‹ Chronologie MoliéresqueChapitre 1 sur 162 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'éditeur des Pièces Séparées de Molière désirant clore la collection par un volume complémentaire qui résumerait la vie de l'auteur, j'aurais pu me borner à faire un abrégé de la magistrale étude que M. Paul Mesnard a écrite en tête du Molière des Grands Ecrivains sous le titre beaucoup trop modeste de « Notice biographique ».

J'ai préféré mettre à la disposition de mes confrères connus et inconnus un outil de travail que chacun peut fabriquer pour son usage personnel, mais qui n'existait pas encore en librairie.

Le petit livre que je présente aux moliéristes est un simple essai, une esquisse, un aperçu du guide volumineux qu'il faudrait à chacun de nous comme

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répertoire usuel, vade-mecum et mémento journalier.

Est-il bon ? est-il complet ? Tout ce que je puis dire, c'est qu'il ne m'a pas été possible de faire mieux en deux cents pages, et qu'en dépit de ses imperfections et de ses lacunes, il m'a rendu quelques services et peut suggérer plus d'un rapprochement inattendu.

J'espère d'ailleurs que mon tableau chronologique sera revu, contrôlé, émondé, simplifié et complété par tous ceux qui voudront bien en reconnaître l'utilité.

Tel qu'il est, il n'apprendra rien à ceux qui depuis vingt-cinq ans se sont tenus au courant des recherches sur Molière : l'enquête, toujours ouverte, n'apporte que très lentement des faits nouveaux et des rectifications essentielles. Mais le seul groupement de dates voisines, le rappel de menus détails oubliés peut avoir son importance, et l'index alphabétique permettra de trouver immédiatement ce que la mémoire n'est pas toujours prête à fournir au travailleur, éloigné des bibliothèques spéciales.

Mon but était de reconstituer en quelque sorte le Journal de Molière, que le grand homme n'a pas eu la bonne pensée d'écrire et de nous léguer.

On ne sait rien ou presque rien de son enfance. On ignore la date exacte de sa naissance. Combien de jours ou de semaines avait-il quand il fut pré-

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sente au baptême? Fut-il mis en nourrice ou élevé chez ses parents? A quel âge et pour combien d'années entra-t-il au collège de Clermont? Quels y fuient ses professeurs, ses condisciples, ses succès ? En suivit-il les classes comme externe libre, ou fut-il mis en pension chez quelque maître du quartier? Figura-t-il dans les représentations théâtrales qui s'y donnaient annuellement ? A quelle date a-t-il reçu les leçons de Gassendi? Où et quand a-t-il pris ses licences en droit ? Suivit-il quelque temps le barreau? Que fit-il au voyage de Narbonne? Assista-t-il, à Lyon, à l'exécution de Cinq-Mars et de Thou ? A quel moment précis commença-t-il à jouer la comédie? — Autant de points obscurs qu'on n'a pu éclaircir jusqu'ici.

Le premier document connu sur /'Illustre-Théâtre est daté du 3o juin 1643; c'est un contrat de société passé par devant notaires entre dix « enfants de famille »; ce n'est pas l'acte de fondation. Si l'on retrouvait ce dernier, nommerait-il le chef de la troupe ? On va voir que ce détail aurait quelque importance pour la solution d'un curieux problème qui est ici soulevé pour la première fois.

Un témoin, qu'on n'a pas encore invoqué dans les biographies de Molière, Jean du Ferrier, qui fut vicaire-général de Narbonne, et mourut à la Bastille, nous apprend, dans ses Mémoires restés manuscrits, que le nouveau curé de Saint -Sulpice,

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M- Olier, avait entrepris de purger sa paroisse (qui était celle de la foire Saint-Germain) des gens de mauvaise vie, bateleurs, charlatans et filles.

Un opérateur, qui montait sur le théâtre où il faisait représenter des farces pour attirer le peuple, tomba malade à l'extrémité et demanda un confesseur et les sacrements : on ne put les lui accorder qu'à la condition qu'il quitterait sa profession. Un jeune homme, qui était entré depuis un mois dans la troupe, renonça au théâtre en même temps que le malade.

Cette double conversion ayant fait quelque bruit, M. du Ferrier en parla le Dimanche suivant au prône de Saint-Sulpice, auquel se trouva le chef de la troupe des comédiens de M. le duc d'Orléans. // se crut offensé de ce que le prédicateur donnait le nom de comédiens à des saltimbanques joueurs de farces, et vint en demander réparation à M. le Curé. M. Olier l'adressa à M. du Ferrier, qu'il ne reconnut pas pour celui dont il se plaignait :

« Après qu'il eut relevé sa profession au-dessus de celle des charlatans et des joueurs de marionnettes, il se trouva fort embarrassé sur la question du péché et du salut. II voulut justifier la comédie de notre siècle où il n'y a rien d'impur, disoit-il. Je luy dis que l'Eglise défendoit d'en faire de dévotion et des histoires des Saints même dans les monastères. Il ne me persuada point, ni moy luy. En nous séparant, il m'offrit ses services avec de grands compliments. Je luy dis sérieusement qu'il pourroit m'obliger sensiblement

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s'il vouloit. Il me protesta qu'il n'y avoit rien qu'il ne fit, et me pressa de luy dire en quoy il me serviroit. Je luy dis que ce seroit s'il vouloit me promettre de dire tous les jours à genoux les Litanies de la très Sainte-Vierge. D'abord il me le promit, et m'en donna sa parole, et il la tint. La Sacrée Mère de Dieu luy fut si favorable qu'après l'avoir priée trois jours, elle le convertit. Il quitta les comédiens qui se séparèrent, et vint m'apprendre cette bonne nouvelle et qu'il s'estoit mis auprès de M. de Fontenay-Maieiïil qui alloit ambassadeur à Rome ' ».

// est très fâcheux que M. du Fcrrier n'ait pas dit le nom de ce chef de la troupe de Monsieur : c'est à ce titre et en celte qualité qu'en août 1645 Molière avait été écroué au Grand Chàtclel pour les dettes de son théâtre. Mais M. de Fontenay-Mareuil ne partit à Kome qu'au printemps de 1647. A cette date, on n'a plus traces de la troupe ni de son chef : depuis la fermeture du jeu de paume de la Croix Noire jusqu'au séjour à Nantes, soit pendant deux ans et demi, on ne trouve Molière nulle part d'une manière certaine.

La troupe du duc d'Epernon parait à Agen, à Cadillac, à Bordeaux, ci Toulouse, ci Albi, ci Carcassonne ; on y trouve Dufresne, Du Parc, Réveillon, et d'autres, mais Molière n'est jamais nommé avant Nantes, où il est avec eux et les Béjart en avril 1648.

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