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Est-ce à dire qu'il faille lui appliquer personnellement et réellement le vers de Chrysale :
Je connus feu son père en mon voyage à Rome ?
Il aurait, là, rencontré Mignard dix ans plus tôt que ne l'a dit l'abbé de Monville. Comment croire,, d'ailleurs, que ni Félibien, ni Monlreuil, ni l'abbé Arnauld, ni M. de Fontenay-Mareuil, ni M. de Modène, ni Saint-Yon, ni M. du Ferrier lui-même n'auraient pris soin de nommer dans leurs Mémoires l'auteur du Misantrope s'il avait séjourné dans la ville éternelle?
Quel était donc ce comédien, temporairement converti? c'est ce que nous apprendront peut-être les archives des Affaires étrangères si elles ont conservé un état du personnel de l'ambassade.
A partir de Pâques 1648, nous ne pouvons suivre Molière dans toutes les villes qu'il a parcourues, mais j'ai noté d'une « * » les principales étapes de ses pérégrinations provinciales : Nantes, Fontcnayle-Comte, Toulouse , Narbonne , Pézenas, Lyon , Montpellier, Lyon, Pézenas, Narbonne, Bordeaux, Bcziers, Avignon, Lyon, Grenoble et Rouen.
Il y aurait encore beaucoup à trouver en Normandie, Bretagne, Touraine, Anjou, Poitou, Limousin, Guyenne, Languedoc, Provence, Dauphiné, Bourgogne et Champagne. Les minutes des no-
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taires, les livres de raison, les registres des paroisses, les correspondances privées, les archives des justices locales n'ont pas encore dit leur dernier mot.
N'csl-il pas évident que Molière, au temps joyeux de sa bohème vagabonde, a visité Chartres, Orléans, Blois, Vendôme, La Flèche, Tours, Saumur, Angers, Poitiers, Limoges, Angoulème, Périgueux, Libourne, Agen, Montauban, Castres, Albi, Castelnaudary, Carcassonne , Arles, Aix, Marseille, Nimes, Tarascon, Bcaucaire, Valence, Vienne, Moulins, Mâcon, Dijon, Nevers, Bourges, Montargis, Sens, Troycs, Reims, et vingt autres villes où sa présence n'a pas encore été documentairement établie, sans parler des bourgades de moindre importance que sa troupe nomade a traversées sans laisser traces de son passage ?
Il reste donc beaucoup à trouver pour cette période des courses en province qui dura près de quinze années — la moitié de sa vie théâtrale !
Que d'incidents, que d'accidents, que d'aventures à jamais ignorées ! Un fait, que j'emprunte à mon nouveau témoin, M. du Ferrier, peut donner une idée des obstacles que rencontra dans certaines villes le grand excommunié qui portait déjà Tartuffe dans sa tête.
Quelques années après le passage de Molière et Narbonne, une troupe de comédiens, après la fin
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des Etals de Languedoc, vint dans cette ville avec une lettre de recommandation du Gouverneur ' aux Consuls :
« Ceux-ci — dit M . du Ferrier — me vinrent compter leur douleur de voir ces misérables résolus de jouer pendant le Carême. N'osant résister au commandement d'un prince, après les avoir loués de leur zèle, je leur dis de me laisser le soin d'y remédier avec le secours de Dieu. Le lendemain, qui étoit le jour des Cendres, j'envoyai un billet aux prédicateurs des deux églises où on prêche afin qu'ils avertissent leur auditoire de notre part qu'il n'y auroit plus de prédication et que le Très Saint-Sacrement ne seroit plus exposé dans la ville jusques à ce que les comédiens en fussent délogés. Cet avis toucha si fort tout le peuple que, me donnant mil bénédictions, le peuple parut tellement ému que les consuls bien intentionnés allèrent dire aux comédiens qu'ils ne les pouvoient assurer de leur vie s'ils ne s'en alloient tout incontinent, ce qu'ils firent à grand haste. M. le Gouverneur ne m'en sut pas mauvais gré, ayant de la bonté pour moi, et trouvant bon qu'on prit le parti de Dieu contre lui-même J ».
Ce n'est pas là un fait nouveau, ni isolé. Molière dut éprouver plus d'une fois pareille mésaventure : il eut souvent maille à partir soit avec le clergé, soit avec les municipalités. Il faut chercher, chercher encore, et l'on trouvera.
Armé d'une bonne carte routière du temps de la
I. Le duc de Verneuil, nommé en mars 1666. 1. Tages S6 a- 563 du manuscrit.
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Fronde, il ne faudrait pas hésiter à refaire /' itinéraire de l'illustr c-Théâire , et de ce tour de France, entrepris à petites journées, sans hâte et avec méthode, en étudiant à fond l'histoire des villes parcourues, sortirait, j'en suis sûr, un résultat heureux sinon définitif.
A défaut de ce voyageur idéal, dont le Ministre de l'Instruction Publique pourrait sans honte patronner la mission, les Sociétés savantes des départements, qui ont déjà rendu de signalés scrvi:cs à l'art comms à l'érudition, ne pourraient-elles se partager ce travail, au cours duquel on ferait bien d'autres trouvailles de tout genre? Il suffirait, par région, d'un délégué de bonne volonté, capable de déchiffrer les vieilles écritures, dut-il parfois — comme on l'a fait — lire Rejac pour Béjart, Rochessanne pour Kochesauve, Durosc pour Du Kozct, Chevalier pour Clerselier, et intervalle pour « iuste valleur : Il se trouvera toujours quelqu'un pour deviner le rébus et démêler la vérité sous l'erreur.
A dater de l'arrivée de Molière à Paris [octobre
1 658), nous avons un guide précieux dans le fameux Journal du soigneux La Grange, extrait pour son usage personnel des grands registres de la troupe, aujourd'hui perdus sauf trois.
Grâce aux deux tenus par la Thorillière, grâce au registre de Hubert, les années 1 663— 1 665 et
1672-73 sont plus riches en détails intérieurs;
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mais on peut toujours espérer retrouver des fragments des autres, ainsi que- les registres disparus de l'Hôtel de Bourgogne, du Marais et des Italiens, faute desquels on ne pourra jamais reconstituer complètement l'histoire du Théâtre depuis la première du Cid jusqu'il la mort de Molière.
On trouvera peut-être que j'ai fait la part trop petit: aux grands faits de l'histoire générale. D'Héroard, de la Gazette, du Journal de la santé du Roi, de I.oret, de Scarron, de Boursault, de Subligny, de Robinet, de Mayolas, du Mercure naissant et des innombrables Mémoires du temps j'ai extrait tout ce qui m'a paru pouvoir fournir un tableau, aussi exact et complet que possible, du milieu sans pareil dans lequel Molière a atteint le sommet de son art, et remporté le prix que lui marchandait son ami Despréaux.
Avec plus de loisir, de patience et d'espace, j'aurais fait davantage en dépouillant plus complètement les gazettes, journaux et mémoires, en étudiant plus à fond la vie des nombreux amis, ennemis et protecteurs de Molière. C'est là surtout qu'il reste à glaner, de quoi combler de regrettables lacunes.
Il est certain que le chercheur qui aura le temps de suivre jour par jour Gassendi, Gaston d'Orléans, Chapelle, Cyrano, La Fontaine, les deux Corneille, les trois Boileau, Racine, Boursault, Mon! ficury père et fils, Dassoucy, Chauveau, Bourdon, Mignard,
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J:< Fresnoy, Vinot, Charpentier, Bernicr, Goudouli, Conti, M. d'Epernon, M. de Guise, le baron de Modène, Lhermite de Vauselle, Lulli, de Vizé, Fourcroi, Kohaut, Furetière, Sorel, Marcassus, Le Vaycr, les frères Broussin, Descoteaux, Montausier, Vivonne, La FtuUla.dc, et tant d'autres, rencontrera Molière là ou sa présence n'a pas encore été signalée.
Il faudrait des années pour mener à bien un pareil travail : le mien n'en est que le prélude et l'ébauche, et je souhaite qu'il décide quelque moliériste plus jeune et plus fervent à poursuivre la tâche commencée.
Ce petit livre est de ceux qu'on doit tout d'abord interfolier de papier blanc pour que chaque lecteur puisse le refaire à son gré et le mettre à son point. Une erreur est-elle reconnue : que le crayon la sabre impitoyablement ; un fait scmble-t-il inutile, biffez-le ; tel détail a été omis, glissez-le bien vite à sa date.
C'est ce que je vais faire pour ma part, afin d'en préparer une édition nouvelle dont j'aurai lieu, j'espère, d'être plus satisfait que de la présente.
Mais, avant de prendre congé, je voudrais rendre grâces à tous ceux qui, depuis La Grange et Grimarest, ont écrit utilement sur notre Molière.
Honneur surtout aux patientes recherches des Beffara, des Jal et des Eudore Soulié ; aux critiques
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et aux érudits qui se sont appelés Taschereau, Bazin, Paul Lacroix, Edouard Fournier, Victor Fournel, Claudius Brouchoud et Edouard Thierry, qui s'appellent Louis Aloland, Emile Campardon, Jules Loiseleur, Henri Chardon, Paul Mesnard et A. Desfcuillcs.
Plusieurs furent mes maîtres, quelques-uns veulent bien m'appeler leur ami.
C'est à eux tous que, d'un cceur reconnaissant, je dédie très respectueusement cette modeste mosaïque, dont ils ont fourni les morceaux.
Georges MONVAL.
La Jonchère, 22 avril 1897.
Année 1621.
'Onzième du règne de Louis XIII.
Commencement de la guerre contre les Huguenots.
M. 12 janvier. Le Roy revient de Picardie et assiste à la comédie italienne, au théâtre de l'hôtel de Bourbon.
J. 1 1 février. Comédie italienne dans le cabinet du Roy.
L. gras 22 — Contrat de mariage entre Jean Poquelin II, né en 1595, fils de Jean Poquelin Ier et d'Agnès Mazuel; et Marie
Cressé, fille de Louis Cressé, tapissier aux
Halles et de Marie Asselin.
D. î5 avril. Fiançailles.
M. i-j — Mariage religieux à Saint-Eustache. 6 au 28 — La Cour à Fontainebleau (comédiens
italiens).
3i mai. Siège de Saint-Jean-d'Angely.
J. 8 juillet. Naissance de Jean de La Fontaine, à
Château-Thierry.
D. i5 août. Siège de Montauban. (M. de
Mayenne tué le 17 septembre.) M. 8 septembre. Naissance de Louis II de Bourbon
(le grand Condé).
M. 1 5 décembre. Mort du Connétable de Luynes
Le MesprU de la Cour, imité de l'espagnol de Guevarre, par Molière d'Essertines, est dédié à Mgr le cardinal de la Valette, petit in-8°, avec portrait, par Daniel Dumonstier, gravé par Ticquet, et sixain de J. Baudouin.
Le pape Grégoire XV succède à Paul V.
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Année 16:
Samedi i5 janvier. Baptême à Saint-Eustache, de Jean, premier enfant de Jean Poquelin II, tapissier, et de Marie Cressé, demeurant rue Saint-Honoré. Parrain : Jean Poquelin I, porteur de grains; marraine : Denise Lescacheux, veuve de Sébastien Asselin, marchand tapissier.
— — Traité avec les Grisons.
28 — Le Roy rentre à Paris, après une absence
de neuf mois.
29 et 3i. — Comédiens italiens au Louvre.
i5 février. Baptême de Jacques Béjart, à Saint- Gervais.
Ballet de Mgr le Prince, dansé au Louvre. 20 mars. Départ du Roy. Voyage militaire. 5 août. Privilège de Francion.
2 sept. -19 oct. Siège de Montpellier.
5 septembre. Richelieu, évêque de Luçon, est
promu cardinal.
9 octobre. Paix avec M. de Rohan.
20 — Louis XIII à Montpellier.
— — L'Evêché de Paris érigé en archevêché.
P. Corneille termine ses classes au Collège de Rouen.