais 5o
Milice disciplinée âo
Indiens 60
Total 65a (1)
aplîiuentait i
aes importants seryioes. Il pârsdit qae les habitants de cette dernière province ne tombaient point d'accord sur ses talents militaires. Ceux de Port-Royal furent le seuls qui les reconnorent par des témoignages publics.
Malgré l'immense service que le général avait rendu à la colonie, on chercba à ternir sa réputation morale par plusieurs lettres adressées aux commissaires, parce que plusieurs lettres de change tirées par lui avaient été protestées. Un de ses ennemis les plus acharnés , le lieutenant-colonel Guillaume Cookj qui était retourné en Angleterre , avait exhibe dix*neuf accusations, et donné les noms de plusieurs officiers, soldats et citoyens qui pouvaient les corroborer. Cet accusateur ingrat devait à Oglethorpe son avancement dans Tarmëe.
Le général Oglethorpe s'étant embarqué pour FÂugleterre y arriva au mois de sej^tembre. D'après sa demande, il fut
Iugé par une Cour martiale qui reconnut fausses et malveilantes toutes les accusations intentées contre lui. Les juges déclarèrent sa conduite digne d'éloges ; néanmoins, il ne re-
(1) HiUory ofGtorgia > by vapiain M* CM^ vol. I, cli. 4-
486 €HRONOLOGI£ HISTORIQUE
tourna plus en Amériqoe. Le dëlatenr G>ok rabtt ime punition bien méritëe ; il fut privé de sa commission milÂaire et déclare incapable d'être réintégré.
Établissement du gouvernement civil. Oglethorpe ayant annoncé aux commissaires son intention de ne plus retourner en Géorgie, ils établirent un gouvernement composé d'un président et de quatre conseillers ( i ) ou assistants qui devaient diriger la colonie d'après les instructions qui leur seraif nt données, et rendre compte de leur conduite publique. Il fut statué qu'ils siégeraient h Savannab , quatre fois par an, pour l'administration des affaires de la Géorgie ; qu'aucune somme d'argent de la colonie ne pourrait être appliquée sans une ordonnance signée du président (2) et de la majorité des membres du Conseil, qui devait faire connaître l'allocation des sommes votées , et en transmettre un compte mensuel aux commissaires.
Le régiment d'Oglethorpe resta dans les colonies, sous les ordres du major Guillaume Norton, à qui il fut enjoint de lui faire observer scrupuleusement une stricte discipline. On établit aussi des juges de paix , avec des pouvoirs limités , dans différentes parties de la province (3).
1744* Le 11 mars, la caserne de Fréderica sauta saoa causes de dommages.
Les commissaires, persistant toujours dans leur premier
f^lan pour l'éducation des vers à soie , offrirent des prix pour 'encourager, et firent construire une maison avec tout ce qui était nécessaire pour cette brancbe d'industrie.
1747. Cette année, fut établie la première maison de commerce de la Géorgie, par MM. Harris et Guillaume Habershamj qui j importèrent des articles de marcbandises étrangères , et en exportèrent du gros bétail, des cocbons, des poulets , des peaux de daim et des bois. Au moyen de ces écbanses, les planteurs pouvaient vendre le. surplus de leurs produits. Les commissaires furent sollicités d'accorder des prinieis pour le commerce ; mais ils ne voulurent pas d'abord y consentir. Néanmoins, ils comprirent plus tard l'encouragement qu'ils pouvaient donner à Tagriculture et au négoce, par la lecture d*une lettre adressée au roi par MM. Habers-
(1) Ces collègues étaient Guillaume Stepliens, nrëaident; Thomas Jones, Henry Parker, John Fallowfield et Siimuel Alercer. (a) HewaUs* Carolina and Geortsia, II, ch. â. (i) Hisiorjr 0/ GeorgLa, hy captoia M* CaUf vol. I, ch* 4*
ham et Boltzias^ œ qui détermina à nommer ce premier membre du Conseil, à la place de Mercer, cjui avait été destitué à cause de ses supercberies.
Cette même année, deux colons furent condamnés à mort et exécutés ; l'un pour meurtre , l'autre pour trahison ; un troisième, également coupable de ce dernier crime, fut gracié par égard pour sa jeunesse et pour les instances des habitants de Savannah.
Introduction des noirs esclaves dans la Géorgie^ diaprés la permission de ses commissaires. Le terme du service des domestiques européens étant expiré, les planteurs de la Géorgie louèrent, des planteurs de la Caroline, des esclaves, d'après dès engagements secrets faits pour éluder les règlements des commissaires. Plus tard, des esclaves fiorent introduits à Savannah, pour y être vendus, et quelques-uns furent achetés par M. Habersham pour le service de la maison des Orphelins, que les domestiques anglais avaient abandonnée. Les commissaires, trouvant que la majorité des magistrats penchait en faveur de l'introduction des nègres , donnèrent l'ordre, au président du gouvernement, de convoquer les dé^ légués des différents districts, pour connaître leur opinion sur cette mesure. En conséquence, vingt-trois représentants s'étant rassemblés à Savannah , se déclarèrent en faveur de l'emploi des esclaves, à condition que les maîtres s'engageraient à faire donner de l'éducation aux enfants des noirs, et que ceux qui abuseraient de leur autorité, en infligeant des cnâtiments cruels à leurs esclaves, seraient punis par les autorités civiles. Bientôt après, les commissaires conférèrent à lady Huntington, comme fidéicommis , 5oo acres de terre, qu'elle fit cultiver par des esclaves noirs.
Durant le cours de cette année, la tranquillité de la province fut encore troublée par les intrigues d'un prêtre, Thomas Bosomworthy qui avait été chapelain dans le régiment d'Oglethorpe. Il décida un chef indien de la nation des Creeks , nommé Malatché Opya Meco , à se déclarer prince légitime et empereur de cette nation, et à se faire couronner. Dans ce but, un grand nombre d'Indiens se réunirent à Fréderica. Seize d'entre eux, prenant le titre de chefs de dif-, férentes villes, s'engagèrent à remplir tous les contrats et engagements du nouveau souverain, le reconnaissant comme formellement investi du pouvoir de faire des lois , des traités, des concessions de terres, de déclarer la gua*re et de régler toutes les afEstires de sa nation. Le document de sa non* velle dignité ayant été rédigé dans les formes nécessaires,
488 GHROIfOLOGIE HISTOEIQVS
Malatcbë ordonna qu'une copie en fût euToyëe à son grand allié le roi d'Angleterre , pour qu'il le sanctionnât. Bosoinworth décida aussi Malatché àlui donner alors, en sa qualité royale, tant pour lui que pour sa femme Marie, les îles connues sous les noms de Hussoope ou Ossabawj Cowleygee ou Sainte- Catherine, et Sapelo, pour être leur propiiété, celte de leurs héritiers et successeurs, aussi long-tems que le soleil luirait et que les rivières couleraient ; le prix en fut fixé ainsi qu'il suit : lo pièces de gros drap, I2 buffles, loo livres de poudre, ^oo de plomb, loo de vermillon, 20 fusils et l'X paires de pistolets. Cet acte de concession fut exécuté le quatrième jour de la lune venteuse, i4 novembre. Bosoin worth avait épousé Marie Musgra^'e, métisse qui
Criait anglais , qui jouissait d'une grande influence parmi ( Creeks , et qui avait été employée comme interprète par Ogiethorpe. Encouragée par son mari , elle prétendit être la soeur aînée de Malatché, descendante d'un roi indien qui possédait tout le territoire des Creeks, dont elle réclamait la souveraineté, y compris toutes les terres au sud de la rivière Savannah. Comme impératrice, elle désavouait toute allégeance au roi de la Grande Bretagne , à moins d'im traité. Ayant convoqué une assemblée des chefs de ces Indiens, elle les engagea à réclamer leurs droits par la force des armes, et, accompagnée de Bosomworth et d'une nombreuse escorte, elle se rendit à Savannah, pour demander au président et au Conseil que la province lui fût remise. Ils entrèrent, le 20 juillet, aans la ville. A leur présence, les habitants furent saisis d*iine grande panique. La milice fut convoquée, mais elle nVtait que de 170 hommes. Marie fit demander c{ue les blancs quittassent immédiatement son territoire , et ne permit à aucun des guerriers de parler hors de sa présence, ce qui empêcha toute négociation. Elle et Bosomworth ayant été secrètement arrêtés, on traita bien les guerriers ; on leur donna une fête pendant laquelle on les informa, par un interprète, que Bosomworth avait des dettes qu'il ne pouvait pas payer ; qu'il voulait avoir la possession de leurs terres , ainsi qu'une grande partie des présents que le roi d'Angleterre leur destinait comme la r^mpense de leurs utiles services ; que Marie, ni son mari, n'avaient aucun droit aux terres situées près de Savannah , ni aux trois îles maritimes ; que la première était réservée pour leur campe<ment quand ils venaient rendre visite, et la seconde pour leur chasse et lent* pêche. Ces raisons produisirent quelque tfet sur plusieurs des guerriers ; mais, pendant la distribu-^
DE l'aHÉRIQVE. 489
tion des présents enroyés par le roi, Malatchë renoiÎTela les réclamations de Marie, Tociferant que sa voix était celle de toute la nation , qui se composait de trois mille guerriers i que tous prendraient les armes pour défendre les droits de Marie, aussitôt qu'elle le commanderait. Il remit .alors au président un papier contenant le titre et la demande de cette prétendue princesse, papier qui avait été préparé par Bosom* worth. Le président et le Conseil furent stupéfaits de cette communication ; Malatché, qui sen aperçut, ofirit de rendre le papier à la personne de qui il l'avait reçu, déclarant qu'il ne savait pas qu'il contînt de mauvaises paroles.
Le président assembla alors les gueiTiers et leur fit connaître l'histoire de Marie, leur assurant qu'elle en imposait ; qu'elle n'avait pas de terres en Géorgie ; qu'ils s'étaient volontairement soumis au roi d'Angleterre , par l'alliance faite par le vieux et sage chef des Cree&s, et que Bosom worth avait eu l'intention de les voler en demandant le tiers des présents royaux. Les guerriers invitèrent alors le président à se taire, déclarant qu ils en avaient assez entendu ; que leiurs yeux étaient désiilés, et ils proposèrent de fumer le calumet de paix. Les présents furent aussitôt distribués, à l'exception des mupitions , qui ne devaient leur être envoyées que lorsqu'ils seraient à quelque distance de la ville. Au moment où se Taisait cet arrangement amical , Marie parut au milieu d'eux dans un état d'ivresse manifeste. Le président l'ayant menacée de l'envoyer en prison, elle s'adressa à Malatché , qui, saisissant son tomahawk, invita les guerriers à l'imiter, les rendant responsables s'ils laissaient toucher à la reine. Le capitaine Jones, qui, durant cette scène, commandait la garde, leur ordonna de rendre les armes. Ils obéirent, quoiqu'avec répugnance, et Marie fut conduite dans un appartement où il ne fut permis à aucun Indien de la voir. Bosomworth reçut alors l'ordre de comparaître devant le Conseil. Ayant déclaré l'intention de soutenir les droits de sa femme, il fut aussi arrêté. Les Indiens, n'étant plus excités, consentirent à retourner chez eux. ^
Dans le même tems , survint Adam Bosomworth qui manifesta une grande indignation de la conduite de son frère Thomas, témoigna de son repentir, et demanda sa grâce au Conseil et aux habitants (i). Vers le i*' août, T. Bosomworth et Marie quittèrent la cité.
(1) Hewam' SoutlfCafolina and Georgia, II, ch. 9. Ls capîtaint
Le lendemain de l'ajournement du Conseil, Thomas Bo- 9omworth et Marie arrirèrent, de Tile Sainte-Catherine, à Sarannah, et adressèrent an vice-prësident nne lettre dans laquelle ils renouvelaient leurs réclamations^' et déclaraient leur intention d'en appeler au roi d'Angleterre, s'ils n'obtenaient pas justice du président et du Conseil. N'ayant point reçu de réponse, Bosomworth résolat de mettre son projet à exécution , et, afin de subvenir aux frais de son voyage , il rendit' lés droits de sa femme sur les terres situées entre la Savanhah et la criqae des Pipe-Makers (faiseurs de pipes), ainsi que sa maison et son lot de terre à Savannah. Avant de s'embarquer à Charlestown, il fit certifier l'acte des droits de femme, qu'il tenait des Indiens, par Jtan Mulrim, juge de paix, et par fVilliamPinckney^ secrétaire d'État de la Caroline du Sud. Adam Bosomworth, frère de Thomas, décida encore les Indiens à signer un autre acte en faveur de ce dernier, et le lui fit passer en Angleterre.
Afin de n'avoir plus à revenir sur la réclamation de Bosomworth et de Marie, disons ici, par anticipation, qu'au mois de décembre 17 55, elle fut examinée^ par une députation des Indiens, réunis à des agents du gouvernement de Géorgie, assemblés à Augusta, et que la décision à intervenir ayant été renvoyée à l'Angleterre, qui s'en occupa jusqu'en 1759, la cour de Saint-James prononça ennn que Bosomworth et Marie auraient l'île de Sainte-Catherine ; que les deux autres îles, ainsi que le terrain près de Savannah, seraient vendus à l'encan ; que le produit de ces ventes servirait à faire droit aux demandes justifiées des créanciers, et que le surplus reviendrait à la couronne. Le 10 décembre ' 7^9j ^^^ affiches ayant annoncé la vente de ces terres, Isaac Levy protesta contre, déclarant qu'il avait acheté la moitié desdites terres de Bosomworth et de sa femme, et qu'il avait présenté nne pétition au roi, en le suppliant de confirmer 9es droits. Levy commença un nouveau procès 5 mais il mourut bientôt, et sans que rien fût décidé. Bosomworth prit possession de l'île Sainte-Catherine, où la mort lui enleva, peu après, Marie. Il épousa ensuite sa servante, et tarda peu à rejoindre sa première femme.
1748. Pendant cette année> sept navires, dont un de 4oo
M. Gall donne un long détail de cette affaire extraordinaire, tome I, ch, 5.
MB l'AMÉRIOeE. 491
tonoeaax, psartireat du port de SaTaonàfa^ frétés par MM. HarrU et Habersfaam.
lySo* Malgré toutes les droonstances fâcheases que nous avons rapportées, les produits agricoles augmentaient annoellement. Les articles d'exportation qui, en lySo, ne s'élevaient qu'à 8,897 dollars, montèrent, en lySè, à 74,485* Les soies, de 17^ jusqu'à la fin de 1 754, ne produisirent que 880 dollars* En 1766, on exporta 2,996 barils derix, 9,895 livres d'indigo et seulement 368 livres de soie crue ; mais, en 1 757, I ,o5o livres de soie crue furent livrées à la filature de Savannah, qui malheureusement fat réduite en cendres, Fannée suivante, avec 7,040 livres de cocons et une certaine quantité de soie. En 1759, on exporta 1 0,000 livres de soie crue, qui furent vendues, à Londres, de 2 à 3 schellings la livre, prix plus élevé que dans tout autre pays. On exportait, en outre, des peaux, des fourrures, des bois et des provisions, le tout évalué, cette année, à 16,776 livres sterling.
1751, 1 5 janvier. Établissement d*une assemblée colo" niale, composée de seize membres ( 1 ), dont Francis Harris est nommé orateur. Henri Parker^ étant alors vice-président de la colonie, James Habersham secrétaire, et Noble fones membre du Conseil, ce dernier et M. Pickering Robinson furent chargés par le Conseil de faire un rapport à rassem* blée sur l'état de la province.
La colonie fut divisée en onze districts, savoir : Savannah^ AugustUy Ebenezer, Abercorn et Goshen, Josephs-Townj Femonbourgh ^ Acton ^ Little - Ogeechée j Skidaway j Midway et Darien, L'assemblée s'occupa principalement des objets nécessaires à la colonie ^ savoir : une chaloupe
Cur le pilotage ; une maison pour construire des barques ; rpoids et mesures ; la reconnaissance du fleuve ; un commissaire pour surveiller les pilotes ; un inspecteur pour les produits de la colonie ; un clerc pour le marché ; un rèelement pour la garde, et enfin la réparation de Thôtel-de- ville. L'assemblée s'ajourna après une session de vingt-deux jours. 176^. Établissement d'une colonie à Medway, par des émigrés de Dorchester, de la Caroline du Sud. Ils avaient
(i) Francis Harris, Jean Milledse , William Francis, William Russel, Georre Catogan, David Douglas, Christian Reidelsperger , Tbeobald Keitter «William Ewen, Chartes Watson, Patrick. Housloiin, Peter Morell» Joseph Summers, Jean Barnard» Aodley Maxwell et Jean Mackintoih.
obtenu du gouTernement une oonœttîon de terrain renfermant 3i ,95o acres, et située an sud de la rivière Ogeechëe.
ao juin. Remise de la charte à la couronne. Les commis* saires pour la direction des affaires de la Géorgie, étant toujours du même avis concernant l'éducation des vers à soie, offirirent des récompenses pour Tencoorager y savoir : deux schellings par livre pour la première qualité des cocons ; an achelling pour ceux de la seconde, et huitpenœs pour ceux de la troisième. Ils expédièrent encore quelques Européens pour enseigner cette branche d'industrie , mais les colons s y montrèrent toujours généralement opposés. L'agriculture n'avait pas encore fourni de quoi nourrir les habitants» et plusieurs s'étaient retirés à la Caroline. La guerre ayant édaté entre les Greeks et les Cherokées, ces derniers avaient commis deshostilitéscontre les trafiquants anglais. Quelques familles de laso* ciété des Amis s'étaient établies dans un lieu qu'elles avaient nommé Quakers' -Springs^ ou Sources des Quakers, à sent milles environ d'Aususta,et situé dans un district possédé autrefois par les Indiens de Savannah, qui en avaient été chassés par les Euchee. Ces colons, effrayés de la guerre, quittèrent la Géorgie.
Après dix-huit ans de travaux et de dépenses considérables pour affermir la colonie, les comm'issaires, trompés dans leurs espérances et fatigués des pétitions et des plaintes des colons, renonoèrent à la dignité dont ilsétaient revêtus, et la charte fot remplace par un gouvernement royal.
A cette époque, les articles d'exportation ne s'élevaient pas à une valeur de 10,000 livres sterling.
1755. Le I*' octobre 1754, Jean Reynolds^ officier de la marine royale (i), fut Viommé gouverneur de la province. L'année suivante, le roi autorisa, par lettres patentes, des Cours de justice, sous le nom de Cours générales de la province de Géorgie^ avec pouvoirs de juger tous les délits et crimes qui y seraient commis , ainsi que toutes les causes civiles , personnelles et mixtes dont la valeur du sujet de
la contestation n'excéderait pas 4o schellings, excepté œ qui concernait la propriété réelle. Ces Cours devaient si&er,
Siatre fois par an, à Savannah. Noble Jones et Jonathan ryan furent nommés juges (2).
(i) Hewaus^ CaroUna and Georgia^ II, p. i65. (a) Stoke»' BriUth çgloniet , a59^i , où se trouvent les lettrei pâ« tenttef*
DE L^MÉRIOîIE* 493
1757. Le 16 (érrier^ Henri Ellis^ membre de la Société royale de Londres , fut nommé gouverneur de la Géorgie. Ellis a faîty sur le climat de cette province, des observations qui méritent de fixer l'attention. Il remarqua que le thermomètre de Fahrenheit y à l'ombre de sa demeure, s'était élevé jusqu'à 102 degrés ; que plusieurs fob, et pendant plusieurs jours de suite , il s'était élevé à 100 degrés sans descendre pendant la nuit au-dessous de Sp^*. Cette chaleur extrême provenait probablement de la réflexion du soleil par la surface d'un terrain sablonneux, car le capitaine M. Call a observé que, pendant les trente dernières années, le mercure s'était rarement élevé au-dessus de 96^ et jamais au-dessus de 100^ (i). Le printems de la Géorgie est ordinairement pluvieux ; l'été est sujet aux orages ; l'hiver est regardé comme la saison la plus agréable de l'année. Les collines, à la dbtance de deux cents milles de la mer, sont trés-favorables à la santé. Le froid de l'hiver s'y fait sentir plus qu'ailleurs. La terre est quelquefois couverte de cinq à six pouces de neige ; mais, auprès de la cote, il en tombe très-rarement, quoique on 7 ressente, à diverses époques , un froid très-vif. Le thermomètre varie pendant l'hiver de quarante à soixante degrés, et^ depuis le 1*' juin jusqu'au i" septembre, il se tient entre 76 et 91 degrés.
1758, 19 juin. Érection du district de Sunbury^ et fondation de la ville du même nom à l'est de la rivière de Medway et à l'entrée de celle de Sainte-Catherine. Les premiers habitants qui vinrent s'y établir, furent soixante-dix émigrés environ des Bermudes ; mais une maladie épidémique en enleva cinquante pendant la première année de leur résidence, ce qui déiouragea tellement les antres , qu'ils retournèrent à leur terre natale. Cette circonstance fâcheuse n'empêcha cependant pas l'arrivée de nouveaux émigrés, qui ouvrirent bientôt après un commerce lucratif avec les Indes- Occidentales (2).
Les terres qui avaient été cédées, par les Indiens, au gouvernement de la province, furent aussi partagées en districts, et l'on y créa huit paroisses, savoir : Cnrist-Church^ Saint- Matthew, Saint- Georee ^ Saint-Paul^ Saint-Philip^ Saint-Jean^ Saint-Andrew et Saint-James (3).
(1) History o/Georgia, I, ch. 5.
(a) Vers Tannée 1770, Sunbary était devenue la rivale de Savannah.
(3) Hiêtorjr ofQ^wgiai br captain M^ Call^ T, ch. 5.
494 GHROHOLOGIE HISKkRIQUE
1759* Cette annëe , plas de 10,000 Mvres de soie forent exporta pour l'Angleterre, où elle fut vendue de 2 à 3 schiellings la livre plus que celle de tout autre pajs (i).
1 760. Le 3o octobre, Henri Ellis eut pour snooesseur le chevalier Jaques fVright. Il eut assez d'influence sur l'assemblée pour en obtenir qu'elle passât un acte pour autoriser rémission d'un papier-monnaie représentant une valeur de 7,4 <<> livres sterhng, acte qui reçut l'approbation du roi. Cette année, les articles d'exportation de la province ne s'élevèrent qu'à une Valeur de 20,853 livres sterling. En 1763, ils montèrent à 27,021. Us consistaient en 7,5oo barils de riz, 9,633 livres d'indigo, i ,25o boisseaux de maïs et une quantité considérable de peaux de daim et de castor, de provisions navales et de bouche, de bois, etc. En 1773, la valeur des produits du pays exportés s'accrut jusqu'à 121^677 livres sterling. Sous l'administration du cbevalier J^ones Wright, la population de la province augmenta rapidement, et son agriculture et son commerce prirent une grande extension. En une seule année, on fréta trente-sept navires des produits agricoles de la colonie. Pour lui donner un nourel encouragement, et pour récompenser les officiers et les soldats qui avaient servi en Amérique pendant la derniâre guerre, le gouvernement leur ofl&it des lots de terre exemts de taxe durant dix ans, savoir : à un officier supérieur, Syooo acres ; à un capitaine, 3, 000 ; à un officier subalterne, 2,000; à un officier sans commission, 200, et un soldat, 5o. Â l'expiration du terme de dix ans , ces terres devaient être soumises aux mêmes règlements que les antres terres de la province.
1763. Le 10 novembre, les gouverneurs delà Géorgie, des deux Carolines et de la Virginie, se rendirent à Augusta, où ils effectuèrent une réconciliation avec les chefs des Catawbas, Choctaws, Chickesaws , Creeks et Cberokées. Les deux derniers, ne pouvant fournir assez de pelleteries pour acquitter les sommes dues, par leurs peuplades, aux trafiquants anglais, cédèrent au roi d'Angleteire une grande étendue du pays qu'ils possédaient sur les frontières de la Géorgie (a).
Cette même année, la Gazette de Géorgie^ le premier et
(1) Draytont? South-Carolina, p. 140. Charlçstowu, i8oa. (a) History ofCeargia by captain M. Ctdly I, cb. 7.
DE l'aMÉRIOUE. 49$
le seul joarnal de cette province avant la révolutioDy fat publiée à Savannah, par Jaques Johnson (i).
1767. Le 27 octobre, le gouverneur Wright, ayant communiqué à l'assemblée les instructions qu'il avait reçues du roiy demanda que des provisions fussent faites pour les troupes de sa majesté dans la province, d'après l'acte concernant la mutinerie. .En conséquence, l'assemblée vota pour cet objet aoo livres sterling pour un an.
1768. Au mois d'avril, les membres de l'assemblée de la Géorgie, à l'imitation du Massachnssetts et des autres colonies , ayant résolu de s'adresser au roi pour réclamer lem*s droits et libertés, nommèrent le célèbre Benjamin Franklin pour les représenter auprès de sa majesté.
1770. Au mois de février, l'assemblée , ayant examiné si le gouvernement anglais avait droit d'imposer des taxes pour créer un revenu, décida : que les habitants des colonies an-
Slaises de TAméri^ue du Nord , d'après les lois immuables e la nature, Je principe de la constitution anglaise et leurs différentes chartes, avaient les droits suivants : 1° de jouir de la vie, de la liberté et de leurs propriétés, dont personne ne pouvait disposer sans leur consentement ; 2^ que leurs ancêtres, au tems de leur émigration, devaient avoir la jouissance de tous les droits, libertés et annuités des sujets libres anglais ; 3^ que ces droits n'avaient pas été perdus par l'émigration y 4^ que le droit dont jouissait le peuple, de prendre part au Conseil législatif, était le fondement de la liberté ai»glaise et d'un gouvernement libre ; que la colonie, n'étant pas représentée dans le Parlement anglais , avait droit k un pouvoir législatif exclusif, dans tous les cas de taxations, et que^ dans sa police intérieure, elle n'était sujette à la décision du souverain que dans les formes ordinaires ; que la colonie consentait aux actes du Parlement anglais, relatifs au commerce extérieur, mais qu'elle rejetait toute idée de taxer la colonie pour créer un revenu ; 5*> que les colons ont droit à la loi commune de l'Angleterre , et principalement d'être jugés par un jury composé de citoyens de leur voisinage ; 6** qu'ils devaient aussi ]ouir des bénéfices des statuts d'Angleterre, tels qu'ils existaient au tems de leur colonisation, ainsi que des privilèges accordés v^ la charte royale et le code dt& lois provinciales ; 7^ qu ils avaient le droit de se
(1) Thomas* history cfprinU'ng, I, 379 j II, 150.
496 CHRONOLOGIE mSTOlUQUE
rëanir padsibiement pour examiner leurs griefs, et pëtitionner au roi ; que toutes proclamations , protestations contraires, ainsi que toute arrestation dans ce cas, seraient iilë- Eles ; 8* que c'était agir contre la loi, d'enypyer une armée ns la colonie, en tems de paix, sans le consentement de la législature ; que l'exercice du pouvoir législatif, dans la colonie, par un Conseil de la coturonne, était dangereux et destructif pour la législature américaine ; que les actes récents, passés par le Parlement depuis la fin de la dernière guerre, étaient une violation et une infraction des lois des colonies, et qu'il était nécessaire de les annuler, afin de rétablir l'iiarmonîe entre elles et la Grande-Bretagne ; que ces actes, rendus afin de créer un revenu, étendaient les pouvoirs de la Cour d'amirauté au-delà de leurs anciennes limites; qu'ils privaient les sujets américains du jugement par jury; qu'ils autorisaient le ju&e, par son certificat, à indemniser le pour* suivant par des dommages, desquels il serait , autrement, lui même redevable ; que ce magistrat exigeait une caution exorbitante, de la part des propriétaires de bâtiments et de marchandises saisis, avant qu'ils pussent défendre leurs propriétés ; que l'acte enfin relatif aux chantiers de sa majesté, à ses bâtiments et à ses magasins , autorisant , pour tous les délits qui s'y rattachaient, la procédure hors du pays, privait les sujets américains du jugement par un jury de leur voisinage (i).
Le gouverneur, après avoir lu ce document ,.eut recours à l'arbitraire, et prorogea l'assemblée, quoiqu'il s'y trouvât un plus grand nombre de partisans de l'Angleterre que dans toute autre province.
1771. L'assemblée nomma des députés pour le congrès
3ui devait se tenir à Philadelphie, le 10 mai, et ordonna 'envoyer des copies de ses résolutions aux .assemblées des autœs provinces, ainsi qu'au docteur Franklin , à Londres. Alors le gouverneur Ht dissoudre l'assemblée, et, le a juillet, après avoir nommé Jaques Habersham président du Conseil, il s'embarqua pour l'Angleterre, d'où if ne revint à la Géorgie que le 1 1 février 1778 (2).
Le i^*" juin, un traité avait été conclu, à Augusta, entre
(i) HUtory of Georgiay by captain M- Cail, vol. I, ch. 7, qui cite lesactesdu Parlement, vol. IV, George III, ch. i5 et 34; vol. Y, ch. a5; vol. \I, ch. 5a; vol.VII, ch. 41, 46; vol. VIII, ch aa; vol. X1I« cb« 24.
(a) History ofGtorgia, by captain ai. Call^ ch. 7.
b£ L^AMÉRIQtË* 497
sîr James Wright, gouverneur de la Géorgie , et quelquesuns des principaux chefs des Creeks et des Cherokées , en vertu duquel ils cédèrent à la Grande-Bretagne une grande e'tendue de leur territoire, en compensation des dettes qu'ils avaient contractées envers des trafiquants anglais. Le gouverneur prit sur lai de faire exécuter ce tfaité sans Tautorîsation du gouvernement ; cependant, il avait demandé des pouvoirs à cet effet, ainsi que pour faire vendre ces terres, afin de payer les sommes dues à George Galphin, ainsi cju'à d'autres commerçants pour des marchandises qu'ils avaient fournies aux Indiens. Plus tard , le gouverneur fut accusé d'avoir soustrait Targent qui revenait à Galphin, ainsi qu'à plusieurs marchands qui favorisaient la cause américame, tandis qu'il avait paye, aux royalistes, la totalité de leurs réclamations. Le roi approuva la conduite du gouverneur, et, la regardant comme mesure politique, le créa chevalier.
Le terrain cédé par le dernier traité, était situé au nordouest de la rivière Little, et de l'affluent supérieur de l'Ogechée. D'après le plan du gouverneur, il fut accordé 200 acres de terre à chaque chef de famille, et 5o à chaque personne dont elle était composée, y compris sa femme, ses enfants et ses nègres, à condition dé payer d'avance 5 livres pour chaque centaine d'acres. Les terres furent estimées par des commissaires, suivant leur qualité, mais sans que le prix pût excéder 5 schellings par acre. Comme elles étaient fertiles et dans une situation saine, un grand nomhre de personnes vinrent s'y fixer, et bientôt après on jeta les fondements de •la ville deD^rtmouth (i) au voisinage du Fort- James, près du confluent de Broad-River avec la Savannah.
An mois de septembre de la même année , l'assemblée passa une loi, d'après laquelle l'étendue du terrain situé entre les rivières Alatamaha et Mary , fUt divisée en quatre paroisses, sous les noms de Saint- David, Saint-^Thomas , Saint-Patrice et Sainte-Marie (2).
1774* Au mois de janvier, le fort destiné à protéger les établissements formés sur les terres nouvellement cédées par les ladiens, fut attaqué par un parti de Creeks qui tuèrent le commandant Sherrill et deux autres personnes. Les co-
(i) Eniuite nommée Petersburgh,
(2) History ofGêorgia, by capiain M, CaU, II, cb. 1.
498 CHRONOLOGIE «^TORIQUE
Ions se retranchèrent dang leurs maisons ^ anxqaelies les Greeks murent le feu^ ainsi qa'au fort ; mais il fut ëteint par un détachement de quarante hommes^ commandés par le capitaine Barnardj qui survinrent heureusement , attaquèrent Farrière-garde des Greeks, et les forcèrent à la retraite. Il y eut dans le foct sept personnes tuées et cinq blessées. Les Indiens perdirent cinq hommes , et , comme ils emportent leurs blessés, on ne connut pas le nombre de ces derniers. Quelques jours après, plusieurs forts et quelques maisons furent encore bnllés par cent cinquante Indiens, qui engagèrent une escarmouche avec vingt-cinq colons, dans laquelle quatre de ces derniers furent tués ; mais , le lendemain , œ parti fut repoussé et défait, avec perte de deux Viommes, par quelques miliciens^ commandés par le lieutenant Samuel Alexander,
Les nouveaux arrivés, redoutant d'autres attaques, se retirèrent sur les bords des rivières Savannah et Little , où ils bâtirent des forts, pour se mettre à l'abri du danger. George Galphin, agent pour les affaires des Indiens, envoya un messager au chef des Greeks, pour savoir s'ils étaient déterminés à taire la guerre ; mais il répondit que les Greeks n'avaient pas encouragé cette agression, et qn ils désiraient conseryer la paix avec le peuple de la Géorgie.
L'attaque imprévue de ce parti avait été dirigée par un chef, nommé Big-JElk on Grand^Elarij qui, voyant que sa nation était opposée à la guerre , tâcha de décider les Gbero^ këes à se joindre à lui; mais ceox-ci s'y refusèrent.
1774- l'C 1 4 juillet, un article de la Gazette de Géorgie^ rappelant à ses habitants les actes du gouvernement bri-* tannique, concernant la ville de Boston, ainsi que ceux pour créer un revenu perpétuel sans le consentement des représentants du peuple , invitait les Géorgiens à se réunir, Je 27 d« même mois, autour du Mai^ à la taverne dn TVwtdée^ à Savannah, afin d'examiner les actes susdits et d'adopter les mesures constitutionnelles qui paraîtraient les plus convenables (1). D'après cette invitation, un grand nombre i de francs-tenanciers et d'autres habitants s'assemblèrent, au
corps-de-garde, à Savannah, le jour fixé ; et, après avoir fait lecture des lettres et des communications qui leur avaient été
(i ) Cet article était signé par Noble W. Jones ^ Ârdiibald Bullocb, Jean Houstoun et George Waltcm*
M L'AMÉRIftinS. 4^9
adressas par diffàientes yiUes des Etats-Unis, Us nommèrent un comité de trente-un membres, pour préparer une doclaration de droits semblable à celle des autres Etats Ensuite, afin de donner , aux habitants des proTÎnces éloignées , le tems d'en prendre connaissance , rassemblée s'ajourna au I o août suivant. Le gouverneur , alarmé de ces démonstrations, fit paraître, le 5 août , une proclamation , déclarant : « Que toute assemblée du peuple , sous prétexte de se consulter sur les griefs publics , ou sur des griefs imaginaires, était inconstitutionnelle , illégale et punissable par la loi. » Néanmoins, conformément à l'ajournement, les habitants se réunirent le lo août, et adoptèrent les résolutions suivantes : « Que les sujets de sa majesté, en Amérique, devaient jouir des mêmes droits et immunités que ceux de la Grande- Bretagne ; que la protection et l'allégeance devaient être réciproques ;« que le droit de pétitionner au roi était incontestable ; que l'acte du Parlement, pour*bloquer le port de Boston, était contraire aux principes de la constitul'on anglaise, puisqu'il privait les habitants de leurs propriétés, et était une loi ex post facto ou rétroactive ; que 1 acte pour abolir la charte du Massachussetts tendait au renversement de tous les anciens droits, puisqu'une charte ne peut être abrogée que par les représentants du peuple; que le* Parlement britsinniqne n'avait par le droit de taxer les Américains sans re-
Kntation ; qu il était contraire à la justice et aux lois de ture de transporter une personne en Angleterre ou dans tout autre pays, pour y être jugée d'un crime commis dans les colonies, puisque c'était la priver du bénéfice d'être jugée par les pairs de son voisinage , ainsi que celui des témoins. » L'assemblée nomma ensuite deux comités, Tun pour correspondre avec ceux des différentes provinces; l'autre, composé de dix membres, pour recevoir les souscriptions en faveur des citoyens souffrants de Boston. En peu d'heures, on recueillît cinq cent soixante dix-neuf barils cie riz, qui furent expédiés pour ce port.
Quelques jours après, le gonvemeur convoqua une assemblée des habitants à la maison- de-vil le, où se réunirent environ on tiers de ceux de Savannah et des environs, y compris le Conseil, les officiers militaires et civils. Ceux-ci signèrent une protestation contre les mesures et résolutions prises par les républicains, et recoururent à toutes sortes de moyens pour se procurer de nouvelles signatures dans dU£â«ntes par* ties de la provinee. Leur nombre, dans plusietirs paroisses^
5oo CHRONOLOGIE fllStOftlQUË
excéda, dit-on, celui de la popntation, et Ton y fit même figurer celles d'hommes morts depuis plusieurs années. Le gouverneur fut aussi seconde par la presse dont Timpriroenr était favorable à la cause royale.
1775. Le 12 janvier, un nombre considérable des habitants qui étaient opposés aux mesures des républicains , s'assemblèrent à Savannab, et signèrent une pétition qui devait être envoyée par la législature au docteur Franklin, qui serait chargé de la présenter au roi, et de le supplier de le$ délivrer de Toppression (|ue fesaient peser sur eux les réformateurs.
*Le 18 du jiiéiue mois, rassemblée se réunit à Savannab, et, dans une adresse que lui fit remettre le gouverneur, il lui démontra les tristes conséquences qui résultaient de la rébellion, et empêchaient une réconciliation générale. Il assura l'assemblée qu'il ferait tous ses efforts pour faire jouir tous les habitants de leurs justes droits, disant que, durant i4 ans, il leur avait donné maintes preuves de son affection et de son estime, et qu'il croyait devoir leur conseiller d'éviter les discussions politiques qui troublaient la paix des autres colonies. L'assemblée lui répondit : « Qu'elle était opposée à toutes mesures violentes ; que son plus grand désir était de rester liée à l'Angleterre par les principes constitutionnels^ mais aussi qu'elle souhaitait ardemment que sa majesté voulût bien accorder à ses sujets américains les mêmes droits et privilèges qu'à ceux de la Grande-Bretagne; que ces droits devaient être bien expliqués et reconnus, suivant les véritables principes de la constitution , et que l'assemblée espérait que la Chambre s'occuperait de ce sujet important. Nous serions, » disaient enfin les membres de l'assemblée , « coupables envers le peuple, si nous n'étions pas sensibles aux nombreux griefs qui doivent être redressés. »
Le gouverneur, afin de disti^aire l'attention de l'assemblée de cet important sujet , lui demanda sa coopéi^ation pour peupler les terres cédées par les Indiens en 1773 ; mais, durant la session, l'assemblée reçut des pétitions de différentes paroisses, qui la sollicitaient de se joindre aux autres colonies, qui avaient vainement cherché à obtenir justice par des mesures conciliatrices.
1775. Dans la nuit du 11 mai , quelques-uns des memftres du Conseil de sûreté ayant enfonce les portes au magsisin à poudre de Savannab , en envoyèrent une partie à
M L'AMÉRIQUE. 5oi
Beauibrt dans la Caroline , et cachèrent le reste dans des caves et des greniers. Le gouverneur Wright offrit une récompense de i5o livres à qui ferait connaître les coupables.
Le 1 1 juin , le gouverneur ordonna des préparatifs pom* célébrer l'anniversaire de la naissance du roi ; mais un grand nombre des habitants, pour empêcher cette cérémonie, enclouèrent, dans la nuit du lendemain, tous les canons de la batterie, et les firent rouler dans le fossé.
Le 22 juin , un grand nombre d'habitants de la ville et du district de Savannah se réunirent autour du tnai^ et nommèrent un comité pour encourager une association avec les autres colonies. On forma aussi un Conseil de t4 membres, dont le major ff^illiam Ewen fut élu président , autorisé à correspondre avec le congrès de Philadelphie, avec le Conseil de sûreté des autres provinces, ainsi qu'avec les paroisses de la Géorgie. Le comité décida , en outre , qu'aucune protection ne serait accordée aux personnes contraires à la cause commune de l'Amérique , et que tout asile leur serait infusé.
Un jeune homme, nommé Hopkins^ qui avait donné des épithètes ridicules au comité de sûreté, fut cruellement maltraité par la populace, qui, après l'avoir enduit de goudron et roulé dans de la plume, le plaça ainsi dans un char et le promena par les rue^ de la ville.
1775. Pendant ces événements , Wright perdit beaucoup de son influence, par suite de l'interception d'une lettre qu'il avait écrite au gouverneur Gage. Dans cette lettre , qui fut envoyée au congrès, il réclamait le secours de forces militaires pour apaiser l'esprit de révolte dans la Géorgie et entretenir des relations amicales avec les Indiens.
Une- assemblée générale eut lieu à Savannah, le 1 1 juillet, pour élire des délégués, et le i5, elle en nomma cinq pour représenter la provmce au congrès de Philadelphie. Cette mesure fut sanctionnée par 53 membres. Â la même époque, on s'empara, de vive force, de i3,ooo livres de poudre et d'autres articles que Ton enleva sur un navire qui arriva à Tybee , venant de Londres. Ce coup de main fut exécuté par 3o volontaires, montés sur deux bateaux, sous les ordres du Commodore Brown et du colonel Joseph Habersham. 5,ooo livres de poudre, de cette prise, furent envoyées à Boston, ^^
1776. L'assemblée, provinciale se réunit le 10 janvier, et ,
502 CHRONOLMIB HISTMIOVE
après qae le président da comitë de sûreté, Ewen, ent dontie lecture de plusieurs documents des colonies septentrionales , ainsi que de l'adresse de la Chambre des communes an roi , en date du ^8 octobre 1776, elle résolut de s'unir aux autres provinces pour la cause commune , déclara donner son adhésion à toutes les résolutions du congrès continental , que le gouvernement royal était remplacé par la représentation nationale, et donna ordre d'arrêter le gouverneur Wrigbt et de dissoudre son Conseil.
Le 18 janvier, le gouverneur Wrigbt fut en e&t arrêté
Eir un corps de volontaires sous le commandement de Joseph abersbam, qui le fit conduire à sa maison, où il le retînt prisoniiier et le priva de toute communication avec son Conseil; mais, dans la nuit du 1 1 févrifr, Wright s'échappa avec Taide de Jean Mulryne qui lui fit traverser le tieuve, et le conduisit à sa maison de Bonaventure, à 5 milles environ par ttrre, où l'attendait un bateau avec lequel, passant à Tjbee-Creek, il se rendit à bord du Scarboiough, vaisseau de guerre qui le conduisit en Angleterre, après qu'il eut inutilement fait, le i3 février, des démarches pour ramener les colons par voies de conciliation (i).
i'-7'7- L'assemblée de la Géorgie, pour lionorer les avocats anglais qui avaient soutenu les droits des Américains, donna leui s noms à cinq comtés, savoir : Chatkam^ Burke, Effîngham Richmond, IVilkes, Glynn rt Camdtn, Un autre comté fut nommé Liberty pour avoir envoyé un représentant au congrès avant que la province eût accédé à l'uiâoa. Ce représentant était le docteur Lyman ffallj délégué de la paroisse de Saint-Jean , qui apporta avec lui un présent de 160 barils de riz et 5o livres sterling pour les républicains de Boston.
1778. Le 29 décembre, la capitale de la province et le pays à l'ontour furent obligés de se soumettre au pouvoir des forces anglaises sous le commandement du lieutenant- colonel Can^belL Le gouvernement ro^al y fut alors rétabli et %'j maintint jusqu'à la fin de la guerre de la révolution.
i7':9. Le g octobre , une armée de 4>Soo Français et de a,5oo Américains, essaya de prendre la ville de Skvannah, mais elle fut repoussée et obligée de se retirer avec une perte considérable.
(1) OiitQPx o/Gêorgiat hy Hngh Mac Call^ II, ch. Si
DE l'aMÉHIQUE. SôS
1781. Le 24 juillet , après la capitalation de lord Cornwallîs , la province fut évacuée par ceux qui étaient restés attachés an gouvernement anglais.
Constitution avant la déclaration de l'indépendance de 1776. Le gouverneur royal, qu'on nommait excellence^ était capitaine-général et commandant en chef de toutes les forces de terre et de mer. Il avait le pouvoir de rejeter tous les bills , présentés à sa confirmation , de convoquer les collèges électoraux pour rélection des représentants , d'assembler , d'ajourner, de proroger et de dissoudre les deux Chambres de la législature. Il avait aussi le pouvoir de choisir les trois juges existants , et de nommer à toutes les places vacantes , jusqu'à ce que le roi y pourvût. Il avait le droit de pardonner à tous les condamnés, excepté à ceux qui s'étaient rendus coupables de trahison et de meurtre; d'accorder des sursis^ de remettre les amendes an-dessous de 10 livres sterling , et de suspendre le paiement de celles qui excédaient cette somme , jusqu'à ce que la décision du roi fût connue (i).
Constitution de l'État de Géorgie ^ unanimement arrêtée le 5 février 1777. Préambule, Considérant que le gouvernement de la Grande « Bretagne a été, depuis long-tems, tellement vexatoire envers le peuple américain , qu'il a déclaré avoir le droit de lever des taxes et de faire des lois sans le consentement de ce dernier, et cela en opposition aux droits communs à tons les hommes 5 que, par suite, ledit peuple a été forcé de s'opposer à ces mesures arbitraires et à s'assurec les droits et les privilèges qui lui appartiennent diaprés les lois de la nature et de la raison ;
Considérant que le congrès -général assemblé dans la ville de Philadelphie, a déclaré, le 4 juillet 1776, l'indépendance des Etats-Unis de l'Amériqae, et qu'il a recommandé aux assemblées des provinces d'adopter la forme de gouvernement la plus propre à garantir le bonheur et la sûreté des habitants : en conséquence, nous, représentants du peuple, de qui to«t pouvoir émane^ nous déclarons 1m règles et règlements suivants , et nous ordonnons qu'ils soient adoptés pour le gouvernement futur de cet Etat.
Cette constitution, dont les bases furent posées en 1775, ne fut adoptée qu'en 1 785. Elle fut ensuite amendée en 1 789, revue de nouveau, amendée et mise en vigueur en 1798, par
(1) Stokes' constitution of the Britiih colonies^ p. lao.
5o4 GimONOLOGIE HISTORIQUE
une assemblée gënërale des reprësentants. Elle institae une Chambre des représentants et un Sénat. La Chambre est composée de membres €]ai sont ëlas, cbaque année, dans les comtés, proportionnellement an nombre des habitants libres, y compris les trois cinquièmes des hommes de couleur. Les moindres comtés ont un représentant, et les autres en ont plusieurs, savoir : 2 pour 3, 000 habitants, 3 pour 7,000, et 4 pour 12,000, ce qui est le plus grand nombre.
Cbaque représentant doit être, an^vé à l'âge de 2 1 ans ; être, depuis 7 ans, citoyen des Etats-Unis ; depuis 3 ans habitant de rÉtat, et depuis i an résidant du comté qui le nomme. Jl doit posséder enfin un bien immobilier estimé à 25o dollars, ou une propriété imposable de la valeur de 5oo dollars, dans T intérieur du comté.
La Chambre des représentants a le droit d'accuser de crimes ou de malversation tous les fonctionnaires publics.
Le Sénats renouvelé annuellement, est composé d'un membre de chaque comté, choisi par les électeurs. Tout sénateur doit avoir atteint l'âge de i5 ans; être, depuis 9 ans, citoyen des Etats-Unis ; avou* habité , depuis 3 ans , dans la Géorgie , et posséder un bien immobilier de la valeur de 5oo dollars, ou une propriété imposable valant 1,000 dollars.
Le sénat peut juger toutes les accusations portées par l'assemblée.
Le gouverneur^ qui est élu , pour 2 ans, par l'assemblée générale, doit être, depuis 12 ans, citoyen aes Etats-Unis , et, depuis 6 ans, liabitant de l'Etat ; il doit avoir 3o ans, et posséder, en toute propriété , 5oo acres de terre dans l'Etat, ou une autre propriété de la valeur de 4*000 dollars.
Il est commandant en chef de l'armée, de la marine et de la milice de l'Etat.
Aucun militaire , ou autre employé de cet Etat ou des Etats-Unis, ne pourra sîéser dans l'assemblée générale, excepté les juses des Cours mférieures, les juges de paix^et les officiers de la milice. Les sénateurs et les représentants sont aussi exclus de tout emploi dans la législature, pendant le tems pour lequel ils ont été élus , ainsi que les personnes qui n'ont pas «payé les taxes légales ou les contributions, et celles qui n ont pas rendu compte de leur gestion des fonds publics.
Chaane Chambre sera juge de l'élection et de la qualification de ses membres, avec le pouvoir de les exclure ou de
I»£ L*AMÉRIQl]E. 5o5
les punir, poiir mauvaise conduite , par des amendes où par l'emprisonnement.
Aucun sénateur ou représentant ne pourra être arrété pen* dant la session de l'assemblée générale, ni dix jours avant sa* réunion ou après sa levée , excepté pour trahison, félonie, ou pour avoir troublé la paix publique.
Tous les biils pour la levée des fonds, ou pour approprier le revenu public, devront prendre leur origine dans la Chambre des représentants j mais le Sénat aura le pouvoir d'y proposer des amendements et de les ap{n'ouver.
Avant de prendre siège dans l'assemblée, chaque sénateur ou représentant devra affirmer, par serment, qu'il n'a usé d'aucun moyen illégal pour obtenir son élection, soit par luimême, soit par autrui ; et, s'il était convaincu d'avoir 'offert de l'argent , ou d'avoir usé de menaces pour son élection , il n'aurait plus droit à son emploi ; et tous les candidats qui eniploieraient ces moyens de corruption, ne pourraient, pendant un an , exercer aucun emploi de confiance ou lucratif. Chaque membre devra de plus jurer fidélité et allégeance à l'Etat, et qu'il soutiendra et défendra la constitution de tout son pouvoir.
Le gouverneur est commandant en chef de l'armée de la marine et de la milice.
Il a le pouvoir d'accorder le pardon des offenses contre l'Etat, excepté dans les cas d'accusation ; de faire grâce, excepté pour la trahison et le meurtre, et de remettre l'exécution , pour les crimes , jusqu'à la procl^ine session de l'assemblée générale.
Il peut aussi convoquer l'assemblée générale dans des circonstances extraordinaires ; recommander les mesures qu'il juge nécessaires, et nommer aux emplois vacants par mort ou par démission, jusqu'à ce qu'un successeur puisse être réguhèrement nommé.
Il peut aussi reviser tous les bills passés par les deux Chambres , avant qu'ils ne deviennent lois ; mais les deux tiers de l'assemblée peuvent passer une loi sans son approbation, et nommer les secrétaires de la Chambre.
Le secrétaire d'Etat, le trésorier et l'arpenteur -général seront nommés de la même manière par le gouverneur et pour le même tems ; ils auront un salaire compétent, et leurs émoluments seront fixés par la loi.
Les juges de la Cour supérieure seront élus pour trois ans -, ils pourront êlre changés par le gouverneur , sur le vote des
5d6 CHRONOIiOetB mSTOlIQOE
deux tiers de rassemblée, poar accasatîon oa coimcHon. Les juges auront des salsdres proportionnes k leurs serfiœs, mais ne reœvront aucmi émolument.
L'avocat*général et les avocats seroift nommés par la législature, et commissionnés par le gouveri^ur. Us conserveront leur emploi pendant trois ans ; mais ils pourront être changés pour accusation, soit par le gouveltieur, soit par les deux tiers de l'assembla génâ^le. Ils auroat «des appoiirtements véguliers.
Les juges des Cours inférieures seront nommés par l'assemblée générale, et commissionnés par te gouverneur. Us conserveront leur emploi tant qu'ils se conduiront bien; mais ils pourront être changés de la manière ci-dessus mentionnée.
Les juges de paix seront nommés p^ les Cours inférieures des différents comtés , et commissionnés par le gouveroettr.
Les clercs des Cours supérieures et inférieures seront nom» mes par la législature, d'après les lois, commissionnés par le gouverneur, et ils conserveront leur emploi tant qu'ils se conduiront bien.
Les schériffs seront nommés de la même manière, et conserveront leur emploi pendant deux ans ; ils pourront être remplacés ; mais aucun ne pourra être réélu avant le terme de quatre ans.
Le divorce pourra être accordé par les deux tiers des membres de la législature , d'après une autorisation de la Cour su|)erieure , fondée sur des motifs légitimes. Chacun pourra défendre sa cause devant toutes les Cours de justice ou tribunaux, soit personnellemeht, soit par un conseil, soit conjointement.
Toutes les élections par l'assemblée générale auront lieu par les votes réunis des deux Chambres.
Dans toutes les élections par le peuple, les électeurs roteront vis^d voccj jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par la législature.
Les officiers généraux de la milice seront élus par rassemblée générale, et commissionnés par le gouverneur.
La liberté de la presse et le jugement par jury seront inviolables ; et aucune loi ex post facto j ou loi rétroactive, ne pourra être passée.
Le bill d'habeas cot'pus ne pourra être suspendu , si ce n'est dans les cas de rébellion ou d'invasion.
Personne ne pourra être privé du prirtlége d^Adorer Tfitvii
M L'AitfaiftinE. 5«y7
sairant sa conscience, ni obligé de fréquenter ou de soutenir aucun Heu de prières, contrairement à sa croyance où à son jugement.
Après le i"' octobre procbain, il ne pourra y avoir, dans cet Etat, aucune importation d'esclaves de la côte d'Afrique, ou d'aucun port étranger. La législature n*aura pas le pouvoir de passer des lois pour l'émancipation des esclaves, sans le consentement des propriétaires. Les émigrés de toutes les parties des Etats-Unis peuvent amener leurs esclaves avec eux.
Quiconque privera volontairement un esclave de la vie« ou d*un de ses membres, subira la peine qui aurait été infligée si le crime eût été commis sur un blanc, excepté dans le cas d'insurrection, ou si la mort aurait eu lieu accidentellement, en infligeant un châtiment raisonnable.
Dans les cinq années de l'adoption de la constitution» les lois civiles et criminelles seront révisées et arrangées avec ordre.
Aucune partie de cette constitution ne pourra être altérée sans avoir été lue trois fois dans chaque Chambre, et avoir obtenu Tassentiment des deux tiers de l'assemblée générale.
Sceau de l'Etat. On y voit d'un côté un livre ouvert, dans lequel sont écrits ces mots : « Constitution de l'Etat de Géorgie », et la légende pro bono publico. De l'autre côté sont représentés un palais et des maisons situées au milieu d'un pays fertile, des prairies où paissent de nombreux troupeaux, une rivière qui les traverse en serpentant, et un vaisseau k pleines voiles. L'exergue est ainsi conçu : Deus nobis hœc otiafccit.
LisU des gou^mmrs de la Géorgie,
lySi. Henri Parker, sous-gouverneur.
1754* Jean Reynolds, gouverneur.
1757. Henri EUis, gouverneur.
1760. Le chevalier James Wright, gouverneur.
177t. J. Habersham, sous-gouverheur.
1773. Le chevalier James Wright, gouverneur.
1775. Guillaume Ewen, président du GonseiL
1776. Archibald Bulloch^ gouverneur*
5o8 CHROSrOLOGIE HSSTORIOVE
Tableau des principaux officiers du gom^emcment de I4M, Géorgie et de leur traitement en 1840.
Gouverneur. k^^^oo
Secrétaire d'Etat 2,000
Trésorier 2,000
Contrdlenr-gënéral 2,000
Arpentear-geoëral 2,000
Président ou Sénat
Secrétaire dito 5oo
Président de la Clambre des représentants .
Greffier , 5oo
Organisation judiciaire.
L'Etat est dirisé en onze arrondissements, et, pour cliacoo, il y a an juge, arec un traitement annuel de 2,100 dollars. L'arocat-génécal a 25o dollars et le casueL
Dans chaque comté , il y a une G>ur infârieure, composée de cinq juges élus, par le peuple, tous les quatre ans. Elles ont les pouvoirs des Courts of probate^ pour la vérification des testaments. Ces juges n'ont point de traitement.
^OTE. James Edouard Oglethorpe^ ué le 21 dcc.i6û8^ était fils de sir Théophilus Oglethorpc, de Godalmea , dans le comte de Snrrey en Aogleterre, et d Éléonore, fille de Kichard Wall, de Ragaoe en Irlande. Son père était lieatenaot-colonel des troupes du duc d'York, gardes à cheval du roi, major-général de l'afmce, et membre du Parlement. James Edouard, ayant suivi la carrière de son pére^ fut fait enseigne en lyii, et en 171 5, il fut nommé capitaine dans les gardes de la reine. Protéeé par les ducsd'Argyle et de IVIarlborough, il servit ensuite sous les ordres du prince Eugène , se trouva au siège de Belgrade et dans plusieurs batailles contre les Turcs. Eu 1752, il fut nommé gouver* neur de la Géorgie, et, en ijSj, colonel d'un régiment, avec le rang de général, et commandant en chef des forces royales dans la Géorgie et dans la Caroline du Sud. En i*]^, il fut fait brigadier-général,'et major-gcuéral en 1747*
Pendant les dix années de son adiuinistration dans» la Géorgie ;
ht L'AMÉRIQUE. Sog
il traversa TAdantique six fois, poar trayailler sans dédommagement ni récompense aux intérêts de la colonie.
An commencement de la révolution d'Amérique , on lui ofirit le commandement des forces destinées à en arrêter les progrès , mais il le refusa. Les membres du Parlement refusant, dit-il, de rendre aux colonies la justice qui leur est due, le peuple d'Amérique ne pourra jamais être soumis par la force des armes, tandis qu en lui rendant justice, son obéissance serait assurée. ^
Son dernier service militaire eut lieu en 1 745, quand il accom* pagna le duc de Cumberland en Ecosse. L'année précédente, il avait épousé Éliza, fille et héritière de sir Nathan Wright, avec
r* il passa les dernières années de sa vie, dans sa terre de Granm-nall, dans le comté d'Essex. Il mourut en 1786, dans sa 87* année. Il avait passé 74 ans au service de TAngleterre.
En examinant la vie et la conduite d'Oglethorpe, les personnes impartiales ne peuvent lui refuser un juste tribut d'éloges, comme fondateur de ta Géorgie. Sans aucune vue d'intérêt personnel, et dans le seul but d'étendre les possessions anglaises, de propager la religion protestante, et de pourvoir aux besoins des malheureux débiteurs et des personnes indigentes, il sacrifia les jouissances de la fortune, abandonna ses amis, traversa six fois l'Atlantique, et, pour donner l'exemple aux colons, partagea leurs Caitigues ainsi que leur nourriture pendant tonte son admiuisiration (i).
Il paraît qu Oglcthorpc tie s'était réserve aucune portion de terrain dans la province pour laquelle il avait cependant fait tant de sacrifices. Dans une lettre du 1 5 janvier 1 790, adressée par le général Washington an marquis de Bellegard, des Pays-Bas, qui avait demandé des renseignements concernant des terres situées en Géorgie, dont on supposait Oglethorpe être propriétaire^ le général répondit que les membre du congrès de cet Etat ne connaissaient aucune terre appartenant à Oglethorpe j que s'il avait eu des terres en Géorgie, durant la dernière guerre avec la Grande-Bretagne, loin d'avoir été confisquées, elles auraient, au contraire, été l'objet d'une protection particulière, à cause de la haute considération dont Oglethorpe jouissait dans ce pays (2}.
^i) Hiaorjr ofGeorgia, bv captain M, CaU, vol. I, p. 32 1-6. (a) Wathingtons' writings, hy /. Sparksy vol. X, p. 76-77.
5io CHRONOLOGIE ESBTQ9KffiM M L'AMÉRIQUE.
I^êfmlûtimi de» BUÊU^ëkii en 1840, d'^prêi le dénotnbnntettt officiel JaU en vertu ttun a^ dm congrê$.
Eut*, terriloifes d dîAricti.
Hablunt».
Hûne ^1)793
liew-Hampallfre. . . . 284,574
Massachu^etU 7^79699
Bhode-lsland iob,S3o
iCotinecticut 309,978
VermoDt 391,94^
New- York 2,^8,921
New- Jersey S7i,3o6
Pens^lvanîa i,724)033
Delaware 70,086
Marjrlaod 4^^3a
"Virginia >>a3a,7^
North-Garolina .... 753,4(9
South-Carolina. .... 594,39"^
Georisia ^i,3oa
Alabama 590,^5()
Mississipi 375,65 1
Louisîana 3b2,4ii
EUts, t«rrUoiN* ft districte.
Tenessee
'Kentocliy
Ofcio. . . .1:
InUiana ....*...
Illinois
Missouri
Àrkansas
Mickigan
FloriJa-Tcrritory . . .
WiscoDsin
lowa
District de CdoiB^ia. .
Marins des forces na-»
vales
Total 17,063,666
Pûpttiathn des blanct , gens de couleur et esclaves compris dans le tableau ci-dessus, sapoir :
«.««libres . . .jH--»: ••;.:; ; ; ; l^^,\ .4..89.-8
Gens de couleur ) Hommes. .
htrtB (Femmes.
^•«-••••ll::r.:: :::::::: l.
Marins <
I7f06si,ân6 6,100
■I II I .1 Total général 17,068,666
VtV BtJ TOME DIX-R171TlillB.